UP' Magazine L'innovation pour défi

sécurité alimentaire

Au Danemark une enseigne vend des produits périmés pour lutter contre le gaspillage alimentaire

Alors que la France jette environ 1,5 million de tonnes de déchets alimentaires par an, une loi, promulguée le 11 février, oblige désormais les enseignes de la grande distribution à donner leurs invendus aux associations caritatives. Mais le Danemark, où près de 700 000 tonnes d’aliments sont jetées chaque année, va plus loin dans la lutte contre le gâchis. Un supermarché d’un nouveau genre vient d’ouvrir ses portes. Chez Wefood, on ne vend que de la nourriture périmée, ou dont les emballages sont défectueux, pour des prix de 30 % à 50 % inférieurs à ceux pratiqués dans un supermarché normal.
 
Acheter à moindre coût des produits délaissés par la clientèle des supermarchés : voilà qui fait saliver les habitués de Wefood, une chaîne d'un nouveau genre installée à Copenhague. Après une première boutique à Amager, une île de la capitale danoise, l'association Wefood a ouvert une succursale dans le quartier branché de Nørrebro, haut-lieu du melting-pot culturel à la danoise.
S'y vendent exclusivement des produits dont la date de péremption est dépassée ou l'emballage abîmé. Quant aux profits, ils sont reversés à une organisation caritative.
 
Le jour de l'ouverture en octobre, hipsters et mères de famille jouaient des coudes pour obtenir un bol d'une soupe concoctée à partir de choux-fleurs invendus par les disciples de Claus Meyer, l'un des fondateurs du Noma, célèbre restaurant étoilé de Copenhague. "C'est cool qu'au lieu de jeter les ingrédients, ils choisissent de les vendre ! On soutient une bonne cause en venant ici," se réjouit Signe Skovgaard Sørensen, une étudiante, ravie d'avoir trouvé une bouteille d'huile d'olive haut de gamme pour 20 couronnes (2,7 euros).
 
"N'est-ce pas fantastique ?", s'émerveille Olga Fruerlund, une retraitée qui vient de dénicher un bocal de bonbons, futur cadeau de Noël pour ses petits-enfants. Ces gourmandises "peuvent durer une centaine d'années grâce au sucre qu'elles contiennent...", affirme-t-elle malicieusement.
 
La législation danoise permet la vente de produits après leur date de péremption tant qu'ils ne présentent pas de risque immédiat pour la santé et que l'emballage l'indique.

Moitié moins cher

Encore faut-il persuader la clientèle que des produits restent mangeables après la date d'expiration. Concrètement, chez Wefood, "on regarde, on sent, on inspecte pour voir si le produit est encore consommable", explique l'un des responsables, Bassel Hmeidan.
 
Tous les produits vendus dans les magasins Wefood sont donnés par des producteurs, des sociétés d'importation et d'exportation et des supermarchés locaux. Ils sont recueillis par le personnel de Wefood, constitué exclusivement de bénévoles. Les prix affichés sont inférieurs de moitié à ceux des autres magasins alimentaires.
 
Mais c'est une gageure de se nourrir exclusivement ici, car l'offre, qui dépend des arrivages et de la bonne volonté des donateurs, y est par nature éclectique : à côté d'une profusion de pop-corns estampillés Disney, on peut n'y trouver comme fruits que des pommes cabossées...
 
La lutte contre le gaspillage alimentaire est une priorité à travers l'Europe, où différentes initiatives, politiques ou populaires, se développent. En 2015, la France a ainsi interdit de jeter les invendus alimentaires.
 
En Grande-Bretagne, le premier supermarché d'invendus a ouvert ses portes près de Leeds en septembre : là, les clients britanniques sont invités à payer le montant qu'ils souhaitent, comme bon leur semble - contrairement au modèle danois de Wefood où les prix de vente sont fixes -, l'accent étant mis sur la lutte contre la pauvreté.
 
Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, la FAO, près de 1,3 milliard de tonnes de nourriture est gaspillé chaque année, une ressource qui pourrait permettre de répondre aux besoins du milliard de personnes souffrant de la faim dans le monde.

Un concept devenu 'très populaire'

En cinq ans, le Danemark a réduit de 25% ses déchets alimentaires, selon le gouvernement. Cette performance est liée en partie à l'impulsion de l'organisation "Stop au gaspillage alimentaire", fondée en 2008 par la militante d'origine russe Selina Juul, arrivée au Danemark à 13 ans en 1993 et outrée par le gâchis de nourriture. Le concept est devenu "très populaire", constate-t-elle.
 
L'une des propositions phares de son association consiste en des promotions importantes sur les articles dont la date d'expiration est proche. Ce principe a été adopté par la majorité des supermarchés du Danemark, et il a aussi cours dans d'autres pays. Wefood compte continuer son expansion. L'association prévoit l'an prochain d'ouvrir un établissement à Aarhus, la deuxième ville du Danemark.
 
L'association des épiciers danois estime toutefois qu'il vaudrait encore mieux prendre le problème à la racine: le gaspillage alimentaire doit être "résolu en amont, avant même d'être obligé de donner les produits à un magasin comme Wefood", estime son directeur, John Wagner.
 
Certains suivent cette voie. Plutôt que des offres "deux pour le prix d'un" quand la date de péremption approche, la chaîne à petits prix Rema 1000 a ainsi choisi de réduire la taille des portions mises en vente, notamment pour le pain, afin que les personnes vivant seules ne jettent plus le surplus non consommé.
Source : Sören BILLING - AFP
 

 

bio dans les cantines

Oui au bio et local dans les cantines !

Les députés ont adopté ce 23 novembre, à l’unanimité, l’inscription de 40% de produits locaux et de saison dont 20% de produits bio en restauration collective d’ici à 2020, dans le cadre du projet de loi Egalité et citoyenneté.
 
Adopté par les députés en avril, le Sénat avait censuré cet article de loi permettant l'introduction du bio dans les cantines, comme nous l’avions rapporté en octobre dernier. Ouf ! L'amendement de la députée écologiste Brigitte Allain sur le "manger local" et "manger bio" a été adopté ce 23 novembre 2016 à l'unanimité à l'Assemblée Nationale. Les restaurants collectifs devront proposer 40 % de produits dits "durables", de saison, de qualité et surtout, issus de circuits courts, dont 20 % de produits bio.
Une très bonne nouvelle pour les cantines scolaires mais aussi pour les restaurants des grandes entreprises qui disposeront d’un délai pour se mettre en conformité avec l'amendement et devront donc insérer l’alimentation durable dans leur politique de Responsabilité Sociale et Environnementale (RSE).
Seront donc concernés les contrats conclus à compter du 1er janvier 2020.
 
L'Etat s’est enfin donné les moyens d'agir pour permettre d'une part aux agriculteurs/trices d'approvisionner des marchés rémunérateurs, leur assurant ainsi des débouchés réguliers et des revenus équitables et d'autre part, d'assurer des repas sains et de qualité aux enfants. Il était temps car la pression des parents d’élèves auprès des écoles était très nombreuse à travers de multiples pétitions signées depuis le début de l’année.
 
20 % de bio et local dans la restauration collective en 2020 c'est réaliste et ce n'est pas plus cher ! D’après les derniers chiffres de l'Agence BIO, en 2014, seuls 5% des établissements scolaires proposaient 15% ou plus de produits bio à leur carte. Comme aucune réglementation n'existait en la matière, la démarche dépendait avant tout de la bonne volonté des élus. "C'est un choix politique," confirmait Samy Kefy-Jérôme, adjoint au maire de Saint-Etienne, dans une interview à l’Express en aôut dernier. Un consensus politique qui répond à une attente simple et forte des citoyens.
 
Le succès du bio en restauration collective ne se dément pas et prend même de l’ampleur. Pour preuve, les achats ont progressé de 18 % en 2015 et de 11 % en 2014, pour une valeur totale estimée à 225 millions d’euros HT en 2015 (source : Agence bio/CSA).
Selon la FNAB,  400 000 ha sur les 29 millions d'ha de terres agricoles françaises suffisent pour approvisionner en bio les cantines à hauteur de 20 %. Or l'agriculture bio représente actuellement 1,3 million d'hectares en France et chaque année de nouvelles terres obtiennent la certification.
 
Question qui reste néanmoins en suspens : le texte sera-t-il contraignant ?  L’Observatoire de l’alimentation (alim’agri) sera, entre autres, chargé de définir les outils méthodologiques pour permettre aux organismes publics et privés de restauration collective d’atteindre l’objectif des 40% de produits bios et locaux et d’en définir les critères. Dans chaque région, « des plans avec des orientations précises au niveau des politiques alimentaires » devront être mis en œuvre. Selon Brigitte Allain, c’est « l’une des mesures fortes ». (Source : bastamag.net).
 

Voir (ou revoir) le film "Nos enfants nous accuseront" de Jean-Paul Jaud 2008, militant pour réintroduire le temps de cantine dans le temps éducatif, sous la responsabilité de l’Education Nationale. Temps pouvant être consacré à l’entretien du potager, à l’éducation au goût et d’une façon générale aux questions environnementales.

 
 

 

agrostratégies

Starling ou l'innovation technologique au service de la forêt

Defence Airbus and Space, The Forest Trust (TFT) et SarVision ont développé conjointement un service innovant qui permet aux entreprises de l’agroalimentaire de fournir des preuves de la mise en œuvre de leurs engagements en matière de protection de l'environnement et plus particulièrement de lutte contre la déforestation. Après 14 mois de développement, cette technologie est en service auprès de deux clients pilotes, Ferrero et Nestlé, et sera commercialisée début 2017. Pour la première fois, ce type de technologie sera mis à la disposition des entreprises pour les aider à prendre les bonnes décisions et à respecter les promesses énoncées dans leurs politiques de conservation des forêts.
 
Le service est appelé Starling et utilise une combinaison d'images satellitaires optiques et radar de haute résolution. Nestlé et Ferrero, deux géants de l’industrie agroalimentaire, ont accepté d’être les « clients pilotes » de cette innovation technologique afin de prouver leurs engagements dans le contrôle de leur chaîne d’approvisionnement et de traçabilité, et ce, en luttant contre la déforestation. 
Ce service mis au point par Airbus Defence and Space, SarVision et The Forest Trust, appelé Starling, allie imagerie satellite optique haute résolution et radar pour fournir une observation objective de l’évolution du couvert forestier. Avec ce satellite, Nestlé et Ferrero peuvent suivre la chaîne alimentaire, notamment les plantations d’huile de palme dont la demande croit au rythme de 3% par an, ses propriétés techniques la rendant indispensable dans de nombreux produits transformés : lait infantile, soupes, savons, détergents, etc. Un engouement qui a pour corollaire une exploitation parfois irresponsable, source de déforestation.
 
Le partenariat entre Airbus Defence et les spécialistes de la télédétection spatiale, TFT et radar SarVision a débuté en 2015. Airbus Defense and Space est chargé d'activer ses satellites, de prétraiter l'imagerie et de distribuer le service dans le monde entier. L'expérience de TFT en matière d'aménagement du territoire et de foresterie et l'expertise de SarVision en analyse d'images radar complètent la conception de la solution. Les données satellitaires complexes et expertes sont transformées en informations qui peuvent être directement utilisées et comprises par les agro-industries.

Déforestation : Etat des lieux

80 % de la déforestation est due à l’agriculture. Mais de 2010 à 2015, la superficie des forêts (naturelles et plantées) a régressé chaque année de 0,08 %, contre 0,18 % entre 1990 et 2000, selon un rapport quinquennal sur l’état des forêt de la FAO, notant ainsi un ralentissement du rythme de la déforestation depuis vingt-cinq ans : « Même si à l’échelle mondiale, l’étendue des forêts continue de diminuer alors que la croissance démographique et l’intensification de la demande en nourriture et en terres se poursuivent, le taux de perte nette de forêts a chuté de plus de 50 % », indique l’étude publiée tous les cinq ans. « Cependant, cette tendance positive doit être consolidée, surtout dans les pays qui accusent un retard. » (Source Le Monde).
 
La déforestation est loin d’être une solution pour nourrir l’humanité. Au contraire, le déboisement risque de mettre à mal l’agriculture à long terme, puisque les forêts sont des éléments naturellement utiles aux cultures environnantes.
Même si les surfaces cultivables sont de plus en plus restreintes, la solution n’est pas de créer de la place en défrichant le couvert forestier, mais d’optimiser cette place pour en assurer les rendements.
 
En ligne de mire, l’agro-industrie, particulièrement florissante en Amérique latine et en Asie du Sud-Est, qui alimente depuis plusieurs décennies le marché mondial en maïs et en soja (brésilien, argentin…) pour l’élevage européen, en viande pour les fast-foods nord-américains, en huile de palme (indonésienne, malaise, nigériane…) pour l’industrie alimentaire et cosmétique, en pâte de bois et en cellulose pour la fabrication du papier, etc. L’expansion de l’ensemble du secteur – et par conséquent la pression sur les forêts – est boostée aujourd’hui par la montée en puissance de la demande en agro carburants, dérivés eux-mêmes, dans leurs différentes formes, de la plupart de ces cultures intensives, qu’elles soient oléifères (soja, palmiers à huile…), riches en sucre (maïs, canne…) ou autres encore (cellulose…). Le World Rainforest Movement, principale coalition mondiale d’organisations mobilisées contre la déforestation, parle à juste titre de la création de « déserts verts » à propos de l’extension de ce type de production à haute rentabilité, mais dont les externalités négatives, en termes de pollution, d’épuisement des terres, de consommation en eau, de contamination des nappes phréatiques et de la chaîne alimentaire…, font au mieux l’objet de compensations symboliques de la part des grands noms de l’agrobusiness (Source : cetri.be).
 
Si cette industrie génère d’importants bénéfices pour les Etats producteurs et les grands groupes nationaux et transnationaux de l’agrobusiness, la logique et les effets de son mode de production dominant ouvrent sur de sérieuses impasses. Des impasses qui débordent la seule problématique de la déforestation, pour embrasser notamment celle de la sécurité alimentaire.
Mette Loyche Wilkie, chargée de la mise en œuvre des politiques environnementales au Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), reconnaît que « les multinationales s’engagent de plus en plus à ne vendre que des produits qui ne sont pas liés de près ou de loin à la déforestation, elles savent que c’est un risque de plus en plus important pour leur réputation ». Comme Unilever et Cargill  qui ont été les premiers à s’engager, rejoints par de nombreuses multinationales comme L’Oréal, ou le géant de l’huile de palme Wilmar.

Vers une dynamique vertueuse

Alors comment progresser sur le chemin vers le « zéro déforestation » ? Pour Héloïse d’Huart, chef de projet de l’association The Forest Trust, il faut «inciter les acteurs de la filière à prendre des engagements. Comme l’a fait Ferrero avec sa Charte. Puis accompagner les fournisseurs et producteurs sur le terrain pour trouver avec eux des solutions pragmatiques et économiquement viables, et mettre en place des plans d’action pour aller vers des pratiques responsables ».
 
C’est la démarche choisie par Ferrero pour Nutella. Au nom d’une conception élargie de la qualité. « La qualité ce n’est pas seulement le goût, la fraîcheur et la sécurité alimentaire. C’est aussi l’impact de nos produits sur l’environnement et les communautés locales. Chez Ferrero, nous sommes historiquement très vigilants sur la traçabilité de nos approvisionnements, c’est dans notre ADN. C’est ce qui nous a conduit à lancer, dès 2005, notre démarche pour une huile de palme durable » a témoigné Aldo Cristiano, Directeur des Achats des Matières Premières pour Ferrero.
 
Une démarche qui s’est déployée en plusieurs étapes : adhésion à la RSPO, choix du niveau le plus élevé de certification RSPO (huile de palme ségrégée), lancement de la charte Nutella et du partenariat avec The Forest Trust, participation au POIG. « Aujourd’hui nos 22 sites industriels sont approvisionnés à 100% en huile de palme ségrégée RSPO » a confirmé Aldo Cristiano. 
 
Mais le label RSPO n’est-il pas discutable, puisqu’il ne prend en compte que la destruction des forêts primaires ? Et pourquoi devrait-on encore déforester puisqu’il existe d’importantes réserves de terre dégradées pour planter ? En réponse à ces remarques légitimes de Pierric Jammes, le responsable des approvisionnements de Ferrero, a rappelé que Nutella allait plus loin que le standard RSPO depuis 2013. « Notre charte couvre dix engagements qui sont autant d’exigences environnementales et sociales. Nous sommes allés les expliquer à nos fournisseurs – planteurs, moulins, raffineries -  pour qu’elles guident dorénavant leurs pratiques. Nous entretenons un dialogue permanent avec eux et nous mettons en place des actions correctives lorsque des problèmes sont identifiés » a-t-il expliqué.
La charte Nutella s’appuie sur l’approche multi-critères High Carbone Stock, qui fait aujourd’hui référence pour définir les forêts qui doivent être protégées, pour leur richesse en carbone et leur biodiversité notamment, et celles qui peuvent être converties en un autre usage, agricole notamment, parce qu’elles n’ont pas la capacité de se régénérer. Pour assurer le déploiement de sa charte jusqu’aux plantations, Ferrero s’appuie sur l’association The Forest Trust dont les acteurs de terrain accompagnent les parties prenantes de sa chaîne d’approvisionnement dans cette transformation. 
 
Inciter les fournisseurs à adopter des pratiques responsables et les épauler dans cette mise en œuvre  est indispensable. Mais encore faut-il pouvoir vérifier que les engagements sont tenus. Ce qui  suppose de savoir ce qui se passe sur le terrain en temps quasi réel.
 
 
"C’est la prochaine étape de la démarche pour une huile de palme durable de Nutella", a annoncé Aldo Cristiano. Elle va s’appuyer sur un outil très novateur : Starling. Les avantages de cet outil sont nombreux si l’on en croit les explications fournies par Patrick Houdry : «les images satellites ne trichent pas. Ce sont des données objectives qui permettent d’établir des comparaisons dans le temps et l’espace. Elles montrent les évolutions du couvert forestier, permettent de faire réfléchir ensemble les parties prenantes à partir d’un constat partagé. Elles captent les signes précurseurs de détérioration des espaces naturels, à l’échelle d’une plantation, du bassin d’approvisionnement d’un moulin à huile ou d’une raffinerie ».  L’outil est flexible : la fréquence du monitoring peut être adaptée aux enjeux de chaque zone géographique, de chaque plantation. 
« Nous nous positionnons en éclaireur et lorsque nous faisons évoluer les pratiques de nos fournisseurs, nous pensons que cette transformation impactera l’ensemble de leur production » déclare Aldo Cristiano.

Surveillance des plantations

 « Starling est un service révolutionnaire », a déclaré Bastien Sachet, Directeur de l’organisation à but non lucratif TFT qui se consacre aux enjeux sociaux et environnementaux mondiaux. « Il fournit non seulement une précision inédite grâce à l’association des images SPOT d’une résolution de 1,5 m et des données radar indépendantes de la couverture nuageuse, mais il va également plus loin que le concept traditionnel ‘d'’audit ".
 
Jusqu’ici, les marques et les producteurs n’avaient pas d’autre choix que de recourir à des cabinets d’audit, explique Airbus Defense and Space, pour vérifier leurs engagements « zéro déforestation ». Mais ces derniers n’avaient pas toujours la possibilité d’avoir accès à toutes les zones forestières.
C’est la première fois qu’une technologie de ce type est mise à la disposition des entreprises, des producteurs aux grandes marques internationales, pour les aider à prendre les bonnes décisions et à tenir les promesses formulées dans leurs politiques de préservation des forêts. Avec ce satellite, Nestlé et Ferrero peuvent désormais surveiller l’évolution des plantations qui leur fournissent de l’huile de palme, grâce à des zooms jusqu’à un mètre et demi du sol.
Bernhard Brenner, Responsable du Business Intelligence Group chez Airbus Defence and Space a précisé : "La plupart des entreprises s'efforcent de faire ce qu'il faut, et Starling a pour but de leur donner la véritable capacité de le faire. Notre constellation de satellites leur offre un outil fiable pour suivre et vérifier leurs actions et mieux protéger les ressources mondiales."
 
Toutefois, les auditeurs n’ont pas la possibilité d’obtenir une vision globale de la situation car ils n’ont pas accès à toutes les zones forestières et ne passent qu’un nombre limité de jours sur le terrain. L’imagerie spatiale est une alternative performante qui fournit en temps réel des informations complètes, impartiales et économiques et permet de distinguer aisément replantation et déforestation. Elle permet aux entreprises de mieux gérer leurs activités, de prendre des décisions en toute connaissance de cause et de prouver à leurs acheteurs et consommateurs qu’elles respectent leurs engagements.
 
Malgré l’innovation de taille que représente la capacité de vérifier le respect des engagements zéro déforestation par satellite et radar avec le projet Starling, à notre échelle individuelle, lutter contre la déforestation peut revenir à réévaluer nos modes de consommation : une grande majorité des produits que l’on utilise au quotidien contiennent des matériaux directement issus de l’exploitation des forêts. Il faut donc être attentif à ce que contiennent les produits que l’on acquiert, pour ne pas être acteurs de ce fléau.
 
 
Pour en savoir plus sur Starling : www.intelligence-airbusds.com/starling
 

 

agriculture biologique

Agriculture bio : Pour des politiques publiques à la hauteur des enjeux

Dans un contexte de crise agricole sans précédent, la culture bio s'impose comme une véritable alternative pour un système agricole à bout de souffle. En témoigne l’ampleur de la vague de conversion à l’agriculture biologique en 2016 comme en Auvergne-Rhône-Alpes, où 700 nouvelles fermes se sont engagées en bio au 1er semestre. A cet égard, les soutiens publics à la bio restent, eux, clairement insuffisants. Retard de paiement des aides bio, enveloppes budgétaires sous-estimées, … les signaux d’alerte sont nombreux et contredisent les annonces faites par les responsables politiques. Face à ce constat, le réseau des agriculteurs bio d’Auvergne-Rhône-Alpes lance un appel à la Région et à la DRAAF* pour davantage d’anticipation et de concertation.
 
Le bio se porte bien dans la nouvelle région Auvergne-Rhône-Alpes ! Selon la Corabio (la Coordination Rhône-Alpes de l’agriculture biologique) et Bioconvergence (l’association des transformateurs et distributeurs bio de Rhône-Alpes), durant le 1er trimestre 2016, ce ne sont pas moins de 146 nouvelles fermes rhônalpines qui ont choisi de s’engager en agriculture biologique.
En 2015 déjà, le nombre d’exploitations bio avait augmenté de 6 %, avec 275 nouveaux engagements en bio. Corabio dénombre ainsi 3263 fermes bio à la mi-avril 2016 sur le territoire rhônalpin. Fin 2015, les surfaces certifiées et en conversion atteignaient 101 091 ha. La part de bio y est supérieure à la moyenne nationale puisque représente 8 % des exploitations rhônalpines et 7 % des surfaces régionales. Selon Bioconvergence, le nombre de transformateurs bio maintient le cap avec 1075 opérateurs. La consommation de produits bio en Rhône-Alpes s'inscrit dans la tendance nationale largement à la hausse dans tous les circuits de distribution (+ 10 %). Les magasins bio se démarquent particulièrement (+ 15 %) avec de nombreuses ouvertures de magasins sur le territoire rhônalpin et un chiffre d'affaire en forte progression (+ 25 %).
Avec près des 2/3 des surfaces agricoles en zone de montagne, la nouvelle région Auvergne-Rhône-Alpes devient une région importante de polyculture-élevage bio, aux productions animales diversifiées pesant lourd dans la balance nationale. (Source : Rhône-Alpes Passions Médias – Mai 2016)
 
 
Néanmoins, tout ne va pas bien dans ce meilleur des mondes. Car, malgré une demande sociétale en hausse, un agriculteur conventionnel touche en moyenne plus d’aides de la Politique Agricole Commune (PAC) qu’un agriculteur bio. La bio n’est donc pas l’agriculture la plus subventionnée. Pourtant, les aides à la conversion, accessibles pendant les cinq années qui suivent l’engagement d’une ferme en bio, représentent un soutien indispensable pour sécuriser cette phase de transition parfois difficile. Les aides au maintien sont nécessaires, par la suite, pour rémunérer les conséquences positives des pratiques bio sur l'environnement et la santé publique.
 
Les aides à la bio issues de la PAC sont financées par l’Europe (à 75%) et l’Etat (à 25%). Mais aujourd’hui, deux problèmes majeurs sont à déplorer :
 
- Le compte n’y est pas : en dépit des objectifs volontaristes annoncés par l’Etat comme la Région, l’enveloppe budgétaire calibrée en 2014 pour la période 2015-2020 a été largement sous-estimée et ce, malgré les alertes lancées par le réseau FNAB (Fédération nationale de l'agriculture biologique) qui demandait des moyens budgétaires permettant de répondre aux besoins des nombreuses fermes qui s’engagent en bio. Aujourd’hui, au vu de la forte dynamique de conversion en Auvergne-Rhône-Alpes, cette enveloppe pourrait se révéler insuffisante en 2017, voire dès 2016. De fortes incertitudes pèsent donc sur la possibilité d’accompagner les fermes bio d’Auvergne-Rhône-Alpes jusqu’en 2020.
 
- La gestion du dossier « aides à la bio » est loin d’être prioritaire : manque d’anticipation et de coordination entre les différents interlocuteurs (Etat, Région, Agence de Service et de Paiement…), problèmes informatiques… Les aides bio sont versées en dernier, après l’ensemble des autres aides à l’agriculture. Ainsi, le solde des aides bio de la PAC 2015 ne sera vraisemblablement pas versé avant début 2017. Et ces retards mettent à mal les trésoreries des fermes nouvellement engagées en bio.

Une concertation nécessaire pour accompagner le changement d’échelle de la bio 

Alors qu’en 2015 une hausse de la consommation en produits bio de +20% avait été reconnue, tous les indicateurs font aujourd’hui état d’une croissance exponentielle pour 2016 et les années à venir. Cette tendance de fond touche tous les modes de commercialisation, de la vente directe aux grandes surfaces en passant par les magasins spécialisés. Côté amont, producteurs et éleveurs sont de plus en plus nombreux à franchir le pas vers l’agriculture biologique. Bien que les profils restent diversifiés et touchent l’ensemble des productions, un grand nombre des conversions en Auvergne-Rhône-Alpes concerne des secteurs agricoles en crise tels que le lait et la viande.
 
Face à ce constat, le réseau des agriculteurs bio d’Auvergne-Rhône-Alpes demande à la Région et à la DRAAF* davantage d’anticipation et de concertation, afin de mettre en œuvre les solutions qui permettront un paiement en urgence des aides 2015 et un engagement au versement des aides 2016-2020 en Auvergne Rhône-Alpes.
 
*Direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt
 
 

 

Tribunal Monsanto

Monsanto est-il coupable d’écocide ?

Un tribunal symbolique contre Monsanto s’est tenu à La Haye (Pays-Bas) du 14 au 16 octobre 2016. Objectifs : répondre aux questions de la responsabilité légale des entreprises et des États dans la dégradation de l’environnement planétaire au vu du droit international existant ; et convaincre de la nécessité d’introduire la notion de crime d’écocide dans le droit international.
 
L’agriculture a été profondément modifiée, en moins d’un siècle. Il existe encore une agriculture vivrière et paysanne, mais cette dernière est menacée par l’agriculture industrielle. Cette agriculture, déconnectée des réalités locales et fortement dépendante des intrants chimiques, a eu de nombreuses conséquences : confiscation du droit des paysans à réutiliser leurs semences et marginalisation de millions d’entre eux, concentration croissante du marché des semences, réduction croissante de la biodiversité naturelle et agricole à la base de l’alimentation, épuisement des sols et des ressources en eau, pollution croissante de l’environnement planétaire liée aux produits agrochimiques dont ces nouvelles semences ont besoin… Ces conséquences portent gravement atteinte à l’intégrité des écosystèmes dont dépendent les populations humaines. Au final, les multinationales de l’agrochimie et semencières ont acquis un pouvoir considérable qui leur a conféré un rôle croissant dans la définition des règlementations nationales ou internationales, une influence délétère sur la recherche scientifique et une impunité générale.

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Reconnaître le crime d’écocide

En 1966, à la suite de l’utilisation de l’agent Orange au Viêt Nam, les Nations unies débutent des discussions sur l’introduction du crime d’écocide. Il est alors question de réformer le droit international. Or, les quatre crimes retenus en 1998 dans le Statut de la Cour pénale internationale (CPI) - crime contre l’humanité, crime de génocide, crime de guerre, et crime d’agression - ne suffisent plus à qualifier ce qui se produit en termes de destruction des écosystèmes.
 
Selon End Ecocide on Earth, un mouvement citoyen devenu planétaire, le crime d’écocide est « un endommagement étendu ou une destruction qui aurait pour effet d’altérer de façon grave des communs planétaires ou des systèmes écologiques » dont tout être vivant et l’humanité en particulier dépend. Il faut en effet sortir d’une vision anthropocentrée du droit pour réaffirmer l’homme dans sa condition d’interdépendance avec à la fois les espaces naturels « communs » que sont les océans, l’atmosphère, les pôles par exemple et les « systèmes écologiques » qui fournissent une eau propre et un air sain, ainsi que nourriture et habitat à chacun. C’est donc une toute autre place qui est ici assignée à l’homme, il devient une partie d’un tout, non plus le « propriétaire », disposant de « droits » sur ce tout.
 
Concrètement, les écosystèmes, desquels nous dépendons tous, sont détruits par des technologies industrielles irrespectueuses du vivant, conduisant à hypothéquer les conditions de vie des générations actuelles et futures. Des personnes physiques, mais aussi des entités morales, devraient donc pouvoir être poursuivies pour des écocides. L’écocide est un crime distinct et de responsabilité stricte, le plus souvent sans faute : c’est-à-dire une responsabilité liée aux conséquences de l’acte (en fonction d’une connaissance établie de ces conséquences) ne requérant donc pas de prouver une intention de nuire de la part de ses auteurs. Pour protéger les générations présentes et futures, il est nécessaire que soient reconnus les effets à long terme de la destruction de l’écosystème Terre et que soit donc protégé cet écosystème indépendamment de toute considération sur ses effets immédiats sur les populations civiles. Pour cela, la valeur intrinsèque des composants, processus et cycles vitaux de la Terre doit être reconnue. Ces dispositions permettent d’apporter et d’assumer toutes les innovations juridiques nécessaires à son application : la reconnaissance des droits de la Nature et des droits de l’Humanité - incluant donc les générations futures - mais aussi l’effectivité des droits des peuples autochtones.

LIRE AUSSI DANS UP' : La réputation, talon d’Achille des multinationales qui trichent 

Un intérêt supérieur à celui des États

Sur un tel sujet, il est demandé à la Cour pénale internationale de statuer de façon indépendante en appliquant fermement le principe de compétence universelle, selon un intérêt supérieur commun placé au-dessus des États avec une juridiction possible sur n’importe quel territoire national. Les juristes d’End Ecocide on Earth ont rédigé une proposition de 17 amendements au statut de la CPI définissant très précisément ce qui devrait constituer un écocide en termes scientifiques mais aussi comment le juger efficacement. Ils proposent que le juge puisse sanctionner pénalement tous types d’entités morales, États comme multinationales, ainsi que leurs dirigeants, afin de ne pas perpétuer les régimes d’impunité actuels. En appliquant le principe de précaution sans dérogation, le juge international pourrait stopper des activités industrielles responsables d’écocides en cours ou susceptibles d’en provoquer, ceci par le biais de mesures conservatoires. En cas d’écocide avéré, les victimes doivent pouvoir faire appel aux principes de la justice « restaurative » pour contraindre les auteurs du crime à payer des réparations morales, physiques et/ou économiques.
 
Quand cela semblera requis et accepté, le juge pourra faire appel à des mesures de justice transitionnelle afin de trouver une issue pacifique à la plainte, ceci en encourageant les auteurs du crime à dire la vérité, à reconnaître les victimes, à présenter des excuses et à réparer leurs actes par voie de négociation. En cas d’accusation d’écocide, la vérité et la gravité des faits devra être déterminée par la Cour pénale internationale au regard des connaissances scientifiques de l’heure et reconnues par les Nations unies. Toutefois, dans la détermination de la peine applicable, le juge pourra faire recours à l’intention de l’auteur de l’acte, laquelle intention constituera un élément atténuant ou une circonstance aggravante. Des peines d’emprisonnement et la dissolution d’une entreprise pourraient être prononcées selon la gravité des faits.
 
Arnaud Apoteker, coordinateur du Tribunal Monsanto de La Haye et Valérie Cabanes, juriste en Droit International spécialisée dans les Droits de l’Homme, auteur de « Un nouveau Droit pour la Terre, pour en finir avec l’écocide » (Seuil – 2016).
 
Cet article a été publié initialement sur le site spécialiséinf’OGM
 

 

Food coop

Food Coop : la très mauvaise nouvelle pour la grande distribution

Pour la première fois en France, des milliers de personnes créent leur propre supermarché, la Louve. Pas une petite boutique... un éblouissant supermarché de 1450m² dans un quartier populaire de Paris, où chacun participe pour bien manger à prix abordable. La Louve n’aurait peut-être jamais existé sans le modèle de la Park Slope Food Coop, cette coopérative créée dans un quartier de New York il y a déjà 40 ans.
 
En pleine crise économique, dans l’ombre de Wall Street, une institution qui représente une autre tradition américaine est en pleine croissance... Intense, chaotique et impolie, la Park Slope Food Coop a vu le jour à Brooklyn en 1973, quand quelques utopistes ont décidé de monter un supermarché coopératif dans leur quartier. Nageant à contre-courant de tout ce qui définit « The American Way of Life », les grands principes de la Park Slope Food Coop sont simples : chaque membre lui consacre 2 heures 45 de travail par mois (c’est précis !) et en échange bénéficie de produits alimentaires de qualité exceptionnelle à des prix très bas.
 
Tom Boothe, réalisateur américain vivant en France, s’est dit que « ce serait bien de faire un documentaire sur ce phénomène, parce que c’est quand même un phénomène. Quand on découvre une coopérative comme celle-là, on se rend compte à quel point on est habitué à entrer dans des zones marchandes où on est littéralement attaqué par le marketing. Et là le poids du marketing est totalement absent. Je crois que ce n’est pas une ambiance différente, c’est juste une ambiance naturelle qui est dévoilée par la Coop, parce qu’on a enlevé tous les côtés commerciaux et capitalistes. On n’est plus du tout habitué à ça. »
 
Tom Boothe
 
Il décide de monter le même principe de supermarché à Paris, tout en souhaitant réaliser un film documentaire : « Je suis arrivé en France en 2002 et j’ai commencé les recherches pour le film en 2008 /2009. Quand j’ai vu la Coopérative à New York, je me suis dit : c’est à la fois un superbe sujet de documentaire mais j’ai aussi envie de faire mes courses dans un endroit comme ça en France ! Ça a été long : il fallait voir si le projet de La Louve était légalement possible en France, et c’était compliqué pour la production du film, comme n’importe quel film : trouver des financements, un diffuseur (c’est grâce à la chaîne associative Télé Bocal que le film existe) etc. Du coup, le film fait partie de La Louve et La Louve fait partie du film. »
 

Comment ça marche

C’est une organisation très classique à but non lucratif, c’est-à-dire que quand il y a des bénéfices – et là-bas c’est très rentable – ils réinvestissent tout dans le supermarché. Ils ont quasiment épuisé les possibilités d’investissements tant ça marche ! Ils ont acheté des frigos les plus écolos possibles, tout est neuf. Ils pensent à baisser les prix des produits et ils font des investissements ailleurs. Par exemple, ils ont créé un fonds qui prête de l’argent aux petites coopératives sur leur modèle, mais uniquement aux États-Unis.
 
Un lieu pour « bobos » ? À Park Slope on trouve toutes les classes sociales, sauf les personnes en grande précarité. Dans toutes les classes sociales, on trouve des gens qui s’intéressent à la qualité de leur alimentation. Dans les années 70 ce n’était pas une préoccupation du grand public, mais maintenant ça l’est, autant que le bio par exemple. L’espoir, c’est qu’il y ait des personnes pour dire : « Là on échappe à tout ça et on fait nous-mêmes ». C’est ça qu’on adore. Les fondateurs de la Park Slope ne sont pas contre le monde : ils critiquent le fonctionnement des supermarchés tel qu’il existe, et tout ce qu’ils demandent c’est : « Laissez-nous faire et nous on va faire mieux que vous ». Et c’est ce qu’ils font.
 
Ce modèle coopératif existe-t-il déjà en France ? Il y a en France une tradition de coopératives de consommateurs qui date du 19ème siècle. La chose qui est ajoutée, c’est le côté participatif. Mais ce n’est pas nouveau, les crèches parentales et aussi les sites de camping qui étaient fondés par la Maif dans les années 30 ont le même fonctionnement. Ce qui est nouveau, c’est qu’on applique ce modèle à un supermarché.
 
A ce jour, il y a déjà environ 2 400 membres. Pour rejoindre la Louve et pouvoir y faire ses courses, il faut investir 100 euros - et s’engager à y participer bénévolement 3h par mois. Les bénéficiaires des minimas sociaux peuvent participer à hauteur de 10 euros. Cet investissement est remboursable à tout membre qui souhaite sortir de la coopérative. Mais la porte n’est jamais fermée et pendant les heures d’ouverture, il y aura toujours des membres pour faire visiter aux curieux !
 
La Louve s’efforce de proposer à ses membres une alimentation de qualité à prix réduit (15 à 40% moins cher que dans la grande distribution), mais pas que. Comme dans tout supermarché, on y trouvera également des produits non alimentaires : produits d’hygiène et de nettoyage, petit bricolage (ampoules, piles). La liste des produits pourra évoluer en fonction des souhaits des coopérateurs et des achats.

La Coop, une mauvaise nouvelle pour le capitalisme ?

Tom Boothe n’hésite pas : « On n’en parle pas ensemble en ces termes. Moi j’en parle un peu, mais je n’ai aucun problème avec les structures à but lucratif gérées par de bonnes personnes. Par contre, j’ai du mal à laisser le choix de mon alimentation dans les mains de l’agro-business pour qui la qualité de la nourriture importe seulement en fonction du fric que ça leur rapporte. C’est un système qui ne marche pas. C’est pareil avec la santé, si le système est bien fait, l’argent ne fait pas loi. Ceci dit, il y a des personnes du Parti républicain à la Park Slope, qui sont très conservatrices, mais elles en font partie. C’est une bonne chose. Donc nous aussi, moi compris, on a plein d’idées politiques différentes.  Autrement dit : plus tu te concentres sur les détails pragmatiques, plus tu agis concrètement pour le changement. On ne passe pas trop de temps sur les grandes formules : comment refaire le monde, etc. Il faut juste définir les choses à faire vraiment. Se mettre au concret, c’est une chose que la gauche a perdue, à mon avis. »

Un modèle qui peut changer le monde…

Pour Tom Boothe, c’est un travail assez minuscule : « Pour moi, si on n’attaque pas ensemble l’écart de distribution des richesses dans le monde, notre Coop restera un phénomène marginal. Elle a du sens, mais ce qu’on fait a probablement peu d’impact sur ce déséquilibre et ça c’est le grand, grand, problème. On peut entendre dans l’interview donnée par deux des fondateurs : « Ce que j’adore dans ce projet, c’est que c’est du réel : chaque membre va prendre des habitudes. Pas des idées, mais des habitudes démocratiques.
Se dire : je peux changer les choses. Ça implique des discussions avec les autres, et tu commences à prendre conscience de ces changements. Les gens finissent par se questionner : Pourquoi est-ce que cela ne fonctionne pas comme ça partout ? ». Parce qu’avec la Coop tu deviens exigeant, le cadre change complètement, alors que toutes nos habitudes, nos attentes, nos rythmes sont influencés par le consumérisme… On parle beaucoup d’éducation populaire à La Louve. Le plus important c’est le fait qu’avec notre système, je peux me permettre d’acheter des produits de bonne qualité avec le revenu que j’ai, alors que ce n’était pas habituel pour moi avant. Et ça veut dire aussi que, peu à peu, ça devient la norme. Tu t’habitues à ces goûts, qui ne sont pas industriels ni dilués (parce que ça c’est un grand problème : au niveau du goût, tout est dilution). Si tu es habitué à cette bonne qualité de nourriture, peu importe ton éducation, tu seras habitué au vrai goût. Et à partir de là tu es plus exigeant pour toute ta vie, et c’est donc ce genre de supermarché qui peut profondément changer la relation de notre société à la consommation. » 

Food Coop, le film

Le réalisateur et co-fondateur de la Louve, Tom Boothe et sa caméra nous frayent un chemin dans les allées de ce supermarché de cette véritable institution qu'est devenue la Park Slope Food Coop, à la rencontre des coopérateurs dans leur quotidien pour la réalisation d’un film « Food Coop ». Food Coop est un véritable mode d’emploi de cette expérience coopérative réjouissante, qui est l’une des plus belles expériences sociales des États-Unis.
Les coopérateurs nous livrent leurs réflexions sur les tensions sociales aux États-Unis, et comment l'esprit qui anime la Park Slope représente un potentiel de changement par un projet idéaliste qui invite à l'optimisme.
La Park Slope Food Coop est une très mauvaise nouvelle pour le capitalisme, la grande distribution, et l'agriculture productiviste...
 
 
« C’est un de ces films rares et nécessaires, qu’il fallait absolument produire et faire exister pour le montrer au maximum de gens. Cette Coop de Park Slope, c’est une idée tellement créative, tellement originale et proche des préoccupations quotidiennes des gens : c’est un « phénomène » dit Tom ! C’est épatant de voir tant de diversité dans les membres de la Coop, de sentir leur conviction et leur plaisir à faire tourner ce supermarché. » déclare la société de production du film.
« Ce film est un magnifique outil pour réfléchir à nos pratiques, nos engagements, notre manière de consommer. On est beaucoup à avoir besoin que ce système change, et là on voit des gens qui s’organisent, et qui construisent quelque chose qui apparaît tellement naturel, évident, qui s’impose à nous comme une vraie solution pour demain.
Une preuve de plus que le changement c’est à nous de le faire, pas d’attendre que d’autres le fassent pour nous. De créer des groupes, des tribus, des associations, des fédérations et de faire des petits pas vers un monde plus juste, plus coopératif, plus fraternel.
Les films ne peuvent sans doute pas changer le monde, mais ils peuvent provoquer de la pensée, déclencher des envies, réparer des injustices.
A Lardux Films, depuis bientôt 25 ans, on fait des Films Spéciaux pour des Personnes Spéciales, pour ceux qui ont du goût pour le documentaire de création, engagé, et pour ceux qui aiment le cinéma d’animation, la poésie. »
Sortie nationale le 2 novembre 2016
Un film de Tom Boothe - 97 '
Image : Gregory Harriot
Son : Laura Cunningham
Montage image : Hélène Attali
Montage son : Adam Wolny
Avec la participation des membres de la Park Slope Food Coop
Une production Lardux Films avec le soutien du CNC, de la région IDF et de Télébocal

Partout en France, des coops sur le modèle de la Food Coop 

- Scopeli Nantes : www.scopeli.fr
- Supercoop Bordeaux, supermarché citoyen coopératif et participatif : www.supercoop.fr
- Otsokop Biarritz, supermarché bio et local et production maraîchère : www.otsokop.com
- Superquinquin Lille réunit plus de 400 personnes et prévoit l’ouverture d’un 1er magasin dès janvier 2017 sur le quartier de Lille Fives
- BEES coop supermarket Lille : Des produits sains, plein de goûts, respectueux de l’humain et de l’environnement et tout ça à un prix abordable. BEES coop, ce sont déjà plus de 600 membres à Bruxelles.
- La Chouette coop Toulouse : Défi entrepreneurial de l’économie partagée, La Chouette Coop propose une alternative à la grande distribution. www.lachouettecoop.fr
- La Cagette Montpellier : Une association de 370 membres et un groupement d’achat très dynamique...  www.lacagette-coop.fr
- «Super Cafoutch» Marseille : communauté qui se construit doucement en se réunissant tous les mois et a besoin de l’aide de toute personne motivée ! Contactez-les !
- La Meute coop, Pays de Grasse : La Meute est une association qui vise à la création dans un futur « proche » d’une coopérative alimentaire participative et collaborative.
- L’Éléfàn - libres d’agir Association créée le 17 mars 2016 www.lelefan.org
 
Ouverture de La Louve fin octobre 2016- au 116 rue des poissonniers – 75018 – Paris
 
 

 

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