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Des neuroscientifiques travaillent sur une pilule pour effacer les mauvais souvenirs

oubli
Les mauvais souvenirs taraudent souvent l’esprit. Chez certains, victimes de stress post-traumatiques, ils sont si violents qu’ils résistent à tout traitement et empêchent toute vie normale. En travaillant sur les mécanismes de l’apprentissage, un neuroscientifique a découvert fortuitement que l’on pouvait effacer à tout jamais certains mauvais souvenirs. Un médicament destiné à cet effet pourrait être mis sur le marché dans les dix ans qui viennent.
 
Des chercheurs du Laboratoire européen de biologie moléculaire dont le siège est à Heidelberg en Allemagne, dirigés par Cornelius Gross, ont publié en mars dernier une étude dans la revue Nature. Ils présentent leur découverte d’une voie cérébrale liée à l'effacement actif de souvenirs.
 
Ils ont mis à jour un phénomène fort paradoxal : tout en apprenant, le cerveau active un circuit neuronal pour oublier. En observant ce qui se passait chez la souris dans une région de l'hippocampe, le gyrus dentelé, ils ont constaté que cette zone faisait fonctionner à la fois l’oubli et la formation des souvenirs. Les médecins expliquent que « Les nouvelles informations entrent dans cette zone par une voie principale, et lorsque les souvenirs sont consolidés, les connexions entre les neurones sont renforcées ». En bloquant cette voie, ils ont constaté que les souris n’étaient plus capables de réaliser un apprentissage pavlovien. Elles l’avaient oublié.
 
En effet, en bloquant le réseau de souvenirs de l’hippocampe, une conséquence inattendue est survenue : les connexions neuronales se sont affaiblies fortement, indiquant ainsi que les souvenirs avaient été purement et simplement effacés.
« Ce fut une découverte fortuite » déclare Cornelius Gross à nos confrères de Mic. Il poursuit, « En bloquant les voies, nous avons constaté une perte rapide de la force dans les synapses. En une demi-heure la souris était en train de perdre tout ce qu’elle avait appris en une semaine. »
L’hypothèse qu’a développée le Dr Gross est que le blocage des synapses a agi comme si l’on étranglait un tuyau. Selon lui, les souvenirs existent toujours mais ils ne seraient plus accessibles.
 
Cornelius Gross affirme qu’un médicament pourra être disponible et permettra quelque chose d’inconnu jusqu’alors, sauf dans les films de science-fiction : la possibilité d’effacer certaines zones de la mémoire, en particulier pour ce qui est mémorisé par apprentissage.
Ainsi, pour que le médicament fonctionne, il faudra exposer le sujet aux situations qu’il veut oublier, comme on le fait dans un mécanisme d’apprentissage. Si vous avez peur des araignées, on vous montrera des araignées. Et c’est cet phase d’apprentissage forcé qui permettra l’effacement du souvenir traumatique.
 
Un tel médicament ne verra pas le jour avant une dizaine d’années et de très nombreux essais cliniques. Il pourrait être très efficace dans les syndromes de stress post-traumatiques (SSPT) pour lesquels le seul traitement possible actuellement est la psychothérapie qui, selon le Dr Gross, ne fonctionne que dans 20 à 30 % des cas.