UP' Magazine L'innovation pour défi

climat

Climat : l’Europe est-elle sur le point de baisser les bras ?

Alors que le climatosceptique Donald Trump s’apprête à prendre les rênes des Etats-Unis, l’Europe se retrouve seule gardienne des engagements pris par la communauté internationale lors de la COP21 puis 22. Remplira-t-elle réellement son rôle ? Rien n’est moins sûr. En effet, la Commission européenne présentait ce mercredi une série de propositions destinées à mettre en œuvres les résolutions prises dans le cadre de l'accord de Paris. Des mesures qui promettent d'âpres négociations entre les États membres, avec pour objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre de l'UE de 40% d'ici 2030. Des ONG s'alarment, car les textes qui ont fuité ces derniers jours fixent selon elles un cap « incompatible avec celui donné par l'accord de Paris ».
 
La Commission européenne a dévoilé ce mercredi 30 novembre une panoplie de propositions pour réorganiser le marché de l'énergie, en particulier renouvelable, avec en ligne de mire les engagements pris au sein de l'accord de Paris sur le climat. Économies d'énergie, part des énergies renouvelables dans la production d'électricité, connexion au réseau, gouvernance : très attendue depuis plusieurs mois, la révision de pas moins de huit législations communautaires (1.000 pages) promet d'âpres négociations dans un secteur qui reste sensible pour les États membres.
 
Avec l'accord de Paris, l'UE s'est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 40% d'ici 2030. Mais elle s'est aussi fixé, en octobre 2014, deux autres objectifs : 20% d'énergies renouvelables dans la production d'électricité en 2020, puis au moins 27% en 2030. Et de 20% à au moins 27% pour les économies d'énergie dans les mêmes délais.
 
Dans la bataille pour la réduction des émissions de CO2, "les politiques les plus couronnées de succès ont été les énergies renouvelables et les économies d'énergie", a soutenu mardi le député européen des Verts Bas Eickhout lors d'un point presse.
 
La régulation des industries lourdes au travers du marché européen du carbone (ETS) peine en effet à démontrer son efficacité, plombée par des surplus de quotas ayant fait chuter le prix de la tonne de carbone à des niveaux qui ne dissuadent pas vraiment les pollueurs. "Avec le prix de gros de l'électricité en Europe actuellement à ses niveaux les plus bas depuis des décennies, et qui continuent de se replier, attirer les investissements pour moderniser notre système électrique pose problème", admettait récemment le commissaire européen chargé de l'Action pour le climat, Miguel Arias Canete, lors d'un discours à l'institut Bruegel de Bruxelles.
 
Atteindre un pourcentage d'efficacité énergétique de 30% pourrait injecter 70 milliards d'euros dans l'économie et créer 400.000 emplois, avait-il relevé. De son côté, le Parlement européen a appelé à plusieurs reprises l'UE à relever ce seuil à 40%.
 
Dans son paquet de propositions législatives présenté mercredi, qui promet d'être dense, la Commission s'attaquera donc à faciliter de nouvelles économies d'énergie, en suggérant par exemple d'étendre sa directive sur l'éco-conception à de nouveaux produits comme les bouilloires et les panneaux solaires ou en promouvant la performance énergétique des bâtiments.
 
Mais les inquiétudes des défenseurs de l'environnement, qui ont multiplié les interventions en amont des annonces de l'exécutif européen, portent surtout sur la gouvernance et l'organisation du marché de l'électricité et la priorité donnée - ou pas - aux énergies renouvelables. "Il est crucial d'assurer que les éléments du système faits pour durer, en particulier les systèmes de transmission électrique et l'infrastructure de distribution, soient conçus pour permettre l'augmentation des volumes d'énergies renouvelables", plaide ainsi l'ONG Climate Action Network Europe.
 
« Le cap fixé par la Commission n’est vraiment pas compatible avec le chemin des 2°C fixé par l’accord de Paris, insistait mardi Denis Voisin, le porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot (FNH) lors d’une conférence de presse commune. En l’état actuel des textes, les lobbys des énergies fossiles, du nucléaire et des agrocarburants ont gagné : la Commission s’apprête à plonger le système énergétique européen dans le formol. Cela confirme et illustre la politique européenne menée ces dernières années : insuffisance des financements pour la transition énergétique et le climat et politique commerciale incompatible avec l’accord de Paris, par exemple avec le CETA ».
 
Les spécialistes Énergie du centre d'analyse Eurasia Group estiment, en se basant sur les éléments qui ont fuité dans la presse et sur internet, que les réformes proposées "indiquent un engagement décroissant à l'agenda environnemental historiquement ambitieux de l'Europe". Dans ses projets, la Commission semble par exemple vouloir adopter au niveau européen le principe de "mécanisme de capacité", qui permet de compenser des producteurs d'électricité qui gardent opérantes des capacités de production nécessaires pour franchir les pics de consommation, mais pas forcément rentables. Plusieurs pays, dont la France et le Royaume-Uni, se sont déjà dotés d'un tel mécanisme au niveau national.
 
Une approche "neutre" de ce principe en termes de source d'énergie devrait favoriser le maintien en fonctionnement de centrales charbon ou gaz, selon les analystes. Une forme de cadeau déguisé aux lobbies des industries fossiles. Autre source d'inquiétude pour certains, l'absence redoutée d'objectifs par État contraignants pour les nouveaux engagements pris entre 2020 et 2030.
 
« L’Europe est à l’heure des choix, renchérit dans Libération Célia Gautier, responsable des politiques européennes au Réseau Action Climat (RAC). Soit elle prend le chemin d’une économie proactive, à l’instar de la Chine, soit celui d’une économie qui s’enfonce dans les énergies du passé, tandis que le monde entier développe les énergies renouvelables. Avec ces textes, la Commission semble faire le choix des énergies du passé. »
 
Source : AFP
 

 

Global warming

Trump veut arrêter toutes les recherches de la NASA sur le changement climatique

Donald Trump a plusieurs fois déclaré au cours de sa campagne vouloir mener le combat contre ce qu’il appelle « la science politisée ». Au premier rang de cette science figure à ses yeux les recherches sur le changement climatique dont il affirmait qu’il est un « canular ». Dans cette bataille, Trump vient de déclarer vouloir arrêter les recherches menées par la NASA sur le climat et réorienter l’agence vers des recherches plus fondamentales sur l’« espace profond ». Inutile de dire que cette annonce crée un immense émoi dans la communauté scientifique internationale.
 
La division sciences de la Terre de la NASA pourrait être dépouillée de ses financements au profit de l’exploration de l’espace profond. Tel serait le souhait du quarante-cinquième président des États-Unis. Cette décision signifierait un coup d’arrêt à la renommée mondiale de la NASA en matière de recherche sur l’évolution des températures, les analyses de la glace, des nuages et autres phénomènes climatiques. Le réseau de satellites fournit en effet une masse considérable d’informations sur le changement climatique. Le budget qui devait être alloué à cette activité devait croître de 2 milliards de dollars l’année prochaine. À titre de comparaison, le budget de l’exploration spatiale n’est que de 2.8 milliards de dollars pour 2017.
 
Bob Walker, un des conseillers influents de Donald Trump pendant sa campagne, avait estimé que la NASA n’a pas à s’occuper de ce qu’il appelle « la surveillance environnementale politiquement correcte ». Il déclarait au Guardian : « Nous voyons la NASA dans un rôle d’exploration de l’espace ». Il poursuivait, « les sciences de la Terre seraient mieux placées dans des organismes dont c’est la mission première ». Selon lui, « la recherche sur le climat est nécessaire mais elle a été fortement politisée, ce qui a miné une grande partie du travail des chercheurs ».
 
Rappelons que pendant sa campagne, Donald Trump avait déclaré que le changement climatique était un « canular » dont la source doit être trouvée chez les Chinois qui rechercheraient ainsi un moyen d’affaiblir l’industrie américaine. Mardi dernier, Donald Trump tempérait ces propos en avouant reconnaître « une certaine relation » entre les activités humaines et le climat.
 
Bien que les preuves que la combustion de minerais fossiles et la déforestation provoquant la libération de gaz à effet de serre soient accablantes, le conseiller climat de Donal Trump n’hésite pas à asséner : « le rôle de l’activité humaine est une opinion partagée par à peine la moitié des climatologues dans le monde. Or nous avons besoin de la bonne science pour nous dire ce qu’est la réalité. La science pourrait le faire si les politiciens n’interféraient pas dans ses recherches ».
 
Inutile de dire que ces propos provoquent une grande tension dans la communauté scientifique en général et de la NASA en particulier. Ces derniers craignent en effet que leur travail soit mis sur la touche dans un contexte où les industries fossiles reviennent, avec la nouvelle administration, à l’ordre du jour. Pour Kevin Trenberth, chercheur principal au Centre national de recherche atmosphérique qui se confiait au Guardian : « l’élimination des sciences de la Terre serait un revers majeur sinon dévastateur ». Il ajoute « Cela pourrait nous ramener aux âges sombres de l’ère pré-satellites ». La plupart des scientifiques voient dans cette décision la volonté du président nouvellement élu de céder aux lobbies de l’industrie, alors qu’il les avait raillés pendant toute sa campagne.
 
 

 

changement climatique

Boire l'eau des nuages grâce à l'ONG Dar Si Hmad

Dar Si Hmad, une ONG menée par des femmes au Maroc, vient de remporter le prix "Élan des Nations unies pour le changement climatique" pour son projet qualifié de "plus grand système de récolte d'eau de brouillard opérationnel du monde", lors d’une cérémonie de l’ONU à l’occasion de la COP22 de Marrakech.
Dar Si Hmad a en effet conçu et installé un programme de « recyclage » du brouillard : une solution novatrice au stress hydrique persistant dans une région où le brouillard est abondant ; une technique inspirée de pratiques ancestrales de récolte d'eau de rosée. Le projet Dar Si Hmad fournit une eau potable accessible à plus de 400 personnes dans cinq villages.
 
La cérémonie de remise des prix aux lauréats des Activités Phare de l’initiative Momentum For Change s’est tenue ce mercredi 16 novembre au soir dans la salle Fès de la Zone Bleue du village de la COP22 à Bab Ighli. Treize initiatives du monde entier qui changent la donne ont été annoncées aujourd'hui en tant que gagnantes du Prix sur le changement climatique Momentum for Change des Nations Unies. Le Secrétaire Général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, était présent à l’événement aux côtés de Bertrand Piccard, pilote de l’avion solaire Solar Impulse.
L’initiative Momentum for Change est menée par le secrétariat de l'ONU sur les changements climatiques pour mettre en lumière quelques-uns des exemples les plus novateurs, évolutifs et reproductibles de ce que les gens font pour lutter contre le changement climatique. L'annonce d'aujourd'hui fait partie d’efforts plus vastes visant à mobiliser l'action et l'ambition tandis que les gouvernements nationaux travaillent à la mise en œuvre de l'Accord de Paris sur les changements climatiques et les Objectifs de développement durable.
 
 
« La dynamique des Activités Phares souligne que l'action climatique et le développement durable se construisent à tous les niveaux de la société, allant d’initiatives à l'échelle nationale à d’autres au sein des communautés, menées par les entreprises et les villes du monde entier », a déclaré la Secrétaire exécutive de la CCNUCC Patricia Espinosa. « En présentant ces exemples remarquables de créativité et de changement transformationnel, ainsi que les gens extraordinaires derrière ceux-ci, nous pouvons inciter chacun à devenir un accélérateur vers le genre d'avenir que nous voulons tous et dont nous avons besoin ».
Bertrand Piccard, qui était le maître de cette cérémonie, a affirmé que« Les énergies renouvelables sont le marché du 21e siècle, celui qui va générer de l’emploi, du profit et de la croissance verte », ajoutant que« Désormais nous n’avons plus besoins d’être écologiques, il nous suffit d’être logiques ».

Le programme Dar Si Hmad

Ce projet unique de récolte d’eau de brouillard, qui porte le nom d’un résistant marocain contre la colonisation espagnole, est le résultat d’une initiative locale de participation à l’effort d’adaptation au changement climatique, qui se traduit par la fourniture d’une eau provenant d’une source écologique afin de combattre les effets de la désertification. Dans cette région, les pluies sont rares mais un épais manteau de brume recouvre plus de neuf mois par an les cimes dès 700 m d'altitude. « Pendant des années, les villageois se sont demandé comment transformer cette humidité en eau, raconte Salah de l'association au journal Le ParisienIls l'appelaient Anzar Imoutne : eau morte en arabe. »
 
 
L’eau de rosée est collectée pour être transformée en eau potable au profit de la population de la commune de Tnin Amellou, dans les environs de Sidi Ifni au sud-ouest du Maroc. Le système appelé "cloud fishing " consiste à emprisonner des gouttelettes d’eau dans 600m² de filets capteurs en polypropylène pour récolter l’eau de brouillard pour les stocker ensuite dans sept citernes d’une capacité de 539 m3. Le liquide y est mélangé à de l'eau souterraine (30 %) pour s'enrichir en minéraux pour être ensuite écoulé via plus de 10 000 m de canalisations vers les foyers des villages environnants :  6 300 litres d'eau sont ainsi récoltés chaque jour et approvisionnent 80 foyers à raison de 25 à 30 litres par personne et par jour.
 
Le principe du captage de l’eau de brouillard doit obéir à trois paramètres : il faut avant tout être dans une région sujette à beaucoup de brouillard, puis il faut être dans une zone anticyclonique proche d’un océan avec une eau froide et enfin, il faut disposer d’un relief, un obstacle naturel, généralement une montagne assez haute, entre 500 et 600 mètres au-dessus du niveau de la mer.
 
L’histoire a commencé en 2006, avec le lancement d’une première expérience d’évaluation du potentiel hydrique au sommet du mont Boutmezguida. En 2011, les résultats de la période exploratoire sont validés, ce qui permet de construire les 600 m² de filets au sommet de la montagne de Boutmezguida, à 1225 m d’altitude.
En novembre 2014 c’est le lancement de la phase expérimentale avec des partenaires, dont la Fondation allemande Eau (Wasserstiftung). En mars 2015, le projet est officiellement inauguré.
Une nouvelle génération de filets capteurs de brouillard va permettre de relier 8 autres villages au réseau dès janvier 2017, avec 1 700 m² de filets pour 37 400 litres par jour. Cela permettra aux habitants d’économiser de l’argent en évitant l'achat auprès des camions citernes et surtout les longues marches qu’ils enduraient pour aller chercher de l’eau, souvent très loin, par tous les temps.

LIRE AUSSI DANS UP' : Comment obtenir de l'eau douce à partir de rien

L’ONG  a une mission : assurer des moyens de subsistance durables et créer des opportunités auprès des communautés à faibles revenus afin de les aider à apprendre et à prospérer. Avec comme action première une éducation environnementale, afin de promouvoir une meilleure compréhension et gestion des ressources naturelles. Ils situent leurs actions comme l'intersection entre un savoir ancestral du monde naturel et des avancées d’une science contemporaine éclairée, celle-là même qui fait de la protection de la biodiversité et de la vie sur terre, une priorité ultime.
 
Les Activités Phare 2016 ont été sélectionnées par un Comité consultatif international dans le cadre de l'initiative Momentum for Change du secrétariat, qui fonctionne en partenariat avec le Projet mondial du Forum économique mondial sur les changements climatiques et l'Initiative Global e-Sustainabilit
 

 

COP22-Marrakech

COP22 : la mise en action de l’accord de Paris se joue à Marrakech

En entérinant un nouveau régime multilatéral sur le climat, l’Accord de Paris a impulsé une dynamique inédite, à travers ses objectifs ambitieux : orienter les pays vers des trajectoires de développement bas-carbone et résilientes au changement climatique ; passer à une économie mondiale neutre en émissions de gaz à effet de serre avant la fin du siècle ; enfin, canaliser les flux financiers ainsi requis pour une reconfiguration profonde des économies.

Une telle ambition suppose faire converger dès maintenant l’ensemble des acteurs vers ces objectifs. La COP22, dite « COP de l’action », peut et doit y contribuer.

Sur la lancée de la COP21

L’Accord de Paris apportait un signal fort, et la dynamique de sa ratification a été surprenante par sa rapidité. Qui aurait pu imaginer, le 12 décembre 2015, que ce texte, déjà signé par 97 États responsables de plus des deux-tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre, entrerait en vigueur le 4 novembre 2016, juste avant le démarrage de la COP22 ? C’est le traité international le plus rapidement entré en vigueur de l’Histoire.

Il fournit avant tout un cadre à long terme pour l’action dans la lutte contre le changement climatique. Mais il convient désormais de le nourrir afin de mobiliser l’action de l’ensemble des États et des acteurs non-étatiques, et cela sans attendre 2020, date de fin de la deuxième période d’engagement du protocole de Kyoto.

La climatologue Valérie Masson-Delmotte revient sur l’Accord de Paris (universcience.tv, 2016).
 

Au terme des deux semaines de la COP22, la réussite du sommet pourra se juger à l’aune des avancées sur sept enjeux principaux.

Trois de ces enjeux relèvent directement de la responsabilité de la présidence marocaine et des négociateurs mandatés par les différents États. Mais les quatre autres relèvent de la mobilisation des acteurs non-étatiques dans le cadre de l’Agenda mondial de l’action climatique, auquel les deux « championnes de haut niveau » Laurence Tubiana et Hakima El Haite apportent leur contribution.

1. Fixer des objectifs universels

Premier enjeu pour les négociateurs, et en particulier la présidence marocaine : maintenir le caractère universel de l’Accord de Paris, qui en fixant les mêmes objectifs à tous les États, développés et en développement, les inclut dans un régime commun, même si celui-ci demeure différencié en fonction des circonstances nationales.

La ratification rapide – et inespérée – des États permet à l’Accord de Paris d’entrer en vigueur avant le début de la COP22 et donc la première conférence des Parties à l’Accord de Paris doit se tenir concomitamment, avec pour objectif de déboucher sur un paquet de décisions à adopter en 2018, lors de la COP24.

Cela signifie que les États qui n’ont pas encore ratifié l’Accord de Paris (au sein du G20 par exemple, cela concerne l’Australie, le Japon, la Russie et la Turquie) ne peuvent pas participer formellement à la prise de décision dans le cadre de l’Accord, mais qu’ils devront néanmoins être associés aux discussions, afin d’éviter des remises en cause ultérieures.

Hakima El Haite, la ministre marocaine de l’Environnement, et Laurence Tubiana, ambassadrice française chargée des négociations sur le changement climatique. UNclimatechange/Flickr

2. Concrétiser l’aide aux pays en développement

Deuxième enjeu : les détails des moyens promis aux pays en développement, pour les aider à atteindre leurs objectifs dans le cadre de l’Accord de Paris, demandent à être précisés.

Il s’agit notamment des outils et moyens visant : au renforcement des capacités de ces pays en développement pour l’atteinte des objectifs ; à la mobilisation de flux financiers internationaux s’élevant au minimum à 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 ; à la mise en œuvre des politiques nationales contenues dans les engagements volontaires des États, maintenant appelés Nationally Determined Contributions ; enfin, à la stimulation des transferts de technologies.

3. Évaluer les avancées

Troisième et dernier enjeu de taille pour les négociateurs : entamer les discussions sur la construction du cadre de transparence dans lequel s’inscrivent désormais l’ensemble des acteurs, et qui doit permettre de faire, au fil du temps, un état des lieux des avancées par rapport aux objectifs de l’Accord de Paris.

Ce cadre de transparence devra s’appuyer sur des indicateurs pertinents, relatifs évidemment aux inventaires d’émissions de gaz à effet de serre des États, mais aussi aux politiques mises en œuvre et aux transformations sectorielles obtenues. Ce cadre de transparence est essentiel, car il permettra d’informer et de guider l’action des États, mais également celle des acteurs non-étatiques.

Cette transparence constitue à la fois le gage du respect des engagements actuels et le principal moteur du renforcement de l’ambition des actions climatiques, qui demeure indispensable pour rester en dessous de 2 °C d’augmentation de la température moyenne.

4. Soutenir les initiatives territoriales

Tout au long de la COP22, les initiatives et engagements des acteurs non-étatiques, soutenus le cas échéant par les États, viendront nourrir l’agenda mondial de l’action climatique. Cette mobilisation non-étatique s’articule autour de quatre types d’acteurs.

Première mobilisation à confirmer, celle des collectivités territoriales. Fer de lance de la transition vers des économies bas-carbone, aux premières loges pour les questions liées à l’accès à l’énergie ou aux transports, mais aussi à l’adaptation et à la résilience des territoires, les collectivités territoriales – ou pour utiliser la terminologie anglo-saxonne, les acteurs infranationaux – ont vu leur rôle reconnu dans le cadre de l’Accord de Paris.

Les réseaux et coalitions de ces acteurs (ICLEI, Cités et Gouvernements locaux unis, C40, Cities Climate Finance Leadership Alliance…) regroupent des collectivités de tailles diverses, allant de quelques milliers d’habitants jusqu’à la Californie, sixième économie du monde. Leur plus petite taille et les projets cohérents « de territoire » qu’ils peuvent construire autour de la transition énergétique leur permet d’amplifier l’action des États.

La lutte contre changement climatique est par ailleurs inscrite dans le nouvel agenda urbain adopté à Quito il y a quelques semaines lors de la Conférence Habitat III.

5. Impliquer le secteur financier

Deuxième communauté à impliquer : celles des acteurs du secteur financier, qu’ils soient assureurs, investisseurs, gestionnaires d’actifs, banquiers, régulateurs. Peu présents sur ces questions il y a encore cinq ans, ces acteurs ont également vu leur rôle souligné par l’Accord de Paris, avec son objectif « d’alignement des flux financiers » sur les objectifs climatiques.

Les coalitions ont également fleuri (Portfolio Decarbonization Coalition, Global Investor Coalition on Climate Change, 5 Voluntary Principles for Climate Mainstreaming…), invitant les institutions signataires à évaluer et publier leur exposition au risque carbone, à réduire l’empreinte carbone de leur portefeuille, à engager un dialogue actionnarial ou encore à « désinvestir » des énergies fossiles.

Les événements en amont de la COP (Climate Finance Day, IDFC Climate Finance Forum) ou au cours de celle-ci permettront à ces acteurs de présenter leurs avancées et de renforcer leurs engagements.

6. Instaurer des prix du carbone

Troisième mobilisation d’acteurs à conforter, même si elle est plus protéiforme : celle des entreprises mettant en place des prix internes du carbone, afin d’orienter les comportements et les investissements de leurs cadres, chercheurs, salariés, clients, prestataires… Ces prix internes du carbone permettent aux entreprises d’anticiper et parfois de compléter les prix du carbone mis en place par les États.

 

Carte des marchés carbone et autres mécanismes de tarification du carbone existants ou à l’étude dans le monde. I4CE (2016), Author provided

Mettre en place des prix du carbone ne constitue pas l’alpha et l’oméga de la transition vers une économie bas-carbone, mais c’en est une condition nécessaire. Cet outil a été popularisé au niveau des entreprises, des collectivités territoriales et des États par un certain nombre d’initiatives menées notamment par les Nations unies ou par la Banque mondiale (Carbon Disclosure Project, Business Leadership on Carbon Pricing, Carbon Pricing Leadership Coalition…).

7. Repenser l’agriculture

Quatrième et dernière coalition, stratégiquement importante : celle relative aux engagements et actions autour de l’initiative « Triple A – Adaptation de l’agriculture africaine ». Cette initiative, portée notamment par le pays hôte de la COP22, est doublement intéressante.

D’une part, le changement climatique menace particulièrement l’agriculture, souvent fragile, de ce continent. Ensuite, la perspective d’un monde neutre en émissions de gaz à effet de serre ouvre pour l’agriculture, pour les nouvelles pratiques dans l’utilisation des terres et enfin pour les sources d’énergie et matériaux biosourcés un vaste champ de possibilités nouvelles.

Ces opportunités doivent être gérées de manière coordonnée et s’appuyer aussi sur l’initiative « 4 pour 1 000 » (augmenter de 4 pour 1 000 la capacité de stockage du carbone dans les sols), présentée par la France l’an dernier à la COP21.

Le projet « 4 pour 1000 » (Alim’agri, 2015).

Pas de temps pour les temps morts

Pour remplir son mandat de « COP de l’action », la Conférence de Marrakech devra donc déboucher sur des progrès significatifs sur ces sept enjeux. Cela afin de renforcer la crédibilité de l’Accord de Paris, tout en amplifiant sa capacité à mobiliser tous les acteurs.

Cela pourrait passer, au-delà des engagements individuels des différents acteurs, par un accord à Marrakech sur une feuille de route contribuant dès maintenant à conforter l’agenda mondial de l’action climatique, et permettant aux négociateurs d’arriver à des décisions sur ce terrain au plus tard en 2018.

Après le succès de l’Accord de Paris, l’urgence climatique demeure et il ne faut pas de temps mort : la COP de Marrakech doit marquer de nouvelles avancées.

Benoît Leguet, Économiste, directeur général d’I4CE (Institute for Climate Economics), Institut Louis Bachelier et Patrick Criqui, Directeur de recherche au CNRS, Université Grenoble Alpes

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

 

The Conversation

 

COP22 Marrakech

COP22, plan de route de l’accord de Paris

Aujourd’hui s’ouvre la COP22, à Marrakech, 22ème conférence des Nations unies sur le changement climatique. Quelques jours seulement après l’entrée en vigueur de l’accord signé à la COP21, les 195 pays présents à la COP doivent écrire un nouveau chapitre des négociations. Face à l’urgence climatique, l’objectif est d’accélérer dès maintenant la lutte contre les changements climatiques et d’agir pour la solidarité entre pays du Nord et pays du Sud. 
 
La session de Marrakech, du 7 au 18 novembre, a la lourde tâche de reprendre le flambeau de la COP21, avec un agenda chargé. Elle devra approfondir les principes issus de l’accord de Paris pour définir ses règles de fonctionnement et transformer sa vision en réalité. Un mode d'emploi en quelque sorte pour appliquer ces accords signés par 192 Etats. "La COP22 est vraiment une COP pour l'application et l'action," a expliqué le négociateur américain Jonathan Pershing à la presse. 
Laurence Tubiana, ambassadrice chargée des négociations sur le changement climatique pour la France, le confirme : « Le gros sujet de la COP22 sera de préciser les règles de mise en œuvre de l’accord de Paris et de se mettre d’accord sur la date de finalisation de ces règles communes ».
 
Le 15 novembre, aura lieu la première réunion des parties à l’accord de Paris (CMA), journée lors de laquelle plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement sont attendus, dont François Hollande et le secrétaire d’Etat américain John Kerry. La proposition suivante y sera défendue : puisque la nouvelle organisation se met en place plus vite que prévu, pourquoi ne pas finaliser la discussion sur les règles communes dès 2018, l’année du point d’étape prévu par l’accord climat. La priorité étant d’inciter les pays à concrétiser et amplifier leurs actions de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, sans attendre 2020. Les gouvernements devraient ainsi s’engager à mener des politiques climatiques plus ambitieuses dès 2018 : en l’état actuel, leurs engagements nous placent sur une trajectoire de réchauffement insoutenable, de 3°C.  C’est la seule solution acceptable pour limiter le réchauffement de la planète bien en dessous de 2°C (si possible 1,5°C) et éviter des impacts dramatiques pour les populations les plus vulnérables. Pour atteindre une production d’énergie 100 % renouvelable et bannir définitivement les énergies fossiles, les gouvernements doivent par exemple élaborer des stratégies nationales pour ne plus émettre de gaz à effet de serre d’ici à 2050. 
 
Depuis la COP21, de nombreuses dynamiques ont vu le jour, selon Le Monde :  "l’alliance solaire internationale, l’initiative africaine pour les énergies renouvelables, la mission innovation, la coalition pour le prix du carbone, etc. Face à la difficulté de dresser un bilan de ces initiatives, la ministre de l’environnement marocaine, Hakima El Haite, et Laurence Tubiana vont proposer à Marrakech qu’un dispositif de suivi de ces coalitions soit mis sur pied d’ici à mai 2017, autour de critères précis et d’un registre d’enregistrement." 

La solidarité au coeur des débats

La justice climatique doit également être au centre des discussions, selon le Réseau action Climat. Les événements extrêmes se multiplient et représentent un coût croissant pour les pays qui doivent y faire face. Sur les 100 milliards de dollars promis chaque année d'ici 2020, 67 milliards ont déjà été annoncés par les différents acteurs (Etats, banques multilatérales, etc.), selon l'OCDE. Pourtant, le plan d’action des pays riches pour soutenir les plus pauvres et atteindre ces 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 ne remplit pas ses promesses. Durant les négociations, les pays riches devront mettre sur la table les garanties financières indispensables pour aider les populations à s’adapter aux impacts du dérèglement climatique, alors que l’adaptation est toujours le parent pauvre des flux financiers pour le climat.  
Les pays africains attendent beaucoup de l'Initiative pour les énergies renouvelables et des 10 milliards promis pour promouvoir les énergies vertes sur le continent.
 
Mais les actions décidées à la COP22 ne devront pas être appliquées à n’importe quel prix. Que ce soit pour lutter contre la faim dans le monde ou développer les énergies renouvelables, les vraies solutions doivent respecter les droits fondamentaux des populations, l’environnement, et permettre des transformations positives de nos sociétés. Dans l’agriculture par exemple, les vraies solutions sont celles qui allient réduction des émissions et adaptation, tout en évitant les pratiques qui pourraient renforcer les vulnérabilités des plus pauvres.   
« Si nous ne commençons pas à prendre des mesures supplémentaires dès maintenant, dès la conférence de Marrakech, nous finirons par pleurer devant une tragédie humaine évitable », alertait Erik Solheim, directeur du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE).
 
La COP22 est donc le moment de concrétiser l’accord de Paris. Les pays devront prouver qu’ils sont prêts à relever ce défi. Comme le synthétise très bien l’IDDRI dans leur édito de ce jour, le véritable défi pour ces quelque 75 coalitions sera à la fois de démontrer la crédibilité des promesses faites à Paris en décembre 2015, de montrer la réalité des actions entreprises depuis cette date, et de tester leur capacité à attirer de nouveaux acteurs. Cet Agenda de l’action constitue l’un des piliers ayant permis l’émergence des conditions favorables à un accord à Paris, et son rôle demeure crucial pour mettre en œuvre les transformations et la transition économiques qui s’imposent.
(Source : Réseau Action Climat)
 

 

Détérioration du climat

La détérioration climatique risque d’être plus forte et plus rapide que ce que la plupart imaginent

C’est par ces mots que Laurent Fabius, l'ex-ministre français des Affaires étrangères et président de la COP21 tire la sonnette d'alarme à la veille de l'ouverture de la COP22 à Marrakech au Maroc. « Il y a alerte rouge » ajoute-t-il dans une interview au Journal du dimanche du 6 novembre.
 
 « L’accord de Paris est une réussite exceptionnelle, mais ce n’est pas assez (...). Il faut donc à la fois appliquer concrètement cet accord et accélérer : la prochaine grande étape doit être 2018 », ajoute le président du Conseil constitutionnel. « Heureusement, il existe des signes très positifs. L’entrée en vigueur rapide de l’accord, avant la COP22 de Marrakech, en est un. Positifs aussi, deux accords mondiaux intervenus en octobre : celui limitant l’émission de gaz à effet de serre dans l’aviation civile, et celui sur les HFC qui réduit pour la première fois l’utilisation de ces gaz très polluants », poursuit Laurent Fabius.
 
Au-delà des mots et de l’apparent consensus politique sur la nécessité d'accélérer la lutte contre le changement climatique, le monde économique est-il réellement en train d'opérer un tournant vers un modèle de moins en moins émetteur de CO2 ? Des signaux vont dans le bon sens, d'autres non. État des lieux :

Des signaux encourageants :

- MAITRISE DES ÉMISSIONS
Les émissions du secteur énergétique (2/3 des émissions mondiales) ont stagné en 2015 pour la 2e année consécutive, avec une croissance économique mondiale de 3%, confirmant l'amorce d'un découplage.
 
- RECORDS DANS LES RENOUVELABLES
Avec 286 milliards de dollars investis et 153 nouveaux gigawatts installés, 2015 a été une année record pour les énergies renouvelables, notamment dans les pays émergents. Les prévisions pour 2020 ont été revues à la hausse. Elles représentent actuellement 15% de la production d'énergie et 23% de la production d'électricité.
 
- CHUTE DU COUT DU SOLAIRE
Entre 2009 et 2015, le coût du solaire a chuté de 80%. Cette énergie est devenue compétitive par rapport au gaz et au charbon dans certains pays (Chili, Émirats, Inde, etc.). Une centrale à Abou Dhabi détient le record du mégawattheure solaire le moins cher : environ 23 dollars.
 
- PRODUIRE EN CONSOMMANT MOINS
Selon l'Agence internationale de l'énergie, l'intensité énergétique (quantité d'énergie par unité de PIB), ne cesse de baisser (- 1,8% en 2015), une conséquence des 221 milliards d'euros investis dans l'efficacité énergétique l'an dernier.
 
- VERS LA FIN DES HFC
La communauté internationale a décidé mi-octobre d'éliminer progressivement les hydrofluorocarbures (HFC), des gaz extrêmement nocifs pour le climat, utilisés dans les réfrigérateurs et climatiseurs. Les pays riches devront avoir réduit de 10% leur consommation en 2019 et 85% en 2036. La Chine, plus grand producteur mondial de HFC, ou l'Inde, ont obtenu d'entamer leur transition plus tard.
 
- LE PRIX DU CARBONE FAIT SON CHEMIN
Présente dans certaines zones (Europe, Californie), la taxation du carbone se diffuse. Le Canada a annoncé un prix plancher pour 2018 et la Chine, après des expérimentations dans des provinces, doit lancer un marché national l'an prochain.
Selon l'institut CDP, 29% des plus grandes entreprises mondiales cotées (sur un panel de 1.000) utilisent un prix du carbone interne pour évaluer leurs investissements.
 
- 100% RENOUVELABLES
De grandes villes lancent des plans d'action pour devenir "100% énergies renouvelables" : Barcelone mise sur le solaire et les réseaux de chaleur, Francfort a un vaste programme d'efficacité énergétique (rénovation, nouvelles technologies) et dix réseaux de chaleur. San Francisco, San Diego, Fukushima, Copenhague, Munich, etc. sont aussi sur cette voie.
Des groupes comme Apple ou Ikea s'engagent aussi sur ce chemin. Google a investi plus d'un milliard d'euros dans l'éolien, le solaire ou la biomasse.
 
- LA FINANCE AU VERT
Les obligations vertes pour financer des projets à vocation environnementale sont en pleine croissance : 42 milliards de dollars l'an dernier, elles devraient atteindre 80 milliards en 2016 selon l'agence Moody's. Mais cela représente toujours moins de 0,5% du marché mondial de la dette. La France lancera l'an prochain la première obligation verte d'État.
 
- OBAMA CONTRE KEYSTONE XL
Le projet d'oléoduc géant entre le Canada et les États-Unis, qui devait transporter des sables bitumineux de l'Alberta, a été bloqué par le président américain.

Des signaux préoccupants :

- TROP DE CHARBON
350 GW de capacités électriques au charbon sont en construction dans le monde et 930 en projet, selon l'institut de recherches CoalSwarm, des chiffres incompatibles avec l'objectif de 2°C de réchauffement.
A contrario, la consommation a baissé en 2015 dans les pays du G20 (-2,5%), et encore plus en Chine (-3,7%), qui concentre la moitié de la consommation mondiale. Des investisseurs commencent à se détourner de ce secteur (banques, fonds souverain norvégien, fonds de pension).
 
- LES FOSSILES TOUJOURS SUBVENTIONNES
Les subventions accordées chaque année aux énergies fossiles (allègements fiscaux, soutiens à l'activité pétrolière, etc.), ont dépassé 500 milliards de dollars (2010), selon l'OCDE et l'AIE.
 
- L'ARCTIQUE TOUJOURS MENACE
Si plusieurs pétroliers ont renoncé à y prospecter du fait des prix du baril très bas, la Norvège a attribué en mai des licences à 13 compagnies pétrolières dans cette zone.
 
- TRUDEAU SOUTIENT UN OLEODUC CONTROVERSE
Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a soutenu publiquement un projet controversé de doublement d'un oléoduc d'un millier de km dans l'Ouest canadien.
 
- LE SECTEUR AÉRIEN
Un accord international conclu en octobre prévoit de plafonner les émissions du trafic aérien mais à partir de 2021 et essentiellement via une compensation des émissions plutôt qu'une réduction.
 
- SIDÉRURGIE ET TRANSPORT MARITIME A LA TRAINE
La sidérurgie (7% des émissions mondiales) n'a pas réduit ces émissions depuis dix ans et le transport maritime (2,8%) n'a pas de plan d'action.
 
 
Source : AFP
 
 

 

partenaire

 

 

Loading...
Loading...