UP' Magazine L'innovation pour défi

alimentation

Se nourrir de plaisirs

L’alimentation n’est-elle qu’un objet de santé, de nutrition stricto sensu ? Où est passée la notion de plaisir ? Celui d’une assiette gourmande, celui de la convivialité, celui du marché, du partage et de la transmission ? Est-il possible de retrouver le plaisir de manger ?  
 
Pour son 6e rendez-vous annuel, en février 2017, la Chaire Unesco Alimentations du monde abordait les liens multiples qui unissent plaisirs et alimentation. La recherche du plaisir est aux fondements des pratiques alimentaires et ne représente pas une cerise sur le gâteau qui viendrait en supplément après la satisfaction des besoins nutritionnels. Manger est un processus multisensoriel !
 
De fait, l’expérience alimentaire concerne tous nos sens, comme autant de sources de plaisirs : la vision (qui peut nous mettre « l’eau à la bouche », ou inversement…), le toucher (pour évaluer la texture des aliments), l’ouïe (pour entendre le croquant ou le croustillant par exemple) et bien sûr l’odorat et le goût. L’alimentation est donc un processus multisensoriel, auquel il faut conjuguer le poids des représentations et celui des souvenirs qui y sont attachés.
Manger réveille des émotions associées à la mémoire des expériences passées (la fameuse madeleine de Proust). Ajoutons enfin le plaisir de la transmission, construit socialement et culturellement autour de valeurs, symboles, etc., et le plaisir de partager les aliments en mangeant à la même table (commensalité).
 
Le temps du repas, familial, amical ou professionnel, est le lieu privilégié du lien social, de la convivialité. Des banquets de la Grèce antique qui jalonnaient la vie intellectuelle, à ceux de la Chine ancienne, en passant par les festins contemporains, il n’est pas de culture où le rite alimentaire ne prenne la couleur de la fête et du plaisir.
 
Au XIXe le plaisir alimentaire passe dans la majorité de la population, par un meilleur accès à la nourriture. Apparaît la gastronomie ou discours et littérature sur l’art de faire bonne chère. Intervient ensuite la science de la nutrition par les progrès de la chimie, de la physiologie, et de la biologie qui modifient la connaissance et la représentation de l’aliment. Puis vient le début des rations et régimes. Les médecins et hygiénistes condamnent l’alimentation moderne faite de sucre et alcool et propose une alimentation naturelle, végétarienne. La multiplication des régimes et des normes alimentaires concernant également l’image corporelle traduit à la fois l’emprise croissante de la médecine sur la société et de nos jours (l’état dans l’intime, Le ministère de notre santé…) autant d’obstacle auquel se heurte de nos jours la quête du plaisir alimentaire.
Quand on parle de nourritures et non de ressources, l'idée est d'insister sur la dimension de jouissance attachée au fait de vivre". Corine Pelluchon - Les nourritures, 2015 (p. 349)(1)
Le monde est aliment et le fait de se nourrir témoigne d'un rapport original aux choses qui est un rapport de jouissance, où je ne mange pas pour vivre mais où manger, c'est vivre". Corine Pelluchon - Les nourritures, 2015 (p. 39) (1)
 
Comment le système nerveux analyse-t-il toutes ces informations sensorielles et quelle signification hédonique va-t-il leur donner ? Le plaisir sensoriel contribue-t-il à une alimentation plus saine ? Comment l’industrie alimentaire développe-t-elle des produits qui parlent à nos sens ? Le plaisir de manger ne vaut-il que s’il est partagé ? Dès lors, comment mieux partager la gastronomie, cet art de faire bonne chère ?
 
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Voir le colloque 2016 UNESCO "Je suis ce que je mange ?"
 
Pour aller plus loin :
 
-(1) Livre "Les nourritures - Philosophie du corps politique" de Corine Pelluchon - Edition du Seuil, janvier 2015
- Livre d'entretiens Points de suspension - "Il faut bien manger" ou le calcul du sujet de Jacques Derrida
 
 
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Agriculture bio

Tout va très bien pour l’agriculture bio ! Pour l’instant.

Alors que l’agriculture traditionnelle est toujours en crise, l’agriculture bio se porte, elle, à merveille. Non seulement elle enregistre des taux de croissance qui commencent à devenir impressionnants, elle crée des emplois, mais aussi elle semble durablement installée dans le paysage français. C’est ce que révèle la dernière enquête de l’Agence Bio.
 
 
L’agriculture biologique poursuit sa croissance spectaculaire en France et génère de nombreux emplois sur tout le territoire. Tous les domaines sont concernés : à l’amont, la production agricole, mais également à l’aval, la transformation, la distribution… Au total, l’agriculture bio représente aujourd’hui près de 118 000 emplois directs en équivalent temps plein, soit 32 500 emplois gagnés en seulement quatre ans.
 
Ces créations d’emplois témoignent du dynamisme de la production et de la consommation bio en France. En effet, avec une consommation des ménages qui a bondi de +21,7 % entre 2015 en 2016 et un marché total qui dépasse 7 milliards d’euros (restauration hors domicile comprise), les Français confirment clairement leur envie de consommer des produits respectueux de la nature et de l’homme. « Sur tous les produits bio consommés, 71% sont produits en France », car « quand les Français pensent bio ils pensent local », souligne Florent Guhl, le directeur de l'Agence Bio. Il ajoute : « En 15 ans, le marché a été multiplié par sept ».
 
Face à cet enthousiasme, les professionnels confirment leur mobilisation. En 2016, ce sont plus de 1,5 million d’hectares qui sont cultivés en bio en France, soit +17 % par rapport à 2015. La Bio représente ainsi 5,7 % de la surface agricole utile (SAU) du territoire. Le nombre de fermes bio enregistre une hausse de +12 % de 2015 à 2016. Elles sont aujourd’hui 32 264 et représentent 10,8 % de l’emploi agricole en France, soit environ 77 700 emplois. À l’aval, 14 840 entreprises travaillent pour la bio, en progression de +10 % par rapport à 2015. Elles génèrent plus de 38 320 emplois directs. On estime également que la bio concerne 2 000 emplois en matière de conseil, contrôle, formation, etc.
 
l’Agence Bio s’attend à une nouvelle augmentation de 20% des surfaces bio pour 2017 et 2018… Mais à une condition : que le gouvernement mette bien en œuvre le plan de transformation agricole de 5 milliards d’euros sur 5 ans, mesure promise par Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle. C’est vital car la filière bio est victime de son succès. Les fonds européens qui lui sont destinés sont épuisés. Les enveloppes de subventions de la PAC devaient durer jusqu’en 2020 ; elles sont aujourd’hui entièrement consommées.
 
 
Source : Agence Bio
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Pascal Canfin

Pascal Canfin : "PAC, la réforme de la dernière chance"

Dans le cadre de la réforme de la Politique Agricole Commune, la Commission européenne a lancé une consultation publique à l'échelle de l'Europe et appelle les citoyens à s'exprimer.
WWF est une ONG qui défend l’environnement, et appelle à agir pour orienter la nouvelle PAC.
Entretien avec Pascal Canfin, directeur général du WWF France.
 
UP' : En quoi l’agriculture est-elle un danger pour l’environnement aujourd’hui ?
 
Pascal Canfin : L’agriculture EN SOI n'est pas un danger pour l’environnement ; en tout cas elle ne devrait pas l’être. Les pratiques agricoles telles qu’une production biologique ou la permaculture (1) sont respectueuses de l’environnement et doivent d’ailleurs être encouragées. Ce que nous dénonçons est l’agriculture industrielle.
Depuis les années 60, notre modèle agricole s’est industrialisé avec des conséquences néfastes pour la nature et la biodiversité. Nos sols ont ainsi été totalement appauvris par l'usage massif de pesticides et d'engrais de synthèse et la monoculture. Par ailleurs, de nombreuses espèces sont affectées soit par l’usage des pesticides ou par la destruction de leur habitat. Ainsi, plus de 400 millions d’oiseaux des champs ont disparu des campagnes européennes ces trente dernières années et les insectes pollinisateurs (abeilles, papillons, etc.) sont fortement en déclin.
 
C’est pour ces raisons que le WWF a organisé avec plus de 600 ONG en Europe, une vaste campagne de mobilisation qui a permis à plus de 258 000 européens de participer à la consultation lancée par la Commission européenne et de défendre une PAC plus juste, plus respectueuse de l'environnement et plus saine. Cette consultation s’est clôturée le 2 mai. C'est la première fois qu'autant de citoyens répondent présents et font entendre leur voix au tout début du processus de réforme de la PAC.
 
UP' : Pourquoi la PAC n'a pas su s'adapter aux changements du monde ?
 
PC : La PAC a été prévue dans le cadre du traité de Rome en 1957, dans un contexte très différent où l’Europe cherchait à garantir son autonomie alimentaire. Historiquement, l’objectif premier de cette politique a été d’accroître la productivité. Cette politique a donc conduit à l’industrialisation de l’agriculture européenne et cet objectif de productivité en est resté, notamment sous le poids des lobbies de l’agro-industrie, l’alpha et l’omega. Malgré des velléités de “verdir” la PAC et quelques adaptations récentes, celles-ci restent largement insuffisantes. Il est donc urgent que la PAC s’adapte “aux changements du monde”, comme vous le formulez, en prenant en compte les enjeux environnement et climat, mais aussi le fait que le modèle actuel est une faillite économique pour l'immense majorité des agriculteurs même si certains, les plus gros, s'en tirent bien.
 
UP' : La PAC est-elle toujours légitime aujourd’hui face aux défis climatiques, énergétiques, environnementaux,…  ?
 
Sans la PAC, le revenu moyen d’un agriculteur est proche de... zéro euros, donc oui, la PAC est encore légitime aujourd’hui car elle permet tout simplement la survie économique de nos agriculteurs. En revanche, force est de constater avec ce chiffre, que le modèle agricole actuel, dont la PAC est un élément clé, a conduit nos agriculteurs dans une impasse. L’agriculture industrielle affecte non seulement la nature et la biodiversité mais, on le voit également, elle affecte aussi les revenus et les emplois, l'UE ayant perdu 20% de ses emplois agricoles entre 2007 et 2013.
Il est donc indispensable de repenser cette politique pour qu’elle réponde aux vraies urgences : l’emploi pour nos agriculteurs, le défi climatique et environnemental, mais aussi la nécessité pour tous d’avoir une alimentation saine et des modes de production qui n'affectent pas la santé des agriculteurs et de leur entourage.  
 
UP' : Cette nouvelle réforme est-elle risquée pour la PAC ?
 
PC : Nous connaissons le poids des lobbies. Ce sont des rouleaux compresseurs qui mobilisent des moyens colossaux pour orienter les termes du débat, bien sûr à travers des rendez-vous avec les décideurs, mais aussi à travers l’organisation de nombreuses conférences, le financement d’études, l’achat d’espace publicitaire, etc. Cette nouvelle réforme ne devrait pas y échapper alors que  la légitimité de cette politique tend à s'effriter car elle ne répond plus aux attentes. C'est donc peut être la réforme de la dernière chance, dans un contexte où une PAC refondée peut contribuer à redonner du sens au projet européen.
Par ailleurs, en l'absence d'une plus grande légitimité de la PAC, il sera très difficile pour les dirigeants politiques européens de défendre le fait que près de 40% du budget de l'UE (370 milliards d'Euros sur 7 ans) lui soient consacrés. Le risque est donc important de voir les subventions diminuer pour des agriculteurs déjà en difficulté financière, sans que des alternatives ne leur soient proposées.
 
UP' : Vous voulez changer notre modèle d'agriculture ? Pourquoi ?
 
PC : Parce que notre modèle est en faillite, à la fois d’un point de vue économique, environnemental et sanitaire.
La course à la productivité a mis une pression énorme sur les agriculteurs qui ont dû, par exemple, assumer de lourdes dépenses pour s’équiper de machines ou financer des engrais et pesticides. Leur endettement moyen est ainsi passé de 57 900 euros en 1980 à 159 700 euros en 2010 (en euros constants).
 
C’est également une aberration environnementale. Rendez-vous compte, par exemple, que des scientifiques considèrent certains sols purement et simplement morts​ car plus aucune vie n’y est présente !
Il est aussi consternant de constater que la course à la productivité combinée à des politiques aberrantes ont conduit l'agriculture européenne à une véritable dépendance pour des matières premières telles que le soja. Avec 5 millions de tonnes de soja importées chaque année du Brésil pour nourrir les animaux d'élevage, nous sommes loin de l'autonomie alimentaire vantée par les défenseurs de la PAC actuelle, et pour un coût environnemental désastreux puisque le soja est l'une des premières causes de déforestation au monde.
Enfin, sur le volet sanitaire, nous nous alarmons au quotidien des effets des pesticides sur notre santé.
 
UP' : Les agriculteurs peuvent-ils inventer un nouveau modèle ? Comment ? En ont-ils la volonté et les moyens ?
 
PC : Oui, et d’ailleurs ils sont de plus en plus nombreux à le prouver. Le taux d’exploitants agricoles convertis au bio en France a ainsi progressé de 12 % en un an, pour atteindre le nombre de plus de 32 000, fin 2016. Un élan puissant mais qui se heurte à la question des moyens puisque, selon les chiffres de la Fédération nationale de l’agriculture biologique, « 80 % des fermes bio » n’ont ainsi pas reçu toutes les aides à la conversion et au maintien qui leur sont dues. Elles arrivent avec plusieurs années de retard ce qui est totalement contraire aux objectifs politique fixés devant favoriser ces conversions !
 
Au-delà du bio, nous sommes persuadés que le changement de modèle agricole sera bénéfique pour les agriculteurs. Aujourd'hui ce sont les premières victimes du système. Ils sont pris à la gorge par un endettement trop élevé, des fournisseurs d'intrants qui ne cessent de grignoter leurs marges et la pression constante de l'aval pour des prix d'achat toujours plus bas. Il faut refonder le pacte entre les agriculteurs et la société et le WWF entend jouer tout son rôle dans ce grand défi.
 
UP' : Comment se coordonnent-ils avec les organisations agricoles ? Par exemple avec la FNSEA ?
 
PC : La FNSEA est depuis longtemps l’interlocuteur privilégié des pouvoirs publics. Or cette co-​gestion est totalement contre-productive. Nous avons été indigné de voir que dans le guide de réponses que la FNSEA adressait à ses membres pour nourrir la consultation de la commission européenne, qui a fuité dans Mediapart, le syndicat appelait à nier tous les enjeux environnement et climat ! J'espère que la nouvelle présidente​ de la FNSEA va ouvrir une nouvelle page. Nous sommes de notre côté ouverts​ au dialogue.
 
Pour ouvrir cette nouvelle page, il faut mettre tout le monde autour de la table, les agriculteurs dans leur diversité, mais aussi les consommateurs, les acteurs économiques comme l’industrie agroalimentaire, la grande distribution ou les banques, les élus locaux, les associations de protection de l’environnement, les professionnels de santé, etc. C’est pour cette raison que l’idée d’un Grenelle de l’alimentation nous paraît intéressante si elle permet d'ouvrir les fenêtres et trouver les nouveaux compromis pour la décennie à venir.
UP' : Quel est le poids des lobbies ?
 
PC : Ce poids est énorme car le secteur de l’agro-industrie a des moyens totalement disproportionnés par rapport à ceux des représentants des consommateurs ou des associations environnementales par exemple. Notre campagne a eu ce rôle, faire entendre la voix des citoyens et rappeler à la Commission européenne pour qui elle élabore les politiques publiques !
UP' : Quels messages voulez-vous faire passer au nouveau président de la République sur les enjeux de l’agriculture ?

PC : Je suis persuadé que les questions agricoles et alimentaires seront un élément clé du quinquennat qui s'ouvre. Le modèle actuel est en faillite, les règles du jeu doivent changer. Les consommateurs et les agriculteurs sont de plus en plus nombreux à montrer le chemin à suivre : plus de qualité, plus de bio, plus de valeur ajoutée...
Le rôle du prochain président sera de s'appuyer sur ces évolutions pour les changer d'échelle et en faire la nouvelle norme. Il aura alors inventé l'agriculture du XXIème siècle et ce sera à mettre à son crédit !
 
Propos recueillis par Fabienne Marion

(1) Voir le livre "Permaéconomie" d'Emmanuel Delannoy - 2016
 
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OGM

Les cultures OGM seraient plus florissantes que jamais

Les cultures OGM sont reparties à l'assaut de la planète en 2016, après avoir marqué le pas pour la première fois en 2015, avec une augmentation de 3% des surfaces plantées à 185,1 millions d'hectares dans 26 pays du monde. C’est ce que prétend un rapport de L'ISAAA (International Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications), une ONG favorable aux OGM financée notamment par le groupe américain Monsanto. Un rapport largement controversé par les opposants aux OGM qui y voient une manipulation des chiffres.
Photo : Action de Greenpeace contre les OGM
 
L'ISAAA, qui a publié ce décompte, voit dans l'augmentation des surfaces la confirmation de son verdict d'un recul uniquement "conjoncturel" en 2015, dû "aux prix bas mondiaux des denrées". La prédiction de l'ISAAA selon laquelle les plantations d'OGM repartiraient à la hausse dès que les prix augmenteraient "s'est réalisée", note le rapport annuel de l'ONG, "contrairement à la propagande des détracteurs selon laquelle la biotechnologie ne convainc pas les fermiers". En 2015, après 19 ans de croissance annuelle consécutive, les surfaces cultivées en OGM avaient reculé pour la première fois, de 1%, à 179,7 millions d'hectares contre 181,5 millions en 2014, selon le rapport 2015 de l'ISAAA.
 
En 2016, les États-Unis continuent d'être au premier rang des pays OGM avec 72,9 millions d'hectares, suivis par le Brésil (49,1), l'Argentine (23,8), le Canada (11,6), et l'Inde (10,8). A eux cinq, ces pays représenteraient 91% de la superficie totale de plantations OGM.

Europe : augmentation de 17%, mais pas partout

En Europe, les surfaces ont progressé globalement de 17% par rapport à 2015, soit au total 136.363 hectares de maïs MON 81, commercialisé par Monsanto. Cette augmentation n’est significative qu’en Espagne qui devient le premier pays européen planteur d'OGM, avec 95% de la superficie de maïs génétiquement modifié de l'UE (129.081 hectares), et le seul où les surfaces sont en croissance. Les autres pays sont, selon le site de veille citoyenne infOGM, largement en baisse. C’est le cas notamment de la République tchèque où, à partir d’une surface déjà dérisoire, on assiste à une forte diminution (995 ha à 75 ha), de même qu’au Portugal (de 8017 ha à 7070 ha).
 
En Afrique, seuls l'Afrique du sud et le Soudan ont planté des OGM sur 2,8 millions d'hectares l'an passé, après une suspension au Burkina Faso et en Egypte. Le Burkina Faso a renoncé au coton transgénique de Monsanto introduit en 2008, affirmant qu'il n'était pas rentable, et que sa fibre devenait de plus en plus courte, donc vendue moins cher sur les marchés mondiaux.

LIRE DANS UP’ : Comment le coton OGM de Monsanto s’est transformé en fléau pour les paysans du Burkina Faso

En Afrique, l'ISAAA souligne néanmoins l'avancée de la recherche et de la mise en place de cadres réglementaires permettant des cultures OGM : le Kenya, le Malawi et le Nigeria sont passés du stade de la "recherche" à "l'octroi d'autorisation de libération dans l'environnement", et six autres pays (Burkina Faso, Éthiopie, Ghana, Nigeria, Swaziland, et Ouganda) "tentent de mettre sur pied des essais multi-localisation en vue d'une autorisation commerciale", note avec satisfaction l'organisation.
 
En termes d'espèces végétales génétiquement modifiées, c'est le soja qui est le plus diffusé dans le monde, avec 91,4 millions d'hectares, soit la moitié de la superficie mondiale d'OGM. "Sur la planète OGM, le soja transgénique se porte bien, mais les surfaces de coton se cassent la figure" relève Christophe Noisette, animateur du site InfoGM.

Le coton OGM en recul

Pour l'Inde, l'ISAAA évoque une baisse de 11,6 à 10,8 millions d'hectares de coton transgénique en 2016. InfOGM précise que « les cultures de coton Bt ont fortement diminué au profit d’autres cultures et de variétés paysannes et indigènes de coton [1]. L’Isaaa évoque une diminution de 11,6 millions d’hectares en 2015 à 10,8 en 2016, ce qui ne correspond pas aux chiffres du gouvernement indien (10,6 millions d’hectares à 8,5). L’Isaaa a-t-elle confondu avec les surfaces totales cultivées en coton ? D’après notre source gouvernementale, l’emblavement en coton est en effet passé de 11,5 millions d’hectares en 2015 à 10,2 millions d’hectares en 2016. »
 
L'an passé, la valeur du marché mondial des plantes génétiquement modifiées, estimé par Cropnosis, était de 15,8 milliards de dollars, en hausse de 3% par rapport à 2015. Selon son site internet, l'ISAAA, qui mène depuis 1996 le recensement des surfaces OGM dans le monde, est financée par des fondations et des donneurs privés, mais aussi par le ministère américain de l'Agriculture et le groupe Monsanto en cours de fusion avec le géant allemand Bayer.
 
Plusieurs organismes ne partagent pas le plaidoyer pro domo de l’ISAAA. "Ce rapport ne parle pas du tout des effets néfastes des OGM, alors que le bilan est très négatif, notamment en Amérique Latine" s'indigne à l’AFP Renée Velvée de l'ONG Grain. Parmi eux, souligne-t-il, "des millions d'agriculteurs déplacés, des paysans assassinés parce qu'ils ont défendu leurs terres contre la monoculture industrielle du soja, des millions d'hectares de forêt native détruite au Brésil, et le développement débridé de l'élevage qui alimente le réchauffement climatique, sans parler des cancers liés à l'utilisation massive des herbicides"
 
Source : AFP, InfOGM
 
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alimentation

Huiles minérales : un vrai danger pour la santé

Dans son avis sur les huiles minérales, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) confirme que des substances toxiques qui migrent des emballages – souvent en papier ou carton recyclés – vers les aliments représentent bel et bien un risque pour notre santé.
 
Deux ans après sa saisine, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a rendu public son rapport sur la migration des huiles minérales dans les denrées alimentaires. Publié ce 9 mai, celui-ci est sans appel : il faut prendre des mesures sans tarder. Les nouveaux ministres devront s’y atteler de toute urgence.
 
L’Anses estime nécessaire de protéger les consommateurs contre les dangers que représentent ces dérivés d’hydrocarbures, invisibles à l’œil nu mais bien présents dans nos aliments. L’Agence confirme le caractère mutagène, cancérogène et perturbateur endocrinien des huiles minérales qui migrent des emballages papier et carton vers les denrées alimentaires. De nombreux aliments sont contaminés par des huiles minérales aromatiques, potentiellement cancérogènes et mutagènes. Ces huiles, des dérivés du pétrole, proviennent en grande partie des encres d’impression présentes dans les emballages à base de papier recyclé. Elles peuvent donc altérer notre patrimoine génétique. 
 
En octobre 2015, l'ONG foodwatch publiait les résultats d’une étude alarmante : 60% des aliments testés en France (riz, céréales de petit-déjeuner, lentilles, couscous, pâtes…) étaient contaminés par des huiles minérales aromatiques. Selon l'ONG, ces huiles "peuvent migrer dans les aliments par l'intermédiaire de plusieurs sources, tout au long du processus de production". Entre autres facteurs de contamination, Foodwatch cite l’environnement de production, les résidus des produits utilisés par les machines lors de la fabrication des emballages, mais aussi la pollution environnementale (lors du transport) ou les sacs en toile de jute dans lesquels sont, par exemple, transportées les fèves de cacao.
Aussi appelées MOAH, ces substances volatiles, qui migrent notamment des emballages carton vers les aliments, sont bien connues des fabricants et distributeurs. Les scientifiques dénoncent depuis des années les risques qu’elles présentent : potentiellement cancérogènes et mutagènes. 
 

Contamination des aliments par les huiles minérales : l’Anses confirme leur danger pour la santé

En Europe, foodwatch avait testé plus d’une centaine d’aliments de grande consommation en Europe en octobre 2015 et révélé que plus de 60% des denrées achetées en France contenaient ces MOAH, catégorie la plus dangereuse.
 
Les experts de l’Anses considèrent comme une priorité la nécessaire réduction de la contamination des denrées alimentaires par ces huiles minérales. Ils appellent dès à présent à « limiter l’exposition du consommateur ».
 
L’Agence française de sécurité des aliments recommande sans attendre l’utilisation de barrières permettant de limiter la migration des huiles minérales de l’emballage vers les aliments : « Il conviendrait d’utiliser des barrières dont l’efficacité a été reconnue et préalablement testée selon une méthodologie suffisamment robuste comme celle proposée par Biedermann-Brem et Grob », deux experts mondiaux en la matière. Ces barrières consistent en une couche intégrée à l’emballage.
 
Dans une pétition adressée à la Commission européenne signée par plus de 122.000 personnes, foodwatch appelle à rendre ces barrières obligatoires partout en Europe. Le nouveau gouvernement français va donc devoir se saisir du sujet : « L’avis de l’Anses confirme qu’il ne faut plus tergiverser. Les autorités publiques doivent protéger la santé des consommateurs par des mesures urgentes », précise Karine Jacquemart, directrice de foodwatch France.
 
Pour André Cicolella, toxicologue et président du Réseau Environnement Santé : « Nous disposons de suffisamment de données toxicologiques pour légiférer, alors qu’attend-on ? De plus, il faut être cohérent avec la stratégie nationale pour réduire l’exposition de la population aux perturbateurs endocriniens. »  car " Les risques cancérogènes sont aujourd’hui multiples, et les causes s’influencent les unes les autres".  
"Cette étude n’est qu’une énième confirmation que nous assistons aujourd’hui à une crise sanitaire globale, qu’il s’agit de traiter par une stratégie nationale, et non substance par substance", déclarait encore le président de RES lors d’une interview à We demain en octobre 2015, qui appelle les citoyens à réagir afin de forcer le gouvernement à "une politique plus rigoureuse et ambitieuse qu’actuellement".
 
Depuis novembre 2016, six grands noms de la distribution – E.Leclerc, Carrefour, Lidl, Intermarché, Casino et Système U - avaient pris les devants, sans attendre une décision politique qui tardait à venir, et s’étaient engagés contre la contamination dans les produits de leur marque distributeur. Les six distributeurs posent une limite claire à la contamination, en déterminant des seuils maximum pour la présence d’huiles minérales dans les aliments : pas de présence détectable pour la catégorie la plus dangereuse, les MOAH, et un maximum de 2mg/kg pour l’autre catégorie, les MOSH. Plusieurs d’entre eux font déjà usage de barrières fonctionnelles dans les emballages carton, ce qui permet d’empêcher les huiles minérales de migrer dans les aliments. C’est une des solutions techniques réputées les plus efficaces.
 
Pour garantir la protection de tous, le gouvernement peut et doit lui aussi fixer des limites strictes à la quantité d’huiles minérales présentes dans les aliments, et rendre obligatoire l’utilisation de barrières pour les emballages en papier et carton. L'association Que choisir éditait déjà en 2011 un article sur le sujet ...
 
Pour aller plus loin :
 
 
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vignoble Californie

Trump + cannabis, l’overdose des vignerons californiens

La politique migratoire du président Donald Trump va-t-elle avoir un impact sur le vin américain ? Oui, estiment des producteurs de Californie qui s'inquiètent de la pénurie de main-d'oeuvre tout en faisant face à la concurrence de l'industrie du cannabis.
 
Bien que le ciel semble dégagé pour le vin américain à l'issue d'une année 2016 record, les producteurs californiens s'attendent à une saison de récolte agitée en septembre, lorsque d'autres travailleurs seront nécessaires dans les vignes. "Le réservoir de main-d'oeuvre est assurément plus réduit" que ces dernières années, déplore Michael Silacci, vigneron au sein de l'Opus One dans la Napa Valley, région au nord de San Francisco, la plus célèbre aux Etats-Unis pour sa production de vin.
"Il y a une préoccupation concernant le changement des politiques d'immigration et la situation dans les zones agricoles devient de plus en plus fragile", reconnait M. Silacci. "Les gens se demandent ce qui se passera et surveillent ce qui se passe dans d'autres cultures agricoles".
Les vignerons affirment que le défi consiste de plus en plus à trouver du personnel qualifié parmi un échantillon qui se réduit. Majoritairement, il s'agit de Mexicains ciblés par le durcissement de la politique migratoire, alors que les Américains ne se bousculent pas, compte tenu de la nature éreintante du travail.

Vin ou cannabis ?

Une autre préoccupation de l'industrie viticole est le secteur en plein essor du cannabis, estimé à plusieurs milliards de dollars et qui devrait progresser de manière exponentielle avec la légalisation de l'usage récréatif de la marijuana en Californie, l'un des plus grands marchés du pays.
Le ministère américain de l'Agriculture indique qu'environ 4.200 établissements vinicoles sont installés en Californie, le plus important Etat viticole d'Amérique.
Les producteurs de cannabis ont désormais des revenus deux fois plus élevés que ceux dans le vin, et peuvent ainsi attirer des travailleurs avec des salaires plus élevés, estime John Truchard, PDG de John Anthony Vineyards et FARM Napa Valley, une société de gestion agricole.
La pénurie de travailleurs -renforcée par une économie qui se relance au Mexique et un reflux de personnes traversant la frontière- a entraîné une guerre pour le recrutement de personnels, les exploitants essayant de conserver leurs travailleurs.
Les salaires ont régulièrement augmenté ces dernières années, variant entre 15 et 25 dollars par heure dans la Napa Valley. Un taux deux fois plus élevé que dans le centre de la Californie (10 à 12 dollars de moyenne).
Et si certains producteurs de la Napa Valley peuvent se le permettre, la demande pour leurs vins ayant augmenté parallèlement, les producteurs d'autres régions luttent pour leur survie.
La solution de l'automatisation
 
"Pendant la saison des récoltes, vous avez des équipes de base, mais vous recrutez également des travailleurs supplémentaires et ils vont au plus offrant", précise M. Truchard. Certains exploitants "paient un supplément de cinquante dollars par tonne".
En plus des augmentations de salaire, les employeurs proposent des moyens novateurs et incitatifs pour garder leurs travailleurs, comme des services de garde d'enfants ou des possibilités d'étudier.
Les vignerons affirment que la pénurie de main-d'oeuvre et les coûts croissants forceront l'industrie -estimée à près de 60 milliards de dollars annuels- à se tourner de plus en plus vers l'automatisation.
"Les vignobles qui, dans le passé, ont compté sur la récolte à la main explorent la mise en oeuvre de la récolte par les machines", précise Jim Stollberg, partenaire de deux entreprises de la région viticole de Santa Maria.
À court terme, cependant, certains pourraient se tourner vers leurs employés de bureau et leur demander de se retrousser les manches.
"Dans une situation extrême, nous avons parlé d'avoir une équipe venant du bureau", reconnaît Michael Silacci, qui considère qu'il s'agit d'une "réserve" de travailleurs comme une autre.
 
Source : AFP Los Angeles
 
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