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Viande aux antibiotiques : les géants de la malbouffe sommés par leurs investisseurs

Hamburger
Cela fait des années que les grands industriels de l’alimentation nous empoisonnent, au mépris des règles, de l’éthique ; au mépris des combats des ONG, des États, des citoyens du monde. Rien ne semble y faire. Les grandes chaînes de fastfood du monde globalisé continuent, à coup d’antibiotiques et d’élevages intensifs, à nous alimenter. Quelque chose pourrait les faire changer et les amener à de meilleurs pratiques. C’est l’argent. L’argent roi, l’argent grand souverain. En effet, leurs investisseurs viennent de leur intimer l’ordre de revenir à la raison. En cas de refus, ils remettront en question leurs soutiens financiers à ces entreprises.  
 
Mille deux-cents milliards d’euros. C’est ce que pèsent les 54 grands actionnaires comme Aviva ou Boston Common Asset qui ont signé une lettre commune adressée aux grandes chaînes de fastfood au premier rang desquelles figure McDonald’s. Le message est simple : que les géants du fastfood s’engagent pour de bon à limiter le recours aux antibiotiques qu’ils donnent aux animaux entrant dans la composition de leurs produits.
 
Cette initiative fait suite aux nombreuses mises en garde et notamment celles de l’OMS qui affirme que de nombreuses infections ne pourront plus être soignées en raison d'un recours trop fréquent aux antibiotiques. 80% des antibiotiques produits aux États-Unis sont donnés au bétail, indique le groupe d'investisseurs dans un communiqué. Cette utilisation est "irresponsable", soulignent-ils.

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Les financiers justifient leur action par les menaces sur la santé que font peser ces pratiques. Mais aussi et surtout par les menaces sur leur portefeuille. En effet, le maintien ces pratiques pourrait altérer la valeur et l’image des entreprises que les investisseurs ont financées, compromettant ainsi dangereusement leur retour sur investissement.
 
Jeremy Coller, responsable des investissements chez Coller Capital cité par La Tribune déclare sans ambiguïté : « Le monde change, la réglementation concernant l'utilisation des antibiotiques va être renforcée, tandis que l'élevage intensif a de moins en moins la faveur des consommateurs. En tant qu'investisseurs responsables, nous voulons protéger à la fois la santé humaine et la valeur pour l'actionnaire ».
 
Plusieurs chaînes locales américaines ont répondu à la lettre des investisseurs. McDonald's qui, pour retenir une partie de sa clientèle adepte du "bio", s'est engagé au printemps dernier à cesser ses approvisionnements en viande de poulets élevés aux antibiotiques, a promis selon Les Echos de répondre aux investisseurs pour ce qui concerne le bœuf.
 
Nous n’en sommes pas encore à ce que les investisseurs prônent farouchement le bio. Pour l’instant ils en sont à l’antibio et ce n’est déjà pas mal. Ce qu’il faut retenir c’est que, une fois encore, quand les valeurs sur lesquelles les investisseurs se sont portés sont frappées d’infamie (par une mise en lumière trop violente des projecteurs de l’actualité, ou par une prise de conscience des citoyens consommateurs), la peur de perdre de la valeur est la plus forte. Les investisseurs deviennent ainsi des leviers puissants du changement. Vertueux cette fois-ci. On en a vu l’exemple lors de la COP 21 avec le mouvement massif de désinvestissement dans les industries carbonées.

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