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Vers une économie de la rébellion

entrepreneurs d'avenir
Il faut revoir de fond en comble nos modèles de production qui sont toxiques à tous points de vue. C'est le constat que fait le Parlement des Entrepreneurs d’avenir à L’UNESCO en montrant les soubassements sociaux et politiques de la crise climatique. Avec des témoignages qui actent que les modèles alternatifs se structurent tous azimuts. 
 
« Si ceux qui ont a chance de vivre en sécurité ne s’engagent pas, qui va le faire ? » Thibault Guilluy, Directeur Général chez Ares (Association pour la réinsertion économique et sociale) insiste sur la responsabilité de tous, envers les plus vulnérables. A ses côtés Eric Lombard, PDG de Generali France qui gère 1 600 milliards d’actifs d’épargne, détaille comment son groupe d’assurances entend aborder la prévention, le management, les investissements dans une vision durable de valeur collective. 
 
Nous sommes à l’Unesco pour 7ème Parlement des Entrepreneurs d’avenir. Une trentaine de tables rondes ont été organisées Les 4 et 5 décembre pour montrer combien les alliances sont les leviers d’un changement effectif des modalités d’entreprendre. Portée par un réseau initié par Generali avec le soutien de Jacques Huybrechts, cette dynamique prend de l’ampleur en s’appuyant sur une communauté d’acteurs (PME, associations…) en synergies avec Le Club Génération Responsable®, fondé en début d’année 2008, et le site Beeotop, lieu de fertilisations croisées, situé Porte de Clichy à Paris. 

Vers une économie de la rébellion

Les témoignages attestent que les modèles économiques sont en pleine reconfiguration. Au sein de la table ronde intitulée « Changer tous les climats, tous acteurs d’un monde meilleur », on cherche la cohérence…  La nécessité de traiter des enjeux de survie renforce la perception croissance d’un système à bout de souffle. Jean-Paul Delevoye, ancien président du Conseil économique social et environnemental (CESE) souligne le paradoxe : « Nous assistons au triomphe sans précédent du capitalisme et en même temps au potentiel  de déstabilisation du monde. La nature est fragile, l’interdépendance des êtres se manifeste : plus question de considérer comme des faits divers les attentats de Beyrouth, de Bamako ou l’avancée des déserts… Le rideau des institutions se déchire. Le niveau central stérilise, le local fertilise." Et de conclure : « Soyez des rebelles positifs ! Car ce sont le décalage, l’impertinence qui font l’innovation. Nous sommes tentés par une surconsommation du quotidien en absence de vision. Mais l’avenir c’est la contestation du présent ! »
 
Proche de l’ancien président du CESE, la philosophe Cynthia Fleury insiste sur le besoin de transformer les ressources des personnes en ressources existentielles. « Il nous faut trouver le modèle économique en phase avec la capacitation des individus, souligne-t-elle. Devenir citoyen c’est un travail, il faut donc le rémunérer. Cela justifie la création d’une allocation universelle ». Une manière se sortir de la posture de compensation du système qu’opère le monde des ONG.  La psychanalyste et auteur du livre  «Les  irremplaçables » considère que « La crise c’est le sentiment qu’un vieux monde se meurt sans que l’on entrevoie encore d’issue. « Des légitimités nouvelles se manifestent, se reconnaissent mais le déplacement n’est pas encore un destin ».
Cynthia Fleury signale des signaux encourageants : la déclaration de New York de 2014 sur les forêts n’a pas attendu des démarches interétatiques. Des instances diverses qui interviennent à des niveaux incommensurables ont créé un accord contraignant qui aboutit à la fin de la déforestation en 2030. Elle cite aussi « le devoir de vigilance des multinationales » – certes balayé par le Sénat en France en novembre mais qui devrait néanmoins être acté – qui oblige à ne pas s’aligner au moins-disant social des Etats. Elle considère que « les entreprises sous investissent leurs puissances d’agir avec les instances publiques. Elles peuvent réinventer un modèle de développement qui ne s’ajuste pas sur le dos des autres ». 

L’hybridation comme avantage sélectif 

Très actif dans le réseau des Entrepreneurs d’avenir, Charles Benoit Heidsieck, a fait part d’un travail juste publié (étude Comisis, novembre 2015), sur les alliances entre entreprises et associations. Le président fondateur du Rameau (laboratoire d’innovations partenariales) a indiqué que 53% des associations d’intérêt général employeuses (et 35% des non employeuses) agissent en partenariat avec des entreprises. Cela représente quasiment 1,2 million de partenariats existant à ce jour. C’est sur les territoires que ce mouvement de co-construction s’incarne : 47% des partenariats sont régionaux, 43% locaux, 22% nationaux et 4% internationaux. Quatre modes de relations complémentaires sont utilisés : 67% de mécénat, 29% de pratiques responsables, 26% de coopération économique et 25% d’innovation sociétale. Charles Benoit Heidsieck considère que nous assistons à une rupture sociologique car le « devoir d’alliance » n’est pas une injonction morale mais une opportunité dans un contexte où 84% des français pensent que travailler de manière associée est bénéfique. 
 
Selon Eric Lombard, « le capitalisme financier est un rapport de forces qui serait moins violent si le débat politique parvenait à poser les vraies questions. L’enjeu démocratique est un enjeu pédagogique ». Il a rappelé l’intuition initiale des Entrepreneurs d’avenir basée sur la convergence entre enjeux économiques, environnementaux et sociaux. 

Les effets en cascade des actions contre le réchauffement 

Agir contre le réchauffement climatique est un levier puissant qui oblige à revoir des situations souvent absurdes. Les acteurs sociaux et sanitaires ont compris depuis longtemps qu’en traitant la question climatique, on peut faire d’une pierre… quatre coups. Car limiter les usages fossiles, c’est diminuer les pollutions de l’air (avantage santé et environnement), c’est éviter des gaspillages (avantage économique), c’est mieux traiter les gens (avantage social). 
Le 3 décembre, s’est tenu au Beeotop, tiers lieu dédié aux acteurs de l’engagement sociétal, un débat présentant ces interconnexions. Directeur d’Espaces, Yann Fradin a présenté les douze chantiers de son entreprise d’insertion « qui verdit les villes » en remplaçant des massifs ou espaces verts par des potagers, ou en mettant en herbe des parkings. Jane Muret, chargée de mission développement durable à l’Institut Gustave Roussy, a signalé qu’en remettant en cause un réel gâchis de ressources, on est amené à mieux traiter les patients. Sylvie Joviado, directrice du Comité pour le développement durable en santé (C2DS) a fait état de la mobilisation des 500 établissements hospitaliers ou médicosociaux de son réseau pour réaliser des autodiagnostics des dépenses en fluides (eau, électricité, fuel ou gaz). Elle a publié un guide intitulé « L’hôpital agit pour la planète » qui répertorie les pratiques vertueuses. 
 
Ces actions soulignent l’importance de l’événement qui s'est tenu en marge de la COP21 intitulé « Les professionnels de santé en action pour des énergies et un climat sains », avec le soutien de Le Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM), en collaboration avec l’Alliance Européenne pour la Santé et l’Environnement (HEAL), l’Association Médicale Mondiale (AMM) et la Fédération Internationale des Associations des Etudiants en Médecine. Pour le président du CNOM, Patrick Bouet, « les changements climatiques sont avant tout une question de santé publique ». Il ne suffit plus de soigner, il faut également alerter. 
 
 

Retrouvez tous les échanges de la conférence de décembre 2015