UP' Magazine L'innovation pour défi

challenge DigitAg

#DigitAg Challenge : des outils numériques au service des agriculteurs

Au lendemain du lancement officiel de l’Institut Convergences #DigitAg, agronomes, startuppeurs, chercheurs, étudiants… étaient réunis lors du #DigitAg Challenge, les 1ers et 2 juillet à Montpellier, pour inventer les outils et services numériques agricoles de demain. Retour sur ces projets innovants.
 
Prévenir les risques au sein des exploitations, créer des outils d’aide à la décision et à la production, maîtriser les intrants et les équipements, aider à l’installation ou à la mise en relation entre acteurs… autant d’enjeux qui ont inspiré les dix équipes finalistes du #DigitAg Challenge. Des défis construits à partir des besoins des filières agricoles identifiés lors de la journée d’échanges #ImagineAgri du Ministère de l’Agriculture en mars dernier, et à travers une consultation nationale des agriculteurs par internet, en avril et en mai. L’objectif ? Créer des outils et services numériques qui correspondent aux besoins de ces acteurs.
 
Après deux jours de réflexions et de collaborations intenses menées à partir de différentes bases de données, quatre équipes ont été récompensées :
 
- l’équipe MyOptimo avec son outil destiné à optimiser la compaction des sols ;
- l’équipe OuiAg avec son comparateur des performances agro-économiques des exploitations ;
- l’équipe PulVeco qui ambitionne d’optimiser la réduction des doses de produits phytosanitaires ;
- et le coup de cœur du jury : l’équipe ELOEO avec son outil mobile de partage pour les circuits ultracourts.
Les équipes lauréates seront accompagnées dans la maturation de leur projet.
 
Mais les autres finalistes n’étaient pas en manque d’idées ! Après avoir passé des sélections en demi-finales à Angers, Bordeaux, Montpellier et Saint-Denis (Ile de la Réunion) courant juin, les équipes constituées d’entrepreneurs, de startuppeurs, de développeurs et d’agronomes ont toutes imaginé des produits et services novateurs. Ces projets finalistes, dont certains sont assez aboutis, pourraient voir le jour à plus ou moins long terme.

Favoriser l’innovation par l’ouverture des données agricoles

Cette finale du #DigitAg Challenge s’inscrit dans le prolongement de l’inauguration de l’Institut Convergences #DigitAg, qui s’est déroulée le 30 juin 2017, à Montpellier, en présence de Chantal Marion, vice-présidente Innovation de la Métropole, Marie-Thérèse Mercier, conseillère régionale, Thierry Francq, commissaire général adjoint à l’investissement et les représentants des ministères de l’agriculture et de la recherche. 
 
Cet événement s’insère ainsi dans le processus de création d’un écosystème recherche/enseignement/innovation en agriculture numérique lancé par le rapport Agriculture-Innovation 2025 réalisé en 2015 par F. Houllier (PDG Inra), Ph. Lecouvey (DG Acta), J-M. Bournigal (Président Irstea) et P. Pringuet (Président Afep) et complété par le rapport AgGate sur la préfiguration du portail de données agricoles remis aux ministres en charge de l’agriculture, du numérique et de la recherche par Jean-Marc Bournigal, début 2017.
 
Le #DigitAg Challenge, soutenu par l’Era-Net Européen ICTAGRI, vise ainsi à montrer l’impact positif de données ouvertes pour dynamiser l’innovation et préparer des applications qu’un futur portail de données à vocation agricole préconisé par les rapports AgGate et Agriculture-Innovation 2025, pourrait héberger.
 
Source : irstea - Newsletter 04/07/2017
 
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innovations agricoles

Les voyages d'études forment l'agriculture numérique de demain

Faire émerger des projets et des solutions numériques répondant aux problématiques de la filière agricole et légumière, tel est l’objet du programme européen Rucaps (1), basé sur des échanges de compétences (chercheurs, acteurs du développement économique) et de bonnes pratiques entre régions européennes. Objectif : Favoriser le développement de projets innovants au croisement des filières agricole et numérique.
 
Pilotant le dispositif régional AGRETIC (2), Bretagne Développement Innovation est partie prenante de ce projet européen qui permet aux chercheurs (3) des régions partenaires de se rendre quelques semaines dans les différents territoires. Objectif de cet échange de personnels ? Observer comment s’organise la filière légumière dans les différentes régions, sa chaîne de valeur, ses problématiques et ses enjeux. Et voir aussi comment elle interagit avec la filière numérique.
 
C’est dans ce cadre que deux chercheurs de l’Université polytechnique de Valence (Espagne), Llanos Cuenca et Andres Boza, spécialistes de la modélisation mathématique, de la Supply Chain et des ERP (progiciels de gestion intégrés), accueillis depuis deux semaines en Bretagne par l’agence régionale de développement économique, ont visité le 15 juin dernier la station expérimentale en agriculture biologique Terre d’Essais, à Pleumeur-Gautier dans les Côtes d’Armor.
Les deux chercheurs espagnols y sont venus pour analyser la chaine de valeur de la filière légumière et proposer des outils de modélisation mathématiques permettant de limiter la prise de risque des agriculteurs. De nouveaux projets européens pourront naître de cette première prise de contact.
 
À l’instar de cette visite à Terre d’Essais, c’est tout l’objectif du projet Rucaps : faire se connaître les acteurs européens (universités, centres de recherche, centres techniques, agences de l’innovation, organismes de production agricole, politiques…).
Organisés en réseaux, ces acteurs pourront former demain des consortia, répondre aux futurs appels à projets du programme H2020 (sur la thématique du croisement de filières agricole et numérique) et faire financer leurs projets de recherche.
 
Pour la Bretagne, et au bénéfice de ses entreprises, BDI a identifié un certain nombre de thématiques sur lesquelles les chercheurs pourraient plancher : l’optimisation des flux de données dans l’exploitation, le développement d’outils de détection des maladies, l’amélioration des conditions de travail au champ, la gestion de l’eau… La liste non-exhaustive pourrait s’enrichir au fil des visites et des rencontres avec les autres acteurs européens.
 
Participant également à ces immersions au sein de structures partenaires (Université de Liverpool, Management school de Plymouth, Université Polytechnique Valencia en mars et avril 2017), BDI accueillera à nouveau en Bretagne six chercheurs européens, du 10 au 12 juillet prochain.
Pour cette visite, qui regroupera des chercheurs de la management school de Plymouth et l’université de Polytechnique Valencia, BDI proposera un programme riche pour appréhender, de manière globale, l’organisation de la filière légumière en Bretagne (visite de Vegenov, de l’OBS, du CATE, rencontre avec le Cérafel, visite d’une exploitation agricole, d’une station de conditionnement…).
 
(1) RUCAPS – Risk and Uncertain Conditions for Agriculture Production Systems. Durée du projet : 4 ans (oct. 2016 – oct. 2020) - Pays du projet : France, Italie, Espagne, Pologne, Grande-Bretagne, Chili, Argentine - Type de projet : H2020 Pierre & Marie Curie - RISE (basé sur l’échange de personnel)
(2) AGRETIC est le programme régional de croisement des filières agri-agro et numérique, piloté par BDI en lien avec le pôle de compétitivité Valorial et les Chambres d’agriculture de Bretagne. En 2016, 7 entreprises ont bénéficié d’un accompagnement AGRETIC sous forme d’ingénierie de projets, pour un montant de 3,5 millions d’euros (dont 1,1 million d’euros d’aides régionales).
(3) Chercheurs en management de la gestion des risques, de la chaine de valeur, de l’analyse et de l’interopérabilité de la donnée (data monitoring).
                
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alimentation

Se nourrir de plaisirs

L’alimentation n’est-elle qu’un objet de santé, de nutrition stricto sensu ? Où est passée la notion de plaisir ? Celui d’une assiette gourmande, celui de la convivialité, celui du marché, du partage et de la transmission ? Est-il possible de retrouver le plaisir de manger ?  
 
Pour son 6e rendez-vous annuel, en février 2017, la Chaire Unesco Alimentations du monde abordait les liens multiples qui unissent plaisirs et alimentation. La recherche du plaisir est aux fondements des pratiques alimentaires et ne représente pas une cerise sur le gâteau qui viendrait en supplément après la satisfaction des besoins nutritionnels. Manger est un processus multisensoriel !
 
De fait, l’expérience alimentaire concerne tous nos sens, comme autant de sources de plaisirs : la vision (qui peut nous mettre « l’eau à la bouche », ou inversement…), le toucher (pour évaluer la texture des aliments), l’ouïe (pour entendre le croquant ou le croustillant par exemple) et bien sûr l’odorat et le goût. L’alimentation est donc un processus multisensoriel, auquel il faut conjuguer le poids des représentations et celui des souvenirs qui y sont attachés.
Manger réveille des émotions associées à la mémoire des expériences passées (la fameuse madeleine de Proust). Ajoutons enfin le plaisir de la transmission, construit socialement et culturellement autour de valeurs, symboles, etc., et le plaisir de partager les aliments en mangeant à la même table (commensalité).
 
Le temps du repas, familial, amical ou professionnel, est le lieu privilégié du lien social, de la convivialité. Des banquets de la Grèce antique qui jalonnaient la vie intellectuelle, à ceux de la Chine ancienne, en passant par les festins contemporains, il n’est pas de culture où le rite alimentaire ne prenne la couleur de la fête et du plaisir.
 
Au XIXe le plaisir alimentaire passe dans la majorité de la population, par un meilleur accès à la nourriture. Apparaît la gastronomie ou discours et littérature sur l’art de faire bonne chère. Intervient ensuite la science de la nutrition par les progrès de la chimie, de la physiologie, et de la biologie qui modifient la connaissance et la représentation de l’aliment. Puis vient le début des rations et régimes. Les médecins et hygiénistes condamnent l’alimentation moderne faite de sucre et alcool et propose une alimentation naturelle, végétarienne. La multiplication des régimes et des normes alimentaires concernant également l’image corporelle traduit à la fois l’emprise croissante de la médecine sur la société et de nos jours (l’état dans l’intime, Le ministère de notre santé…) autant d’obstacle auquel se heurte de nos jours la quête du plaisir alimentaire.
Quand on parle de nourritures et non de ressources, l'idée est d'insister sur la dimension de jouissance attachée au fait de vivre". Corine Pelluchon - Les nourritures, 2015 (p. 349)(1)
Le monde est aliment et le fait de se nourrir témoigne d'un rapport original aux choses qui est un rapport de jouissance, où je ne mange pas pour vivre mais où manger, c'est vivre". Corine Pelluchon - Les nourritures, 2015 (p. 39) (1)
 
Comment le système nerveux analyse-t-il toutes ces informations sensorielles et quelle signification hédonique va-t-il leur donner ? Le plaisir sensoriel contribue-t-il à une alimentation plus saine ? Comment l’industrie alimentaire développe-t-elle des produits qui parlent à nos sens ? Le plaisir de manger ne vaut-il que s’il est partagé ? Dès lors, comment mieux partager la gastronomie, cet art de faire bonne chère ?
 
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Voir le colloque 2016 UNESCO "Je suis ce que je mange ?"
 
Pour aller plus loin :
 
-(1) Livre "Les nourritures - Philosophie du corps politique" de Corine Pelluchon - Edition du Seuil, janvier 2015
- Livre d'entretiens Points de suspension - "Il faut bien manger" ou le calcul du sujet de Jacques Derrida
 
 
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Agriculture bio

Tout va très bien pour l’agriculture bio ! Pour l’instant.

Alors que l’agriculture traditionnelle est toujours en crise, l’agriculture bio se porte, elle, à merveille. Non seulement elle enregistre des taux de croissance qui commencent à devenir impressionnants, elle crée des emplois, mais aussi elle semble durablement installée dans le paysage français. C’est ce que révèle la dernière enquête de l’Agence Bio.
 
 
L’agriculture biologique poursuit sa croissance spectaculaire en France et génère de nombreux emplois sur tout le territoire. Tous les domaines sont concernés : à l’amont, la production agricole, mais également à l’aval, la transformation, la distribution… Au total, l’agriculture bio représente aujourd’hui près de 118 000 emplois directs en équivalent temps plein, soit 32 500 emplois gagnés en seulement quatre ans.
 
Ces créations d’emplois témoignent du dynamisme de la production et de la consommation bio en France. En effet, avec une consommation des ménages qui a bondi de +21,7 % entre 2015 en 2016 et un marché total qui dépasse 7 milliards d’euros (restauration hors domicile comprise), les Français confirment clairement leur envie de consommer des produits respectueux de la nature et de l’homme. « Sur tous les produits bio consommés, 71% sont produits en France », car « quand les Français pensent bio ils pensent local », souligne Florent Guhl, le directeur de l'Agence Bio. Il ajoute : « En 15 ans, le marché a été multiplié par sept ».
 
Face à cet enthousiasme, les professionnels confirment leur mobilisation. En 2016, ce sont plus de 1,5 million d’hectares qui sont cultivés en bio en France, soit +17 % par rapport à 2015. La Bio représente ainsi 5,7 % de la surface agricole utile (SAU) du territoire. Le nombre de fermes bio enregistre une hausse de +12 % de 2015 à 2016. Elles sont aujourd’hui 32 264 et représentent 10,8 % de l’emploi agricole en France, soit environ 77 700 emplois. À l’aval, 14 840 entreprises travaillent pour la bio, en progression de +10 % par rapport à 2015. Elles génèrent plus de 38 320 emplois directs. On estime également que la bio concerne 2 000 emplois en matière de conseil, contrôle, formation, etc.
 
l’Agence Bio s’attend à une nouvelle augmentation de 20% des surfaces bio pour 2017 et 2018… Mais à une condition : que le gouvernement mette bien en œuvre le plan de transformation agricole de 5 milliards d’euros sur 5 ans, mesure promise par Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle. C’est vital car la filière bio est victime de son succès. Les fonds européens qui lui sont destinés sont épuisés. Les enveloppes de subventions de la PAC devaient durer jusqu’en 2020 ; elles sont aujourd’hui entièrement consommées.
 
 
Source : Agence Bio
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Pascal Canfin

Pascal Canfin : "PAC, la réforme de la dernière chance"

Dans le cadre de la réforme de la Politique Agricole Commune, la Commission européenne a lancé une consultation publique à l'échelle de l'Europe et appelle les citoyens à s'exprimer.
WWF est une ONG qui défend l’environnement, et appelle à agir pour orienter la nouvelle PAC.
Entretien avec Pascal Canfin, directeur général du WWF France.
 
UP' : En quoi l’agriculture est-elle un danger pour l’environnement aujourd’hui ?
 
Pascal Canfin : L’agriculture EN SOI n'est pas un danger pour l’environnement ; en tout cas elle ne devrait pas l’être. Les pratiques agricoles telles qu’une production biologique ou la permaculture (1) sont respectueuses de l’environnement et doivent d’ailleurs être encouragées. Ce que nous dénonçons est l’agriculture industrielle.
Depuis les années 60, notre modèle agricole s’est industrialisé avec des conséquences néfastes pour la nature et la biodiversité. Nos sols ont ainsi été totalement appauvris par l'usage massif de pesticides et d'engrais de synthèse et la monoculture. Par ailleurs, de nombreuses espèces sont affectées soit par l’usage des pesticides ou par la destruction de leur habitat. Ainsi, plus de 400 millions d’oiseaux des champs ont disparu des campagnes européennes ces trente dernières années et les insectes pollinisateurs (abeilles, papillons, etc.) sont fortement en déclin.
 
C’est pour ces raisons que le WWF a organisé avec plus de 600 ONG en Europe, une vaste campagne de mobilisation qui a permis à plus de 258 000 européens de participer à la consultation lancée par la Commission européenne et de défendre une PAC plus juste, plus respectueuse de l'environnement et plus saine. Cette consultation s’est clôturée le 2 mai. C'est la première fois qu'autant de citoyens répondent présents et font entendre leur voix au tout début du processus de réforme de la PAC.
 
UP' : Pourquoi la PAC n'a pas su s'adapter aux changements du monde ?
 
PC : La PAC a été prévue dans le cadre du traité de Rome en 1957, dans un contexte très différent où l’Europe cherchait à garantir son autonomie alimentaire. Historiquement, l’objectif premier de cette politique a été d’accroître la productivité. Cette politique a donc conduit à l’industrialisation de l’agriculture européenne et cet objectif de productivité en est resté, notamment sous le poids des lobbies de l’agro-industrie, l’alpha et l’omega. Malgré des velléités de “verdir” la PAC et quelques adaptations récentes, celles-ci restent largement insuffisantes. Il est donc urgent que la PAC s’adapte “aux changements du monde”, comme vous le formulez, en prenant en compte les enjeux environnement et climat, mais aussi le fait que le modèle actuel est une faillite économique pour l'immense majorité des agriculteurs même si certains, les plus gros, s'en tirent bien.
 
UP' : La PAC est-elle toujours légitime aujourd’hui face aux défis climatiques, énergétiques, environnementaux,…  ?
 
Sans la PAC, le revenu moyen d’un agriculteur est proche de... zéro euros, donc oui, la PAC est encore légitime aujourd’hui car elle permet tout simplement la survie économique de nos agriculteurs. En revanche, force est de constater avec ce chiffre, que le modèle agricole actuel, dont la PAC est un élément clé, a conduit nos agriculteurs dans une impasse. L’agriculture industrielle affecte non seulement la nature et la biodiversité mais, on le voit également, elle affecte aussi les revenus et les emplois, l'UE ayant perdu 20% de ses emplois agricoles entre 2007 et 2013.
Il est donc indispensable de repenser cette politique pour qu’elle réponde aux vraies urgences : l’emploi pour nos agriculteurs, le défi climatique et environnemental, mais aussi la nécessité pour tous d’avoir une alimentation saine et des modes de production qui n'affectent pas la santé des agriculteurs et de leur entourage.  
 
UP' : Cette nouvelle réforme est-elle risquée pour la PAC ?
 
PC : Nous connaissons le poids des lobbies. Ce sont des rouleaux compresseurs qui mobilisent des moyens colossaux pour orienter les termes du débat, bien sûr à travers des rendez-vous avec les décideurs, mais aussi à travers l’organisation de nombreuses conférences, le financement d’études, l’achat d’espace publicitaire, etc. Cette nouvelle réforme ne devrait pas y échapper alors que  la légitimité de cette politique tend à s'effriter car elle ne répond plus aux attentes. C'est donc peut être la réforme de la dernière chance, dans un contexte où une PAC refondée peut contribuer à redonner du sens au projet européen.
Par ailleurs, en l'absence d'une plus grande légitimité de la PAC, il sera très difficile pour les dirigeants politiques européens de défendre le fait que près de 40% du budget de l'UE (370 milliards d'Euros sur 7 ans) lui soient consacrés. Le risque est donc important de voir les subventions diminuer pour des agriculteurs déjà en difficulté financière, sans que des alternatives ne leur soient proposées.
 
UP' : Vous voulez changer notre modèle d'agriculture ? Pourquoi ?
 
PC : Parce que notre modèle est en faillite, à la fois d’un point de vue économique, environnemental et sanitaire.
La course à la productivité a mis une pression énorme sur les agriculteurs qui ont dû, par exemple, assumer de lourdes dépenses pour s’équiper de machines ou financer des engrais et pesticides. Leur endettement moyen est ainsi passé de 57 900 euros en 1980 à 159 700 euros en 2010 (en euros constants).
 
C’est également une aberration environnementale. Rendez-vous compte, par exemple, que des scientifiques considèrent certains sols purement et simplement morts​ car plus aucune vie n’y est présente !
Il est aussi consternant de constater que la course à la productivité combinée à des politiques aberrantes ont conduit l'agriculture européenne à une véritable dépendance pour des matières premières telles que le soja. Avec 5 millions de tonnes de soja importées chaque année du Brésil pour nourrir les animaux d'élevage, nous sommes loin de l'autonomie alimentaire vantée par les défenseurs de la PAC actuelle, et pour un coût environnemental désastreux puisque le soja est l'une des premières causes de déforestation au monde.
Enfin, sur le volet sanitaire, nous nous alarmons au quotidien des effets des pesticides sur notre santé.
 
UP' : Les agriculteurs peuvent-ils inventer un nouveau modèle ? Comment ? En ont-ils la volonté et les moyens ?
 
PC : Oui, et d’ailleurs ils sont de plus en plus nombreux à le prouver. Le taux d’exploitants agricoles convertis au bio en France a ainsi progressé de 12 % en un an, pour atteindre le nombre de plus de 32 000, fin 2016. Un élan puissant mais qui se heurte à la question des moyens puisque, selon les chiffres de la Fédération nationale de l’agriculture biologique, « 80 % des fermes bio » n’ont ainsi pas reçu toutes les aides à la conversion et au maintien qui leur sont dues. Elles arrivent avec plusieurs années de retard ce qui est totalement contraire aux objectifs politique fixés devant favoriser ces conversions !
 
Au-delà du bio, nous sommes persuadés que le changement de modèle agricole sera bénéfique pour les agriculteurs. Aujourd'hui ce sont les premières victimes du système. Ils sont pris à la gorge par un endettement trop élevé, des fournisseurs d'intrants qui ne cessent de grignoter leurs marges et la pression constante de l'aval pour des prix d'achat toujours plus bas. Il faut refonder le pacte entre les agriculteurs et la société et le WWF entend jouer tout son rôle dans ce grand défi.
 
UP' : Comment se coordonnent-ils avec les organisations agricoles ? Par exemple avec la FNSEA ?
 
PC : La FNSEA est depuis longtemps l’interlocuteur privilégié des pouvoirs publics. Or cette co-​gestion est totalement contre-productive. Nous avons été indigné de voir que dans le guide de réponses que la FNSEA adressait à ses membres pour nourrir la consultation de la commission européenne, qui a fuité dans Mediapart, le syndicat appelait à nier tous les enjeux environnement et climat ! J'espère que la nouvelle présidente​ de la FNSEA va ouvrir une nouvelle page. Nous sommes de notre côté ouverts​ au dialogue.
 
Pour ouvrir cette nouvelle page, il faut mettre tout le monde autour de la table, les agriculteurs dans leur diversité, mais aussi les consommateurs, les acteurs économiques comme l’industrie agroalimentaire, la grande distribution ou les banques, les élus locaux, les associations de protection de l’environnement, les professionnels de santé, etc. C’est pour cette raison que l’idée d’un Grenelle de l’alimentation nous paraît intéressante si elle permet d'ouvrir les fenêtres et trouver les nouveaux compromis pour la décennie à venir.
UP' : Quel est le poids des lobbies ?
 
PC : Ce poids est énorme car le secteur de l’agro-industrie a des moyens totalement disproportionnés par rapport à ceux des représentants des consommateurs ou des associations environnementales par exemple. Notre campagne a eu ce rôle, faire entendre la voix des citoyens et rappeler à la Commission européenne pour qui elle élabore les politiques publiques !
UP' : Quels messages voulez-vous faire passer au nouveau président de la République sur les enjeux de l’agriculture ?

PC : Je suis persuadé que les questions agricoles et alimentaires seront un élément clé du quinquennat qui s'ouvre. Le modèle actuel est en faillite, les règles du jeu doivent changer. Les consommateurs et les agriculteurs sont de plus en plus nombreux à montrer le chemin à suivre : plus de qualité, plus de bio, plus de valeur ajoutée...
Le rôle du prochain président sera de s'appuyer sur ces évolutions pour les changer d'échelle et en faire la nouvelle norme. Il aura alors inventé l'agriculture du XXIème siècle et ce sera à mettre à son crédit !
 
Propos recueillis par Fabienne Marion

(1) Voir le livre "Permaéconomie" d'Emmanuel Delannoy - 2016
 
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OGM

Les cultures OGM seraient plus florissantes que jamais

Les cultures OGM sont reparties à l'assaut de la planète en 2016, après avoir marqué le pas pour la première fois en 2015, avec une augmentation de 3% des surfaces plantées à 185,1 millions d'hectares dans 26 pays du monde. C’est ce que prétend un rapport de L'ISAAA (International Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications), une ONG favorable aux OGM financée notamment par le groupe américain Monsanto. Un rapport largement controversé par les opposants aux OGM qui y voient une manipulation des chiffres.
Photo : Action de Greenpeace contre les OGM
 
L'ISAAA, qui a publié ce décompte, voit dans l'augmentation des surfaces la confirmation de son verdict d'un recul uniquement "conjoncturel" en 2015, dû "aux prix bas mondiaux des denrées". La prédiction de l'ISAAA selon laquelle les plantations d'OGM repartiraient à la hausse dès que les prix augmenteraient "s'est réalisée", note le rapport annuel de l'ONG, "contrairement à la propagande des détracteurs selon laquelle la biotechnologie ne convainc pas les fermiers". En 2015, après 19 ans de croissance annuelle consécutive, les surfaces cultivées en OGM avaient reculé pour la première fois, de 1%, à 179,7 millions d'hectares contre 181,5 millions en 2014, selon le rapport 2015 de l'ISAAA.
 
En 2016, les États-Unis continuent d'être au premier rang des pays OGM avec 72,9 millions d'hectares, suivis par le Brésil (49,1), l'Argentine (23,8), le Canada (11,6), et l'Inde (10,8). A eux cinq, ces pays représenteraient 91% de la superficie totale de plantations OGM.

Europe : augmentation de 17%, mais pas partout

En Europe, les surfaces ont progressé globalement de 17% par rapport à 2015, soit au total 136.363 hectares de maïs MON 81, commercialisé par Monsanto. Cette augmentation n’est significative qu’en Espagne qui devient le premier pays européen planteur d'OGM, avec 95% de la superficie de maïs génétiquement modifié de l'UE (129.081 hectares), et le seul où les surfaces sont en croissance. Les autres pays sont, selon le site de veille citoyenne infOGM, largement en baisse. C’est le cas notamment de la République tchèque où, à partir d’une surface déjà dérisoire, on assiste à une forte diminution (995 ha à 75 ha), de même qu’au Portugal (de 8017 ha à 7070 ha).
 
En Afrique, seuls l'Afrique du sud et le Soudan ont planté des OGM sur 2,8 millions d'hectares l'an passé, après une suspension au Burkina Faso et en Egypte. Le Burkina Faso a renoncé au coton transgénique de Monsanto introduit en 2008, affirmant qu'il n'était pas rentable, et que sa fibre devenait de plus en plus courte, donc vendue moins cher sur les marchés mondiaux.

LIRE DANS UP’ : Comment le coton OGM de Monsanto s’est transformé en fléau pour les paysans du Burkina Faso

En Afrique, l'ISAAA souligne néanmoins l'avancée de la recherche et de la mise en place de cadres réglementaires permettant des cultures OGM : le Kenya, le Malawi et le Nigeria sont passés du stade de la "recherche" à "l'octroi d'autorisation de libération dans l'environnement", et six autres pays (Burkina Faso, Éthiopie, Ghana, Nigeria, Swaziland, et Ouganda) "tentent de mettre sur pied des essais multi-localisation en vue d'une autorisation commerciale", note avec satisfaction l'organisation.
 
En termes d'espèces végétales génétiquement modifiées, c'est le soja qui est le plus diffusé dans le monde, avec 91,4 millions d'hectares, soit la moitié de la superficie mondiale d'OGM. "Sur la planète OGM, le soja transgénique se porte bien, mais les surfaces de coton se cassent la figure" relève Christophe Noisette, animateur du site InfoGM.

Le coton OGM en recul

Pour l'Inde, l'ISAAA évoque une baisse de 11,6 à 10,8 millions d'hectares de coton transgénique en 2016. InfOGM précise que « les cultures de coton Bt ont fortement diminué au profit d’autres cultures et de variétés paysannes et indigènes de coton [1]. L’Isaaa évoque une diminution de 11,6 millions d’hectares en 2015 à 10,8 en 2016, ce qui ne correspond pas aux chiffres du gouvernement indien (10,6 millions d’hectares à 8,5). L’Isaaa a-t-elle confondu avec les surfaces totales cultivées en coton ? D’après notre source gouvernementale, l’emblavement en coton est en effet passé de 11,5 millions d’hectares en 2015 à 10,2 millions d’hectares en 2016. »
 
L'an passé, la valeur du marché mondial des plantes génétiquement modifiées, estimé par Cropnosis, était de 15,8 milliards de dollars, en hausse de 3% par rapport à 2015. Selon son site internet, l'ISAAA, qui mène depuis 1996 le recensement des surfaces OGM dans le monde, est financée par des fondations et des donneurs privés, mais aussi par le ministère américain de l'Agriculture et le groupe Monsanto en cours de fusion avec le géant allemand Bayer.
 
Plusieurs organismes ne partagent pas le plaidoyer pro domo de l’ISAAA. "Ce rapport ne parle pas du tout des effets néfastes des OGM, alors que le bilan est très négatif, notamment en Amérique Latine" s'indigne à l’AFP Renée Velvée de l'ONG Grain. Parmi eux, souligne-t-il, "des millions d'agriculteurs déplacés, des paysans assassinés parce qu'ils ont défendu leurs terres contre la monoculture industrielle du soja, des millions d'hectares de forêt native détruite au Brésil, et le développement débridé de l'élevage qui alimente le réchauffement climatique, sans parler des cancers liés à l'utilisation massive des herbicides"
 
Source : AFP, InfOGM
 
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