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Pour aller sur Mars, il faudra modifier génétiquement des humains

Mars - Space X
Les projets, les candidats, les enthousiasmes ne manquent pas pour aller sur Mars. Ce vieux rêve de l’homme qui pourrait, selon Elon Musk, se réaliser en 2025. C’est presque demain. Mais le voyage vers Mars et la vie sur la planète rouge ne seront pas une sinécure. Un grand saut dans l’inconnu au cours duquel les limites humaines, psychologiques comme physiologiques seront mises à rude épreuve. D’autant que le voyage ne comportera qu’un ticket aller. Le retour étant encore dans le domaine de l’incertain. Alors, faudra-t-il modifier les humains candidats au grand voyage pour qu’ils supportent cette aventure ? C’est ce que pensent certains scientifiques.
 
Les projets pour coloniser la planète rouge ne manquent pas. Ce vieux rêve de l’homme semble pour certains à portée de main, d’autant que, changement climatique oblige, il faudra peut-être nous trouver rapidement une planète de rechange. Mais Mars a beau sembler proche au regard des distances de l’univers galactique, il faudra quand même faire au minimum 56 millions de kilomètres pour l’atteindre ; un voyage de plusieurs mois, confiné dans une capsule spatiale.
Certes les candidats astronautes s’entraînent d’arrache-pied. On les enferme dans des dômes pendant un an ou on les envoie plusieurs mois dans l’ISS, la station spatiale internationale. Pour observer leurs réactions, leurs comportements et aussi pour préparer leur formation. Mais toutes ces simulations ne sont rien au regard des défis qu’une colonisation de Mars engendrerait.
 
Dans un article récent publié par la revue scientifique Space Policy, des universitaires polonais, spécialistes renommés en sciences cognitives, nous ramènent brutalement sur Terre. Konrad Szocik, l’un des co-auteurs, prévient : « Nous ne pouvons pas simuler les mêmes conditions physiques et environnementales de Mars, et en particulier la microgravitation martienne ou l’exposition aux radiations ».  Il poursuit : « Par conséquent, nous ne pouvons pas prédire les effets physiques et biologiques sur des êtres humains qui vivraient sur Mars ».
 
Pour ces scientifiques, il n’y a pas de doute ; les êtres humains ne pourront pas survivre longtemps sur la planète rouge, à moins qu’on ne les modifie pour les adapter à l’environnement martien. Dans un entretien accordé à Gizmodo, le scientifique affirme : « Mon idée est que le corps et l’esprit humain sont faits pour vivre dans un environnement terrestre. En conséquence, certains défis physiologiques et psychologiques, aussi bien pendant le voyage, que sur la planète rouge elle-même, seront, en l’état, insurmontables et empêcheront toute survie humaine. »
 
Il est vrai que les séjours prolongés dans l’espace sont rudes pour l’organisme. L’astronaute Scott Kelly et le cosmonaute Mikhail Kornienko en ont fait l’expérience. Après plus d’un an passé à bord de l’ISS, leur corps souffre de douleurs et troubles physiologiques directement causés par leur séjour dans l’espace. Ces problèmes sont mineurs par rapport à ce qui pourrait se passer pour les longs trajets sans retour vers Mars. Les auteurs de l’étude expliquent que « ces premiers astronautes sont conscients que, après un voyage durant près d’un an, ils devront vivre sur Mars plusieurs années ou probablement toute leur vie en raison du fait que leur retour sera technologiquement impossible ». De plus les problèmes psychologiques qu’ils devront surmonter ne peuvent être simulés correctement dans les missions actuelles de l’ISS. En effet, le moral des astronautes de long terme est soutenu par les visites -au moins tous les trois mois – de nouveaux venus. Depuis la Terre, les missions sont soutenues psychologiquement et les communications avec les proches, les médecins, la famille sont constantes. Sur Mars, cela sera rendu excessivement difficile du fait de la distance.
 
En bref, aucune simulation actuelle ne pourrait rendre vraiment compte de ce qui arrivera sur Mars. Pour les auteurs de l’étude, la solution est radicale : « Il faudra mettre en œuvre des solutions permanentes avec des modifications génétiques et chirurgicales. » En clair, pour aller sur Mars, il faudra d’abord transformer l’humain. Le transhumanisme n’est pas loin et doit être, selon les auteurs, accepté pour améliorer les voyageurs martiens et les préparer aux environnements qu’ils devront affronter. Modifications génétiques, sélection des plus aptes psychologiquement, utilisation des biotechnologies, des sciences cognitives, des nanotechnologies seront les recours possibles pour équiper les hommes pour leur nouvelle vie dans l’espace.  
 
Des scientifiques ont déjà repéré le gène LRP5/mutation G171V qui augmente la densité osseuse. Ils s’intéressent au MSTN/IVS1+5G, une mutation génétique qui, par la suppression de la myostatine, augmente la masse musculaire et la force physique. D’autres travaillent sur des modifications génétiques de l’oreille interne afin de rendre les spationautes plus tolérants aux effets de l’absence de gravité. Des solutions totalement innovantes pourraient être trouvées en utilisant les systèmes d’édition génétique comme CRSPR.
Mais il n’y a pas que les humains à modifier. Les bactéries que nous hébergeons dans notre organisme pâtiront elles aussi de ces voyages. Les scientifiques s’intéressent donc à certaines bactéries et notamment Deinococcus radiodurans, un microbe capable de supporter des radiations 7000 fois plus élevées que celles qui tueraient un humain. Le biologiste Mike Wall révélait à space.com  que des scientifiques travaillent sur l’intégration des gènes caractéristiques de ce microbe pour les agréger à de l’ADN humain afin de rendre les astronautes insensibles aux effets négatifs des rayons cosmiques.
 
Les nanotechnologies sont aussi une source d’inspiration pour ceux qui veulent transformer l’humain en vue des voyages spatiaux. Certains nanomatériaux sont capables de délivrer des médicaments pour traiter des maladies osseuses ou pour régénérer les os. Bien utile dans l’espace. D’autres nanomatériaux pourraient être utilisés pour protéger la peau humaine contre les radiations dangereuses. Ces matériaux seraient soit ajoutés en surface comme une sorte de nanocombinaison, soit intégré dans notre peau et en faire partie prenante. Autre solution apportée par des nanomachines : les respirocytes. Elles pourraient apporter de l’oxygène aux tissus de l’organisme d’une façon beaucoup plus efficace que nos bons vieux globules rouges. Et pourquoi pas remplacer nos poumons ?
 
Ray Kursweil, un des papes du transhumanisme, actuellement cadre dirigeant chez Google, y est allé aussi de ses spéculations : les nanotechnologies pourraient éliminer notre besoin de manger. En effet, selon lui, des machines moléculaires minuscules pourraient être utilisées pour délivrer à volonté les éléments nutritifs à nos cellules. Pour que cela fonctionne, les futurs astronautes seraient équipés d'une « ceinture de nutriments » chargée de milliards de nanorobots équipés de leur cargaison de nourriture.
 
 
Dans l’hypothèse où ces solutions seraient mises au point pour permettre le voyage viable vers Mars, il reste encore une inconnue. Quid de la reproduction des colons martiens ?  Il est clair que les terriens ne pourront envoyer des millions d’humains sur Mars. La population sera donc très réduite chez ces premiers colons et les risques de consanguinité élevés. Les regards se tournent alors vers le clonage car la procréation « naturelle » sera un sport à haut risque. Nul n’est capable de prédire les effets des rayonnements cosmiques et de la microgravité martienne sur l’état d’une femme enceinte et de son fœtus.
 
Séjourner sur Mars ne sera certes pas une villégiature. Et pourtant, tous les regards sont braqués sur la planète rouge et l’échéance d’une présence humaine sur Mars, de plus en plus proche. Elon Musk vous invite même, si vous avez quelques dollars en trop, à réserver votre place sur son prochain vaisseau Space X à destination des montagnes rouges du bout du monde.
 
 
Source Science Alert