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transition énergétique

Créer 1 million « d’emplois climat » d’ici 2020, c’est possible !

Créer 1 million « d’emplois climat » d’ici 2020, c’est possible ! Le Réseau Action Climat lance une campagne et soumet au débat public une proposition qui permet de donner une réponse au chômage et d’entrer de plein pied dans la transition écologique nécessaire au vu de l’urgence climatique, permettant de lier ces deux transitions “sociale et écologique”. Présentation.
 
Le rapport publié par le Réseau Action Climat (1), « Un million d’emplois pour le climat », montre que l’argent nécessaire pour une transition écologique juste socialement ne manque pas. La volonté politique fait, par contre, cruellement défaut.
Syndicats, associations sociales et environnementales se sont réunis courant 2016 et ont travaillé pour aboutir à cette proposition commune, pour une meilleure articulation entre une politique climatique ambitieuse, la protection des salariés concernés et la création de nombreux emplois.
Pour faire vivre cet espoir, ils ont besoin de la mobilisation de tous. Mais comme le dit Naomi Klein «  si nous conjuguons justice sociale et action pour le climat, les gens se battront pour cet avenir ».

Traduire en actes les engagements de l’Accord de Paris

Les chefs d’Etat et de gouvernement du monde entier se sont engagés lors de la COP21 à tout mettre en œuvre pour contenir le réchauffement climatique mondial largement en dessous de 2°C, et même, idéalement, en dessous de 1,5°C, pour éviter des impacts dangereux des changements climatiques. Cet engagement ne fait que souligner l’urgence d’une transition écologique qui nécessite de sortir du productivisme, de repenser le système productif et donc le travail et les emplois afférents.
L’Accord de Paris, signé en décembre 2015 et entré en vigueur en novembre 2016, l’affirme dans son préambule : la lutte contre le réchauffement climatique doit tenir compte “des impératifs d’une transition juste pour la population active et de la création d’emplois décents et de qualité conformément aux priorités de développement définies au niveau national”. La réflexion sur le travail et l’emploi est en effet cruciale pour accélérer la lutte contre les changements climatiques, permettre une transition juste et créatrice d’activités qui donneront du sens au travail nécessaire pour l’accomplir.
Et cela d’autant plus, que dans son rapport de 2006, Nicholas Stern, ancien responsable de la Banque mondiale, avait souligné que le réchauffement climatique pourrait coûter jusqu’à 5 500 milliards d’euros et détruire des dizaines de millions d’emplois si les gouvernements ne prennent pas des mesures radicales. En évoquant un coût supérieur à celui des deux guerres mondiales et à celui de la Grande Dépression de 1929, l’étude visait à montrer qu’il valait mieux, du point de vue de l’économie mondiale, agir pour le climat que rester inactif.
 
Un an après la signature de l’Accord de Paris, il est temps de s’interroger sur la manière de traduire ces engagements en actes. D’autant plus que la COP 22 aurait dû être celle de l’action et de la mise en œuvre de l’accord de Paris. Au lieu de cela, les Etats sont venus pour la plupart les mains vides, les processus de financement sont restés à l’état de promesses et l’élection de Trump sonne le retour des climato-sceptiques.

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La France est loin de montrer l’exemple malgré la publication de la loi relative à la transition énergétique qui manque d’ambition et de clarté dans sa mise en œuvre. Quant aux propositions législatives de la Commission européenne concernant les objectifs climat-énergie 2030, présentées le 30 novembre 2016, elles sont en régression. La dynamique pour la transition écologique reste à construire.

Des effets positifs pour l’emploi

Les actions en faveur de la lutte contre les changements climatiques sont trop souvent perçues comme contradictoires avec les objectifs de création d’emplois et de justice sociale. Or, en France, de nombreuses études récentes (2) ont montré l’effet positif pour l’emploi que l’on peut attendre de la mise en œuvre de politiques de transition écologique. Elles montrent que certains secteurs d’activités profitent largement de leurs dynamiques tandis que d’autres vont perdre des emplois.
Reconvertir ceux en perte de vitesse, permettre aux salariés de se former et orienter les efforts de formation initiale et continue vers les secteurs porteurs est donc un enjeu central de la transition écologique juste.
 
Les charges pour les entreprises ont baissé, mais la tendance globale du chômage n’a jusqu’ici pas pu être inversé. Certes, les dernières données concernant l’évolution du chômage au dernier trimestre 2016 étaient positives mais l’évolution du chômage sur le quinquennat reste négative et des prévisions pour 2017 (3) s’annoncent plutôt sombres…
Alors que les outils du pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi sont en train de creuser le budget de l’Etat avec une dépense prévue de 33 Md€ en 2016 et 41 Md€ en 2017, leurs effets en termes de compétitivité et emplois sont loin d’être atteints : le nombre d’emplois sauvés et crées en 2016 en contre partie est estimé entre 128 000 et 340 000 (4).
 
Par ailleurs, dans le domaine de la transition écologique certains indicateurs pour la France restent à la traine :
- Un rapport de la Cour des comptes de 2016 (5) montre que l’Etat, via son système fiscal, continue à financer davantage la pollution que les solutions environnementales et climatiques : si on tient compte du différentiel de taxation entre le gazole et l’essence (6,11 Md€ en 2015), le total des dépenses fiscales défavorables au développement durable s’élève en 2015 à 13 Md€, contre moins de 5 Md€ en faveur de l’environnement.
 - La France prend également du retard concernant le développement des énergies renouvelables (6). Son objectif pour 2020, déjà plus faible que celui d’autres pays voisins non seulement est loin d’être atteint mais c’est le pays de l’Union européenne le plus d’éloigné de son objectif. Ce secteur comptabilise aujourd’hui 77 000 emplois en France contre 400 000 en Allemagne. Il y a donc du retard à rattraper ce qui tombe bien car une grande partie des emplois dans ce secteur est local.
 
Les signataires du rapport « Un million d’emplois pour le climat » souhaitent donc soumettre au débat public une proposition qui permet de répondre à ces deux défis – l’accélération de la transition écologique et la lutte contre le chômage : la création d’ici 2020 d’un million d’emplois nets dans les secteurs liés à la transition écologique pour un coût total de 105 Md € en rythme de croisière.

Un rapport qui appelle à l’action

Compte-tenu de l’accroissement important du nombre de chômeurs, de la montée des inégalités et de la précarité sociale, l’une des priorités politiques devrait être de lutter contre les injustices sociales, de favoriser la création d’emploi et de combattre la dégradation de l’environnement dont les changements climatiques sont parmi les expressions les plus dramatiques. La création de centaines de milliers d’emplois utiles peut à la fois contribuer à répondre à des besoins sociaux et écologiques évidents et urgents, à réduire les inégalités, l’insécurité sociale et le chômage tout en atténuant au maximum la crise écologique.
 
Ce rapport montre qu’une transition écologique riche en emplois de bonne qualité est possible et finançable : la longue liste des niches fiscales défavorables à la transition écologique et la perte de recettes due à la fraude et à l’évasion fiscale sont les gisements qu’il faut exploiter pour la financer en complément de la nécessaire reprise en main du crédit. Il met en évidence que les opérations de reconversion industrielle peuvent aboutir à autre chose que des délocalisations ou des effets agissant au détriment des salariés actuellement en poste.
 
Il s’agit donc d’un appel dès maintenant à des investissements publics et des politiques orientant les secteurs privés et la formation vers la création d’un million d’emplois additionnels dans des secteurs qui sont considérés comme cruciaux : énergies renouvelables, rénovation des bâtiments, auto-rénovation accompagnée, identification et accompagnement des ménages en précarité énergétique, agro-écologie, infrastructures de transport durable, recyclage, réparation et réutilisation, accompagnement des PME/TPE et des collectivités dans l’application des politiques de la transition écologique, éducation aux enjeux de la transition écologique, adaptation aux effets du réchauffement climatique, etc.
De tels investissements, possibles et finançables, permettront d’accélérer la transition écologique, de l’inscrire dans les territoires, de développer des filières du futur et de créer des nouvelles activités.
Au-delà des emplois directement liés à la transition écologique, il est nécessaire de répondre aux besoins d’activités de services en lien avec la qualité de vie individuelle et collective qui sous-tend la transition écologique et qui sont génératrices d’emploi.
 
Le succès de la transition écologique juste dépend en grande partie de la capacité collective à résoudre l’équation entre emplois détruits et créés et de la qualité et la pérennité des emplois crées pour que la transition devienne un réel projet collectif.
Pour arriver à un million d’emplois « nets » en 2020, il est nécessaire de créer 1,5 million de postes afin de compenser les pertes d’emplois qui se produiront dans certains secteurs d’activités impactés comme les centrales au charbon et le transport routier. Dans la proposition, les secteurs concernés par la création d’emplois-climat couvrent un champ volontairement large d’activités, celles estimées nécessaires pour permettre une transition écologique juste. En effet, plus que jamais, celle-ci doit s’étendre et s’ancrer dans toutes les activités de notre vie quotidienne : l’éducation, la recherche, l’accompagnement des ménages en difficulté, l’aide à la personne, les activités extrascolaires, des expositions artistiques etc.
 
Cette proposition est accompagnée de sept mesures et orientations qui la rendent opérationnelle :
1. Créer 250 000 emplois aidés labellisés “transition écologique”
2. Créer 100 000 emplois “transition écologique” dans le service public
3. Investir dans les secteurs privés de la transition écologique pour créer 650 000 emplois
4. Résoudre l’opposition entre protection du climat et perte d’emplois dans les secteurs fragilisés par une reconversion qui doit être anticipée et territorialisée et une offre de formation adaptée
5. Assurer la qualité et la protection sociale des emplois de la transition écologique juste
6. Lancer des changements structurels pour adapter les emplois au cadre de la transition écologique
7. Conditionner les dispositifs de soutien au secteur privé à la création d’emplois de qualité en particulier dans des secteurs de la transition écologique.
 
Les dépenses et investissements publics et privés nécessaires pour réussir ce pari se chiffrent à 105 Md€ par an en rythme de croisière. Comme il est démontré dans le dernier chapitre du rapport ce n’est ni l’activité, ni l’argent qui manquent mais la volonté politique !

Des recettes mobilisables pour financer la transition

Le rapport montre qu’une transition écologique riche en emplois de bonne qualité est possible. Et qu’elle peut être financée : la longue liste des niches fiscales défavorables à la transition écologique et la perte de recettes due à la fraude et à l’évasion fiscale sont les gisements qu’il faut exploiter pour financer la transition en complément de la nécessaire reprise en main du crédit.
Ces recettes permettront de mettre en place des financements nécessaires à la création d’1,5 millions d’emplois sous des formes très différents, la typologie des financements à mettre en place varie énormément d’un secteur à l’autre : investissements publics, subventions, crédits d’impôts mais aussi de l’épargne des ménages et des emprunts.
 
 
Création d’un plateforme « emplois-climat » pour défendre une transition écologique juste
 
Attentats, accueil de réfugiés, enjeux de sécurité, chômage qui persiste, entreprises en difficulté, uberisation d’une partie de l’économie, zones rurales délaissées, inégalités qui ne se cessent de se creuser... Le contexte politique actuel se focalise sur la défense d’intérêts particuliers, la remise en cause des politiques et des institutions. Il est dominé par des jeux de pouvoir, de posture et de votes stratégiques sans réelle alternative crédible. Au même temps l’urgence climatique est là !
Les données scientifiques sont sans faille, malgré les inquiétants signaux politiques actuels suite à l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis. La question n’est plus s’il faut se lancer dans le chantier de la transition écologique mais comment et à quelle vitesse.
 
En France, la transition écologique est enclenchée mais il est maintenant urgent de débattre collectivement sur comment l’accélérer et la rendre plus juste et acceptable. Même si la loi sur la transition écologique souligne à plusieurs reprises le lien important entre des politiques de la transition écologique et la question des emplois, les actions en faveur de la lutte contre les changements climatiques sont encore trop souvent perçues comme contradictoires avec un objectif de création d’emplois et de justice sociale.
Ainsi, syndicats et associations environnementales, sociales et d’éducation populaire se sont réunis en 2016 au sein d’une plateforme d’échange sur les enjeux climat et emplois pour travailler sur une meilleure articulation entre une politique climatique ambitieuse, la protection des salariés concernés et le renforcement des opportunités de la transition écologique pour créer des emplois nouveaux.
 
La loi transition énergétique et la question des emplois climat et de reconversion
 
La loi transition énergétique et la croissance verte adopté en 2015 reconnaît le lien entre la transition et l’impact notamment sur les salariés de certains secteurs. L’article 2 fixe notamment comme objectif aux politiques de l’énergie de « garantir un haut niveau de protection sociale et de garanties collectives à l’ensemble des personnels des secteurs concernés par la transition énergétique et accompagnent les besoins de formation et les transitions professionnelles ».
L’article 182 de la loi transition énergétique prévoit que l’Etat élabore, en concertation avec les organisations syndicales de salariés, les organisations représentatives des employeurs et les collectivités territoriales, un plan de programmation de l’emploi et des compétences tenant compte des orientations fixées par la programmation pluriannuelle de l’énergie.
Ce plan devra notamment servir à indiquer les besoins en termes de compétences et formations continues pour prendre en compte les évolutions en matière d’emplois liés à la transition écologique.
Un accompagnement actif à la reconversion est prévu par l’article 180 de la loi transition énergétique qui stipule que les politiques d’emploi et le dialogue social, tant au niveau des branches professionnelles que des entreprises, doivent consacrer une attention particulière à l’accompagnement des transitions professionnelles afférentes à la transition écologique et énergétique.
Ainsi l’Etat, les régions et les partenaires sociaux sont en charge d’évaluer les besoins en matière d’emplois et de compétences sur les territoires et dans les secteurs professionnels au regard de la transition écologique en lien avec la programmation pluriannuelle de l’énergie qui indique les orientations en termes de consommation et de production énergétique.
 
Résoudre l’opposition récurrente entre des mesures climatiques et la question des emplois
 
Les politiques climatiques vont fragiliser un certain nombre de filières et ainsi détruire des emplois. Insister uniquement sur l’effet créateur net de la transition écologique ne résoudra pas l’équation entre les emplois créés et perdus et ne suffira pas à lever les freins.
Nous l’avons vu, la fermeture de la centrale de Fessenheim, promesse du candidat et du Président de la République François Hollande, cristallise un certain nombre de tensions, notamment de la part des salariés du secteur. La mise en place d’une taxe poids lourds à l’échelle nationale a été empêchée par la mobilisation du secteur agricole et des transporteurs routiers. Plus récemment encore, le gouvernement a supprimé l’amendement prévu pour le projet de loi de finances rectificative qui visait à supprimer l’exonération de TICC dont bénéficient les centrales électriques au charbon, sous la pression des salariés.
Ces annonces de politiques écologiques n’étaient pas accompagnées de mesures de reconversion adéquates. Et les délais de mise en œuvre ne permettaient pas de construire au moins un début deréflexion pour un projet alternatif. Dans ces circonstances, ces oppositions sont compréhensibles.
Résoudre ces oppositions est la condition nécessaire pour que la transition devienne une aspiration forte et prioritaire de la société.
 
Les objectifs de la plateforme « emplois-climat »
 
1. Créer un espace d’échange pour avancer sur des propositions collectives liant emploi et transition écologique :
- Valoriser les travaux et les initiatives existantes et inciter au développement d’initiatives similaires dans les territoires.
- Combattre les idées reçues qui opposent transition écologique et emploi.
- Développer l’expertise collective concernant les recommandations par rapport à la qualité des emplois à créer, les modalités de reconversion par secteur d’activité, etc.
- Mettre en place un échange structuré sur les transformations des emplois dans le cadre de la transition écologique et sociale à l’échelle nationale et locale.
 
2. Concevoir et mener une campagne d’éducation populaire et influencer les débats publics, notamment dans le cadre des élections présidentielles :
- Développer des outils, supports de débat et de communication pour diffuser les propositions de groupe auprès d’un public plus large.
- Placer la transition écologique et la création d’emploi dans les questions clés de l’élection présidentielle de 2017. Il est temps de mettre le curseur de l’action politique sur un futur écologiquement et socialement souhaitable.

La plateforme emplois-climat rejoint un mouvement international

« Un million d’emplois climatiques », c’est le titre d’un rapport publié en 2014 sous l’égide du mouvement citoyen « Campaign Against Climate Change ». Se plaçant dans une perspective de 20 ans, le scénario prévoit pour le Royaume-Uni : une réduction de 86 % des émissions de CO2, l’embauche en une année d’un million de personnes dans des emplois stables correctement rémunérés, au sein d’un « service national du climat » et la création de 500 000 emplois induits des activités de ce vaste service public. Ce travail vise à convaincre qu’une action résolue en matière de climat créera beaucoup plus d’emplois que la reconversion du secteur industriel n’en détruira. Les promoteurs de cette campagne proposent notamment que les salarié.e.s des secteurs qui doivent être reconvertis soient assurés de conserver un emploi.
La campagne « One million climate jobs » est aujourd’hui investie par des acteurs associatifs et syndicaux dans plus de cinq pays : le Canada, l’Afrique du Sud, la Norvège, l’Etat de New York, la Grande-Bretagne et le Portugal.
 
Rendre désirable la lutte contre les dérèglements climatiques en termes de créations d’emplois et construire des alliances fortes entre les organisations écologistes et les syndicats, est donc l’objectif affiché de la campagne « One million climate jobs ». Avec la publication du rapport « Un million d’emplois pour le climat », la plateforme emplois-climat rejoint ce mouvement international.
 
(1)   Alofa Tuvalu, Alternatiba, Amis de la terre,, Attac Collectif Roosevelt, Confédération paysanne, Emmaüs, France Fédération syndicale unitaire (FSU), Heinrich Böll Stiftung, France Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP), Réseau Action Climat, Union syndicale Solidaires. Avec le soutien de la Ligue des droits de l’Homme.
(2)   Philippe Quirion (2013) “Evaluation du scénario négaWatt : 632 000 emploi net en 2030”
Philippe Quirion (2015) “Evaluation du scénario Afterres 148 000 emploi net en 2050” : Ademe (2016) “Analyse de l’étude 100% ENR électrique : 896 000 emplois en 2050”    Virage    énergie NPdC (2016)
“Impacts de la transition énergétique et sociétale sur l’emploi” : 67 000 emplois en 2050” : Bizi (2015) “Demain, 10 000 emplois climatiques en pays basque Nord : 10 000 emplois en 2030”.
(3) Selon le Ministère de l’Economie et des Finances.
(4) Ducoudré, Heyer, Plane (2016) « CICE et pacte de responsabilité : une évaluation selon la position dans le cycle », OFCE 2016/2 N°146 pages 5-42; Rapport spécial de la mission « Remboursements et dégrèvements », Marie-France Beaufils (13 juillet 2016) « CICE : Le rendez-vous manqué de la compétitivité ? »
(5) Cour des comptes (2016) « L’efficience des dépenses fiscales relatives au développement durable »
(6) Altereco (2016) « Le bilan du quinquennat de François Hollande en 10 graphes » ; 16 décembre 2016
 
 
 

 

changement climatique

Comment les changements climatiques impactent la vie en Afrique

A l’occasion de la 22e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, le Comité de pilotage de la COP22 a commandé la première étude panafricaine sur le réchauffement climatique. Celle-ci a été conduite auprès des jeunes nés dans les décennies 1980 à 2000, les « millenials », issus de 19 pays africains. Il ressort de cette enquête que 86 % des millenials s'estiment impactés directement par le changement climatique et constatent chaque jours ses effets ; 73 % considèrent l´accès à l´eau et le développement des énergies renouvelables (71%) comme les initiatives les plus pertinentes pour lutter contre le réchauffement climatique et reprochent aux gouvernements, pour plus de la moitié d´entre eux (53%), de ne pas lutter assez contre ses conséquences ; 69 % veulent être acteurs de la lutte contre le réchauffement climatique et considèrent que c´est notamment en triant les déchets qu´ils peuvent y parvenir. En quête de réponses …
Photo ©Journal du Mali
 
Nous ressentons déjà les conséquences du réchauffement climatique, sur notre santé, notre accès à la nourriture et à l´eau. « Le temps presse pour atteindre les objectifs de température à long terme », a voulu alerter Aziz Mekouar, Ambassadeur pour la négociation multilatérale de la COP22, « mais la mobilisation politique est là, comme le prouve la Proclamation de Marrakech, voulue par 197 parties à la Convention », s´est-il félicité lors de la clôture de la COP22 le 18 novembre 2016. En effet, cette COP semble avoir été un succès avec une participation record de 29 000 participants dans la Zone bleue et plus de 35 000 participants dans la Zone verte.
 
Le Maroc, pays hôte de la 22e Conférence des Parties, confirme son engagement en matière de lutte contre le changement climatique, non seulement sur son territoire mais également sur le continent africain, et a fait de l´économie verte un objectif stratégique majeur. « C´est tout le maillage de nos tissus économiques, de la conception à la consommation en passant par la distribution, qui doit être transformé pour notre bien-être collectif », a ajouté Aziz Mekouar. Le pays se place en leader de la lutte contre le changement climatique sur le continent Africain, comme le titrait La Tribune en novembre dernier, remettant l'Afrique au coeur de l'agenda international.
 
Comme stipulé dans l’Accord de Paris, déjà ratifié par 113 pays qui représentent 78,96% des émissions globales, l’augmentation de la température globale doit se maintenir en deçà de 2°C, au risque de condamner une génération entière : celle des millennials, nés dans les décennies 1980 à 2000. En effet, ce sont ces derniers qui pâtiront le plus des conséquences du réchauffement climatique, et c´est donc auprès d´eux que l´étude « Climate change, Time for action », réalisée par CG Consulting, sur commande du comité de pilotage de la COP22, est allée chercher ses réponses. Cette étude est la première à chercher à connaitre l’opinion des millennials en Afrique sur le changement climatique, leurs craintes et préoccupations, mais également leur volonté d´agir et les moyens qu´ils veulent se donner. Car ils sont la dernière génération à pouvoir enrailler les changements climatiques.

L´Afrique, première victime du réchauffement climatique

Sécheresses, incendies, inondations, tempêtes violentes : le réchauffement climatique est responsable de changements considérables dans notre environnement, et notamment en Afrique, continent particulièrement vulnérable face aux changements climatiques. Un rapport du Centre de surveillance des déplacements internes estime à 14 millions le nombre de personnes obligées de fuir leur foyer entre 2009 et 2015 à cause de dérèglements climatiques, dont 1,1 million rien que l'année dernière. La sécheresse et les inondations sont les deux principales causes et s'ajoutent à la guerre et aux expropriations. Un record, selon un rapport du Centre de surveillance des déplacements internes (IDMC, International Displacement Monitoring Centre) publié le 9 décembre.
 
Les millennials africains subissent directement ces phénomènes :
•             86% des jeunes interrogés constatent des pluies imprévisibles plus fréquentes
•             79% signalent l´augmentation des maladies des cultures et du bétail
•             77% constatent l’avancée de la désertification
•             73% ont remarqué la multiplication des incendies forestiers.
 
Ces conséquences ont un impact sur l´agriculture et la sécurité alimentaire. Or l´Afrique va devoir tripler sa production agricole d'ici à 2050 pour subvenir aux besoins d´une population qui aura doublé. D´où l´importance de l’initiative pour l’Adaptation de l’Agriculture en Afrique (AAA), impulsée par le Maroc, qui a vocation à garantir le financement de l’adaptation de l’agriculture africaine et à augmenter la productivité agricole sur le continent en captant 30% du plan d´investissement prévu à partir de 2020 pour l’adaptation des pays en voie de développement. Cela représente 30 milliards de dollars par an pour le développement de l’Afrique.
 
« L’agriculture a, historiquement, été largement dé-priorisée dans la mobilisation internationale autour des changements climatiques, souffrant notamment d’un manque de financement considérable, alors qu’elle constitue le secteur le plus vulnérable », avait déclaré Salaheddine Mezouar, président de la COP22.

Les gouvernements doivent passer à l´action

Pour 76% des millennials africains, ce sont les gouvernements qui doivent en premier lieu agir contre le réchauffement climatique, mais plus de la moitié (53%) leurs reprochent de ne pas en faire assez. Les alternatives se trouvent donc selon eux au niveau supranational par l´action de l´Union Africaine (pour 75% d’entre eux) et plus généralement des organisations internationales (73%), et au niveau infranational grâce aux acteurs privés (69%) et aux Organisations Non Gouvernementales (68%).
 
À ce propos, Salaheddine Mezouar, s´est félicité que la COP22 ait été marquée par « trois moments politiques d’une extrême importance : la tenue de la première réunion des Parties à l’Accord de Paris (CMA1), le sommet des chefs d’État, le 15 novembre, et celui des pays africains, le lendemain », pour mener la lutte contre le changement climatique. Conscient qu´aucun pays ne peut lutter seul contre le réchauffement climatique, et que l´Afrique, responsable de seulement 4% des émissions de gaz à effet de serre, est le continent le plus touché par ses conséquences, le Maroc a en effet organisé, le 16 novembre, à l´occasion de la COP22 le premier Sommet africain de l´action en faveur d´une co-émergence continentale. Les Etats africains ont à cette occasion réaffirmé leur volonté d’œuvrer collectivement et solidairement pour une Afrique résiliente au changement climatique et leur ambition de construire un modèle de développement inclusif et durable préservant les intérêts des générations futures. Ils se sont ainsi engagé à consolider leurs engagements en matière de lutte contre les effets du changement climatique, et à accélérer la réalisation des initiatives déjà identifiées ou lancées en s´appuyant sur leurs ressources mais également en mobilisant entreprises et acteurs non étatiques.

Le développement des énergies renouvelables et un accès généralisé à l´eau : des initiatives clés pour l´Afrique

Le continent africain, particulièrement vulnérable aux effets du réchauffement climatique, manque pourtant des infrastructures élémentaires nécessaires à son développement économique et énergétique durable.
 
En Afrique, 9 millennials sur 10 (94%) considèrent ainsi comme une priorité de faire des énergies renouvelables la première source d´énergie utilisée en Afrique. Le Maroc a de son côté entamé des chantiers qui lui permettront d´augmenter la part des énergies renouvelables à 42 % et améliorer l’efficacité énergétique de 12% d’ici à 2020. En 2030, la part de l’énergie électrique produite à base d’énergies renouvelables devrait s´établir à 52%.
 
Pour 92% des millennials africains, la lutte pour le climat passe également par un accès à une eau propre à la consommation. Le lancement de l’appel « Water for Africa » à l’occasion de la Conférence internationale sur l’Eau et le Climat qui s’est tenue les 11 et 12 juillet derniers à Rabat constitue une première étape en ce sens. Il attire en effet l’attention sur la nécessité et l’engagement réel de la communauté africaine à se mobiliser pour répondre à l’urgence des problématiques posées par l’eau sur le continent et leur relation avec le changement climatique.

Garantir les financements pour assurer l´avenir des millennials

Mais ni la généralisation des énergies renouvelables, ni une eau propre à la consommation ne sont possibles sans financement. C'est  l'un des éléments clés de la transition énergétique. L’Accord de Paris reconnaît ainsi que 100 milliards de dollars (en prêts et en dons) par an devront être consacrés, d’ici à 2020, à financer des projets permettant aux pays de s’adapter aux effets du dérèglement climatique ou de diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Ces financements devraient augmenter au fur et à mesure et certains pays en développement, sur une base volontaire, pourront aussi devenir des donateurs pour aider les pays les plus vulnérables.
 
Dans son discours de cérémonie d'ouverture de la COP22, Ségolène Royal, soulignait que la justice climatique demeurait l'un des grands défis de la gouvernance climatique mondiale. Une justice climatique qui dépend de la délicate problématique du financement des pays du Nord vers ceux du Sud.
 
Pendant la COP22, les pays développés et en développement ont lancé un nouveau partenariat dans le cadre de l’Accord de Paris : le NDC Partnership. Ce partenariat relatif aux Contributions nationales déterminées (Nationally Determined Contributions) est une nouvelle coalition de pays et d’institutions internationales mobilisés pour garantir à ce que les pays reçoivent le soutien technique et financier dont ils ont besoin pour atteindre leurs objectifs climatiques et de développement durable, aussi rapidement et efficacement que possible.
 
Lors de la conférence de presse de clôture de la COP22, Salaheddine Mezouar a tenu à préciser que « la dynamique de Marrakech et le travail que nous ferons en 2017 permettront au financement de devenir plus fluide », puis d’ajouter « La Déclaration de Marrakech (1) a été adoptée à l’unanimité et le leadership du Roi Mohammed VI et des autres chefs d’État africains va permettre d’accélérer la mise en œuvre des projets, et d’aplanir les difficultés de transformation du continent. L’Afrique doit aller vite ».

Les millennials, acteurs de la lutte contre les changements climatiques

Malgré le rôle prépondérant qu´ils prêtent aux Etats, les millennials africains veulent également agir pour l´environnement. 69% des jeunes interrogés considèrent ainsi le tri des déchets comme la façon la plus efficace de lutter à leur niveau contre le réchauffement climatique. Ils préconisent également la généralisation du recyclage (65%) et la limitation de l´usage des contenants en plastique (64%). Ainsi au Maroc par exemple, la campagne « Zéro Mika » (« zéro sacs plastique ») a été lancée en juin 2016 avec le soutien de la COP22, pour contribuer à un véritable changement des comportements quotidiens et ainsi adopter une attitude de développement durable.

Les écoles et universités ne remplissent pas leur rôle d´information sur le climat

La lutte contre le réchauffement climatique passe également par la connaissance. Les médias traditionnels (télévision, radiaux, journaux) sont la première source d´information des millennials africains (48%), loin devant internet et les réseaux sociaux (15%). On notera que les écoles et les universités ne semblent avoir sensibilisé que 13% des jeunes africains aux problématiques du climat.
 
C´est en partie pour palier à cette carence que le Roi Mohammed VI a créé la Fondation Mohammed VI pour la Protection de l’Environnement, dont il a confié la présidence à l' Altesse Royale la Princesse Lalla Hasna. La fondation place les enjeux d’éducation et de sensibilisation au cœur de la mission qui lui a été attribuée, s’inscrivant dans les objectifs fixés par les sommets de Rio de 1992 et 2012, et de Johannesburg en 2002 en termes d’éducation pour le développement durable, et auxquels le Maroc a souscrit.
 
(1) Qui appelle à l’action de tous les marchés de capitaux africains afin qu’ils travaillent de concert en faveur du développement durable
 
Etude réalisée du 7 au 16 novembre 2016 par CG Consultings sur commande du Comité de Pilotage de la COP22, dans 19 pays d´Afrique : Algérie, Angola, Cameroun, République Démocratique du Congo, Egypte, Ethiopie, Ghana, Côte d´Ivoire, Kenya, Malawi, Maroc, Mozambique, Nigeria, République du Congo, Rwanda, Afrique du Sud, Tanzanie, Zambie and Zimbabwe
Echantillon de l’étude :
•             1 156 réponses
•             Zones urbaines et rurales
•             Hommes (53%), femmes (47%)
•             Tranches d´âges : 18 - 22 (25%), 22 - 26 (36%) and 27 - 30 (39%)
Méthodologie :
•             Questionnaire online et par mobile
•             Sept questions
 
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changement climatique

Candidats à l’Elysée : A quand la transition écologique que les jeunes plébiscitent ?

Le prochain mandat sera sans nul doute le dernier à même d’enrayer l’accélération du dérèglement climatique. En ce sens, la présidence qui vient aura une responsabilité historique.
C’est pourquoi à l’occasion de la parution de
L’Âge de la transition : en route vers la reconversion écologique (Les petits matins/Institut Veblen), Dominique BOURG et Dominique MÉDA ont organisé  ce 15 décembre une soirée pour questionner les candidats à l’élection présidentielle afin de donner à voir leurs propositions dans le domaine de la reconversion écologique. Tous reconnaissent un constat alarmant tant au sujet du climat que des pollutions. Au bord de l’effondrement, que faire ?
 
Les pics de pollution qui affectent les Français urbains, confrontent chacun au réel ! La menace a des effets  politiques puisque l’écologie revient sur les écrans radars des candidats à l’Elysée. Ce 15 décembre, la Fondation Maison des sciences de l’Hommeet l’Institut Veblenont justement sondé les intentions des divers représentants politiques, en organisant au pavillon de l’Arsenal un grand meeting (1). Avec comme maîtres de cérémonie, deux autorités incontestables : le philosophe et spécialiste d’écologie politique Dominique Bourg, et l’économiste Dominique Méda, engagée notamment dans la mise en place de nouveaux indicateurs de richesse avec le réseau FAIR.
 
Aurore Lalucq, codirectrice de l’Institut Veblen – et auteur Transition écologique, mode d'emploi - a introduit la soirée, laissant la parole à l’historien Michel Wieviorka soucieux de pointer les émergences dans notre époque décliniste – voir son livre publié l’an dernier "Retour au sens : pour en finir avec le déclinisme " -. Puis Dominique Bourg et Dominique Méda ont questionné les candidats (voir leurs constats et demandes précises ci-dessous) sur les visions et réformes qu’ils entendent promouvoir.

Relocalisation et circuits courts

Il est frappant de noter que tous les candidats parlent d’urgence écologique. Il n’est donc plus question de tergiverser sur la gravité de la dégradation des écosystèmes ! « On a changé d’époque conviennent les candidats, rapporte Dominique Bourg. Ces derniers reconnaissent que les fruits de la croissance se sont mués en poison, comme l’a souligné Eloi Laurent dans son livre Comment sortir l’économie de la croyance ? »
 
A gauche, Martine Billard s’est exprimée pour Jean Luc Mélenchon qui veut mettre la « planification écologique » au centre de son programme. Le candidat du Front de gauche ne veut pas du principe de substitution, il veut "donner de la valeur à la nature" et considère que nos modes de consommation doivent être revus au prisme de l’utilité des produits. Dans son livre L'Avenir en commun (Seuil), Mélenchon promet la création de 3,5 millions d’emplois, notamment créés grâce à la transition écologique. Il prône un « protectionnisme solidaire », la fin du nucléaire et une relocalisation des activités industrielles. Ce dernier point fait d’ailleurs quasiment l’unanimité auprès les divers candidats : le changement de cap passe par une réappropriation par les citoyens de leurs territoires.
 
C’est d’ailleurs le sens de la proposition faite par Dominique Bourg de soutenir la création de coopératives d’initiatives énergétiques comme il en existe des dizaines au Danemark, aux Pays Bas, en Espagne, en Suisse. Ces Rescoop considèrent l’énergie comme un bien commun, financée et maîtrisée par les citoyens : en France, les rares initiatives existantes -  comme le parc éolien coopératif de Redon (au sud de Nantes) ou la Coopérative Energies partagées en Alsace (40 souscriptions aujourd’hui) - se sont heurtées à de nombreux obstacles.

L’impératif écologique : chercher les cohérences

Selon Arnaud Montebourg, « l’écologie doit rentrer dans la vie quotidienne et l’économie. C’est une ‘altercroissance’ qu’il nous faut, une mutation sociale ! » a-t-il insisté proposant une 6e République dotée d’un nouveau Sénat ou ‘Chambre du futur’ constituée par un tiers d’élus territoriaux, un tiers de membres du CESE et un tiers de citoyens tirés au sort.
L'ex-ministre du redressement productif pro-gaz de schiste doit veiller à ne pas se laisser déborder par la gauche de la gauche. Les discours sur les bienfaits du productivisme, qui ont longtemps fait vibrer ses troupes, n'y sont plus trop de mise…
 
Quant à Vincent Peillon, il voit dans les limites écologiques des risques géopolitiques majeurs. Il applaudit à la perspective d’une décentralisation énergétique et d’une taxe carbone « qui n’aura de poids que si elle est  reconnue par tous ».
 
Jean-Luc Benhamias reconnait les progrès accomplis avec la loi sur la transition énergétique et la loi sur la biodiversité. Ces cadres soutiennent une évolution vers une croissance sobre, une économie circulaire. Mais il estime que des réformes constitutionnelles s’imposent pour redonner du pouvoir au Parlement et qu’il faudra relever le défi de regagner la confiance envers les politiques.
 
Gérard Filoche s’est contenté d’un discours anticapitaliste et de formules lapidaires : « pour sauver la banquise, il faut nous sauver des banquiers ». Ses bêtes noires sont le sur-armement (1 651 milliards consacrés à la Défense), la dette de 2 000 milliards et la fraude fiscale qui atteint 400 milliards… qui constituent sans nul doute les symptômes d’un système corrompu.
 
Le député et ancien membre d’Europe Ecologie les Verts, François de Rugy, plaide pour la transparence : « Non, nous n’avons pas les moyens de développer et les énergies renouvelables et le nucléaire. De même la fiscalité carbone va augmenter les prix et il faut en parler ! »
 
Du côté de Benoit Hamon, se manifeste une véritable cohérence entre questions sociales et questions écologiques. « Le modèle actuel est insoutenable : le symptôme du bisphénol A montre qu’il faut désormais substituer les substances qui perturbent nos hormones. Sans cette transition, les conséquences sanitaires seront insupportables », souligne-t-il.
L’ancien ministre est favorable aux Sociétés coopératives d’intérêt collectif (SCIC) et entend constitutionaliser les biens communs, en créant la base juridique nécessaire.  « Il faut sortir du PIB comme seul indicateur (ouvrir aux indicateurs de qualité de vie) pour faire des choix radicaux mais sans brutalité, a conclu Benoit Hamon qui a mis les pieds dans le plat, jeudi dernier sur France 2, en se posant en défenseur intraitable du principe de précaution, dont l'application est lourde d'enjeux dans les domaines de la santé et de l'environnement (OGM, gaz de schiste, pesticides, etc.).
Les esprits pourraient vite s'échauffer sur ce sujet (François Fillon propose en effet d'extraire ce principe de la Constitution).

Nucléaire et principe de précaution comme repères clivants

Le candidat écologiste Yannick Jadot a mis en exergue les ennemis de la transition : le charbon que le mouvement social rejette, le pétrole soutenu par la globalisation et le ‘big business’, le nucléaire qui marche avec l’opacité et la rente. « Il faut lutter contre le règlement démocratique », a lancé le député européen qui prône un plan d’investissement européen de 600 milliards avec la BEI et la BCE pour les nouveaux transports, les plans verts de production et de solidarité. Il veut promouvoir une loi de sortie du nucléaire, car « le projet de Bure est irresponsable. En Grande Bretagne, Hinckey Point c’est 35 milliards de rente pour EDF mais pas pour la France ! »
 
Si tous les candidats de gauche ou du centre sont favorables au principe de précaution, ce n’est pas le cas de François Fillon, qui le qualifie de « machine bureaucratique » et revendique de l’équilibrer par un principe de responsabilité. On peut s’interroger sur le sens de cette position quand on sait que le principe de précaution est ancré dans le droit européen (traité de Maastricht) et que la Cour européenne de justice s’y réfère régulièrement.
Quant au principe de responsabilité, il figure déjà dans la charte de l’environnement et l’on sait combien l’Europe encourage l’innovation responsable ! (voir les programmes Horizon 2020).
 
Serge Grouard, venu représenter le candidat des Républicains, a rappelé la « gravité de la situation d’autant que l’on fait face à l’accroissement de la consommation d’énergie qui a triplé depuis soixante ans. Nous devons passer à une économie décarbonée, quitter la logique de prédation pour aller vers une logique de protection ». Les 35 mesures que François Fillon propose en matière d’écologie sont rassemblées dans le document Environnement et transition énergétique, disponible sur le site des Républicains. 

Epoque charnière : les citoyens prêts à l’insurrection

Manuel Vals, Emmanuel Macron et Marine Le Pen n’ont pas cru bon de manifester leurs positions pour cette soirée. Manuel Valls, dans son discours d'Evry, a promis de répondre aux enjeux du réchauffement climatique. Avant lui, Emmanuel Macron, dans son livre Révolution, s'est fait le chantre de la transition énergétique. Le Front national et sa présidente ne sont pas en reste. Marine Le Pen défend une « écologie patriote » et soutient à toute force... le nucléaire.
« Nous sommes à une époque charnière, estime Dominique Bourg. Cohabitent actuellement les rêves les plus fous d’arrachement à la nature (colonisation de Mars, immortalité, manipulation du climat par géoingénierie) tandis que se manifeste un désir de ré-enracinement  avec l’attention aux animaux, le goût de la permaculture, de l’alimentation saine. Un gouffre se creuse entre les citoyens impliqués dans des transitions concrètes de leurs modes de vie en territoires, et les dirigeants d’entreprises ou gouvernants ».
 
Le Commissaire général de France Stratégie,  Jean Pisani-Ferry, ne dit pas autre chose dans sa tribune sur les incertitudes qui pèsent déjà sur 2017 : « la question du climat va dominer les cinq et même les dix années qui viennent. Les engagements pris dans cet accord sont 30% en dessous de ce qu’il faut faire pour tenir l’objectif prioritaire d’une hausse de la température limitée à 2 degrés. Le chantier est donc considérable. Il faudra par exemple adopter un prix de carbone entre 100 et 150 euros par tonne d’ici 2030, contre 20 euros seulement aujourd’hui. Cela impliquera des changements dans les prix et dans les modes de vie ».
 
Mutations profondes en vue donc qui est anticipée par la jeune génération. Dans l’enquête « Génération what » que Anne Muxel, directrice de recherches à Sciences-Po, a reprise pour voir l’évolution des mentalités des 18-34 ans, la première préoccupation est celle de … l’écologie (52%) dépassant l’accès à l’emploi (45%). 62% d’entre eux déclarent pouvoir « participer demain ou dans les prochains mois à un grand mouvement de révolte ».
L’urgence d’agir et agir avec cohérence est bien tangible. Selon la Banque Mondiale, la pollution atmosphérique s’est hissée au quatrième rang des facteurs de risque de décès prématurés dans le monde, et il s’agit de nos jours du type de pollution le plus meurtrier : 5,5 millions de décès  pour un coût de 5000 milliards de dollars.
 
(1) rencontre réalisée en partenariat avec les Éditions Les petits matins, l’Université Paris-Dauphine et la Fondation de l’écologie politique.
 

Constats et questions adressés par Dominique Bourg 

1er constat, environnemental :
Pour l’observateur des questions environnementales que je suis, l'évolution récente de la situation est effarante.
Le rythme d’élévation de la température moyenne a été décuplé durant les trois dernières années et la température moyenne s’est envolé en 2016, atteignant 1,2° de plus que les moyennes de la fin du 19ème siècle, au lieu de 0,85 ° encore en 2013. Nous atteindrons très probablement les 2° dès le milieu du siècle. La signature et la ratification de l’accord de Paris est certes une bonne chose, mais ni le timing, ni le niveau actuel des engagements nationaux, ni la conception de l’accord mettant l’accent sur la neutralité carbone ne sont des réponses satisfaisantes à la situation. A quoi s’ajoute le retour surprenant de Lysenko aux USA après l’élection de Trump.
Sur le front du vivant, la situation n’est pas moins dramatique. C’est désormais 58 % des vertébrés sauvages (en termes de populations et non d’espèces) qui ont disparu depuis 1970.
Sur celui des ressources, la situation est tout aussi inquiétante. C’est désormais jusqu’à 1800 mètres sous le sol que l’on va chercher certains métaux à un coût énergétique exorbitant, alors qu'on devrait baisser notre consommation énergétique. De récentes études sur l’interface production mondiale de blé/changement climatique ne laissent pas d’inquiéter. Etc.
Enfin, pour faire le lien avec les observations de Dominique Méda sur la croissance qui vont suivre et que je partage, je rappellerai les conclusions du rapport de l’ONU publié début juillet (Global Material Flows and Resource Productivity), la consommation de ressources croit au monde plus vite que le PIB depuis le début des années 2’000 ! Pas d’issue sans remise en cause de la croissance.
 
 
Face à ces défis inédits et gigantesques, nombre de dirigeants au monde se tournent vers le passé. Trump veut restaurer l’industrie des années cinquante et lorgne vers Lysenko, Poutine vers l’expansionnisme d’Ivan le Terrible et en France la primaire de droite ne souffle pas un mot de tous ces enjeux ! Et les cinq années du quinquennat qui s’achève n’ont guère connu d’avancées nationales en ces matières.
 
Nous rappelons dans notre livre l’ampleur des défis auxquels nous sommes confrontés et nous proposons un certain nombre de solutions. Nous souhaitons comprendre dans quelle mesure vous les partagez :
 
1ère question : le constat reconnu ou non ?
Question préalable, connaissez-vous et reconnaissez-vous ce constat, la nouveauté et la hauteur des défis qu’il suscite ? Si oui,compte tenu des enjeux climatiques, et de l’état vieillissant du parc nucléaire national, pourquoi ne pas lancer un programme ambitieux d’énergies renouvelables impliquant sous forme coopérative citoyens et collectivités locales, en créant en outre nombre d’emplois ? Cette question recoupe celle qui vous sera posée par Dominique en termes d’investissement. Le verso de cette question est celle portant sur l’instauration d’une taxe carbone, pour dans le même temps accélérer la sortie des fossiles.
2ème question : Principe de précaution ?
Pourquoi le rejet du principe de précaution par une partie de la classe politique alors que c’est une protection bien fragile contre des substances ou des situations dangereuses ? Il aurait dû être notamment appliqué contre les néonicotinoïdes ou contre les perturbateurs endocriniens depuis longtemps et ne l’a pas été. Face aux désastres en cours en termes de déstabilisation des écosystèmes (effondrement des populations de pollinisatieurs notamment) ou aux dommages croissants en ternes de santé publique, nombreux sont ceux qui proposent la suppression de ce principe, alors que d’autres se contentent de l’ignorer dans les faits. Que comptez-vous faire en ces matières ? 
3ème question : réforme démocratique ?
La réponse aux enjeux écologiques ne peut être mise en œuvre à institutions démocratiques constantes. Elle exige en effet et une participation plus grande des citoyens et une meilleure information de ces mêmes citoyens face à des défis qu’ils ne peuvent appréhender par leurs sens. Comment concevez-vous l’évolution de nos institutions démocratiques afin de mieux répondre à ces défis nouveaux et gigantesques ? Quelles sont vos propositions concrètes dans ce domaine.

Constats et questions adressés par Dominique Méda

La plupart des responsables politiques continuent à adresser des suppliques pour que la croissance revienne « comme avant » et à considérer celle-ci comme la solution à tous nos maux. Or, en 40 ans, le taux de croissance des pays anciennement industriels s’est irrémédiablement tassé. Certains économistes comme Robert Gordon annoncent même que la croissance ne reviendra plus parce que nous ne connaitrons plus d’innovation technologiques radicales et parce que la dynamique se heurtera à des « vents contraires ». Mais la vraie question n’est pas là.
La vraie question est de savoir s’il est souhaitable que nous retrouvions des taux de croissance semblables à ceux des Trente Glorieuses alors même que nous prenons aujourd’hui conscience que la croissance a, certes, été à l’origine d’immenses bienfaits mais qu’elle a également été porteuse de maux et de dégradations tant du patrimoine naturel que de la cohésion sociale et du travail humain au point que certains auteurs proposent désormais de d’écrire Une autre histoire des Trente Glorieuses pour rendre visible le revers de la médaille.
 
Les années 1970 avaient déjà été le théâtre d’une semblable remise en cause. En juin 1972, lors d’un débat organisé par le Club du Nouvel Observateur, réunissant notamment Edmond Maire (le secrétaire général de la CFDT), Sicco Mansholt (le président de la Commission européenne), Herbert Marcuse et André Gorz, Edmond Maire affirmait : « la croissance comme but de l’économie marchande, l’idéologie de la consommation obsession, non seulement ne répondent pas aux besoins humains fondamentaux mais ne peuvent même plus être poursuivies sans conduire le monde à la catastrophe (…) Et nous contestons donc à la CFDT la conception actuelle de la croissance et son calcul, ce calcul qui élimine les services hors marché, la qualité des relations interpersonnelles, le type de conditions de travail, la valeur de l’urbanisme, mais qui par contre additionne, sans se gêner, le coût des bombes atomiques, celui des accidents de la route, et celui de la lutte anti-pollution. Au total les 5 % de croissance annuelle dont on nous parle n’ont aucun sens profond».
 
Le président de la Commission européenne n’était pas en reste qui ajoutait : « La crise actuelle du pétrole n’est qu’un heureux avertissement ! Il était évident que les sociétés industrielles ne pouvaient poursuivre leur croissance au rythme actuel. Grâce à cette crise… nous pouvons nous rendre compte de la vraie situation alors qu’il est encore temps de prendre les mesures qui s’imposent (…) Le temps est venu d’entamer une lutte sans pitié contre le gaspillage : réduire le parc automobile au strict nécessaire, et pour cela développer les transports collectifs. Lutter contre le gaspillage de chauffage en isolant les maisons. Il s’agit véritablement d’une discipline individuelle, d’un nouveau code civique ! En un mot : consommer moins de tout ! »
 
Cette forme de lucidité a été éclipsée, d’une part, en raison de la crise économique de la fin des années 70 mais aussi parce que par construction, notre indicateur fétiche, celui avec lequel nous mesurons la richesse des sociétés – le PIB – rend les dégâts invisibles. Par construction, le PIB néglige quantité d’activités essentielles à la reproduction de la société (activités bénévoles, domestiques, familiales, amicales, de loisirs…) ; il ne tient pas compte des inégalités dans la répartition de la consommation ou de la production ; il laisse dans l’ombre les évolutions des patrimoines, naturels et humains mobilisés pour fabriquer la somme des valeurs ajoutées. Tout le monde, nous dit-on, le sait, la Commission Sen-Stiglitz l’a confirmé, mais rien ne change.
 
Les fruits traditionnels de la croissance - amélioration du bien-être, création nette d’emplois et réduction des inégalités - ont disparu les uns après les autres et se sont métamorphosés en poisons : inversion du sentiment d’accroissement du bien-être, destruction nette d’emplois et intensification des inégalités. Mieux, il existe une corrélation nette entre croissance et émissions de C02 et plusieurs études montrent aujourd’hui que les objectifs du GIEC sont incompatibles avec des taux de croissance élevés, voire même que leur atteinte exige une croissance nulle sinon négative. Dans notre livre, nous montrons pourquoi cela n’est pas une mauvaise nouvelle mais peut au contraire constituer une formidable opportunité de renouer avec le plein emploi, et de conjuguer résolution de la question écologique et de la question sociale. Nous plaidons pour un changement fort, un engagement dans la reconversion écologique de la société, et nous montrons que c’est une alternative crédible.
 
Questionnement en trois volets :
 
1/ Etes vous d’accord pour dire que « le tout croissance » ne marche plus, et pour cesser de considérer que la seule solution pour sortir nos sociétés de la crise consiste à compter sur le retour de la croissance d’après-guerre. Etes vous prêts à proposer une véritable rupture avec ce discours, y compris avec la notion de croissance verte  qui est une façon de considérer qu’il est possible de concilier taux de croissance élevé et amélioration de l’environnement? Etes vous prêts à tout mettre en œuvre pour que nous poursuivions, comme le propose l’économiste Jean Gadrey, des gains de qualité et de durabilité plutôt que des gains de durabilité et pour que nous adoptions d’autres indicateurs de richesse ?
 
2/ Une des craintes liées à la remise en cause de la croissance comme seule voie possible concerne l’emploi. Sans croissance, nous dit-on, il serait impossible de créer des emplois. Etes vous prêts à reconnaître au contraire que la reconversion écologique peut être fortement créatrice d’emplois comme le montrent plusieurs études et qu’un programme massif d’investissement dans la transition écologique (reconstruction de notre système énergétique ; de notre système productif ; verdissement des processus industriels ; rénovation thermique des bâtiments, agro-écologie…) est de nature à relancer l’activité et l’emploi. Il s’agirait donc d’une forme de relance très différente d’une relance classique dans la mesure où les dépenses seraient ciblées sur l’investissement écologique mais aussi d’un usage plus intelligent des sommes que certains économistes songeaient à une époque à répandre sur le bon peuple par hélicoptère. Etes vous prêts à soutenir et promouvoir en Europe un programme du type « 1000 milliards pour le climat » tel que proposé par Jean Jouzel ou par Alain Grandjean dans notre livre.
 
3/ Contrairement à ce qui s’est passé avec les restructurations industrielles en Europe ces quarante dernières années, où des pans entiers de la population ont été sacrifiés, il nous faudra défendre l’idée, proposée par la CSI d’une « transition juste » permettant que les travailleurs des secteurs en déclin ne soient pas exclus. Que proposez vous comme solution pour eux : programme massif de requalification ? Revenu de base ? Réduction du temps de travail ? 
 
 
 

 

climat

Climat : la Commission européenne prend le mauvais cap

Quelques jours après la COP 22, la Commission européenne a publié le 30 novembre ses propositions législatives (son “Paquet d’hiver”) comprenant la révision des directives sur les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, la gouvernance énergétique, ainsi que sur le marché de l’énergie pour l’après 2020. Des textes cruciaux qui serviront de boussole dans la mise en œuvre de la transition énergétique en Europe et sur lesquels certaines associations, comme la Fondation Nicolas Hulot, émettent d'importantes réserves.
 
La Commission européenne vient de présenter un "paquet" de propositions de modifications de directives relatives à l'énergie. Un ensemble qui actualise les objectifs et moyens définis en 2009. En octobre 2014, le Conseil européen a approuvé le cadre d’action de l’UE en matière de climat et d’énergie à l’horizon 2030, qui fixe les objectifs d’au moins 40% de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, de 27 % pour la part d’énergies renouvelables et de 27 % pour l’amélioration de l’efficacité énergétique.
La Commission avait déjà présenté certaines propositions, notamment en 2015 avec sa proposition de réforme du système d’échange de quotas d’émissions (SEQE). A l’été 2016, la Commission a présenté plusieurs propositions visant à accélérer la transition vers de faibles émissions de carbone dans certains secteurs. Des propositions législatives relatives à l’organisation du marché de l’électricité, à l’efficacité énergétique, aux énergies renouvelables et à la gouvernance de l’union de l’énergie. Ce « paquet européen sur l’énergie propre » vise à compléter ce cadre juridique.
 
Ayant pris connaissances des différents projets de directives, la Fondation Nicolas Hulot avec le Réseau Action Climat, le WWF France, France Nature Environnement et le CLER, dénoncent le cap fixé par la Commission européenne, incompatible avec celui donné par l’accord de Paris. Manque d’ambition sur les directives, échec du marché carbone, incapacité à investir massivement dans la transition, difficulté à garantir une transition juste, politique commerciale non climato-incompatible, la Commission s'apprête à plonger son système énergétique dans le formol, faute d'accord sur la formule d’une transition réussie.
L’Europe est-elle réellement prête à tirer un trait sur les bénéfices économiques et les emplois qu’apporterait un leadership fort dans la transition énergétique, dans l’espoir de préserver une économie fossilisée ?

Des directives incohérentes avec l’Accord de Paris

Pour tenir l’objectif de limiter le réchauffement climatique sous les 1,5°C, l’Union Européenne doit accélérer ses investissements dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. Pour cela, il faut un cap clair avec des objectifs ambitieux et des règles cohérentes. C’est tout le contraire que se proposent de faire ces projets de directives sur les énergies renouvelables : en fixant un objectif de seulement 27 % de renouvelables en 2030 (l’Europe atteindrait 24 % sans nouvelles politiques), en menaçant de supprimer l'accès prioritaire au réseau et certains mécanismes de soutien pour ces énergies, en autorisant les subventions déguisées aux énergies fossiles et en n’adoptant pas les règles de gouvernance adéquates.
Sur l’efficacité énergétique, il faudrait viser 40 %, et non 30 %, à horizon 2030. Si le texte est moins mauvais sur ce point, il ne permet pas d’avancées sur des questions clés : le financement de la rénovation énergétique, l’introduction d’objectifs sectoriels contraignants ou encore la séparation contractuelle entre fourniture d’énergies et services d’efficacité énergétique. Enfin sur les transports, considérer que les agrocarburants de première génération devraient contribuer à 3,8 % de l’objectif d'énergies renouvelables global est une aberration, compte tenu de leur impact néfaste lié au changement d’affectation des sols indirect. L’UE devrait au contraire prévoir d’en sortir à horizon 2030.

Une politique européenne globalement à contre-courant

Les financements pour la transition énergétique et le climat peinent à devenir une priorité au niveau européen, notamment dans le cadre du Plan Juncker, dont l’objectif de consacrer 20% des investissements au climat semble aujourd’hui hors d'atteinte et l’objectif de consacrer 20% de ses dépenses au climat à horizon 2020 est encore loin. La réforme engagée du marché du carbone EU-ETS risque fort de se résumer à un coup d’épée dans l’eau. La politique commerciale, à l’image du CETA UE-Canada, demeure incompatible avec l’accord de la COP21, plutôt que de se mettre à son service en contribuant à accélérer une transition juste.
 
Aujourd’hui, l’Union Européenne doit choisir : réformer en profondeur sa politique pour saisir les opportunités du monde de demain ou se condamner à subir la fin du monde d’hier. En un mot : accord de Paris, cap ou pas cap ?
 
Pour aller plus loin, voici la réaction détaillée des ONG suite à la lecture des propositions législatives faites par la commission européenne.
 
(Source : Fondation Nicolas Hulot – 02/12/2016)
 

 

climat

Climat : l’Europe est-elle sur le point de baisser les bras ?

Alors que le climatosceptique Donald Trump s’apprête à prendre les rênes des Etats-Unis, l’Europe se retrouve seule gardienne des engagements pris par la communauté internationale lors de la COP21 puis 22. Remplira-t-elle réellement son rôle ? Rien n’est moins sûr. En effet, la Commission européenne présentait ce mercredi une série de propositions destinées à mettre en œuvres les résolutions prises dans le cadre de l'accord de Paris. Des mesures qui promettent d'âpres négociations entre les États membres, avec pour objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre de l'UE de 40% d'ici 2030. Des ONG s'alarment, car les textes qui ont fuité ces derniers jours fixent selon elles un cap « incompatible avec celui donné par l'accord de Paris ».
 
La Commission européenne a dévoilé ce mercredi 30 novembre une panoplie de propositions pour réorganiser le marché de l'énergie, en particulier renouvelable, avec en ligne de mire les engagements pris au sein de l'accord de Paris sur le climat. Économies d'énergie, part des énergies renouvelables dans la production d'électricité, connexion au réseau, gouvernance : très attendue depuis plusieurs mois, la révision de pas moins de huit législations communautaires (1.000 pages) promet d'âpres négociations dans un secteur qui reste sensible pour les États membres.
 
Avec l'accord de Paris, l'UE s'est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 40% d'ici 2030. Mais elle s'est aussi fixé, en octobre 2014, deux autres objectifs : 20% d'énergies renouvelables dans la production d'électricité en 2020, puis au moins 27% en 2030. Et de 20% à au moins 27% pour les économies d'énergie dans les mêmes délais.
 
Dans la bataille pour la réduction des émissions de CO2, "les politiques les plus couronnées de succès ont été les énergies renouvelables et les économies d'énergie", a soutenu mardi le député européen des Verts Bas Eickhout lors d'un point presse.
 
La régulation des industries lourdes au travers du marché européen du carbone (ETS) peine en effet à démontrer son efficacité, plombée par des surplus de quotas ayant fait chuter le prix de la tonne de carbone à des niveaux qui ne dissuadent pas vraiment les pollueurs. "Avec le prix de gros de l'électricité en Europe actuellement à ses niveaux les plus bas depuis des décennies, et qui continuent de se replier, attirer les investissements pour moderniser notre système électrique pose problème", admettait récemment le commissaire européen chargé de l'Action pour le climat, Miguel Arias Canete, lors d'un discours à l'institut Bruegel de Bruxelles.
 
Atteindre un pourcentage d'efficacité énergétique de 30% pourrait injecter 70 milliards d'euros dans l'économie et créer 400.000 emplois, avait-il relevé. De son côté, le Parlement européen a appelé à plusieurs reprises l'UE à relever ce seuil à 40%.
 
Dans son paquet de propositions législatives présenté mercredi, qui promet d'être dense, la Commission s'attaquera donc à faciliter de nouvelles économies d'énergie, en suggérant par exemple d'étendre sa directive sur l'éco-conception à de nouveaux produits comme les bouilloires et les panneaux solaires ou en promouvant la performance énergétique des bâtiments.
 
Mais les inquiétudes des défenseurs de l'environnement, qui ont multiplié les interventions en amont des annonces de l'exécutif européen, portent surtout sur la gouvernance et l'organisation du marché de l'électricité et la priorité donnée - ou pas - aux énergies renouvelables. "Il est crucial d'assurer que les éléments du système faits pour durer, en particulier les systèmes de transmission électrique et l'infrastructure de distribution, soient conçus pour permettre l'augmentation des volumes d'énergies renouvelables", plaide ainsi l'ONG Climate Action Network Europe.
 
« Le cap fixé par la Commission n’est vraiment pas compatible avec le chemin des 2°C fixé par l’accord de Paris, insistait mardi Denis Voisin, le porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot (FNH) lors d’une conférence de presse commune. En l’état actuel des textes, les lobbys des énergies fossiles, du nucléaire et des agrocarburants ont gagné : la Commission s’apprête à plonger le système énergétique européen dans le formol. Cela confirme et illustre la politique européenne menée ces dernières années : insuffisance des financements pour la transition énergétique et le climat et politique commerciale incompatible avec l’accord de Paris, par exemple avec le CETA ».
 
Les spécialistes Énergie du centre d'analyse Eurasia Group estiment, en se basant sur les éléments qui ont fuité dans la presse et sur internet, que les réformes proposées "indiquent un engagement décroissant à l'agenda environnemental historiquement ambitieux de l'Europe". Dans ses projets, la Commission semble par exemple vouloir adopter au niveau européen le principe de "mécanisme de capacité", qui permet de compenser des producteurs d'électricité qui gardent opérantes des capacités de production nécessaires pour franchir les pics de consommation, mais pas forcément rentables. Plusieurs pays, dont la France et le Royaume-Uni, se sont déjà dotés d'un tel mécanisme au niveau national.
 
Une approche "neutre" de ce principe en termes de source d'énergie devrait favoriser le maintien en fonctionnement de centrales charbon ou gaz, selon les analystes. Une forme de cadeau déguisé aux lobbies des industries fossiles. Autre source d'inquiétude pour certains, l'absence redoutée d'objectifs par État contraignants pour les nouveaux engagements pris entre 2020 et 2030.
 
« L’Europe est à l’heure des choix, renchérit dans Libération Célia Gautier, responsable des politiques européennes au Réseau Action Climat (RAC). Soit elle prend le chemin d’une économie proactive, à l’instar de la Chine, soit celui d’une économie qui s’enfonce dans les énergies du passé, tandis que le monde entier développe les énergies renouvelables. Avec ces textes, la Commission semble faire le choix des énergies du passé. »
 
Source : AFP
 

 

Global warming

Trump veut arrêter toutes les recherches de la NASA sur le changement climatique

Donald Trump a plusieurs fois déclaré au cours de sa campagne vouloir mener le combat contre ce qu’il appelle « la science politisée ». Au premier rang de cette science figure à ses yeux les recherches sur le changement climatique dont il affirmait qu’il est un « canular ». Dans cette bataille, Trump vient de déclarer vouloir arrêter les recherches menées par la NASA sur le climat et réorienter l’agence vers des recherches plus fondamentales sur l’« espace profond ». Inutile de dire que cette annonce crée un immense émoi dans la communauté scientifique internationale.
 
La division sciences de la Terre de la NASA pourrait être dépouillée de ses financements au profit de l’exploration de l’espace profond. Tel serait le souhait du quarante-cinquième président des États-Unis. Cette décision signifierait un coup d’arrêt à la renommée mondiale de la NASA en matière de recherche sur l’évolution des températures, les analyses de la glace, des nuages et autres phénomènes climatiques. Le réseau de satellites fournit en effet une masse considérable d’informations sur le changement climatique. Le budget qui devait être alloué à cette activité devait croître de 2 milliards de dollars l’année prochaine. À titre de comparaison, le budget de l’exploration spatiale n’est que de 2.8 milliards de dollars pour 2017.
 
Bob Walker, un des conseillers influents de Donald Trump pendant sa campagne, avait estimé que la NASA n’a pas à s’occuper de ce qu’il appelle « la surveillance environnementale politiquement correcte ». Il déclarait au Guardian : « Nous voyons la NASA dans un rôle d’exploration de l’espace ». Il poursuivait, « les sciences de la Terre seraient mieux placées dans des organismes dont c’est la mission première ». Selon lui, « la recherche sur le climat est nécessaire mais elle a été fortement politisée, ce qui a miné une grande partie du travail des chercheurs ».
 
Rappelons que pendant sa campagne, Donald Trump avait déclaré que le changement climatique était un « canular » dont la source doit être trouvée chez les Chinois qui rechercheraient ainsi un moyen d’affaiblir l’industrie américaine. Mardi dernier, Donald Trump tempérait ces propos en avouant reconnaître « une certaine relation » entre les activités humaines et le climat.
 
Bien que les preuves que la combustion de minerais fossiles et la déforestation provoquant la libération de gaz à effet de serre soient accablantes, le conseiller climat de Donal Trump n’hésite pas à asséner : « le rôle de l’activité humaine est une opinion partagée par à peine la moitié des climatologues dans le monde. Or nous avons besoin de la bonne science pour nous dire ce qu’est la réalité. La science pourrait le faire si les politiciens n’interféraient pas dans ses recherches ».
 
Inutile de dire que ces propos provoquent une grande tension dans la communauté scientifique en général et de la NASA en particulier. Ces derniers craignent en effet que leur travail soit mis sur la touche dans un contexte où les industries fossiles reviennent, avec la nouvelle administration, à l’ordre du jour. Pour Kevin Trenberth, chercheur principal au Centre national de recherche atmosphérique qui se confiait au Guardian : « l’élimination des sciences de la Terre serait un revers majeur sinon dévastateur ». Il ajoute « Cela pourrait nous ramener aux âges sombres de l’ère pré-satellites ». La plupart des scientifiques voient dans cette décision la volonté du président nouvellement élu de céder aux lobbies de l’industrie, alors qu’il les avait raillés pendant toute sa campagne.
 
 

 

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