Climat & Ressources

Le nouveau président brésilien veut-il détruire la forêt amazonienne ?

déforestation Amazonie
Jair Bolsonaro, tout juste élu que déjà surnommé « le Trump des Tropiques », inquiète les scientifiques du monde entier. En tant que président du Brésil, il contrôlera près des deux tiers de l'Amazonie, la plus grande forêt tropicale humide du monde. Or il a fait valoir qu'un trop grand nombre de zones écologiquement protégées entravaient le développement du pays.
 
Comme son homologue américain, le nouveau président brésilien est un adepte des formules brutales à l’emporte-pièce homophobes, misogynes et racistes. L’environnement est aussi une de ses cibles préférées. Il a ainsi fait valoir que trop de zones protégées sur le plan environnemental nuisaient au développement du pays et déclaré qu’il envisageait d’ouvrir une autoroute traversant l’Amazonie. Pour se donner plus de libertés dans ses projets, il a décidé d’interdire aux organisations non gouvernementales s’occupant de l’environnement, telles que Greenpeace et la WWF, d’agir au Brésil. Pour couronner le tout, Jair Bolsonaro a annoncé son intention de supprimer le ministère brésilien de l’Environnement.
 
Des projets inquiétants qui convergent pour développer une politique de démantèlement du patrimoine brésilien, qui est également celui de l’humanité : la forêt amazonienne. Bolsonaro prévoit en effet d'abattre une grande partie de la plus grande forêt tropicale humide du monde, et les critiques craignent qu'il « institutionnalise le génocide » en Amazonie.
 
« Ses projets téméraires d’industrialisation de l’Amazonie de concert avec les secteurs de l’industrie agroalimentaire et miniers brésiliens entraîneront des destructions immenses dans la plus grande forêt tropicale humide de la planète et dans les communautés qui l’habitent, et sèmeront la catastrophe dans le climat mondial » déclare Christian Poirier, directeur du programme Amazon Watch.
 
« Je pense que nous nous dirigeons vers une période très sombre de l’histoire du Brésil » renchérit Paulo Artaxo, chercheur en changements climatiques à l’Université de Sao Paulo au Brésil. « Ça ne sert à rien de tourner autour du pot : Bolsonaro est la pire chose qui puisse arriver pour l’environnement ».
Geneviève Guenther, fondatrice de l’ONG EndClimateSilence.org, a déclaré sur Twitter que l’élection de Bolsonaro « garantissait que le Brésil ne ferait rien pour réduire les émissions de pollution et que des superficies inouïes de la forêt amazonienne seraient détruites », tandis que le météorologue Eric Holthaus a fait valoir dans le Washington Post que le programme de privatisation de la forêt envisagé par le nouveau président est un « suicide planétaire ».
 
Selon notre confrère Reporterre, en Amazonie, des bûcherons, des mineurs, des accapareurs de terres ainsi que de grands propriétaires terriens se sont ralliés à lui. Ils ne s’attendent pas à ce que Bolsonaro fasse respecter la loi. Au contraire, ils espèrent qu’il tiendra sa promesse d’anéantir presque toutes les législations environnementales et pro-indigènes. Bolsonaro a ainsi promis d’ouvrir les terres autochtones à l’exploitation minière et à d’autres activités économiques. Environ 13 % du territoire brésilien est constitué de terres indigènes reconnues, la plupart situées en Amazonie, ces réserves constituant jusqu’à présent un fragile rempart contre la destruction de la forêt,
 

Poumon de la planète

La plupart des scientifiques s’accordent à dire que la forêt amazonienne est le poumon de la planète. Couvrant une superficie de 5.4 millions de km², les plantes de la forêt tropicale absorbent le dioxyde de carbone de l’atmosphère, l’utilisent pour croître et libèrent de l’oxygène dans l’air. La forêt aide la Terre à « inspirer » le dioxyde de carbone et à expirer de l’oxygène, effectuant un contrôle critique du changement climatique provoqué par l’Homme. Les scientifiques ont estimé que l’Amazonie pourrait contenir un sixième du carbone stocké dans la végétation du monde entier. Les experts en environnement soutiennent que ce système d’aspiration du dioxyde de carbone est l’une des meilleures solutions que nous ayons pour lutter contre le changement climatique.
L’Amazonie est aussi l’écosystème qui compte le plus d’espèces végétales et animales au monde. Or, année après année, des milliers de kilomètres carrés sont perdus au profit de l’élevage, de l’agriculture et des activités minières.
 
Malgré ce consensus scientifique, la forêt amazonienne est progressivement détruite. Selon un rapport publié la semaine dernière, WWF révèle qu’un cinquième de l’Amazonie a disparu en 50 ans à peine. Des pans de forêts, de la taille de pays, ont été abattus. Entre 1991 et 2000 c’est une zone de la taille de l’Espagne qui a été dévastée. Un rythme de déforestation qui s’est ralenti ces dernières années mais qui risque de reprendre de plus belle si l’on prend au sérieux les rodomontades du nouveau président brésilien.
 
Or s’il va au bout de ses idées, la stratégie du président Bolsonaro – qui veut que rien n’entrave la relance de la huitième puissance mondiale –, risque de se transformer en une pathétique politique de gribouille. En effet, selon Nilo D’Ávila, directeur de campagne à Greenpeace Brésil, « Réduire le combat contre la déforestation nous fera perdre en compétitivité économique et pourrait affecter notre capacité à générer de l’emploi. Les marchés internationaux réclament des garanties que notre production agricole n’est pas entachée par la destruction » de l’Amazonie. Des sanctions pourraient frapper les importations de produits brésiliens, s’est inquiétée mercredi une coalition de 180 entreprises agraires, pêcheries et organisations de la société civile.
 
Au-delà de ces intérêts économiques, c’est la question du statut même de l’Amazonie qui est posée. Ce territoire est essentiel à l’équilibre écologique de notre planète et à la survie de l’humanité. À elle seule, cette forêt produit 20 % de l’oxygène que nous respirons. Son sort peut-il être décidé par un chef d’État seul, contre les intérêts de l’ensemble de la communauté internationale ?
 
L’Amazonie pourrait légitimement s’apparenter à un bien commun de l’humanité dont l’existence transcende la notion de nation. « La politique brésilienne en matière d’utilisation et de protection des richesses de l’Amazonie a des conséquences sur l’ensemble des peuples et, à ce titre, la communauté internationale a un devoir d’intervention dans les décisions qui sont prises » écrit l’universitaire Frédéric Prévot.
Une question qui ne manquera pas de se poser car, au rythme de déforestation envisagé avec Bolsonaro, le poumon de la planète pourrait ne plus fonctionner d’ici une petite dizaine d’années. L’Amazonie est en effet un écosystème fragile qui, à force d’être agressé par l’intérêt des lobbys et la folie des hommes, risque de perdre son équilibre et se transformer en savane. Tristes tropiques…
 
 

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