UP' Magazine L'innovation pour défi

incendies de forêts

Pourquoi la forêt méditerranéenne n’a pas fini de brûler

Des étés plus chauds, des maisons plus près des arbres : les incendies continuent de ravager chaque année la forêt méditerranéenne, et il faudra changer mentalités et comportements pour espérer inverser la tendance, estiment des chercheurs.
 

La forêt brûle-t-elle plus qu'avant ?

En France, les incendies de forêt ne sont "globalement pas un phénomène nouveau", rappelle Thomas Curt, directeur de recherche à l'Irstea, un institut public. Avant les années 1990, "la lutte et la prévention étaient moins bien organisées", et les grands feux plus fréquents, explique-t-il. Une nouvelle stratégie de lutte a été mise en place, avec par exemple plus de surveillance aérienne pour éteindre les feux plus tôt : "le nombre de feux a ensuite diminué de l'ordre de 25%", relève-t-il.
 
Ces 15 dernières années ont été marquées par une alternance d'années "noires", comme 2010 et 2016, où 16 à 17.000 hectares sont partis en fumée, et d'années de répit, comme 2014 (3.230 hectares brûlés). Les conditions météo sont largement responsables de ces variations, explique Thomas Curt. Les soldats du feu gardent en mémoire la canicule de 2003, cauchemardesque pour eux : 73.300 hectares de forêt avaient brûlé.

Quel est le rôle du réchauffement climatique ?

Avec des saisons plus chaudes et plus sèches, des incendies spectaculaires ont frappé le Canada ou la Russie, par exemple. L'Europe est également touchée : selon une étude européenne (PESETA II), les surfaces susceptibles de brûler en Europe du Sud pourraient augmenter de 50% à plus de 100% au cours du 21e siècle, en fonction de l'intensité du réchauffement. Le changement climatique est susceptible "d'augmenter la durée et la sévérité de la saison des feux, les zones à risque et la probabilité de grands feux", souligne-t-elle.
 
Cette année en France, la saison des incendies a débuté la deuxième semaine de juin, au lieu de juillet et la zone à risque est remontée au fil des ans, selon les chercheurs, dans l'arrière-pays, dans les Alpes-du-Sud, les Cévennes ou le Massif Central.
 
Dans l'avenir, les chercheurs s'attendent à "plus d'aléa météo" et davantage de mauvaises années. Deux tiers des feux sont éteints très rapidement et brûlent moins d'un hectare, mais à l'inverse, 3% des incendies, que les pompiers n'arrivent pas à maîtriser rapidement brûlent trois quarts des surfaces. La France est par contre pour l'instant épargnée par les "méga-feux" qui ont ravagé par exemple le Portugal.

Quels autres facteurs favorisent les incendies ?

"Depuis les années 1970, les paysages du sud-est deviennent plus favorables aux incendies", relève le chercheur : l'agriculture recule, la forêt s'étend naturellement et les terres "s'embroussaillent". Dans les Alpes-du-sud, les Cévennes, l'Ardèche, l'Aude, les Pyrénées Orientales ou encore l'arrière-pays niçois, la végétation combustible, pins d'Alep et chênes, s'étend.
 
D'autre part, "les gens ont envie d'habiter près de la forêt", et les constructions à risque, en bordure des forêts ou des garrigues, pullulent : "plus vous avez de maisons, de lignes électriques, de routes, et plus vous avez de départs de feu", déplore le chercheur.

Les feux de forêt sont-ils une fatalité ?

Neuf feux sur dix sont allumés par l'homme, accidentellement ou volontairement, ont calculé les scientifiques de l'Irstea. Au-delà de l'action de long terme pour tenter de contenir le réchauffement climatique, habitants et pouvoirs publics des zones à risque doivent "prévoir et s'adapter", souligne M. Curt.
 
"Il faut maintenir des coupures agricoles dans les paysages", avec des zones cultivées, oliveraies ou vignes par exemple, qui empêchent le feu de se propager, préconise-t-il. Et limiter davantage les constructions dans les zones à risque. Dans les forêts, il faudrait "favoriser les chênes au lieu des pins et même faire des coupes à certains endroits", précise Michel Vennetier, forestier à l'Irstea.
 
Chacun peut agir à son échelle, ajoute-t-il : respecter les interdictions d'aller se promener en forêt dans les périodes à risque, bien débroussailler son jardin et y planter des espèces moins inflammables, réduit considérablement les risques.
 
Source AFP
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Dégradation des sols

Deux milliards d’humains affectés par la dégradation des terres

La dégradation des terres affecte aujourd’hui, selon les évaluations des Nations unies, deux milliards de personnes dans le monde. Elle concerne un tiers de la surface de la planète et touche une centaine de pays sur tous les continents, mais plus particulièrement l’Afrique (au nord et au sud du Sahara), l’Asie centrale, le Moyen-Orient et une partie du continent américain.

Par dégradation des terres, il faut entendre un processus conduisant à une perte permanente de la productivité biologique et économique des écosystèmes ; celle-ci est due à l’érosion du vent et de l’eau, à la perte de la capacité des sols à stocker l’eau, à la chute de leur fertilité, à l’absence de toute végétation. La désertification représente son stade ultime.

Dans les pays concernés, les trois quarts des pâturages et la moitié des surfaces cultivées sont ainsi menacés, provoquant inévitablement la détérioration des conditions de vie des populations et l’augmentation de la pauvreté.

On sait aujourd’hui que la dégradation des conditions climatiques accroît les risques de dégradation des terres, avec notamment un phénomène de désertification accru : les sécheresses prolongées, des modes d’exploitation des ressources naturelles inadaptés conduisent à leur surexploitation, exacerbent leur fragilité et provoquent des situations d’irréversibilité. Le sol devient incultivable, il n’y a plus de végétation, on ne peut plus vivre dans ces conditions.

Les deux derniers rapports du GIEC prévoient ainsi une recrudescence des sécheresses et des crues, une diminution de l’écoulement des grands fleuves et une progression de la désertification.

Sol dégradé dans le Haut Atlas occidental au Maroc. Vincent Simonneaux/IRD

Un cercle vicieux

Les pays touchés, au Sahel notamment, tirent généralement leurs revenus de l’exploitation des ressources naturelles renouvelables. Si celles-ci viennent à diminuer, ils vont voir leur PIB chuter, la pauvreté de leur population augmenter et vont entrer dans des « trappes de pauvreté » : sans autres sources de revenus, les agriculteurs et les éleveurs vont augmenter les surfaces cultivées.

S’ils ne modifient pas leurs pratiques, cela conduira à la poursuite de la dégradation des terres et à la désertification, d’où une accentuation de la baisse des revenus, l’affaiblissement des liens sociaux, des migrations forcées.

S’ajoute à cela l’enjeu de la pression démographique : un tiers de la population mondiale vit déjà dans les régions sèches du globe et va donc se retrouver exposée au changement climatique et à la dégradation des sols. En Afrique, par exemple, il va falloir nourrir deux fois plus d’habitants dans les 20 ans qui viennent.

Si l’on ne parvient pas à augmenter suffisamment la productivité agricole pour nourrir ces populations à venir, les migrations au sein des pays (migrations rurales et vers les villes), les migrations régionales et les migrations Sud-Nord s’intensifieront.

Lutter contre la dégradation

Dans les pays touchés, les agriculteurs ont mis en place des méthodes ponctuelles de lutte qui permettent des adaptations réussies aux situations de sécheresse ; et parfois, avec l’appui des scientifiques, des méthodes plus intégrées comme les diguettes de pierres, les dispositifs d’aide à l’infiltration de l’eau, les plantations d’arbres, l’agro-écologie

Mais il est également indispensable de pallier les carences des sols en nutriments (phosphore et azote). Les statistiques mondiales montrent que la consommation moyenne annuelle d’engrais à l’hectare est, en Afrique, de l’ordre de 10 kg alors qu’en Asie elle est d’environ 60 kg et de plus de 200 kg en Europe. On peut considérer que c’est trop en Europe, mais trop faible en Afrique… or il faut pallier les carences en nutriments si on veut doubler voire tripler les rendements avec des pratiques agroécologiques.

Des travaux de restauration physique et biologique donnent des résultats positifs en Afrique de l’Ouest, en Inde et en Chine. Des analyses ont montré que les investissements nécessaires à la réhabilitation des milieux, avec un apport minimal de fertilisants, se montent à environ 300 à 400 dollars par hectares et par ans pendant trois ou quatre années et qu’ils permettent un doublement des rendements et des taux de retour économique pouvant atteindre 20 % à 30 %. À l’occasion de ses vingt ans, le Comité scientifique français de la désertification (CFSD) a consacré un séminaire à ces questions et propose sur son site de nombreuses ressources à ce propos.

Des investissements agricoles insuffisants

Des études pour évaluer le coût global de la dégradation des sols donnent des estimations comprises entre 1 à 9 % du PIB agricole pour chaque pays concerné. Une évaluation mondiale, réalisée en 1992 et partiellement réévaluée, indique des pertes annuelles de 42 milliards de dollars par an ; ajusté aujourd’hui, cela donne un montant de plus de 80 milliards.

Mais depuis plus de trente ans, les investissements agricoles provenant de l’aide publique au développement (APD) sont en baisse. En Afrique ils se chiffraient en 1981 à 1,9 milliard de dollars, soit 22 % de l’APD ; en 2001, à 0,99 milliard de dollars soit seulement 6 % de l’APD.

Une étude de décembre 2006 montre que la contribution financière à la diminution de la dégradation serait ainsi inférieure aux coûts de la dégradation ; elle suggère que l’APD augmente sa contribution à la gestion durable des terres de 10 à 15 % pendant 10 ans, dégageant ainsi 10 à 12 milliards de dollars par an, ce qui serait suffisant pour renverser le processus de dégradation des terres et procurer des revenus aux plus pauvres.

Revégétalisation pour freiner l’avancée du désert en Mongolie intérieure. Thibaut Vergoz/IRD

Des pistes à explorer

Les agriculteurs et les éleveurs des pays touchés sont parmi les plus pauvres et ils ne peuvent investir.

Il apparaît essentiel d’envisager d’autres sources, comme l’argent du retour des migrants par exemple, qui pourraient servir de caution à des prêts privés. On doit également garantir de bonnes conditions pour que ces investissements soient économiquement, socialement et environnementalement rentables : politiques publiques stables, garantissant l’accès aux ressources (terre, eau), stabilité des prix agricoles (intrants, récoltes), formation des agriculteurs et des éleveurs, existence de groupements professionnels et d’une société civile capable de dialoguer avec l’État.

Un autre impératif concerne les modalités de l’aide dont il faut veiller qu’elle parvienne bien aux agriculteurs. Enfin, il est important d’établir des priorités dans les investissements : restauration et réhabilitation des milieux dégradés, relèvement de la fertilité des sols ; adoption de systèmes de culture durables répondant au double objectif de production et de protection ; investissement dans le capital humain et le capital sociétal ; promotion de filières d’exportation ; promotion d’activités autres que les activités agricoles.

Tant que les États et l’aide publique au développement n’augmenteront pas leurs efforts financiers, les agriculteurs s’appauvriront et la désertification s’aggravera.

Marc Bied-Charreton, Professeur émérite, agro-économiste et géographe, membre du Comité scientifique français de la désertification (CFSD), Université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines – Université Paris-Saclay et Robin Duponnois, Directeur de recherche, microbiologiste, président du Comité scientifique français de la désertification (CFSD), Institut de recherche pour le développement (IRD)

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

The Conversation
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vaches sécheresse

CRISPR pour réparer les dégâts du changement climatique ?

Les scientifiques veulent créer génétiquement des vaches résistant à la chaleur pour survivre aux changements climatiques.
 
L'Institut des sciences de l'alimentation et de l'agriculture de l'Université de Floride a proposé un plan pour rendre les vaches plus résistantes à l'augmentation de la température causée par le  réchauffement climatique. La proposition a reçu une subvention fédérale de 3 733 000 $ US.
 
Le projet des scientifiques a pour objectif de préserver les vaches à viande de qualité en dépit du réchauffement. La première étape consiste à mener des recherches sur les vaches qui résistent déjà très bien la chaleur. En étudiant la vache Brangus, les chercheurs espèrent identifier la façon dont elle régule la température de son corps, ce qui lui permet de prospérer dans des climats très chauds. Une fois la caractéristique identifiée, les chercheurs pourraient utiliser un outil d'édition de gènes comme CRISPR pour conférer cette capacité à d'autres races.

LIRE DANS UP’ : dossier CRSPR

Le Dr Rachel Mateescu, professeur agrégé au Département des sciences animales de l'Université de Floride, déclare à Digital Trends : « Le stress thermique est un facteur principal limitant la production de protéines animales et affecte négativement la santé et le bien-être des bovins dans les régions subtropicales et tropicales, et son impact devrait augmenter de manière spectaculaire en raison du changement climatique [...] la capacité de faire face au stress thermique est donc un impératif ».
 
L’information sur ce projet scientifique doit être prise comme un signal faible. En effet, c’est la première fois qu’une recherche associant l’édition de gènes au changement climatique est financée. C’est une certitude désormais, les modifications climatiques changent notre monde d’une façon radicale. Le changement climatique modifie non seulement des écosystèmes entiers mais aussi la génétique de plusieurs espèces, y compris les humains.  De là à vouloir modifier la génétique d’espèces vivantes pour éviter les désagréments climatiques il n’y a qu’un pas que sont en train de franchir certains chercheurs.
 
Depuis sa première manifestation en 2013, une énorme quantité de recherches a été effectuée avec le fameux outil d’édition génétique CRSPR-Cas9. Des applications ont vu le jour dans tous les domaines, y compris dans la modification de virus afin de les rendre aptes à détruire des bactéries résistant aux antibiotiques ou des expérimentations pour faire revivre des espèces disparues comme le mammouth laineux.
 
Voici aujourd’hui la nouvelle tentation de certains scientifiques. Si nos efforts pour réduire notre impact sur le changement climatique s’avéraient infructueux, nous avons un plan B : la modification génétique de notre espèce afin de la rendre résistante, comme les vaches cobayes dont il est question dans cet article, au réchauffement de la planète. Simple non ? Il suffisait d’y penser ! On comprend mieux pourquoi Donald Trump s’est retiré de l’Accord de Paris et considère les mesures à prendre contre le réchauffement climatique comme des billevesées. Il s’imagine pouvoir créer un peuple de mutants génétiquement modifiés, résistant à la chaleur, et continuer son business, as usual !
 
Source : Futurism
 
 
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Groenland

Le Groenland fond à vitesse exponentielle et pourrait faire monter le niveau des océans de sept mètres

Le niveau des océans montait en 2014 à une vitesse supérieure de 50% à celle de 1993, la fonte de la calotte glaciaire du Groenland étant désormais à l’origine de 25% de cette hausse, contre 5% il y a 20 ans, selon une étude parue lundi 26 juin.
 
Ces conclusions risquent d’accroître encore l’inquiétude des scientifiques qui redoutent que le niveau des océans monte plus vite que prévu il y a encore quelques années, avec des conséquences potentiellement désastreuses. Des centaines de millions de personnes vivent dans des zones situées sous le niveau de la mer. D’importantes villes côtières sont menacées et de petites îles se préparent à être submergées.
En 2014, le niveau des océans augmentait d’environ 3,3 mm/an contre 2,2 mm/an en 1993, précisent les chercheurs dans la revue Nature Climate Change.
 
« Ces conclusions sont importantes » parce que le Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, dont les travaux font autorité sur le climat) «fait une projection très prudente de la hausse du niveau de la mer d’ici à la fin du siècle, 60 à 90 centimètres », a réagi Peter Wadhams, professeur de physique des océans à l’Université d’Oxford, qui n’a pas participé à l’étude.
 
Cette estimation, ajoute-t-il, suppose que la vitesse à laquelle les océans montent va rester stable.
« Il y a pourtant des preuves convaincantes - dont l’accélération de la fonte du Groenland et de l’Antarctique - que cette vitesse est en fait en train d’augmenter, et d’augmenter de manière exponentielle », souligne-t-il.
À lui tout seul, le Groenland contient assez d’eau gelée pour faire monter le niveau des océans d’environ sept mètres. « La plupart des scientifiques s’attendent désormais à ce que la hausse totale dépasse largement le mètre d’ici à la fin du siècle », selon M. Wadhams.
 
Cette nouvelle étude réconcilie pour la première fois les résultats de deux méthodes distinctes de mesures du niveau de la mer.
La première consiste à examiner la contribution à cette hausse de trois éléments: la dilatation de l’océan due au réchauffement climatique, les modifications dans la quantité d’eau stockée sur terre et la fonte de la glace provenant de glaciers et de la calotte glaciaire au Groenland et en Antarctique.
La seconde, l’altimétrie satellitaire, consiste à mesurer la distance entre un satellite et la surface de la mer.
 
Jusqu’à présent, les données fournies par l’altimétrie montraient peu de changements dans les niveaux de la mer ces vingt dernières années, même si d’autres mesures laissaient peu de place au doute quant à une hausse du niveau des océans.
Les chercheurs ont « corrigé un biais, petit mais important, dans les données satellitaires de la première décennie », explique à l’AFP Xuebin Zhang, professeur au National Laboratory of Marine Science and Technology à Qindao (Chine).
 
Au début des années 1990, la moitié de la hausse s’expliquait par la dilatation due au réchauffement, contre 30% 20 ans plus tard, selon les chercheurs. Le Groenland contribue en revanche désormais pour 25% contre 5% il y a 20 ans.
 
Source : AFP
 
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Tibet

La Chine engloutit le Tibet au nom du climat

Pékin construit des barrages à tour de bras dans les régions de l'ouest de la Chine, peuplées notamment de Tibétains, avec l'ambition de réduire sa dépendance au charbon. À Lianghekou, c'est une muraille de béton haute comme la Tour Eiffel qui prend forme dans les montagnes boisées du sud-ouest de la Chine. Mais ce barrage géant, censé aider à lutter contre le réchauffement climatique, est un choc pour la nature et la population tibétaine des environs.
 
Le colossal chantier situé à Lianghekou, dans la province du Sichuan, avale trois rivières. Lorsqu'il sera achevé en 2023, cet ouvrage de 295 mètres presque aussi haut que la tour Eiffel, sera le troisième barrage hydraulique du monde par la hauteur, avec une puissance de 3.000 mégawatts. Mais pour ceux qui habitent en amont, l'édifice est surtout synonyme d'engloutissement de maisons, monastères bouddhistes, terres fertiles et montagnes sacrées.
 
Pékin construit des barrages pour réduire sa dépendance au charbon, énergie fossile dont la consommation massive a fait du pays le premier pollueur mondial. La Chine produit environ 24% des rejets mondiaux de CO2. Le pays a ratifié en septembre l'accord mondial sur le climat conclu à Paris fin 2015 et s'est engagé à limiter ses émissions de gaz à effet de serre, à l'heure où il tire encore l'essentiel de son électricité du charbon.

"La montagne s'est vengée"

Objectif : développer l'hydroélectricité. La Chine n'avait que deux barrages en 1949 mais en compte quelque 22 000 aujourd'hui, soit près de la moitié de ceux qui existent dans le monde.
Mais, problème : les montagnes et les rivières sont sacrées pour le bouddhisme tibétain. L'édification du barrage de Lianghekou entamée en 2014 sur le Yalong, un affluent du Yangtsé, inquiète les habitants, qui pensent que leur vie ne sera pas tranquille si la nature n'est pas protégée. "L'an passé, un feu de forêt a éclaté. Les gens disent que c'est parce qu'on a creusé une route dans la montagne à l'explosif et que celle-ci s'est vengée", explique Tashi Yungdrung, une villageoise tibétaine, en faisant paître un troupeau de yaks. La plupart des gens n'oseraient même pas ramasser un simple caillou de cette montagne nommée Palshab Drakar, un important site de pèlerinage, souligne-t-elle.
 
Aujourd'hui, les villageois de la région s'attendent à des expropriations massives. Depuis le début des années 90, plus d'un million de riverains du Yangtsé, le plus long fleuve de Chine, ont été déplacés pour faire place au barrage des Trois Gorges (centre), le plus grand du monde en termes de puissance avec 22,5 gigawatts, soit l'équivalent d'une quinzaine de réacteurs nucléaires récents.
Ce projet des Trois Gorges avait été lancé en 1993 et la première turbine mise en fonction dix ans plus tard. Le barrage a atteint sa pleine puissance en 2012. Mais des milliers d'habitants déplacés n'ont pas pu se réadapter et vivent toujours dans la pauvreté.

"Nous n'avons plus de terres"

Sur le chantier de Lianghekou, une carte indique que 22 centrales électriques seront construites le long du Yalong, d'une puissance totale de 30 gigawatts.
Li Zhaolong, un Tibétain du village de Zhaba, affirme avoir reçu des autorités 300 000 yuans (39 000 euros) pour financer la construction d'une nouvelle maison sur les hauteurs, dans laquelle il emménagera l'an prochain. Mais les 28 000 yuans (3 700 euros) complémentaires obtenus pour chaque membre de sa famille seront vite dépensés lorsque leurs cultures seront englouties: "Avant, nous étions paysans. Maintenant, nous n'avons plus de terres", peste M. Li. "On ne peut pas déménager en ville. On n'a pas reçu suffisamment d'instruction et on ne pourra pas gagner notre vie là-bas".
 
Au total, 6.000 personnes seront déplacées par le barrage, selon un site internet lié à l’État et spécialisé dans l'énergie. Cinq monastères ont été ou seront reconstruits, mais leur importance spirituelle sera amoindrie avec l'éparpillement programmé des fidèles, déplore un lama nommé Lobsang. "Le gouvernement est grand, et la vallée très petite. Tant de choses seront perdues, mais nous ne pouvons pas résister ou nous battre", explique-t-il. "Quand quelqu'un dit quelque chose pour essayer de protéger sa terre, le gouvernement le traite de séparatiste".

Quels risques ?

Environ 80% du potentiel hydroélectrique chinois est situé sur le plateau tibétain, dans le sud-ouest de la Chine. Mais les habitants en bénéficient peu : une fois générée, l'électricité est acheminée essentiellement vers les grandes villes de l'est de la Chine, régulièrement frappées par la pollution atmosphérique, souligne l'association écologiste américaine International Rivers.
 
Certains experts remettent en cause l'intérêt de cette frénésie de barrages. Fan Xiao, du Bureau des ressources minérales du Sichuan, souligne, études à l'appui, que les lacs de retenue de la province émettent d'importantes quantités de méthane et de dioxyde de carbone. Ces deux gaz à effet de serre sont produits par la matière organique piégée sous l'eau durant les crues, explique-t-il.
 
Ingénieurs et militants écologistes ont en outre une autre crainte : le Sichuan, qui recevra d'ici 2020 un tiers de l'investissement national dans l'hydroélectricité, est un foyer d'activité sismique, laquelle pourrait endommager barrages et centrales. Pour certains géologues, la pression exercée par l'eau des réservoirs peut provoquer des séismes. Des ruptures de barrages ont déjà fait des centaines de milliers de morts par le passé en Chine.
Mais une fois lancés, les chantiers hydrauliques sont pratiquement impossibles à arrêter, souligne Fan Xiao. Selon lui, "le fait de savoir si un ouvrage va créer de réels bienfaits et avantages lorsqu'il sera achevé n'est guère une question que se posent les fonctionnaires en poste actuellement".
 
Source : AFP
 
Image d’en-tête : photo Matthieu Ricard
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le vin surchauffe

Le vin aussi surchauffe

La reine Élisabeth a fait planter 16 000 ceps de pinot noir, pinot meunier et chardonnay sur son domaine de Windsor afin d’y produire son propre Champagne. Un signe qui démontre royalement comment le changement climatique impacte la vigne et déplace les grands vignobles vers le nord. Alors que se tient à Bordeaux le grand salon Vinexpo, les vignerons du monde entier se posent des questions et tentent de trouver des solutions face au temps qui change.
 
Tailler la vigne, encourager la biodiversité, développer les cépages résistants... Des vignerons, réunis à Vinexpo, font assaut d'imagination pour sauver leur vin et mobiliser le monde viticole face aux catastrophes naturelles liées au réchauffement climatique.
Incendies, comme en Australie ou au Chili, grêle, gelées tardives comme en France fin avril : ces aléas climatiques devraient s'accentuer, prédit John Holdren, président de la Faculté sciences de l'environnement à Harvard, affirmant que la canicule de 2003 sera un été normal en 2040 et un été frais en 2060.
 
Même une faible hausse des températures affecte grandement le vignoble : "Les vignes sont des plantes très sensibles, elles sont comme un thermomètre", souligne Gaia Gaja, copropriétaire du domaine Gaja dans le Piémont (Italie), l'un des plus grands noms du vin.
Tous les vignobles sont concernés par le réchauffement, qui peut rendre les vins plus puissants et moins complexes aromatiquement avec des taux d'alcool plus élevés, pouvant facilement atteindre 16 à 17 degrés, ainsi qu'un manque d'acidité qui nuirait à leur équilibre.
"Nous avons besoin de grands changements", a annoncé l'Espagnol Miguel Torres, président de Bodegas Torres, lors d'une conférence consacrée à ce sujet. "Que pouvons-nous faire ? Nous pourrions créer un groupe mondial regroupant les domaines viticoles pour agir sur la réduction des gaz à effet de serre (...) et mener un changement qui serait suivi par d'autres entreprises".
Après l'accord de Paris, des viticulteurs ont montré qu'ils pouvaient agir individuellement et ont appelé à s'unir pour notamment faire pression sur les décideurs.
La profession possède un argument de poids, note John Holdren: "de nombreux dirigeants influents dégustent des grands crus. Si nous pouvons leur faire comprendre que leurs grands crus sont en danger, nous aurons une forte influence !", sourit-il.

Cépages plus tardifs

Les viticulteurs ont tôt fait de s'adapter avec des initiatives individuelles, et parfois collectives comme dans la Napa Valley en Californie, mais cela a un coût.
La Maison Torres, qui a investi 12 millions d'euros dans la recherche, tente de transformer le CO2 de différentes manières -- des algues au méthane -- à recycler l'eau et à baisser de 25% sa consommation énergétique.
Des cépages plus tardifs reviennent aussi au goût du jour comme le petit verdot à Bordeaux qui arrivait auparavant difficilement à maturité. Au Liban, le château Kefraya replante du cinsault, plus tardif et plus acide, pour faire face à une augmentation des températures de deux degrés en 10 ans.
La sélection génétique de cépages plus résistants à la sécheresse est expérimentée, mais la qualité n'est pas encore au rendez-vous pour faire de grands vins, selon plusieurs professionnels.
 
Autre conséquence du changement climatique : la géographie des vignobles. Certaines régions viticoles pourraient disparaître et d'autres faire leur apparition. Déjà, les domaines s'organisent : la Maison Torres, présente au Chili, a acheté des terres dans le sud du pays, près des lacs, tandis que le champagne Taittinger a investi en Angleterre pour y produire dans quelques années du vin effervescent.
 
Des vignerons changent complètement leurs méthodes de travail, parfois aidés de scientifiques, pour faire pousser des "vignes résilientes", comme les qualifie Gaia Gaja. Dans ses trois domaines italiens, aucun produit chimique n'est dorénavant utilisé, l'herbe, les féveroles ou encore l'orge sont cultivés entre les rangs pour contenir l'humidité ou favoriser la biodiversité.
Une vraie révolution que la jeune femme résume ainsi : "Notre travail ces quinze dernières années n'est plus de prendre soin des vignobles mais de prendre soin de la vie".
 
Source : AFP
 
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