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Les insectes, la nourriture de demain ?

Ynsect est le lauréat du Grand Prix de l'innovation de la Ville de Paris 2012, catégorie Eco-innovations. Des chips de mouche, quelques larves, de la farine de scarabée ou de moustique pour le dîner ? Avant l'alimentation humaine, Ynsect s'adresse d'abord et avant tout au marché de l'alimentation animale, friand de matières riches en protéines, en transformant les insectes en aliments.

Cette jeune entreprise primée dans la catégorie Eco-innovations des Grands Prix de l'Innovation de la Ville de Paris, mais déjà lauréate de nombreux autres prix (ANR, Agropole, Genopole,...), veut faire transformer les résidus organiques en ingrédients alimentaires et non-alimentaires (farines, huiles, pâtes, compost, méthane...), par des insectes.

Insectes qui seront à leur tour transformés en farines pour entrer dans la composition d'aliments. Ynsect va prochainement développer des usines intégrées de valorisation de biomasse, appelées bioraffineries d'insectes ou ento-bioraffineries, où scarabées et mouches soldat valoriseront des sous-produits des filières agricole, agroforestière et agroalimentaire avant de se transformer eux-mêmes en ressources.

Une solution de survie pour la planète

En moyenne, 10kg de protéines végétales sont utilisées pour produire 1kg de protéines animales. En effet, pour obtenir de la viande, il faut d'abord nourrir un animal : par exemple, il faut 13kg de céréales et 30kg de foin pour produire 1kg de viande de boeuf. En conséquence, la production d'aliments d'origine animale nécessite en moyenne beaucoup plus de ressources que la production d'aliments végétaux. Ce gaspillage de ressources est lourd de conséquences pour la planète et contribue à renforcer l'insécurité alimentaire mondiale.

L'aquaculture était à l'origine la solution parfaite pour éviter d'épuiser les stocks de poissons de nos océans. Hélas, cette solution vide au contraire encore plus les océans : 40% des poissons pêchés finissent en farine pour nourrir d'autres poissons. Il faut par exemple 5 kg d'anchois pour produire un kilo de saumon d'aquaculture. (Source : rapport World Watch Institute)

L'insecte est une source inexploitée de nutriments pour l'alimentation humaine et animale. La mission d'Ynsect consiste en la création, la préparation et la vente en France de produits préparés à base d'insectes locaux.

Volailles et poissons consomment naturellement des insectes. L'idée de nourrir ces animaux avec des protéines d'insectes, dans un contexte de raréfaction des terres arables et du patrimoine halieutique, relève presque du bon sens, tant elle apparaît une solution satisfaisante et pérenne aux grands enjeux alimentaires contemporains.

De manière annexe, la piste de l'entomophagie constitue un levier d'amélioration intéressant des habitudes alimentaires européennes, dans l'objectif de diversifier nos menus, et d'accéder à des protéines d'excellente qualité nutritionnelle et efficaces sur un plan environnemental.

Pourquoi ne pas répondre ainsi aux enjeux de raréfaction des ressources et des terres, d'augmentation de la population mondiale, de dégradation des environnements et de forte dépendance européenne en protéines ? 

Cette solution innovante crée une double valeur ajoutée : en plus de créer des produits précieux pour les éleveurs, Ynsect a vocation à utiliser en entrée des matières agricoles actuellement sous-exploitées, afin d'intervenir en complément, et non en substitution, d'autres techniques existantes. Elle offre donc aussi des services innovants aux entreprises et collectivités. 

Une équipe exploratrice

« L'idée m'est venue en lisant un rapport de la FAO en 2010, raconte Jean-Gabriel Levon, 27 ans et diplômé X-HEC. Il expliquait qu'à l'horizon 2050, les besoins en protéines seraient multipliés par deux. Pour répondre à ce défi, une des pistes était la valorisation des insectes. »  En 2011, trois amis le rejoignent : Alexis Angot, diplômé de l'Essec, prend en charge les finances et le marketing ; Fabrice Berro, ingénieur en informatique et télécoms de l'Ensimag, s'occupe de la communication et des partenariats ; Antoine Hubert, ingénieur agronome de Rennes et d'AgroParisTech, travaille sur la R&D. Ensemble, ils créent la société Ynsect et intègrent l'incubateur parisien Agoranov. 

Afin de se positionner en pionnier de la filière, la société étudie différents thèmes de recherche : les qualités nutritionnelles par espèce, les études d'amélioration de l'impact environnemental de la production d'insectes, la valorisation des sous-produits de l'extraction des protéines.

L'entreprise travaille notamment sur une poudre à base de larves de ténébrion qui pourrait être incorporée à des produits finis (chips, sablés...). Deux produits finis ont été développés et sont en cours de commercialisation :

- « Crikizz » : une gamme de snacks poppés à base de poudre de larves de ténébrion,

- « 3&3 6 » : une gamme de sablés salés et sucrés, à base de cette même poudre.

Des innovations originales à suivre, dont le positionnement marketing jouera un rôle clé dans leur succès. Il pourrait par exemple être intéressant d'étudier la possibilité d'utiliser les insectes comme source de protéines chez des populations ciblées.

www.ynsect.com