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Des médecins virtuels pour diagnostiquer des troubles dépressifs

médecin virtuel
Problème de disponibilité de médecins dans votre quartier ou dans votre village ? Pas de problèmes, désormais des humains virtuels pourront diagnostiquer des troubles mentaux, tels que la dépression ou ceux liés au manque de sommeil. Une équipe de chercheurs de Bordeaux a désormais un nouveau collaborateur virtuel.
 
Des chercheurs bordelais ont montré qu’il était possible d’utiliser des humains virtuels, bien acceptés par les patients, pour diagnostiquer des troubles mentaux, tels que la dépression ou encore les troubles du sommeil ou l'addiction à l'alcool.
A une époque où chacun consulte son smartphone pour toutes questions médicales, où il est possible de télécharger des applications de santé, de suivre la qualité de son sommeil. Des études récentes ont montré que les agents conversationnels de type Siri d’Apple, Google now..., répondent mal aux questions ayant trait à la maladie ou à la souffrance psychique. Si ces agents peuvent renseigner sur la météo ou une localisation précise, les questions concernant la santé amènent à des réponses limitées qui ne correspondent pas aux attentes des patients en souffrance. Un autre problème repose sur le faible pouvoir empathique d’agents vocaux dépourvus d’interactions physiques (émotions faciales, etc.).
 
Les chercheurs du laboratoire Sanpsy (Sommeil – Addiction - Neuropsychiatrie ; unité CNRS et université de Bordeaux) ont décidé de développer de nouveaux outils numériques basés sur des scénarios médicaux mimant un entretien clinique avec des interactions empathiques.
Ils ont ainsi créé le premier « agent conversationnel animé » ou humain virtuel, capable de conduire un entretien interactif intelligent pour diagnostiquer des troubles dépressifs.
 
Cet entretien entre un humain virtuel et un patient est construit à partir d’un référentiel médical validé (DSM-5) enrichi par des tournures de phrases et des interactions gestuelles et faciales renforçant l’engagement du patient dans l’interaction.
 
Cette étude sur 179 patients, publiée ce mois-ci dans la revue open-source de Nature, Scientific Reports, a permis de tester la performance de diagnostic pour le trouble dépressif caractérisé. L‘expérience était basée sur l’identification par l’agent conversationnel animé de symptômes spécifiques (décrits dans le DSM 5) chez des patients venus en consultation externe.
Les résultats ont indiqué que la capacité diagnostique de cet outil augmentait en fonction du niveau de sévérité des symptômes dépressifs.
Deuxième résultat intéressant : la bonne acceptabilité par les patients de cet agent conversationnel, s’apparentant à un humain virtuel féminin prénommée « Julia ».
Les chercheurs ont pu montrer que ces outils fonctionnent et qu’ils sont prometteurs pour mener des entretiens cliniques standardisés en soutien des consultations prodiguées par les médecins et personnels soignants.
 
L’enjeu n’est donc pas de remplacer le médecin mais d’assister ce dernier pour diagnostiquer plus rapidement des patients non identifiés comme dépressifs et possiblement dans le futur d’assurer un suivi médical de qualité au domicile du patient. Cette recherche s’inscrit dans une idée d’hôpital numérique, qui assurera un continuum de prise en charge des services hospitaliers jusqu’au domicile des patients afin d’augmenter l’autonomie de ces derniers.

Autre application : les troubles du sommeil

Les troubles du sommeil touchent 15 à 20 % de nos concitoyens avec des conséquences médico-économiques très importantes. La somnolence diurne est, en particulier, responsable de nombreux accidents et son dépistage est un enjeu de santé publique majeur.
Le développement des outils de réalité virtuelle appliquée au champ médical est en pleine expansion et vise à créer des outils accessibles à la fois pour le patient et le médecin afin d’améliorer la prise en charge des pathologies.
 
Les agents conversationnels animés sont des logiciels issus de l’informatique émotionnelle (Affective Computing) qui ont été utilisés dans les interactions homme-machine mais jusqu’à maintenant ce type de logiciel n’avait pas été appliqué au champ de la médecine du sommeil.
 
L’équipe de P. Philip a créé un agent conversationnel animé capable de conduire un entretien médical permettant de diagnostiquer la somnolence diurne excessive sur les bases d’une échelle validée de mesure de cette somnolence (Epworth Spleepiness Scale).
32 patients et 32 sujets sains ont participés à un entretien médical avec un médecin spécialiste du sommeil afin de compléter l’échelle de somnolence. Ils ont ensuite eu un entretien avec l’agent conversationnel animé pour compléter de façon identique la même échelle de somnolence. Ces travaux montrent une corrélation très significative entre les scores mesurés par l’agent conversationnel animé et le score mesuré par le spécialiste du sommeil. La majorité des sujets testés ont considéré que l’échange avec l’agent conversationnel animé était de nature plaisante. 65 % des participants ont considéré que ce médecin virtuel pouvait amener une aide significative au médecin réel dans la prise en charge des pathologies du sommeil.
 
 
Ces résultats, qui sont une première dans le dépistage des troubles du sommeil, ouvrent des perspectives nouvelles très intéressantes dans l’usage des humains virtuels dans la prise en charge médicale.
L’accroissement attendu des plaintes de sommeil dans un futur proche lié au vieillissement des populations et aux modifications des rythmes de vie, donne à penser que les agents conversationnels animés seront un élément clé du dispositif de prise en charge des pathologies du sommeil.