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Rencontre avec Jean-Paul Hamon : Quoi de neuf Docteur ?

D'après un sondage d'Harris Interactive de février 2017, deux Français sur trois n'ont plus confiance en l'avenir du système de santé français. La nomination de Madame Agnès Buzyn au Ministère de la santé va-t-elle augurer une nouvelle ère de solutions concrètes pour améliorer la prise en charge du patient, désengorger l'hôpital et sortir des déserts médicaux ? Va-t-elle permettre une valorisation des actes médicaux dans la durée (prix et qualité des consultations) ? La Fédération des médecins de France réclame "un plan Marshall" pour sauver le système de santé français. Entretien avec Jean-Paul Hamon, Président de la FMF.
 
UP’ : Que pensez-vous de la nomination de Madame Agnès Buzyn comme ministre de la santé et de la solidarité ? La connaissez-vous ?
 
Jean-Paul Hamon
 
Jean-Paul Hamon : Non seulement de réputation. Je l’avais entraperçue de loin lors du départ de mon compagnon d’études Jean-Luc Harrousseau dont elle avait pris la suite à la tête de la HAS. Ceux de mon syndicat qui l’ont rencontrée en disent du bien et en tout cas la FMF n’a aucun à priori et a hâte de la rencontrer.
 
UP’ : Quels messages votre Fédération reçoit-elle avec cette nomination ?
 
JPH : Aucun. C’est une femme intelligente qui a un CV qui parle pour elle. On espère qu’elle mettra son intelligence au service d’une réforme du système de santé français qui en a bien besoin.
 
UP’ : Le terme « solidarité » dans le titre de ce ministère vient-il redonner un peu d’espoir aux inquiétudes de la Fédération des Médecins de France, face à la désertification des cabinets médicaux en zone rurales ou isolées, face au souci de sécuriser et améliorer la prise en charge du patient et face à la perte de liberté de la médecine dite "libérale " ?
 
JPH : La solidarité on l’entend plutôt au bénéfice du patient, ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi .
Les déserts médicaux sont enfin dans le débat des présidentielles, et il est temps car Paris a perdu 20% de ses généralistes en dix ans et des régions entières comme le Centre et la Normandie sont déjà des déserts médicaux.
Il faut redonner de l’attractivité à la médecine libérale : seulement 9% des médecins diplômés s’installent la première année et 40% mettent 10 ans à s’installer, alors qu’il y a 30 ans, 60% des médecins s’installaient en libéral. Il faut également faire en sorte que les étudiants connaissent l’exercice libéral lors de leurs études et qu’ils n’aient plus peur de s’installer, faire en sorte que les médecins puissent travailler correctement avec du personnel et des locaux corrects et qu’ils soient encouragés à accueillir les 15 millions de passages qui n’ont rien à faire aux urgences et qui coûtent 3 milliards à la collectivité.
Il faut que l’hôpital et la ville puissent communiquer en temps réel et qu’on développe la messagerie sécurisée qui est plébiscitée par 70 000 médecins (apicrypt) plutôt que de s’échiner à déployer un Dossier Médical Personnel coûteux et inutilisé.
 
UP’ : Approuvez-vous le programme de santé du Président Hollande ? Car quand même il y a eu davantage de créations de maisons de santé, les prix des médicaments ont baissé, amélioration de l’accès à la contraception, prolongement des plans contre les maladies neuro-dégénératives, le cancer, l’autisme, …
 
JPH : Le programme présidentiel a bénéficié d’une communication habile mais en dehors de cela l’efficacité est plus que limitée… la politique conduite par Marisol Touraine a été une catastrophe et la France a perdu cinq ans. Cela avait pourtant bien commencé avec la prise en charge de l’avortement à 100% mais c’est bien la seule chose positive car la gratuité de la contraception de l’adolescente est d’une rare complexité et est inutilisable. Marisol Touraine a stigmatisé les médecins libéraux, elle a fait le lit des mutuelles, les patients payent de plus en plus et sont de moins en moins remboursés. Le tiers payant va être d’une complexité rare et les médecins qui pratiquent déjà largement le tiers payant social refuseront le tiers payant généralisé et obligatoire.
 
UP’ : Vous réclamez un système de soins juste, égalitaire et pérenne. Quelles sont vos premières revendications ?
 
JPH : o Une égalité d’accès aux soins c’est-à-dire trouver un médecin traitant facilement.
o Pouvoir obtenir des rendez-vous de spécialistes dans des délais raisonnables
o Que les patients soient correctement remboursés de leurs soins
o Garantir une attractivité pour la médecine de proximité et avoir une authentique collaboration avec l’Hôpital
 
UP’ : La prise en charge à 100 % des lunettes et des prothèses auditives et dentaires, 5 milliards d’investissements pour la santé (dont certains syndicats de libéraux redoutent déjà qu’ils soient uniquement alloués à l’hôpital), un "service" sanitaire obligatoire pour les étudiants en santé pour faire de la prévention dans les établissements scolaires et professionnels, le renforcement du droit à l’oubli pour les malades et le doublement du nombre de maisons de santé, un tiers payant généralisable plutôt que généralisé, en finir, à l’hôpital avec la tarification à l’activité, la mise en place d’achats groupés des médicaments innovants au niveau européen, … Voici quelques-unes des propositions du nouveau président de la République. Qu’en pensez-vous ?
 
JPH :  La prise en charge des prothèses dentaires est une bonne chose, mais il serait préférable de rembourser les actes de prévention à leur juste prix en responsabilisant le patient qui ne ferait pas ses consultations de prévention : 2 consultations de prévention à 90€ par an et si le patient ne les fait pas il paye sa prothèse.
Il y a suffisamment d’économies à faire pour investir à la fois sur la médecine libérale et sur l’hôpital : l’unification de tous les régimes de sécurité sociale, la suppression des 8 milliards de frais de gestion des mutuelles et des 15 milliards de dépenses hospitalières en trop si on compare à nos voisins européens, l’ajustement des médicaments asmr 5 , la mise sur le marché d’Avastin à la place de Lucentis économiserait 400 millions d’euros , (on a perdu 2 milliards 5 dans cette seule affaire ). Cela passe aussi par la suppression des centres dits de prévention de la sécurité sociale qui ne soignent pas un patient : ils font uniquement une consultation de prévention, la Cour des Comptes les a épinglés en disant "qu'ils n'atteignaient pas leur objectif " euphémisme qui coûte 200 millions d’euros à l’Etat sans compter l'immobilier.
On ne peut pas continuer à parler prévention et laminer la médecine du travail comme cela a été le cas dans la Loi Travail.
 
UP’ : Qu’attendez-vous comme innovations majeures de ce ministère, comme par exemple le développement de la télémédecine proposé par Emmanuel Macron ?
 
JPH : Avant de parler télémédecine, commençons déjà par instaurer du haut débit sur l’ensemble du territoire !
 
UP’ : Vous avez déclaré le 2 mai dernier dans un magazine économique que « le risque d'étatisme avec Macron vous tracassait » car « il s'est entouré de spécialistes de la santé publique ». Pouvez-vous vous expliquer ?
 
JPH : C’est simple : il n’y avait aucun médecin libéral dans son entourage ! J’espère que Madame Agnès Buzyn n’attendra pas les six derniers mois pour prendre un médecin libéral parmi ses conseillers
 
UP’ : Quelle feuille de route souhaitez-vous donner à Agnès Buzyn ?
 
JPH : Je lui souhaite du courage et de redéfinir enfin le rôle de chacun, que l’hôpital ne sorte plus de ses murs et ait les moyens de l’hospitalisation. Avant de quitter son ministère, Jean-Marc Ayrault avait dit à Grenoble : "que l’Hôpital ne fasse plus ce qui peut être fait en ville « cela libérerait du personnel pour l’hospitalisation !" Je souhaite également que la médecine de proximité redevienne attractive pour en finir avec les déserts médicaux, qu ‘elle impose une communication en temps réel entre la ville et l’hôpital : les patients ont besoin d’une sécurisation de leur prise en charge.
 
Propos recueillis par Fabienne Marion
 
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Exercice physique : la troisième médecine !

Pendant très longtemps, le sport et l’activité physique, bien que reconnus comme bénéfiques pour la forme et la santé, restaient considérés comme subsidiaires et vus essentiellement comme des variables d’ajustement qui venaient en complément à la médecine allopathique, dont l’efficacité thérapeutique ne cessait de s’accroître.
Mais au cours de ces dix dernières années, de nombreuses recherches et études sont venues profondément transformer cette conception scientifique sur le rôle et la place exactes de l’exercice physique en matière de prévention et de lutte contre de nombreuses maladies, y compris les plus graves.
 
Une étude réalisée à la demande de la MGEN en 2006 sur plus de 100 000 femmes françaises, nées entre 1925 et 1950, par une équipe de chercheurs de l’INSERM, a par exemple montré qu’il existe bien un lien tout à fait mesurable entre activité physique et risque de cancer du sein, même chez les femmes présentant des facteurs de risque important, comme certaines mutations génétiques ou des antécédents familiaux.
 
Selon ces recherches, les femmes qui pratiquent au moins 45 minutes par jour d’activité physique soutenue, qu’elles soient ou non sous traitement hormonal substitutif, réduisent de 38 % leurs risques de cancer du sein, par rapport aux femmes inactives.
 
Si l’on considère l’ensemble des études scientifiques sur cette question, on constate qu’une activité physique régulière peut permettre de réduire jusqu’à 40 % le risque de développer certains cancers parmi les plus fréquents, comme le cancer du sein ou du côlon ou d’être victime d’une récidive de cette maladie. Une méta-analyse a ainsi fait état d’un risque de mortalité réduit de 34 % chez les femmes atteintes d’un cancer du sein localisé et pratiquant une activité physique intense et régulière (150 minutes par semaine en trois séances). 
 
Cette action protectrice très puissante de l'exercice physique vient encore d'être confirmée il y a quelques jours par une étude épidémiologique d'une ampleur sans précédent, publiée le 19 avril dernier dans le très sérieux British Medical Journal. Ce travail, réalisé par des chercheurs anglais, a porté sur les effets d'une pratique quotidienne du vélo sur la santé. En analysant les habitudes et pratiques sportives de 250.000 Britanniques pendant 5 ans, ces scientifiques de Glasgow ont constaté que le pouvoir protecteur du sport était encore plus important qu'on ne l'imaginait jusqu'à présent (Voir BMJ).
 
Au cours de cette vaste étude, 2.430 participants sont décédés, 3.748 ont développé un cancer et 1.110 ont eu un problème cardiaque. Après analyse des habitudes de vie des participants, les chercheurs ont calculé que le fait de faire régulièrement du vélo, à raison de 7 km par jour en moyenne, diminuait les risques de cancer de 45 %, ceux de pathologies cardiaques de 46 % et les risques globaux de mortalité de 41 %. Ces recherches montrent également que les personnes qui marchent au moins 10 km par semaine diminuent sensiblement leurs risques de cancer et de maladies cardio-vasculaires.
 
Ces travaux soulignent de manière très intéressante que ces effets bénéfiques pour la santé persistent dans le temps et semblent intrinsèques, ce qui signifie qu’ils se manifestent indépendamment des autres facteurs de risque pris en compte chez les patients étudiés (surpoids, tabagisme, hypertension, etc.).
 
En novembre 2016, une autre étude australienne a montré que les sports de raquette sont parmi les plus efficaces pour diminuer les risques de mortalité. En tenant compte du profil de risque personnel des personnes participantes (âge, poids, alimentation, consommation d’alcool et tabac), les chercheurs australiens ont essayé de déterminer, sur une cohorte de 80 000 adultes suivis pendant neuf ans et dont la moyenne d'âge était de 52 ans, quelles étaient les activités sportives les plus efficaces pour réduire les risques de mortalité, notamment à cause de maladie cardiovasculaire (Voir BMJ Journals). Selon ces travaux, les adeptes du tennis, du badminton ou du squash qui avaient des risques de décès - toutes causes confondues - les ont réduits de 47 %, par rapport à ceux qui n’avaient aucune activité physique… Cette étude montre en outre que l’effet protecteur du sport n'est pas seulement dû à l'intensité et à la  fréquence des séances, mais également au  type d'exercice pratiqué. 
 
Si l’activité physique a une action préventive puissante contre les pathologies les plus graves, elle est également très utile quand la maladie est malheureusement déjà présente. Il y a quelques semaines, une autre étude réalisée par des chercheurs de l'Université de Goethe Francfort en Allemagne a ainsi montré que la pratique régulière d'un sport permettait aux malades atteints d'un cancer gastrique ou intestinal de mieux supporter la chimiothérapie et de réduire les effets secondaires de la pathologie. « Nous devons pouvoir proposer, à l'avenir, aux patients atteints de cancer gastro-intestinal, même avancé, des programmes d'exercice physique pendant leur chimiothérapie. Il faut donc ouvrir des salles d'exercice dans les hôpitaux », conclut le professeur Winfried Banzer, chef du département de médecine du sport à l'Université Goethe de Francfort.  
 
Plusieurs autres études épidémiologiques solides ont par ailleurs montré que la pratique régulière d’un sport pouvait diminuer s’au moins 17 % le risque de récidive d’un cancer du côlon et d’au moins 20 % le même risque de rechute, pour un cancer du sein. Une étude américaine portant sur 121 700 infirmières a montré que le risque de décès par cancer du sein ou de récidive de ce type de cancer est réduit de 20 à 50 % chez les femmes qui pratiquent une activité physique au moins cinq heures par semaine, par rapport à celles qui marchent moins de 3h par semaine. Ces résultats ont été confirmés par l’étude WHEL (Women’s Healthy Eating and Living Study) qui estime que le risque de rechute d’un cancer du sein pour les femmes qui marchent 30 minutes par jour 6 fois par semaine est réduit de 44 %.
 
En juillet 2012, une étude publiée dans le "Lancet" avait déjà fait grand bruit en montrant que le manque d'activité physique était responsable d'un décès sur dix dans le monde et que la sédentarité entraînait autant de morts prématurées que l’obésité ou le tabac…
 
Selon l’OMS, le manque d’activité physique concernerait deux adultes sur trois et serait responsable de 5,3 millions des 57 millions de décès répertoriés à travers le monde. Le docteur I-Min Lee (Harvard Medical School de Boston) souligne pour sa part que 10 % des quatre grandes maladies non transmissibles (maladies cardio-vasculaires, diabète de type 2, cancers du sein et du côlon) seraient liées au fait de pratiquer moins de 150 minutes d'activité modérée par semaine. Une autre étude réalisée dans 122 pays et dirigée par le docteur Pedro C. Hallal (Université de Pelotas, au Brésil), montre qu’un tiers des adultes et quatre adolescents sur cinq dans le monde ne font pas suffisamment d'exercice physique, ce qui accroît de 20 % à 30 % leur risque d'avoir des maladies cardio-vasculaires, du diabète et certains cancers. Selon le docteur Hallal, « Une généralisation de l'activité physique permettrait un gain de 0,68 ans de l'espérance de vie de la population mondiale, ce qui est loin d’être négligeable ».
 
Une étude de l’Inserm, publiée en novembre 2009, a montré, sur une population de sujets de plus de 65 ans, en bonne santé et suivis durant 5 ans, que les personnes qui marchent le plus lentement ont un risque de décès supérieur de 44 % à celles qui marchent le plus rapidement.
 
Citons également une autre étude réalisée par des chercheurs des Universités Jean Monnet (Saint-Etienne), de Lyon, de Dijon et du Centre Régional de Prévention du Cancer de Saint-Priest-en-Jarez. Ce vaste travail d’analyse épidémiologique montre, sur plus de 122 000 participants, suivis pendant une moyenne de 10 ans, qu’une simple activité physique correspondant à environ 15 minutes de marche active par jour, ce qui est à la portée de neuf personnes sur dix, suffit pour réduire de 22 % le risque de décès par rapport l’inactivité totale (Voir BMJ Journals).
 
Mais si on sait à présent avec certitude qu' une activité physique régulière peut avoir des effets bénéfiques tout à fait remarquables dans la prévention et le traitement de maladies graves, comme le diabète, l'hypertension, les maladies cardio-vasculaires ou certains cancers, on commence également à découvrir que le sport peut également permettre de prévenir ou de retarder l'apparition du déclin cognitif lié au vieillissement et de certaines pathologies neurodégénératives, comme la si redoutée maladie d'Alzheimer.
 
Il y a deux ans, trois études scientifiques très solides ont montré que les bénéfices de l’activité physique pour les personnes atteintes d’Alzheimer étaient bien réels et plus importants que prévus. La première de ces études, réalisée par des chercheurs de la Wake Forest University Health Sciences, à Winston Salemn (États-Unis) a montré, sur 65 patients âgés de 55 à 89 ans et atteints de troubles légers, que la pratique régulière d’exercices d’étirement entraînait une diminution significative de la protéine "Tau", un des marqueurs biologiques de la maladie d'Alzheimer.
 
La deuxième étude, réalisée par l'Université de Colombie Britannique, a montré, sur 62 patients atteints de troubles vasculaires cérébraux suite à un AVC léger, qu’un programme régulier d’exercices physiques améliorait leurs fonctions cognitives, notamment l’attention et la mémoire.
 
Enfin, la troisième étude, réalisée au Danemark par des chercheurs du Centre Danois pour la Recherche sur les Démences, a montré, sur 200 patients atteints de la maladie d’Alzheimer, que les malades ayant pratiqué des exercices physiques au moins trois fois par semaine présentaient beaucoup moins de symptômes tels que la dépression, l’anxiété ou l’irritabilité.
 
D'une manière encore plus générale, il est également démontré que l'activité physique a un effet neuroprotecteur remarquable. C'est ainsi qu'en 2016, des chercheurs ont réussi, pour la première fois, à observer l'évolution du fonctionnement du cerveau de 55 volontaires âgés de 56 à 79 ans. Utilisant des images tridimensionnelles à haute résolution obtenues par la résonance magnétique, ils ont découvert que l’exercice retardait l’atrophie du cerveau associée au vieillissement. Les personnes actives physiquement avaient perdu, en effet, beaucoup moins de matière grise et de matière blanche que les sédentaires. 
 
Rappelons enfin qu'en 2007, une vaste étude réalisée par l'Université de Californie a permis de montrer, sur plus de 6 000 femmes de plus de 65 ans, suivies pendant huit ans, que celles qui marchaient le plus pouvaient réduire jusqu'à 40 % leurs risques de déclin cognitif...
 
Une estimation scientifique prudente montre que la généralisation, dès le plus jeune âge, d’une activité physique régulière qui serait bien entendu poursuivie tout au long de la vie et adaptée au vieillissement des individus, permettrait non seulement d’éviter au moins 100 000 morts par an dans notre pays mais retarderait de plusieurs années la perte d’autonomie due à l’âge, un gain d’autant plus important que, depuis 10 ans, l’espérance de vie sans incapacité à 60 ans ne progresse plus, contrairement à l’espérance de vie globale à la naissance qui continue à augmenter régulièrement.
 
L’efficacité préventive et thérapeutique du sport pourrait en outre être encore amplifiée en proposant à chacun, en fonction de son profil génétique et des prédispositions à développer certaines pathologies, une « feuille de route », personnalisée, préconisant la combinaison d’activités les plus adaptées aux besoins de chaque personne.
 
On ne peut que se féliciter du fait que, depuis peu, les médecins peuvent prescrire sur ordonnance à leurs patients la pratique d’une activité physique, au même titre que des médicaments ou un régime. Mais il faudrait aller plus loin et dégager les moyens financiers, en réduisant par exemple certains gaspillages dans notre système de santé, qui permettraient de rembourser ces prescriptions sportives, ce qui n’est pas le cas actuellement.
 
Les extraordinaires progrès accomplis par la biologie et les sciences de la vie depuis un siècle ont fini par nous persuader, non sans raison, que la panoplie chimique et pharmaceutique toujours plus puissante et diversifiée dont nous disposions pour nous soigner, suffirait à venir à bout des maladies les plus graves et les plus meurtrières.
 
Mais nous savons aujourd’hui que les choses ne sont pas si simples et que la médecine allopathique à elle seule ne peut tout résoudre ; celle-ci sera d’autant plus efficace qu’elle sera utilisée en synergie avec les deux autres médecines qui se sont affirmées avec force au cours de ces dernières années, celle qui concerne l’ensemble de nos habitudes alimentaires et celle qui a trait aux activités physiques variées que nous pratiquons. Si nous parvenons à élargir notre conception de la santé et du bien-être en y intégrant de façon harmonieuse ces trois médecines, nos sociétés accompliront, j’en suis convaincu, un saut décisif en terme de qualité de vie et d’épanouissement individuel et collectif.
 
René TRÉGOUËT, Sénateur honoraire - Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat
Editeur de la lettre RT Flash
Avec l’aimable autorisation de l’auteur
 
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santé connectée

SleepPeanut, le gardien connecté de nos nuits

62% des Français déclarent souffrir d’un trouble du sommeil, 29% des Français dorment moins de sept heures par jour. Le « déficit de sommeil » touche un adulte sur cinq. Selon l’institut National du Sommeil et de la Vigilance, une écrasante majorité de Français rêve d’un réveil en pleine forme… SleepPeanut est un capteur autonome intelligent à petit prix qui analyse les phases de sommeil, rappelle à la bonne heure qu’il est temps d’aller se coucher, et sait réveiller au moment le plus propice pour une journée en pleine forme. Présentation d'un petit gardien de 2cms de haut.
              
La bonne durée d’une nuit serait de 8h en moyenne. Mais le sommeil varie d’un individu à l’autre. Alors que certains petits dormeurs se contentent de 6h de sommeil, les « gros dormeurs » ont besoin de 9 à 10 heures de sommeil pour se sentir reposés. Impossible donc d’édicter une norme, la durée idéale d’une nuit est celle qui permet de se sentir reposé et d’avoir un bon fonctionnement dans la journée.
 
Selon Claire Colas des Francs, médecin spécialiste du sommeil : « Nous avons tous besoin d’une quantité incompressible de sommeil de bonne qualité, indispensable au maintien des fonctions d’apprentissage et de mémorisation. Le sommeil a un rôle qui dépasse largement le bien-être, c'est une fonction vitale, clef de voute de notre santé. C'est à chacun d'apprendre à respecter ses besoins pour aller vers une meilleure qualité de vie. »
 
Ainsi, selon la National Sleep Foundation, ce sont les nouveau-nés (de 0 à 3 mois) qui nécessitent le plus important taux de sommeil par jour : entre 14 à 17 heures sont recommandées. Les adolescents (14-17 ans) ont quant à eux besoin de dormir 8 à 10 heures par nuit. Les adultes (26-64 ans), entre 7 et 9 heures et les personnes âgées de 65 ans et plus affichent pour leur part des besoins quelque peu plus élevés : de 7 à 8 heures de sommeil journalières.
 
La société Sen.se, fondée en 2010 par Rafi Haladjian, (créateur de Mother), développe une nouvelle génération d’objets intelligents qui veulent se fonder discrètement dans l’environnement et dans le quotidien de l’utilisateur : construire un monde dans lequel la vie quotidienne peut être améliorée en permanence par l’apport de connaissance, de confort, de sécurité et de progrès, comme le permettent les capteurs, mais dans lequel les objets font l’effort seuls de comprendre les hommes et de n’exiger d’eux que le minimum.
Sen.se a développé une infrastructure pour récolter des données en continu et sur une longue période. Cette plateforme traite les données reçues et les analyse continuellement afin de pouvoir fournir des services de plus en plus adaptés et de plus en plus intelligents. SleepPeanut est donc né : « Avec SleepPeanut, nous continuons à créer de petits assistants intelligents simples et abordables. Nous voulons démocratiser et banaliser l’accès aux technologies qui améliorent la vie quotidienne. Nous les rendons accessibles à toutes les bourses et tellement faciles à mettre en place et utiliser qu’absolument n’importe qui peut en bénéficier » affirme Rafi G. Haladjian, fondateur de l’entreprise.  « La différence entre SleepPeanut et ses concurrents est d’au moins 100 Euros. Nous avons créé le traqueur de sommeil et réveil intelligent le moins cher du monde. Pour autant, il offre exactement les mêmes fonctionnalités que toutes les autres solutions tout en étant celui qui est le plus simple à mettre en place en moins de 2 minutes. Tout le monde mérite de se lever en forme, alors nous avons supprimé les barrières du prix et de la complexité ».

Comprendre ses nuits…

Les Français dorment plus le weekend pour « compenser » un déficit chronique de sommeil la semaine. Or le manque de sommeil ne s’annule pas en deux jours. Au fil des années, les français cumulent ce déficit. Une carence en sommeil qui affecte plus particulièrement les personnes de 35 à 55 ans qui dorment moins longtemps (6h à 7h en majorité) alors que les personnes de 25 à 35 ans dorment 7 à 8 heures par 24h.
 
Le SleepPeanut veut mettre fin aux réveils douloureux après des nuits de sommeil inefficaces. Ce petit génie du sommeil à 29 euros est conçu pour, à la fois, offrir les fonctionnalités de réveil connecté et suivre les cycles de sommeil. Au fur et à mesure, le capteur apprend et s’adapte aux changements d’habitudes de ses utilisateurs. Il suffit de déposer ce petit capteur intelligent sur son matelas pour automatiquement veiller à la qualité de son sommeil et améliorer ses habitudes : il se positionne sur le matelas à hauteur d’épaule. Pour effectuer les mesures, il analyse le mouvement, la chaleur du corps et les habitudes de l’utilisateur grâce aux algorithmes d’apprentissage et à l’Intelligence Artificielle. Une fois posé sur le matelas il détecte spontanément et sans action de la part de l’utilisateur, ses heures de coucher et de lever, plus besoin de penser tous les soirs à porter sur soi un accessoire particulier, brancher un appareil ou appuyer sur un bouton pour démarrer l’analyse.
 
 
Il transmet ensuite automatiquement ses données sur les cycles de sommeil (léger, modéré ou profond) à un smartphone via Bluetooth Smart. Via l’appli SensePeanut, les utilisateurs ont accès aux graphiques de leur historique de sommeil, ainsi qu’à un score sur la durée et la régularité de leur sommeil. Le score permet aux utilisateurs de comparer rapidement le sommeil de la nuit en cours aux précédentes. L’historique permet de voir sur la durée, les dérives dans ses habitudes de sommeil (heures de coucher, heure de lever, durée et qualité) et les corriger.

Un réveil et un sommeil vraiment intelligents

Via l’application, les utilisateurs peuvent :
•             Choisir une heure et une plage horaire (par défaut, de 30 minutes) pour être réveillés au bon moment de leur sommeil léger. En tapant sur le SleepPeanut (sur le matelas), l’option « Snooze » leur accorde 10 minutes de plus.
•             Spécifier le nombre d’heures de sommeil qu’ils souhaitent avoir pendant la nuit. Le SleepPeanut les avertit du moment propice pour se coucher, en fonction de la durée de leurs sommeil régulier.
•             Personnaliser les préférences de son et choisir parmi 14 sons différents ou opter pour des clics discrets du SleepPeanut placé dans le lit, pour être réveillé sans déranger son partenaire
•             Stocker les données dans un cloud sécurisé et exporter l’historique des données en format excel ou CSV
•             L’appareil offre également des intégrations avec IFTTT, les Thermostats NEST et d’autres produits intelligents. Ces intégrations permettent notamment d’agir automatiquement sur le chauffage de la maison durant le sommeil, de régler l’éclairage et des centaines d’autres interactions avec d’autres objets connectés ou services en ligne.
 
Le SleepPeanut est disponible sur Sen.se, Amazon.com, chez FNAC, Boulanger, Darty et Système U, au prix de 29€. Il est livré avec sa batterie remplaçable CR2032 et divers accessoires.
 
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médicaments innovants

Médicaments innovants : comment garantir l'accès aux soins pour tous

Les niveaux extrêmement élevés des prix récemment demandés par les industriels pour certains traitements innovants interpellent la communauté médicale, la société civile et l’opinion publique. Les stratégies pratiquées par plusieurs laboratoires pharmaceutiques suscitent de vives oppositions et les Français demandent plus de transparence dans la fixation des prix.
Dans son dernier avis « Prix et accès aux traitements médicamenteux innovants » le CESE a alerté sur le risque que notre pays se mette à sélectionner les bénéficiaires de ces traitements innovants.
Comment sauvegarder une juste rémunération de l’innovation et l’accès de tous aux nouveaux médicaments ? Quelle coordination européenne et internationale en faveur d’une rémunération adéquate de l’innovation thérapeutique ? Matinée d'échanges le 19 mai pour comprendre. 
 
Alors que l’ensemble des concitoyens comme les responsables publics confirment leur attachement au principe d’accès universel aux médicaments, le CESE a entendu explorer les voies et moyens de sauvegarder ce modèle, qui constitue un des piliers de la cohésion sociale et de l’égalité en France. Ses préconisations, qui distinguent ce qui peut être traité dans le cadre national de ce qui relève d’une régulation européenne ou internationale, visent à sauvegarder une juste rémunération de l’innovation et un accès de tous aux nouveaux médicaments.
 
Le niveau très élevé des prix demandés par les industriels pour certains traitements innovants a interpellé la communauté médicale et l’opinion publique. Le cas le plus connu en France est celui du Sovaldi® (sofosbuvir), pour soigner l’hépatite C chronique, vendu 41 000 euros pour un traitement curatif standard de trois mois. Mais l’augmentation des prix concerne en réalité de nombreux autres médicaments, utilisés notamment dans le traitement du cancer.
De la pétition lancée par les cancérologues Dominique Maraninchi et Jean-Paul Vernant en mars 2016 à la campagne de communication de Médecins du Monde, cette évolution a suscité de multiples réactions de la société civile, des professionnels de santé, des associations de patients et des organisations syndicales.
Il en ressort une vive opposition aux stratégies pratiquées par certains laboratoires pharmaceutiques mais aussi l’exigence d’une plus grande transparence dans la fixation des prix. Au-delà, c’est la crainte que notre pays se mette à sélectionner les bénéficiaires de ces traitements innovants qui est exprimée.

Le CESE organise donc une matinée d’échanges avec l’ensemble des acteurs de la « chaine thérapeutique » le vendredi 19 mai 2017 à partir de 9h30 au Conseil économique social et environnemental. Avec notamment les interventions de : Patricia Marino, économiste de la santé, Philippe Lamoureux, Directeur général du LEEM (Les entreprises du médicaments), Sylvie Castaigne, membre du CESE, hématologiste, praticienne hospitalière à l’hôpital de Versailles et Professeure des Universités à la Faculté des Sciences de la Santé Simone Veil, Université de Versailles, Olivier Maguet, responsable de la campagne "Le Prix de la vie" de Médecins du Monde, Yann Mazens, directeur de l’association SOS Hépatites fédération. Une matinée animée par Hélène Delmotte, rédactrice en chef de la revue Territoire & Santé.

En France, dans le cadre de l’objectif national de dépenses d’assurance maladie (ONDAM), la dépense de médicaments est maîtrisée, grâce aux mécanismes de régulation des prix, aux baisses de prix des traitements plus anciens et aux efforts supportés par les assurés. Les dispositifs instaurés par les lois de financement de la Sécurité sociale ont également contribué à contenir le risque inflationniste à travers les réformes successives des contributions sur le chiffre d’affaires des entreprises. Pour autant, l’augmentation rapide des prix des traitements innovants laisse prévoir une hausse des dépenses de santé.
Ainsi le surcoût lié aux nouveaux traitements anticancéreux peut être estimé de 1 à 1,2 milliard d’euros par an. Cette contrainte budgétaire ne devrait pas conduire à écarter des malades du bénéfice d’un traitement innovant.
Si une réponse a été apportée à ce risque en ce qui concerne les hépatites virales, avec la création d’un accès universel aux traitements contre l’hépatite C, la menace d’une sélection liée au prix élevé des médicaments innovants n’en est pas moins réelle pour d’autres traitements. En effet, en France, selon les calculs de Médecins du monde, traiter la moitié des 230 000 personnes atteintes d'hépatite C, à raison de 55 000 euros par patient, engloutirait l'équivalent du budget de l'ensemble des hôpitaux publics parisiens. 
 
La question de l’adaptation des mécanismes de régulation et de fixation des prix aux médicaments innovants est donc posée. Le dispositif actuel a été élaboré alors que les innovations étaient relativement rares et n’a pas été pensé pour s’adapter aux conditions dans lesquelles les médicaments innovants arrivent aujourd’hui sur le marché. Les mécanismes de régulation ne différencient pas suffisamment les innovations de rupture des innovations incrémentales (consistant à améliorer le traitement sans changement de procédé), et le prix ne reflète pas réellement le caractère innovant du traitement. De façon générale, le système de régulation manque d’une vision et d’un pilotage d’ensemble.
Une place plus importante devrait être donnée à l’évaluation médico-économique, qui met en regard les résultats attendus d’une intervention de santé avec les ressources utilisées pour la produire. Les prix demandés par les industriels sur certains produits sont trop élevés et non soutenables et le régulateur n’a pas encore tous les outils pour limiter les hausses de prix au regard de l’enveloppe budgétaire disponible.
 
Fin janvier 2017, le CESE organisait une séance sur l'avis "Prix et accès aux traitements médicamenteux innovants" pour laquelle une publication au Journal Officiel était rendue, soulevant un certain nombre de grandes interrogations et préconisant certaines solutions, en insistant sur la nécessité d'instaurer de nouvelles règles "plus transparentes" et la mise en place d'un nouveau système de régulation :
 
Des efforts sont à conduire pour améliorer l’arbitrage financier sur l’intégration des traitements innovants dans l’offre sanitaire française :
- Si la pertinence et la faisabilité d’un indicateur unique pour l’évaluation des thérapeutiques innovantes sont démontrées, procéder rapidement aux adaptations normatives et organisationnelles que nécessite sa mise en place
- Améliorer la transparence dans les instances de régulation du médicament :
• Garantir l’effectivité du principe de représentation des associations agréées de patients dans toutes les instances ayant à statuer en matière d’évaluation et de fixation du prix des médicaments
• Prévoir une représentation du Conseil des caisses d’assurance maladie au Conseil de l’agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, à la Commission de la Transparence de la Haute autorité de santé et à la Commission nationale d’évaluation des médicaments et des dispositifs médicaux et des technologies de santé.
 
-Rechercher de nouvelles règles de fixation du prix des traitements innovants :
• Favoriser l’évaluation en vie réelle de l’efficacité des médicaments couteux et la révision des prix en fonction des indications et des résultats de ces études
• Solliciter l’Inspection générale des affaires sociales en vue d’une étude de faisabilité, portant notamment sur les évolutions normatives et organisationnelles, concernant, d’une part, les conditions de la détermination d’un prix au résultat, et, d’autre part, la fixation d’un prix à l’indication pour les traitements innovants
• Evaluer les effets du décret du 25 mars 2016 relatif à l’inscription des spécialités pharmaceutiques sur la liste en sus en associant l’ensemble des parties prenantes (professionnels de santé, tutelle, représentants des assurés sociaux, associations de patients,...) et, si ce décret compromettait l’accès à des thérapeutiques innovantes, prévoir un « droit d’appel », le cas échéant, devant la Haute autorité de santé.
 
Des évolutions sont à soutenir en Europe et au niveau international :
- Organiser la coordination au niveau européen pour harmoniser les méthodes d’évaluation
- Mettre en place des mécanismes nécessaires aux échanges d’information entre pays membres de l’Union européenne afin de garantir une meilleure transparence des prix négociés par les pays européens
- Etudier la faisabilité d’une Agence de fixation des prix et d’une Centrale d’achat européennes, avec adhésion volontaire
- Soutenir l’initiative internationale engagée par la France devant le G7 en mai 2016 qui va dans le sens d’une meilleure prise en compte de la place du patient et de la soutenabilité des systèmes de protection sociale.
(Source : synthèse CESE)
 
 
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santé et présidentielles

Santé : guide à l'usage des français qui veulent voter en sachant pourquoi

Les propos généraux tenus dans les programmes Santé des deux candidats en lice pour la Présidentielle 2017 traduisent-ils une méconnaissance de la situation réelle ? Il ne suffira pas de quelques mesures pour réparer notre système. De sa réorganisation dépend sa survie. Et pour cela, deux conditions : dresser le constat réel de ses faillites et porter l'ambition de refaire de notre système de santé l'un des meilleurs du monde. Je vous invite à une plongée dans les programmes d'Emmanuel Macron et de M. Le Pen, afin de vous forger une conviction basée sur les preuves, comme on le fait en médecine.

La désertification médicale

C'est le sujet phare pour les Français qui traduit le mieux cette médecine à deux vitesses que je dénonce dans l’ouvrage « Santé, le trésor menacé ». Ils n'ont pas tort car, derrière ce mot, on retrouve la plupart des causes qui génèrent les inégalités face à la maladie et aux accidents de la vie : le nombre de professionnels de santé par habitants, pléthorique dans certains centres-villes, insuffisant jusqu'à l'absence dans d'autres territoires, mais aussi la disparition des petits hôpitaux publics, les conséquences de l'engorgement récurrent des urgences, la mortalité due aux dysfonctionnements du système et de son organisation…
 
Pour combattre la désertification, Marine Le Pen souhaite relever le numerus clausus, c'est-à-dire le nombre de places ouvertes aux étudiants en médecine ; Emmanuel Macron fait l'impasse sur cette solution.
Mais en est-ce une ? Former un médecin généraliste prend neuf ans, un chirurgien onze. Peut-on attendre ces délais pour remédier à la désertification ? À l'évidence non, car les projections faites par les démographes en santé [1] et par l'Ordre national des médecins [2] révèlent une augmentation constante du nombre de territoires concernés. En cause la pyramide des âges chez les médecins qui montre que le pic des départs à la retraite sera atteint dans cinq à six ans. Trop tôt donc par rapport aux délais de formation. Mais plus que cela, que changera le nombre de médecins à la question de la désertification ? La réponse est rien ou à la marge. La France n'en a jamais autant compté, presque deux fois plus qu'il y a une quarantaine d'années, sauf que de moins en moins choisissent la médecine générale et que ceux qui font ce choix s'installent dans des zones déjà bien pourvues.
 
Alors qu'est-ce qui fera que les jeunes médecins auront tout d'un coup envie d'aller s'installer en Vendée ou dans la Manche (départements parmi ceux qui comptent le moins de médecins par habitants) ou dans les zones péri-urbaines ? À cette question les deux candidats répondent en chœur : maison de santé ! que seul Emmanuel Macron chiffre en voulant en doubler le nombre. Oui, les maisons de santé sont un levier ; non, elles ne suffisent pas à ce que les jeunes médecins généralistes s'installent dans ces zones déjà sous-dotées. Le nombre de maisons de santé inoccupées, parce que conçues hors concertation avec des professionnels concernés ou parce que ne relevant que d'un programme immobilier, est considérable.
Toujours contre la désertification, Marine Le Pen ajoute « un stage d'internat dans les zones concernées ». Sauf que ces stages d'internat en médecine générale existent déjà et qu'ils ont même été renforcés dans la dernière loi dite de Modernisation ; sauf que pour accueillir ces stages, il faut avoir la qualification de médecin généraliste enseignant et que, comme par hasard, il y en a peu ou pas du tout dans les zones concernées !

La survie des hôpitaux publics

La désertification est certes d'abord celle due aux médecins généralistes mais elle s'exprime aussi par la fermeture des hôpitaux publics de petites et moyennes tailles au profit de cliniques souvent propriétés de fonds de pension.
À ce sujet, Marine Le Pen souhaite « maintenir au maximum les hôpitaux de proximité et augmenter les effectifs de la fonction publique hospitalière ». Elle sait pertinemment que la question des centres hospitaliers publics des villes petites et moyennes est une préoccupation majeure de leurs habitants et que leur restructuration, fusion ou fermeture mobilisent plus qu'aucun autre sujet.
 
Le problème c'est que le remède proposé n'est pas le bon. La survie de ces établissements est à mettre en relation directe avec l'existence des cliniques privées. La concurrence frontale s'exprime d'abord par l'aspiration continue des jeunes diplômés par le privé qui provoque l'asphyxie des services hospitaliers publics où les taux de vacances peuvent atteindre 41% dans certaines spécialités. Madame Le Pen compte-t-elle interdire aux jeunes diplômés de s'installer où ils le souhaitent ? À coup sûr la réaction des professionnels, pour qui la liberté d'installation est primordiale, sera vive, et il est à craindre que le résultat de cette mesure soit pire que ce contre quoi elle est censée lutter. À moins qu'elle n'envisage de payer les chirurgiens, les médecins, les infirmières et les aides-soignantes du public au même prix que dans le privé, mais alors là il faut nous expliquer d'où l'argent viendra – le poste des salaires étant déjà celui qui pèse le plus dans la dépense publique. Selon les économistes, cette mesure augmenterait le budget de la santé hospitalière de 30 à 40%. Autant dire, impossible.
 
Plus réaliste et concret, Emmanuel Macron souhaite investir 5 milliards dans la transformation de notre médecine de ville et nos hôpitaux mais ne se prononce pas sur la pérennité des hôpitaux publics face à l'offre privée.

Le remboursement des frais de santé

Les deux candidats se retrouvent sur le remboursement des frais de santé, insuffisant à leurs yeux. Leur convergence s'arrête là. Pour Marine Le Pen, il s'agit de « garantir la sécurité sociale pour tous les français ainsi que le remboursement de l'ensemble des risques pris en charge par l'assurance maladie ». Pour Emmanuel Macron, la volonté est de parvenir à « 100% de prise en charge des lunettes, prothèses auditives et dentaires d'ici à 2022 en lien avec les mutuelles et les professionnels de santé ». Au moins pour ce dernier avons-nous une échéance, pour le reste les copies sont faibles. Le coût estimé de la mesure proposée par Emmanuel Macron est de 5 milliards, celui de Marine Le Pen d'au moins le double. Car, ce que l'administration appelle pudiquement les RAC (restes à charge) ne recouvre pas seulement les trois dispositifs cités par En marche. Ainsi, les personnes les plus impactées par ces RAC sont d'abord les personnes handicapées et vieillissantes. Un seul exemple : un fauteuil roulant électrique, aussi indispensable qu'une paire de lunettes et plus qu'un implant dentaire, laisse un RAC moyen de 3 000 euros, ce qui explique qu'à population égale nous ayons 30% de fauteuils électriques en moins que nos voisins allemands !

Candidats, sortez vos calculettes

Mais dans toutes ces propositions, une chose inquiète davantage. Le chiffrage approximatif ou inexistant de ces mesures, particulièrement au Front national. Les professionnels auront du mal à comprendre – et encore plus à croire – qu'alors qu'on compresse les personnels et qu'on limite les dépenses partout, on puisse d'un coup de baguette magique mettre 5 milliards sur la table pour financer les RAC, augmenter de 30 à 40% la masse salariale hospitalière, multiplier par deux les maisons de santé, relever le numerus clausus dans des facultés déjà saturées…
 
Peut-être le Front national compte-t-il sur le milliard de l'Aide médicale d'État (AME) que coûtent les « clandestins » et qu'il veut supprimer. Le compte n'y sera pas pour la raison simple que le recours à l'AME concerne autant des Français que des étrangers, avec ou sans papiers.
Cette proposition du programme lepeniste est l'illustration exemplaire que l'humanisme, valeur française s'il en est et dont devrait donc se flatter ce parti, est étrangère à ses principes. Elle démontre que sa xénophobie passe avant la santé publique la plus élémentaire. Un exemple avec la tuberculose qui continue de sévir en France. Dans l'immense majorité des cas, les porteurs du bacille sont des immigrés sans papiers. Soignés, ils ne sont plus contagieux, non soignés, une toux dans le métro ou le bus sera de nature à transmettre la maladie.
Enfin, comment Madame Le Pen peut-elle imaginer que des médecins refuseront des soins à une personne parce qu'elle serait sans papiers et sans argent ? Cette mesure remettrait en cause le serment d'Hippocrate signé par tous les médecins, autant dire qu'elle est nulle et non avenue.
 
Surtout, elle illustre parfaitement le décalage entre les deux programmes officiels. Leurs visions du monde sont radicalement différentes. L'une, universaliste dans la lignée de notre modèle conçu par le Conseil national de la résistance, même si l'on aimerait y trouver autant de souffle et d'ambition, l'autre fermée et repliée sur elle-même, à l'opposé de ce qui fonde notre modèle social.

Les oubliés

Quelques grands thèmes absents des programmes. Rien sur la sécurité des médicaments, pourtant première cause de mortalité dans les dysfonctionnements de notre système de santé et source d'une méfiance, voire d'un rejet, de plus en plus prégnant de la part des Français qui s'exprime, par exemple, vis-à-vis de la vaccination.
Rien non plus sur le maintien à domicile des personnes âgées dépendantes, pourtant enjeu majeur de notre société dans les vingt prochaines années.
Mais, surtout rien sur l'indispensable réorganisation des soins, de la première ligne aux hôpitaux en passant par les urgences, l'adaptation des métiers et de leurs formations aux nouveaux besoins de la population et aux nouveaux outils de la médecine.
 
Le temps presse pour enfin obtenir des candidats, les réponses qu'attendent les patients, les assurés et les professionnels de santé. Et comme le sujet est complexe, je veux bien, dans la dernière ligne droite de cette campagne, prêter une oreille experte, capable de détecter omissions et contre-vérités. Je formule le vœu que cette réflexion aura vocation à suggérer quelques questions à poser aux deux acteurs du second tour de l'élection présidentielle.
 
Antoine Vial
 
Antoine Vial est expert en santé publique. De 2006 à 2012, il a été membre de la commission «Qualité et diffusion de l'information médicale» pour la Haute autorité de santé. Il est membre du conseil d'administration de la revue Prescrire, co-président du club Santé-Solidarité de Prospective 2100, membre de la Société française de santé publique et co-fondateur du Forum des Living Labs en santé et autonomie.
 
[1] Santé : des territoires abandonnés. Emmanuel Vigneron, Le Monde 31 mars 2017.
[2] http://demographie.medecin.fr/demographie
 
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