UP' Magazine L'innovation pour défi

climat

Vers une politique du climat réaliste et efficace

Vers une politique du climat réaliste et efficace de Scott BARRETT, Carlo CARRARO et Jaime de MELO - Editions Economica - Décembre 2015 - 456 Pages
 
La publication de cet ouvrage, écrit à l’occasion de la 21ème Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (COP21) à Paris, réunit les points de vue de 49 experts sur les difficultés d’aboutir à un accord ambitieux à la hauteur des enjeux et sur ce qu’il faudrait décider pour que les institutions nécessaires soient mises en place pour que nous intensifions réellement nos efforts dans la lutte contre le changement climatique. 
La quasi-totalité des pays du monde étant réunie dans une démarche inédite pour s’engager à réduire ou à maîtriser leurs propres émissions de gaz à effet de serre nourrit l’espoir d’une prise de conscience demeure même si l’expérience des 25 dernières années incite en effet à la prudence, aucun accord coopératif mondial ayant été adopté sur la limitation du changement climatique...
 
Le changement climatique est à la fois une menace sans précédent pour le développement et une occasion pour les pays de collaborer en vue de transformer durablement le système énergétique mondial. Les bases d'une action collective étant jetées par la Conférence de Paris, le suivi sera crucial. 
 
"Ce livre est particulièrement bienvenu pour indiquer comment construire sur ces bases." a déclaré Kofi A. Annan, président de la fondation Kofi Annan, 7e secrétaire général des Nations Unies (1997-2006) "Cet ouvrage est une contribution importante à la réflexion sur les mesures à prendre et les situations difficiles auxquelles seront confrontés les décideurs politique quand ils persisteront comme ils se doivent de le faire à lutter contre le changement climatique. Bravo pour le timing et le contenu de cet ouvrage ! " selon Ernesto Zedillo Ponce de León Ancien Président du Mexique et directeur du Centre d'études sur la Globalisation à l'Université de Yale.
"Cet ouvrage donne un regard rigoureux, lucide et approfondi sur les défis sans précèdent auxquels le monde doit faire face afin de répondre au risque climatique en tant que communauté mondiale, mais aussi sur les politiques efficaces et réalisables pour atteindre cet objectif. » selon François Bourguignon Professeur à Paris School of Economics et ancien économiste en chef de la Banque Mondiale.
 
Ouvrage dirigé sous la direction de Scott Barrett, Professeur à l'Université de Columbia, University, Lenfest-Earth Institute, Carlo Carraro, Professeur à l'Université Ca Foscari de Venise, Coordinateur des programmes à la FEEM (Fondazione Eni Enrico Mattei) et Jaime de Melo, Directeur scientifique à la Ferdi et Professeur émérite à l'Université de Genève.
 

 

COP21

COP21 - Le dessin du jour 5

© Philip Ytournel (Denmark)

 

COP21

COP21 - Le dessin du jour

© Ant (Spain)
Réveillez-vous!! … Avant qu’il ne soit trop tard

 

COP21 Nicolas Hulot

Décryptage de l'accord de Paris : ses points positifs et ses points faibles

Treize jours auront été nécessaire pour aboutir à un accord pour le climat. Un accord "différencié, équilibré, juste, durable, dynamique et juridiquement contraignant" selon le président de la COP21 Laurent Fabius. Un accord qualifié d'historique car il a réussit à réunir 195 Etats autour d'un texte commun. Mais quelles sont ces forces et ces faiblesses ? Découvrez le décryptage de la Fondation Nicolas Hulot.
 
Nous venons de vivre un moment historique et planétaire. Après plus de 20 ans de discussions et un échec retentissant à Copenhague, la signature de l'accord de Paris est un accord qui lie les 195 pays qui s'engagent sur le long terme, à réduire les émissions de gaz à effet de serre afin d'éviter que le réchauffement climatique dépasse deux degrés. Mais que retenir de l'accord de Paris ?
 
 

LES POINTS POSITIFS 

 
- Pour la première fois, un accord universel sur le climat impliquant 195 pays qui devront tous agir pour lutter contre les changements climatiques.
- Des contraintes différentes selon le niveau de développement et de responsabilité des Etats, les pays développés continuant à assumer le leadership de l'action et des financements.
- Une ambition forte : limiter le réchauffement climatique bien en dessous de 2°C en poursuivant les efforts pour ne pas dépasser 1,5°C par rapport à l'époque pré-industrielle. Au delà des 1,5°C certains des pays les plus vulnérables pourraient purement et simplement disparaître.
- Pour atteindre cet objectif, la science (GIEC) a démontré que les émissions mondiales de gaz à effet de serre devront diminuer de 70 à 90 % d'ici 2050 bien que ce ne soit pas explicitement dit dans l'accord qui reste regrettablement très flou sur ce point.
- Des Etats qui devront tous soumettre des contributions nationales contenant des engagements détaillés et vérifiables de réduction de leurs émissions de gaz à effet des serre. Aujourd'hui, 187 pays ont déjà soumis une première contribution qu'ils devront confirmer ou mettre à jour en 2020. Ces contributions devront être renouvelées tous les 5 ans à partir de 2025, toujours à la hausse.
- Les pays développés devront continuer à faire acte de solidarité, après 2020, en finançant à part égale le développement soutenable et l'adaptation aux conséquences du changement climatique des pays en développement. Ce financement sera au moins de 100 Milliards par an jusqu'en 2025 et devra continuer ensuite. Au delà, d'autres pays, dont la richesse a augmenté ces dernières années, sont invités eux aussi à financer le développement des pays du Sud. La Chine a par exemple déjà promis 3 Milliards.
- Les pertes et dommages (catastrophes naturelles accentuées par le réchauffement, déplacement de population etc) déjà subis par les pays les plus vulnérables sont reconnues dans l'accord. Un soutien financier et une meilleure gestion des déplacés climatiques sont prévus.
- Pour la première fois, 195 Etats reconnaissent l'intérêt de donner un prix au carbone pour accélérer la réduction des émissions de GES. En marge de l'accord, de plus en plus de pays rejoignent la coalition pour un prix du carbone et mettent en place de telles politiques au niveau national.
 

LES POINTS NEGATIFS 

 
- Si l'accord contient de nombreuses dispositions contraignantes (transparence, soumissions régulières de nouveaux engagements de réduction et de nouveaux engagements financiers entre autres), il n'introduit pas de contraintes sur le respect des engagements pris ni de sanctions. Il ne permet pas non plus de s'assurer d'une cohérence entre l'ambition de l'accord et celles des engagements nationaux. Ainsi, les contributions nationales soumises par les Etats avant le sommet de Paris ne sont pas cohérentes avec l'ambition de l'accord. Si elles étaient respectées, elles entraineraient un réchauffement de plus de 3°C. L'accord ne prévoit pas d'en réhausser l'ambition avant 2025 bien que chaque Etat puisse décider, à n'importe quel moment, d'augmenter son effort.
 
Ce n'est donc évidemment pas un accord miraculeux qui va résoudre à lui tout seul le problème du changement climatique. Certains le lui reprochent. Mais la FNH n'attendait pas un tel miracle de l'accord de Paris ! Comment l'espérer quand cet accord réunis des pays pétroliers ou les Etats Unis qui ont un congrès plus ou moins climato-sceptique ? 
Obtenir un outil commun à l'ensemble des Etats qui transcrive dans le droit international une mobilisation sans précédent de toutes les composantes de la société, voilà ce qu'était notre objectif ! Cet outil nous l'avons.
 
Cette mobilisation ne devra pas faiblir, et c'est elle qui nous permettra de réussir ce à quoi les Etats ne peuvent pas s'engager sans elle ! Le métier est prêt, il ne reste plus qu'à tisser les motifs de la transition énergétique point après point. Partout les citoyens doivent continuer à faire pression !  Nous sommes le fil conducteur. 
 
 

A Paris, nous avons eu une preuve que le changement est possible et qu'une dynamique est en marche 

 
 "Je me réjouis de l'accord universel et exigeant de Paris. 
Je pense d'abord à toutes celles et ceux que j'ai rencontré depuis des années et qui sont déjà dans la tragédie climatique. Aujourd'hui, nous renouons avec l'espoir. Le monde regarde et marche enfin dans la même direction. L'avenir seul confirmera si l'accord de Paris est historique. Tout dépendra des moyens mis en œuvre pour réaliser les engagements pris par les états. Il faudra également revoir à la hausse le plus vite possible ceux des états les plus développés . Je félicite tous ceux qui ont contribué à la réussite de la COP21 au premier rang desquels Laurent Fabius et Laurence Tubiana. 
Je remercie et félicite tout spécialement toute l'équipe de la Fondation Nicolas Hulot, les ONG et la société civile dans son ensemble qui ont participé à la mobilisation, ont contribué au succès d'aujourd'hui et sauront rester vigilants et exigeants. Le monde s'engage enfin dans l'ère bas carbone. 
Il y a une lueur d'espoir qui ne demande qu'à s'embraser." Nicolas Hulot
 
 
 

 

COP21 accord

COP21: un accord et maintenant ?

Le texte final de l’accord de Paris est validé, il sera donc un point de départ indispensable pour répondre au péril climatique, mais il est semble insuffisant pour l’enrayer. Pour l’instant, le mode d’emploi proposé dans l’accord reste encore vague et le calendrier repousse à plus tard certains efforts à fournir tout de suite. Il faudra que les États renforcent leurs engagements pour maintenir la hausse des températures bien en deçà de 1,5 ou 2°C.
L'accord de Paris doit aussi accélérer la transition énergétique mondiale qui est déjà en marche dans les territoires. Ce texte fixe un cap de long terme ambitieux. Il exige que tous les États renoncent définitivement aux énergies fossiles, au profit des énergies renouvelables et des économies d’énergies. Et ce, le plus vite possible.
L’accord de Paris doit enfin garantir aux pays les plus pauvres et les plus démunis les moyens de faire face à la crise climatique. Si l’engagement des 100Md$ est renouvelé jusqu’en 2025, les engagements sont trop vagues pour donner des garanties financières, notamment sur l’adaptation. Réactions.

Réaction de Anne Bringault, directrice du Réseau Action Climat :

« Un accord multilatéral, certes indispensable, ne peut suffire. Il reste beaucoup à faire pour accélérer la transition et la société civile sera plus que jamais mobilisée pour dénoncer les responsables et déployer les (vraies !) solutions. Les initiatives locales et citoyennes se multiplient pour réduire les gaspillages, diminuer la pollution de l'air, favoriser des mobilités alternatives, développer les énergies renouvelables et l'agro-écologie. Les citoyens et les collectivités montreront la voie aux Etats ».

Réaction de Jean-François Julliard, directeur de Greenpeace France :

« Nous savions qu’il ne fallait pas compter que sur la COP21, et l’espoir que les discours des chefs d’état ont pu susciter à l’ouverture  ont vite été déçus. Mais nous savons que hors de la bulle des conférences onusiennes, un véritable mouvement pour les énergies renouvelables grandit tous les jours dans les villes, les entreprises, les  pays entiers. Et que c’est aux chefs d’états, chacun dans leurs pays, de se donner les moyens de faire cette transition". 
 
Pour Greenpeace, selon qu’on pense relativement ou dans l’absolu, deux lectures différentes de l’accord peuvent être prononcées. Si l’on pense relativement, on constate des « avancées ». D’abord, contrairement à Copenhague, un accord universel et contraignant qui reconnaît la nécessité d’agir contre le réchauffement climatique, a été adopté. Bonne surprise, le texte mentionne même un seuil à 1,5°C qu’il faudrait tenter de ne pas dépasser comme objectif. La question climatique s’installe durablement dans le paysage diplomatique : une sorte de dynamique politique, au moins chez les élites, se forme.
Dans cette optique, le texte prévoit que toutes les parties, dès 2020, devront se retrouver tous les cinq ans avec obligation de renforcer leurs ambitions en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre – les fameuses contributions nationales (ou INDC dans le jargon). Autant d’occasions pour la société civile de faire entendre sa voix et pour les États de s’aligner avec les évolutions sociales et technologiques en cours. Et surtout, de se coordonner entre eux. En fait, la constitution de cet agenda va permettre d'exercer une pression diplomatique - et publique - sur ceux qui ne font pas les efforts requis.
Mais si l’on pense dans l’absolu, alors l’accord n’est pas à la hauteur. D’abord parce que d’ici à 2020, nous restons avec les mêmes INDC, qui nous placent sur une trajectoire d’environ 3°C supplémentaires d’ici la fin du siècle nous faisant perdre un temps précieux et peut-être irrattrapable. Pire, à cause de la pression exercée par les États-Unis, ces INDC ne sont toujours pas formulés dans un langage juridiquement contraignant : libre à chaque État de proposer ce qu’il veut et de le réaliser s’il le veut.
En outre, l’interprétation de l’article 4, sans doute l’un des articles primordiaux du texte, laisse perplexe. Celui-ci fixe en effet l’objectif de long terme… : « [Les États] doivent réduire rapidement les émissions de manière à parvenir à un équilibre entre les émissions d’origine humaine et leur stockage dans la seconde moitié du siècle ». D’une part il n’est pas mentionné où se trouve le point d’équilibre exactement, d’autre part, il n’est pas fait état de date précise.
 
Enfin, cette formulation verse implicitement dans une tendance vers « zéro émission nette » en matière de gaz à effet de serre, ce qui laisse la porte ouverte aux meilleures solutions – les énergies renouvelables – comme aux pires : le stockage du carbone, la géoingénierie, les mécanismes de compensation divers. Par conséquent, elle ne suppose pas forcément de changer de système énergétique ou de modèle de société. Tout dépend le sens qu’on veut bien lui donner – ce qui permet aux pollueurs et à ceux qui défendent leurs intérêts, de leur donner le sens qu’ils voudront bien lui donner. Pratique.
Par ailleurs, nulle sortie des énergies fossiles n'est mentionnée explicitement, pas plus qu’une transition massive vers les énergies renouvelables. Si des financements pour l’adaptation des pays vulnérables au changement climatique sont assurés jusqu’en 2025, l’objectif d’obtenir 100 milliards par an ayant été prolongé, les choses demeurent très vagues sur le mécanisme qui permettra de les mobiliser réellement. Et la somme n’est pas à la hauteur. Selon l’ONG Oxfam, les pays en développement vont en effet avoir besoin d’environ 800 milliards par an d’ici à 2050 pour s’adapter au dérèglement climatique. C’est un peu comme si la réalité du changement climatique, son impact sur des millions d'existences précaires, n'étaient finalement pas pris en compte.
Enfin, la question des droits humains est à peine esquisée en préambule, la question des femmes oubliée, et des secteurs polluants de première importance, comme l’aviation civile ou le transport maritime, ne sont pas inquiétés puisqu’il n’est rien dit de la mobilité….
[…]
De notre côté, nous n’avons jamais cru que l’Accord de Paris serait décisif. Il s’agit plutôt d’un jeu diplomatique qui peut débloquer certaines portes. C’est aussi l'occasion de porter nos messages, d'organiser le mouvement de la société civile et de porter sa parole. 
Hier après-midi, pendant qu’au Bourget les officiels discutaient des détails, des milliers de citoyens défilaient dans Paris, se géolocalisant afin de former un message pour la justice climatique, ou formant les lignes rouges à ne pas dépasser pour construire un monde vivable pour tous. Ces lignes n’ont pas encore pénétré les textes officiels. Mais elles existent dans la conscience d’un nombre croissant de gens ordinaires, dont la rencontre tisse le grand mouvement climatique de demain.

Réaction d’Isabelle Autissier, Présidente du WWF France :

« En intégrant un objectif de limitation à long terme de 2°C de hausse de la température moyenne mondiale - avec une référence à la limite de 1,5°C - les gouvernements envoient un signal fort indiquant que les gouvernements sont engagés à s’aligner sur la science. L’accord contient bien les éléments pour créer l’opportunité de rendre les actions gouvernementales de plus en plus fortes au fil du temps en termes d’atténuation, d’adaptation et de finance. C’est un point important mais nous sommes très inquiets devant le fait qu’il n’y a aucune garantie de soutien pour ceux qui seront les plus touchés par les impacts du changement climatique, particulièrement les populations les plus vulnérables. »
 

Réaction de Romain Benicchio, Responsable des négociations climatiques d’Oxfam France :

« Les discours parfois inspirés des chefs d’Etat lors de l’ouverture de la COP21 n’ont pas survécu aux petits arrangements entre amis habituels des négociations climat. L’Accord de Paris n’est pas une fin en soi et les Etats devront se donner à l’avenir les moyens de répondre à l’urgence climatique. Les engagements de financements pour soutenir les plus vulnérables devront être clarifiés dans les années à venir à travers la mise en place d’une taxe sur les transactions financières européenne ambitieuse. »
 

Réaction de Florent Compain, Président des Amis de la Terre France :

« Le gouvernement français cherche à sauver les apparences, mais il n'est en aucun cas en train de sauver le climat. Malgré tout, le dérèglement climatique n'est pas une fatalité : les peuples du monde entier sont déterminés à ne pas laisser leurs dirigeants et les multinationales mettre en péril leur futur. Nous déclarons donc l'état d'urgence climatique, et continuerons sans relâche notre mobilisation pour transformer le système extractiviste et productiviste à l'origine du dérèglement climatique en des sociétés soutenables plus justes, plus solidaires et en paix. »
 
L’accord de Paris ne garantit pas que le monde restera bien en dessous 2°C de réchauffement. L'action doit continuer au niveau international, national et local. Alors que 1000 maires de villes du monde entier se sont engagés à soutenir un cap vers 100% d'énergies renouvelables en 2050, la France doit maintenant acter cet objectif et revoir à la hausse ses ambitions en matière d'énergies renouvelables pour 2018 et 2023 dans la programmation pluriannuelle de l'énergie. Cet objectif ne sera crédible que s'il s'accompagne de l'arrêt de certains projets néfastes. L'Etat doit également engager les entreprises dont il est actionnaire vers la fin du charbon. Les solutions existent avec des initiatives locales s'appuyant sur des dynamiques citoyennes comme les territoires à énergie positive, les projets citoyens d'énergies renouvelables ou encore les démarches zéro déchet. Enfin, la France - qui a pris des engagements conséquents cette semaine - doit convaincre ses partenaires européens d’instaurer une taxe européenne ambitieuse qui pourrait dégager entre 24 et 34 milliards d’euros par an, dont 50% iraient à la lutte contre le changement climatique, pour soutenir les plus vulnérables.
 
(Sources : Réseau Action climat - Greenpeace - AFP)
 
 

 

Négociations à la COP21

Accord de Paris sur le climat : l’ambition n’a pas été sacrifiée

L’accord de Paris, adopté ce samedi 12 décembre 2015 à la COP21, représente un compromis équilibré et globalement satisfaisant. L’ambition n’y a pas été sacrifiée à l’aune d’autres considérations. Examinons les principaux points du texte.

2 °C, voire 1,5 °C

Le texte pose l’objectif d’une limitation des températures à 2 °C, et celui de poursuivre les efforts pour une limitation à 1,5 °C (art. 2). Irréaliste, diront les sceptiques… Certes, les contributions nationales ne nous mettent pas sur la trajectoire des 2 °C, et encore moins des 1,5 °C. Mais elles ne sont pas définitives et le maximum est fait pour pousser les États à relever dans le temps le niveau d’ambition de leurs contributions :

  • Dès avant 2020, avec notamment un « dialogue de facilitation », prévu en 2018 et non plus 2019 : ce dispositif est destiné à appuyer les États dans la préparation de leurs contributions. Notons que, fort opportunément, le GIEC produira à la même date un rapport sur les effets régionaux concrets d’un dépassement des 1,5 °C.

  • Aussi après 2020, avec une première évaluation globale en 2023, puis tous les cinq ans. Bref, tout cela pourra évoluer au regard des connaissances scientifiques, technologiques et du contexte économique, politique, social. Mais toujours et seulement à la hausse conformément au principe de « progression » posé à deux reprises, selon lequel la contribution suivante de chaque Partie doit représenter une progression.

Pic des émissions, objectif de neutralité carbone

L’accord ne mentionne plus d’objectifs chiffrés globaux de réduction des émissions pour mettre en œuvre les 2 °C ou 1,5 °C. Mais le « plafonnement mondial des émissions » devra intervenir « dans les meilleurs délais » et être suivi de réductions rapides conformément aux meilleures données scientifiques, « étant entendu que le plafonnement prendra davantage de temps pour les pays en développement ». Le terme de « neutralité carbone » a disparu, remplacé par le principe plus mou d’un « équilibre entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre ». L’objectif n’est plus daté précisément, mais il devra tout de même être atteint au cours de la seconde moitié du siècle (contre 2060-2080 envisagés précédemment).

Les moyens de mise en œuvre

Le texte est bien un traité, qui sera donc juridiquement obligatoire pour les États qui décideront d’en devenir Parties. Les contributions nationales, pourtant au cœur du dispositif, ne figureront pas dans le traité, pas même en annexe, mais dans un registre public tenu par le secrétariat. Le terme, plus mou, de « contributions » a d’ailleurs été préféré à celui d’« engagements ». Les États Parties devront (indicatif de « prennent ») toutefois communiquer et maintenir des contributions successives, et prendre des mesures pour les mettre en œuvre (art. 4§4) ; ce sera bien une obligation internationale. À moins, bien sûr, qu’ils ne décident d’utiliser leur droit de sortir du traité (art. 28).

Les contributions nationales seront données tous les cinq ans et il est envisagé de synchroniser leur durée. De même que seront adoptées des lignes directrices encadrant les États de ce point de vue (mais jusqu’où ?). Toutes concessions qui n’avaient pu être obtenues l’an dernier à Lima lors de la COP20.

La mise en œuvre des contributions est aussi très subtilement différenciée entre :

  • pays industrialisés,
  • pays en développement,
  • pays les moins avancés et pays insulaires en développement (art. 3 et 4).

Les premiers doivent continuer de « montrer la voie ». Les deuxièmes doivent approfondir leurs efforts dans le temps et prendre peu à peu des contributions concernant toute leur économie et non tel ou tel secteur. Les derniers n’ont aucune obligation. Un soutien renforcé permettra des actions plus ambitieuses des pays du Sud (art. 4§5).

Il faut noter aussi que la différenciation est désormais conçue comme évolutive : elle se lit à présent « eu égard aux contextes nationaux différents », eux-mêmes par définition évolutifs.

Un cadre de transparence est acquis, avec obligation d’inventaire annuel des émissions (sources et puits) et une information sur les progrès accomplis dans la mise en œuvre des contributions, toutes données soumises à une revue technique par des experts, laquelle pourra identifier « les domaines se prêtant à des améliorations » pour une partie donnée (jolie périphrase pour parler de violations !). Le lien n’est pas explicitement fait avec la procédure de non-respect qui sera établie, mais on peut imaginer (espérer ?) que les deux mécanismes seront reliés à cette occasion. Cette procédure de non-respect est un gage supplémentaire de transparence et de robustesse, même si elle sera « non accusatoire et non punitive », et tiendra compte des situations et capacités nationales respectives.

Là encore, et même si sur beaucoup de points il n’est pas seulement une fin, mais (aussi et surtout) un nouveau départ, et si les négociations doivent se poursuivre pour l’opérationnaliser, l’accord est le produit d’un magnifique exercice d’équilibrisme. Il est bien encourageant de voir que 195 pays aux intérêts si différents ont pu se mettre d’accord sur un texte qui n’est pas un « au rabais ». Après l’adoption des objectifs mondiaux de développement durable à l’ONU en septembre, voilà qui redonne un peu d’espoir dans un multilatéralisme dont le monde a plus que jamais besoin !

Sandrine Maljean-Dubois, Directrice de recherche CNRS au Centre d’études et de recherches internationales et communautaires (CERIC), Université Aix-Marseille

Photo : Dernières discussions sur le texte de l’accord de Paris, le samedi 12 décembre 2015, avec le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki moon, et François Delattre, ambassadeur et représentant permanent de la France auprès des Nations unies. Benjamin Géminel/COP Paris/flickr

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

 

The Conversation

 

Loading...
Loading...