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Vaccination : l'exception française

Vaccination
Qui aurait cru que la France puisse être le pays le plus « sceptique » de la planète face aux vaccins ? Et ce qui étonne encore plus derrière les chiffres dévoilés ces derniers jours, s’ils s’avèrent exacts, c’est que personne ne semble comprendre pourquoi la France se démarque à ce point.
 
La France, sur la plus haute marche du podium, mais il n’y a pas de quoi se vanter. Première place de la défiance envers la vaccination.
Les chiffres proviennent d’un vaste sondage international : 66 000 personnes interrogées dans 67 pays, dont 964 en France. Et c’est l’Europe qui se dégage comme étant la région du monde ayant la plus grande proportion de population qui affiche ses craintes ou son refus de la vaccination — à l’autre extrémité du spectre se trouve l’Asie du Sud-Est. Mais les Français sont dans une catégorie à part : 12 % sont convaincus que la vaccination est inutile, 17 % remettent en doute l’efficacité des vaccins et 41 % jugent qu’il ne s’agit pas d’un produit sûr. Sur ce dernier point, la deuxième place est occupée par la Bosnie-Herzégovine (36 %), suivie de la Russie (28 %) — la moyenne mondiale est de 12 %.
 
Alors que plusieurs auraient parié sur les États-Unis, ceux-ci arrivent plutôt au milieu du peloton avec 14 % des habitants qui jugent qu’il ne s’agit pas d’un produit sûr et 10 % qui pensent que les vaccins sont inefficaces. La chercheuse principale, Heidi Larson, de l’École d’hygiène et de médecine tropicale de Londres  voit un signal d’alarme dans le fait que l’Europe ressorte du lot. « Dans un monde où internet signifie que croyances et inquiétudes quant aux vaccins peuvent être partagées instantanément, nous ne devrions pas sous-estimer l’influence que cela peut avoir sur d’autres pays à travers le monde ».
 
Les chercheurs soulignent tout de même une bonne nouvelle : même dans les pays les plus méfiants, la vaccination reste majoritairement perçue comme « utile ». Les citoyens sont en effet beaucoup plus nombreux, même en France, à la voir comme utile plutôt que dangereuse.
 
Reste que, pour ce qui pourrait expliquer cette performance de la France, ils sont dans le noir. Quelques-uns évoquent la vaccination contre l’hépatite B, pendant laquelle des craintes de lien avec la sclérose en plaques avaient circulé dans les années 1990, ainsi que la campagne de sensibilisation pour le virus du papillome humain qui a généré des débats enflammés. Mais beaucoup d’autres pays ont également été confrontés à des débats de ce genre.
 
Le cas français souligne un grave problème de défiance. Les Français croient de moins à moins à l’intégrité et à la compétence de l’État, de la communauté soignante et de l’industrie pharmaceutique pour ce qui concerne leurs vaccins. Le journal Le Monde souligne que « Chaque mauvaise décision, chaque faux pas de communication, chaque scandale sanitaire érode un peu plus la confiance. Et dans ce domaine, la France s’est, hélas !, distinguée : organisation militaire de la campagne de vaccination contre la grippe H1N1, cafouillages sur la vaccination contre l’hépatite B largement hors cible, scandales divers et profits excessifs sur les vaccins. Nous n’avons manqué aucune occasion de saper la confiance. »
 
À l’inverse, le haut taux de confiance à l’égard de la vaccination dans les pays en voie de développement peut être lié au fait que la génération actuelle en vit les conséquences positives au jour le jour, étant en mesure de comparer l’avant et l’après.
 
Cette méfiance française pourrait-elle être responsable du fait que la France a recensé 22 686 cas de rougeole entre 2008 et 2011 ? Chose certaine, les données indiquent que 80 % des enfants atteints n’avaient pas été vaccinés.
 
L’étude State of Vaccine Confidence 2016 a été réalisée par des équipes du Collège impérial de Londres et de l’École de santé publique Saw Swee Hock à Singapour. Elle est parue le 9 septembre dans EBioMedicine. Son objectif est d’identifier les « niveaux de confiance » quant aux vaccins dans l’espoir qu’ensuite, les services de santé publique comprennent mieux les raisons des différentes attitudes, et soient ainsi mieux équipés pour y réagir.
 
 
Source : Agence Science-Presse
Image d’en-tête : REUTERS/Jean-Paul Pelissier