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Contestation de l'UE au soutien des OGM en Afrique

OGM
Les eurodéputés ont demandé à l’Union Européenne de s’opposer fermement à tout soutien aux OGM en Afrique. La Nouvelle Alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition est sur la sellette.
 
Censée participer au développement de l’agriculture africaine, la Nouvelle Alliance pour la Sécurité alimentaire et la Nutrition (NASAN) (1) dessert les intérêts de l’agriculture familiale, ont prévenu les eurodéputés dans une résolution.
 
La promesse faite par les organismes génétiquement modifiés (OGM) semble alléchante pour l’Afrique, exposée à de fortes sécheresses et à un besoin de productivité croissante du secteur agricole.
Le continent est encore loin de l’indépendance alimentaire. L’Afrique achète en moyenne l’équivalent de 50 milliards de dollars de denrées alimentaires aux pays développés chaque année. Une dépendance qui pourrait s’aggraver sous le coup de la hausse massive de la population du continent, qui devrait doubler d’ici à 2050, pour atteindre 2,4 milliards.
Face aux enjeux de sécurité alimentaire, la culture des OGM est présentée par beaucoup comme une solution indispensable au défi africain. Et encouragée par les États-Unis, premiers producteurs d’OGM au monde (2).
« Les OGM sont très largement présentés comme des innovations permettant de lutter contre la faim en Afrique subsaharienne. Mais il s’agit surtout d’ouvrir de nouveaux marchés pour les grands semenciers internationaux pour qui l’Afrique représente un marché d’avenir » s’inquiète Clara Jamart, responsable de plaidoyer sécurité alimentaire chez Oxfam France.
 
Selon ses détracteurs, l’achat de semences OGM, protégées par un brevet et donc chères, ne résout en rien le problème de productivité agricole en Afrique subsaharienne, où 90% des exploitations sont des petites entreprises familiales. Autres craintes, les conséquences sur la santé humaine et la biodiversité.
Le 20 avril, la commission développement du Parlement européen a adopté à une très large majorité une résolution appelant l’UE « à s’attaquer à toutes les faiblesses de la NASAN, […] afin d’assurer que [ses] actions sont compatibles avec les objectifs de la politique de développement »
Dans une première version du rapport, le texte appelait même directement les pays européens « à retirer leur soutien à la NASAN tant que les problèmes mis au jour […] n’auront pas été dûment résolus ».
 

Critiques multiples

L’avertissement lancé par les eurodéputés vient concrétiser une longue liste de critiques envers la structure lancée en 2012 par les pays du G8 et financée en partie par l’UE.
Son objectif était de développer des partenariats public-privé en Afrique afin d’augmenter la production agricole du continent. Une approche qui vise principalement à faire décoller les investissements privés trop peu présents dans différents pays comme le Burkina Faso, la Côte d’ Ivoire, ou l’Éthiopie.
Problème, la NASAN, qui défend un modèle d’agriculture intensive pour répondre aux enjeux de sécurité alimentaire, a davantage profité aux grands semenciers qu’aux exploitations familiales, qui constituent le tissu de l’agriculture africaine.
 
Dans le rapport 2014-2015 de la NASAN, les donateurs publics ont déjà déboursé 3,2 milliards de dollars sur les 6,2 promis en 2012. De leur côté, les investisseurs privés ont pour l’heure débloqué 684 millions de dollars sur … les 10,2 milliards promis.
 
« Les grandes entreprises comme Monsanto, Cargill et Unilever travaillent avant tout pour faire du profit. Difficile de voir en quoi une aide à de telles multinationales via la Nouvelle Alliance pourra profiter aux populations locales en matière de développement durable. Surtout quand on sait que les fermes familiales ont été largement exclues du processus décisionnel lié à cette initiative », explique selon la rapporteure allemande Maria Heubuch (Vert).

Semences hybrides encouragées

Dans les faits, les États africains engagés dans le partenariat s’engagent également à modifier leurs législations pour faciliter l’arrivée d’investisseurs privés.
« Il y a un gros volet de la NASAN qui est concentré sur les réformes politiques que doivent mettre en œuvre les pays Africains partenaires sur des sujets comme l’accès au foncier, l’utilisation de semences certifiées (hybrides, OGM), la fiscalité » explique Jean-Cyril Dagorn, responsable de plaidoyer sécurité alimentaire pour Oxfam.
 

Lire : Berlin finance l’exportation du modèle agricole européen en Afrique

 
Ces évolutions législatives ne sont généralement pas bénéfiques pour les petits agriculteurs. « Cela renforce le risque d’accaparement de terres et de privatisation des semences » explique Jean-Cyril Dagorn.
Le partenariat prévoit en effet que les pays en développement partenaires appuient « la distribution, l’adoption et la consommation de variétés agricoles biofortifiées ». Un objectif qui vise au renforcement des qualités des aliments afin de lutter contre la malnutrition. Mais ouvre grand la porte aux OGM.

Évolution de la législation

« Certains pays membres de la NASAN, comme le Nigéria, sont d’ores et déjà en train de modifier leurs cadres juridiques pour autoriser les semences OGM » souligne le rapport "La faim, un business comme un autre" des ONG CCFD-Terre Solidaire, Oxfam France et Action contre la Faim. A l’inverse, le Burkina-Faso vient de faire machine arrière après près de dix ans de coton OGM, pour des raisons économiques. La qualité décevante du coton OGM a fait baisser les prix du coton burkinabé, autrefois réputé pour sa qualité, et le gouvernement a donc décidé de le retirer.
 
Une logique à laquelle se sont également opposés les eurodéputés, en appelant « les membres du G8 de ne pas soutenir les cultures d’OGM en Afrique » dans la résolution.
 
« La balle est maintenant dans le cas de l’Union européenne et des six États membres mettant l’argent des contribuables dans la Nouvelle Alliance. Cette dernière doit aider les petites exploitations agricoles et les petites entreprises en Afrique, et non pas seulement les grandes multinationales qui bénéficient déjà d’avantages compétitifs injustes », a déclaré Isabelle Brachet, d’ActionAid UE.
 
(1) Lancée en 2012, la Nouvelle Alliance est un « programme de développement agricole » financé par les pays du G8 et l’Union Européenne. L’objectif de ce programme est de sortir 50 millions de personnes de la pauvreté dans 10 pays partenaires en Afrique en misant sur l’’investissement de sociétés privées dans l’agriculture intensive.
L’agriculture familiale représente environ 80 % de la production alimentaire mondiale et 60 % des emplois en Afrique subsaharienne.
 
(2) Les Etats-Unis sont le premier producteur de cultures OGM dans le monde, suivi par les grands émergents comme le Brésil, l’Inde, l’Argentine ou la Chine. Bien qu’autorisé en Europe, les OGM sont très peu cultivés sur le continent et interdits dans plusieurs pays dont la France, quoi que....
 
Source : Cécile Barbière | EurActiv.fr