UP' Magazine L'innovation pour défi

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1,4 milliard d’emplois mis en péril par l’extinction des pollinisateurs

La pollinisation joue un rôle majeur dans la production alimentaire et la subsistance des populations humaines. De nombreuses études ont mis en évidence le déclin mondial des insectes pollinisateurs et notamment les abeilles. Ce déclin porte des conséquences dramatiques à l’encontre de la biodiversité mais aussi en matière économique : quelque 1,4 milliard d’emplois et les trois quarts des cultures dépendent d’animaux pollinisateurs. C’est ce que souligne un rapport publié le 28 novembre 2016 dans la revue Nature.
 
« La sécurité alimentaire et les emplois dans le monde sont en danger, à moins d’une action rapide pour mettre un terme au déclin des pollinisateurs », préviennent les chercheurs de l’Université de Reading (Royaume-Uni), qui ont contribué à ce rapport reprenant plusieurs études sur le sujet.
 
Parmi les cultures affectées par le déclin des espèces pollinisatrices, figurent la plupart des arbres fruitiers, des semences, des fruits à coque et des productions à forte valeur ajoutée comme le café ou le cacao. « L’agriculture emploie 1,4 milliard de personnes, soit environ un tiers des actifs dans le monde », ajoute l’étude. Cette question est « cruciale pour les communautés rurales pauvres, dont 70 % ont pour principale source de revenus et d’emplois l’agriculture ».

1,4 million de décès supplémentaires chaque année

Les cultures qui dépendent des pollinisateurs sont essentielles pour l’équilibre alimentaire humain, apportant vitamine A, C, calcium et acide folique, rappellent les scientifiques. « La perte de pollinisateurs pourrait susciter une recrudescence substantielle de maladies », générant environ 1,4 million de décès supplémentaires chaque année, ajoutent-ils. Les plantes sauvages ne sont pas en reste. Plus de 90 % des plantes à fleurs tropicales dépendent d’une pollinisation animale.
 
La plupart des pollinisateurs sont des insectes (abeilles, papillons…), mais ce groupe inclut aussi certains oiseaux, chauves-souris et lézards. Or parmi ces vertébrés, près d’un sur cinq est menacé d’extinction. Quelque 9 % des abeilles (20 000 espèces, chargées de polliniser plus de 90 % des grandes cultures mondiales) sont dans la même situation. Idem pour les papillons.

Les pratiques agricoles visées

Ce taux de 9 % pourrait cependant être plus élevé, vu le manque de données concernant de nombreuses espèces, notent les auteurs. Les abeilles sont frappées depuis des années, notamment en Europe et en Amérique du Nord, par un effondrement de leurs colonies, attribué aux produits phytosanitaires mais aussi parfois à un virus ou à des champignons, ou un ensemble de facteurs.
 
Les auteurs du rapport appellent à prendre des mesures pour protéger les pollinisateurs de certaines pratiques agricoles. Parmi leurs recommandations, remplacer les phytos par des techniques naturelles, planter des allées de fleurs entre les semences, assurer une rotation des cultures et restaurer des zones de floraison sauvage pour accueillir ces insectes.
 
 

 

biodiversité

Espèces d'ours ! : une exposition entre mythologie et pédagogie

À l’occasion de l’exposition temporaire « Espèces d’Ours ! », ayant lieu actuellement à la Grande Galerie de l’Evolution, le Muséum national d’Histoire naturelle enrichit sa programmation spéciale consacrée à l’univers des ursidés et accueille le photographe naturaliste Vincent Munier. Son exposition « Ours », présentée à partir du 10 décembre 2016 et jusqu’en mai 2017, réunit une soixantaine de clichés exceptionnels mettant à l’honneur les ours bruns et blancs dans leurs milieux sauvages en Russie et dans l’Arctique canadien. Une proposition immersive poétique au cœur du Jardin des Plantes.
 
 « Une forêt sans ours n’est pas une vraie forêt », disait le naturaliste suisse Robert Hainard. Et tous s’accordent aujourd’hui pour dire qu’une banquise sans ours n’est pas une vraie banquise non plus.
Cette exposition est une invitation à découvrir l’univers des ours, bruns comme polaires, à travers le regard singulier du photographe Vincent Munier. Plusieurs années ont été nécessaires pour réunir ces images, réalisées tantôt sur les glaces de l’Arctique canadien et du Spitzberg, tantôt dans les forêts sauvages de Finlande, ou même à l’ombre des volcans du lointain Kamtchatka.
Aujourd’hui encore, l’ours est cet animal mythique qui a frappé l’imagination de nos ancêtres et s’est terré dans nos contes et légendes. Il est la bête sauvage par excellence, qui parfois fait naître la peur. Une peur utile d’ailleurs, gage de distance et de respect. Sur les traces du photographe, sachons à notre tour entrer à petits pas dans l’intimité des ours…

L’exposition au Jardin des plantes

L’exposition Espèces d’ours ! développée par le Muséum national d’Histoire naturelle, est une véritable plongée dans le monde des ours. À travers cinq parties, le public peut approcher d’un peu plus près ces animaux sauvages et bousculer son imaginaire sur les huit espèces d’ours qui peuplent actuellement la Terre. Quelles sont leurs caractéristiques biologiques, leurs divers habitats, leur histoire évolutive, leurs relations avec les hommes, les mythes et légendes qui leur sont associés ?
Et comment parler de ces animaux, références tantôt féroces, tantôt enfantines, sans évoquer les menaces qui pèsent sur eux et les enjeux liés à leur conservation ?
Pour répondre à ces questions, plus d’une centaine d’objets issus des collections du Muséum mais aussi prêtés par des institutions extérieures sont présentés dans l’exposition. Parmi eux, il y a 25 spécimens d’ours naturalisés (22 issus des collections du Muséum national d’Histoire naturelle, 3 prêtés par le Muséum de Toulouse) et plus d’une vingtaine de pièces ostéologiques, dont 3 squelettes complets d’ours. Le visiteur peut ainsi naviguer entre ces objets d’une incroyable richesse et des dispositifs interactifs variés : bornes multimédia, projections, manipulations. La scénographie stylisée et épurée dessine, par ailleurs, un parcoursfluide et aéré entre les différents univers.
Un espace pédagogique attenant à l’exposition propose aussi plusieurs ateliers. Enfin, pour clôturer la visite, le public est invité à sortir de la Galerie afin de partir à la recherche des onze « ours » du Jardin des Plantes !
 
Quelles espèces composent la famille des ursidés ? L’ours blanc et l’ours brun sont bien connus mais cette famille compte en réalité huit espèces présentées ici sur un plateau central, pièce phare de la première partie : les quatre ours asiatiques avec le grand panda, l’ours à collier, l’ours malais et l’ours lippu ; les deux ours américains avec l’ours noir et l’ours à lunettes et enfin, les deux ours transcontinentaux avec l’ours brun et l’ours blanc. Pour les découvrir, plusieurs spécimens naturalisés sont exposés, agrémentés de cartes explicatives, de photographies grand format ou encore de jeux interactifs…
 
Une longue et fascinante histoire lie les ours et le Muséum. Chassés ou offerts, naturalisés ou présentés au public à la Ménagerie du Jardin des Plantes ou au Parc Zoologique de Paris, les ours historiques du Muséum sont incontournables.
Les artistes s’en inspirèrent aussi grandement et aujourd’hui plusieurs de leurs œuvres font parties des collections du Muséum. La dernière partie de l’exposition, un peu plus restreinte, présente ce trésor patrimonial à travers d’illustres ours naturalisés, des œuvres d’art animalier ou des photographies anciennes qui embarquent le visiteur vers d’autres temps, en particulier au XIXe siècle et au début du XXe siècle.
 

D’où vient le nounours ? L’ours-jouet apparaît peu avant le XX e siècle, mais n’a alors rien de bien mignon. Rugueux et équipé d’une muselière, il rappelle les spectacles des montreurs d’ours. Mais une histoire vraie américaine change la donne. Lors d’une chasse en 1903, Théodore Roosevelt, alors président des États-Unis, ne parvient à tuer aucun animal. Pour ne pas rentrer bredouille, un ourson est finalement placé devant lui afin qu’il l’abatte. Mais « Teddy » Roosevelt ne peut s’y résoudre et épargne le petit. Un fabriquant de jouet se saisit de l’histoire et réalise alors une reproduction de l’ourson qui est à l’origine du fameux Teddy’s Bear (autrement dit « l’ours de Théodore » !).

A propos de Vincent Munier

Pour compléter la visite de l’exposition, le Muséum propose une impressionnante exposition de photographies grand format d’ours en pleine nature par Vincent Munier dans le Jardin des Plantes à partir du 10 décembre.
 « ‘Kamtchatka !’ Ce nom a longtemps résonné en moi, comme un appel venu de loin, de ces terres vierges et inaccessibles. Lorsque j’ai foulé ce paradis terrestre pour la première fois, une puissante émotion m’a saisi. Et des larmes de bonheur ont surgi. Dans le sillage du photographe japonais Michio Hoshino, je me suis fondu dans les paysages démesurés du Kamtchatka et je suis parti à la rencontre du plus illustre représentant de sa faune exceptionnelle, que j’avais déjà eu la chance d’observer en Slovénie ou en Finlande : « Kobalann », l’ours dans la langue des Évènes de Sibérie. »…
Originaire des Vosges, Vincent Munier se passionne très tôt pour la nature. Il découvre la photographie animalière à l’âge de 12 ans aux côtés de son père, Michel Munier, défenseur de la nature lorraine. Depuis 2002, il a réalisé de nombreux voyages photographiques – du grand nord canadien, à la taïga russe, des hauts plateaux tibétains aux déserts arctiques -  dans sa quête de montrer la beauté des vastes espaces sauvages, où la nature n’est pas encore « apprivoisée » par l’Homme.
« Enfin, me voilà dans l’Arctique canadien ! Sous les ailes du petit avion, les derniers villages inuit disparaissent dans l’immensité blanche. Tant de préparatifs, de vols et de contrôles avant de pouvoir enfin vivre mon rêve : être seul au bout du monde, sur les terres du loup arctique et de l’ours polaire. […] Ici, le photographe que je suis préfère garder l’ours à distance : ce géant est bien plus fort que moi. « Nanuk » est un dieu errant dans la mythologie inuit, symbole de puissance et de courage. J’ai conscience d’être sur son territoire en permanence et il hante presque mes pensées : lorsque mon traîneau freine derrière moi ou se bloque, je me figure souvent un ours posant la patte dessus, comme pour me lancer : Toi, là, où penses-tu donc aller comme ça ? »…
 
Et pour prolonger l’expérience, pendant les vacances de fin d’année de nombreuses animations familiales sont proposées par les équipes du Muséum autour de l’exposition « Espèces d’ours ! ».
Visites, ateliers de dessin, jeux en famille, théâtre d’images… autant d’activités qui permettent aux petits (à partir de 3 ans) comme aux plus grands  de découvrir les différentes espèces d’ours de façons pédagogique et ludique !
 
Une expo, des débats à 18h à l’Auditorium de la Grande Galerie de l’Évolution :
Des débats organisés avec des scientifiques de tous horizons : archéozoologue, ethnologue, biologiste…
• Lundi 5 dé cembre 2016 : L’imaginaire autour de l’ours
• Lundi 27 février 2017 : Comment l’hibernation chez les ours inspire la recherche médicale
• Lundi 20 mars 2017 : Ours, leur conservation en questions
 
Exposition OURS de Vincent Munier du 10 décembre 2016 au 14 mai 2017
Sur les grilles du Jardin de l’Ecole de botanique –  Allée centrale du Jardin des Plantes, Paris 5ème
Tous les jours, aux horaires d’ouverture du Jardin - Gratuit
Accès au Jardin des Plantes par le métro Gare d’Austerlitz, Jussieu, Place Monge
 

 

 

ifremer

Les habitats des fonds marins européens ont désormais leur carte

Malgré les progrès techniques, dresser une cartographie précise et globale des habitats des fonds marins reste un défi du fait de leur difficulté d’accès et de l’immensité des mers. Depuis 2008, l’Ifremer participe au projet EUSeaMap visant à établir une carte des habitats benthiques des eaux européennes. Après la réalisation d’une première carte en 2010, une nouvelle version, élargie géographiquement et plus riche en données, a été publiée fin septembre 2016. Elle est accessible librement à tous.
Photo : A 40 mètres de profondeur, à Ouessant (Bretagne), vue caractéristique des fonds marins du parc naturel d’Iroise ©Ifremer / Olivier Dugornay
 
Le projet EUSeaMap a été mis en place pour répondre à l’objectif d’améliorer la connaissance de l’environnement marin fixé notamment par la directive-cadre stratégie pour le milieu marin (DCSMM). Il porte sur les habitats benthiques ou habitats des fonds marins. Un habitat se définit comme un environnement particulier qui se distingue par ses caractéristiques physico-chimiques (structure du sol, salinité, température, exposition aux courants…) et les espèces biologiques qui lui sont associées, dans un espace géographique observable. Outil indispensable pour décrire plus précisément les fonds marins, cette cartographie permettra de mieux orienter l’effort de suivi du bon état écologique de la mer et des océans.
 
Le projet EUSeaMap est un des huit projets du programme européen EMODnet (European Marine Observation and Data Network), qui vise à assembler les données géographiques marines existantes dans les Etats membres de l’Union européenne pour les harmoniser et les rendre accessibles gratuitement aux publics intéressés. Pilote du projet EUSeaMap, l'Ifremer est par ailleurs partenaire de sept autres projets mis en œuvre dans le cadre d’EMODnet, et constitue par conséquent l'un des plus importants contributeurs à ce programme européen.

EUSeaMap 2, une nouvelle carte plus complète

Après la diffusion d’une première carte en 2010, le second volet d’EUSeaMap a été lancé il y a trois ans avec pour objectif la réalisation d'une nouvelle version, plus riche en données et couvrant une superficie plus large. Cette nouvelle carte interactive est aujourd’hui finalisée et consultable en ligne depuis septembre 2016.
 
La carte interactive EUSeaMap accessible gratuitement en ligne
 
« Des zones jusqu’ici non couvertes telles que la mer Noire, la mer Méditerranée orientale et la mer de Norvège ont été cartographiées et celles déjà couvertes ont été mises à jour pour y intégrer les améliorations récentes des données géologiques, hydrodynamiques et biologiques », détaille Mickaël Vasquez, ingénieur en cartographie au Laboratoire d’Ecologie Benthique Côtière, Centre Ifremer Bretagne à Brest.

Comment réaliser une carte des habitats des fonds marins ?

Pour classer et cartographier les habitats benthiques, les scientifiques combinent des informations de différentes natures. « Grâce aux informations géologiques recueillies par le projet ‘Geology’ du programme EMODnet, nous connaissons en tout point de l'espace la nature géologique des fonds marins : sédiments grossiers, sable, vase, roches. Ces données géologiques sont croisées avec de nombreuses informations d’ordre environnemental telles que la température, la luminosité ou encore l’agitation liées aux vagues et aux courants.De plus, certaines zones présentent des caractéristiques très spécifiques, liées à la biogéographie1 locale, qu’il est indispensable de prendre en compte. Par exemple, en mer Baltique la salinité est un facteur capital tandis qu’en mer Noire, c’est le régime d’oxygène dissous. Une fois toutes ces données combinées, nous obtenons une carte des habitats benthiques », décrypte Mickaël Vasquez. Chaque combinaison de paramètres géologiques et environnementaux constitue ainsi un type d’habitat marin abritant des communautés biologiques spécifiques. La faune et la flore d’un habitat rocheux de faible profondeur seront évidemment très différentes de celles attribuées à des grands fonds composés de sédiments.
 
Pour décrire certaines zones ciblées telles que les aires marines protégées, les cartographes ont parfois recours à des échantillonnages biologiques et des techniques d’imagerie des fonds marins. Il est toutefois impossible de mettre en place de telles techniques pour cartographier les fonds marins européens dans leur ensemble. Pour être exhaustif, EUSeaMap s’appuie donc sur une approche de cartographie dite à « basse résolution » qui, en reposant principalement sur la description des facteurs environnementaux caractérisant les habitats, fournit déjà quantité d’information. Par exemple, les cartographies EUSeaMap n’indiquent pas qu’une forêt de laminaires est présente à un endroit donné mais permettent de savoir que le fond y est rocheux et fortement éclairé, l’environnement idéal pour ce type d’algue.
 
[1] La biogéographie est la science qui étudie la répartition des êtres vivants et des milieux écologiques sur la surface du globe
(Source : CP Ifremer)
 

 

 

algues nuisibles

Ces algues nuisibles qui détruisent nos océans

L’UNESCO publie le premier recueil mondial de données sur les efflorescences algales nuisibles, ces micro-organismes qui appauvrissent les stocks de poissons, détruisent les fermes piscicoles et peuvent être porteuses de maladies, voire causer la mort de l’homme et des gros animaux marins.
Photo : Vaste efflorescence planctonique au large de la Bretagne, vu depuis l'espace (plus de 20 000 km2) ©NASA
 
Dans un examen au cas par cas des données sur les efflorescences algales nuisibles (harmful algal blooms, HAB), cet ouvrage tire la sonnette d’alarme : ce phénomène tend à se développer, comme cela a pu être observé par exemple le long des côtes de Floride (Etats-Unis), où des données sont répertoriées depuis le milieu du 19e siècle, ainsi qu’en Inde et à Oman. Dans l’Adriatrique et la Baltique, les incidents algaux nuisibles progressent malgré la prise de conscience des gouvernements et les décisions prises pour limiter la production et le rejet de phosphate et autres produits chimiques toxiques.
 
Ce phénomène peut être naturel ou favorisé par des pollutions terrigènes ce qui entraine des proliférations intenses et longues pouvant conduire à des « zones mortes », en raison d'une consommation de la totalité de l'oxygène dissous dans l'eau la nuit et/ou d'émissions de toxines par certaines espèces de plancton : Elles déstructurent et appauvrissent fortement la chaîne alimentaire en raison d'une forte consommation nocturne de l'oxygène dissous et/ou par la production et émission dans le milieu de molécules écotoxiques.
Leur coût annuel a été estimé être de 2,2 et 4,6 milliards de dollars par an rien que pour les États-Unis et uniquement pour les efflorescences d'eaux douces selon une étude de Dodds et al. (2009) (1).
Les efflorescences algales nuisibles se développent rapidement en raison donc de la raréfaction de l'oxygène dans l'eau et bloquent la lumière du soleil dont de nombreuses plantes et animaux marins ont besoin. Les proliférations d'algues nocives peuvent être vertes, brunes ou même d’un rouge orangé.
Certaines proliférations d'algues nuisibles libèrent des toxines à mesure qu'elles grandissent ce qui peut nuire à d'autres espèces et créant des dangers de santé publique pour l'homme. Les cyanobactéries, en particulier, produisent des toxines et entachent à la fois l'eau potable, les lacs et les océans. Nager dans l'eau potable ou entachée de cyanobactéries peut provoquer la grippe de l'estomac, des irritations de la peau et même des dommages au foie.
Mais ces algues marines nuisibles peuvent nuire ou tuer les poissons et autres animaux marins. Si les humains mangent ces poissons contaminés, ils peuvent avoir des symptômes neurologiques. Et si les toxines sont inhalées, certaines personnes souffrent de crises d'asthme.
 
"Micro-algues toxiques et nuisibles de l’océan mondial " (Guides et Manuels de la Commission océanographique intergouvernementale n°68, 523 pages), rédigé par les biologistes marins et les chimistes Patrick Lassus, Nicolas Chomérat, Philipp Hess et Elizabeth Nézan, examine les tendances relatives à la prolifération de ces micro-organismes marins toxiques et évalue les politiques permettant d’en limiter la propagation.
 
L’augmentation des HAB est étroitement liée à une exploitation intensive des zones côtières, à travers l’aquaculture, le tourisme et les autres activités humaines, qui a pour effet de mettre les populations et les ressources en contact avec les micro-algues toxiques. Ces activités favorisent le développement des HAB lié à un excès de nutriments issus des déchets générés par l’homme et des produits chimiques, de la surpêche et de l’augmentation du trafic maritime. 
 
Certaines observations sont plus encourageantes. Des baisses ont été observées là où des mesures ont été prises pour améliorer le traitement des eaux usées et les technologies de pisciculture. La mer intérieure de Seto au Japon, où un programme de suivi des HAB est en place depuis 50 ans, en est un exemple. Les incidents d’HAB à Seto se sont stabilisés autour de 100 par an, grâce aux réglementations nationales visant à contrôler les rejets de nutriments et de déchets.
Dans de nombreux pays européens (2), les réductions d’HAB sont d’abord dues à des mesures de gestion s’appuyant sur des observations régulières et des alertes précoces. Grâce à la législation européenne adoptée en 1991, ces pays ont mis en œuvre un suivi efficace après des cas graves d’intoxication dans les années 1980.
 
Cette monographie de l'UNESCO présente des données identifiant 174 algues et 100 espèces produisant des toxines regroupées dans 24 classes chimiques différentes pour 11 pathologies humaines différentes. Une cinquantaine de photos donnent à voir 62 espèces. Les auteurs espèrent que cette publication aura pour effet de stimuler la recherche et l’identification de nouvelles espèces.
Disponible en anglais et français, cette publication est destinée à un large public, notamment aux pisciculteurs et aux conchyliculteurs, aux agences de surveillance et aux scientifiques.
Cet ouvrage est une publication conjointe de la Commission océanographique intergouvernementale de l’UNESCO et de la Société internationale pour l’étude des algues nuisibles. Elle a bénéficié du soutien de la Fondation Prince Albert II de Monaco et de plusieurs organismes régionaux, nationaux et internationaux.

Quelles solutions ?

Dans les cas où les apports sont terrigènes et agricoles, urbains et industriels, il s'agira de supprimer les rejets d'eau polluée en mer, et de réduire à la source des rejets de nitrates et phosphates et de construire des stations d'épuration et/ou des systèmes de lagunage naturel capables de traiter ces rejets avant de rejeter l'eau dans le milieu naturel.
 
La lutte contre l'érosion des sols et une politique de déseutrophisation des eaux de surface, de renaturation des berges (les racines des arbres fixent les berges et prélèvent des nitrates directement dans l'eau), des stratégies de lutte contre les inondations brutales (source de turbidité et de transferts de nitrates) peuvent être aidés par le génie écologique (ex : pose de fascine, création bassins tampon renaturés, ou encore réintroduction de castors qui par leurs barrages régulent les débits de certains cours d'eau...). Ces mesures peuvent contribuer à rendre les eaux de ruissellement plus propres de la source à l'estuaire (Source Wikipedia).
 
Restaurer les populations naturelles et en bonne santé d'organismes filtreurs (coraux, éponges, bivalves et autres filtreurs...) peut aussi contribuer au bon état écologique des eaux.
 
 
(1)    Dodds, W.K., Bouska, W.W., Eitzmann, J.L., Pilger, T.J., Pitts, K.L., Riley, A.J., Schloesser, J.T., Thornbrugh, D.J. (2009) Eutrophication of U.S. freshwaters: analysis of potential economic damages. Environ. Sci. Technol 43, 12–19
(2)  Allemagne, Danemark, Espagne, France, Irlande, Norvège, Royaume-Uni, Suède
 
 

 

manchots empereur de la mer de Ross

Création du plus grand sanctuaire marin du monde, sur fond de crise majeure de la biodiversité

Alors que WWF annonçait hier que 58 % des populations de mammifères, poissons, oiseaux, amphibiens et reptiles vivant sur cette planète se sont effondrées depuis 1970, une bonne nouvelle doit être soulignée aujourd’hui. Les grandes nations se sont en effet accordées pour créer le futur plus grand sanctuaire marin au monde.
 
Les Russes ont levé leur veto : le plus grand sanctuaire marin au monde verra bel et bien le jour dans une partie des eaux immaculées de l'Antarctique, à la faveur d'un accord "historique" forgé ce vendredi en Australie. Après plusieurs années de négociations, un consensus a été trouvé entre les 25 membres de la Commission pour la conservation de la faune et de la flore marines de l'Antarctique (CCAMLR) lors de sa réunion annuelle à Hobart, en Tasmanie. Présenté par les États-Unis et la Nouvelle-Zélande, le projet porte sur la création d'une zone protégée en mer de Ross, une immense baie côté Pacifique. Elle s'étendra sur une superficie de plus de 1,55 million de kilomètres carrés, soit une aire plus vaste que la France, l'Italie, le Benelux, l'Allemagne, la Suisse et l'Autriche réunis. Au total, 1,12 million de kilomètres carrés seront interdits à la pêche, selon le ministre néo-zélandais des Affaires étrangères Murray McCully. "Notre proposition impliquait certaines modifications pour obtenir le soutien unanime des 25 membres de la CCAMLR et l'accord final est un compromis entre la protection marine, la pêche durable et les intérêts scientifiques", a-t-il expliqué. "Les frontières de l'aire marine protégée (AMP) restent cependant inchangées", a-t-il ajouté. L'accord est valable 35 ans.

"Le dernier océan"

La mer de Ross est parfois surnommée "le dernier océan" car considérée comme le dernier écosystème marin intact de la planète, c'est-à-dire non touché par la pollution, la surpêche ou les espèces invasives.
C’est dans la mer de Ross que se trouvent 38% des manchots Adélie de la planète, mais aussi 30% des Pétrel antarctique et 6% des baleines de Minke. La région est importante car il y a des substances nutritives qui remontent des eaux profondes et qui se propagent dans le monde entier. En outre, y vivent en nombre, des krills, ces petites crevettes, qui servent de nourriture aux baleines et aux phoques.
 
La puissante organisation américaine de lobbying Pew Charitable Trusts a estimé dans un communiqué que la CCAMLR, qui rassemble 24 pays et l'Union européenne, avait "écrit l'histoire". "Cette décision est historique car c'est la première fois que des nations acceptent de protéger une gigantesque portion d'océan au-delà des juridictions nationales", a déclaré dans le communiqué Andrea Kavanagh, chargée de l'Antarctique au sein de Pew Charitable Trusts. La CCAMLR, établie en 1982 par une convention internationale, achoppait depuis 2011 sur plusieurs projets de gigantesques aires marines protégées. Mais elle avait entamé le 17 octobre sa réunion annuelle avec de grands espoirs pour la mer de Ross. D'une part parce que Pékin s'était finalement rallié en 2015 à ce projet de sanctuaire. D'autre part parce qu'un élan avait été donné par le président américain Barack Obama quand il avait annoncé fin août le quadruplement de la superficie de la réserve marine connue sous le nom de Papahanaumokuakea à Hawaï, en faisant - alors - la plus grande au monde. Restait à convaincre la Russie, réticente notamment face aux restrictions de pêche.

175 ans après sa découverte

"Nous avons beaucoup discuté avec eux", a déclaré à l'AFP le chef de la délégation américaine à Hobart, Evan Bloom, soulignant la mobilisation du secrétaire d'Etat américain John Kerry auprès du président russe Vladimir Poutine et du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. "Cette décision n'est pas importante que pour l'Antarctique, mais aussi pour les efforts en vue de la protection des océans dans le monde entier", a-t-il dit. Moscou a récemment montré un intérêt renforcé pour l'environnement, en proclamant 2017 "année de l'écologie en Russie", et en agrandissant son AMP de l'archipel François-Joseph, dans l'Arctique. La CCAMLR n'est cependant pas parvenue à trouver un consensus sur le deuxième projet majeur d'AMP qui était au menu des discussions. Porté par la France et l'Australie, il couvre un million de kilomètres carrés dans l'est de l'Antarctique. Un troisième projet d'inspiration allemande concernant la mer de Weddell est également dans les tuyaux. La mer de Ross doit son nom au Britannique James Clark Ross (1800-1862) qui la découvrit en 1841. "La famille Ross est euphorique à l'idée que l'héritage familial soit ainsi honoré l'année qui marque le 175e anniversaire de la découverte de la mer de Ross par James 1er, grâce aux individus et organisations qui ont donné leur cœur et leur âme à la campagne pour sa protection", a déclaré Phillipa Ross, descendante directe de l'explorateur. "Il y a un élan phénoménal pour la protection des océans et la mer de Ross n'est que le début", veut croire de son côté Luis Morago, un responsable de l'organisation américaine Avaaz qui faisait campagne pour les AMP en Antarctique avec le soutien de l'acteur Leonardo DiCaprio.

La sixième extinction a commencé

Cette information vient avec comme arrière-plan l’alerte faite par WWF dans son dernier rapport Planète vivante 2016. 58 % des espèces auraient disparu en quarante-deux ans (entre 1970 et 2012) et ce déclin va se poursuivre si nous ne faisons rien, alerte l’ONG.
"Que la biodiversité poursuive sa chute, et le monde naturel que nous connaissons aujourd'hui s'effondrera d'un seul tenant", avertit le directeur général du WWF International, Marco Lambertini, dans cet état des lieux de la planète.
 
"Le déclin subi par les populations d'espèces sauvages est de plus en plus préoccupant", souligne-t-il: "Il devrait atteindre en moyenne 67%" d'ici à 2020, si rien n'est fait pour enrayer la tendance.
"On est en train d'assister à une régression de la vie sur la planète dont nous sommes en partie responsables (...) c'est un facteur de risque majeur pour nous", relève Pascal Canfin, directeur général du WWF France. Car "quand le vivant disparaît, c'est le capital naturel qui disparaît. Et si on détruit ce capital naturel, on détruit notre capacité à vivre sur la planète dans la durée".
 
De manière générale, la menace la plus fréquemment subie par les populations en déclin est la perte ou la dégradation de leur habitat par les activités agricoles, l'exploitation forestière, l'extraction minière, les transports, la production d'énergie...
Autres causes : la surexploitation (chasse, pêche, braconnage...), la pollution (industries, urbanisation..), les espèces invasives, les maladies.
 
Le changement climatique n'a pour l'instant qu'un impact "relativement marginal (...) parce qu'on n'en est qu'à un degré de réchauffement" planétaire par rapport à l'ère préindustrielle, précise Pascal Canfin.
Mais si les températures s'emballent du fait des émissions de gaz à effet de serre, liées aux activités humaines, les scientifiques promettent des impacts dévastateurs pour l'homme et les écosystèmes, en raison d'inondations, sécheresses, tempêtes...
 
 

 

biodiversité

Pour sauver les lions, les guerriers Masaï troquent leur lance pour un GPS

Depuis près de 10 ans, à la réserve de Selenkay dans le sud du Kenya, au cœur du territoire masaï, se joue un projet à taille humaine et pourtant terriblement ambitieux : reconvertir les Masaïs tueurs de lions en protecteurs du grand fauve, et faire en sorte que le développement de la faune sauvage bénéficie économiquement à cette communauté tout en respectant sa culture. Bref, réconcilier l'homme et la faune.
 
Du guerrier masaï, Leiyio a tous les attributs : une fine couverture rouge vif pour couvrir le torse, une autre bleu roi ceinte autour des hanches, de nombreux bracelets de perles multicolores aux avant-bras et aux chevilles... À un détail près.
Ses boucles d'oreilles, demi-lunes de métal et de cuir, viennent encadrer deux yeux perçants et rehausser le tissage complexe de sa coiffure, mais en lieu et place de la traditionnelle lance acérée, le Moran - jeune guerrier masaï - tient à la main un petit appareil de géolocalisation satellitaire.
En cette tiède matinée de septembre, de lourds nuages masquent le Kilimandjaro qui, depuis la Tanzanie voisine, veille habituellement sur la réserve.
 
 
Comme chaque jour, les "gardiens des lions", ces Masaï employés par l'ONG "Lion Guardians" à l'initiative du projet, partent sillonner le "bush". Cette fois, ils recherchent trois lionnes qui, la nuit précédente, se sont aventurées à l'intérieur du camp de l'ONG ouvert aux quatre vents.
Il faut toute la science des Masaïs pour suivre leur piste. La savane arbustive est ici dense. Et le sol bosselé, couvert d'herbes roussies par la sécheresse, laisse peu d'indices aux hommes en rouge.
 
La traque est d'autant plus compliquée que les lionnes se sont séparées pour chasser, puis, bredouilles, se sont regroupées pour passer la journée à l'ombre. Après deux heures de marche soutenue, d'un signe imperceptible, les quatre Masaï font signe de stopper : les lionnes sont à moins de 100 mètres.

Cheptel et enfants égarés

En d'autres circonstances, la battue se serait muée en chasse mortelle.
Chez les Masaï, la mise à mort d'un lion au cours d'un rite appelé Olamayio représente traditionnellement l'acte de bravoure ultime, et confère gloire et prestige au chasseur.
Les Masaï mènent aussi souvent des expéditions mortelles en représailles à une attaque sur leur cheptel. Mais pour Leiyio et les autres Moran du programme, ce temps est révolu : une fois les lionnes repérées et leur localisation envoyée au camp de base, une voiture vient à leur rencontre, avec à son bord la responsable scientifique et co-fondatrice du projet, Stephanie Dolrenry.
 
A la science centenaire des Masaï vient s'adjoindre celle, académique, de cette femme de 37 ans qui recense, photographie et étudie le comportement des lions qui peuplent de nouveau ce territoire de 3.684 km2. "Le programme n'est pas seulement fondé sur les lions. Tout ce que nous faisons porte sur la communauté", explique Stephanie Dolrenry. "Les gardiens passent une bonne partie de leur temps à chercher du bétail perdu, des éleveurs ou des enfants égarés. Les gardiens sont là (en permanence) et ils connaissent la savane", ajoute l'Américaine, qui évalue à environ 1 million de dollars la valeur du bétail restitué à ses propriétaires l'an dernier.
 
Ainsi, les Moran préservent leur statut de défenseurs de la communauté et leur contact quasi-quotidien avec les lions perpétue leur aura. Ce sont eux qui interviennent en premier quand une vache a été tuée et qui dissuadent l'éleveur d'organiser une expédition punitive. Ils mettent en avant les bénéfices du bétail récupéré et plaident pour la pérennité de leur emploi, ainsi que celui des Masaï composant la quasi-totalité du personnel des deux éco-lodges de la réserve.
 
Et le programme porte ses fruits : entre 2007 et 2016, la population de lions a environ quadruplé, pour atteindre à présent quelque 150 individus, selon le Dr Dolrenry.

Tueur en série reconverti

Outre les lions, la réserve offre à présent une densité de faune tout à fait singulière : les buffles ont récemment fait leur réapparition après des années d'absence, les éléphants se déplacent par troupeaux et des espèces souvent très discrètes au Kenya, comme l'élan du Cap ou l'élégante gazelle girafe (Gerenuk) se laissent admirer.
 
"Lion Guardians", qui a essaimé en Tanzanie, au Rwanda et au Zimbabwe, est financé par les dons de philanthropes, notamment américains. Pour la réserve de Selenkay, le programme coûte moins de 300.000 dollars par an. Au nombre de cinq au début du programme, les gardiens des lions sont à présent plus de quarente, payés au salaire minimum kényan, soit environ 120 dollars par mois (107 euros).
 
Parmi eux, une des dernières recrues symbolise le changement de mentalité qui est peut-être en train de s'opérer au sein des communautés masaï de la région. De petite taille, le regard habité, Mitiaki Kitasho affirme avoir tué cinq lions dans sa vie. Il a fait deux passages d'un mois en prison, l'un pour avoir tué un éléphant, l'autre pour un lion. "Il n'y a pas une espèce d'animal (dans la savane) que je n'ai pas tuée", reconnaît-il. "Pour protéger la communauté et pour devenir connu et respecté".
 
Mais la bravoure ne met pas d'argent sur la table et, dans le dénuement le plus complet après ses condamnations, il a proposé ses services et a été embauché après une longue période d'essai. À présent, c'est lui qui dit de ne pas tuer les lions aux jeunes Moran qu'il croise chemin faisant, lorsque, jour après jour, il continue de s'adonner à ce qui fait le sel de son existence : la traque des grands fauves.
 
 
Image d’en-tête : TONY KARUMBA  /  AFP
 

 

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