Santé : le corps sous protection

La santé en zones d’urgences se dote des dernières technologies innovantes

santé et réalité virtuelle
Les hôpitaux de campagne européens, postes de soins provisoires et mobiles, sont prêts à être déployés dans le monde entier en cas de catastrophe de grande ampleur. Le projet HOPICAMP travaille à l’amélioration de la logistique de ces centres de soins éphémères ainsi qu’au développement d’outils de télémédecine et de formation pour les personnels soignants. Objectif : assurer une médecine d’urgence la plus efficace possible.
 
Séisme, incendie, épidémie, crise sanitaire, … Que les catastrophes soient de causes naturelles ou anthropiques, les états européens sont prêts à projeter des moyens en Afrique, en Asie ou en Océanie pour aider les populations touchées. Les hôpitaux de campagne, postes de soins provisoires et mobiles où les blessés peuvent être pris en charge, sont un élément clé pour faire face aux urgences.
 
Le projet HOPICAMP a été bâti sur la base d'un savoir-faire français en matière de médecine d'urgence, de catastrophe, humanitaire, militaire, d'hôpitaux de campagne (fabricants, intégrateurs mais aussi utilisateurs ESCRIM, MSF, armée…). Il vise à proposer une solution intégrée et innovante d’Hôpital de Campagne Nouvelle Génération, mobile, rapidement projetable à l’étranger, permettant d’apporter à des populations sinistrées une réponse médico-chirurgicale à la gestion de crises humanitaires dans des conditions complexes nécessitant l’intervention rapide d’une médecine de catastrophe.
 
« Après une analyse fine, nous nous sommes rendu compte que les hôpitaux de campagne étaient améliorables, notamment en termes de recherche et développement. » Gilles Dusserre, chercheur à IMT Mines Alès, travaille sur la science des risques et la logistique de l’urgence. Ce domaine pluridisciplinaire au carrefour des technologies de l’information et de la communication, de la santé et de l’informatique, a pour but d’améliorer les connaissances sur les conséquences des catastrophes naturelles ou anthropiques sur l’homme et l’environnement. « Dans le cadre du projet HOPICAMP, financé par le Fonds unique interministériel (FUI) et réalisé en partenariat avec l’Université de Nîmes, le SDIS30 et les entreprises CRISEBEWEISH4D et UTILIS, nous travaillons à l’amélioration des hôpitaux de campagne, notamment sur le plan logistique » explique le chercheur.
 

Capteurs de traçabilité, réalité virtuelle et télémédecine au secours des hôpitaux de campagne

Lorsqu’un hôpital de campagne n’est pas déployé, toutes les tentes et le matériel médical sont stockés dans des caisses, ce qui pose problème pour assurer la traçabilité d’équipements cruciaux. Un bistouri électrique, par exemple, ne doit jamais être séparé de son câble d’alimentation spécifique sous crainte de ne pas pouvoir mener à bien les opérations chirurgicales sur le terrain. « Tous les opérationnels qui travaillent en logistique cherchent à améliorer l’adressage, l’identification et la mise à jour des items, que l’hôpital soit en phase de dormance ou en déploiement » précise Gilles Dusserre. Le consortium a ainsi travaillé en collaboration avec la société BEWEIS sur la mise en place d’un outil informatique d’identification et de mise à jour, ainsi que l’appariement de tags RFID, capteurs permettant d’assurer la traçabilité du matériel.
Par ailleurs, une fois l’hôpital déployé, pharmaciens, médecins, ingénieurs et logisticiens doivent travailler en parfaite coordination dans des situations d’urgence.  Mais comment les entraîner à ces conditions particulières alors même que leur lieu de travail n’est pas déployé ? « À IMT Mines Alès, nous avons fait le pari de travailler sur la conception d’un serious game et sur la réalité virtuelle pour former à la médecine d’urgence ces personnes aux métiers très différents » explique Gilles Dusserre.
 
Grâce à la réalité virtuelle, le personnel peut ainsi s’acculturer à ce lieu de travail particulier, où blocs opératoires et salles de soins côtoient lieux de vie et de repos sous des tentes de plusieurs centaines de mètres carrés. Le serious game, en cours de développement, s’inscrit en complémentarité de la réalité virtuelle. Il permettra à chacun d’identifier les différents processus de tous les corps de métiers, pour que leur coordination soit optimale en situation de crise.
Enfin, comment assurer le suivi des patients alors que les hôpitaux de campagne ne sont présents dans les pays affectés que pour une durée déterminée ? « Lors de l’épidémie Ebola, quelques laboratoires au monde seulement étaient capables d’identifier la maladie et de proposer certains soins. La télémédecine s’avère donc ici indispensable » constate Gilles Dusserre. En plus de proposer des soins propres à certains laboratoires, la télémédecine permet d’assurer le suivi à distance des populations par un médecin, même lorsque celui-ci a quitté le territoire touché. « Grâce à la société H4D, nous avons mis au point une sorte de cabine autonome portative permettant d’observer une quinzaine de constantes biologiques, à l’aide de capteurs et de caméras. » Laissé sur place, ce dispositif permet ainsi aux populations de disposer d’examens dermatologiques, ophtalmologiques ou cardiologiques, en appui des dispensaires locaux.
 

Des solutions testées sur le terrain

« Nous sommes en lien avec les Sapeurs-Pompiers du Gard, l’Armée française, Médecins sans Frontières. Nous pensons que tous les travaux que l’on a conduits, sur les retours d’expériences, la logistique, la télémédecine ou la formation, sont très appréciés. » affirme Gilles Dusserre.
 
En plus de remporter l’adhésion des utilisateurs finaux, certains outils ont pu être déployés avec succès lors de simulations. « Nos solutions de traçabilité des équipements développées dans le cadre du projet HOPICAMP ont été testées lors du déploiement de l’exercice EU AL SEISMEEX, Europe-Algérie Séisme Exercices, dans la salle de réanimation », explique le chercheur. L’exercice, qui a eu lieu du 14 au 18 avril dans le cadre d’un projet européen financé par la DG ECHO, la direction générale de l’aide humanitaire et de la protection civile de la Commission européenne, simulait la prise en charge des victimes d’un séisme fictif à Bouira, en Algérie. 1000 personnes ont été déployées, pour 7 pays participants : l’Algérie, la Tunisie, l’Italie, le Portugal, l’Espagne, la Pologne et la France. Les hôpitaux de campagne des pays participants étaient réunis pour travailler ensemble et vérifier l’interopérabilité des systèmes mis en place, qui ne peut être testée que lors d’un déploiement réel.
 
L’équipe de EU-AL SEISMEEX réunie devant les lieux de l’exercice en Algérie
 
Pour Gilles Dusserre, avoir porté un projet qui a contribué à la réussite de cet exercice de simulation européen est une véritable fierté.  « C’est agréable, pour le chercheur que je suis, d’imaginer, de concevoir un projet, de voir un premier prototype, jusqu’à sa phase test puis à son déploiement dans une phase d’exercice à l’étranger. Je suis très fier de voir que ce que l’on a conçu prend vie et se concrétise. »
(Source : I’MTech, 17/05/2018)
 

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