Close

Rien n’y fait : l’utilisation des pesticides en agriculture a encore augmenté de 9 %

Epandage pesticides
Le Ministère de l’Agriculture a révélé le chiffre peu glorieux le 9 mars : loin de décroître, l’utilisation des pesticides augmente encore en France ! Une tendance longue et durable que rien ne semble enrayer, malgré les efforts d’explication sur les dangers pour l’homme, la santé, la planète, la biodiversité, de ces agents chimiques toxiques.
 
Alors que la France était sensée diminuer les doses, le recours aux produits phytosanitaires a augmenté de plus de 9% entre 2013 et 2014. Les résultats du suivi annuel du plan de réduction de l'utilisation des produits phytosanitaires montrent que le recours aux herbicides et aux fongicides (contre les champignons parasites) est de plus en plus fréquent.
L'an dernier pourtant, après la publication des chiffres 2012-2013 qui soulignaient déjà une augmentation de 9%, le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, avait fixé un objectif de réduction de 25% d'ici 2020. Un seuil bien moins ambitieux que les 50% de réduction en 2018 prévus dans le Grenelle de l'Environnement.
 

Promesses, promesses…

 
Des engagements, les différents gouvernements qui se sont succédé en France en ont promis. En 2009, le plan Ecophyto prévoyait une baisse de moitié du recours aux produits phytosanitaires en dix ans. Résultat ? Non seulement l’usage des pesticides et autres herbicides n’a pas baissé d’un iota, ni baissé du tout, mais il ne s’est même pas stabilisé : il a continué à croître comme si toute tendance à la baisse semblait impossible. Face à cet échec, pas la moindre contrainte, mesure pédagogique ou incitation proposée par les pouvoirs publics. Or pendant ce temps, la société civile s’immisce dans le débat, s’intéresse à la question et veut non seulement la vérité mais de vrais changements. Les rares expériences d’agriculture biologique sont mises dans le faisceau des projecteurs mais elles sont malheureusement minoritaires, même si une vraie dynamique semble en mouvement.
 
 
Comment expliquer ces échecs à répétition ?
Les causes sont multiples, comme toujours dans les situations complexes.
 

Le poids des habitudes

 
Il y a d’abord, en toile de fonds, le poids des habitudes bien enracinées. Les efforts de promotion de l’agroécologie, les messages sur l’attention que chaque agriculteur devrait porter à la santé de ses sols et de ses cultures tombent dans l’oreille de sourds. Les méthodes sont extraordinairement difficiles à modifier d’autant plus que les changements ne sont pas encouragés. Les coopératives agricoles poussent les agriculteurs à toujours plus de rendement, leur fournissant matériels et produits adéquats pour produire davantage.
 

La pression de l’industrie

 
Une autre raison, de taille, tient au poids semblant incoercible, de l’industrie des phytosanitaires. L’exemple le plus frappant est celui de l’interdiction toujours repoussée du glyphosate, la substance active du Roundup de Monsanto.
En novembre 2015, l’Agence européenne de sécurité des aliments (AESA ou EFSA en anglais) rendait un avis favorable à la prolongation de l’autorisation de commercialisation du glyphosate. Pourtant, quelques mois auparavant à peine, l’Organisation mondiale de la santé avait inscrit le glyphosate dans sa liste des « cancérogènes probables ». « Improbable », avait répondu l’Agence européenne, qui proposait également, à la grande joie de la firme agrochimique américaine, que le seuil d’exposition maximal au glyphosate soit relevé de 66%.
 
 
Or l’AESA justifie cet avis en invoquant trois études scientifiques non publiées, réalisées par des industriels. Études que l’Agence refuse de rendre publiques au nom du « secret des affaires ». Les ONG ont beau se soulever d’indignation, criant au conflit d’intérêts et aux liens étroits entretenus entre l’agence européenne et des groupes agrochimiques, rien n’y fait. La commission européenne s’apprêtait même mardi dernier à renouveler pour quinze ans l’autorisation du glyphosate en Europe.  Devant la levée de boucliers, la Commission européenne a finalement décidé de reporter son vote à juin. Plusieurs pays européens comme la France, la Suède, les Pays-Bas et l’Italie ne souhaitent pas renouveler l’autorisation de mise sur le marché (AMM)  de cet herbicide. Parallèlement, 96 scientifiques ont critiqué dans une revue scientifique la position de l’EFSA. Parlant de « tromperie inacceptable », ils regrettent que l’agence tienne compte d’études favorables au glyphosate financées par des industriels. Dans le même temps, des associations (la Ligue contre le cancer, Foodwatch et Générations futures) ont lancé une pétition sur internet pour demander le retrait de ce produit. Elle a dépassé les 119 000 signatures.
Cette affaire est typique du combat sans merci que livre l’industrie phytosanitaire pour imposer ses produits.
 

Les agriculteurs en otage

 
Au milieu de cette guerre, les agriculteurs ne savent plus à quel saint se vouer. Les Jeunes agriculteurs ont publié le 8 mars un communiqué qui appelle à plus de clarté et de pragmatisme. « Aucune interdiction ne doit conduire les agriculteurs à des impasses techniques. Les impasses techniques nous empêchent de produire, tuant nos exploitations et nos agriculteurs à petit feu, et favorisant au contraire les importations de produits étrangers alignés sur le moins-disant environnemental, trompant ainsi aussi le consommateur » écrivent-t-ils.  Ils ajoutent : « Plutôt qu'une interdiction dont le seul but est de complaire à certains électorats, Jeunes Agriculteurs demande à ce que des moyens conséquents soient mis sur la recherche tant publique que privée (…) afin de mettre en mouvement l'ensemble des filières et identifier des solutions alternatives et innovantes applicables sur l'ensemble des exploitations de la ferme France ».
 
 
Ces débats semblent pathétiques. Car en effet, les expériences démontrent de plus en plus qu’une agriculture sans produits phytosanitaires n’est pas une lubie d’écolo. Que c’est une activité qui, en plus d’être vertueuse pour l’environnement et la santé, est rentable.

LIRE DANS UP’ :  L’agriculture est-elle en crise alors que le bio pourrait nourrir 9 milliards d’humains en 2050 ?

C’est un nouveau modèle qui doit être mis en place, de nouvelles méthodes et habitudes à apprendre, des circuits-courts de distribution à imaginer… Autant de pistes dont certains éclaireurs tentent de démontrer l’intérêt. De plus en plus de jeunes agriculteurs, de fermes pilotes, d’expérimentation grandeur nature sont menées partout. L’Inde va devenir le premier pays au monde à l’agriculture très majoritairement biologique, de plus en plus de fermiers français se tournent vers ces solutions non sans mal. Les pouvoirs publics, non contents de renoncer à appliquer leurs plans, font défaut pour aider et promouvoir ces initiatives.

LIRE DANS UP’ : En Normandie, les agriculteurs se ruent vers le bio

En effet, selon France Nature Environnement, les aides publiques à l'agriculture biologique ne sont pas au rendez-vous. La Fédération nationale des agriculteurs biologique (FNAB) a alerté sur l'insuffisance des enveloppes prévues dans de nombreuses régions. Ainsi, par exemple, en Midi-Pyrénées, l'enveloppe prévue pour les aides à la conversion dans le cadre du deuxième pilier de la PAC était de 90 millions d'euros pour la période 2015-2020. 88,8 millions sont déjà consommés pour la seule année 2015. De même en région Centre, l'enveloppe de 27 millions d'euros prévue est déjà presque intégralement consommée.
 
L'État s'est pourtant fixé des objectifs importants. Doubler la part de la surface en bio dans le cadre du plan Ambition Bio 2017). Réduire de moitié l'usage des pesticides dans le cadre du plan Ecophyto. Des objectifs impossibles à atteindre si le développement de l'agriculture biologique est freiné par un manque de financements. Pour Jean-Claude Bévillard, responsable des questions agricoles à FNE : « Tous les financeurs doivent prendre leurs responsabilités. L'État, les Conseils régionaux, les Agences de l'eau, tous doivent s'engager pour soutenir le développement de l'agriculture biologique en France. »
 
Encore une spirale pathétique de promesses et de faux espoirs ?