Santé : le corps sous protection

Interstitium : ce nouvel organe découvert dans notre corps pourrait expliquer comment le cancer se propage

Interstitium
Nous pensions tout connaître des organes du corps humain. En réalité, des chercheurs américains viennent de découvrir ce qui pourrait être notre quatre-vingtième organe : l’interstitium. Il a échappé à la sagacité des médecins depuis toujours, et pourtant il est loin d’être discret. C’est même le plus gros organe de notre corps. Cette découverte représente un intérêt majeur : elle expliquerait comment les cellules cancéreuses parviennent à se propager dans l’organisme.
 
Les scientifiques connaissent depuis longtemps ce tissu conjonctif qui entoure nos organes. Une couche de tissu apparemment épaisse et compacte, qui se trouve juste sous la peau et tapisse les poumons, les voies digestives et urinaires et une grande partie du système circulatoire. Les médecins pensaient que ce tissu compact ne présentait pas un grand intérêt. C’est ce qu’ils estimaient sous l’optique de leurs microscopes, même les plus puissants.
 
Erreur. Des chercheurs américains ont découvert quelque chose d’inattendu en pratiquant une endomicroscopie confocale, c'est-à-dire en introduisant une microcaméra spéciale qui permet une observation cellulaire en temps réel en visant une lumière laser sur les tissus vivants. Lorsqu’on observe ce tissu conjonctif dans un corps vivant, son aspect change radicalement de l’observation faite au microscope. Le tissu s’avère être « un espace ouvert, rempli de fluide, soutenu par un treillis fait de faisceaux épais de collagènes ». C’est ce que déclare Neil Theise, pathologiste et auteur de l'étude à Research Gate. Ce réseau de canaux est présent dans tout le corps et fonctionne comme un coussin souple et élastique, protégeant les organes des chocs externes lorsque le corps bouge.
 
Comment expliquer que ce tissu complexe ait pu échapper à l’intérêt des médecins pendant si longtemps ? Jusqu’à présent il était considéré comme un vulgaire tissu conjonctif. L’explication réside dans les méthodes d’observation. En analysant ce tissu au microscope, on le dispose entre des lames de verre. Cette préparation écrase le tissu et lui fait perdre toute sa structure. Un peu comme si on parvenait à ratatiner un immeuble entier. On n’observerait alors qu’un enchevêtrement de cloisons et de planchers qui ne produisent aucune information sur la structure originale de l’édifice. De plus, la préparation pour l’observation au microscope évacue tous les fluides circulant dans cette structure.
Certes, les médecins pouvaient voir de minuscules fissures dans les tissus sous le microscope, mais ils pensaient que ces fissures se produisaient lorsque le tissu était tiré trop fort lors du chargement sur des lames. « Mais ce ne sont pas des artefacts", explique le professeur Theise ; "Ce sont les restes des espaces effondrés. Ils étaient là tout le temps. Mais ce n'est que lorsque nous avons pu observer les tissus vivants que nous avons pu le voir. »
 
Pour les chercheurs à l’origine de cette découverte, l’interstitium n’est pas un simple « espace entre les cellules ». Il devrait être, selon eux, reclassé comme un organe à part entière en raison de ses propriétés et de sa structure uniques qui, selon Theise, sont " très spécifiques et dépendent des structures et des types cellulaires uniques qui le composent ".
 
Pour l’équipe de recherche qui vient de publier ses travaux dans la revue Scientific Report, l’interstitium n’agit pas seulement comme un amortisseur qui protégerait les tissus du corps contre les dommages. Cet « organe » permet aussi à des fluides de circuler dans tout le corps humain. Cet aspect de la découverte est considérable. En effet, il expliquerait comment le cancer peut se répandre dans un organisme.
L'équipe de Theise a ainsi découvert que chez les patients atteints de certains types de cancers malins, les cellules pouvaient quitter les tissus d'où elles provenaient et s'infiltrer dans ces canaux, contaminant éventuellement le système lymphatique. « Une fois qu'elles entrent, c'est comme si elles étaient sur un toboggan aquatique », déclare le pathologiste au magazine New Scientist. « Nous avons une nouvelle fenêtre sur le mécanisme de propagation des tumeurs. »
 
Cette découverte pourrait également permettre aux scientifiques de développer de nouveaux tests pour détecter le cancer. « Cette découverte pourrait conduire à des avancées spectaculaires en médecine, comme la possibilité d'échantillonner directement du liquide interstitiel et en faire puissant outil de diagnostic », explique Neil Theise, cité par The Independent.
 
La dernière fois que les chercheurs avaient découvert un nouvel organe, le soixante-dix-neuvième, c’était en janvier 2017. Des scientifiques irlandais avaient mis à jour le mésentère, localisé dans le péritoine, la membrane qui protège les organes de l'abdomen. Ce tube assez étroit et serré qui assure la liaison entre la paroi de l'abdomen et l'iléon et le jéjunum de l'intestin grêle avait échappé à la vue de tout le monde... sauf de Léonard De Vinci qui avait établi une description de cet organe en 1508, description restée ignorée pendant des siècles.
 

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