UP' Magazine L'innovation pour défi

sécurité alimentaire

Ethique alimentaire : l'émergence d'une réalité marginale influente

L’alimentation est un enjeu de civilisation matériel (nourrir les hommes) et immatériel (valeur, culture, croyances, représentations) majeur.
Auparavant valeur refuge parée de tous les bienfaits, l’alimentation apparaît de plus en plus comme un méfait dont il faut se méfier et se déprendre. La satisfaction face à l’obtention de l’abondance alimentaire en Occident s’est transformée en inquiétudes et en recherches d’alternatives face à ses réalités et à ses conséquences. La décomposition du modèle industriel de croissance, la perte du lien intergénérationnel avec le monde agricole, la crise écologique planétaire, le déclin de l’idée de progrès et l’essor d’une culture du narcissisme (développement personnel, expression de soi, culte du corps) conduisent à l’émergence de rapports critiques à l’alimentation et d’une nouvelle éthique alimentaire en quête de rassurance et de responsabilité.
 
La filière agro-alimentaire est directement impactée et critiquée [1] par cette nouvelle éthique. Il ne s’agit plus seulement de mieux se nourrir mais de se nourrir moins, voire même d’arrêter de se nourrir ou d’exclure certains aliments. Qu’elle soit envisagée sous l’angle de la souffrance animale, du « mal au corps » (gras/ « trop »/malbouffe), des effets néfastes des déchets de l’agriculture industrielle et mécanisée sur l’environnement, de la dénaturation des ressources alimentaires par les bio et nanotechnologies, l’alimentation est intrinsèquement remise en cause.
De plus, l’éthique alimentaire repose sur une aspiration à la maîtrise et au contrôle de soi (corps et esprit) par l’alimentation dans une dynamique de singularisation et de personnalisation de l’alimentation décrite et pensée par des travaux universitaires qui font référence [2]. Cette nouvelle éthique alimentaire peut être résumée en trois grands piliers dont chacun comprend des réalités plus ou moins radicales :

L’éthique de la nature et de l’authenticité 

Elle s’articule autour de la recherche de naturel [3], de pureté, de simplicité et d’un retour à l’état de nature. L’éthique repose ici sur le principe (plus ou moins militant) d’exclusion et de pureté alimentaire en rupture avec les pratiques dominantes basées sur l’élevage industriel et/ou la nourriture carnée. Les pratiques les plus courantes et développées recouvrent celles des adeptes (réguliers ou intermittents) de l’agriculture biologique, qu’ils soient ou non « locavores » (individus consommant uniquement des aliments produits à une échelle locale voire très locale), et qui aspirent à une alimentation authentique et non dénaturée. Les pratiques végétariennes (exclusion de la consommation animale), végétaliennes (exclusion de la consommation animale et des produits d’origine animale) et « végan » (refus supplémentaire de tout produit qui résulte de l’utilisation d’un animal, comme le cuir) dont le nombre de « pratiquants » est en augmentation, peuvent quant à eux s’inscrire dans une nouvelle sacralisation de la nature (que l’on ne peut profaner) et de ses composantes, en excluant la viande de leur consommation. Enfin, plus marginalement, la  communauté des « crudivoristes » regroupe ceux qui se nourrissent exclusivement d’aliments crus pour mieux revenir aux origines de l’alimentation humaine dans une quête fantasmée d’état de nature et de mythe des origines.

L’éthique du corps et de la santé 

Elle regroupe toutes les quêtes individuelles de bien-être, de purification, de sureté, de salubrité, comme gages et signes de performance et de réalisations individuelles. Ces quêtes s’inscrivent dans l’injonction croissante à assainir et/ou à réduire l’alimentation en purifiant le corps de toutes ses toxines et de ses excès nutritionnels néfastes pour l’organisme et l’épanouissement individuel. Des communautés s’organisent ainsi autour du refus de consommer certains aliments intrinsèquement néfastes (pour des raisons de santé ou d’intolérance alimentaire) ou pervertis (par l’industrie agroalimentaire) et dangereux pour la santé.
C’est le cas des « Nomilk » (exclusion du lactose) ou des « Noglu » (exclusion du gluten).  D’autres pratiquent, occasionnellement ou régulièrement, des ascèses alimentaires comme le montrent l’engouement contemporain pour les régimes [4], les cures de « détox » et les jeûnes alimentaires. Dans un versant pathologique, ces pratiques alimentaires s’expriment aussi par des troubles et des obsessions alimentaires visant un contrôle systématique et obsessionnel de l’alimentation (l’ « orthorexie »). Pratiques extrêmes qui peuvent conduire à légitimer et à valoriser l’anorexie, à l’image des communautés « pro-ana » sur internet.  Si la majeure partie de ces régimes s’effectuent selon des aspirations individualistes et hédonistes (minceur, santé, beauté), des ascèses mystiques à dimension spiritualiste existent aussi à la marge où la quête de santé s’entremêle avec la quête de sainteté et d’élévation spirituelle (évasion/mortification du corps et valorisation de l’âme). Certains groupes (très marginaux) aspirent même à l’émancipation partielle ou totale de l’humanité vis-à-vis de tout régime alimentaire à l’image de la secte « respirianiste » qui prône une éthique New Age basée sur l’arrêt complet de la nutrition pour atteindre le bonheur en exhortant ses membres à se nourrir exclusivement de lumière (prava).  Outre cette recherche d’assainissement [5], de contrôle et de purification (du corps et/ou de l’âme) de l’alimentation, l’éthique du corps et de la santé s’inscrit enfin dans une volonté de maîtrise et de mesure individuelle de son alimentation. Celle-ci prend notamment la forme du « quantified self » alimentaire (couverts intelligents, oreille connectée compteuse de calories, etc.) visant à mesurer sa nutrition et ses effets sur le corps (temps de mastication correct des aliments, apport calorique et nutritionnel etc).

L’éthique de responsabilité sociale et environnementale 

Celle-ci dépasse celle des engagements des marques et des distributeurs pour les consommateurs et comprend les aspirations visant à garantir les droits sociaux et environnementaux effectifs de tous les acteurs « oubliés » de l’alimentation : terre, animaux, producteurs et travailleurs [6]. Il en va ainsi de la condition animale dont la cause peut constituer à assurer des conditions dignes et décentes aux animaux d’élevage [7] mais aussi à militer pour l’ « antispécisme » [8] (idéologie répandue chez une partie des vegans) réfutant la notion même d’espèce et de hiérarchie entre l’homme et l’animal et assurant une égalité des droits entre « animaux humains » et « animaux non humains » [9]. Cette éthique consiste aussi à identifier les impacts sociaux et environnementaux de la production alimentaire pour en garantir les aspects vertueux, en valorisant notamment les circuits courts, les chartes et labels bio, le commerce équitable (assurant une reconnaissance des travailleurs agricoles via la garantie d’un revenu agricole juste) ou l’ « agriculture durable et éthique » (permaculture). 
 
Si ces nouvelles pratiques et éthiques alimentaires sont encore marginales notamment dans les pays latins et catholiques (à titre d’indication on compte entre 1,5 et 3% de végétariens en France contre entre 8 et 10% au Royaume-Uni et en Allemagne), elles n’en sont pas moins porteuses et de plus en plus poreuses et donc capitales à considérer à plusieurs titres pour la filière agroalimentaire :

De nouveaux marchés de niche

Les communautés de consommateurs que nous avons évoquées (vegan, Noglut, etc.) se sentent souvent exclues et marginalisées, leur parcours d’alimentation alternatif s’apparentant souvent à un parcours du combattant. Sans minorer le caractère militant volontairement marginal (et « antisystème ») du positionnement de certains acteurs, il existe de fait un marché de niche (nécessitant un marketing adapté) offrant des solutions de consommation visibles à ces consommateurs.

Impacts sur les nouveaux horizons de production et d’offre alimentaires

Le passage d’une agriculture et d’une filière alimentaire industrielle à une production alimentaire sur-mesure et optimisée apte à nourrir de vastes populations urbaines tout en répondant aux enjeux/défis sanitaires et environnementaux, est à questionner au regard de l’éthique alimentaire. Les innovations en cours dans le domaine agricole constituent en effet des domaines de développement économique futurs prometteurs qui, du point de vue de l’éthique alimentaire, s’apparente à un « pharmacon » (à la fois remède et poison).
Ainsi, l’émergence d’une « smart agriculture » (ou d’une « agriculture pilotée par la data ») et d’ « Ag Tech » (drones, tracteur autonome, monitoring, débimètre, capteurs) permet d’optimiser le travail des agriculteurs par des systèmes communicants intelligents tout en augmentant les rendements et en réduisant les quantités d’intrants et d’antibiotiques nécessaires à la production agricole.
Autant de caractéristiques qui rejoignent une partie de l’éthique alimentaire (santé, sécurité, environnement) mais qui accentuent et radicalisent le sentiment de déshumanisation de l’alimentation.
 
Le développement des micro-fermes urbaines sur la base de serres-usines « hydroponique » (production agricole intensive et circulaire en circuit ultra court), de l’ « aquaponie » (technique de culture de végétaux en symbiose avec l’élevage de poisson), de l’ « aéroponie » (cultures hors sol) ou encore de la permaculture (agroécologie basée sur une diversité de production et l’association de plusieurs cultures) peut aller dans le sens d’un rapprochement de l’agriculture (plus saine et moins mécanisée) et des citadins. Mais cette agriculture urbaine est aussi très consommatrice d’énergie, présente des qualités nutritionnelles inégales, et peut contribuer à radicaliser le sentiment d’artificialité, du caractère « hors-sol » et désincarné de l’agriculture.
L’arrivée d’une « agriculture cellulaire » visant à reproduire des protéines animales sans recourir à l’élevage (viande végétale, viande artificielle à base de cellules souches enrichies de nutriments) avec une consommation d’eau, de sol et d’énergie réduite, permet d’un côté de satisfaire les consommateurs soucieux de leur impact environnemental et excluant la viande de leurs consommations, mais renforce d’un autre côté les craintes associées à une agriculture biotechnologique dont on ne sait plus de quoi ni comment elle est constituée.

Impacts sur les stratégies commerciales et le contenu de l’offre alimentaire

Cette nouvelle éthique alimentaire, sans devenir majoritaire (dans ses caractéristiques les plus extrêmes notamment), peut néanmoins influencer les représentations et le comportement des consommateurs en général dans le sens d’attentes croissantes en matière de naturalité (au plus près de l’état de nature contre l’artificialisation et la manipulation du vivant), de soutenabilité environnementale et sanitaire de l’offre alimentaire, de transparence en matière de production (notamment en matière de souffrance animale). Un repositionnement des stratégies commerciales et de l’offre alimentaire dans le sens d’une plus grande prise en compte de ces aspirations en impliquant le consommateur pourrait permettre de répondre à l’infusion de ces nouvelles représentations et pratiques alimentaires auprès du plus grand nombre.

Attentes de transparence et d’empowerment

La volonté de maîtriser les produits alimentaires que l’on consomme (traçabilité, sécurité sanitaire, nature et condition de production et de transports, composition exacte et compréhensible des aliments transformés etc.) et d’agir sur sa consommation alimentaire (retours d’expériences, mesures de soi et de son impact sur l’écosystème etc.) sont des exigences dont l’absence de prise en compte est susceptible d’alimenter l’éthique alimentaire négative (en exacerbant notamment l’aspiration à un retour fantasmé à l’état de nature).
 
Cette analyse préliminaire des enjeux et des problématiques posés par l’éthique alimentaire est le point de départ de l’« Observatoire éthique alimentaire » lancé par l’ObSoCo. Celui-ci consiste à élaborer, dans le cadre d’une enquête quantitative, une méthodologie permettant d’appréhender, de mesurer et de suivre dans le temps le déploiement, la diffusion et l’influence de cette éthique alimentaire, d’en comprendre ses formes d’expression ainsi que les motivations, les pratiques et les attentes des individus qui s’y reconnaissent. Il s’agit également d’identifier les souhaits et les critiques qui se formulent à l’égard de la filière agroalimentaire et des distributeurs, de manière notamment à aider ces derniers à expliquer et projeter les tendances structurantes (marchés, modèles productifs et commerciaux, etc) du rapport à l’alimentation de demain.
 
Simon BOREL, Responsable de la recherche, Sociologue
Avec nos remerciements à l’OBSoCo, dans lequel l’original de cet article est paru - Octobre 2016
 
[1] LEPILLER, Olivier, « Les critiques de l’alimentation industrielle et les réponses des acteurs de l’offre », Cahiers de nutrition et de diététique, 2013, vol. 48, no 6, p. 298-307.
[2] Voir par exemple :
FISCHLER, Claude. Les alimentations particulières. Mangerons-nous encore ensemble demain, 2013.
ASCHER, François. Mangeur hypermoderne (Le). Odile Jacob, 2005.
[3] LEPILLER, Olivier, « Valoriser le naturel dans l’alimentation », Cahiers de Nutrition et de Diététique, 2016, vol. 51, no 2, p. 73-80.
[4] Selon l’enquête Nielsen Global Ingredients and Dining Out Trends d’août 2016, 44% des européens (et 37% des français) suivraient un régime restrictif.
http://www.nielsen.com/content/dam/nielsenglobal/eu/docs/pdf/Global%20Ingredient%20and%20Out-of-Home%20Dining%20Trends%20Report%20FINAL%20(1).pdf
[5] ADAMIEC, Camille. Devenir sain : morales alimentaires, pratiques de santé et écologie de soi. 2014. Thèse de doctorat. Strasbourg.
[6] THOMPSON, Paul B. From field to fork : Food ethics for everyone. OUP Us, 2015.
[7] PORCHER, Jocelyne.  Vivre avec les animaux, une utopie pour le XXIe siècle. La Découverte, 2011.
[8] Voir le livre fondateur : SINGER, Peter. Animal liberation: A new ethic for our treatment of animals.New York: New York Review (distributed by Random House), 1975.
[9] DUBREUIL, Catherine-Marie et DALLA BERNARDINA, Sergio. Libération animale et végétarisation du monde: ethnologie de l’antispécisme français. Éd. du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2013.
 

 

Campagne anglaise

Brexit : Une chance ou une calamité pour la faune et l’agriculture en Angleterre ?

Le Brexit pourrait être désastreux pour la protection de la faune et l’agriculture au Royaume Uni. C’est ce que craint un comité restreint d’audit environnemental. En effet, le départ de l’UE abattrait des pans entiers de réglementations mises en place au fil des années pour protéger l’environnement et défendre les agriculteurs. Un grand nombre de dispositions régissant la production alimentaire et l’environnement au Royaume-Uni pourraient se transformer en « législation zombie ».  D’autres voix se font entendre pour appeler à saisir une chance unique avec le Brexit : celle de construire un dispositif innovant de protection de l’environnement et du travail des agriculteurs. Le Brexit, chance ou calamité ?
 
L’alerte vient du Comité restreint d’audit environnemental britannique. Dans un rapport publié le 21 décembre dernier les auteurs avertissent les parlementaires qu’un bon nombre de dispositions régissant la production alimentaire et l’environnement au Royaume-Uni proviennent de la législation européenne. Les circonstances du Brexit amèneront un affaiblissement de ces règles qui nuirait non seulement à l’environnement, à l’agriculture, en réduisant la viabilité des exploitations mais aussi à la sécurité alimentaire elle-même. Les rapporteurs invitent donc les parlementaires à préparer un nouveau dispositif législatif avant que ne soit déclenché l’article 50 marquant le démarrage du processus de sortie de l’Union européenne. Les rapporteurs rappellent à cet égard l’engagement du gouvernement britannique « à être la première génération à laisser l’environnement dans un meilleur état qu’elle ne l’avait trouvé ».
 
Mary Creagh, la présidente du Comité d’audit souligne que « les changements provoqués par le Brexit pourraient mettre notre campagne, notre agriculture et notre faune en situation de risque ». La protection de l’environnement et notamment de la faune est actuellement garantie outre-Manche par les textes réglementaires européens. En cas de sortie de l’union, les dispositions européennes se retrouveraient à l’état de « législation zombie » dit-elle.
 
Le rapport fait référence à plus de 800 textes réglementaires et législatifs européens actuellement appliqués au Royaume-Uni et qui couvrent la faune, la qualité de l’eau, l’agriculture, l’alimentation, la pêche. Les parlementaires ont devant eux la lourde tâche de transposer ces règles dans le droit britannique. Ce ne sera pas une mince affaire et déjà certains parlementaires estiment qu’un bon tiers de ces dispositions ne pourront pas être transposées.
 
Le quotidien The Guardian rapporte les propos de Vicki Hird de l’ONG Sustain qui œuvre pour une meilleure alimentation et pour l’amélioration de l’agriculture : « Les députés ont correctement identifié, dit-elle, le risque énorme du Brexit pour les exploitations agricoles et pour l’environnement ». Elle appelle à mettre en œuvre des garanties environnementales pour protéger l’environnement naturel (les sols, les pollinisateurs, l’eau) dont toute l’agriculture dépend.
 
Le think-tank conservateur Bright Blue estime quant à lui que le nouveau projet de loi devrait aller encore plus loin que l’existant en augmentant le niveau d’ambition par rapport à l’environnement, avec, en particulier, des contrôles plus stricts de la pollution. Les parlementaires britanniques sauront-ils saisir cette chance de devenir un modèle en matière d’environnement et de production agricole ?
 
 

 

agroalimentation

Un nouveau pacte alimentaire entre producteurs et consommateurs : pour rétablir la confiance ?

En mai dernier, lors des Assises Nationales de l'Alimentation, Jean-Philippe GIRARD, président de l’ANIA, a présenté un Nouveau Pacte Alimentaire. Sur la base des attentes recueillies directement auprès des consommateurs entre novembre 2015 et mars 2016 lors de sa Grande Consultation Citoyenne, l’ANIA a élaboré un Nouveau Pacte entre ceux qui produisent l’alimentation et ceux qui la consomment. Objectif : présenter les modalités d’une nouvelle relation entre les entreprises et les consommateurs qui amènent les premiers à repenser leurs activités en fonction de l’évolution des attentes des seconds et des mutations d’un monde nouveau.
 
L’histoire de l’alimentation est avant tout l’histoire d’une adaptation permanente de notre nourriture à l’évolution des modes de vie, aux mouvements de populations, aux nouveaux besoins, à l’utilisation des découvertes et des nouvelles technologies. C’est aussi une histoire forte de tradition et de savoir-faire, la recherche de toujours plus de goût, de qualité et d’une conservation toujours plus efficace.
C’est également l’histoire d’une préoccupation individuelle qui a progressivement été déléguée aux professionnels de l’alimentation.
 
Dans cette très longue histoire plurimillénaire, le XXème siècle aura été celui d’un bouleversement phénoménal. On ne nourrit pas de la même façon la France de 1950 qui comptait 40 millions d’habitants, dont 50 % en milieu rural, qu’on ne nourrit la France de 2016 et ses 68 millions de français dont 80 % vivent en milieu urbain avec une espérance de vie qui a doublé en un siècle. Et que dire d’un monde qui est passé de 1,5 milliard d’habitants à plusde 7,5 milliards en un siècle !
 
La filière alimentaire, grâce aux agriculteurs, aux entreprises alimentaires et au commerce, a relevé le fantastique défi de la deuxième moitié du XXème siècle pour accompagner cette très forte évolution démographique avec le babyboom, une nouvelle société, un besoin de sécurité alimentaire et sanitaire, sans jamais oublier le plaisir, la gourmandise et la découverte de nouvelles saveurs.
Le monde change et nous sommes confrontés à un triple défi : s’adapter aux besoins de chaque individu, préserver une planète de plus en plus fragile et, dans le même temps, réussir à nourrir bientôt 9 milliards d’êtres humains alors qu’encore 10 % de la population mondiale souffre de la faim.
 
En France, tout le monde aspire au bien manger et l’alimentation a beaucoup de valeur. Mais elle nous interroge tous : comment concilier modernité et tradition, plaisir et santé, accessibilité et qualité, praticité et convivialité ? Comment satisfaire le plus grand nombre, les exigences de chacun et les ressources de notre planète ?
Mais si les Français aiment l’alimentation, leur relation avec les acteurs alimentaires est aujourd’hui contrastée. Sur fond de scandales alimentaires, de cacophonie nutritionnelle, de foodbashing , rétablir la confiance entre ceux qui produisent l’alimentation et ceux qui la consomment est un défi essentiel.
L’ANIA, l'association nationale des industries alimentaires, a donc organisé une grande consultation citoyenne : s’ouvrir, écouter, prendre le temps d’échanger avec des consommateurs citoyens.
 
En France, 70 % de la production agricole est transformée par l’industrie alimentaire, + 80% des produits de grandes et moyennes surfaces sont des produits agroalimentaires, soit 16 218 entreprises et 440 926 emplois ( à fin 2015) avec 2,4 millions d’emplois.

Le consommateur-citoyen comme grand invité des Assises Nationales de l’alimentation

L’ANIA avait déjà innové en proposant aux consommateurs de répondre à une Grande Consultation Citoyenne sur l’Alimentation. L’objectif pour l' organisation professionnelle était d’échanger avec les citoyens. Entre le 3 novembre 2015 et le 3 mars 2016, 8 832 consommateurs ont répondu à l’appel au dialogue lancé par l’ANIA.
 
Cette initiative a montré que les consommateurs étaient fiers du modèle français et restaient confiants dans leur alimentation du quotidien. Dans le même temps, ils montrent une vigilance et une exigence sur la qualité des produits, la composition et l’origine des aliments, l’impact de leur consommation sur l’environnement. Ils s’interrogent sur la transparence des acteurs de la filière alimentaire, sur la manière de concilier plaisir et santé, accessibilité et qualité, praticité et convivialité. Ils ont le sentiment que les entreprises agroalimentaires ne sont pas suffisamment mobilisées pour les accompagner, pas suffisamment engagées à répondre à leurs attentes (cf. bilan de la Consultation Citoyenne).
 
Ces Assises sont le prolongement de la grande consultation citoyenne lancée en novembre. Nous avons fait le pari avec vous de demander aux consommateurs-citoyens ce qu'ils pensent de notre travail. Ils seront notre grand invité et le fil rouge de notre matinée d’échanges.
Jean-Philippe Girard, président de l'ANIA
Ainsi, les débats entre les intervenants ont été directement nourris par les témoignages de consommateurs issus de la Grande Consultation sur l’Alimentation et d’interviews vidéo. 

Pour un nouveau pacte entre ceux qui produisent l’alimentation et ceux qui la consomment

Lors des Assises, il a été rappelé que le secteur agroalimentaire est confronté à une véritable transition de son modèle. Le défi de l’alimentation a rapidement évolué en 60 ans : la France de 1950 qui comptait 40 millions d’habitants, dont 50 % en milieu rural, ne ressemble pas à la France de 2016 et ses 68 millions de français dont 80 % vivent en milieu urbain ; la population mondiale est passée d’1,5 à plus de 7,5 milliards d’habitants ; les habitudes et les modes de consommation ont évolué ; les besoins et les attentes des consommateurs ont significativement changé.
 
La filière alimentaire, grâce à ses agriculteurs, ses entreprises agroalimentaires et ses commerces, a relevé l’incroyable défi de la deuxième moitié du XXème siècle, celui d’accompagner l’explosion démographique française, l’urbanisation, l’évolution de la société pour proposer une offre variée et accessible au plus grand nombre. Il est temps d’établir un nouveau pacte alimentaire entre nous.
Jean-Philippe Girard
 
Le Nouveau Pacte Alimentaire contient cinq grands chapitres :
- Pour une alimentation toujours meilleure
- Pour plus de transparence et plus de confiance
- Pour une alimentation plus responsable et plus durable
- Pour une filière plus forte, créatrice d’emplois locaux
- Pour le rayonnement de la France dans le Monde
 
Ce sont là de grandes valeurs qui doivent être repensées : se faire plaisir, garantir la sécurité sanitaire des aliments, améliorer la qualité nutritionnelle des produits, offrir une alimentation adaptée aux besoins spécifiques de tous. C'est aussi proposer de travailler pour une meilleure compréhension des processus de fabrication et de la composition des produits en améliorant l'information sur les produits, en travaillant sur les approvisionnements de qualité et sur leur provenance. C'est aussi un pacte pour une alimentation plus responsable et plus durable : diminuer l'impact de la production sur l'environnement, favoriser les filières durables, optimiser la gestion des déchets, lutter contre le gaspillage alimentaire, encourager le don alimentaire.
 
Ce Nouveau Pacte Alimentaire amène le secteur agroalimentaire et ses partenaires à repenser leurs activités en fonction des nouvelles attentes des consommateurs. Il s’adapte à la fois aux évolutions françaises et aux mutations du monde. Il confirme l’excellence française en matière de savoir-faire et de sécurité des aliments tout en s’attachant encore davantage à la santé, à l’environnement, à la vie des territoires.

Un nouveau pacte alimentaire qui engage les entreprises, leurs partenaires et les pouvoirs publics

 
La responsabilité partagée et la confiance mutuelle constituent le socle de ce nouveau Pacte Alimentaire. L’ANIA propose une nouvelle ambition aux consommateurs bien sûr mais également une démarche collective d’engagements à tous ses partenaires de la filière alimentaire à commencer par les entreprises agroalimentaires elles-mêmes évidemment, les éleveurs et les cultivateurs, ses fournisseurs et ses prestataires, ses clients, les financeurs, la société civile, les pouvoirs publics.
 
Pour animer cette démarche d’engagements, l’ANIA lance à l’occasion de ces Assises Nationales de l’Alimentation un TUMBLR collaboratif autour de son Nouveau Pacte Alimentaire : www.pactealimentaire.tumblr.com.
De bonnes pratiques concrètes des entreprises agroalimentaires et de leurs partenaires y seront présentées chaque semaine jusqu’à la fin de l’année.
Soyons à la hauteur des attentes de nos consommateurs, soyons ambitieux pour notre alimentation et surtout soyons audacieux et vrais dans nos propositions, dans nos actions. Nos consommateurs changent. Nous changeons aussi, avec eux, pour eux, grâce à eux. C’est ensemble que nous redonnons de la valeur à l’alimentation.
Jean-Philippe Girard
(Source : ania.net)
 
 

 

 

sécurité alimentaire

Au Danemark une enseigne vend des produits périmés pour lutter contre le gaspillage alimentaire

Alors que la France jette environ 1,5 million de tonnes de déchets alimentaires par an, une loi, promulguée le 11 février, oblige désormais les enseignes de la grande distribution à donner leurs invendus aux associations caritatives. Mais le Danemark, où près de 700 000 tonnes d’aliments sont jetées chaque année, va plus loin dans la lutte contre le gâchis. Un supermarché d’un nouveau genre vient d’ouvrir ses portes. Chez Wefood, on ne vend que de la nourriture périmée, ou dont les emballages sont défectueux, pour des prix de 30 % à 50 % inférieurs à ceux pratiqués dans un supermarché normal.
 
Acheter à moindre coût des produits délaissés par la clientèle des supermarchés : voilà qui fait saliver les habitués de Wefood, une chaîne d'un nouveau genre installée à Copenhague. Après une première boutique à Amager, une île de la capitale danoise, l'association Wefood a ouvert une succursale dans le quartier branché de Nørrebro, haut-lieu du melting-pot culturel à la danoise.
S'y vendent exclusivement des produits dont la date de péremption est dépassée ou l'emballage abîmé. Quant aux profits, ils sont reversés à une organisation caritative.
 
Le jour de l'ouverture en octobre, hipsters et mères de famille jouaient des coudes pour obtenir un bol d'une soupe concoctée à partir de choux-fleurs invendus par les disciples de Claus Meyer, l'un des fondateurs du Noma, célèbre restaurant étoilé de Copenhague. "C'est cool qu'au lieu de jeter les ingrédients, ils choisissent de les vendre ! On soutient une bonne cause en venant ici," se réjouit Signe Skovgaard Sørensen, une étudiante, ravie d'avoir trouvé une bouteille d'huile d'olive haut de gamme pour 20 couronnes (2,7 euros).
 
"N'est-ce pas fantastique ?", s'émerveille Olga Fruerlund, une retraitée qui vient de dénicher un bocal de bonbons, futur cadeau de Noël pour ses petits-enfants. Ces gourmandises "peuvent durer une centaine d'années grâce au sucre qu'elles contiennent...", affirme-t-elle malicieusement.
 
La législation danoise permet la vente de produits après leur date de péremption tant qu'ils ne présentent pas de risque immédiat pour la santé et que l'emballage l'indique.

Moitié moins cher

Encore faut-il persuader la clientèle que des produits restent mangeables après la date d'expiration. Concrètement, chez Wefood, "on regarde, on sent, on inspecte pour voir si le produit est encore consommable", explique l'un des responsables, Bassel Hmeidan.
 
Tous les produits vendus dans les magasins Wefood sont donnés par des producteurs, des sociétés d'importation et d'exportation et des supermarchés locaux. Ils sont recueillis par le personnel de Wefood, constitué exclusivement de bénévoles. Les prix affichés sont inférieurs de moitié à ceux des autres magasins alimentaires.
 
Mais c'est une gageure de se nourrir exclusivement ici, car l'offre, qui dépend des arrivages et de la bonne volonté des donateurs, y est par nature éclectique : à côté d'une profusion de pop-corns estampillés Disney, on peut n'y trouver comme fruits que des pommes cabossées...
 
La lutte contre le gaspillage alimentaire est une priorité à travers l'Europe, où différentes initiatives, politiques ou populaires, se développent. En 2015, la France a ainsi interdit de jeter les invendus alimentaires.
 
En Grande-Bretagne, le premier supermarché d'invendus a ouvert ses portes près de Leeds en septembre : là, les clients britanniques sont invités à payer le montant qu'ils souhaitent, comme bon leur semble - contrairement au modèle danois de Wefood où les prix de vente sont fixes -, l'accent étant mis sur la lutte contre la pauvreté.
 
Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, la FAO, près de 1,3 milliard de tonnes de nourriture est gaspillé chaque année, une ressource qui pourrait permettre de répondre aux besoins du milliard de personnes souffrant de la faim dans le monde.

Un concept devenu 'très populaire'

En cinq ans, le Danemark a réduit de 25% ses déchets alimentaires, selon le gouvernement. Cette performance est liée en partie à l'impulsion de l'organisation "Stop au gaspillage alimentaire", fondée en 2008 par la militante d'origine russe Selina Juul, arrivée au Danemark à 13 ans en 1993 et outrée par le gâchis de nourriture. Le concept est devenu "très populaire", constate-t-elle.
 
L'une des propositions phares de son association consiste en des promotions importantes sur les articles dont la date d'expiration est proche. Ce principe a été adopté par la majorité des supermarchés du Danemark, et il a aussi cours dans d'autres pays. Wefood compte continuer son expansion. L'association prévoit l'an prochain d'ouvrir un établissement à Aarhus, la deuxième ville du Danemark.
 
L'association des épiciers danois estime toutefois qu'il vaudrait encore mieux prendre le problème à la racine: le gaspillage alimentaire doit être "résolu en amont, avant même d'être obligé de donner les produits à un magasin comme Wefood", estime son directeur, John Wagner.
 
Certains suivent cette voie. Plutôt que des offres "deux pour le prix d'un" quand la date de péremption approche, la chaîne à petits prix Rema 1000 a ainsi choisi de réduire la taille des portions mises en vente, notamment pour le pain, afin que les personnes vivant seules ne jettent plus le surplus non consommé.
Source : Sören BILLING - AFP
 

 

bio dans les cantines

Oui au bio et local dans les cantines !

Les députés ont adopté ce 23 novembre, à l’unanimité, l’inscription de 40% de produits locaux et de saison dont 20% de produits bio en restauration collective d’ici à 2020, dans le cadre du projet de loi Egalité et citoyenneté.
 
Adopté par les députés en avril, le Sénat avait censuré cet article de loi permettant l'introduction du bio dans les cantines, comme nous l’avions rapporté en octobre dernier. Ouf ! L'amendement de la députée écologiste Brigitte Allain sur le "manger local" et "manger bio" a été adopté ce 23 novembre 2016 à l'unanimité à l'Assemblée Nationale. Les restaurants collectifs devront proposer 40 % de produits dits "durables", de saison, de qualité et surtout, issus de circuits courts, dont 20 % de produits bio.
Une très bonne nouvelle pour les cantines scolaires mais aussi pour les restaurants des grandes entreprises qui disposeront d’un délai pour se mettre en conformité avec l'amendement et devront donc insérer l’alimentation durable dans leur politique de Responsabilité Sociale et Environnementale (RSE).
Seront donc concernés les contrats conclus à compter du 1er janvier 2020.
 
L'Etat s’est enfin donné les moyens d'agir pour permettre d'une part aux agriculteurs/trices d'approvisionner des marchés rémunérateurs, leur assurant ainsi des débouchés réguliers et des revenus équitables et d'autre part, d'assurer des repas sains et de qualité aux enfants. Il était temps car la pression des parents d’élèves auprès des écoles était très nombreuse à travers de multiples pétitions signées depuis le début de l’année.
 
20 % de bio et local dans la restauration collective en 2020 c'est réaliste et ce n'est pas plus cher ! D’après les derniers chiffres de l'Agence BIO, en 2014, seuls 5% des établissements scolaires proposaient 15% ou plus de produits bio à leur carte. Comme aucune réglementation n'existait en la matière, la démarche dépendait avant tout de la bonne volonté des élus. "C'est un choix politique," confirmait Samy Kefy-Jérôme, adjoint au maire de Saint-Etienne, dans une interview à l’Express en aôut dernier. Un consensus politique qui répond à une attente simple et forte des citoyens.
 
Le succès du bio en restauration collective ne se dément pas et prend même de l’ampleur. Pour preuve, les achats ont progressé de 18 % en 2015 et de 11 % en 2014, pour une valeur totale estimée à 225 millions d’euros HT en 2015 (source : Agence bio/CSA).
Selon la FNAB,  400 000 ha sur les 29 millions d'ha de terres agricoles françaises suffisent pour approvisionner en bio les cantines à hauteur de 20 %. Or l'agriculture bio représente actuellement 1,3 million d'hectares en France et chaque année de nouvelles terres obtiennent la certification.
 
Question qui reste néanmoins en suspens : le texte sera-t-il contraignant ?  L’Observatoire de l’alimentation (alim’agri) sera, entre autres, chargé de définir les outils méthodologiques pour permettre aux organismes publics et privés de restauration collective d’atteindre l’objectif des 40% de produits bios et locaux et d’en définir les critères. Dans chaque région, « des plans avec des orientations précises au niveau des politiques alimentaires » devront être mis en œuvre. Selon Brigitte Allain, c’est « l’une des mesures fortes ». (Source : bastamag.net).
 

Voir (ou revoir) le film "Nos enfants nous accuseront" de Jean-Paul Jaud 2008, militant pour réintroduire le temps de cantine dans le temps éducatif, sous la responsabilité de l’Education Nationale. Temps pouvant être consacré à l’entretien du potager, à l’éducation au goût et d’une façon générale aux questions environnementales.

 
 

 

agrostratégies

Starling ou l'innovation technologique au service de la forêt

Defence Airbus and Space, The Forest Trust (TFT) et SarVision ont développé conjointement un service innovant qui permet aux entreprises de l’agroalimentaire de fournir des preuves de la mise en œuvre de leurs engagements en matière de protection de l'environnement et plus particulièrement de lutte contre la déforestation. Après 14 mois de développement, cette technologie est en service auprès de deux clients pilotes, Ferrero et Nestlé, et sera commercialisée début 2017. Pour la première fois, ce type de technologie sera mis à la disposition des entreprises pour les aider à prendre les bonnes décisions et à respecter les promesses énoncées dans leurs politiques de conservation des forêts.
 
Le service est appelé Starling et utilise une combinaison d'images satellitaires optiques et radar de haute résolution. Nestlé et Ferrero, deux géants de l’industrie agroalimentaire, ont accepté d’être les « clients pilotes » de cette innovation technologique afin de prouver leurs engagements dans le contrôle de leur chaîne d’approvisionnement et de traçabilité, et ce, en luttant contre la déforestation. 
Ce service mis au point par Airbus Defence and Space, SarVision et The Forest Trust, appelé Starling, allie imagerie satellite optique haute résolution et radar pour fournir une observation objective de l’évolution du couvert forestier. Avec ce satellite, Nestlé et Ferrero peuvent suivre la chaîne alimentaire, notamment les plantations d’huile de palme dont la demande croit au rythme de 3% par an, ses propriétés techniques la rendant indispensable dans de nombreux produits transformés : lait infantile, soupes, savons, détergents, etc. Un engouement qui a pour corollaire une exploitation parfois irresponsable, source de déforestation.
 
Le partenariat entre Airbus Defence et les spécialistes de la télédétection spatiale, TFT et radar SarVision a débuté en 2015. Airbus Defense and Space est chargé d'activer ses satellites, de prétraiter l'imagerie et de distribuer le service dans le monde entier. L'expérience de TFT en matière d'aménagement du territoire et de foresterie et l'expertise de SarVision en analyse d'images radar complètent la conception de la solution. Les données satellitaires complexes et expertes sont transformées en informations qui peuvent être directement utilisées et comprises par les agro-industries.

Déforestation : Etat des lieux

80 % de la déforestation est due à l’agriculture. Mais de 2010 à 2015, la superficie des forêts (naturelles et plantées) a régressé chaque année de 0,08 %, contre 0,18 % entre 1990 et 2000, selon un rapport quinquennal sur l’état des forêt de la FAO, notant ainsi un ralentissement du rythme de la déforestation depuis vingt-cinq ans : « Même si à l’échelle mondiale, l’étendue des forêts continue de diminuer alors que la croissance démographique et l’intensification de la demande en nourriture et en terres se poursuivent, le taux de perte nette de forêts a chuté de plus de 50 % », indique l’étude publiée tous les cinq ans. « Cependant, cette tendance positive doit être consolidée, surtout dans les pays qui accusent un retard. » (Source Le Monde).
 
La déforestation est loin d’être une solution pour nourrir l’humanité. Au contraire, le déboisement risque de mettre à mal l’agriculture à long terme, puisque les forêts sont des éléments naturellement utiles aux cultures environnantes.
Même si les surfaces cultivables sont de plus en plus restreintes, la solution n’est pas de créer de la place en défrichant le couvert forestier, mais d’optimiser cette place pour en assurer les rendements.
 
En ligne de mire, l’agro-industrie, particulièrement florissante en Amérique latine et en Asie du Sud-Est, qui alimente depuis plusieurs décennies le marché mondial en maïs et en soja (brésilien, argentin…) pour l’élevage européen, en viande pour les fast-foods nord-américains, en huile de palme (indonésienne, malaise, nigériane…) pour l’industrie alimentaire et cosmétique, en pâte de bois et en cellulose pour la fabrication du papier, etc. L’expansion de l’ensemble du secteur – et par conséquent la pression sur les forêts – est boostée aujourd’hui par la montée en puissance de la demande en agro carburants, dérivés eux-mêmes, dans leurs différentes formes, de la plupart de ces cultures intensives, qu’elles soient oléifères (soja, palmiers à huile…), riches en sucre (maïs, canne…) ou autres encore (cellulose…). Le World Rainforest Movement, principale coalition mondiale d’organisations mobilisées contre la déforestation, parle à juste titre de la création de « déserts verts » à propos de l’extension de ce type de production à haute rentabilité, mais dont les externalités négatives, en termes de pollution, d’épuisement des terres, de consommation en eau, de contamination des nappes phréatiques et de la chaîne alimentaire…, font au mieux l’objet de compensations symboliques de la part des grands noms de l’agrobusiness (Source : cetri.be).
 
Si cette industrie génère d’importants bénéfices pour les Etats producteurs et les grands groupes nationaux et transnationaux de l’agrobusiness, la logique et les effets de son mode de production dominant ouvrent sur de sérieuses impasses. Des impasses qui débordent la seule problématique de la déforestation, pour embrasser notamment celle de la sécurité alimentaire.
Mette Loyche Wilkie, chargée de la mise en œuvre des politiques environnementales au Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), reconnaît que « les multinationales s’engagent de plus en plus à ne vendre que des produits qui ne sont pas liés de près ou de loin à la déforestation, elles savent que c’est un risque de plus en plus important pour leur réputation ». Comme Unilever et Cargill  qui ont été les premiers à s’engager, rejoints par de nombreuses multinationales comme L’Oréal, ou le géant de l’huile de palme Wilmar.

Vers une dynamique vertueuse

Alors comment progresser sur le chemin vers le « zéro déforestation » ? Pour Héloïse d’Huart, chef de projet de l’association The Forest Trust, il faut «inciter les acteurs de la filière à prendre des engagements. Comme l’a fait Ferrero avec sa Charte. Puis accompagner les fournisseurs et producteurs sur le terrain pour trouver avec eux des solutions pragmatiques et économiquement viables, et mettre en place des plans d’action pour aller vers des pratiques responsables ».
 
C’est la démarche choisie par Ferrero pour Nutella. Au nom d’une conception élargie de la qualité. « La qualité ce n’est pas seulement le goût, la fraîcheur et la sécurité alimentaire. C’est aussi l’impact de nos produits sur l’environnement et les communautés locales. Chez Ferrero, nous sommes historiquement très vigilants sur la traçabilité de nos approvisionnements, c’est dans notre ADN. C’est ce qui nous a conduit à lancer, dès 2005, notre démarche pour une huile de palme durable » a témoigné Aldo Cristiano, Directeur des Achats des Matières Premières pour Ferrero.
 
Une démarche qui s’est déployée en plusieurs étapes : adhésion à la RSPO, choix du niveau le plus élevé de certification RSPO (huile de palme ségrégée), lancement de la charte Nutella et du partenariat avec The Forest Trust, participation au POIG. « Aujourd’hui nos 22 sites industriels sont approvisionnés à 100% en huile de palme ségrégée RSPO » a confirmé Aldo Cristiano. 
 
Mais le label RSPO n’est-il pas discutable, puisqu’il ne prend en compte que la destruction des forêts primaires ? Et pourquoi devrait-on encore déforester puisqu’il existe d’importantes réserves de terre dégradées pour planter ? En réponse à ces remarques légitimes de Pierric Jammes, le responsable des approvisionnements de Ferrero, a rappelé que Nutella allait plus loin que le standard RSPO depuis 2013. « Notre charte couvre dix engagements qui sont autant d’exigences environnementales et sociales. Nous sommes allés les expliquer à nos fournisseurs – planteurs, moulins, raffineries -  pour qu’elles guident dorénavant leurs pratiques. Nous entretenons un dialogue permanent avec eux et nous mettons en place des actions correctives lorsque des problèmes sont identifiés » a-t-il expliqué.
La charte Nutella s’appuie sur l’approche multi-critères High Carbone Stock, qui fait aujourd’hui référence pour définir les forêts qui doivent être protégées, pour leur richesse en carbone et leur biodiversité notamment, et celles qui peuvent être converties en un autre usage, agricole notamment, parce qu’elles n’ont pas la capacité de se régénérer. Pour assurer le déploiement de sa charte jusqu’aux plantations, Ferrero s’appuie sur l’association The Forest Trust dont les acteurs de terrain accompagnent les parties prenantes de sa chaîne d’approvisionnement dans cette transformation. 
 
Inciter les fournisseurs à adopter des pratiques responsables et les épauler dans cette mise en œuvre  est indispensable. Mais encore faut-il pouvoir vérifier que les engagements sont tenus. Ce qui  suppose de savoir ce qui se passe sur le terrain en temps quasi réel.
 
 
"C’est la prochaine étape de la démarche pour une huile de palme durable de Nutella", a annoncé Aldo Cristiano. Elle va s’appuyer sur un outil très novateur : Starling. Les avantages de cet outil sont nombreux si l’on en croit les explications fournies par Patrick Houdry : «les images satellites ne trichent pas. Ce sont des données objectives qui permettent d’établir des comparaisons dans le temps et l’espace. Elles montrent les évolutions du couvert forestier, permettent de faire réfléchir ensemble les parties prenantes à partir d’un constat partagé. Elles captent les signes précurseurs de détérioration des espaces naturels, à l’échelle d’une plantation, du bassin d’approvisionnement d’un moulin à huile ou d’une raffinerie ».  L’outil est flexible : la fréquence du monitoring peut être adaptée aux enjeux de chaque zone géographique, de chaque plantation. 
« Nous nous positionnons en éclaireur et lorsque nous faisons évoluer les pratiques de nos fournisseurs, nous pensons que cette transformation impactera l’ensemble de leur production » déclare Aldo Cristiano.

Surveillance des plantations

 « Starling est un service révolutionnaire », a déclaré Bastien Sachet, Directeur de l’organisation à but non lucratif TFT qui se consacre aux enjeux sociaux et environnementaux mondiaux. « Il fournit non seulement une précision inédite grâce à l’association des images SPOT d’une résolution de 1,5 m et des données radar indépendantes de la couverture nuageuse, mais il va également plus loin que le concept traditionnel ‘d'’audit ".
 
Jusqu’ici, les marques et les producteurs n’avaient pas d’autre choix que de recourir à des cabinets d’audit, explique Airbus Defense and Space, pour vérifier leurs engagements « zéro déforestation ». Mais ces derniers n’avaient pas toujours la possibilité d’avoir accès à toutes les zones forestières.
C’est la première fois qu’une technologie de ce type est mise à la disposition des entreprises, des producteurs aux grandes marques internationales, pour les aider à prendre les bonnes décisions et à tenir les promesses formulées dans leurs politiques de préservation des forêts. Avec ce satellite, Nestlé et Ferrero peuvent désormais surveiller l’évolution des plantations qui leur fournissent de l’huile de palme, grâce à des zooms jusqu’à un mètre et demi du sol.
Bernhard Brenner, Responsable du Business Intelligence Group chez Airbus Defence and Space a précisé : "La plupart des entreprises s'efforcent de faire ce qu'il faut, et Starling a pour but de leur donner la véritable capacité de le faire. Notre constellation de satellites leur offre un outil fiable pour suivre et vérifier leurs actions et mieux protéger les ressources mondiales."
 
Toutefois, les auditeurs n’ont pas la possibilité d’obtenir une vision globale de la situation car ils n’ont pas accès à toutes les zones forestières et ne passent qu’un nombre limité de jours sur le terrain. L’imagerie spatiale est une alternative performante qui fournit en temps réel des informations complètes, impartiales et économiques et permet de distinguer aisément replantation et déforestation. Elle permet aux entreprises de mieux gérer leurs activités, de prendre des décisions en toute connaissance de cause et de prouver à leurs acheteurs et consommateurs qu’elles respectent leurs engagements.
 
Malgré l’innovation de taille que représente la capacité de vérifier le respect des engagements zéro déforestation par satellite et radar avec le projet Starling, à notre échelle individuelle, lutter contre la déforestation peut revenir à réévaluer nos modes de consommation : une grande majorité des produits que l’on utilise au quotidien contiennent des matériaux directement issus de l’exploitation des forêts. Il faut donc être attentif à ce que contiennent les produits que l’on acquiert, pour ne pas être acteurs de ce fléau.
 
 
Pour en savoir plus sur Starling : www.intelligence-airbusds.com/starling
 

 

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