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Le plus grand herbier du monde numérisé : de nouveaux horizons pour la recherche

Quel est selon vous le plus gand trésor national injustement méconnu ? Quelque six millions de plantes, d’algues, de champignons, de plantes vasculaires, comme les plantes à fleurs, les conifères, les fougères, rapportés des innombrables expéditions lancées durant plus de 350 années à travers le monde depuis la création du Jardin royal des plantes médicinales en 1635, dorment dans les armoires de la Galerie de botanique du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) de Paris. Un herbier national unique composé d'un nombre fantastique de variétés de végétaux diverses couvrant environ 47% de la flore mondiale et qui n'était accessible jusqu’à ce jour qu'aux seuls spécialistes, vient de faire l’objet d’un vaste programme de rénovation et de numérisation. La mise en ligne de l'herbier constitue "une source majeure de données" pour les scientifiques du monde entier.
Photo Herbier national, MNHN (algues)
 
La rénovation de l'Herbier national du Museum, chantier titanesque ayant permis de rénover les collections et les installations du plus grand herbier du monde, a donc vu la concrétisation d'un exploit inégalé à ce jour : la numérisation et la mise à disposition en ligne des images de plus de 6 millions de planches d'herbiers. Un travail exceptionnel accessible en ligne et consultable par tout un chacun.
Une équipe de l'Institut de systématique, évolution, biodiversité (Muséum national d'Histoire naturelle / CNRS / EPHE / UPMC) et de la Direction des Collections du Muséum décrit la base de données obtenue dans un article qui vient de paraître dans la revue Scientific data, permettant aux scientifiques de se les approprier dans leurs futurs travaux de recherche, prenant ainsi le statut de « cahier de laboratoire ».
 
 
L'Herbier national du Muséum contient environ 8 millions de spécimens, arrivés du monde entier au fil des siècles et des expéditions, ce qui en fait la collection botanique et fongique la plus importante au monde. Cette dernière a pour ambition de rassembler l'ensemble des espèces de plantes, lichens, algues et champignons que porte la planète ; elle est le résultat de plus de 350 ans d'activité botanique. Entre 2008 et 2012, l'Herbier national a été complètement rénové, processus qui a inclus une restauration du bâtiment et un reclassement systématique des spécimens dans des rayonnages mobiles pour répondre aux standards actuels de conservation. Près d'un million d'échantillons de la collection de plantes vasculaires (plantes à fleurs, conifères, fougères...) a été restauré à cette occasion. Celle-ci compte à elle seule environ 6 millions de spécimens et couvre environ 47% de la flore mondiale avec une représentation historique remarquable (plus de 40% des échantillons ont été récoltés avant 1900).
 
 
Conjointement à la rénovation de l'Herbier, une importante opération de numérisation des spécimens de la collection a été entreprise : 5 400 000 spécimens de plantes vasculaires ont été numérisés, soit 90% du volume estimé de ce groupe conservé au Muséum. Un article, qui vient de paraître dans la revue Scientific Data, décrit le jeu de données ainsi généré pour les plantes vasculaires, mais également les processus complexes qui ont conduit à sa constitution. Cette publication a été élaborée par une équipe regroupant des personnels de l'Institut de systématique, évolution, biodiversité (ISYEB : Muséum national d'Histoire naturelle /CNRS/UPMC/EPHE) et de la Direction des Collections du Muséum.
 
Chaque spécimen de cette collection scientifique doit être accompagné d'un certain nombre d'informations indispensables sur la plante conservée : son lieu de récolte précis (allant du pays ou d'une région jusqu'aux coordonnées GPS), son collecteur et sa date de récolte.
D'autres informations sur le milieu, les noms vernaculaires ou les usages locaux de ces plantes peuvent éventuellement être renseignés. L'observation du spécimen fournit les autres informations (forme des feuilles, fleurs, fruits, etc.). Un outil de sciences participatives développé au MNHN, les Herbonautes (lesherbonautes.mnhn.fr), contribue à l'enrichissement en continu des données non encore renseignées.
Ces spécimens d'une collection qui présente près de 170 000 taxons de plantes vasculaires récoltées sur plusieurs siècles partout dans le monde sont les témoins inégalés des grands bouleversements dus à l'impact historique des changements globaux sur la biodiversité végétale, notamment ceux créés par l'Homme, mais pas seulement : une quantité de questionnements peut également être abordée en macro-évolution, macro-écologie, sciences sociales, agriculture, foresterie...
 
Cet article, première mondiale pour une collection de cette importance, documente extensivement ce jeu de données et permet ainsi aux futurs utilisateurs de prendre pleinement en compte les biais éventuels lors de son utilisation pour leurs travaux de recherches. Il est le premier d'une série visant à exploiter ces données à des fins de conservation de la biodiversité et de l'étude de l'endémicité des flores mondiales, rendues possibles par ce travail.
Une urgence face aux enjeux du changement climatique et de la disparition parfois très rapide de la biodiversité.
 
Référence : Gwenaël Le Bras, Marc Pignal, Marc L. Jeanson, Serge Muller, Cécile Aupic, Benoît Carré, Grégoire Flament, Myriam Gaudeul, Claudia Gonçalves, Vanessa R. Invernón, Florian Jabbour, Elodie Lerat, Porter P. Lowry II, Bérangère Offroy, Eva Pérez Pimparé, Odile Poncy, Germinal Rouhan, Thomas Haevermans (2016). The French Muséum national d'histoire naturelle vascular plant herbarium collection dataset. Scientific Data.
 
Le Muséum national d'Histoire naturelle, le CNRS et l'UPMC sont membres de Sorbonne Universités.
 

Histoire de la rénovation de l'herbier du MNHN racontée dans une web-série intitulée «Herbier 2.0», visible sur le site internet www.webdoc-herbier.com

 
 
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biodiversité

L'ONU déclare la guerre à l'océan de plastiques

L'ONU Environnement lance une campagne d'envergure mondiale, #OcéansPropres, visant à mettre fin aux déchets marins. Plus de 8 millions de tonnes de plastique sont déversées dans les océans chaque année - l'équivalent d'une benne à ordure de plastique déversée chaque minute. Dix pays sont d'ores et déjà membres de la campagne, répondant à l'appel d'Erik Solheim, directeur de l'ONU Environnement : « Il est grand temps de s'attaquer au problème du plastique responsable de la dégradation de nos océans. La pollution plastique est visible sur les plages indonésiennes, s'installe aux fonds des océans du Pôle Nord, et s'invite tout au long de la chaîne alimentaire jusque dans nos assiettes. Nous avons joué le rôle de spectateur pendant trop longtemps et le problème n'a fait que s'aggraver. Cela doit cesser. »
 
L'ONU Environnement a lancé aujourd'hui une campagne mondiale visant à l'élimination de deux sources majeures de déchets marins : les micro-plastiques présents dans les cosmétiques et l'utilisation excessive de plastique à usage unique à l'horizon 2022.
Lancée lors du Sommet mondial sur les océans organisé à Bali, la campagne #OcéansPropres appelle les gouvernements à adopter des politiques de réduction du plastique, interpelle les industries à minimiser les emballages plastique et à repenser à la conception des produits, et invite les consommateurs à changer leurs habitudes du tout-jetable - avant que nos océans ne soient endommagés de manière irréversibles.
 
Tout au long de l'année, la campagne #OcéansPropres relaiera les importantes mesures prises par les pays et les entreprises comme l'élimination des microbilles présentes dans les produits d'hygiène, l'interdiction ou les taxes imposées sur les sacs plastique à usage unique, et les réductions notables de tout autre article en plastique jetable.
 
Dix pays se sont déjà engagés à rejoindre la campagne avec la promesse de mettre fin au raz de marée de plastique. L'Indonésie s'est engagée à réduire les déchets marins de 70% à l'horizon 2025, l'Uruguay imposera une taxe sur les sacs plastique à usage unique dès la fin de l'année et le Costa Rica prendra des mesures pour réduire considérablement l'utilisation de plastique à usage unique grâce à une meilleure gestion des déchets et à des campagnes d'information.
Eneida de León, ministre de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement d'Uruguay déclare : « Notre but est de décourager l'utilisation du plastique par le biais de réglementations, en fournissant des alternatives au personnel du secteur du traitement des déchets, en développant des programmes éducatifs relatifs à l'impact de l'utilisation des sacs en plastique sur notre environnement. Ces mesures sont indispensables pour atteindre les objectifs de développement durable. L'Uruguay s'engage à avancer dans cette direction et la campagne #OcéansPropres est une contribution précieuse. »
Pour la Norvège, Vidar Helgesen, ministre du climat et de l'environnement déclare : « Préserver nos océans et notre vie marine des dommages causés par le plastique est une question urgente pour la Norvège. Les déchets marins plastiques représentent une menace croissante pour la vie marine, la salubrité des produits de la mer et a un effet négatif sur la vie des personnes résidant dans les zones côtières du monde entier. Nous encourageons tous les pays à rejoindre la campagne Océans Propre et à développer des mesures efficaces pour éviter que des produits en plastique à usage unique se retrouvent dans l'environnement. Nos océans ne peuvent plus attendre. »
 
De son côté, Peter Thomson, Président de l'assemblée générale des Nations Unies, déclare : « L'Océan est le moyen de subsistance de notre planète, et pourtant nous l'empoisonnons avec des millions de tonnes de plastique chaque année. Il est grand temps de mette fin au raz de marée plastique. Alors que les États du monde se préparent pour la conférence des océans qui sera tenue à new York du 05 au 06 juin prochain, je leur demande à tous de rejoindre la campagne Océans Propres et de faire des promesses ambitieuses afin de réduire la consommation de plastique à usage unique. Qu'il s'agisse d'une taxe sur les sacs plastiques ou de l'interdiction des microbilles dans les cosmétiques, chaque pays doit agir pour préserver l'intégrité de la vie dans l'Océan. »
 
Chaque année, plus de 8 millions de tonnes de plastique finissent dans les océans, ravageant les espèces sauvages marines, les pêcheries et le tourisme et générant un coût d'environ 8 milliards de dollars en dommages aux écosystèmes marins. Près de 80% de tous les déchets présents dans nos océans sont des déchets d'origine plastique.
 
Selon certaines estimations, au rythme actuel auquel nous jetons nos bouteilles en plastique, nos sacs et récipients suite à un seul usage, il y aura plus de plastique que de poissons dans les océans à l'horizon 2050, et environ 99% des oiseaux marin auront ingéré du plastique.
 
Le top model Nadya Hutagalung, soutient la campagne #OcéansPropre et demande à l'industrie cosmétique de ne plus ajouter de microplastiques à leurs produits. Près de 51 billions de particules microplastiques - 500 fois plus que le nombre d'étoiles dans notre galaxie - polluent nos océans et posent une sérieuse menace aux espèces sauvages marines.
 
Le chanteur-compositeur-interprète et ambassadeur de bonne volonté des Nations Unies pour l'environnement, Jack Johnson, fait la promesse de s'engager contre la pollution plastique avec ses fans et d'encourager les sites où il se produira pour sa tournée de l'été 2017, à réduire l'utilisation de plastiques à usage unique. Jack Johnson fait également la promotion d'un nouveau documentaire The Smog of the Sea qui met en évidence la question des microplastiques qui pénètrent dans les océans du monde.
« Je soutiens la campagne Océans Propres parce que je crois qu'il existe de meilleures alternatives aux plastiques jetables à usage unique et que nous, les consommateurs, pouvons encourager l'innovation et demander aux entreprises de prendre la responsabilité de l'impact de leurs produits sur l'environnement. », a déclaré Jack Johnson.
« Nous pouvons tous commencer dès aujourd'hui en prenant des engagements personnels pour réduire les déchets de plastique en utilisant des sacs réutilisables et des bouteilles d'eau, en disant non aux pailles en plastique et en choisissant des produits sans microbilles et emballages plastique. Soutenons les efforts des leaders qui émergent parmi la jeunesse et qui oeuvrent dans le monde entier pour des océans sains dépourvus de plastique. »
 
Plusieurs marques internationalement connues rejoignent également la lutte contre la pollution marine. Le constructeur informatique DELL a dévoilé aujourd'hui une chaîne d'approvisionnement à l'échelle commerciale utilisant du plastique repêché au large d'Haïti. Le géant des ordinateurs se servira de plastique récupéré pour l'emballage de ses produits.
« DELL s'engage à mettre à profit sa technologie et son expertise pour oeuvrer vers des océans sans plastique », affirme le Vice-Président pour les opérations mondiales, Piyush Bhargava. « Notre nouvelle chaîne d'approvisionnement nous rapproche un peu plus de la vision de l'ONU Environnement pour des océans propres en prouvant que les plastiques présents dans les océans recyclés peuvent être réutilisés dans le commerce. »
 
Au vu du raz de marrée des déchets marins, toutes ces mesures seront cruciales. Aujourd'hui, nous produisons vingt fois plus de plastique que dans les années 60. Environ un tiers de tous les plastiques est utilisé pour les emballages. À l'horizon 2050, notre production de plastique aura augmenté de trois à quatre fois afin de répondre à notre demande. Une part importante de cette production terminera dans les océans où elle y demeurera pendant des siècles.
 
L'acteur Adrian Grenier, célèbre pour son rôle dans la série télévisée Entourage et le film du même nom, est également le fondateur de Lonely Whale Foundation et a rejoint la campagne #OcéansPropres, il demande à tout un chacun de repenser leur choix quotidien : « Que nous choisissions d'utiliser des sacs plastiques au supermarché ou boire à l'aide d'une paille en plastique, ce qui peuvent nous sembler être de petites décisions quotidiennes ont des effets dramatiques sur nos océans », a-t-il déclaré. « Il est de notre ressort de changer nos habitudes. Aujourd'hui, je m'engage publiquement à apporter ma contribution en refusant d'utiliser tout plastique à usage unique, en commençant par les pailles en plastique. Je réaffirme également mon engagement à travailler avec des entreprises telles que DELL afin de réduire les emballages en plastique. Si nous commençons par des petits changements et que nous nous tenons mutuellement responsables, je crois qu'ensemble nous pouvons encourager à la prise de mesures à travers le monde entier et assurer la bonne santé de nos océans. »
 
Plusieurs annonces importantes seront attendues à l'occasion de la conférence des Nations Unies sur les océans qui aura lieu au siège de l'ONU à New-York du 5 au 9 juin et en décembre lors de l'Assemblée des Nations Unies pour l'environnement à Nairobi au Kenya.
 
 
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biodiversité et artificialisation

Artificialisation des terres : la biodiversité en danger !

Urbanisation gagnée sur des espaces naturels ou cultivés, expansion d’infrastructures industrielles ou commerciales, routes, parkings, … tout concours à un changement complet et souvent irréversible de l’usage des sols. Peu le savent mais la France est particulièrement touchée par ce phénomène qui entraîne la perte de biodiversité et des exploitations agricoles. L’IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales), à travers un rapport publié en février 2017, propose une approche et une analyse des raisons de cette artificialisation et de ses liens avec la biodiversité et un questionnement sur la politique mise en œuvre par les acteurs publics et privés qui conduit à ce résultat.
 
Le phénomène de l’artificialisation des terres en lui-même et ses ressorts demeurent mal connus en dehors de quelques sphères spécialisées. Il est principalement appréhendé pour ses impacts sur les terres agricoles, et surtout sous l’angle de la progression des sols bétonnés. L’impact plus diffus des nombreux changements, divers et moins visibles, de l’occupation des sols, sur le patrimoine naturel, est moins connu, et fait l’objet d’une attention politique moins soutenue.
L’artificialisation désigne la conversion de terres naturelles ou agricoles en zones urbanisées, mais aussi toute modification de l’occupation des sols vers une utilisation s’éloignant d’un fonctionnement « naturel », ou provoquant un appauvrissement des écosystèmes. Cet enjeu environnemental majeur est reconnu au niveau international, par la Convention sur la diversité biologique et la Commission européenne ; au niveau national également, à travers les lois dites « Grenelle », la loi de modernisation agricole de 2010, ou encore par exemple la loi ALUR de 2014.

Des enjeux majeurs

L’artificialisation, c’est un changement complet et souvent irréversible de l’usage des sols. La France, très touchée par ce phénomène, fait face à deux enjeux existentiels : la perte de capacité agricole et la perte de biodiversité.
Deux millions d’hectares de terres agricoles ont été perdus sur les 30 années de 1980 à 2010, ce qui représente la superficie cumulée des Landes et de la Gironde. Cette disparition des champs entraîne la diminution des capacités du pays à subvenir à ses besoins alimentaires. C’est une perte d’autonomie considérable et paradoxale car qui dit « augmentation de population » dit « augmentation des besoins alimentaires ».
 
Le deuxième enjeu, c’est la variété des espèces, le patrimoine génétique de la planète. L’Homme ne prend pas assez en considération les services que lui rend la nature. La terre et les océans produisent sa nourriture, le sous-sol renferme la quasi-totalité des ressources énergétiques et des minerais dont l’humanité dépend. Enfin, le système climatique et le cycle de l’eau, sensibles aux pollutions, sont essentiels à toute forme de vie.
 
 
 

Messages clés de la publication :
- L’artificialisation résulte d’un processus de progression et de régression d’une grande diversité d’usages du sol.
- Ces usages du sol ont un intérêt variable pour la biodiversité, y compris en zone urbaine. Ce potentiel pour la biodiversité dépend fortement de la manière dont ces espaces sont gérés.
- Une politique voulant protéger la biodiversité devrait donc s’intéresser à la manière de concevoir, d’aménager et de gérer ces différents espaces – autant, voire plus, qu’à contenir l’urbanisation.
- On constate, en Île-de-France, une conversion importante de terres agricoles, mais aussi d’autres dynamiques affectant la biodiversité, comme la faible pérennité des milieux naturels ouverts ou l’intensification de l’artificialisation en zone urbaine que génère la densification. Le premier facteur d’artificialisation est la progression des zones d’activités (notamment logistiques) et de leurs espaces « annexes » (en particulier les surfaces engazonnées), puis de l’habitat individuel périurbain (lotissements).
- La gestion du problème repose sur un grand nombre de préconisations souples, qui ne sont pas ou peu saisies par les autorités pour encadrer fermement l’artificialisation, et quelques normes strictes – mais appliquées de manière très flexible.

L’artificialisation, de quoi s’agit-il ?

Selon le ministère chargé de l’Environnement, l’artificialisation désigne « toute surface retirée de son état naturel, forestier ou agricole, qu’elle soit bâtie ou non et qu’elle soit revêtue ou non ». Cette définition est reprise dans les principales enquêtes menées sur le sujet. Les zones artificialisées s’opposent aux espaces agricoles, milieux naturels et zones humides/surfaces en eau.
L’expression « surfaces artificialisées » recouvre en réalité une grande diversité d’occupations et d’usages des sols. Par exemple, au sein de l’enquête « Corine Land Cover », les zones artificialisées regroupent le tissu urbain continu et discontinu, les zones industrielles et commerciales, les infrastructures de transports, les activités d’extraction, chantiers, décharges ainsi que les espaces verts urbains et équipements de loisirs. L’artificialisation est l’une des premières causes de perte de biodiversité dans le monde, car elle détruit et fragmente les habitats abritant des écosystèmes variés et leurs espèces associées.

L’artificialisation : une question qualitative plus que quantitative

Les différents types d’usage du sol ont un intérêt variable pour la biodiversité. Une partie des zones urbaines est en effet composée d’espaces ouverts, de pleine terre, où la biodiversité n’est pas absente et peut même être riche dans certains cas. De même, les espaces naturels et agricoles ont un potentiel très variable pour la biodiversité : les forêts, prairies, zones humides, ou encore d’autres types d’exploitations agricoles, peuvent accueillir une biodiversité riche, alors que les grandes cultures spécialisées et intensives sont générale­ment pauvres en biodiversité.
 
De plus, il faut prendre en compte la réversi­bilité, car tout développement urbain ne se vaut pas du point de vue de la biodiversité. Lorsqu’un terrain est utilisé de manière plus artificielle qu’au­paravant, il sera plus difficile de « revenir » vers un écosystème riche et diversifié ; dit autrement, plus l’espace est artificiel, moins son usage est réver­sible, plus l’écosystème qui y subsiste est fragile et moins ce dernier est résistant (ou « résilient »).
Les impacts de l’artificialisation dépendent enfin d’aspects qualitatifs, comme le caractère plus ou moins diffus de l’étalement urbain : une artifi­cialisation diffuse génère une fragmentation plus importante des milieux, facteur supplémentaire de perte de biodiversité.
 
Ainsi, s’alarmer de la « disparition d’un départe­ment tous les dix ans » ne suffit pas. La conversion d’espaces naturels et agricoles en espaces urbains s’accompagne souvent, mais pas toujours, d’une perte de potentiel en biodiversité. Cela dépend de ce qui est « gagné » et « perdu » : quels sont les usages du sol qui sont transformés ? En quoi ?
Pour étudier l’artificialisation du point de vue de la biodiversité, il faut donc dépasser les grandes catégories agricole/naturel/artificialisé et entrer davantage dans le détail des usages du sol. De même, une politique de la biodiversité ne doit pas se limiter à un indicateur quantitatif global, mais également identifier les formes de développement urbain les moins néfastes du point de vue de la biodiversité (1).
 
(1)    Tout en sachant qu’elles ne sont pas nécessairement les moins néfastes pour d’autres dimensions du développement durable, ce qui conduit aux réflexions sur la complémentarité des formes urbaines.  

Exemple - L’artificialisation, en Ile de France : un processus dynamique de gains et de pertes

L’Île-de-France est une région particulièrement artificialisée (22 % du territoire, contre environ 9 % en moyenne au niveau national) et fragmentée. Le rythme de l’artificialisation, très fort dans les années 1980 et 1990 (plus de 2 000 ha/an), tend à se ralentir à partir de 1999 (environ 1 200 ha/an), avec un ralentissement très marqué entre 2008 et 2012 (environ 700 ha/an) qui pourrait notamment être lié à la crise économique déclenchée en 2008.
 
 
 
Figure 1. Changements d’usage des sols en Île-de-France : superficies et nombre d’hectares annuels en mutation entre 1999 et 2012
 
Cette Figure propose une visualisation de la dyna­mique des « gains et des pertes » pour l’Île-de- France en 13 ans, entre 1999 et 2012. La gauche de la figure répartit les usages du sol de la région en six grandes catégories, et les cercles sont propor­tionnels à leur importance relative dans le total en 1999. La droite de la figure représente les mêmes proportions en 2012. Et les flèches entre les deux parties, dont l’épaisseur est proportionnelle à leur importance, représentent les transferts d’une caté­gorie à une autre. Ainsi la flèche « + 700 » signifie que 700 hectares d’espaces agricoles de 1999 sont devenus des espaces naturels en 2012. Symé­triquement, la flèche « + 114 » signifie que 174 hectares d’espaces naturels de 1999 sont devenus des espaces agricoles. Le bilan total des gains et pertes pour chaque catégorie est indiqué à côté de son cercle de droite : + 574 hectares nets pour les espaces naturels.
Cette figure met en avant, au-delà des évolu­tions nettes (par exemple la perte globale de terres agricoles), tous les mouvements/échanges entre différents types d’usage des sols.
Les principaux changements concernent les terres agricoles, sur lesquelles se fait la majeure partie de l’artificialisation (notamment vers les espaces revêtus ou bâtis, mais aussi les deux autres types d’espaces artificialisés). On peut souligner que ces évolutions touchent notamment des terres au fort potentiel agronomique (2). On constate que la diminution des surfaces agricoles se fait également au profit d’espaces dits « naturels », ce qui appelle à des explications plus approfondies : s’agit-il d’en­frichement, de renaturation volontaire, de conver­sion en prés pour chevaux par exemple ?
Les milieux naturels (forêts et milieux ouverts) sont stables ou en augmentation. Mais cette évolu­tion nette peut masquer des mouvements impor­tants. Ainsi, 2 % des surfaces totales de milieux naturels ouverts (prairies, zones humides…) sont en mutation chaque année, alors que la forêt connaît peu de changements.
La figure permet de montrer la réversibilité « en pratique » de certains usages, et de constater que la manière dont l’espace est géré compte beaucoup. Ainsi, les carrières peuvent apparaître comme une artificialisation transitoire puisqu’elles sont « renaturées » après exploitation dans 50 % des cas : on constate un mouvement positif de cette catégorie vers la catégorie « espaces naturels » de + 175 hectares/an. Toute la question réside donc dans la qualité écologique des espaces naturels ainsi « regagnés » sur les carrières par rapport à ceux qui avaient été « perdus » précédemment. En revanche, quasiment aucun espace ouvert artifi­cialisé (gazons, parcs, terrains de sport…) n’est revenu à l’état d’espace naturel sur la période considérée ; au contraire, la tendance est plutôt de les transformer en espaces bâtis, dans la mesure où, dans la conurbation parisienne, une dyna­mique de densification se poursuit parallèlement à l’extension urbaine.
 
(2)    Des analyses basées sur l’enquête Corine Land Cover entre 2000 et 2006 suggèrent que les terres agricoles ayant une rétention utile en eau forte ou très forte (indicateur du potentiel agronomique) représentent 66 % des terres agricoles touchées par l’artificialisation en Île-de-France, contre 52 % pour la moyenne française. Voir à ce sujet une publication du Commissariat général au développement durable, « Le point sur » n° 75 (février 2011) « L’artificialisation des sols s’opère au détriment des terres agricoles ».

L’Artificialisation pour quoi faire ?

Il s’agit à présent d’observer cette même dyna­mique sous un autre angle, celui de l’utilisation socioéconomique de l’espace : à quoi est utilisé l’espace qui est gagné ou perdu par les différentes catégories d’occupation du sol ? Nous nous inté­ressons ici à la destination des surfaces qui passent d’un état « naturel » ou « agricole » (selon les caté­gories de la Figure 1) à un état « artificialisé ».
Le premier facteur de changement d’usage est l’habitat (25 % des surfaces), et en premier lieu l’habitat individuel, l’usage le plus souvent évoqué dans le débat public. On constate ainsi un écart dans l’usage du sol entre habitat collectif (qui ne représente que 2 % des surfaces nouvellement arti­ficialisées pour 40 % des nouveaux logements) et individuel (23 % des surfaces artificialisées pour 60 % des nouveaux logements).
 
 
Mais on pourrait en réalité regrouper les « zones d’activités économiques » avec une grande partie des usages « gazons » et « parkings » : ils sont très souvent associés dans des opérations et des aménagements d’ensemble. Dès lors, en totalisant la progression de ces trois usages associés, il appa­raît que l’ensemble des zones d’activités, gazons et parkings (associés) est le premier facteur d’artifi­cialisation sur la période et dans la région. C’est notamment le fait des activités logistiques dont la croissance en surface a explosé depuis les années 1990.
 
 
Plus spécifiquement, soulignons l’impact des surfaces engazonnées (espaces verts bordant les entreprises, les infrastructures de transport…), dont l’intérêt pour la biodiversité est faible, et qui représentent quasiment un cinquième des nouvelles surfaces artificialisées.
Ce phénomène montre que l’artificialisation n’est pas uniquement liée à la « bétonisation ». Il suggère aussi d’impor­tantes marges de manœuvre pour améliorer le « bilan » du point de vue de la biodiversité, en gérant ces espaces d’une manière qui enrichisse, ou du moins favorise la biodiversité, et sont posi­tives pour la gestion de l’eau : aménagement de fossés naturalisés stockant l’eau (« noues »), rena­turation des rivières, fauches tardives, implanta­tion d’espèces locales, zéro pesticide, intervention réduite, refuges et passages à faune, etc.
 
Tableau 1. Les 5 plus importantes progressions de surface entre 1999 et 2012
 

Comment gérer le problème ? Défis et limites des systèmes actuels

L’encadrement public de l’artificialisation des sols a un grand nombre d’instruments à sa disposition, dont les principaux sont les aires protégées, les documents d’urbanisme, les procédures d’autori­sation des projets d’aménagement (notamment les obligations environnementales) et le recours à des incitations (telles que l’affichage environnemental par les labels ou la diffusion de guides de bonnes pratiques).
Les recherches de l’IDDRI (3) tendent à montrer que ces instruments apparaissent pour la plupart rela­tivement souples – peu contraignants – ou, s’ils sont théoriquement stricts, « souplement appli­qués ». Ainsi, la planification de l’urbanisme, tant du fait des procédures anciennes que des renfor­cements récents (schéma régional de cohérence écologique, schéma de cohérence territoriale…), est peu contraignante. C’est aussi le cas de la plupart des aires protégées, comme les parcs natu­rels régionaux. Les cartes de destination du sol présentes dans les plans locaux d’urbanisme (PLU et PLUi), si elles constituent des normes strictes, ont en réalité un caractère négocié entre la collec­tivité et les opérateurs, et sont fondamentalement instables dans le temps.
 
Les procédures environnementales pour les projets d’aménagement s’avèrent très différentes selon le type et la taille des projets concernés : les obligations sont significativement plus lourdes pour les gros projets, notamment les infrastruc­tures de transport terrestre. Les « petits » projets, qui constituent par leur grand nombre la majeure partie des surfaces artificialisées, ne sont ainsi pas réellement soumis à la séquence « éviter, réduire, compenser », et l’inscription de cette dernière dans la loi du 8 août 2016 sur la reconquête de la biodi­versité, de la nature et des paysages ne modifie pas ce contexte. De plus, les autorisations environ­nementales nécessaires au démarrage de projets d’aménagement sont, de fait, négociées entre l’administration territoriale et les opérateurs, parfois en l’absence de lignes directrices stables, ce qui conduit à une incertitude importante sur les obligations à remplir, notamment en matière de compensation écologique (aujourd’hui appliquée en fonction des opportunités et avec une cohé­rence d’ensemble limitée).
 
On peut souligner que les outils fiscaux sont peu utilisés dans la lutte contre l’artificialisation, comme en fait état un rapport du Comité pour l’économie verte (4). Par exemple, la taxe d’aména­gement n’est pas modulée en fonction de l’espace consommé par les nouvelles constructions. Le prêt à taux zéro destiné aux néo-propriétaires est attribué selon un zonage qui ne prend pas en compte les problématiques d’étalement urbain et conduit, de facto, à favoriser la maison indivi­duelle. On peut donc s’interroger sur l’efficacité des instruments destinés à gérer l’artificialisa­tion des sols. De nombreux acteurs et échelons sont impliqués dans cette gestion, pour produire des documents d’urbanisme, des autorisations environnementales... Cela induit une grande complexité, tant pour des régulateurs dont les services ont une capacité humaine souvent limitée que pour des opérateurs ayant des difficultés à faire face à l’incertitude (notamment le délai d’at­tente des autorisations).
 
Ces constats ne permettent pas encore de proposer des orientations précises pour la politique de la biodiversité. Mais ils suggèrent d’accorder une plus grande attention au potentiel en biodi­versité des différents espaces, notamment en zone urbaine ou péri-urbaine, ainsi qu’au « contenu » de l’artificialisation, c’est-à-dire la destination des nouveaux aménagements – dont l’utilité écono­mique et sociale est à examiner. Ils incitent enfin à une lecture critique des instruments de gestion utilisés et de leur adaptation à la problématique de l’artificialisation.
 
Yann Laurans, Directeur biodiversité IDDRI
 
(4)    Comité pour l’économie verte : avis du 16 juillet 2015 sur la fiscalité et l’artificialisation des sols.  
 
Le rapport de l’IDDRI a bénéficié d’une aide de l’État gérée par l’Agence nationale de la recherche au titre du programme « Investissements d’avenir » portant la référence ANR-10-LABX-01.
 
 
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terre sauvage biodiversité

Et si l’homme n’avait pas existé, à quoi ressemblerait la Terre ?

Avec des si, on pourrait mettre Paris en bouteille. Tout le monde connaît l’adage. En l’occurrence Paris ne serait pas mis en bouteille mais ressemblerait au parc de Serengeti en Tanzanie, éléphants, girafes et rhinocéros se baladant sur l’emplacement des actuels Champs Elysées. Un délire de fin de soirée un peu trop alcoolisée ? Pas du tout. Il s’agit des résultats d’une étude des plus sérieuses menée par des chercheurs de l’Université d’Aarhus au Danemark. Afin de mesurer l’impact d l’homme sur la biodiversité, ils ont joué au jeu du « et si… ».
 
Vu du côté de la biodiversité, les humains n’ont décidément pas la cote d’amour chez les scientifiques. Deux études démontrent ce que l’on savait déjà plus ou moins : sans l’homme la biodiversité serait plus grande qu’elle ne n’est aujourd’hui. Une étude publiée par Science allant jusqu’à asséner : « l’homme est le superprédateur le plus dangereux de tout le règne animal ».  On se doutait bien que notre présence de plus en plus massive sur cette planète ne pouvait s’être déroulée sans quelques dégâts pour les autres espèces. Mais les deux études qui viennent d’être publiées démontrent de façon incontestable  jusqu’à quel point nous sommes allés.
 
Les scientifiques de l’Université d’Aarus, Søren Faurby et Jens-Christian Svenning, sont des spécialistes de la biodiversité et de l’extinction des espèces. Dans un article publié l’année dernière dans Science and Technology,  ils avaient pu établir que les extinctions massives des gros mammifères, qui se sont déroulées pendant la dernière période glaciaire et les millénaires qui l’ont suivie, n’étaient pas dues uniquement au changement climatique mais qu’elles étaient  aussi et peut-être surtout explicables par l’expansion de l’homme moderne à travers le monde. Selon eux, dans les endroits où la faune et la flore étaient confrontées à l’homme, au moins un tiers des grandes espèces disparaissait.   Leur dernière étude publiée par la revue spécialisée Diversity and Distributions s’attache à démontrer quel serait l’état de la biodiversité aujourd’hui si homo sapiens n’avait pas existé.  Ils ont ainsi dressé deux cartes comparatives de la diversité des grands mammifères (plus de 45 kg) aujourd’hui et dans un monde sans hommes. Selon ces cartes, si nous n’existions pas, le paysage de nos latitudes ressemblerait à celui du parc national de Serengeti en Tanzanie avec des mammifères géants comme des rhinocéros ou des éléphants gambadant dans nos contrées…
Les chercheurs ont construit la nouvelle carte du monde en prédisant la distribution des animaux aujourd'hui disparus en fonction de leur écologie,  de la biogéographie et des conditions naturelles de l'environnement actuel. Ce travail n’avait jamais été fait auparavant.
 
 
La répartition actuelle de la diversité des mammifères. On observe que seule l'Afrique conserve un grand nombre d’espèces. Crédit: Soren Faurby / Université d'Aarhus
 
Carte de la biodiversité si les hommes modernes n’avaient pas existé
 
Interrogé par la revue IFL Science, le professeur Jens-Christian Svenning, co-auteur de l'étude, précise : « L'Europe est loin d'être le seul endroit où la présence humaine a réduit la diversité des mammifères. Il s'agit d'un phénomène mondial ». Il poursuit : « Dans la plupart des cas, il y a un très fort déclin de cette diversité par rapport à ce qu'elle aurait dû être naturellement ».
 
Les cartes montrent que la biodiversité est accrue dans les zones de faible intensité démographique. "La plupart des safaris se passent aujourd'hui en Afrique", explique  Søren Faurby, co-auteur de l’étude. "Mais dans des circonstances naturelles, on trouverait autant de gros animaux, voire plus, ailleurs dans le monde. Notamment au Texas, ou en Argentine et au Brésil". Pour le chercheur, l'explication tiendrait à la très faible urbanisation du continent africain.  "C'est l'un des seuls endroits au monde où l'activité humaine n'a pas encore complètement éliminé tous les gros animaux".
 
Saumon de fer et de bronze traversant le coin d’un immeuble par Keith Jellum à l’angle de Southwest park avenue et de… Salmon street à  Portland, Oregon, USA
 
La  biodiversité d'une zone géographique serait donc directement liée à sa démographie humaine. Ainsi les régions montagneuses demeurent-elles, dans une certaine mesure, préservées. "En Europe, l'ours brun ne vit plus que dans les montagnes, car il a été chassé des plaines par l'être humain", indique encore Søren Faurby dans IFL Science. Notre environnement étant désormais densément urbanisé, les espèces autres que la nôtre ont moins de chances de survivre si ce n’est se développer. L’étude porte sur les mammifères de plus de 45 kg mais les autres organismes plus petits sont logés à la même enseigne. En témoigne le sort tragique des abeilles que nous relations dans nos pages encore récemment. Il en est de même pour la flore, incessamment soumise aux assauts de l’homme depuis qu’il existe.
 
« Il était une fois Demain » : les photo-montages post-humanité de Chris Morin
 
Ce travail fait partie d’un domaine d’étude chaudement débattu dans la communauté scientifique avec des arguments valables aussi bien pour les partisans de l’extinction des espèces qui serait causée par le climat ou par l’homme. Les deux parties sont certainement dans le vrai. Il n’en demeure pas moins que ces recherches qui essaient de comprendre le passé sont utiles, car au fond, elles peuvent nous permettre de construire un futur moins sombre que celui vers lequel nous nous dirigeons.
 
 
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Les singes à Davos

Dans l’actualité récente, deux annonces méritent d’être rapprochées et commentées. La première est la prédiction de la quasi-disparition des singes de la planète d’ici 25 à 50 ans. La seconde est la crainte d’une « fin de la mondialisation » exprimée à Davos par divers soutiens du libre-échange, et dont les signes avant-coureurs seraient les intentions protectionnistes de Donald Trump et la perspective de revoir s’ériger des entraves au commerce entre le Royaume-Uni et l’Europe.
Photo © Frans Lanting/Corbis 

Quel est le lien entre ces deux signaux ? Il est dans la nature et l’évolution de la mondialisation

La proportion d’échanges mondialisés dans la production mondiale est aujourd’hui à peu près la même qu’au début du xxe siècle. Mais les échanges internationaux des années 1900 étaient principalement composés de biens manufacturés, surtout échangés entre économies du Nord, les économies du Sud restant majoritairement à l’écart. Aujourd’hui, le commerce mondial est en grande partie un échange de produits intermédiaires, entre toutes les économies de la planète, y compris au Sud, et les denrées agricoles et forestières y tiennent une large place.

Dégradation accélérée des forêts tropicales

Or, la dégradation accélérée des forêts tropicales, l’un des réservoirs de biodiversité et l’habitat le plus fréquent des singes, est liée à ces commodités. Par exemple, un tiers de la destruction des forêts tropicales, où vivent la plupart de nos cousins primates, est lié à quatre commodités seulement : le bœuf, le soja, l’huile de palme et le bois. Ainsi, l’élevage industriel de bovins au Nord comme au Sud pousse à couper les arbres ou défricher les savanes pour cultiver le soja de leur alimentation, mais c’est aussi le cas de bien d’autres commodités comme le café, le cacao, ou le caoutchouc, lorsqu’elles sont produites sans sérieuses précautions environnementales. Et – ce n’est pas un hasard – ces commodités sont précisément issues des pays dans lesquels la plus grande partie des populations de singes sont menacées : Brésil, Madagascar, Indonésie et Malaisie, Gabon, qui exportent vers les pays du Nord autant que vers ceux du Sud.

Une « fin de la mondialisation »  salvatrice ?

De ce fait, faut-il espérer que les singes et leurs forêts soient sauvés par la « fin de la mondialisation », qui fait frissonner les participants au séminaire de Davos, qu’annoncent certains analystes et qu’appellent de leurs vœux certains programmes politiques ?
 
C’est peu probable. L’éventuelle vague protectionniste que certains envisagent ne réduira pas sensiblement la dépendance de toutes les économies aux commodités agroalimentaires importées. Par exemple, substituer l’huile européenne à l’huile de palme importée supposerait, outre une augmentation des prix, une explosion des surfaces agricoles consacrées à sa production en Europe, ce qui nécessiterait alors d’importer les cultures dont celles-ci auraient pris la place. De plus, il serait quelque peu difficile à l’Europe de produire son café, son cacao et son caoutchouc. Enfin, il faudrait que les pays du Sud eux-mêmes ferment leurs frontières aux importations de leurs voisins, puisque l’Asie représente l’essentiel des débouchés de l’huile de palme.

Restreindre la demande en consommant moins ?

Outre la dé-mondialisation, certaines propositions vont plus loin et s’articulent aussi, de manière complémentaire, à des changements de mode de vie profonds : on peut certes consommer moins de bœuf industriel, préférer les circuits courts et l’élevage à l’herbe, et ainsi restreindre la demande pour le soja et le bœuf industriel, qu’il soit importé ou produit chez nous. Mais le problème est alors celui de la vitesse et de l’ampleur du changement nécessaire : globalement, on ne peut attendre une réduction suffisamment ample et rapide de la demande alimentaire mondiale, alors qu’elle est aujourd’hui en croissance, à l’échéance des 25 à 50 ans qui a été annoncée pour la disparition des singes, et ce notamment du fait de la croissance des pays émergents.

Vers une production durable des commodités ?

Ce qui pourrait sauver les primates et les forêts réside donc dans la production véritablement durable de ces commodités. Il est possible de produire du bœuf sans défricher l’Amazonie, de l’huile de palme sans menacer l’orang-outan, du café sans empiéter sur les forêts, le tout en offrant des revenus décents aux producteurs, et notamment aux paysans. Mais cela nécessite que les marques s’engagent, que les entreprises tracent leurs approvisionnements, que les politiques publiques les y aident, que les consommateurs soient attentifs aux engagements des entreprises, et enfin que chacun tout au long de la chaîne de valeur soit prêt à payer le vrai prix de la production durable.
Soulignons que ce différentiel de prix n’est généralement pas très élevé. Produire sans déforestation, c’est un peu plus difficile, mais c’est possible en convertissant des terres agricoles, en régénérant des plantations existantes, en modifiant les rotations et les techniques de production, en remplaçant certaines productions par d’autres. Consommer du café ou de l’huile de palme durable, c’est à peine un peu plus cher. En revanche, les labels environnementaux apportent aujourd’hui des réponses encore trop limitées aux besoins de la protection. Ce dont les consommateurs et les singes ont besoin, c’est de chaînes de valeur avec des entreprises qui prennent des engagements fermes « zéro déforestation », de politiques publiques qui les soutiennent, d’ONG et de chercheurs qui surveillent ces politiques et de consommateurs qui y soient sensibles.
Est-il vraiment besoin de convaincre de l’importance économique des singes pour changer nos politiques et faire attention à ce que nous mettons dans nos paniers ?
On a pu voir les scientifiques et les journalistes, relayant la sinistre prédiction de la disparition des singes, argumenter de l’importance de ce sujet en parlant de l’utilité des primates pour l’écosystème et pour nos économies. On pourrait aussi, ou plutôt, se demander si nous avons vraiment un besoin vital de consommer du bœuf industriel ou de l’huile de palme non durable. Protéger la planète des singes ne vaut-il pas l’effort, somme toute raisonnable, d’une production et d’une consommation attentives à leurs conséquences environnementales ? Est-il vraiment besoin de convaincre de l’importance économique des singes pour changer nos politiques et faire attention à ce que nous mettons dans nos paniers ? Une telle prise de conscience serait une bonne manière de relancer une prise de conscience du contenu et des impacts de ces fameux échanges commerciaux internationaux, que les projets politiques semblent aujourd’hui facilement dénoncer, après les avoir longtemps encensés.
 
Bien entendu, les changements à opérer ne sont pas faciles, et ils concernent tout autant nos propres systèmes de production et la biodiversité de notre territoire. Rappelons les difficultés que rencontre la conservation des espèces sauvages en Europe ; nous avons ainsi récemment fait disparaître l’ours des Pyrénées, lui aussi victime de sa cohabitation difficile avec l’élevage, l’exploitation forestière et la chasse…
 
Yann Laurans, Directeur de programme Biodiversité IDDRI - ©Blog de l'IDDRI - 24 janvier 2017
 
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Journée mondiale des zones humides : pour résister aux phénomènes naturels extrêmes

Le 2 février de chaque année, la planète entière célèbre les terres humides : L’édition 2017 de la Journée Mondiale des Zones Humides est consacrée au rôle de ces territoires d’exception pour la prévention des catastrophes. Comme chaque année à la même date depuis 2001, les citoyens français seront sensibilisés aux richesses et fonctionnalité de ces écosystèmes exceptionnels, et engagés pour leur protection. Petit retour sur le rôle de ces zones essentielles à notre survie.
Ces dernières décennies, la fréquence des catastrophes naturelles a plus que doublé à l’échelle planétaire. Si les changements climatiques sont mis en cause dans ce phénomène, la destruction des écosystèmes naturels - notamment des zones humides - par les activités humaines en aggrave grandement les conséquences.
En effet, les zones humides agissent souvent de manière plus efficace que la construction d’infrastructures pour atténuer les dommages causés par les épisodes climatiques extrêmes. Face à ces menaces grandissantes, nous devons aujourd’hui plus que jamais préserver et réhabiliter ces milieux naturels.
ALLAIN BOUGRAIN DUBOURG, Président de la LPO
VÉRONIQUE PENCHIENATI, Directrice générale Evian Volvic Monde
MARTHA ROJAS-URREGO, Secrétaire générale de la Convention générale de Ramsar 

Sources de vie indispensables à l’homme

Les zones humides sont parmi les écosystèmes les plus divers et les plus productifs. Elles nous fournissent des services essentiels : réservoir alimentaire, épuration de l’eau, prévention des crues, tourisme, préservation de la biodiversité et bien d’autres. Toutefois, elles continuent d’être dégradées et transformées par les activités humaines, parfois jusqu’à leur destruction.
Le traité intergouvernemental de Ramsar (1), signé en 1971 sous l’égide de l’UNESCO, a pour mission la protection et l’utilisation rationnelle des zones humides et de leurs ressources. En signant la Convention, les pays membres s’engagent à protéger leurs zones humides d’importance internationale et à y mettre en œuvre une gestion durable. Aujourd’hui plus de 2 200 zones humides sont inscrites sur la Liste Ramsar, dont 44 sites en France.
 
Marais, tourbières, prairies humides, lagunes, mangroves, deltas, baies, rives de lacs et de rivière, les milieux humides abritent une multitude d’espèces animales et végétales en interaction. Ils jouent un rôle de premier plan en rendant de nombreux services à l’humanité : ils rechargent les eaux souterraines, purifient les eaux en surface, résorbent et atténuent les crues comme les sécheresses.
Les milieux humides protègent les berges et les rivages de l’érosion, et les côtes des tempêtes. 50% des espèces d’oiseaux vivants en France dépendent d’ailleurs de ces milieux. 30% des espèces végétales remarquables y sont inféodés. Dépositaires de valeurs culturelles, ces terres vivantes constituent des pivots de développement économique.
 
Les études du chercheur australien Nick C. Davidson montrent que 64% des terres humides ont disparu depuis 1900, limitant l’accès à l’eau douce pour plus d’un milliard de personnes. Depuis 1970, l’assèchement a entraîné la disparition de 76% des populations d’espèces d’eau douce. À l’avenir, une disparition complète de ces territoires engendrerait d’importants changements climatiques puisqu’en plus de ne plus absorber les précipitations et de ne plus fixer le littoral, les zones humides libèreraient une importante quantité de carbone : le professeur Christian Blodau estime par exemple que les tourbières retiennent 30% du carbone stocké en milieu terrestre.
 
Aujourd’hui les milieux humides connaissent d’importants bouleversements dus notamment à : l’utilisation des sols, l’expansion de l’agriculture intensive, l’exploitation du bois, le détournement de l’eau par les barrages, les digues et les canalisations, la pollution de l’air de l’eau… et aussi des catastrophes (crues, inondations, sécheresses, canicules, tassements de terrain, tempêtes... qu’il est impérieux de prévenir pour mieux protéger ces écrins de vie.
 

Pour la prévention des catastrophes

L’édition 2017 des Journées mondiales des zones humides est consacrée au rôle des milieux humides dans la prévention des catastrophes.
En effet, ces milieux protègent les populations humaines d’une grande variété de catastrophes naturelles (inondation, submersion marine, sécheresse...), y compris celles aggravées par le changement climatique. Ces milieux humides renforcent ainsi la résilience des territoires, telles de véritables infrastructures naturelles gratuites.
À l’intérieur des terres, les mares, marais, tourbières, ripisylves, etc. agissent comme des tampons et des éponges en freinant et absorbant l’eau, réduisant à la fois les crues et les inondations ainsi que les sécheresses grâce au rechargement des nappes phréatiques en eau. Ensuite, l’été, lors des canicules, les milieux humides urbains contribuent au rafraîchissement de l’air par l’évaporation de l’eau contenue dans leurs sols, leurs réservoirs et leur végétation.
Par ailleurs, leur bon fonctionnement hydraulique évite les effets fâcheux des tassements de terrain si coûteux et, dans une moindre mesure, des feux de forêt et de tourbe.
Sur le littoral, les vasières, les prés salés, les lagunes, les récifs coralliens, les mangroves et autres marais salants protègent la côte de la force des vagues, de l’érosion, de l’élévation de la mer et des submersions marines, tels des atténuateurs et des remparts naturels, conjuguant la protection des infrastructures et des populations aux merveilles de leurs paysages et des loisirs que ces milieux offrent, ce que ne sauraient faire digues et enrochements.
Pour exemple, en 2012, l’ouragan Sandy ravageait les côtes américaines, provoquant 210 morts, une vingtaine de disparus et 52,5 milliards de dollars de dégâts. C’était le deuxième ouragan le plus coûteux pour les USA après Katrina en 2005, à la suite duquel le congrès américain avait décidé de restaurer des zones humides littorales pour un montant de 460 millions de dollars. Sans les zones humides littorales, les coûts auraient été 10 % plus élevés.
 
C’est pourquoi, nombre des catastrophes devant voir leur fréquence et leur intensité accrues par le changement climatique, les milieux humides peuvent être désignés comme des amortisseurs climatiques des causes (stockage du carbone dans les tourbières, les herbiers, les récifs coralliens…) comme des effets de ce changement global.
 
 
Des prairies humides face aux crues et inondations
 
Dans le cas des inondations, les milieux humides tels que les plaines inondables et les prairies humides servent de réservoir naturel d’expansion des crues. Le débordement des cours d’eau dans les zones humides périphériques (mares, bras mort de rivières, etc.) et la rétention d’eau provoquent ainsi une diminution du débit et un étalement dans le temps du débit maximum d’eau, et donc des crues. En outre, la végétation de ces milieux et les sédiments dissipent l’énergie hydraulique, diminuant la vitesse d’écoulement. Ces deux effets réduisent ainsi l’ampleur du phénomène en cas de crue et les risques d’inondation.
À titre d’exemple, la conservation de la plaine alluviale de la Bassée, infrastructure naturelle en amont de Paris (zone d’expansion des crues de la Seine), génère un service d’écrêtement des crues évalué entre 2 et 37 millions d’euros par anc et évite de construire un barrage qui coûterait entre 100 et 300 millions d’euros et qui n’assumerait pas pour autant les autres services que rend ce milieu (épuration des eaux, pêche, etc.).
Protéger et restaurer les zones humides alluviales, c’est protéger les villes et les activités des flots ravageurs.
 
Des marais et des étangs pour réduire sécheresses et canicules
 
L’absorption des eaux l’hiver et lors des épisodes de crues permet aux milieux humides d’alimenter en eau des nappes aquifères et des cours d’eau. À ce titre, ils participent à l’alimentation en eau pour la consommation humaine et aux besoins des activités agricoles et industrielles. Certaines zones humides peuvent stocker jusqu’à 15 000 m3 d’eau par hectare et l’on compte par exemple 46 millions de mètres cube d’eau qui rechargent tous les ans les nappes phréatiques sur le territoire du parc naturel régional des marais du Cotentin et du Bessine.
Par ailleurs, l’évaporation de l’eau et l’évapotranspiration de la végétation des zones humides en milieu urbain contribuent à rafraîchir l’air, réduisant localement l’intensité des canicules. Certains « plans canicule » prennent cela en compte, comme le projet de réaménagement des berges du Rhône à Lyon suite à la canicule de 2003f. De son côté, le département de Seine-Saint-Denis met en place une politique de gestion des eaux de pluies avec stockage et infiltration dans des zones humides temporaires urbaines pour rafraîchir les villes (et lutter contre les inondations).
Conserver et recréer des milieux humides en ville et à la campagne, c’est moins de gêne lors des canicules et des sécheresses.
 
De l’humidité pour empêcher les tassements de terrain
 
Lorsque les zones humides argileuses ou tourbeuses ne sont plus suffisamment alimentées en eaux, que les prélèvements sont trop importants et/ou qu’une sécheresse a lieu, les sols se tassent, fragilisant les bâtiments. Le coût des réparations en cas de sinistre est alors de 15 000 € en moyenne par bâtiment, mais peut s’élever au prix total du bâtiment.
En outre, le changement climatique va accroître ce type de sinistre. Une augmentation des dommages de 50 % a déjà été observée sur la période 1987-2006 par rapport à la période 1950-1970, et une autre augmentation de 50 % est prédite pour 2021-2040.
La solution pour éviter ces tassements et destructions réside dans les méthodes douces d’infiltration des eaux pluviales, telles que les noues, mares, rivières sèches et autres zones humides temporaires… comme l’on peut voir sur l’écocampus LyonTech la Doua ou dans la ZAC des Ruires d’Eybens.
Protéger le fonctionnement hydraulique des zones humides, c’est protéger le bâti.
 
Marais salants, lagunes et mangroves contre vagues et tempêtes
 
Sur le littoral, la végétation de zones humides comme les vasières, les mangroves ou les marais salants forme une barrière naturelle et atténue les effets des vagues et du vent, stabilise les sédiments, luttant ainsi contre l’érosion, les risques de rupture du cordon littoral.
Il a ainsi été constaté que la végétation des marais salants réduisait trois fois plus la hauteur des vagues que des étendues de sable nuk. Ainsi en 2012, aux USA, les zones humides littorales ont permis de réduire le coût des dégâts de l’ouragan Sandy de 10 %, soit 625 millions de dollars. Une étude a montré que les zones humides littorales, quand elles sont encore présentes, réduisent le coût des dommages des tempêtes de 20 %.
En Angleterre, le reméandrage estuarien de la Medmerry (Sussex de l’Ouest) a permis de recréer naturellement des marais salés et de protéger de tout dommage la zone durant l’hiver 2013-2014 alors qu’en 2008, dans les mêmes conditions météorologiques, 6 millions de livres de dégâts avaient été causés.
Toujours outre-Manche, l’ouverture de trois brèches dans la digue de Freiston Shore (Lincolnshire) et la restauration de la zone humide littorale en arrière de celle-ci ont renforcé la protection du littoral contre les inondations et créé un site d’intérêt majeur pour la biodiversité, avec des retombées économiques à travers le tourisme.
Dans les régions tropicales, les mangroves réduisent la hauteur des raz-de-marée de 5 à 50 cm par kilomètre de largeur de mangrove. Ces milieux diminuent par ailleurs la hauteur des vagues de 75 % pour un kilomètre de mangrove parcouru.
C’est pour cette même raison que la Thaïlande restaure des mangroves dans l’estuaire de Krabi, avec un service de protection des côtes estimé à 309 600 $/an.
Les récifs coralliens, considérés eux aussi comme des zones humides par la convention de Ramsar, ne sont pas en reste. Pour preuve, les récifs coralliens au large du Sri Lanka, protégés par un parc marin, ont empêché le tsunami de 2004 de faire des dégâts au-delà de 50 m à l’intérieur des terres, tandis que dans les zones voisines où l’exploitation du corail a dégradé les récifs, le tsunami a causé des ravages jusqu’à 1,5 km dans les terres.
Enfin, en France, le projet Ad’Apto lancé en 2015 par le Conservatoire du Littoral vise à montrer de façon concrète, par des exemples locaux d’adaptation aux aléas d’érosion ou de submersions marines, qu’une anticipation raisonnée acceptant la mobilité de l’interface terre-mer sur des espaces naturels préservés est possible.
Conserver les zones humides littorales, c’est se protéger des vagues, de l’érosion et des submersions marines.

Journée mondiale du 2 février 2017

La journée de lancement se tiendra à Brouage en Charente-Maritime le jeudi 2 février avec un petit déjeuner presse et deux tables rondes consacrées au rôle des zones humides dans la prévention des catastrophes et la gestion des zones humides dans les pays francophones.
 
Ce 2 février, date anniversaire de la convention de Ramsar, sera donc l’occasion de présenter au public et aux acteurs de nos territoires « leur » zone humide ou celles des environs, à travers une visite de terrain, une exposition, un conte ou encore un débat. Ainsi, du 28 janvier au 28 février 2017, associations, gestionnaires d’espaces naturels, centres d’éducation ou de documentation ou encore collectivités feront découvrir les richesses et les rôles de ces milieux.
En 2016, plus de 120 animations ont été proposées de fin janvier à fin février et 2340 personnes y ont participé !
 
Quelques animations phares LPO au menu de cette édition 2017 :
 
-              La LPO Alsace  propose de partir le 29 janvier  à bord d´un bateau de croisière  avec des ornithologues chevronnés, à la découverte des oiseaux hivernants qui viennent passer la mauvaise saison sur le Rhin, zone d´hivernage en France.
-              La LPO Auvergne propose une Rando'zones humides le 11 février autour de Loudes. Accessible à tous, la découverte du marais de collange permettra d’aborder l´intérêt de cette zone pour sa biodiversité.
-              La LPO Haute-Savoie invite les passionnés ou curieux de nature à venir découvrir le 5 février les oiseaux hivernants de la Réserve Naturelle du delta de la Dranse, ainsi que le rôle essentiel joué par les zones humides pour l´hivernage des oiseaux d´eau.
-              La LPO Vienne et ses guides ornithologiques vous amèneront à la rencontre des oiseaux de Saint-Cyr à l’occasion de la Fête des oiseaux du lac de Saint-Cyr le dimanche 5 février.
-              La LPO Brenne propose de découvrir les oiseaux des étangs de la Touche mais aussi les autres animaux et plantes endémiques protégés. La sortie sera proposée le 3 février depuis un observatoire habituellement fermé au public, en compagnie du conservateur du site.
 
L’association Ramsar France (2), l’Onema, les Pôles-relais zones humides,  la LPO et la Société nationale de protection de la nature,  coordonnent l’ensemble des animations réalisées sur le territoire français.
 
Concours photo organisé par Ramsar
 
À l’occasion de la Journée Mondiale des Zones Humides, le Secrétariat de Ramsar, convention internationale de protection des zones humides, organise un concours photos pour les jeunes de 18 à 25 ans. Du 2 février au 2 mars, tentez de gagner un voyage offert par Star Alliance Biosphere Connections vers le Site Ramsar de votre choix ! Pour cela, prenez en photo une zone humide qui nous protège des catastrophes et rendez-vous sur http://www.worldwetlandsday.org/fr
 
(1)    Depuis plus de 40 ans, la Convention de Ramsar œuvre à la protection des zones humides dans le monde. Ce traité intergouvernemental, signé par 160 pays, a pour mission la protection, la conservation et l’utilisation rationnelle des zones humides grâce à une forte coopération internationale mais aussi grâce à des actions nationales, régionales et locales permettant de contribuer au développement durable et à la gestion intégrée des ressources naturelles de notre planète. A ce jour, la Liste Ramsar des zones humides d'importance internationale compte, à travers le monde, un peu plus de 2200 zones humides classées, dont 44 en France, qui sont des sites remarquables par les services écologiques fondamentaux qu’ils fournissent et par leur fabuleuse biodiversité.

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