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IL-33 : cette protéine pourrait guérir les patients atteints d’Alzheimer

Maladie d'Alzheimer
Des chercheurs des universités de Glasgow et de Hong Kong ont annoncé mercredi 19 avril avoir découvert que l’injection d’une protéine inverse les symptômes de la maladie d'Alzheimer chez les souris en seulement une semaine. Cette protéine, IL-33, est naturellement générée par l’organisme mais se retrouve en moindres quantités chez les patients souffrant de la maladie d’Alzheimer. Le traitement fonctionne spectaculairement sur la souris. Reste à le tester sur l’homme, ce qui ne saurait tarder.
 
Une étude vient de démontrer qu'une protéine appelée IL-33 peut inverser de façon spectaculaire la maladie d'Alzheimer chez les souris. Cette recherche publiée dans les Actes de l’Académie des sciences américaine (PNAS) a été codirigée par le professeur Eddy Liew de l’Institut des maladies infectieuses et immunitaires de l’Université de Glasgow, et le professeur Nancy Ip de l'Université de Hong Kong de la science et de la technologie (HKUST).
 
La maladie d’Alzheimer est une maladie dévastatrice qui n’a aucun traitement efficace connu. Cette pathologie est la cause la plus commune de démence.  Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), il y aurait environ au moins 47,5 millions de personnes atteintes de démences dans le monde, dont 60 à 70% de la maladie d'Alzheimer. En France, 850.000 à 900.000 personnes seraient touchées par Alzheimer et les maladies apparentées. Dans le monde, le nombre de malades devrait augmenter de 60% d'ici 2040 si aucun traitement n’est trouvé d’ici là.
Il y a urgence à trouver un remède. Les chercheurs à l’origine de cette découverte espèrent que leurs résultats, actuellement décisifs sur la souris, pourront passer à l’expérimentation humaine avec succès. Leurs travaux ont révélé que la protéine IL-33 pourrait être une fenêtre de traitement prometteuse de la maladie. Selon eux, cette protéine aurait en effet la capacité d’inverser la pathogenèse d’Alzheimer.
 
Plaques amyloïdes et enchevêtrements neurofibrillaires
 
La maladie d’Alzheimer se caractérise chez les humains par la présence de dépôts de plaques amyloïdes extracellulaires et par la formation d’enchevêtrements neurofibrillaires dans le cerveau. Pendant le développement de cette maladie, les « plaques » et les « enchevêtrements » s’accumulent, ce qui conduit à des pertes de connexions entre les cellules nerveuses, et finalement à la mort de ces cellules.
À l'heure actuelle, on ne sait pas pourquoi certaines personnes développent une accumulation de plaques amyloïdes et des dégénérescences neurofibrillaires dans le cerveau à mesure qu'elles vieillissent, alors que d'autres ne le font pas. Mais les scientifiques sont convaincus que si nous pouvons comprendre comment éliminer ces plaques et arrêter leur formation, nous serons alors en mesure de traiter efficacement la maladie.
 
L’IL-33 est une protéine, que l’on connait déjà, qui est produite par divers types de cellules dans le corps et plus particulièrement, en abondance, dans le système nerveux central (cerveau et moelle épinière).  IL-33 semble fonctionner en mobilisant la microglie, un ensemble de cellules immunitaires présentes dans le cerveau.
La protéine active ces cellules de la microglie et les conduit à entourer les plaques amyloïdes et à « les digérer », réduisant ainsi considérablement le nombre et la taille des plaques. IL-33 le fait en favorisant la production d'une enzyme, la néprilysine, connue également pour sa capacité à dégrader l’amyloïde. De plus, IL-33 agit en inhibant l'inflammation dans le tissu du cerveau. Or des études antérieures ont montré que c’est justement cette inflammation qui favorise la formation de plaques et d’enchevêtrements neurofibrillaires. « IL-33 empêche ainsi non seulement la formation de plaques amyloïdes mais élimine aussi les agrégats déjà formés » déclare l’équipe de Glasgow.
 
D’autres études ont mis en évidence le rôle crucial que pourrait jouer la protéine IL-33 dans la maladie d’Alzheimer. En effet, des études génériques antérieures ont montré une forte corrélation entre des mutations de l’IL-33 et le développement de la maladie dans des populations européennes et chinoises. En outre, il serait avéré que le cerveau des patients atteints d’Alzheimer contiendrait moins d’IL-33 que ceux qui ne développent pas la maladie.
 
Développement d’Alzheimer chez la souris
 
L’étude des professeurs Liew et Ip a porté sur des souris âgées, de la souche APP/PS1 qui développent progressivement la maladie de type AD avec le vieillissement. Les chercheurs affirment : « Nous avons constaté que l'injection d'IL-33 chez les souris âgées APP / PS1 a rapidement amélioré leur mémoire et leur fonction cognitive, en une semaine. » En effet, sur les souris qui avaient reçu des doses quotidiennes de la protéine, les plaques amyloïdes toxiques disparaissaient et ne se reformaient plus.
 
Le Professeur Liew ajoute prudemment : « L’extrapolation de cette constatation à la maladie d'Alzheimer humaine est actuellement incertaine. Mais les résultats sont encourageants ». Les chercheurs ont conscience qu’il y a une distance entre les résultats de laboratoire et les applications cliniques. Ils savent aussi que le passage des expérimentations sur la souris aux tests sur l’homme ne fonctionne que dans 8 % des cas. Il n’en demeure pas moins qu’ils déclarent être sur le point d’entrer en essai clinique de Phase I pour tester la toxicité d’injections d’IL-33 sur l’homme. Le médecin déclare : « il y a eu suffisamment d’échecs dans le domaine médical pour que nous soyons sur nos gardes. Nous retenons notre souffle jusqu’à ce que des essais cliniques rigoureux aient montré leurs résultats ».
 
Nous retenons notre souffle, nous aussi, dans l’attente de ces résultats.