Neurosciences appliquées

Avoir un cerveau au boulot : Découvrir le pouvoir de cet organe « stratégique »

neurosciences appliquées
En l’honneur de la semaine du cerveau, qui se tient dans la France entière, je vous propose de prendre le temps de vous poser la question de l’intérêt des neurosciences pour le management. Tout au long de la vie, nous avons conscience d’avoir un cœur, des poumons… dont nous connaissons l’anatomie et le fonctionnement général. Par contre, le cerveau est, dans la plupart des imaginaires, une boîte noire. Ceux qui ont fait un travail de développement personnel savent que cet organe a une forte influence sur leur vie. Mais il reste un mystère anatomique et fonctionnel. Il sert à lire, à écouter, à parler, à penser, à décider… il communique constamment avec le reste de notre corps, mais comment fait-il pour permettre cela ?
Pour répondre à toutes ces questions, il faut commencer à s’intéresser à lui et prendre conscience qu’un minimum de connaissances est nécessaire. Je vous invite à vous poser la question : quand suis-je conscient d’être sous l’influence de mon cerveau ?
 
Au boulot, avez-vous en tête que le cerveau humain est considéré comme « l’objet » le plus complexe connu sur terre ? Plus vaste que le ciel est la formule choisie par le neuroscientifique Gerald M. EDELMAN (notamment pour le titre de son ouvrage paru en 2004). Doté chacun de 100 milliards de neurones et d’un million de milliards de connexions synaptiques (enfin à peu près), il n’y a pas deux cerveaux identiques, et il est parfois utile de se le rappeler quand l’autre devient incompréhensible pour soi. Il nous faut accepter les différences de point de vue, inhérentes à l’architecture de cet organe dont nous ne connaissons pas encore tous les mystères.
Pour autant, les connaissances déjà disponibles sont nombreuses et peuvent améliorer nos pratiques. Si les outils comme le MBTI, la PROCESS COM… aident à mieux comprendre ceux qui ne nous ressemblent pas, si le multiculturel permet de prendre du recul sur le bien-fondé de nos usages relationnels …, la connaissance des différences cérébrales rend modeste quant à l’art de communiquer. Elles nous invitent à prendre le temps d’une écoute attentive et à entreprendre des interactions relationnelles dynamiques et bienveillantes.
 
Au boulot, êtes-vous conscient que la rationalité absolue est inatteignable ? L’architecture cérébrale est largement interconnectée. Perceptions, mémoire, émotions, circuit de la récompense avec ses priorités attentionnelles, habitudes motrices sont en permanentes interactions. Les acquis mnésiques opèrent, sous couvert de routines cognitives et émotionnelles. Toute perception nous invite en premier lieu à conforter nos acquis. L’éducation nous a fait la promesse de nous rendre rationnel et nous l’avons cru !
Les neurosciences démontrent que l’être humain ne peut effectuer que des raisonnements subjectifs. La construction de la réalité, proposée par notre cerveau, émerge des connaissances passées. Bien sûr, nous pouvons prendre le temps de la prise de recul, de l’ouverture perceptive, de la distanciation émotionnelle…mais tout cela demande du temps, de l’interaction relationnelle et ce n’est pas ce dont nous disposons tous les jours. Par contre, savoir utiliser cette subjectivité pour construire des solutions dans un monde en mutation est un atout dont nous devons prendre la mesure. Le premier pas étant d’accepter que notre point de vue ne puisse être que notre point de vue. Savoir valoriser l’interaction des subjectivités de chacun, dans un élan orienté solution, est un des atouts des nouvelles pratiques agiles qui sont en train de chercher leur place dans les organisations.
 
Au boulot, doter son cerveau d’une nouvelle grille d’analyse des situations est le cadeau de Jean-Pierre CHANGEUX (1) et Stanislas DEHAENE (2).  Assimiler une représentation des fonctionnements cérébraux est compliqué du fait de leur diversité et de leurs interactions complexes. J’ai choisi la description de l’espace de travail global de Jean-Pierre CHANGEUX et Stanislas DEHAENE car, au-delà de son intérêt scientifique, il offre un modèle pédagogique structuré.
Dans notre cerveau, il existe un espace où interagissent des éléments venant des perceptions, des mémoires, des émotions, de l’attention et des systèmes moteurs.  Ces différentes dimensions interagissent de concert lorsque nous prenons la décision d’agir consciemment. Il sert de fil rouge à mon ouvrage « Activer les talents avec les neurosciences » où je m’efforce de faire des liens explicites entre les pratiques de management et les apports des neurosciences.
 
Se donner les moyens d’étudier les neurosciences est un défi pour l’être pressé d’obtenir un résultat rapide.  Ce travail est passionnant par la diversité des connaissances qu’il oblige à intégrer. À l’âge adulte, nous avons l’habitude d’ajouter « une couche » à des savoirs déjà acquis. Dans une logique d’escalier, chère à Piaget, les apprentissages sont considérés comme évolutifs à partir d’éléments connus. Or les neurosciences nous invitent à aborder un domaine inconnu et à en acquérir les bases : qu’est-ce qu’un neurone ? quelles sont les différents types de mémoires ? Comment se forme la mémoire à long terme ? Pourquoi les émotions ont tant de pouvoir sur le rappel de nos souvenirs ? Comment agissent-elles sur notre corps ? Où se situent les noyaux cérébraux qui les déclenchent ? Pourquoi nos systèmes attentionnels sont-ils exclusifs et empêchent-ils d’être concentré sur plusieurs choses à la fois ?
 
Il faut s’y mettre. Dans quelques années, ceux qui n’auront pas ces connaissances seront dépassés par l’intelligence de situation de ceux qui auront fait l’effort d’investir. Cette intégration demande de la rigueur et de la pugnacité. Avoir un cerveau au boulot, n’est pas nouveau, je vous l’accorde, ce qui est nouveau est de savoir ce que cela implique pour le management, la collaboration, la formation… et ce n’est pas rien !
 
 
(1) Jean-Pierre Changeux : Professeur honoraire au Collège de France et à l’Institut Pasteur, membre de l’Académie des sciences, Jean-Pierre Changeux est un neurobiologiste connu pour sa recherche dans plusieurs domaines de la biologie, de la structure et de la fonction des protéines, du développement précoce du système nerveux jusqu’aux fonctions cognitives. Il a dirigé de 1967 à 2006 les laboratoires de neurobiologie moléculaire et de récepteurs et cognition à l’Institut Pasteur.
Ouvrages : L'homme neuronal - Ed. Fayard, 2012 / L'homme de vérité - Ed. Odile Jacob, 2002 / Du vrai, du beau, du bien. Une nouvelle approche neuronale - Ed. Odile Jacob, 2008
 
(2) Stanialas Dehaene, Le code de la conscience, - Ed. Odile Jacob 2014
 
Coaching d’organisation avec les neurosciences – Cycle agilité décisionnelle co-animé par Bernadette Lecerf-Thomas et Brigitte Dubreucq :
-L’ouverture perceptive, lundi 13 novembre 2017
-La conscience des émotions, lundi 11 décembre 2017
-Les mouvements de l’attention, lundi 8 janvier 2018
-L’agilité disruptive, lundi 29 janvier 2018
Les notions sur les biais cognitifs, qui faisait l’objet de la journée « l’illusion de la maitrise » sont intégrées dans chaque atelier (évolution du programme en cours de mise en forme).
www.lecerfthomas.com
 
LIRE AUSSI
- "Votre cerveau au bureau" de David Rock - Préface de Grégory Le Roy, Ed. InterEditions 2013
- "Neuromanagement. Pour tirer parti des inconscients de l'entreprise" de Robert Branche, Editions du Palio 2008
 

 

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