UP' Magazine L'innovation pour défi

alimentation positive

Territoires à « alimentation positive », une (r)évolution citoyenne

Face à la crise de confiance envers une alimentation hyperindustrialisée et mondialisée, les territoires se sont fortement mobilisés. Ils sont une échelle permettant de créer plus facilement de la cohérence entre des politiques trop segmentées (agriculture, santé, environnement, éducation…), de créer des synergies entre acteurs, de la transparence, de la confiance, et de la solidarité. Ils agissent aujourd’hui en véritables laboratoires de l’innovation sociale.
A l’œuvre pour faire émerger des actions innovantes, la Fondation Daniel et Nina Carasso accompagne ce vaste mouvement pour permettre à ces énergies de se concrétiser en systèmes alimentaires durables d’avenir. Présentation.
 
Notre pays d’agriculteurs et de gastronomes a été fortement ébranlé par les multiples crises alimentaires contemporaines, depuis la vache folle aux émeutes de la faim, dont les conséquences affectent aujourd’hui la stabilité du monde. Le scandale de la viande de cheval dans les plats préparés, la prise de conscience de l’impact des intrants chimiques sur la santé des producteurs et des consommateurs, la médiatisation des enjeux climatiques et des impacts de nos modes de production et de consommation sur la biodiversité et en particulier la survie des polinisateurs dont dépendent nos écosystèmes, ces débats de société sont autant de marqueurs attestant de l’émergence d’un consensus sur les limites atteintes par notre époque.
La confiance dans un système alimentaire mondialisé et hyperindustrialisé est définitivement érodée.
Ce système est aujourd’hui largement perçu comme étant aussi puissant que hors de contrôle, à tel point que ses orientations émergent comme un enjeu démocratique. Face à cette crise de confiance, les territoires ont rapidement été identifiés comme porteurs de solution. Ils se sont mobilisés pour incarner et mettre en œuvre localement le changement nécessaire à l’échelle mondiale. 

La France : véritable foisonnement d’initiatives alimentaires locales

Pour les pouvoirs locaux, l’alimentation est donc au cœur de nombreux enjeux cruciaux : souveraineté alimentaire, santé publique, justice sociale, aménagement des territoires, gestion des déchets, emploi, gestion des terres et des ressources naturelles, attractivité touristique, protection du patrimoine culturel et de la biodiversité, éducation…
De plus en plus, les collectivités françaises cherchent à reprendre le contrôle de leurs systèmes alimentaires. Elles suivent ainsi l’exemple de villes pionnières de l’alimentation durable, en s’inspirant souvent des innovations qui éclosent à l’étranger. En témoignent les dynamiques fortes des Transition Towns, de la Déclaration de Rennes et du Pacte de Milan, ou encore le soutien croissant qu’elles apportent aux circuits courts ou à des mouvements comme Mon restau responsable (voir le projet de la Fondation Nicolas Hulot plus bas).
 
En cinq ans, la Fondation Daniel et Nina Carasso (1) a soutenu plus de 145 projets en France (parmi plus de 830 reçus) et 36 en Espagne qui ne constituent qu’un aperçu des dynamiques à l’œuvre  dans ces deux pays.
Si la société civile est très active, de plus en plus de projets sont portés par des collectivités qui souhaitent se saisir de la question alimentaire. En France, le Ministère de l’agriculture a dénombré en juin 2016 plus de 60 projets alimentaires territoriaux (PAT). La loi d’avenir de 2014 du Ministère de l’agriculture a d’ailleurs renforcé leurs capacités d’action sur l’alimentation (2), et l’hexagone se couvre progressivement d’un maillage de plus en plus serré d’initiatives territoriales, tandis que des réseaux de collectivités s’organisent pour faire valoir leurs revendications (3). Cet élan des territoires est encore récent, mais foisonnant. Certains prennent le temps de la concertation, d’autres favorisent l’action politique rapide. Des collectivités pionnières œuvrent depuis près deux décennies, de plus en plus innovent en développant des approches pragmatiques, systémiques et ambitieuses, beaucoup observent et s’inspirent de l’existant.
 
Les leviers d’action sont nombreux et aujourd’hui connus, même si des efforts restent à accomplir pour faciliter leur mise en œuvre : l’agriculture urbaine, la restauration collective, la protection du foncier agricole, l’accompagnement des filières locales, la mise en place de conseils alimentaires consultatifs (food councils), la lutte contre le gaspillage, le développement de nouvelles infrastructures… La mise en place de politiques alimentaires concertées questionne tant les structures politiques que le rapport des citoyens à l’espace public et à la solidarité, avec un objectif partagé : renforcer la résilience des territoires en favorisant le respect de l’environnement, de l’économie locale, de l’équité, de la santé et du vivre-ensemble.
 
De nombreux freins à l’action des collectivités existent cependant : certaines contraintes inscrites dans le code des marchés public, la complexité et les difficultés de coordination inhérentes à la stratification territoriale, ou encore le manque de coordination dans la mise en œuvre des différentes politiques publiques. Les collectivités françaises disposent aussi de marges de manœuvre sous-exploitées pour orienter le système alimentaire : les Plans locaux d’urbanisme, les Schémas de cohérence territoriale, les agendas 21 sont autant d’outils mobilisables.

Film documentaire "Qu'est-ce qu'on attend ?" de Marie-Monique Robin

Soutenir et accompagner les projets les plus prometteurs

Le rôle de la Fondation Daniel & Nina Carasso consiste à donner davantage de moyens aux porteurs de projets les plus prometteurs, à identifier avec eux de nouvelles pistes de solution, à soutenir la diffusion des apprentissages et des bonnes pratiques. Pour cela, elle agit directement et avec les 145 partenaires français qu’elle soutient financièrement, à plusieurs niveaux :
-              Soutenir l’action de collectivités pilotes dans l’expérimentation et la capitalisation d’initiatives pionnières ;
-              Accélérer le développement d’outils de politiques alimentaires adaptées à la diversité des contextes culturels, juridiques, environnementaux et socio-économiques, pour faciliter la transition des territoires ;
-              Explorer certains leviers d’action, comme la restauration collective, afin de renforcer des politiques agricoles, économiques, environnementales et nutritionnelles locales ;
-              Soutenir l’expérimentation et la diffusion de pratiques agricoles et alimentaires durables, par la recherche participative ;
-              Repenser les modalités de l’aide alimentaire pour garantir sa pérennité, améliorer l’accès des personnes vulnérables à une alimentation de qualité et garantir leur dignité ;
-              Encourager l’insertion professionnelle et sociale de personnes isolées dans des chaines de valeur durables (production, transformation, distribution…) ;
-              Promouvoir une approche multidisciplinaire dans la recherche internationale sur les systèmes alimentaires, et concevoir des projets de recherche stratégiques tournés vers les nouveaux fronts de recherche, etc.

Quelques exemples de la vitalité et la diversité d’actions à l’échelle des territoires

 
 
Mouans Sartoux (06),  pionnière depuis plus 20 ans sur la question de la politique alimentaire locale. En 2012, première ville française de plus de 10 000 habitants à servir des repas 100% bio dans ses écoles.
La ville de Mouans-Sartoux développe depuis plus de 20 ans une politique de maintien des espaces agricoles sur son territoire ainsi que de soutien à la production et à la consommation locale, notamment à travers des outils comme l’Agenda 21 et le plan local d'urbanisme (PLU). Après avoir notamment réussi à approvisionner la cantine scolaire en 100% bio depuis 2012, les associations de la commune appuyées par la ville souhaitent renforcer cette dynamique par la création d’une Maison de l’alimentation durable. Soutenue par la Fondation, ce lieu permettra d'aider à l’installation de nouveaux agriculteurs, et comprendra un laboratoire de transformation. Cette Maison permettra également de sensibiliser les consommateurs, et de conduire des actions d’évaluation, capitalisation et diffusion de l'expérience acquise. Ce succès repose notamment sur la création d’une régie municipale agricole.
 
 
BioVallée, territoire de transition alimentaire, énergétique et écologique : trois communautés de communes, regroupant 55 000 habitants, développent une politique alimentaire locale intégrant les enjeux environnementaux, nutritionnels et socio-économiques : elles soutiennent les agriculteurs locaux respectueux de l’environnement, appuient des filières équitables et soutiennent des coopératives de transformation et distribution, améliorent la qualité des produits alimentaires dans les cantines scolaires, sensibilisent élus et consommateurs. A l’échelle du territoire, le projet financé par la Fondation organise la mise en réseau des acteurs autour d’une logistique optimisée et partagée pour le développement des circuits courts. Avec une implication forte des citoyens, les collectivités en transition souhaitent atteindre 80% de produits bio et locaux dans les cantines, une forte réduction du gaspillage, et une forte sensibilisation aux pratiques alimentaires saines et durables.
 
IUFN – International Urban Food network
L’IUFN est une association française dont l’objectif est d’appuyer les collectivités élaborant des politiques alimentaires locales. Le projet soutenu par la Fondation concerne quatre territoires pilotes (Conseil régional du Centre-Val de Loire, Pays Loire Nature Touraine, Métropole de Bordeaux et Ville de Lyon). Il vise à réaliser un état des lieux des pratiques et acteurs innovants, à expérimenter des mécanismes de gouvernance alimentaire inclusifs, et à faciliter la diffusion des enseignements via des guides méthodologiques. Ce projet ambitieux agit à différentes échelles territoriales pour analyser la complémentarité des niveaux administratifs et développer des outils de gouvernance adaptée pour chacun.
 
 
Terres en villes – Un réseau national pour un projet alimentaire territorial co-construit et partagé
Réunissant à parité des collectivités et des chambres d’agriculture, l’association Terres en Villes vise à co-constuire les outils d’une gouvernance multi acteurs des systèmes alimentaires, en réunissant pouvoirs publics locaux, entreprises, associations et chercheurs. Ce projet expérimente, dans trois agglomérations pilotes (Lille, Grenoble et Lorient) des démarches articulant politiques agricoles, sociales, de développement durable et d’aménagement. Ces méthodes partagées sont élaborées avec la participation de scientifiques et d’usagers.
Actualités du réseau http://terresenvilles.org/
 
Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme (FNH) : La FNH en partenariat avec le réseau Restau Co apporte des solutions pratiques aux acteurs de la restauration collective qui souhaitent améliorer la durabilité de leurs pratiques. Ce projet, appelé "Mon Restau Responsable", a déjà séduit plus de 200 restaurants collectifs. Il propose un portail internet dédié à l'échange d'information entre professionnels, la mutualisation des bonnes pratiques, le déploiement d'une méthode de certification participative pour accompagner et valoriser les établissements en transition, ainsi qu’un référentiel commun sur la gestion des déchets et du gaspillage, de l'approvisionnement, de l'information aux convives et formation des professionnels.
 
 

En partenariat avec l’association RESOLIS, la Fondation Daniel & Nina Carasso a diffusé un état des lieux des pratiques des collectivités locales en faveur d’une transition agricole et alimentaire, qui témoigne de la vitalité et de la diversité des actions entreprises localement et de la mobilisation forte qui émerge des territoires.

Focus sur l’Espagne

La Fondation Daniel et Nina Carasso est présente en Espagne depuis 2014 au travers de sa délégation madrilène. Elle a soutenu 36 projets dans le cadre de son axe Alimentation durable, qui appuient et renforcent les initiatives alimentaires locales. Malgré un contexte qui leur est contraires, ces initiatives se consolident et croissent sur tout le territoire espagnol.
En 2016, la fondation a aussi lancé en Espagne un appel à projets spécifiquement dédié aux systèmes alimentaires territorialisés. Visant à sensibiliser et accompagner les élus locaux et les consortiums d’organisations locales dans leur approche territoriale de l’alimentation. Cet appel fait suite à la signature du Pacte de Milan par de nombreuses villes espagnoles parmi lesquelles Madrid, Barcelone, Saragosse, Valence, regroupées sous le terme de « mairies du changement », mais aussi Cordoue, Grenade, Bilbao, Pampelune et de nombreuses autres villes de tous bords qui se rallient au mouvement. Sur 33 propositions reçues de 45 municipalités espagnoles, de toutes tailles et zones géographiques, neuf projets seront financés et accompagnés durant l’année 2017, centrés essentiellement sur les diagnostics territoriaux et la mise en place de conseils alimentaires.  Outre le développement des projets eux-mêmes, ces neuf projets, situés sur Valence, Saragosse, Valladolid, Vitoria, Córdoba, Baena, l’île de Menorca et Sobrarbe (territoire rural avec huit communes), bénéficieront de la mise en réseau avec des expériences similaires. Egalement intégrée dans l’appel à projet, la capitalisation et l’échange des savoirs, ainsi que leur diffusion au-delà des initiatives elles-mêmes, se feront grâce à l’organisation collaborative de trois séminaires qui aboutiront à la publication d’un rapport annuel des avancées.
 
Retenue parmi plus de cent villes intégrées dans la plateforme du Pacte de Milan, c’est la ville de Valence qui est en 2017 la capitale mondiale de l’alimentation. Elle accueillera, à ce titre, les réunions du groupe de projets suivis par la fondation, dont l’objectif est d’avancer dans la définition de politiques publiques (et de leur application effective) pour une alimentation saine et accessible pour tous les habitants des villes signataires, ainsi que d’impulser une production alimentaire durable sur les territoires abordés. 
 
 
(1) La Fondation Daniel et Nina Carasso (FDNC) a été créée début 2010, sous l’égide de la Fondation de France, en mémoire de Daniel Carasso, fondateur de Danone, et de son épouse, Nina. Il s’agit d’une fondation familiale indépendante du groupe agroalimentaire. La Fondation a pour vocation de financer des projets dans deux grands domaines concourant à l’épanouissement de l’être humain : l’alimentation, pour entretenir la vie et  l'art, pour enrichir l’esprit.
Son champ d’intervention est prioritairement la France et l’Espagne. La Fondation se réserve néanmoins le droit d’agir ailleurs, notamment dans des pays confrontés à des situations de post-urgence, tout particulièrement à la suite de crises environnementales, en soutenant des projets en lien avec ses deux grands domaines d’action.
A travers son soutien financier, la Fondation souhaite faciliter les rencontres et créer des passerelles entre des univers qui ne se côtoient pas, afin de rendre possible ce qui ne l’était pas ; faire émerger des actions innovantes et capitaliser les bonnes pratiques pour les diffuser le plus largement possible.
(2) Elle a accordé aux régions la gestion des incitations agro-environnementales de l’UE, soit 1,4 milliards d’euros/an. Elle a créé et prévu le soutien des Projets Alimentaires Territoriaux (PAT)– 60 aujourd’hui. Ces PAT sont un élément majeur du Programme national de l’alimentation (PNA), doté notamment d’un appel à projet annuel cofinancé par le Ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt et l’ADEME.
(3) L’Association des Régions de France a signé en 2015 la « Déclaration de Rennes », un manifeste pour des systèmes alimentaires territorialisés, tandis que le Pacte de Milan relie les grandes métropoles mondiales investies sur l’alimentation.
 

 

agrostratégies

Agriconomie : un champ bien semé rapporte du blé

L’INSEE vient d’annoncer que le revenu moyen des agriculteurs pourrait chuter de 26 % sur l’année 2016. Une catastrophe à laquelle s’ajoutent les mauvaises récoltes cette année et une détresse flagrante des agriculteurs. Mais le secteur sait se réinventer et innover. Pour preuve, l’initiative Agriconomie.
Photo ©Agriconomie
 
Cette crise n’est pas une fatalité. Face aux problèmes des agriculteurs, des solutions existent, et la réponse n’est pas toujours institutionnelle : preuve en est l’initiative d’Agriconomie (1), qui permet aux agriculteurs de comparer les prix, et de pouvoir être un service d’aide à la décision pour les exploitants, sur l’achat de différents produits : les engrais, les semences ou encore les pièces de matériel. Une solution qui permet aux agriculteurs d’économiser jusqu’à 5 000 € par an… soit, par mois, l’équivalent du salaire moyen de 60% des agriculteurs français.

Un monde agricole en grande difficulté

L’année 2016 a été désastreuse pour l’ensemble du secteur agricole. Pour l’élevage, s’est ajoutée à la crise du secteur laitier en début d’année une crise sanitaire dans de nombreuses régions (fièvre catarrhale, retour de la grippe aviaire…). Pour les grandes cultures, les conditions climatiques ont entraîné de mauvaises récoltes. A cela s’ajoute un problème bien plus structurel dans le milieu agricole : la gestion des exploitations en fait de véritables entreprises, les normes sont contraignantes et les agriculteurs voient leurs revenus diminuer.
Un enjeu auquel Agriconomie a décidé de s’atteler il y a déjà deux ans. Aujourd’hui, l’entreprise chiffre les gains qu’elle permet de faire réaliser aux agriculteurs.

Entre 3 000 et 5 000 € d'économies par an pour les agriculteurs

Agriconomie a été fondée en 2014 par trois jeunes entrepreneurs issus du secteur agricole : Clément Le Fournis, fils de céréalier marnais et ancien joueur de rugby semi-pro, premier diplômé à sortir d’HEC Paris avec un bac agricole en poche ; Dinh Nguyen, fils de viticulteur aubois et grand passionné de physique-chimie, surdoué de l’informatique, diplômé de l’école Epitech ; et Paolin Pascot, petit fils d’éleveur poitevin. Ce serial entrepreneur ayant étudié dans cinq pays différents, est à l’initiative des conférences TEDx HEC Paris.
 
 
A eux trois, ils ont ainsi créé la première place de marché spécialisée dans les approvisionnements agricoles (semences, pièces, équipements, engrais) avec pour vocation de permettre aux agriculteurs de trouver tout ce dont ils ont besoin sur leur exploitation au même endroit, sur un seul site web.  Le site est membre de la Ferme digitale, l’association d’acteurs du monde agricole visant à créer la ferme de demain.
 
Agriconomie a fait le pari de faciliter la tâche des agriculteurs, en les conseillant dans leurs achats au quotidien en fonction de leurs besoins, grâce notamment à l'appui de conseillers experts en agriculture comme des ingénieurs ou d'anciens conseillers en Chambres d’agriculture. Ils répondent aux questions chaque jour de 8 heures à 22 heures, pour coller aux contraintes horaires des exploitations.
Et les prix des semences, des engrais ou encore des pièces de matériel peuvent être comparés en fonction des régions et les agriculteurs peuvent être conseillés par des spécialistes.
Le site permet aussi aux distributeurs et fournisseurs d’étendre leur périmètre de ventes géographiques et de proposer leurs offres à un plus grand nombre d’agriculteurs, sans investir en communication, en recrutement de forces commerciales ou en création de nouveaux points de ventes.
 
Paolin Pascot estime que 86 % des agriculteurs se connectent tous les jours sur leur smartphone, pour regarder la variation des cours du blé ou encore la météo... Pour ces agriculteurs connectés, Agronomie facilite les transactions avec les meilleurs fournisseurs : coopératives, intermédiaires, etc. Ils peuvent y acheter de l'engrais, des semences, des pièces détachées, des outils pour leur atelier ou pour leurs élevages en comparant les prix.
A fortiori, les agriculteurs peuvent par ces comparaisons et sur les conseils d’Agriconomie économiser entre 3 000 et 5 000€ par an.  Hubert Couton, céréalier en Indre-et-Loire, rend compte de son expérience : « J’ai économisé à peu près 500 € par commande, soit 3 000 € à l’année ; financièrement, c’est très intéressant ».
Changer les habitudes d’achats dans le monde agricole, c’est le choix de ces fils d’agriculteurs qui connaissent les difficultés du métier.

Quels outils pour sauver les revenus des agriculteurs ?

A l’opacité des prix sur les matières premières qui perdurait jusqu’à présent sur les achats, cette nouvelle place de marché apporte la clarté et la transparence des prix sur Internet. C’est un grand pas dans le monde agricole : cela permet désormais de comparer les prix proposés pour leurs différents achats de façon transparente.
Les économies se font notamment sur les semences et les engrais : un agriculteur peut économiser jusqu’à 2 à 3 € par tonne et par commande.
L’apport du conseil est aussi une clef pour permettre aux véritables chefs d’entreprise que sont les agriculteurs d’économiser et de gagner en efficience dans la gestion de leurs exploitations.
 
 
(1)  Agriconomie est lauréate du concours d’innovation numérique initié par Axelle Lemaire et la French Tech, de Mercure HEC ou encore de la Palme d’or du e-commerce. Récemment, le groupe a été élu meilleur site e-commerce dans la catégorie espoir par la Fevad (NDLR : Fédération du e-commerce et de la vente à distance).
Agriconomie est passée de 3 à 43 collaborateurs fin 2016. Une croissance exponentielle, à l’image de son volume d’affaires, passé de 1 à 7 millions d’euros en une année. L’entreprise projette de dépasser les 20 millions d’euros de volume d’affaires en 2017. 
 
 

 

urbanisation

Axe Paris-Roissy : nouvelle vitrine mondiale de l’agriculture urbaine et écologique

Le géant coopératif agricole français InVivo veut faire de l'axe Paris-Roissy une vallée agricole internationale : une vitrine de l’agriculture française, dans toute sa diversité et sa multifonctionnalité et selon les principes de l’agro-écologie​.
 
Le long de l’autoroute A1 qui relie Roissy à Porte de la Chapelle, Thierry Blandinières imagine déjà le prochain bassin nourricier de la région parisienne. Le DG du géant de l’agriculture InVivo a présenté un projet d’envergure, porté par la filiale Agrosolutions, ce 1er février 2017, lors du IIIème Forum Grand Paris.
 
Des détritus, des déblais, des vieux panneaux d'affichage, des murs antibruit tagués, des talus, des campements illicites... Mal entretenue, laissée à l'abandon, l'autoroute A1 offre un bien triste spectacle aux touristes, hommes d'affaires et autres automobilistes qui arrivent de l'aéroport Roissy-CDG pour rouler jusqu'à la capitale. Entre ces deux points, 30 kilomètres qui donnent souvent une première image du pays.
Cette ancienne voie royale, transformée dans les années 1960 en autoroute, est une des plus fréquentées d'Ile-de-France. Le matin, 10.000 véhicules l'empruntent toutes les heures et 120 millions d’automobilistes par an.
La reconquête d’une partie des terres entre Paris et l’Aéroport Charles de Gaule permettrait-elle aussi l’arrêt de l’urbanisation qui grignote les terres agricoles et leurs expropriations ?
 
Aussi, Paris Ile de France Capitale Economique veut proposer une nouvelle vision de l’axe Paris-Roissy. Son projet : en faire la vitrine internationale de la France et remettre le végétal au cœur de l’aménagement urbain et périurbain. Le projet en plusieurs étapes verra naître des champs de blé, d’orge et de colza, des vergers, des cultures maraîchères, des serres de fruits… qui seront distribués aux particuliers et aux restaurants de l’aéroport. Mais aussi des toits et des murs végétalisés avec des plantes dépolluantes, ainsi que des couloirs verts ponctués d’étangs pour le bonheur de notre faune francilienne. En tout, le groupe qui a commencé à opérer un recensement des terres disponibles table sur 5.000 hectares à transformer.
« L’idée a germé après qu’un cabinet d’architecte publie une vidéo fantasmant un monde dans lequel les abords de l’autoroute A1 seraient verdoyants, raconte à La France agricole Antoine Poupart, chargé du projet chez InVivo. Cet axe routier est le premier et le dernier que voient les touristes. Aussi, le visuel laisse une trace positive ou négative. » « Notre objectif est d’aller à la reconquête du foncier perdu, pour redynamiser l’agriculture, tout en rendant des services environnementaux, précise Antoine Poupart. Cela implique aussi de planter des haies, ou d’installer des mares. »
 
 

Conquérir les 30km qui relient Paris à Roissy​

Pour nourrir les hommes localement et aménager le paysage tout en préservant l’environnement et la santé des écosystèmes, Agrosolutions se fixe quatre grands objectifs :
- Recourir à des pratiques agricoles innovantes pour à la fois accroître le stockage de carbone dans les sols et la biomasse et réduire les émissions de GES​.
- Diversifier l’offre pour accroître le potentiel actuel de 25 personnes nourries par hectare​
- Poursuivre la mise en place de bonnes pratiques agricoles et tirer profit des propriétés dépolluantes des plantes pour lutter contre la dégradation de la qualité de l’air et de l’eau sur le territoire​. ​
- Enrichir le capital biodiversité et accroître le potentiel d’accueil de pollinisateurs du territoire, aujourd’hui autour de 1 000 abeilles par hectare​.

Un projet en lien avec le plan « 2025 by InVivo »

Pour Thierry Blandinières, ce projet s’inscrit dans le plan stratégique « 2025 by InVivo », dont l’une des ambitions est d’être une tête de pont du développement de l’agriculture française dans le monde. « Nous voulons créer une véritable « Happy Vallée » dont la vocation première sera nourricière. Avec notre connaissance de toutes les formes d’agricultures – du rural à l’urbain, le groupe a l’ambition de faire de l’A1 une vitrine mondiale de notre savoir-faire en matière d’agriculture urbaine et écologique ». ​ ​

Un projet pour une métropole en mutation

Un projet qui s’inscrit aussi sans doute dans l’évolution voulue par la Direction régionale et interdépartementale de l’équipement et de l’aménagement (DRIEA), en particulier la direction des routes Île-de-France, qui, à travers leur rapport sur « l’insertion urbaine et paysagère des autoroutes dans le Grand Paris » réalisée par l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur), assure que, cinquante ans après la création du réseau magistral des autoroutes, un changement de paradigme est nécessaire.
L’autoroute se transforme, son exploitation est optimisée, son paysage et ses connexions aux territoires évoluent ; elle devient une infrastructure ressources et plurielle, un support de la trame verte métropolitaine. Ce rapport de la DRIEA dégage un plan d'action sur 2016-2020 sur les autoroutes du Grand Paris. Il prévoit un renforcement paysager, la prévention des décharges sauvages et des occupations illicites, sans oublier l'aménagement des entrées de ville ou la réduction de la congestion du réseau. « Des mesures concrètes existent pour l'A1 : dégager les vues qui permettent depuis Roissy de voir la tour Eiffel ou la tour Montparnasse, signaler les lieux majeurs comme Le Bourget ou les parcs par des oeuvres d'art, décorer de fresques ou d'éclairages les tunnels et les murs antibruit », détaille Pauline Zeiger, coauteur du rapport de l'IAU-IDF.
Et si l’A1 devenait le plus bel accès vers la Capitale ?
(Source : Agromedia.fr – 7 février 2017)
 

 

alimentation

Bon point pour les pois chiches, peut mieux faire sur les pesticides

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) a publié ce jour son rapport « Actualisation des repères du Plan National Nutrition Santé (PNNS) : révision des repères de consommations alimentaires ». Sept associations [1] en tirent un bilan mitigé alors qu’on attendait pourtant des réponses aux enjeux de santé publique et environnementaux de la France.
 
L’ANSES a publié ce jour son rapport actualisant les repères nutritionnels qui permettront au ministère de la Santé de définir ses politiques de santé publique. Une version 4 du Plan national nutrition santé (PNNS4) sera publiée sur cette base par la suite [2].
Le contenu du rapport de l’ANSES est crucial car il orientera aussi bien les formations des nutritionnistes, les menus des cantines, la sensibilisation réalisée par les travailleurs sociaux et les services de la petite enfance, etc. Sur la base de ces « repères » notre assiette pourrait évoluer pour mieux répondre aux enjeux majeurs de santé publique auxquels fait face la société (prévalence des cancers, maladies chroniques, obésité, etc.). Les données de la recherche accumulées depuis plusieurs décennies ont mis en évidence le rôle de la nutrition dans ses trois dimensions (alimentation, activité physique et état nutritionnel) comme un déterminant majeur de la santé. Une consommation suffisante en fruits et légumes, en aliments riches en glucides complexes ou en fibres, ainsi qu’une limitation de la consommation de certains nutriments comme les acides gras saturés ou les glucides simples, sont souvent considérées comme des facteurs protecteurs associés à une réduction de certaines maladies chroniques.
Mais l'évolution est aussi nécessaire pour répondre aux enjeux environnementaux tels que la crise climatique, la contamination des milieux (eau, air, sols) et la perte en biodiversité.
 
Ce travail a visé pour la première fois à élaborer des repères de consommation pour les principaux groupes d’aliments visant à satisfaire les besoins nutritionnels de la population adulte, tout en intégrant les enjeux associés à la présence de certains contaminants chimiques dans l’alimentation. 

Enjeux sanitaires et environnementaux : des solutions convergentes

Afin de prendre en compte ces enjeux, les sept organisations espéraient vivement que ce rapport incite à encourager la consommation d’aliments issus d’un mode de production durable pour à la fois réduire les impacts environnementaux de l’agriculture et préserver la santé de la population. Il est de plus indispensable d’inciter à réduire la consommation de protéines animales (viande, poisson et produits laitiers) pour évoluer vers un système agricole et alimentaire durable.
En moyenne, 10kg de protéines végétales sont utilisées pour produire 1kg de protéines animales. Selon l’APSARes, pour obtenir de la viande, il faut d'abord nourrir un animal : par exemple, il faut 13kg de céréales et 30kg de foin pour produire 1kg de viande de bœuf. En conséquence, la production d'aliments d'origine animale nécessite en moyenne beaucoup plus de ressources que la production d'aliments végétaux. Ce gaspillage de ressources est lourd de conséquences pour la planète et contribue à renforcer l'insécurité alimentaire mondiale.
Comme le soulignait le World Watch Institute dans son rapport de 2004, l'appétit des humains pour la chair animale menace à présent l'avenir de l'espèce humaine du fait des multiples dommages à l'environnement dont il est responsable : déforestation, érosion, épuisement des ressources d'eau douce, pollution de l'air et de l'eau, réchauffement climatique, réduction de la biodiversité, injustices sociales, développement de maladies. Malgré cela, la quantité de viande consommée par habitant a plus que doublé ces cinquante dernières années, alors même que la population mondiale s'est fortement accrue. De fait, la demande mondiale de viande a quintuplé, et cette tendance à la hausse devrait se poursuivre dans les prochaines années, exacerbant la pression exercée sur la disponibilité des aliments pour une part grandissante de l'humanité, mais aussi sur la disponibilité des terres, de l'eau, des énergies fossiles, tout en accentuant le problème du réchauffement climatique, de la pollution et des déchets.
 
L’alimentation est donc l’un des domaines avec les impacts environnementaux les plus forts. Selon le magazine e-RSE.net, pour produire de la nourriture à échelle industrielle, il faut des terres, sur lesquelles on utilise bien souvent des engrais, des pesticides, des herbicides ou encore des fongicides. Il faut des machines pour faire les récoltes, des véhicules pour transporter la nourriture, la conserver. Au total, on estime par exemple que le secteur alimentaire (toute la chaîne) pourrait représenter jusqu’à un quart des émissions de gaz à effet de serre humaines. Lorsque nous consommons des produits alimentaires, nous avons donc une responsabilité vis-à-vis de la planète et de l’environnement.            

Une assiette à moitié pleine… à accompagner d’une politique alimentaire durable

Les travaux publiés ce jour contiennent une avancée notable : le classement des légumes secs (haricots, pois chiches, lentilles, pois cassés, etc.) dans une catégorie à part, accompagnés de préconisations de consommation pour leur richesse en fibres et en protéines. De plus, pour la première fois, l’ANSES met en avant la nécessité de diminuer la consommation de viande (hors volaille) à 500 grammes par semaine, et la charcuterie à 25 grammes par jour, ce qui est à saluer. Ainsi que sur la nécessité de limiter la consommation des boissons sucrées. Enfin, l’Agence rappelle la nécessité de diminuer les teneurs de certains contaminants de l’alimentation (arsenic inorganique, acrylamide, plomb) et réitère sa recommandation aux consommateurs de diversifier leur régime alimentaire et les sources d’approvisionnement.  En revanche, aucun lien n’est explicitement établi entre mode de production durable (et en particulier agriculture biologique) et santé. Un bilan en demi-teinte donc.
 
Au-delà de ce rapport, il faut insister pour que les prochaines recommandations alimentaires du ministère de la Santé, en plus de l’enjeu santé, prennent  en compte l’enjeu environnemental en tant que tel, en cohérence avec la définition de l’alimentation durable de la FAO [3]. Une agriculture plus respectueuse de l’environnement et du climat aura en effet des impacts positifs sur la santé du plus grand nombre : pollution atmosphérique, gaz à effet de serre, qualité de l’eau, etc.). Surtout, sans modification de son régime alimentaire, la France sera incapable d’atteindre ses objectifs nationaux de diminution des émissions de gaz à effet de serre [4] et de polluants atmosphériques [5].
(Source : Réseau Action Climat France - Janv 2017)
 
Par ailleurs, face à la pression démographique actuelle (9 milliards d'humains en 2050 d'après l'ONU), alors que près d'un milliard d'humains souffrent déjà de la faim, opter pour une alimentation durable permettrait de lutter contre le problème de l'insécurité alimentaire tout en épargnant des dommages irréversibles à l'environnement. Or l'épuisement des ressources de la planète déclencherait des conflits sans précédent et mettrait en péril le maintien de la vie sur terre.
 
Vouloir solutionner les problèmes actuels de santé publique n'a donc pas grand sens si l'on ne s'attache pas, avant tout, à oeuvrer pour faire évoluer des modes alimentaires qui, en plus d'être responsables de l'apparition de maladies pour les uns, ne font que creuser les inégalités d'accès aux ressources alimentaires, et menacent plus généralement la survie de l'espèce humaine à moyen terme.
 
 

A LIRE : la BD "Planetman passe à table" de Réseau Action Climat, écrite par Simon Coquillard - Scénario et dessins : Baptiste Ribrault 

 
[1] Le Réseau Action Climat, Solagro, Greenpeace, la Fondation Nicolas Hulot, le WWF, Générations Futures et France Nature Environnement.
[2] Pour mémoire, il s’agissait par exemple de la campagne de communication « 5 fruits et légumes par jour » ou encore « Manger Bouger c’est la santé », www.mangerbouger.fr/PNNS
[3] « Les alimentations durables sont les systèmes alimentaires à faibles impacts environnementaux, qui contribuent à la sécurité alimentaire et nutritionnelle des générations présentes et futures. Les alimentations durables sont protectrices et respectueuses de la biodiversité et des écosystèmes, sont acceptables culturellement, accessibles, économiquement équitables et abordables. Elles sont nutritionnellement correctes, sûres et saines, tout en optimisant les ressources naturelles et humaines », FAO, 2010.
[4] La loi de transition énergétique de 2015 fixe un objectif de division par 4 des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050 (facteur 4) et la feuille de route pour atteindre cet objectif (Stratégie nationale bas carbone, 2015) fixe un sous objectif de division par 2 des émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture (Facteur 2 agricole). La Stratégie nationale bas carbone s’impose au PNNS qui devra notamment prendre en compte la baisse de la consommation des produits animaux.
[5] La Directive NEC impose des seuils d’émissions pour chaque état membre. Parmi les polluants pris en compte par cette directive figure l’ammoniac, émis à 98% par l’agriculture
                      

 

sécurité alimentaire

Ethique alimentaire : l'émergence d'une réalité marginale influente

L’alimentation est un enjeu de civilisation matériel (nourrir les hommes) et immatériel (valeur, culture, croyances, représentations) majeur.
Auparavant valeur refuge parée de tous les bienfaits, l’alimentation apparaît de plus en plus comme un méfait dont il faut se méfier et se déprendre. La satisfaction face à l’obtention de l’abondance alimentaire en Occident s’est transformée en inquiétudes et en recherches d’alternatives face à ses réalités et à ses conséquences. La décomposition du modèle industriel de croissance, la perte du lien intergénérationnel avec le monde agricole, la crise écologique planétaire, le déclin de l’idée de progrès et l’essor d’une culture du narcissisme (développement personnel, expression de soi, culte du corps) conduisent à l’émergence de rapports critiques à l’alimentation et d’une nouvelle éthique alimentaire en quête de rassurance et de responsabilité.
 
La filière agro-alimentaire est directement impactée et critiquée [1] par cette nouvelle éthique. Il ne s’agit plus seulement de mieux se nourrir mais de se nourrir moins, voire même d’arrêter de se nourrir ou d’exclure certains aliments. Qu’elle soit envisagée sous l’angle de la souffrance animale, du « mal au corps » (gras/ « trop »/malbouffe), des effets néfastes des déchets de l’agriculture industrielle et mécanisée sur l’environnement, de la dénaturation des ressources alimentaires par les bio et nanotechnologies, l’alimentation est intrinsèquement remise en cause.
De plus, l’éthique alimentaire repose sur une aspiration à la maîtrise et au contrôle de soi (corps et esprit) par l’alimentation dans une dynamique de singularisation et de personnalisation de l’alimentation décrite et pensée par des travaux universitaires qui font référence [2]. Cette nouvelle éthique alimentaire peut être résumée en trois grands piliers dont chacun comprend des réalités plus ou moins radicales :

L’éthique de la nature et de l’authenticité 

Elle s’articule autour de la recherche de naturel [3], de pureté, de simplicité et d’un retour à l’état de nature. L’éthique repose ici sur le principe (plus ou moins militant) d’exclusion et de pureté alimentaire en rupture avec les pratiques dominantes basées sur l’élevage industriel et/ou la nourriture carnée. Les pratiques les plus courantes et développées recouvrent celles des adeptes (réguliers ou intermittents) de l’agriculture biologique, qu’ils soient ou non « locavores » (individus consommant uniquement des aliments produits à une échelle locale voire très locale), et qui aspirent à une alimentation authentique et non dénaturée. Les pratiques végétariennes (exclusion de la consommation animale), végétaliennes (exclusion de la consommation animale et des produits d’origine animale) et « végan » (refus supplémentaire de tout produit qui résulte de l’utilisation d’un animal, comme le cuir) dont le nombre de « pratiquants » est en augmentation, peuvent quant à eux s’inscrire dans une nouvelle sacralisation de la nature (que l’on ne peut profaner) et de ses composantes, en excluant la viande de leur consommation. Enfin, plus marginalement, la  communauté des « crudivoristes » regroupe ceux qui se nourrissent exclusivement d’aliments crus pour mieux revenir aux origines de l’alimentation humaine dans une quête fantasmée d’état de nature et de mythe des origines.

L’éthique du corps et de la santé 

Elle regroupe toutes les quêtes individuelles de bien-être, de purification, de sureté, de salubrité, comme gages et signes de performance et de réalisations individuelles. Ces quêtes s’inscrivent dans l’injonction croissante à assainir et/ou à réduire l’alimentation en purifiant le corps de toutes ses toxines et de ses excès nutritionnels néfastes pour l’organisme et l’épanouissement individuel. Des communautés s’organisent ainsi autour du refus de consommer certains aliments intrinsèquement néfastes (pour des raisons de santé ou d’intolérance alimentaire) ou pervertis (par l’industrie agroalimentaire) et dangereux pour la santé.
C’est le cas des « Nomilk » (exclusion du lactose) ou des « Noglu » (exclusion du gluten).  D’autres pratiquent, occasionnellement ou régulièrement, des ascèses alimentaires comme le montrent l’engouement contemporain pour les régimes [4], les cures de « détox » et les jeûnes alimentaires. Dans un versant pathologique, ces pratiques alimentaires s’expriment aussi par des troubles et des obsessions alimentaires visant un contrôle systématique et obsessionnel de l’alimentation (l’ « orthorexie »). Pratiques extrêmes qui peuvent conduire à légitimer et à valoriser l’anorexie, à l’image des communautés « pro-ana » sur internet.  Si la majeure partie de ces régimes s’effectuent selon des aspirations individualistes et hédonistes (minceur, santé, beauté), des ascèses mystiques à dimension spiritualiste existent aussi à la marge où la quête de santé s’entremêle avec la quête de sainteté et d’élévation spirituelle (évasion/mortification du corps et valorisation de l’âme). Certains groupes (très marginaux) aspirent même à l’émancipation partielle ou totale de l’humanité vis-à-vis de tout régime alimentaire à l’image de la secte « respirianiste » qui prône une éthique New Age basée sur l’arrêt complet de la nutrition pour atteindre le bonheur en exhortant ses membres à se nourrir exclusivement de lumière (prava).  Outre cette recherche d’assainissement [5], de contrôle et de purification (du corps et/ou de l’âme) de l’alimentation, l’éthique du corps et de la santé s’inscrit enfin dans une volonté de maîtrise et de mesure individuelle de son alimentation. Celle-ci prend notamment la forme du « quantified self » alimentaire (couverts intelligents, oreille connectée compteuse de calories, etc.) visant à mesurer sa nutrition et ses effets sur le corps (temps de mastication correct des aliments, apport calorique et nutritionnel etc).

L’éthique de responsabilité sociale et environnementale 

Celle-ci dépasse celle des engagements des marques et des distributeurs pour les consommateurs et comprend les aspirations visant à garantir les droits sociaux et environnementaux effectifs de tous les acteurs « oubliés » de l’alimentation : terre, animaux, producteurs et travailleurs [6]. Il en va ainsi de la condition animale dont la cause peut constituer à assurer des conditions dignes et décentes aux animaux d’élevage [7] mais aussi à militer pour l’ « antispécisme » [8] (idéologie répandue chez une partie des vegans) réfutant la notion même d’espèce et de hiérarchie entre l’homme et l’animal et assurant une égalité des droits entre « animaux humains » et « animaux non humains » [9]. Cette éthique consiste aussi à identifier les impacts sociaux et environnementaux de la production alimentaire pour en garantir les aspects vertueux, en valorisant notamment les circuits courts, les chartes et labels bio, le commerce équitable (assurant une reconnaissance des travailleurs agricoles via la garantie d’un revenu agricole juste) ou l’ « agriculture durable et éthique » (permaculture). 
 
Si ces nouvelles pratiques et éthiques alimentaires sont encore marginales notamment dans les pays latins et catholiques (à titre d’indication on compte entre 1,5 et 3% de végétariens en France contre entre 8 et 10% au Royaume-Uni et en Allemagne), elles n’en sont pas moins porteuses et de plus en plus poreuses et donc capitales à considérer à plusieurs titres pour la filière agroalimentaire :

De nouveaux marchés de niche

Les communautés de consommateurs que nous avons évoquées (vegan, Noglut, etc.) se sentent souvent exclues et marginalisées, leur parcours d’alimentation alternatif s’apparentant souvent à un parcours du combattant. Sans minorer le caractère militant volontairement marginal (et « antisystème ») du positionnement de certains acteurs, il existe de fait un marché de niche (nécessitant un marketing adapté) offrant des solutions de consommation visibles à ces consommateurs.

Impacts sur les nouveaux horizons de production et d’offre alimentaires

Le passage d’une agriculture et d’une filière alimentaire industrielle à une production alimentaire sur-mesure et optimisée apte à nourrir de vastes populations urbaines tout en répondant aux enjeux/défis sanitaires et environnementaux, est à questionner au regard de l’éthique alimentaire. Les innovations en cours dans le domaine agricole constituent en effet des domaines de développement économique futurs prometteurs qui, du point de vue de l’éthique alimentaire, s’apparente à un « pharmacon » (à la fois remède et poison).
Ainsi, l’émergence d’une « smart agriculture » (ou d’une « agriculture pilotée par la data ») et d’ « Ag Tech » (drones, tracteur autonome, monitoring, débimètre, capteurs) permet d’optimiser le travail des agriculteurs par des systèmes communicants intelligents tout en augmentant les rendements et en réduisant les quantités d’intrants et d’antibiotiques nécessaires à la production agricole.
Autant de caractéristiques qui rejoignent une partie de l’éthique alimentaire (santé, sécurité, environnement) mais qui accentuent et radicalisent le sentiment de déshumanisation de l’alimentation.
 
Le développement des micro-fermes urbaines sur la base de serres-usines « hydroponique » (production agricole intensive et circulaire en circuit ultra court), de l’ « aquaponie » (technique de culture de végétaux en symbiose avec l’élevage de poisson), de l’ « aéroponie » (cultures hors sol) ou encore de la permaculture (agroécologie basée sur une diversité de production et l’association de plusieurs cultures) peut aller dans le sens d’un rapprochement de l’agriculture (plus saine et moins mécanisée) et des citadins. Mais cette agriculture urbaine est aussi très consommatrice d’énergie, présente des qualités nutritionnelles inégales, et peut contribuer à radicaliser le sentiment d’artificialité, du caractère « hors-sol » et désincarné de l’agriculture.
L’arrivée d’une « agriculture cellulaire » visant à reproduire des protéines animales sans recourir à l’élevage (viande végétale, viande artificielle à base de cellules souches enrichies de nutriments) avec une consommation d’eau, de sol et d’énergie réduite, permet d’un côté de satisfaire les consommateurs soucieux de leur impact environnemental et excluant la viande de leurs consommations, mais renforce d’un autre côté les craintes associées à une agriculture biotechnologique dont on ne sait plus de quoi ni comment elle est constituée.

Impacts sur les stratégies commerciales et le contenu de l’offre alimentaire

Cette nouvelle éthique alimentaire, sans devenir majoritaire (dans ses caractéristiques les plus extrêmes notamment), peut néanmoins influencer les représentations et le comportement des consommateurs en général dans le sens d’attentes croissantes en matière de naturalité (au plus près de l’état de nature contre l’artificialisation et la manipulation du vivant), de soutenabilité environnementale et sanitaire de l’offre alimentaire, de transparence en matière de production (notamment en matière de souffrance animale). Un repositionnement des stratégies commerciales et de l’offre alimentaire dans le sens d’une plus grande prise en compte de ces aspirations en impliquant le consommateur pourrait permettre de répondre à l’infusion de ces nouvelles représentations et pratiques alimentaires auprès du plus grand nombre.

Attentes de transparence et d’empowerment

La volonté de maîtriser les produits alimentaires que l’on consomme (traçabilité, sécurité sanitaire, nature et condition de production et de transports, composition exacte et compréhensible des aliments transformés etc.) et d’agir sur sa consommation alimentaire (retours d’expériences, mesures de soi et de son impact sur l’écosystème etc.) sont des exigences dont l’absence de prise en compte est susceptible d’alimenter l’éthique alimentaire négative (en exacerbant notamment l’aspiration à un retour fantasmé à l’état de nature).
 
Cette analyse préliminaire des enjeux et des problématiques posés par l’éthique alimentaire est le point de départ de l’« Observatoire éthique alimentaire » lancé par l’ObSoCo. Celui-ci consiste à élaborer, dans le cadre d’une enquête quantitative, une méthodologie permettant d’appréhender, de mesurer et de suivre dans le temps le déploiement, la diffusion et l’influence de cette éthique alimentaire, d’en comprendre ses formes d’expression ainsi que les motivations, les pratiques et les attentes des individus qui s’y reconnaissent. Il s’agit également d’identifier les souhaits et les critiques qui se formulent à l’égard de la filière agroalimentaire et des distributeurs, de manière notamment à aider ces derniers à expliquer et projeter les tendances structurantes (marchés, modèles productifs et commerciaux, etc) du rapport à l’alimentation de demain.
 
Simon BOREL, Responsable de la recherche, Sociologue
Avec nos remerciements à l’OBSoCo, dans lequel l’original de cet article est paru - Octobre 2016
 
[1] LEPILLER, Olivier, « Les critiques de l’alimentation industrielle et les réponses des acteurs de l’offre », Cahiers de nutrition et de diététique, 2013, vol. 48, no 6, p. 298-307.
[2] Voir par exemple :
FISCHLER, Claude. Les alimentations particulières. Mangerons-nous encore ensemble demain, 2013.
ASCHER, François. Mangeur hypermoderne (Le). Odile Jacob, 2005.
[3] LEPILLER, Olivier, « Valoriser le naturel dans l’alimentation », Cahiers de Nutrition et de Diététique, 2016, vol. 51, no 2, p. 73-80.
[4] Selon l’enquête Nielsen Global Ingredients and Dining Out Trends d’août 2016, 44% des européens (et 37% des français) suivraient un régime restrictif.
http://www.nielsen.com/content/dam/nielsenglobal/eu/docs/pdf/Global%20Ingredient%20and%20Out-of-Home%20Dining%20Trends%20Report%20FINAL%20(1).pdf
[5] ADAMIEC, Camille. Devenir sain : morales alimentaires, pratiques de santé et écologie de soi. 2014. Thèse de doctorat. Strasbourg.
[6] THOMPSON, Paul B. From field to fork : Food ethics for everyone. OUP Us, 2015.
[7] PORCHER, Jocelyne.  Vivre avec les animaux, une utopie pour le XXIe siècle. La Découverte, 2011.
[8] Voir le livre fondateur : SINGER, Peter. Animal liberation: A new ethic for our treatment of animals.New York: New York Review (distributed by Random House), 1975.
[9] DUBREUIL, Catherine-Marie et DALLA BERNARDINA, Sergio. Libération animale et végétarisation du monde: ethnologie de l’antispécisme français. Éd. du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2013.
 

 

Campagne anglaise

Brexit : Une chance ou une calamité pour la faune et l’agriculture en Angleterre ?

Le Brexit pourrait être désastreux pour la protection de la faune et l’agriculture au Royaume Uni. C’est ce que craint un comité restreint d’audit environnemental. En effet, le départ de l’UE abattrait des pans entiers de réglementations mises en place au fil des années pour protéger l’environnement et défendre les agriculteurs. Un grand nombre de dispositions régissant la production alimentaire et l’environnement au Royaume-Uni pourraient se transformer en « législation zombie ».  D’autres voix se font entendre pour appeler à saisir une chance unique avec le Brexit : celle de construire un dispositif innovant de protection de l’environnement et du travail des agriculteurs. Le Brexit, chance ou calamité ?
 
L’alerte vient du Comité restreint d’audit environnemental britannique. Dans un rapport publié le 21 décembre dernier les auteurs avertissent les parlementaires qu’un bon nombre de dispositions régissant la production alimentaire et l’environnement au Royaume-Uni proviennent de la législation européenne. Les circonstances du Brexit amèneront un affaiblissement de ces règles qui nuirait non seulement à l’environnement, à l’agriculture, en réduisant la viabilité des exploitations mais aussi à la sécurité alimentaire elle-même. Les rapporteurs invitent donc les parlementaires à préparer un nouveau dispositif législatif avant que ne soit déclenché l’article 50 marquant le démarrage du processus de sortie de l’Union européenne. Les rapporteurs rappellent à cet égard l’engagement du gouvernement britannique « à être la première génération à laisser l’environnement dans un meilleur état qu’elle ne l’avait trouvé ».
 
Mary Creagh, la présidente du Comité d’audit souligne que « les changements provoqués par le Brexit pourraient mettre notre campagne, notre agriculture et notre faune en situation de risque ». La protection de l’environnement et notamment de la faune est actuellement garantie outre-Manche par les textes réglementaires européens. En cas de sortie de l’union, les dispositions européennes se retrouveraient à l’état de « législation zombie » dit-elle.
 
Le rapport fait référence à plus de 800 textes réglementaires et législatifs européens actuellement appliqués au Royaume-Uni et qui couvrent la faune, la qualité de l’eau, l’agriculture, l’alimentation, la pêche. Les parlementaires ont devant eux la lourde tâche de transposer ces règles dans le droit britannique. Ce ne sera pas une mince affaire et déjà certains parlementaires estiment qu’un bon tiers de ces dispositions ne pourront pas être transposées.
 
Le quotidien The Guardian rapporte les propos de Vicki Hird de l’ONG Sustain qui œuvre pour une meilleure alimentation et pour l’amélioration de l’agriculture : « Les députés ont correctement identifié, dit-elle, le risque énorme du Brexit pour les exploitations agricoles et pour l’environnement ». Elle appelle à mettre en œuvre des garanties environnementales pour protéger l’environnement naturel (les sols, les pollinisateurs, l’eau) dont toute l’agriculture dépend.
 
Le think-tank conservateur Bright Blue estime quant à lui que le nouveau projet de loi devrait aller encore plus loin que l’existant en augmentant le niveau d’ambition par rapport à l’environnement, avec, en particulier, des contrôles plus stricts de la pollution. Les parlementaires britanniques sauront-ils saisir cette chance de devenir un modèle en matière d’environnement et de production agricole ?
 
 

 

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