UP' Magazine L'innovation pour défi

eau du robinet

L’eau que nous buvons est multimillénaire mais vulnérable

Elle s'est infiltrée dans le sol quand les mammouths peuplaient encore la Terre. L'eau que nous utilisons aujourd'hui est bien souvent multimillénaire, souligne une étude, qui met en garde contre les risques de pollution de ces précieuses réserves.
 
Sous terre, les nappes profondes sont largement nourries d'eau issue de précipitations datant d'il y a plus de 12.000 ans, avant l'époque géologique actuelle, selon ces travaux présentés mardi à Vienne devant l'Union européenne des sciences de la terre.
Cette équipe scientifique internationale a passé en revue 6.500 aquifères, en Europe et aux Etats-Unis mais aussi notamment au Japon, en Inde, au Sénégal, usant de méthodes de datation par le radiocarbone (l'eau plus "jeune" en étant plus chargée, de par son exposition récente à l'atmosphère et aux sols).
 
Une large part (42 à 85%) de l'eau dans le premier km de la croûte terrestre a plus de 12.000 ans (la part se réduit à 10-63% quand l'aquifère est à moins de 100 m de profondeur), selon l'étude parue dans Nature Geoscience. "Une part substantielle de l'eau douce dans le monde est d'âge fossile" résume l'auteur principal, Scott Jasechko, de l'Université de Calgary. "Seule une petite portion des eaux souterraines est récente, quelques années ou quelques décennies".
 
"Cette eau remonte à l'époque des mammouths !", appuie James Kirchner, de l'Ecole polytechnique de Zurich (ETH). Globalement, elle représente "à peu près deux fois le volume d'eau moderne situé sous nos pieds. Quant aux puits descendant au-delà de 250 m, ils pompent essentiellement de l'eau fossile".

Pas renouvelables

Mais cette ressource ancienne, qui aujourd'hui fournit de l'eau potable ou permet d'irriguer les champs de Californie (via notamment un aquifère à - 260 m) ou de la grande plaine de Chine du nord, est fragile.
"On croit souvent ces eaux non touchées par les contaminations modernes", soulignent les auteurs. Il n'en est rien : "Les eaux de puits fossiles sont plus vulnérables que nous ne le pensions jusqu'ici".
 
Car dans la moitié des nappes contenant de l'eau "ancienne", les chercheurs ont aussi décelé la présence d'eaux de pluie ou de neige des 50 dernières années infiltrées via des zones plus perméables ou encore des fuites sur les puits. Une source potentielle de pollution des eaux fossiles, par exemple par des pesticides, des engrais, des substances industrielles...
"Il faut veiller à la qualité des ressources souterraines anciennes, et aussi les gérer de manière durable", insistent les chercheurs. Face aux sécheresses, au déclin de nappes proches de la surface, aux nouvelles techniques de forage, le recours aux eaux profondes tend en effet à s'accélérer.
 
Les réserves souterraines sont immenses, constituant 99% de l'eau douce sur Terre (calottes polaires non inclues). Mais elles ont mis longtemps à se constituer, et mettront du temps à se recharger. Beaucoup "ne sont sans doute pas renouvelables à l'échelle d'une vie humaine", souligne M. Kirchner.
 
Il en va ainsi de l'aquifère des hautes plaines qui irrigue le centre des Etats-Unis, formé par des précipitations datant de la dernière période glaciaire. Une fois épuisé, il faudra 6.000 ans pour le remplir, selon les experts.
En Libye, le Bassin de Nubie fournit 6 millions de m3 d'eau par jour, pompée par 1.300 puits descendant jusqu'à - 500m. "C'est le projet de Grande rivière artificielle de Kadhafi", souligne M. Kirchner. Mais le bassin s'est constitué quand le pays était vert et humide. Aujourd'hui, la pluviométrie moyenne y est de seulement 30 mm par an, dont l'essentiel s'évapore. Le Bassin "n'est pas près de se reconstituer", note le scientifique américain.
 
Source  : AFP
 
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Arctique pollution

L’Arctique est en train de devenir un réservoir de plastiques

L'océan Arctique est un cul-de-sac pour les débris en plastique flottant dans le nord de l'Atlantique, ont déterminé des scientifiques qui mettent en garde contre les risques présentés par cette pollution d'un écosystème unique.
 
Cette étude, publiée cette semaine dans la revue américaine Science Advances, confirme que les objets et matériaux en plastique sont abondants et répandus dans les eaux à l'est du Groenland et du nord de la Scandinavie, alors même que ces régions sont peu peuplées. Les déchets, normalement, devraient y être nettement moins importants.
Ces observations montrent l'importance de bien gérer la collecte des déchets plastiques à leur source, car une fois dans l'océan, leur destination peut être imprévisible, relèvent ces scientifiques.
 
Les mers semi-fermées comme la Méditerranée, dont les pourtours sont très peuplés, sont fortement polluées par du plastique. Mais de telles accumulations n'étaient pas attendues à des latitudes polaires peu peuplées.
 
En 2013, pendant l'expédition Tara Oceans menée avec la goélette scientifique française, des chercheurs dont Andrés Cózar, un scientifique de l'Université de Cadiz en Espagne, ont repêché à l'aide de filets des débris en plastique.
La plus grande partie de l'océan arctique était peu polluée par ces morceaux de plastique, précise l'étude. Mais ces débris étaient en revanche très abondants dans les eaux baignant le Groenland et dans la mer de Barents située au nord de la Norvège et de la Russie occidentale.

110 millions de tonnes

Selon ces chercheurs, il y aurait des centaines de tonnes de déchets et fragments de plastiques flottant à la surface sans compter ce qui se trouve déjà dans les fonds marins. La proportion de certains types de débris dans les échantillons récupérés par les membres de l'expédition leur fait penser qu'ils viennent de très loin, comme par exemple des côtes d'Europe du nord, du Royaume-Uni et de l'est des États-Unis.
Une partie de ces déchets pourrait aussi provenir des navires croisant dans les eaux locales, selon ces chercheurs.
 
Ces derniers ont suivi le cheminement des déchets de plastique dans le Nord de l'océan Atlantique avec 17.000 bouées qui sont des relais de satellites. Ces observations ont confirmé que cette pollution vers les régions polaires suivait un courant appelé circulation thermohaline.
Selon cette étude, les débris de plastique flottant dans l'Arctique représentent actuellement moins de 3% du total mondial mais pourrait continuer à augmenter avec ce courant marin.
 
Il est estimé qu'environ huit millions de tonnes de plastique sont déversés annuellement dans les océans, selon une étude publiée en 2015 dans la revue américaine Science. Les scientifiques pensent qu'il pourrait y avoir jusqu'à 110 millions de tonnes de déchets en plastique dans les océans.
Il paraîtrait également que de petits fragments de plastiques sont absorbés par les poissons et les autres espèces marines sans que l'on sache les effets sur leur santé et celles des personnes qui les consomment.
 
Les scientifiques pensaient enfin que ces déchets en plastique s'accumulaient surtout dans des tourbillons subtropicaux formés par des grands courants qui convergent au milieu des bassins océaniques. Mais en fait, il semblerait que seulement 1% de cette pollution de matière plastique se concentre dans ces grands tourbillons et d'autres endroits à la surface des océans.
 
Source AFP
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salon Produrable

Produrable : quand les transitions s’emballent et font système

Face à l’épuisement du système économique de prédation, quantité d’acteurs inventent des modèles alternatifs. Loin d’être marginaux, ils irriguent les grands groupes industriels, se coordonnent, s’alignent aux exigences de transition (changement climatique, pollutions, effondrement de la biodiversité…). Le Salon Produrable qui s’est tenu à Paris les 14 et 15 mars 2017 montre que nombreuses sont les entreprises qui décarbonent leurs activités, intègrent les coûts cachés… sous la pression d’une société civile et de législations qui font la chasse aux gaspillages et à la prédation. Prendre soin de la planète est devenu enjeu de réputation.
 
C’est un spécialiste des bras de fer. Bruno Peyroles, fondateur des magasins Bureau Vallée, n’a pas peur d’exiger le meilleur de ses fournisseurs. Comme des milliers d’acteurs réunis au sein du Salon Produrable, qui s’est déroulé les 14 et 15 mars 2017 à Paris, il témoigne que les pratiques durables et éthiques sont en train de « faire système ». Car il y a des gains à faire, à force de valoriser les produits qui ont la meilleure côte environnementale.
Cet effet levier - que peut jouer tout acteur de la distribution - serait anodin, s’il n’était en train de se généraliser tant les acteurs se coordonnent et disposent de soutiens réglementaires. Avec plus de 150 entreprises représentées dont une centaine exposantes, le salon Produrable – unique salon dédié au développement durable - fêtait ses dix ans d’existence cette année.
Le milieu des acteurs de la transition exhibe une véritable maturité. Car les convergences dans l’action se manifestent. « Notre enjeu principal c’est un changement d’échelle » a martelé Nathalie Devulder, directrice du développement durable chez RTE. "C’est le modèle des entreprises qu’il nous faut revoir désormais ".
Pour Sylvie Bénard, directrice de l’environnement chez LVMH, « les changements depuis cinq ans sont très nets sauf du côté des gens du marketing. Je m’emploie à faire évoluer leurs repères ».
En poste chez Sequana, Olivier Guichardon, considère qu’il faut parvenir à « mettre dans la colonne vertébrale de son groupe la protection de la biodiversité. Cela veut dire parvenir à convaincre les dirigeants de l’intérêt économique de soutenir les écosystèmes ».
 
Nombre de grands groupes et de PME changent leurs approvisionnements (L’Oréal), dé-carbonent leurs procédés, baissent leurs consommations énergétiques (Roquette). L’exemple du groupe Kering est mis en exergue. Sous l’impulsion de Marie-Claire Daveu, le groupe de luxe a lancé des programmes de recherche pour diminuer les impacts des process de tannage, l’approvisionnement des peaux et des textiles et l’association de ses marques à des talents et des fournisseurs de façon équitable.

Effet d’entrainement

Les initiatives foisonnent chez les cinq mille professionnels rassemblés pour cet événement Produrable organisé en 6 grandes plénières, 15 tables rondes, 3 talk-show, 40 ateliers et des rendez-vous d’affaires planifiés à l’avance. Les outils foisonnent pour guider les acteurs dans ces transitions : reporting RSE chez B&L évolution, accompagnement au changement avec Greenflex, outils pour le dialogue de parties prenantes avec C3 Consensus, nouvelle comptabilité environnementale avec Compta durable, valeur des actifs immatériels avec Goodwill …
La bascule s’opère quand on prend la mesure des actions collectives engagées. L’initiative Science-based Targets (SBT) s’inscrit dans le paysage de la soft law climatique. Lancée à l’occasion de la COP21 pour aider les entreprises à réduire leur empreinte carbone, la méthodologie se consolide peu à peu (1). Elle rassemble 217 entreprises dont une trentaine sont labélisées.  
 
De même, la dynamique Global Compact engagée dans le cadre des 17 objectifs de développement durable (ODD) trace le chemin vertueux pour des milliers d’entreprises adhérentes (voir Global Compact France). Chaque années les entreprises doivent déposer sur le site du Global Compact des Nations Unies leur « communication sur le progrès » (COP) qui décrit les efforts et la progression de l'entreprise selon quatre thématiques clés : droits de l'Homme, normes internationales du travail, protection de l'environnementet lutte contre la corruption. L'engagement du dirigeant doit être renouvelé et les actions étayées d'indicateurs. Ce rapport est public et consultable par l'ensemble des parties prenantes.

Retournement de situations en vue

Des cadres contraignants portent les mêmes préoccupations, notamment la Loi sur le devoir de vigilance votée en France le 21 février dernier. 200 entreprises ou groupes sont concernés et vont devoir mettre en place de manière effective un "plan de vigilance" c’est à dire « des mesures de vigilance raisonnable propres à identifier les risques et à prévenir les atteintes graves envers les droits humains et les libertés fondamentales, la santé et la sécurité des personnes ainsi que l’environnement, résultant des activités de la société et de celles des sociétés qu’elle contrôle directement ou indirectement, ainsi que des activités des sous-traitants ou fournisseurs avec lesquels est entretenue une relation commerciale établie, lorsque ces activités sont rattachées à cette relation ». Ce plan a vocation à être co-construit par les entreprises avec leurs parties prenantes.
Discutée âprement pendant quatre ans, cette loi est suspendue car soumise au Conseil Constitutionnel du fait d’un recours établi par 60 sénateurs et 60 députés conservateurs. La réponse sur la constitutionnalité de la loi sera donnée début avril. L’enjeu de ces ajustements à la société a été précisé par la société Vigeo Eiris dans un récent rapport sur les Droits humains : « La négligence ou l’incapacité des entreprises à faire face efficacement aux défis que soulèvent le respect, la protection et la promotion de ces droits sont susceptibles non seulement de ternir leur image, mais de mettre aussi en cause leurs activités opérationnelles, leur accès aux financements ou leur maintien sur les marchés ».
Le constat n’a pas échappé à BlackRock, le numéro un mondial de la gestion d'actifs (4.769 milliards d'euros). Le groupe américain pourrait notamment soutenir les efforts en matière de pratiques environnementales développés par le Conseil de stabilité financière, une organisation économique internationale chargée de proposer des normes dans le système financier mondial. « BlackRock pourrait vouloir interroger les grandes entreprises sur leur prise en compte du changement climatique dans leurs activités » a déclaré Michelle Edkins qui dirige l’équipe de BlackRock chargée de soutenir les efforts pour la prise en compte du risque climatique.
 
Tous ces signaux indiquent que les entreprises commencent à éprouver leurs vulnérabilités et qu’elles ne peuvent plus ignorer les menaces sur leurs écosystèmes.
 
Mais pour certains comme Mathieu Auzanneau, directeur du Shift Project, « Tant que l’on n’a pas un consensus sur la compréhension de notre posture d’enfant gâté, toute la boite à outils du changement reste inutilisable. Le ressort c’est la sobriété ! »
 
Pionnier de ces transitions, Emmanuel Delannoy, fondateur de l'Institut Inspire, s’exprimait dans une table ronde sur le thème : Innover avec et par le vivant. Il est confiant :"Nous avons l'occasion de resynchroniser notre économie avec le vivant, témoigne-t-il. Notre économie ne semble plus capable de créer la prospérité partagée qu’on est en droit d’attendre d’elle. De nouveaux modèles révolutionnaires sont déjà à l’œuvre : économie circulaire, économie de la fonctionnalité, biomimétisme…La permaéconomie est le nouveau paradigme qui permet de les mettre en cohérence ». (voir son livre Permaéconomie, Editions WildProject, 2016) (2).
 
 
(1) Initiative mise en place par les Nations unies et trois ONG de défense de l'environnement (WWF, CDP et WRI) pour élaborer avec les grands groupes une feuille de route afin de réussir l'Accord de Paris. 

 
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Day After Tomorrow

Le réchauffement climatique pourrait nous mener vers une nouvelle ère glaciaire

Cela ressemble à une mauvaise blague à la façon de celles dont Donald Trump commence à nous habituer. Le réchauffement climatique va nous conduire vers une période de glaciation ! Cette affirmation n’a rien d’une plaisanterie. Il s’agit d’une hypothèse déjà envisagée il y a une quinzaine d’années et qui revient sur le devant de la scène avec des données plus précises publiées par le CNRS et l’Université de Southampton dans l’éminente revue Nature Communications. Le réchauffement climatique est en train de perturber la circulation des courants marins, et notamment le Gulf Stream, ce qui nous amènerait, dans une probabilité de 50 % vers une ère de refroidissement brutal impactant l’hémisphère nord d’ici quelques décennies.
 
Le titre du communiqué du CNRS est on ne peut plus clair : « Atlantique Nord : le risque d’un refroidissement rapide au XXIe siècle revu à la hausse ». Dès l’aube des années 2000, l’hypothèse selon laquelle le réchauffement climatique provoquera l’émergence relativement brutale d’une période de glaciation fit l’objet de nombreuses études et rapports plus ou moins alarmistes. Hollywood s’empara même du thème en sortant un film catastrophe à succès : « Le jour d’après » de Joseph Emmerich (2002). L’hypothèse d’un refroidissement brutal de l’hémisphère nord est fondée sur la modification de la circulation thermohaline du courant océanique en Atlantique Nord. L’afflux d’eau douce provenant de la fonte de la banquise, les crues des grands fleuves du Nord de l’Europe et l’augmentation des précipitations seraient les facteurs principaux d’une rupture de la circulation océanique ; si ce seuil était atteint, il s’ensuivrait des conséquences planétaires apocalyptiques.
 
Depuis cette époque, les scientifiques se sont penché avec des moyens considérables sur l’analyse du changement climatique en général et de la circulation des courants océaniques en particulier. Parmi ceux-ci, le Gulf Stream est le moteur des climats tempérés de l’hémisphère nord. Il joue le rôle d’un gigantesque « tapis roulant » qui apporte dans son flux les eaux chaudes de Floride vers l’Arctique, en passant par les côtes européennes dont il garantit un climat tempéré. Arrivé vers les froids polaires, le courant océanique repart dans l’autre sens mais, ses eaux devenues plus froides, plonge vers les fonds marins. L’eau chaude allant vers le Nord est plus proche de la surface alors que les eaux froides revenues du pôle se situent dans les couches basses du courant. C’est ce que les scientifiques appellent la circulation océanique de retournement. Il s’agit en quelque sorte du moteur du Gulf Stream. Si le moteur ne fonctionne plus correctement, c’est toute la circulation océanique qui s’en trouvera perturbée et en conséquence, tout le climat des régions concernées.
 
Le GIEC, s’appuyant sur une longue série de mesures et d’une quarantaine de projections climatiques avait estimé en 2013 que ce ralentissement s’installerait progressivement et sur une échelle de temps longue. Un refroidissement rapide de l’Atlantique Nord au cours du XXIe siècle semblait donc peu probable. Or dans le cadre du projet européen EMBRACE, une équipe d’océanographes a réexaminé ces 40 projections climatiques en se focalisant sur un point névralgique au nord-ouest de l’Atlantique Nord : la mer du Labrador. Située au sud-ouest du Groenland, cette mer est un siège majeur de convection de l’océan Atlantique. Giovanni Sgubin, un des chercheurs cosignataires de l’étude publiée par Nature  explique le phénomène : pendant l’hiver, lorsque les températures de l’atmosphère sont très froides, les eaux superficielles, déjà relativement salées, donc denses, se refroidissent. Ce refroidissement augmente encore leur densité et elles finissent par tomber en profondeur. S’opère alors un mélange des eaux superficielles et de fond, plus chaudes. Tout cela conduit au final à un transfert de chaleur vers la surface. Le changement climatique va bouleverser deux choses : d’abord, la température va sensiblement augmenter. Mais surtout, du fait d’un accroissement des précipitations dans cette région, l’eau de surface va devenir moins salée. Cela va réduire sa densité. Passé un certain seuil, elle ne plongera plus au fond, et le transfert de chaleur n’aura plus lieu.
 
Choisissant d’étudier ce phénomène de convection en détail, les chercheurs ont développé un algorithme capable de repérer les variations rapides des températures à la surface de l’océan. Cette « moulinette statistique » a révélé que sept des quarante modèles climatiques étudiés projetaient un arrêt complet de la convection, engendrant des refroidissements abrupts de la mer du Labrador, induisant de fortes baisses des températures dans les régions côtières de l’Atlantique Nord. Les résultats de cette nouvelle étude font grimper la probabilité d'un refroidissement rapide de l'Atlantique nord au cours du XXIe siècle à près de 50 %.
 
Mais un tel refroidissement rapide, simulé seulement par quelques modèles, est-il vraisemblable ? Pour répondre à cette question, les chercheurs se sont penché sur la variable clé du déclenchement de la convection hivernale : la stratification océanique. Ces variations verticales de la densité des masses d’eau sont bien reproduites dans onze des quarante modèles. Le communiqué du CNRS affirme que parmi ces onze modèles, qui peuvent être considérés comme les plus fiables, cinq simulent une baisse rapide des températures de l’Atlantique Nord, soit 45 % !
 
Représentation schématique de la circulation dans la mer du Labrador, au cœur du gyre subpolaire schématisé par le contour rouge. © Giovanni Sgubin – EPOC
 
 
Exemple d’un refroidissement rapide dans le gyre prédit par l’une des projections climatiques. A gauche : évolution temporelle de la température de surface de la mer. A droite : écarte entre la température de l’air à la surface de la mer, entre le début et la fin du XXIe siècle. © Giovanni Sgubin – EPOC
 
Les auteurs de l'étude précisent que ces résultats, issus de modèles climatiques, seront confrontés aux futures données du projet international OSNAP qui prévoit l'installation de bouées fixes dans le gyre subpolaire, ce gigantesque tourbillon d'eau océanique formé d'un ensemble de courants marins et provoqué par la force de Coriolis, afin d'anticiper de possibles refroidissements rapides dans les années à venir. Les scientifiques avertissent :  ce risque devrait être pris en compte dans les politiques d'adaptation au changement climatique des régions bordant l'Atlantique nord.
 
Alors nous qui pensions nous équiper de bermudas, de tongs et de lunettes de soleil pour affronter les années qui viennent, faudra-t-il que nous changions notre garde-robe pour nous équiper de doudounes, duvets et grosses couettes ?
 
 
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Elévation températures

Le réchauffement climatique provoquera un exode climatique au Moyen-Orient et en Afrique du Nord

Alors que des milliers de réfugiés poussés par la guerre et l’oppression continuent d'affluer vers l’Europe en provenance du Moyen - Orient et d’Afrique sub-saharienne, des chercheurs viennent d’annoncer que ce que l’on observe aujourd’hui n’est rien à côté de ce qui va arriver. En effet, dans un avenir relativement proche, des millions de familles du Moyen - Orient et d’Afrique pourraient avoir à fuir leurs pays pour une toute autre raison que la guerre ou la misère : le changement climatique.
 
Selon les chercheurs de l'Institut Max Planck de chimie en Allemagne et l'Institut de Chypre, les températures dans le Moyen - Orient et Afrique du Nord vont bientôt atteindre des niveaux trop élevés pour la survie humaine. « La température pendant l’été dans le déjà très chaud en Afrique du Nord et Moyen - Orient augmentera plus de deux fois plus rapidement que le réchauffement planétaire moyen » a déclaré l’équipe dans un communiqué.

Une question de survie humaine

Ces projections, dont le rapport complet a été publié dans la revue Climatic Change, ont été faites en utilisant deux scénarios distincts : celui qui suppose que les émissions de gaz à effet de serre diminueraient en 2040 (si tout le monde suit les directives de l’ONU) et un deuxième scénario où l’on ne fait rien, scénario que les chercheurs dénomment : « business-as-usual».
 
Même si les engagements de l’accord de Paris sur le changement climatique sont respectés, l'équipe a constaté que le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord continueront à connaître une élévation considérable de température conduisant nécessairement les populations concernées à un exode massif.
 
Le résultat de l’étude est profondément alarmant : même si la température de la Terre devait augmenter en moyenne que de deux degrés Celsius par rapport à l'époque préindustrielle, la température en été dans ces régions augmentera de plus du double. Au milieu du siècle, pendant les périodes les plus chaudes, les températures ne tomberont pas en dessous de 30 degrés la nuit et pendant la journée, elles pourraient atteindre 46 degrés Celsius. À la fin du siècle, les températures de midi pendant les journées chaudes pourraient même grimper à 50 degrés Celsius. Une autre constatation : les vagues de chaleur pourront se produire dix fois plus souvent qu’aujourd’hui.
Dans ces conditions extrêmes, c’est l’habitabilité humaine qui devient intolérable.
 
 

Un exode inévitable aux conséquences incalculables

En outre, la durée des vagues de chaleur en Afrique du Nord et au Moyen-Orient va se prolonger de façon spectaculaire. Entre 1986 et 2005, il faisait très chaud pendant une durée moyenne d'environ 16 jours. Au milieu du siècle, il fera exceptionnellement chaud pendant 80 jours par an. À la fin du siècle, jusqu'à 118 jours et ce, même si les émissions de gaz à effet de serre diminuent à nouveau après 2040. « Si l'humanité continue à libérer le dioxyde de carbone comme elle le fait maintenant, les gens qui vivent au Moyen-Orient et en Afrique et du Nord auront droit à environ 200 jours inhabituellement chauds par an », explique Panos Hadjinicolaou, professeur associé à l'Institut de Chypre et spécialiste du changement climatique.
 
L'équipe de recherche a également publié des résultats sur l'augmentation de la pollution de l'air en particules fines au Moyen-Orient. Ils ont constaté que la poussière du désert dans l'atmosphère au-dessus de l'Arabie Saoudite, l'Irak et en Syrie a augmenté de jusqu'à 70 pour cent depuis le début de ce siècle. Ceci est principalement attribuable à une augmentation des tempêtes de sable à la suite de sécheresses prolongées. Il est prévu que le changement climatique contribuera à de nouvelles augmentations, qui aggravent les conditions environnementales dans la région.
 
Les températures élevées, mélangés avec des polluants de l’air et la poussière, pourraient forcer de nombreuses familles à émigrer en masse, pour trouver de meilleures conditions de survie. Pour arriver à cette conclusion troublante, l'équipe a étudié les données climatiques précédente set utilisé 26 modèles climatiques différents pour anticiper comment les conditions de ces régions allaient changer.
L’un des membres de l’équipe, le chercheur atmosphérique Jos Lelieveld des Instituts Max Planck et de Chypre affirme : « Vagues de chaleur prolongées et tempêtes de poussière du désert rendront certaines régions inhabitables, ce qui va sûrement contribuer à la pression migratoire ».
 
Avec plus de 500 millions de personnes vivant dans la région, si des événements climatiques catastrophiques devaient se produire, cela pourrait déclencher une migration plus importante que jamais, ce qui aurait des effets incalculables sur d’innombrables autres régions. On peut s’en inquiéter quand on voit les problèmes auxquels l’Europe est actuellement confrontée déjà avec ses quelques centaines de milliers de réfugiés.
 
 
 
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planète

Ma vie zéro déchet

Donatien s’est donné six mois pour réduire au maximum sa production de déchets. Il a 35 ans et vit en ville avec sa compagne et sa fille. « Ma vie zéro déchet » est le récit de son expérience, filmée au jour le jour. Sortie le 7 février 2017.
De rebondissements en mésaventures, cette expérience radicale sert aussi de point de départ à une enquête approfondie avec l’aide d’organismes institutionnels et associatifs sur la question des déchets en France. Question à l'ordre du jour puisque les députés de la commission de l’environnement viennent de modifier ce mardi 24 janvier le projet législatif européen sur le "paquet déchets", demandant une réduction de 50% du gaspillage alimentaire d'ici à 2030.
UP' magazine est partenaire media de cette réalisation
 
« Ma vie zéro déchets » est une expérience filmée et une aventure web qui racontent jour après jour, à l’échelle d’un individu résidant en ville, la quête d’une vie sans déchets. Cette expérience radicale et ses divers rebondissements, déclenchent et nourrissent une enquête approfondie sur la question des déchets en France.
Ce documentaire cherche des réponses à partir de situations concrètes pour nourrir une enquête de fond sur les déchets et leur recyclage.
Je m’appelle Donatien et je vis à Paris avec ma femme et ma fille. Je me suis donné six mois pour réduire ma production de déchets au maximum, c’est-à-dire zéro. Mais le voyage vers le 0 déchet est un parcours semé d’embûches. Alors pour partager mes galères, mes angoisses et mes victoires, j’ai décidé de tenir ici un carnet de bord en images. Au fil de mon expérience, j’ai eu la chance d’être épaulé par l’équipe de Zero Waste France : ils m’ont permis d’y voir plus clair sur la question des déchets et de leur gestion. Ensemble, nous avons élaboré des dossiers thématiques pour vous aider à vous frayer un chemin dans le monde merveilleux des déchets. Je ne sais pas si je vais réussir à atteindre mon objectif, mais j’ai compris une chose : le meilleur déchet, c’est celui qu’on ne crée pas !
Auteur et journaliste, Donatien Lemaître, l’expérimentateur, se livre à une investigation sur la réalité de la gestion des déchets aujourd’hui en France. Les quatre piliers sont les déchets organiques, les emballages, les textiles et les encombrants. Il part à la rencontre de ceux qui en vivent, de ceux qui façonnent d’autres modèles, des acteurs, des politiques publiques, et des régions d’Europe les plus avant-gardistes en matière de recyclage.

Selon les députés, il faut encourager le recyclage et réduire la mise en décharge et le gaspillage alimentaire

La part de déchets recyclés devrait passer à 70% d’ici à 2030, contre 44% à l’heure actuelle, alors que la mise en décharge, qui a des conséquences environnementales importantes, devrait être limitée à 5%. C’est ce qu’ont affirmé les députés de la commission de l’environnement ce mardi 24 janvier modifiant le projet législatif européen sur le "paquet déchets". Par ailleurs, ils demandent une réduction de 50% du gaspillage alimentaire d'ici à 2030.
Selon les statistiques de 2014, 44% de l’ensemble des déchets municipaux dans l’UE sont recyclés ou compostés. Ce chiffre s’élevait à 31% en 2004 et, d'ici à 2020, les États membres de l'UE devraient recycler ou composter 50% des déchets.
La députée en chargée du dossier, Simona Bonafè (S&D, IT), a déclaré "La commission de l’environnement a prouvé qu’elle croyait en la transition vers une économie circulaire. Nous avons décidé de restaurer les objectifs ambitieux de recyclage et de mise en décharge, conformément à ce qu’avait initialement proposé la Commission européenne en 2014".
"Les États membres avec les taux de recyclage les plus bas n’auront plus la possibilité d’avoir une dérogation générale. Ils pourront demander une dérogation mais elle sera soumise à des conditions spécifiques", a-t-elle ajouté.
 
Déchets et déchets d'emballage
D’ici à 2030, au moins 70% (en poids) des déchets dits municipaux (à savoir en provenance des ménages et des entreprises) devraient être recyclés ou préparés en vue du réemploi (soit contrôlés, nettoyés ou réparés), affirment les députés, alors que la Commission européenne avait proposé un objectif de 65%.
Pour les matériaux d’emballage, comme le papier et le carton, le plastique, le verre, le métal et le bois, les députés proposent un objectif de 70% d’ici à 2030, avec des objectifs intermédiaires en 2025 pour chaque matériau.
 
Mise en décharge
La proposition législative limite la proportion de déchets municipaux mis en décharge à 10% d'ici à 2030. Les députés proposent de réduire cet objectif à 5%, bien qu’une extension de 5 ans soit possible pour les États membres dont plus de 65% des déchets municipaux ont été mis en décharge en 2013. Des États membres tels que Chypre, la Croatie, la Grèce, la Lettonie, Malte et la Roumanie mettent toujours en décharge plus de trois quarts de leurs déchets municipaux.
 
Gaspillage alimentaire
Le gaspillage alimentaire est estimé à quelque 89 millions de tonnes dans l’UE, soit 180kg par habitant et par an. Les députés demandent un objectif de réduction du gaspillage alimentaire dans l’UE de 30% d’ici à 2025 et de 50% d’ici à 2030, en comparaison avec 2014. Ils proposent également un objectif similaire pour les déchets marins.
 
Prochaines étapes : Les quatre propositions du paquet seront mises aux voix en plénière pendant la session des 13-16 mars à Strasbourg.

Contexte européen

En 2014, l’Autriche, la Belgique, le Danemark, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Suède n’ont pratiquement envoyé aucun déchet municipal en décharge, alors que Chypre, la Croatie, la Grèce, la Lettonie et Malte mettent toujours en décharge plus des trois quarts de leurs déchets municipaux.
Bien que la gestion des déchets dans l’UE se soit considérablement améliorée ces dernières décennies, près d’un tiers des déchets municipaux sont toujours mis en décharge et moins de la moitié sont recyclés ou compostés - des chiffres qui fluctuent énormément en fonction des États membres.
 
Une amélioration de la gestion des déchets pourrait avoir de nombreux avantages sur l’environnement, le climat, la santé humaine et l’économie. Dans le cadre d’un changement de la politique européenne vers une économie circulaire, la Commission a présenté quatre propositions législatives introduisant de nouveaux objectifs de gestion des déchets en termes de réutilisation, de recyclage et de mise en décharge.
Ces propositions renforcent-elles les dispositions européennes sur la prévention des déchets ? Vont-elles élargir la responsabilité des producteurs ?
 
 
MA VIE ZÉRO DÉCHET, film documentaire de Donatien Lemaitre, Jean-Thomas Ceccaldi et Dorothée Lachaud - Production Docside Production - Durée : 66' :
 
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UP' vous propose de gagner le DVD "Ma vie zéro déchet" en répondant à deux questions. Les bonnes réponses seront récompensées ! 1/ Quelle quantité de déchets produit chaque Français par an ?  2/Combien d'emplois sont générés par la gestion des déchets en France ? Répondez : redaction[at]up-magazine.info

 
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