Santé : le corps sous protection

Rencontre avec Jean-Paul Hamon : Quoi de neuf Docteur ?

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D'après un sondage d'Harris Interactive de février 2017, deux Français sur trois n'ont plus confiance en l'avenir du système de santé français. La nomination de Madame Agnès Buzyn au Ministère de la santé va-t-elle augurer une nouvelle ère de solutions concrètes pour améliorer la prise en charge du patient, désengorger l'hôpital et sortir des déserts médicaux ? Va-t-elle permettre une valorisation des actes médicaux dans la durée (prix et qualité des consultations) ? La Fédération des médecins de France réclame "un plan Marshall" pour sauver le système de santé français. Entretien avec Jean-Paul Hamon, Président de la FMF, alors qu'il est reçu ce jour par la minsitre.
 
UP’ : Que pensez-vous de la nomination de Madame Agnès Buzyn comme ministre de la santé et de la solidarité ? La connaissez-vous ?
 
Jean-Paul Hamon
 
Jean-Paul Hamon : Non seulement de réputation. Je l’avais entraperçue de loin lors du départ de mon compagnon d’études Jean-Luc Harrousseau dont elle avait pris la suite à la tête de la HAS. Ceux de mon syndicat qui l’ont rencontrée en disent du bien et en tout cas la FMF n’a aucun à priori et a hâte de la rencontrer.
 
UP’ : Quels messages votre Fédération reçoit-elle avec cette nomination ?
 
JPH : Aucun. C’est une femme intelligente qui a un CV qui parle pour elle. On espère qu’elle mettra son intelligence au service d’une réforme du système de santé français qui en a bien besoin.
 
UP’ : Le terme « solidarité » dans le titre de ce ministère vient-il redonner un peu d’espoir aux inquiétudes de la Fédération des Médecins de France, face à la désertification des cabinets médicaux en zone rurales ou isolées, face au souci de sécuriser et améliorer la prise en charge du patient et face à la perte de liberté de la médecine dite "libérale " ?
 
JPH : La solidarité on l’entend plutôt au bénéfice du patient, ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi .
Les déserts médicaux sont enfin dans le débat des présidentielles, et il est temps car Paris a perdu 20% de ses généralistes en dix ans et des régions entières comme le Centre et la Normandie sont déjà des déserts médicaux.
Il faut redonner de l’attractivité à la médecine libérale : seulement 9% des médecins diplômés s’installent la première année et 40% mettent 10 ans à s’installer, alors qu’il y a 30 ans, 60% des médecins s’installaient en libéral. Il faut également faire en sorte que les étudiants connaissent l’exercice libéral lors de leurs études et qu’ils n’aient plus peur de s’installer, faire en sorte que les médecins puissent travailler correctement avec du personnel et des locaux corrects et qu’ils soient encouragés à accueillir les 15 millions de passages qui n’ont rien à faire aux urgences et qui coûtent 3 milliards à la collectivité.
Il faut que l’hôpital et la ville puissent communiquer en temps réel et qu’on développe la messagerie sécurisée qui est plébiscitée par 70 000 médecins (apicrypt) plutôt que de s’échiner à déployer un Dossier Médical Personnel coûteux et inutilisé.
 
UP’ : Approuvez-vous le programme de santé du Président Hollande ? Car quand même il y a eu davantage de créations de maisons de santé, les prix des médicaments ont baissé, amélioration de l’accès à la contraception, prolongement des plans contre les maladies neuro-dégénératives, le cancer, l’autisme, …
 
JPH : Le programme présidentiel a bénéficié d’une communication habile mais en dehors de cela l’efficacité est plus que limitée… la politique conduite par Marisol Touraine a été une catastrophe et la France a perdu cinq ans. Cela avait pourtant bien commencé avec la prise en charge de l’avortement à 100% mais c’est bien la seule chose positive car la gratuité de la contraception de l’adolescente est d’une rare complexité et est inutilisable. Marisol Touraine a stigmatisé les médecins libéraux, elle a fait le lit des mutuelles, les patients payent de plus en plus et sont de moins en moins remboursés. Le tiers payant va être d’une complexité rare et les médecins qui pratiquent déjà largement le tiers payant social refuseront le tiers payant généralisé et obligatoire.
 
UP’ : Vous réclamez un système de soins juste, égalitaire et pérenne. Quelles sont vos premières revendications ?
 
JPH : o Une égalité d’accès aux soins c’est-à-dire trouver un médecin traitant facilement.
o Pouvoir obtenir des rendez-vous de spécialistes dans des délais raisonnables
o Que les patients soient correctement remboursés de leurs soins
o Garantir une attractivité pour la médecine de proximité et avoir une authentique collaboration avec l’Hôpital
 
UP’ : La prise en charge à 100 % des lunettes et des prothèses auditives et dentaires, 5 milliards d’investissements pour la santé (dont certains syndicats de libéraux redoutent déjà qu’ils soient uniquement alloués à l’hôpital), un "service" sanitaire obligatoire pour les étudiants en santé pour faire de la prévention dans les établissements scolaires et professionnels, le renforcement du droit à l’oubli pour les malades et le doublement du nombre de maisons de santé, un tiers payant généralisable plutôt que généralisé, en finir, à l’hôpital avec la tarification à l’activité, la mise en place d’achats groupés des médicaments innovants au niveau européen, … Voici quelques-unes des propositions du nouveau président de la République. Qu’en pensez-vous ?
 
JPH :  La prise en charge des prothèses dentaires est une bonne chose, mais il serait préférable de rembourser les actes de prévention à leur juste prix en responsabilisant le patient qui ne ferait pas ses consultations de prévention : 2 consultations de prévention à 90€ par an et si le patient ne les fait pas il paye sa prothèse.
Il y a suffisamment d’économies à faire pour investir à la fois sur la médecine libérale et sur l’hôpital : l’unification de tous les régimes de sécurité sociale, la suppression des 8 milliards de frais de gestion des mutuelles et des 15 milliards de dépenses hospitalières en trop si on compare à nos voisins européens, l’ajustement des médicaments asmr 5 , la mise sur le marché d’Avastin à la place de Lucentis économiserait 400 millions d’euros , (on a perdu 2 milliards 5 dans cette seule affaire ). Cela passe aussi par la suppression des centres dits de prévention de la sécurité sociale qui ne soignent pas un patient : ils font uniquement une consultation de prévention, la Cour des Comptes les a épinglés en disant "qu'ils n'atteignaient pas leur objectif " euphémisme qui coûte 200 millions d’euros à l’Etat sans compter l'immobilier.
On ne peut pas continuer à parler prévention et laminer la médecine du travail comme cela a été le cas dans la Loi Travail.
 
UP’ : Qu’attendez-vous comme innovations majeures de ce ministère, comme par exemple le développement de la télémédecine proposé par Emmanuel Macron ?
 
JPH : Avant de parler télémédecine, commençons déjà par instaurer du haut débit sur l’ensemble du territoire !
 
UP’ : Vous avez déclaré le 2 mai dernier dans un magazine économique que « le risque d'étatisme avec Macron vous tracassait » car « il s'est entouré de spécialistes de la santé publique ». Pouvez-vous vous expliquer ?
 
JPH : C’est simple : il n’y avait aucun médecin libéral dans son entourage ! J’espère que Madame Agnès Buzyn n’attendra pas les six derniers mois pour prendre un médecin libéral parmi ses conseillers
 
UP’ : Quelle feuille de route souhaitez-vous donner à Agnès Buzyn ?
 
JPH : Je lui souhaite du courage et de redéfinir enfin le rôle de chacun, que l’hôpital ne sorte plus de ses murs et ait les moyens de l’hospitalisation. Avant de quitter son ministère, Jean-Marc Ayrault avait dit à Grenoble : "que l’Hôpital ne fasse plus ce qui peut être fait en ville « cela libérerait du personnel pour l’hospitalisation !" Je souhaite également que la médecine de proximité redevienne attractive pour en finir avec les déserts médicaux, qu ‘elle impose une communication en temps réel entre la ville et l’hôpital : les patients ont besoin d’une sécurisation de leur prise en charge.
 
Propos recueillis par Fabienne Marion
 

 

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