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L'appel des grands chefs français contre l’invasion de l’agrochimie dans nos assiettes

Monsanto-Bayer
Le site d’actualité gastronomique Atabula publie une lettre ouverte contre l’invasion de l’agrochimie dans nos assiettes, suite à la fusion annoncée entre Bayer et Monsanto. Une centaine de grands chefs français comme Yannick Alléno, Olivier Roellinger, Mauro Colagreco ou Michel et Sébastien Bras dénoncent « ce danger pour nos assiettes ».
Qu’est-ce que bien manger ? « Il faut bien manger » ne veut pas d’abord dire prendre et comprendre en soi, mais apprendre et donner à manger, apprendre-à-donner-à-manger-à-l’autre. On ne mange jamais tout seul, voilà la règle du « il faut bien manger ». C’est une loi de l’hospitalité infinie […]. Elle dit la loi, le besoin ou le désir […], l’orexis, la faim et la soif […], le respect de l’autre au moment même où, en en faisant l’expérience […], on doit commencer à s’identifier à lui, à l’assimiler, l’intérioriser, le comprendre idéalement […], lui parler dans des mots qui passent aussi dans la bouche, l’oreille et la vue […]. Le raffinement sublime dans le respect de l’autre est aussi une manière de « bien manger » ou de « le Bien manger ». Le Bien se mange aussi. Il faut le bien manger. »
Jacques Derrida, « Il faut bien manger » ou le calcul du sujet, Points de suspension
 
« Le rachat du groupe américain Monsanto par l’allemand Bayer, en septembre 2016, ne peut pas laisser les professionnels de la restauration indifférents. Avec cette acquisition, ce nouveau mastodonte des semences et des pesticides a une ambition : contrôler toute la chaine alimentaire, de la terre où pousse la semence jusqu’à l’assiette du consommateur. Une telle entreprise n’a qu’une ambition : accroitre ses activités, donc ses bénéfices, sur tous les continents, au mépris de la biodiversité et de la santé des populations. Si l’Union européenne s’est montrée inquiète suite à ce rapprochement, les citoyens ne peuvent se contenter de regarder la chimie remplir leurs assiettes.
Ardents défenseurs du bien manger, engagés quotidiennement dans la valorisation du bon produit et des petits producteurs, les professionnels de la restauration veulent rappeler leur attachement à quelques valeurs fondamentales : le soutien à la biodiversité, le respect de l’environnement et la santé des consommateurs. 

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Ce rapprochement agrochimique constitue un danger pour nos assiettes, mais il est également une source d’inquiétude pour les paysans et les agriculteurs qui voient se limiter leur liberté de planter et cultiver telle ou telle semence. Demain, à cause des OGM, du Roundup et des différents produits chimiques sortis des usines, les diversités culturale et culturelle n’existeront plus. La nature vivante ne sera plus qu’un produit marketé, transformé, muté au service d’un Léviathan.
 
Il est nécessaire que les chefs et tous les acteurs de la restauration prennent la parole et expriment publiquement leurs inquiétudes : sans un produit sain et de qualité, sans diversité des cultures, le cuisinier ne peut plus exprimer son talent créatif. Il n’est plus en mesure de faire son métier comme il l’aime et de le transmettre avec passion. Quant au paysan et à l’agriculteur, ils se transforment en simples exécutants d’un grand tout agrochimique qui les dépasse : des ouvriers à la solde d’une entreprise apatride, hors sol.
 
Cette Lettre ouverte contre l’invasion de l‘agrochimie dans nos assiettes est un appel à la responsabilité et à la prise de conscience collective. Des enjeux majeurs pour notre alimentation se jouent actuellement. Non, la nature, la diversité et la qualité de notre alimentation ne doivent pas passer sous le rouleau compresseur liberticide du groupe Bayer-Monsanto. »

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A l'origine de cette lettre ouverte, le fondateur et rédacteur en chef d'Atabula, Franck Pinay-Rabaroust, s'est réjoui de la réponse rapide des chefs qu'il a sollicités : «Aujourd'hui ils ont une visibilité médiatique, un poids, un discours à tenir», a souligné le journaliste, ancien rédacteur pour le guide Michelin.
 
Corine Pelluchon dans son ouvrage « Les nourritures » nous invite à prendre en considération les conditions de notre existence, et donc à penser ce dont nous vivons et qui nous constitue : « La vie dans le monde des nourritures est jouissance… », caractérisant notre manière d’être dans tous les domaines de la vie. « Ma manière de consommer les nourritures a des conséquences sur les autres. Plus fondamentalement, mon rapport aux nourritures est lui-même, une position dans l’existence qui relève de l’éthique ».  
Et Nietzsche liait « la question du régime alimentaire » au destin de l’humanité…
 

Tribunal Monsanto : mobilisation internationale de la société civile pour juger Monsanto pour crimes contre l’humanité et écocide. Il se tiendra à La Haye, aux Pays-Bas, du 14 au 16 octobre 2016.