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Et si l’homme n’avait pas existé, à quoi ressemblerait la Terre ?

Avec des si, on pourrait mettre Paris en bouteille. Tout le monde connaît l’adage. En l’occurrence Paris ne serait pas mis en bouteille mais ressemblerait au parc de Serengeti en Tanzanie, éléphants, girafes et rhinocéros se baladant sur l’emplacement des actuels Champs Elysées. Un délire de fin de soirée un peu trop alcoolisée ? Pas du tout. Il s’agit des résultats d’une étude des plus sérieuses menée par des chercheurs de l’Université d’Aarhus au Danemark. Afin de mesurer l’impact d l’homme sur la biodiversité, ils ont joué au jeu du « et si… ».
 
Vu du côté de la biodiversité, les humains n’ont décidément pas la cote d’amour chez les scientifiques. Deux études démontrent ce que l’on savait déjà plus ou moins : sans l’homme la biodiversité serait plus grande qu’elle ne n’est aujourd’hui. Une étude publiée par Science allant jusqu’à asséner : « l’homme est le superprédateur le plus dangereux de tout le règne animal ».  On se doutait bien que notre présence de plus en plus massive sur cette planète ne pouvait s’être déroulée sans quelques dégâts pour les autres espèces. Mais les deux études qui viennent d’être publiées démontrent de façon incontestable  jusqu’à quel point nous sommes allés.
 
Les scientifiques de l’Université d’Aarus, Søren Faurby et Jens-Christian Svenning, sont des spécialistes de la biodiversité et de l’extinction des espèces. Dans un article publié l’année dernière dans Science and Technology,  ils avaient pu établir que les extinctions massives des gros mammifères, qui se sont déroulées pendant la dernière période glaciaire et les millénaires qui l’ont suivie, n’étaient pas dues uniquement au changement climatique mais qu’elles étaient  aussi et peut-être surtout explicables par l’expansion de l’homme moderne à travers le monde. Selon eux, dans les endroits où la faune et la flore étaient confrontées à l’homme, au moins un tiers des grandes espèces disparaissait.   Leur dernière étude publiée par la revue spécialisée Diversity and Distributions s’attache à démontrer quel serait l’état de la biodiversité aujourd’hui si homo sapiens n’avait pas existé.  Ils ont ainsi dressé deux cartes comparatives de la diversité des grands mammifères (plus de 45 kg) aujourd’hui et dans un monde sans hommes. Selon ces cartes, si nous n’existions pas, le paysage de nos latitudes ressemblerait à celui du parc national de Serengeti en Tanzanie avec des mammifères géants comme des rhinocéros ou des éléphants gambadant dans nos contrées…
Les chercheurs ont construit la nouvelle carte du monde en prédisant la distribution des animaux aujourd'hui disparus en fonction de leur écologie,  de la biogéographie et des conditions naturelles de l'environnement actuel. Ce travail n’avait jamais été fait auparavant.
 
 
La répartition actuelle de la diversité des mammifères. On observe que seule l'Afrique conserve un grand nombre d’espèces. Crédit: Soren Faurby / Université d'Aarhus
 
Carte de la biodiversité si les hommes modernes n’avaient pas existé
 
Interrogé par la revue IFL Science, le professeur Jens-Christian Svenning, co-auteur de l'étude, précise : « L'Europe est loin d'être le seul endroit où la présence humaine a réduit la diversité des mammifères. Il s'agit d'un phénomène mondial ». Il poursuit : « Dans la plupart des cas, il y a un très fort déclin de cette diversité par rapport à ce qu'elle aurait dû être naturellement ».
 
Les cartes montrent que la biodiversité est accrue dans les zones de faible intensité démographique. "La plupart des safaris se passent aujourd'hui en Afrique", explique  Søren Faurby, co-auteur de l’étude. "Mais dans des circonstances naturelles, on trouverait autant de gros animaux, voire plus, ailleurs dans le monde. Notamment au Texas, ou en Argentine et au Brésil". Pour le chercheur, l'explication tiendrait à la très faible urbanisation du continent africain.  "C'est l'un des seuls endroits au monde où l'activité humaine n'a pas encore complètement éliminé tous les gros animaux".
 
Saumon de fer et de bronze traversant le coin d’un immeuble par Keith Jellum à l’angle de Southwest park avenue et de… Salmon street à  Portland, Oregon, USA
 
La  biodiversité d'une zone géographique serait donc directement liée à sa démographie humaine. Ainsi les régions montagneuses demeurent-elles, dans une certaine mesure, préservées. "En Europe, l'ours brun ne vit plus que dans les montagnes, car il a été chassé des plaines par l'être humain", indique encore Søren Faurby dans IFL Science. Notre environnement étant désormais densément urbanisé, les espèces autres que la nôtre ont moins de chances de survivre si ce n’est se développer. L’étude porte sur les mammifères de plus de 45 kg mais les autres organismes plus petits sont logés à la même enseigne. En témoigne le sort tragique des abeilles que nous relations dans nos pages encore récemment. Il en est de même pour la flore, incessamment soumise aux assauts de l’homme depuis qu’il existe.
 
« Il était une fois Demain » : les photo-montages post-humanité de Chris Morin
 
Ce travail fait partie d’un domaine d’étude chaudement débattu dans la communauté scientifique avec des arguments valables aussi bien pour les partisans de l’extinction des espèces qui serait causée par le climat ou par l’homme. Les deux parties sont certainement dans le vrai. Il n’en demeure pas moins que ces recherches qui essaient de comprendre le passé sont utiles, car au fond, elles peuvent nous permettre de construire un futur moins sombre que celui vers lequel nous nous dirigeons.
 
 

 

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Les singes à Davos

Dans l’actualité récente, deux annonces méritent d’être rapprochées et commentées. La première est la prédiction de la quasi-disparition des singes de la planète d’ici 25 à 50 ans. La seconde est la crainte d’une « fin de la mondialisation » exprimée à Davos par divers soutiens du libre-échange, et dont les signes avant-coureurs seraient les intentions protectionnistes de Donald Trump et la perspective de revoir s’ériger des entraves au commerce entre le Royaume-Uni et l’Europe.
Photo © Frans Lanting/Corbis 

Quel est le lien entre ces deux signaux ? Il est dans la nature et l’évolution de la mondialisation

La proportion d’échanges mondialisés dans la production mondiale est aujourd’hui à peu près la même qu’au début du xxe siècle. Mais les échanges internationaux des années 1900 étaient principalement composés de biens manufacturés, surtout échangés entre économies du Nord, les économies du Sud restant majoritairement à l’écart. Aujourd’hui, le commerce mondial est en grande partie un échange de produits intermédiaires, entre toutes les économies de la planète, y compris au Sud, et les denrées agricoles et forestières y tiennent une large place.

Dégradation accélérée des forêts tropicales

Or, la dégradation accélérée des forêts tropicales, l’un des réservoirs de biodiversité et l’habitat le plus fréquent des singes, est liée à ces commodités. Par exemple, un tiers de la destruction des forêts tropicales, où vivent la plupart de nos cousins primates, est lié à quatre commodités seulement : le bœuf, le soja, l’huile de palme et le bois. Ainsi, l’élevage industriel de bovins au Nord comme au Sud pousse à couper les arbres ou défricher les savanes pour cultiver le soja de leur alimentation, mais c’est aussi le cas de bien d’autres commodités comme le café, le cacao, ou le caoutchouc, lorsqu’elles sont produites sans sérieuses précautions environnementales. Et – ce n’est pas un hasard – ces commodités sont précisément issues des pays dans lesquels la plus grande partie des populations de singes sont menacées : Brésil, Madagascar, Indonésie et Malaisie, Gabon, qui exportent vers les pays du Nord autant que vers ceux du Sud.

Une « fin de la mondialisation »  salvatrice ?

De ce fait, faut-il espérer que les singes et leurs forêts soient sauvés par la « fin de la mondialisation », qui fait frissonner les participants au séminaire de Davos, qu’annoncent certains analystes et qu’appellent de leurs vœux certains programmes politiques ?
 
C’est peu probable. L’éventuelle vague protectionniste que certains envisagent ne réduira pas sensiblement la dépendance de toutes les économies aux commodités agroalimentaires importées. Par exemple, substituer l’huile européenne à l’huile de palme importée supposerait, outre une augmentation des prix, une explosion des surfaces agricoles consacrées à sa production en Europe, ce qui nécessiterait alors d’importer les cultures dont celles-ci auraient pris la place. De plus, il serait quelque peu difficile à l’Europe de produire son café, son cacao et son caoutchouc. Enfin, il faudrait que les pays du Sud eux-mêmes ferment leurs frontières aux importations de leurs voisins, puisque l’Asie représente l’essentiel des débouchés de l’huile de palme.

Restreindre la demande en consommant moins ?

Outre la dé-mondialisation, certaines propositions vont plus loin et s’articulent aussi, de manière complémentaire, à des changements de mode de vie profonds : on peut certes consommer moins de bœuf industriel, préférer les circuits courts et l’élevage à l’herbe, et ainsi restreindre la demande pour le soja et le bœuf industriel, qu’il soit importé ou produit chez nous. Mais le problème est alors celui de la vitesse et de l’ampleur du changement nécessaire : globalement, on ne peut attendre une réduction suffisamment ample et rapide de la demande alimentaire mondiale, alors qu’elle est aujourd’hui en croissance, à l’échéance des 25 à 50 ans qui a été annoncée pour la disparition des singes, et ce notamment du fait de la croissance des pays émergents.

Vers une production durable des commodités ?

Ce qui pourrait sauver les primates et les forêts réside donc dans la production véritablement durable de ces commodités. Il est possible de produire du bœuf sans défricher l’Amazonie, de l’huile de palme sans menacer l’orang-outan, du café sans empiéter sur les forêts, le tout en offrant des revenus décents aux producteurs, et notamment aux paysans. Mais cela nécessite que les marques s’engagent, que les entreprises tracent leurs approvisionnements, que les politiques publiques les y aident, que les consommateurs soient attentifs aux engagements des entreprises, et enfin que chacun tout au long de la chaîne de valeur soit prêt à payer le vrai prix de la production durable.
Soulignons que ce différentiel de prix n’est généralement pas très élevé. Produire sans déforestation, c’est un peu plus difficile, mais c’est possible en convertissant des terres agricoles, en régénérant des plantations existantes, en modifiant les rotations et les techniques de production, en remplaçant certaines productions par d’autres. Consommer du café ou de l’huile de palme durable, c’est à peine un peu plus cher. En revanche, les labels environnementaux apportent aujourd’hui des réponses encore trop limitées aux besoins de la protection. Ce dont les consommateurs et les singes ont besoin, c’est de chaînes de valeur avec des entreprises qui prennent des engagements fermes « zéro déforestation », de politiques publiques qui les soutiennent, d’ONG et de chercheurs qui surveillent ces politiques et de consommateurs qui y soient sensibles.
Est-il vraiment besoin de convaincre de l’importance économique des singes pour changer nos politiques et faire attention à ce que nous mettons dans nos paniers ?
On a pu voir les scientifiques et les journalistes, relayant la sinistre prédiction de la disparition des singes, argumenter de l’importance de ce sujet en parlant de l’utilité des primates pour l’écosystème et pour nos économies. On pourrait aussi, ou plutôt, se demander si nous avons vraiment un besoin vital de consommer du bœuf industriel ou de l’huile de palme non durable. Protéger la planète des singes ne vaut-il pas l’effort, somme toute raisonnable, d’une production et d’une consommation attentives à leurs conséquences environnementales ? Est-il vraiment besoin de convaincre de l’importance économique des singes pour changer nos politiques et faire attention à ce que nous mettons dans nos paniers ? Une telle prise de conscience serait une bonne manière de relancer une prise de conscience du contenu et des impacts de ces fameux échanges commerciaux internationaux, que les projets politiques semblent aujourd’hui facilement dénoncer, après les avoir longtemps encensés.
 
Bien entendu, les changements à opérer ne sont pas faciles, et ils concernent tout autant nos propres systèmes de production et la biodiversité de notre territoire. Rappelons les difficultés que rencontre la conservation des espèces sauvages en Europe ; nous avons ainsi récemment fait disparaître l’ours des Pyrénées, lui aussi victime de sa cohabitation difficile avec l’élevage, l’exploitation forestière et la chasse…
 
Yann Laurans, Directeur de programme Biodiversité IDDRI - ©Blog de l'IDDRI - 24 janvier 2017
 

 

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Journée mondiale des zones humides : pour résister aux phénomènes naturels extrêmes

Le 2 février de chaque année, la planète entière célèbre les terres humides : L’édition 2017 de la Journée Mondiale des Zones Humides est consacrée au rôle de ces territoires d’exception pour la prévention des catastrophes. Comme chaque année à la même date depuis 2001, les citoyens français seront sensibilisés aux richesses et fonctionnalité de ces écosystèmes exceptionnels, et engagés pour leur protection. Petit retour sur le rôle de ces zones essentielles à notre survie.
Ces dernières décennies, la fréquence des catastrophes naturelles a plus que doublé à l’échelle planétaire. Si les changements climatiques sont mis en cause dans ce phénomène, la destruction des écosystèmes naturels - notamment des zones humides - par les activités humaines en aggrave grandement les conséquences.
En effet, les zones humides agissent souvent de manière plus efficace que la construction d’infrastructures pour atténuer les dommages causés par les épisodes climatiques extrêmes. Face à ces menaces grandissantes, nous devons aujourd’hui plus que jamais préserver et réhabiliter ces milieux naturels.
ALLAIN BOUGRAIN DUBOURG, Président de la LPO
VÉRONIQUE PENCHIENATI, Directrice générale Evian Volvic Monde
MARTHA ROJAS-URREGO, Secrétaire générale de la Convention générale de Ramsar 

Sources de vie indispensables à l’homme

Les zones humides sont parmi les écosystèmes les plus divers et les plus productifs. Elles nous fournissent des services essentiels : réservoir alimentaire, épuration de l’eau, prévention des crues, tourisme, préservation de la biodiversité et bien d’autres. Toutefois, elles continuent d’être dégradées et transformées par les activités humaines, parfois jusqu’à leur destruction.
Le traité intergouvernemental de Ramsar (1), signé en 1971 sous l’égide de l’UNESCO, a pour mission la protection et l’utilisation rationnelle des zones humides et de leurs ressources. En signant la Convention, les pays membres s’engagent à protéger leurs zones humides d’importance internationale et à y mettre en œuvre une gestion durable. Aujourd’hui plus de 2 200 zones humides sont inscrites sur la Liste Ramsar, dont 44 sites en France.
 
Marais, tourbières, prairies humides, lagunes, mangroves, deltas, baies, rives de lacs et de rivière, les milieux humides abritent une multitude d’espèces animales et végétales en interaction. Ils jouent un rôle de premier plan en rendant de nombreux services à l’humanité : ils rechargent les eaux souterraines, purifient les eaux en surface, résorbent et atténuent les crues comme les sécheresses.
Les milieux humides protègent les berges et les rivages de l’érosion, et les côtes des tempêtes. 50% des espèces d’oiseaux vivants en France dépendent d’ailleurs de ces milieux. 30% des espèces végétales remarquables y sont inféodés. Dépositaires de valeurs culturelles, ces terres vivantes constituent des pivots de développement économique.
 
Les études du chercheur australien Nick C. Davidson montrent que 64% des terres humides ont disparu depuis 1900, limitant l’accès à l’eau douce pour plus d’un milliard de personnes. Depuis 1970, l’assèchement a entraîné la disparition de 76% des populations d’espèces d’eau douce. À l’avenir, une disparition complète de ces territoires engendrerait d’importants changements climatiques puisqu’en plus de ne plus absorber les précipitations et de ne plus fixer le littoral, les zones humides libèreraient une importante quantité de carbone : le professeur Christian Blodau estime par exemple que les tourbières retiennent 30% du carbone stocké en milieu terrestre.
 
Aujourd’hui les milieux humides connaissent d’importants bouleversements dus notamment à : l’utilisation des sols, l’expansion de l’agriculture intensive, l’exploitation du bois, le détournement de l’eau par les barrages, les digues et les canalisations, la pollution de l’air de l’eau… et aussi des catastrophes (crues, inondations, sécheresses, canicules, tassements de terrain, tempêtes... qu’il est impérieux de prévenir pour mieux protéger ces écrins de vie.
 

Pour la prévention des catastrophes

L’édition 2017 des Journées mondiales des zones humides est consacrée au rôle des milieux humides dans la prévention des catastrophes.
En effet, ces milieux protègent les populations humaines d’une grande variété de catastrophes naturelles (inondation, submersion marine, sécheresse...), y compris celles aggravées par le changement climatique. Ces milieux humides renforcent ainsi la résilience des territoires, telles de véritables infrastructures naturelles gratuites.
À l’intérieur des terres, les mares, marais, tourbières, ripisylves, etc. agissent comme des tampons et des éponges en freinant et absorbant l’eau, réduisant à la fois les crues et les inondations ainsi que les sécheresses grâce au rechargement des nappes phréatiques en eau. Ensuite, l’été, lors des canicules, les milieux humides urbains contribuent au rafraîchissement de l’air par l’évaporation de l’eau contenue dans leurs sols, leurs réservoirs et leur végétation.
Par ailleurs, leur bon fonctionnement hydraulique évite les effets fâcheux des tassements de terrain si coûteux et, dans une moindre mesure, des feux de forêt et de tourbe.
Sur le littoral, les vasières, les prés salés, les lagunes, les récifs coralliens, les mangroves et autres marais salants protègent la côte de la force des vagues, de l’érosion, de l’élévation de la mer et des submersions marines, tels des atténuateurs et des remparts naturels, conjuguant la protection des infrastructures et des populations aux merveilles de leurs paysages et des loisirs que ces milieux offrent, ce que ne sauraient faire digues et enrochements.
Pour exemple, en 2012, l’ouragan Sandy ravageait les côtes américaines, provoquant 210 morts, une vingtaine de disparus et 52,5 milliards de dollars de dégâts. C’était le deuxième ouragan le plus coûteux pour les USA après Katrina en 2005, à la suite duquel le congrès américain avait décidé de restaurer des zones humides littorales pour un montant de 460 millions de dollars. Sans les zones humides littorales, les coûts auraient été 10 % plus élevés.
 
C’est pourquoi, nombre des catastrophes devant voir leur fréquence et leur intensité accrues par le changement climatique, les milieux humides peuvent être désignés comme des amortisseurs climatiques des causes (stockage du carbone dans les tourbières, les herbiers, les récifs coralliens…) comme des effets de ce changement global.
 
 
Des prairies humides face aux crues et inondations
 
Dans le cas des inondations, les milieux humides tels que les plaines inondables et les prairies humides servent de réservoir naturel d’expansion des crues. Le débordement des cours d’eau dans les zones humides périphériques (mares, bras mort de rivières, etc.) et la rétention d’eau provoquent ainsi une diminution du débit et un étalement dans le temps du débit maximum d’eau, et donc des crues. En outre, la végétation de ces milieux et les sédiments dissipent l’énergie hydraulique, diminuant la vitesse d’écoulement. Ces deux effets réduisent ainsi l’ampleur du phénomène en cas de crue et les risques d’inondation.
À titre d’exemple, la conservation de la plaine alluviale de la Bassée, infrastructure naturelle en amont de Paris (zone d’expansion des crues de la Seine), génère un service d’écrêtement des crues évalué entre 2 et 37 millions d’euros par anc et évite de construire un barrage qui coûterait entre 100 et 300 millions d’euros et qui n’assumerait pas pour autant les autres services que rend ce milieu (épuration des eaux, pêche, etc.).
Protéger et restaurer les zones humides alluviales, c’est protéger les villes et les activités des flots ravageurs.
 
Des marais et des étangs pour réduire sécheresses et canicules
 
L’absorption des eaux l’hiver et lors des épisodes de crues permet aux milieux humides d’alimenter en eau des nappes aquifères et des cours d’eau. À ce titre, ils participent à l’alimentation en eau pour la consommation humaine et aux besoins des activités agricoles et industrielles. Certaines zones humides peuvent stocker jusqu’à 15 000 m3 d’eau par hectare et l’on compte par exemple 46 millions de mètres cube d’eau qui rechargent tous les ans les nappes phréatiques sur le territoire du parc naturel régional des marais du Cotentin et du Bessine.
Par ailleurs, l’évaporation de l’eau et l’évapotranspiration de la végétation des zones humides en milieu urbain contribuent à rafraîchir l’air, réduisant localement l’intensité des canicules. Certains « plans canicule » prennent cela en compte, comme le projet de réaménagement des berges du Rhône à Lyon suite à la canicule de 2003f. De son côté, le département de Seine-Saint-Denis met en place une politique de gestion des eaux de pluies avec stockage et infiltration dans des zones humides temporaires urbaines pour rafraîchir les villes (et lutter contre les inondations).
Conserver et recréer des milieux humides en ville et à la campagne, c’est moins de gêne lors des canicules et des sécheresses.
 
De l’humidité pour empêcher les tassements de terrain
 
Lorsque les zones humides argileuses ou tourbeuses ne sont plus suffisamment alimentées en eaux, que les prélèvements sont trop importants et/ou qu’une sécheresse a lieu, les sols se tassent, fragilisant les bâtiments. Le coût des réparations en cas de sinistre est alors de 15 000 € en moyenne par bâtiment, mais peut s’élever au prix total du bâtiment.
En outre, le changement climatique va accroître ce type de sinistre. Une augmentation des dommages de 50 % a déjà été observée sur la période 1987-2006 par rapport à la période 1950-1970, et une autre augmentation de 50 % est prédite pour 2021-2040.
La solution pour éviter ces tassements et destructions réside dans les méthodes douces d’infiltration des eaux pluviales, telles que les noues, mares, rivières sèches et autres zones humides temporaires… comme l’on peut voir sur l’écocampus LyonTech la Doua ou dans la ZAC des Ruires d’Eybens.
Protéger le fonctionnement hydraulique des zones humides, c’est protéger le bâti.
 
Marais salants, lagunes et mangroves contre vagues et tempêtes
 
Sur le littoral, la végétation de zones humides comme les vasières, les mangroves ou les marais salants forme une barrière naturelle et atténue les effets des vagues et du vent, stabilise les sédiments, luttant ainsi contre l’érosion, les risques de rupture du cordon littoral.
Il a ainsi été constaté que la végétation des marais salants réduisait trois fois plus la hauteur des vagues que des étendues de sable nuk. Ainsi en 2012, aux USA, les zones humides littorales ont permis de réduire le coût des dégâts de l’ouragan Sandy de 10 %, soit 625 millions de dollars. Une étude a montré que les zones humides littorales, quand elles sont encore présentes, réduisent le coût des dommages des tempêtes de 20 %.
En Angleterre, le reméandrage estuarien de la Medmerry (Sussex de l’Ouest) a permis de recréer naturellement des marais salés et de protéger de tout dommage la zone durant l’hiver 2013-2014 alors qu’en 2008, dans les mêmes conditions météorologiques, 6 millions de livres de dégâts avaient été causés.
Toujours outre-Manche, l’ouverture de trois brèches dans la digue de Freiston Shore (Lincolnshire) et la restauration de la zone humide littorale en arrière de celle-ci ont renforcé la protection du littoral contre les inondations et créé un site d’intérêt majeur pour la biodiversité, avec des retombées économiques à travers le tourisme.
Dans les régions tropicales, les mangroves réduisent la hauteur des raz-de-marée de 5 à 50 cm par kilomètre de largeur de mangrove. Ces milieux diminuent par ailleurs la hauteur des vagues de 75 % pour un kilomètre de mangrove parcouru.
C’est pour cette même raison que la Thaïlande restaure des mangroves dans l’estuaire de Krabi, avec un service de protection des côtes estimé à 309 600 $/an.
Les récifs coralliens, considérés eux aussi comme des zones humides par la convention de Ramsar, ne sont pas en reste. Pour preuve, les récifs coralliens au large du Sri Lanka, protégés par un parc marin, ont empêché le tsunami de 2004 de faire des dégâts au-delà de 50 m à l’intérieur des terres, tandis que dans les zones voisines où l’exploitation du corail a dégradé les récifs, le tsunami a causé des ravages jusqu’à 1,5 km dans les terres.
Enfin, en France, le projet Ad’Apto lancé en 2015 par le Conservatoire du Littoral vise à montrer de façon concrète, par des exemples locaux d’adaptation aux aléas d’érosion ou de submersions marines, qu’une anticipation raisonnée acceptant la mobilité de l’interface terre-mer sur des espaces naturels préservés est possible.
Conserver les zones humides littorales, c’est se protéger des vagues, de l’érosion et des submersions marines.

Journée mondiale du 2 février 2017

La journée de lancement se tiendra à Brouage en Charente-Maritime le jeudi 2 février avec un petit déjeuner presse et deux tables rondes consacrées au rôle des zones humides dans la prévention des catastrophes et la gestion des zones humides dans les pays francophones.
 
Ce 2 février, date anniversaire de la convention de Ramsar, sera donc l’occasion de présenter au public et aux acteurs de nos territoires « leur » zone humide ou celles des environs, à travers une visite de terrain, une exposition, un conte ou encore un débat. Ainsi, du 28 janvier au 28 février 2017, associations, gestionnaires d’espaces naturels, centres d’éducation ou de documentation ou encore collectivités feront découvrir les richesses et les rôles de ces milieux.
En 2016, plus de 120 animations ont été proposées de fin janvier à fin février et 2340 personnes y ont participé !
 
Quelques animations phares LPO au menu de cette édition 2017 :
 
-              La LPO Alsace  propose de partir le 29 janvier  à bord d´un bateau de croisière  avec des ornithologues chevronnés, à la découverte des oiseaux hivernants qui viennent passer la mauvaise saison sur le Rhin, zone d´hivernage en France.
-              La LPO Auvergne propose une Rando'zones humides le 11 février autour de Loudes. Accessible à tous, la découverte du marais de collange permettra d’aborder l´intérêt de cette zone pour sa biodiversité.
-              La LPO Haute-Savoie invite les passionnés ou curieux de nature à venir découvrir le 5 février les oiseaux hivernants de la Réserve Naturelle du delta de la Dranse, ainsi que le rôle essentiel joué par les zones humides pour l´hivernage des oiseaux d´eau.
-              La LPO Vienne et ses guides ornithologiques vous amèneront à la rencontre des oiseaux de Saint-Cyr à l’occasion de la Fête des oiseaux du lac de Saint-Cyr le dimanche 5 février.
-              La LPO Brenne propose de découvrir les oiseaux des étangs de la Touche mais aussi les autres animaux et plantes endémiques protégés. La sortie sera proposée le 3 février depuis un observatoire habituellement fermé au public, en compagnie du conservateur du site.
 
L’association Ramsar France (2), l’Onema, les Pôles-relais zones humides,  la LPO et la Société nationale de protection de la nature,  coordonnent l’ensemble des animations réalisées sur le territoire français.
 
Concours photo organisé par Ramsar
 
À l’occasion de la Journée Mondiale des Zones Humides, le Secrétariat de Ramsar, convention internationale de protection des zones humides, organise un concours photos pour les jeunes de 18 à 25 ans. Du 2 février au 2 mars, tentez de gagner un voyage offert par Star Alliance Biosphere Connections vers le Site Ramsar de votre choix ! Pour cela, prenez en photo une zone humide qui nous protège des catastrophes et rendez-vous sur http://www.worldwetlandsday.org/fr
 
(1)    Depuis plus de 40 ans, la Convention de Ramsar œuvre à la protection des zones humides dans le monde. Ce traité intergouvernemental, signé par 160 pays, a pour mission la protection, la conservation et l’utilisation rationnelle des zones humides grâce à une forte coopération internationale mais aussi grâce à des actions nationales, régionales et locales permettant de contribuer au développement durable et à la gestion intégrée des ressources naturelles de notre planète. A ce jour, la Liste Ramsar des zones humides d'importance internationale compte, à travers le monde, un peu plus de 2200 zones humides classées, dont 44 en France, qui sont des sites remarquables par les services écologiques fondamentaux qu’ils fournissent et par leur fabuleuse biodiversité.

 

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1,4 milliard d’emplois mis en péril par l’extinction des pollinisateurs

La pollinisation joue un rôle majeur dans la production alimentaire et la subsistance des populations humaines. De nombreuses études ont mis en évidence le déclin mondial des insectes pollinisateurs et notamment les abeilles. Ce déclin porte des conséquences dramatiques à l’encontre de la biodiversité mais aussi en matière économique : quelque 1,4 milliard d’emplois et les trois quarts des cultures dépendent d’animaux pollinisateurs. C’est ce que souligne un rapport publié le 28 novembre 2016 dans la revue Nature.
 
« La sécurité alimentaire et les emplois dans le monde sont en danger, à moins d’une action rapide pour mettre un terme au déclin des pollinisateurs », préviennent les chercheurs de l’Université de Reading (Royaume-Uni), qui ont contribué à ce rapport reprenant plusieurs études sur le sujet.
 
Parmi les cultures affectées par le déclin des espèces pollinisatrices, figurent la plupart des arbres fruitiers, des semences, des fruits à coque et des productions à forte valeur ajoutée comme le café ou le cacao. « L’agriculture emploie 1,4 milliard de personnes, soit environ un tiers des actifs dans le monde », ajoute l’étude. Cette question est « cruciale pour les communautés rurales pauvres, dont 70 % ont pour principale source de revenus et d’emplois l’agriculture ».

1,4 million de décès supplémentaires chaque année

Les cultures qui dépendent des pollinisateurs sont essentielles pour l’équilibre alimentaire humain, apportant vitamine A, C, calcium et acide folique, rappellent les scientifiques. « La perte de pollinisateurs pourrait susciter une recrudescence substantielle de maladies », générant environ 1,4 million de décès supplémentaires chaque année, ajoutent-ils. Les plantes sauvages ne sont pas en reste. Plus de 90 % des plantes à fleurs tropicales dépendent d’une pollinisation animale.
 
La plupart des pollinisateurs sont des insectes (abeilles, papillons…), mais ce groupe inclut aussi certains oiseaux, chauves-souris et lézards. Or parmi ces vertébrés, près d’un sur cinq est menacé d’extinction. Quelque 9 % des abeilles (20 000 espèces, chargées de polliniser plus de 90 % des grandes cultures mondiales) sont dans la même situation. Idem pour les papillons.

Les pratiques agricoles visées

Ce taux de 9 % pourrait cependant être plus élevé, vu le manque de données concernant de nombreuses espèces, notent les auteurs. Les abeilles sont frappées depuis des années, notamment en Europe et en Amérique du Nord, par un effondrement de leurs colonies, attribué aux produits phytosanitaires mais aussi parfois à un virus ou à des champignons, ou un ensemble de facteurs.
 
Les auteurs du rapport appellent à prendre des mesures pour protéger les pollinisateurs de certaines pratiques agricoles. Parmi leurs recommandations, remplacer les phytos par des techniques naturelles, planter des allées de fleurs entre les semences, assurer une rotation des cultures et restaurer des zones de floraison sauvage pour accueillir ces insectes.
 
 

 

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Espèces d'ours ! : une exposition entre mythologie et pédagogie

À l’occasion de l’exposition temporaire « Espèces d’Ours ! », ayant lieu actuellement à la Grande Galerie de l’Evolution, le Muséum national d’Histoire naturelle enrichit sa programmation spéciale consacrée à l’univers des ursidés et accueille le photographe naturaliste Vincent Munier. Son exposition « Ours », présentée à partir du 10 décembre 2016 et jusqu’en mai 2017, réunit une soixantaine de clichés exceptionnels mettant à l’honneur les ours bruns et blancs dans leurs milieux sauvages en Russie et dans l’Arctique canadien. Une proposition immersive poétique au cœur du Jardin des Plantes.
 
 « Une forêt sans ours n’est pas une vraie forêt », disait le naturaliste suisse Robert Hainard. Et tous s’accordent aujourd’hui pour dire qu’une banquise sans ours n’est pas une vraie banquise non plus.
Cette exposition est une invitation à découvrir l’univers des ours, bruns comme polaires, à travers le regard singulier du photographe Vincent Munier. Plusieurs années ont été nécessaires pour réunir ces images, réalisées tantôt sur les glaces de l’Arctique canadien et du Spitzberg, tantôt dans les forêts sauvages de Finlande, ou même à l’ombre des volcans du lointain Kamtchatka.
Aujourd’hui encore, l’ours est cet animal mythique qui a frappé l’imagination de nos ancêtres et s’est terré dans nos contes et légendes. Il est la bête sauvage par excellence, qui parfois fait naître la peur. Une peur utile d’ailleurs, gage de distance et de respect. Sur les traces du photographe, sachons à notre tour entrer à petits pas dans l’intimité des ours…

L’exposition au Jardin des plantes

L’exposition Espèces d’ours ! développée par le Muséum national d’Histoire naturelle, est une véritable plongée dans le monde des ours. À travers cinq parties, le public peut approcher d’un peu plus près ces animaux sauvages et bousculer son imaginaire sur les huit espèces d’ours qui peuplent actuellement la Terre. Quelles sont leurs caractéristiques biologiques, leurs divers habitats, leur histoire évolutive, leurs relations avec les hommes, les mythes et légendes qui leur sont associés ?
Et comment parler de ces animaux, références tantôt féroces, tantôt enfantines, sans évoquer les menaces qui pèsent sur eux et les enjeux liés à leur conservation ?
Pour répondre à ces questions, plus d’une centaine d’objets issus des collections du Muséum mais aussi prêtés par des institutions extérieures sont présentés dans l’exposition. Parmi eux, il y a 25 spécimens d’ours naturalisés (22 issus des collections du Muséum national d’Histoire naturelle, 3 prêtés par le Muséum de Toulouse) et plus d’une vingtaine de pièces ostéologiques, dont 3 squelettes complets d’ours. Le visiteur peut ainsi naviguer entre ces objets d’une incroyable richesse et des dispositifs interactifs variés : bornes multimédia, projections, manipulations. La scénographie stylisée et épurée dessine, par ailleurs, un parcoursfluide et aéré entre les différents univers.
Un espace pédagogique attenant à l’exposition propose aussi plusieurs ateliers. Enfin, pour clôturer la visite, le public est invité à sortir de la Galerie afin de partir à la recherche des onze « ours » du Jardin des Plantes !
 
Quelles espèces composent la famille des ursidés ? L’ours blanc et l’ours brun sont bien connus mais cette famille compte en réalité huit espèces présentées ici sur un plateau central, pièce phare de la première partie : les quatre ours asiatiques avec le grand panda, l’ours à collier, l’ours malais et l’ours lippu ; les deux ours américains avec l’ours noir et l’ours à lunettes et enfin, les deux ours transcontinentaux avec l’ours brun et l’ours blanc. Pour les découvrir, plusieurs spécimens naturalisés sont exposés, agrémentés de cartes explicatives, de photographies grand format ou encore de jeux interactifs…
 
Une longue et fascinante histoire lie les ours et le Muséum. Chassés ou offerts, naturalisés ou présentés au public à la Ménagerie du Jardin des Plantes ou au Parc Zoologique de Paris, les ours historiques du Muséum sont incontournables.
Les artistes s’en inspirèrent aussi grandement et aujourd’hui plusieurs de leurs œuvres font parties des collections du Muséum. La dernière partie de l’exposition, un peu plus restreinte, présente ce trésor patrimonial à travers d’illustres ours naturalisés, des œuvres d’art animalier ou des photographies anciennes qui embarquent le visiteur vers d’autres temps, en particulier au XIXe siècle et au début du XXe siècle.
 

D’où vient le nounours ? L’ours-jouet apparaît peu avant le XX e siècle, mais n’a alors rien de bien mignon. Rugueux et équipé d’une muselière, il rappelle les spectacles des montreurs d’ours. Mais une histoire vraie américaine change la donne. Lors d’une chasse en 1903, Théodore Roosevelt, alors président des États-Unis, ne parvient à tuer aucun animal. Pour ne pas rentrer bredouille, un ourson est finalement placé devant lui afin qu’il l’abatte. Mais « Teddy » Roosevelt ne peut s’y résoudre et épargne le petit. Un fabriquant de jouet se saisit de l’histoire et réalise alors une reproduction de l’ourson qui est à l’origine du fameux Teddy’s Bear (autrement dit « l’ours de Théodore » !).

A propos de Vincent Munier

Pour compléter la visite de l’exposition, le Muséum propose une impressionnante exposition de photographies grand format d’ours en pleine nature par Vincent Munier dans le Jardin des Plantes à partir du 10 décembre.
 « ‘Kamtchatka !’ Ce nom a longtemps résonné en moi, comme un appel venu de loin, de ces terres vierges et inaccessibles. Lorsque j’ai foulé ce paradis terrestre pour la première fois, une puissante émotion m’a saisi. Et des larmes de bonheur ont surgi. Dans le sillage du photographe japonais Michio Hoshino, je me suis fondu dans les paysages démesurés du Kamtchatka et je suis parti à la rencontre du plus illustre représentant de sa faune exceptionnelle, que j’avais déjà eu la chance d’observer en Slovénie ou en Finlande : « Kobalann », l’ours dans la langue des Évènes de Sibérie. »…
Originaire des Vosges, Vincent Munier se passionne très tôt pour la nature. Il découvre la photographie animalière à l’âge de 12 ans aux côtés de son père, Michel Munier, défenseur de la nature lorraine. Depuis 2002, il a réalisé de nombreux voyages photographiques – du grand nord canadien, à la taïga russe, des hauts plateaux tibétains aux déserts arctiques -  dans sa quête de montrer la beauté des vastes espaces sauvages, où la nature n’est pas encore « apprivoisée » par l’Homme.
« Enfin, me voilà dans l’Arctique canadien ! Sous les ailes du petit avion, les derniers villages inuit disparaissent dans l’immensité blanche. Tant de préparatifs, de vols et de contrôles avant de pouvoir enfin vivre mon rêve : être seul au bout du monde, sur les terres du loup arctique et de l’ours polaire. […] Ici, le photographe que je suis préfère garder l’ours à distance : ce géant est bien plus fort que moi. « Nanuk » est un dieu errant dans la mythologie inuit, symbole de puissance et de courage. J’ai conscience d’être sur son territoire en permanence et il hante presque mes pensées : lorsque mon traîneau freine derrière moi ou se bloque, je me figure souvent un ours posant la patte dessus, comme pour me lancer : Toi, là, où penses-tu donc aller comme ça ? »…
 
Et pour prolonger l’expérience, pendant les vacances de fin d’année de nombreuses animations familiales sont proposées par les équipes du Muséum autour de l’exposition « Espèces d’ours ! ».
Visites, ateliers de dessin, jeux en famille, théâtre d’images… autant d’activités qui permettent aux petits (à partir de 3 ans) comme aux plus grands  de découvrir les différentes espèces d’ours de façons pédagogique et ludique !
 
Une expo, des débats à 18h à l’Auditorium de la Grande Galerie de l’Évolution :
Des débats organisés avec des scientifiques de tous horizons : archéozoologue, ethnologue, biologiste…
• Lundi 5 dé cembre 2016 : L’imaginaire autour de l’ours
• Lundi 27 février 2017 : Comment l’hibernation chez les ours inspire la recherche médicale
• Lundi 20 mars 2017 : Ours, leur conservation en questions
 
Exposition OURS de Vincent Munier du 10 décembre 2016 au 14 mai 2017
Sur les grilles du Jardin de l’Ecole de botanique –  Allée centrale du Jardin des Plantes, Paris 5ème
Tous les jours, aux horaires d’ouverture du Jardin - Gratuit
Accès au Jardin des Plantes par le métro Gare d’Austerlitz, Jussieu, Place Monge
 

 

 

ifremer

Les habitats des fonds marins européens ont désormais leur carte

Malgré les progrès techniques, dresser une cartographie précise et globale des habitats des fonds marins reste un défi du fait de leur difficulté d’accès et de l’immensité des mers. Depuis 2008, l’Ifremer participe au projet EUSeaMap visant à établir une carte des habitats benthiques des eaux européennes. Après la réalisation d’une première carte en 2010, une nouvelle version, élargie géographiquement et plus riche en données, a été publiée fin septembre 2016. Elle est accessible librement à tous.
Photo : A 40 mètres de profondeur, à Ouessant (Bretagne), vue caractéristique des fonds marins du parc naturel d’Iroise ©Ifremer / Olivier Dugornay
 
Le projet EUSeaMap a été mis en place pour répondre à l’objectif d’améliorer la connaissance de l’environnement marin fixé notamment par la directive-cadre stratégie pour le milieu marin (DCSMM). Il porte sur les habitats benthiques ou habitats des fonds marins. Un habitat se définit comme un environnement particulier qui se distingue par ses caractéristiques physico-chimiques (structure du sol, salinité, température, exposition aux courants…) et les espèces biologiques qui lui sont associées, dans un espace géographique observable. Outil indispensable pour décrire plus précisément les fonds marins, cette cartographie permettra de mieux orienter l’effort de suivi du bon état écologique de la mer et des océans.
 
Le projet EUSeaMap est un des huit projets du programme européen EMODnet (European Marine Observation and Data Network), qui vise à assembler les données géographiques marines existantes dans les Etats membres de l’Union européenne pour les harmoniser et les rendre accessibles gratuitement aux publics intéressés. Pilote du projet EUSeaMap, l'Ifremer est par ailleurs partenaire de sept autres projets mis en œuvre dans le cadre d’EMODnet, et constitue par conséquent l'un des plus importants contributeurs à ce programme européen.

EUSeaMap 2, une nouvelle carte plus complète

Après la diffusion d’une première carte en 2010, le second volet d’EUSeaMap a été lancé il y a trois ans avec pour objectif la réalisation d'une nouvelle version, plus riche en données et couvrant une superficie plus large. Cette nouvelle carte interactive est aujourd’hui finalisée et consultable en ligne depuis septembre 2016.
 
La carte interactive EUSeaMap accessible gratuitement en ligne
 
« Des zones jusqu’ici non couvertes telles que la mer Noire, la mer Méditerranée orientale et la mer de Norvège ont été cartographiées et celles déjà couvertes ont été mises à jour pour y intégrer les améliorations récentes des données géologiques, hydrodynamiques et biologiques », détaille Mickaël Vasquez, ingénieur en cartographie au Laboratoire d’Ecologie Benthique Côtière, Centre Ifremer Bretagne à Brest.

Comment réaliser une carte des habitats des fonds marins ?

Pour classer et cartographier les habitats benthiques, les scientifiques combinent des informations de différentes natures. « Grâce aux informations géologiques recueillies par le projet ‘Geology’ du programme EMODnet, nous connaissons en tout point de l'espace la nature géologique des fonds marins : sédiments grossiers, sable, vase, roches. Ces données géologiques sont croisées avec de nombreuses informations d’ordre environnemental telles que la température, la luminosité ou encore l’agitation liées aux vagues et aux courants.De plus, certaines zones présentent des caractéristiques très spécifiques, liées à la biogéographie1 locale, qu’il est indispensable de prendre en compte. Par exemple, en mer Baltique la salinité est un facteur capital tandis qu’en mer Noire, c’est le régime d’oxygène dissous. Une fois toutes ces données combinées, nous obtenons une carte des habitats benthiques », décrypte Mickaël Vasquez. Chaque combinaison de paramètres géologiques et environnementaux constitue ainsi un type d’habitat marin abritant des communautés biologiques spécifiques. La faune et la flore d’un habitat rocheux de faible profondeur seront évidemment très différentes de celles attribuées à des grands fonds composés de sédiments.
 
Pour décrire certaines zones ciblées telles que les aires marines protégées, les cartographes ont parfois recours à des échantillonnages biologiques et des techniques d’imagerie des fonds marins. Il est toutefois impossible de mettre en place de telles techniques pour cartographier les fonds marins européens dans leur ensemble. Pour être exhaustif, EUSeaMap s’appuie donc sur une approche de cartographie dite à « basse résolution » qui, en reposant principalement sur la description des facteurs environnementaux caractérisant les habitats, fournit déjà quantité d’information. Par exemple, les cartographies EUSeaMap n’indiquent pas qu’une forêt de laminaires est présente à un endroit donné mais permettent de savoir que le fond y est rocheux et fortement éclairé, l’environnement idéal pour ce type d’algue.
 
[1] La biogéographie est la science qui étudie la répartition des êtres vivants et des milieux écologiques sur la surface du globe
(Source : CP Ifremer)
 

 

 

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