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Promener son cerveau à bicyclette à travers le monde

neurosciences appliquées
Le regard des neurosciences sur un voyage initiatique : Que se passe-t-il pour le cerveau du cycliste qui part faire le tour du monde en solitaire ? Elle venait d’avoir vingt-sept ans, trouvait le temps long, l’environnement trop étroit. Béatrice MAINE imagine alors de faire le tour du monde à vélo. Quelques années après, formée aux neurosciences, elle m’autorise à revisiter son aventure pour évoquer les transformations cognitives et émotionnelles associées à ce périple de trois ans.
Photo prise sur le plateau du Tibet, février 2008
 
L’espace de travail global, défini par Jean-Pierre CHANGEUX et Stanislas DEHAENE propose cinq familles de sous-systèmes neuronaux pour accéder à la conscience. En fait, à chaque prise de décision, à chaque mise en mouvements conscients, cet espace est mobilisé. Nous allons faire le tour de ses cinq dimensions en imaginant le voyage de Béatrice. Par analogie, vous pouvez chercher comment ces dimensions sont impactées dans les situations « de ruptures » managériales et collaboratives, qui sont recherchées par de nombreuses organisations.
 
Ouvrir ses perceptions. Nos sens sont plus nombreux que nous le croyons. La vue, l’odorat, le toucher, l’ouïe, le goût…sont complétés par le sens du corps, la proprioception, le sens du rythme et par le sens de l’équilibre. Ce dernier, essentiel pour faire du vélo, l’est aussi pour vivre des transformations managériales et collaboratives. La recherche d’un nouvel équilibre est au cœur de ces démarches. Béatrice, curieuse et intrépide, a décidé de mettre son nez au vent et d’ouvrir ses sens sur d’autres horizons. Il n’est pas besoin d’argumenter sur le potentiel d’ouverture perceptive de ce périple.
 
Perturber les routines et enrichir ses mémoires. Les études supérieures prétendent nous transformer en sachant. Passer par une expérience qui confronte à l’ignorance est bon pour la santé mentale et pour la capacité créative. Cette dernière se fondant sur un constat d’obsolescence de nos connaissances. Nos mémoires, perceptives, sémantiques, épisodiques et procédurales sont le fondement de notre identité. Toutefois, elles servent également à nous empêcher de changer, en constituant le socle de nos vérités subjectives. Devenues performantes, et donc routinières, elles s’activent inconsciemment du matin au soir et du soir au matin (ça bosse en dormant). Elles nous conduisent à imaginer le futur avec du passé sans que nous en soyons conscients. Car ce sont les mêmes réseaux de neurones qui servent à rappeler le passé et à imaginer le futur. Béatrice a accepté l’imprévisibilité du futur. Elle a pris le risque de s’engager vers l’inconnu, d’avoir à interagir avec des gens de cultures et de langues différentes, sans craindre de chahuter ses croyances et de confronter ses routines mnésiques.
 
Vivre les émotions de situations stressantes. Mouvements et émotions sont intimement liés. La peur invite à la fuite, la colère à l’agression, la détresse au repli, le désir à aller de l’avant. Jack PANSHEPP a montré comment les émotions et les mouvements venaient d’un même continuum. Le désir est à la base des découvertes, l’insatisfaction (la colère) soutient l’effort de l’imagination. Ekonon GOLBERG rappelle que l’on n’a jamais vu un génie satisfait. Vivre l’aventure de la découverte du monde – seule – est un chemin émotionnellement exigeant qui peut être qualifié d’initiatique. Le désir, à la source de ce cheminement, a aussi besoin de l’énergie de l’insatisfaction générée par une évaluation subjective d’une vie jugée trop monotone…et d’un environnement trop prévisible. Pourtant il faudra dépasser la peur et prendre soin de soi. Accepter le stress généré par certaines situations, éviter de se réfugier dans la détresse et la dépression. Assumer la peur tout en allant chercher les ressources de la sécurité ontologique. Ne pas craindre de faire confiance et d’aller chercher du réconfort auprès de personnes généreuses et attentionnées.
 
Apprendre à porter attention à des critères diversifiés. Les priorités attentionnelles automatiques sont directement dépendantes des croyances et des signes de reconnaissance reçus dans l’enfance qui ont structuré le circuit de la récompense logé au cœur de notre cerveau. Les « drivers » qui en résultent invitent à la répétition. Découvrir d’autres mondes, d’autres lieux, d’autres cultures nécessite de mettre les automatismes attentionnels en cause. Savoir prendre en compte des pratiques et des valeurs différentes, être attentif à l’autre et s’adapter au quart de tour à son référentiel, est vital dans une telle aventure. La diversification de critères est un point critique dans les ruptures écologiques, technologiques et sociales. Notre éducation, grâce aux neurones miroirs, influence nos perceptions, invitant à copier les intentions des figures d’autorité. Dans un voyage autour du monde, la rencontre avec d’autres « systèmes miroir » est un exercice profitable pour ces neurones empathiques. Cette expérience ouvre à l’altérité et à l’acceptation des différences.
 
Diriger sa trajectoire de vie à partir d’une recherche d’évolution. L’intention qui résulte de nos motivations conscientes et inconscientes soutient nos actions. Se mettre dans le mouvement, dans le flux du dépassement de soi, …dans l’amour de la vie,…est sans contexte au cœur de l’aventure de Béatrice. Chacun de nous, à sa façon, est dans une quête existentielle. Les neurosciences par leurs découvertes confirment que notre cerveau s’est modelé au cours de nos apprentissages de toutes natures et que des interactions complexes déterminent notre ambition. Savoir se mettre consciemment en mouvement vers ce qui donne du sens à notre expérience, est le chemin de ceux qui sont au cœur des progrès des évolutions humaines en particulier quand elles sont fondées sur des relations de collaboration.
 
Curiosité, créativité, prise de risques, collaboration avec des inconnus…  Béatrice offre un modèle stimulant. Dans cette période de recréation, son courage, sa pugnacité, peuvent inspirer ceux qui se sentent à l’étroit dans les référentiels actuels. Les inciter à questionner leurs croyances et automatismes cognitifs qui les maintiennent dans le statu quo. Plutôt que d’éviter les défis, se saisir des challenges. Persister face aux échecs, voir les efforts comme un chemin de la maîtrise, s’engager vers un nouveau niveau d’accomplissement et de développement, sont des qualités clés dans les périodes de profondes mutations.
 
 
Pour joindre Béatrice MAINE : www.terrededance.com
 
La CYCLE AGILITÉ DÉCISIONNELLE co-animé par Bernadette Lecerf-Thomas et Brigitte Dubreucq : Choisissez parmi ces ateliers ceux qui correspondent à vos priorités. Prochain cycle :
L’illusion de la maîtrise, lundi 3 avril 2017
L’ouverture perceptive, mardi 24 avril 2017
La conscience des émotions, mercredi 31 mai 2017
L’agilité disruptive, jeudi 29 juin 2017