UP' Magazine L'innovation pour défi

précarité énergétique

Lutter contre la précarité énergétique ? Des étudiants s’engagent…

Chaque hiver, de très nombreuses familles ont du mal à se chauffer et à payer leurs factures d’énergie. Chacun d’entre nous peut un jour être concerné par cette difficulté, reflet de problèmes structurels comme la mauvaise isolation des logements, la hausse inéluctable du prix de I'énergie, ou la précarité économique. 1 ménage sur 5 en Nord-Pas de Calais se trouve en situation de précarité énergétique ou en très grande vulnérabilité. Pour aider ces familles, l’école des Mines de Douai a lancé une initiative, l’EPED. Explications.
 
La loi du 12 juillet 2010 (Loi Grenelle II) reconnaît la précarité énergétique comme une difficulté à disposer de la fourniture d’énergie nécessaire à la satisfaction de ses besoins élémentaires en raison de l’inadaptation de ses ressources ou de ses conditions d’habitat.
La hausse croissante du coût des énergies, conjuguée à la crise économique, contribue à fragiliser une partie de la population, qui n’est pas toujours identifiée par l’action sociale. Les conséquences sont fortes, tant pour les ménages que pour la collectivité, qui voit croître les demandes d’aides et multiplie les dispositifs. En France, la prise de conscience d’une précarité liée à l’énergie, désormais traduite dans la loi, date de la fin des années 2000.
 
En 2013, le réseau régional Précarité énergétique de la Dynamique Climat Nord-Pas de Calais évalue qu’un ménage sur 5 se trouve en situation de précarité énergétique. En 2015, selon les études du Conseil Economique Social et Environnemental Régional, 20 à 30% de la population du Nord-Pas de Calais serait en situation de précarité ou de très grande vulnérabilité énergétique.
 
Les analyses mettent en évidence que 70% des logements du territoire Nord-Pas de Calais sont énergétivores (étiquetés DPE évaluées à E, F ou G) ; et que l’énergie pèse pour 10 à 15% du budget des foyers précaires, contre une moyenne nationale de 6% pour l’ensemble des foyers. Les zones de concentration de foyers souffrant de précarité énergétique correspondent à des zones urbaines où l’on trouve des logements sociaux souvent mal isolés, trop anciens par rapport aux normes énergétiques, voire insalubres.
Les conséquences du manque de chauffage, des difficultés de déplacement, de honte et de repli sur soi dans des espaces malsains induisent des situations difficiles dans l’ensemble des domaines :  finance, sanitaire, social, sécurité, santé, environnement… 
 
De nombreuses initiatives publiques et privées sont déployées sur le terrain afin d’améliorer la situation. De façon locale, M. DEFRANCE, ancien directeur de l'école des Mines de Douai, alors directeur du Centre d'Etude et d'Action Sociale (CEAS) à Douai, a lancé dès 2011 une initiative nommée EPED (Etude pour la précarité énergétique dans le grand Douaisis). Une initiative qui évolue année après année où des étudiants sortent ainsi de leur contexte exclusivement d’ingénieurs pour investir le territoire de l’action sociale de terrain.

Comprendre le monde réel

Les étudiants de l'école des Mines de Douai, formés sur les sujets énergétiques dans le cadre de leur enseignement de futurs ingénieurs de première année en écologie industrielle (Master La maison à énergie positive), visitent des populations précaires pour les informer, diagnostiquer des états de situation, et lorsque c’est possible, proposer et installer des solutions simples et peu couteuses pour améliorer au cas par cas, leur situation énergétique. Cette équipe transmet les éco-gestes à ceux qui en ont le plus besoin. La formation est réalisée via un système de tutorat ; le tuteur étant dans ce cas un enseignant-chercheur spécialisé dans le domaine de l'énergie. 
 
Cette action de terrain a pour objet (et effet) de créer du lien, et par effet de réseau, de créer une potentielle micro évolution favorable au niveau local. La Direction régionale d’EDF soutient cette initiative et fournit une aide financière au projet ainsi qu'une formation aux éco-gestes aux jeunes ingénieurs ; le CEAS, SoliHa et le Secours Catholique sont partie prenante, permettant le lien entre les élèves et les personnes défavorisées. De plus, le magasin Castorama local fournit à prix réduit le matériel nécessaire à la réduction des dépenses énergétiques de ces dernières. Enfin, l’école des Mines de Douai reconnait le travail fourni par les étudiants dans le cadre d’une évaluation de projet d’étude.
 
Ainsi, le projet a déjà permis la pose de kits énergétiques dans une douzaine de familles défavorisées de la région, et plusieurs stands éducatifs tenus par les étudiants et ayant pour vocation d'enseigner les éco-gestes ont été organisés avec La Croix Rouge ou les Restos du Cœur, permettant aux populations concernées de se représenter la perte énergétique et financière engendrée par une méconnaissance des pratiques écologiques.
En 2016, près de 8 millions de personnes se trouvent en situation de précarité énergétique en France, c’est-à-dire qu’elles consacrent à leurs dépenses d’énergie plus de 10% de leurs revenus.
Pour répondre à ce problème, il est important de sensibiliser ces ménages aux éco-gestes qui peuvent les aider à réduire leur facture énergétique. Aussi, la prochaine étape est la création d’un site web pour le suivi des factures des familles rencontrées et la sensibilisation aux éco-gestes.

Le groupe projet

Un groupe de 6 élèves s’est rapidement formé suite à la présentation des anciens projets des étudiants de 2ème année. Leur motivation s’est traduite par la volonté de mettre leurs compétences techniques au service d’un sujet à fort aspect social, et de se sentir utiles.
Le projet est encadré par Daniel Bougeard, enseignant-chercheur à l’Ecole des Mines de Douai au département Énergétique Industrielle.
 
L’équipe : Charles Forot, Carole Lemonnier, Ivann Le François, Léo Cailliez, Esther Adjele et Théo Bainee
 
Les étudiants travaillent avec les CEAS - Centres d’Etude et d’Action Sociale - lieux de rencontre et d’écoute pour favoriser et promouvoir la collaboration et la confrontation entre des acteurs locaux. En particulier, les acteurs du CEAS de Douai qui engagent leur temps pour accompagner les plus démunis dans la recherche d’un logement viable et/ou d’un emploi.
Mais aussi avec l’organisation nationale SOLIHA qui mène une action contre la précarité du logement sur l’ensemble du territoire. Premier réseau associatif français, la “Propagande et Action Contre les Taudis” regroupe plus de 145 associations et organismes. Neuf de ses centres locaux sont situés dans le Nord-Pas-de-Calais.
 
Cette participation bénévole active de terrain à l’amélioration de la situation, complète et enrichit deux axes forts de l’Ecole : la formation d’ingénieurs de haut niveau à la pointe de l’innovation et des technologies, en particulier dans le monde de l’énergie ; l’auto application d’une politique extrêmement volontariste de consommation énergétique maîtrisée, pour ses propres besoins, et dans la durée. L’ancrage des Mines de Douai sur le sujet de la transition énergétique est connu et reconnu au niveau académique et professionnel, en France et à l’international.
 
 
Avec nos remerciements pour les élements de contenus à Charles Forot
 

 

transition énergétique

Il faut tourner la page

Dans « le Crépuscule fossile », son dernier livre, Geneviève Férone-Creuzet revient sur le pétrole, cette énergie qui façonne notre civilisation depuis cent ans en maître absolu des arbitrages géopolitiques, économiques et financiers. De quoi éclairer nos difficultés à changer d’ère à l’aube du XXIe siècle.
 
Delphine Masson : Pourquoi changer notre façon de produire et de consommer de l’énergie ?
 
Geneviève Férone-Creuzet : La raison la plus structurante, c’est le climat. Les énergies fossiles que ce soit le gaz, le pétrole ou le charbon, émettent des gaz à effet de serre qui contribuent au changement climatique. Or elles sont omniprésentes. Tous les parcs du monde entier – automobile, aérien, routier, maritime – en émettent. Il faut des énergies fossiles pour la production agricole, pour l’alimentation, les vêtements, les médicaments, pour faire tourner les usines… Tout cela est extrêmement émissif et dommageable pour l’environnement.
 
DM : Peut-on parler d’urgence climatique ?
 
G.F-C. : L’urgence existe mais elle s’inscrit dans un temps long. Or à l’horizon du siècle, les experts de l’évolution du climat sont incapables de situer l’amplitude du changement climatique sur une échelle de 2 à 6°C. Cette incertitude résulte en partie de l’inconnue des politiques de réduction de gaz à effet de serre qui seront appliquées. Et ces politiques dépendent des représentations que l’on se fait du sérieux ou pas de la menace.  Nous nous sommes enfermés et nous avons jeté la clé.
 
DM : Nous sommes pourtant la dernière génération à pouvoir agir…
 
G.F-C. : L’humanité n’a jamais été confrontée à un changement d’une telle ampleur attribuable à l’activité humaine. Il relève en réalité d’une responsabilité intergénérationnelle. C’est-à-dire que ce que nous, notre génération, mettons en place aujourd’hui, peut permettre de limiter le changement climatique pour les générations futures. Plus on tarde, moins on s’empare du problème, plus on aggrave la situation. Nous sommes bien la dernière génération à pouvoir agir comme l’a expliqué Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, mais nous ne serons malheureusement pas la dernière de la civilisation fossile.
 
DM : La pénurie de pétrole est pourtant annoncée. N’est-ce pas une autre raison pour changer ?
 
G.F-C. : Les études évoquent un pic de production vers 2030 puis une baisse à partir de 2060, mais il s’agit essentiellement du pétrole conventionnel, celui que l’on trouve facilement en creusant la terre. C’est typiquement le pétrole du Moyen-Orient, de l’Irak, de l’Algérie, des États-Unis et de la mer Caspienne qui a largement été siphonné. Mais il existe des réserves de pétrole non conventionnel qu’il faut aller chercher plus en profondeur dans les nappes souterraines, sous les océans, ou encore dans les sables bitumineux. Jusque-là, l’annonce de la pénurie de pétrole a surtout poussé l’homme à creuser plus profond. Ou à se tourner vers le charbon plus accessible et mieux réparti sur la surface du globe. Nous arrivons donc à une équation d’ordre sociétal, voire moral. Certes, il est possible de siphonner toutes les poches de gaz et de pétrole restantes. Mais pour quels résultats ? Une rallonge de 100, 150 ans ? Ces réserves sont en réalité une véritable bombe climatique qui peut nous balayer. Mieux vaut ne pas attendre la dernière goutte de pétrole pour bouger. Il faut tourner la page.
 
 
DM : Pas facile, dites-vous, de s’en passer. Vous nous comparez à des drogués en manque…
 
G.F-C. : Cela est surtout vrai pour des sociétés comme la nôtre qui n’ont pas de pétrole. Notre dépendance est impressionnante. Il suffit que l’on bloque les raffineries pour que le pays soit complètement paralysé. Et l’on va parfois très loin pour trouver sa drogue. Le sevrage est difficile à imaginer. Il va pourtant falloir l’organiser.
 
DM : Vous parlez également du pétrole comme d’une malédiction…
 
G.F-C. : Le pétrole a été sur bien des aspects une bénédiction pour le siècle dernier. Il a permis d’éradiquer certaines maladies. Il a profondément amélioré notre bien-être et notre niveau de vie sur tous les plans. Mais il a également favorisé la croissance démographique, une société de la voiture, de l’abondance et de la surconsommation qui pèse aujourd’hui sur notre environnement et qui a fait disparaître des modes de vie alternatifs et durables intéressants. La malédiction, c’est aussi celle qui frappe les pays producteurs de pétrole pris dans une dépendance totale et un jeu géopolitique extrêmement violent.
 
 
DM : Quel pays par exemple ?
 
G.F-C. : Prenez le Venezuela. Ce pays a tout pour lui, mais son peuple vit dans une grande misère. Malgré un gouvernement de gauche, l’argent du pétrole n’est absolument pas redistribué. On voit des nourrissons, dans les hôpitaux, qui dorment dans des boîtes de carton ! À part la Norvège, il n’y a pas, à ma connaissance, un seul pays producteur de pétrole qui a su mettre en place des politiques de redistribution tout en investissant en parallèle dans d’autres industries. C’est-à-dire en prévoyant le coup d’après. En revanche, le trait commun de ces pays, c’est d’avoir une classe dirigeante corrompue. De tels intérêts économiques sont en jeu. Et il existe de telles pressions extérieures en provenance des banques, des compagnies pétrolières, des gouvernements.
 
 
DM : Le pétrole a par ailleurs donné naissance à ce que vous appelez l’aristocratie fossile…
 
G.F-C. : Ou les seigneurs du pétrole. Le plus impressionnant d’entre eux c’est Rockefeller qui a bâti sa fortune sur les premières exploitations pétrolières et créé un véritable empire tirant profit de tous les usages de l’or noir dans de multiples secteurs : l’automobile, l’armement, la pétrochimie, la santé… Cette aristocratie a bénéficié d’une forme de rente, tellement facile et tellement juteuse. Elle a été faiseuse de rois. Des gouvernements ont été faits et défaits en raison des intérêts pétroliers. Elle a complètement configuré la géopolitique mondiale.
 
DM : Quel que soit le régime politique du pays, le pétrole semble avoir le même effet dévastateur…
 
G.F-C. : C’est très net avec le Venezuela. Le pétrole rend les gens fous. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est le premier secrétaire général de l’OPEP qui était vénézuélien. Il disait aussi : « le pétrole c’est la merde du diable ». Il a voulu créer l’OPEP pour s’affranchir de l’aristocratie fossile occidentale. Mais même l’OPEP qui a d’abord été créée sous surveillance étroite des Américains pour finalement échapper à leur contrôle, a complètement échoué à créer une forme de gouvernance démocratique et transparente. C’est même le contraire. Ses règles sont extrêmement opaques. Nous ne savons absolument rien de la façon dont les prix sont fixés ni de l’état réel des réserves de pétrole. Nous sommes totalement dépendants d’une ressource dont nous ne savons absolument rien.
 
DM : Vous donnez une explication psychologique à ce côté obscur du pétrole…
 
G.F-C. : Le pétrole donne un super pouvoir à des super héros qui ont pu, grâce à lui, transformer le monde. Il permet d’affirmer la suprématie de l’homme sur la nature, de l’inscrire dans l’idée de progrès avec ses éternelles envies de dépassement, de domination et de démesure. Le tout à une vitesse telle que l’homme et la nature ne cheminent plus ensemble en bonne intelligence. La nature est dépassée, écrasée. Nous avons fabriqué un monstre qui nous échappe.
 
 
DM : Vous revenez également sur les freins qui nous empêchent de sortir de cette civilisation fossile. Quels sont-ils ?
 
G.F-C. : Ceux qui ont transformé la société grâce au pétrole étaient des pionniers, des conquérants qui ont pris des risques absolument incroyables. Or il n’y a pas aujourd’hui plus grands conservateurs. Les voilà complètement fossilisés, avec une armée de lobbyistes, incapables de penser le changement ! Et un nouvel ennemi : le changement climatique. Il y a certainement une forme de déni. Difficile pour ces seigneurs du fossile de s’imaginer comme mauvais alors qu’ils ont façonné le progrès. Il y a surtout la volonté de ne pas lâcher cette rente qui les a faits si riches et si puissants. On a pourtant envie de leur dire « vivez avec votre temps » ! Je cite dans mon livre les propos de l’arrière petit-neveu de Rockefeller expliquant que si son arrière grand-oncle revenait aujourd’hui, il s’investirait dans le nouvel eldorado du XXIe siècle : les énergies renouvelables.
 
DM : Percevez-vous des évolutions ?
 
G.F-C .: Depuis l’écriture de mon livre il y a eu l’Accord de Paris. Il ne donne aucune direction ni aucune méthode, mais sa valeur est inestimable sur le plan psychologique et politique. C’est un vrai tournant, une inflexion dans le consensus international des gouvernements. L’enjeu maintenant, c’est d’aller suffisamment vite pour trouver des modèles économiques qui démontrent la rentabilité des énergies renouvelables. Pour cela il faut que la période de transition soit la plus courte possible.
 
DM : Comment aller plus vite ?
 
G.F-C .: Je crois au rôle absolument crucial de la finance dans l’accélération du basculement, non pas pour des raisons altruistes, mais pour des raisons qui sont liées au déplacement de la rente et des intérêts économiques. Si les plus grands financiers de la planète, les banques, les grandes compagnies d’assurances, les fonds de pension commencent à se dire qu’investir dans des énergies fossiles est pénalisant pour les rendements futurs, cela va donner un signal fort et favoriser le développement des énergies renouvelables. Or soutenir l’ancien modèle comporte des risques. Le marché des ressources fossiles est très volatil ; les perturbations liées au changement climatique peuvent occasionner des perturbations ou des poursuites en justice nuisibles aux acteurs de la finance.
 
DM : Tout est donc une question de volonté et de choix…
 
G.F-C. : C’est sûr que si l’on mettait autant de subventions et autant d’argent pour fabriquer le parc nucléaire aujourd’hui que pour fabriquer le parc du renouvelable, on y arriverait ! Dans la mobilité aussi, nous pourrions facilement parvenir à un parc de voitures électriques ou roulant au biogaz et à l’hydrogène. À condition cependant que l’électricité soit d’origine non-fossile. En Chine, les voitures électriques roulent grâce au charbon. Ce qui ne fait que déplacer le problème. Une cohérence absolument totale est nécessaire, du début jusqu’à la fin, de l’extraction jusqu’à la transformation. Il pourrait également y avoir des financements en Afrique dans l’hydroélectrique. Ce continent a un potentiel incroyable mais très peu exploité.
 
DM : La solution est-elle politique ?
 
G.F-C. : Le cadre est politique, mais pas la solution. Les industriels ont en effet besoin d’énormément de visibilité et de stabilité notamment parce que leurs investissements sont de long terme et qu’ils doivent garantir des taux de rentabilité élevés. C’est pour cela que l’Accord de Paris est important. Aux gouvernements par ailleurs d’introduire des éléments de contrainte, comme une taxe carbone ainsi que des subventions positives favorisant l’accès et l’installation des énergies renouvelables.
 
DM : Le nucléaire peut-il jouer le même rôle que le pétrole ?
 
G.F-C. : Ce n’est pas, à proprement parler, une énergie fossile même s'il dépend de l’uranium et ce n’est pas, non plus, une énergie renouvelable même s’il n’émet pas de CO2. Son champ d’utilisation se cantonne à l’électricité. Rien à voir avec le pétrole donc si ce n’est que le nucléaire est aussi un signe de superpuissance et qu’il peut difficilement être considéré comme une ressource d’avenir. C’est une énergie centralisée du présent qui fait et fera partie du bouquet énergétique de la transition. Voilà ! Le nucléaire ne pose pas les mêmes perturbations que les énergies fossiles, mais le ticket d’entrée pour construire une centrale nucléaire est absolument monstrueux, celui pour les démanteler aussi. Quant aux déchets radioactifs, leur durée de vie se compte en centaines de milliers d’années. De Tchernobyl à Fukushima, le nucléaire ne rassure pas. Ce qui l’a plombé c’est le péché originel de la bombe atomique, même si le nucléaire civil, construit sur une culture de la responsabilité et de la sûreté, n’a rien à voir avec le militaire.
 
DM : Avec les énergies renouvelables, on s’achemine vers une gestion décentralisée de l’énergie. Qui aura le pouvoir dans la société post-fossile ?
 
G.F-C. : C’est toute la question ! Nous allons vers un monde plus horizontal et plus libre que l’on peut imaginer pacifique, bienveillant, égalitaire et équitable. On peut se dire également que la nouvelle économie de demain va fabriquer de nouveaux monopoles, notamment ceux de la société numérique qui vont ouvrir la voie à ce que j’appelle la dictature algorithmique. On voit bien que Google et Uber n’ont pas vocation à enrichir la planète entière, mais à enrichir leurs actionnaires. Nous restons finalement dans le même bon vieux système de monopole et de rente. Seuls les acteurs changent.
 
DM : Optimiste ?
 
G.F-C. : Si nous ne parvenons pas à répartir équitablement les ressources et à basculer dans un monde plus pacifique et plus égalitaire, nous allons nous diriger vers l’homme augmenté vivant hors sol, dans plus de puissance et de démesure. Le transhumanisme coupe le cordon ombilical qui nous rattache à la terre, une terre qui n’existe plus d’ailleurs tellement nous l’avons transformée. Il recrée des modes de vie artificiel et modifie l’homme pour lui permettre de vivre à n’importe quelle condition de température et de pression. C’est clairement ce nouveau monde qui se dessine. La question à se poser est de savoir si l’on souhaite vraiment transformer à ce point notre environnement pour en faire un monde complètement virtuel. Cette question, nous sommes, là-encore, la dernière génération à pouvoir nous la poser.
 
DM : C’est donc notre rapport à la nature qui se joue également dans la transition énergétique ?
 
G.F-C. : Avec les énergies renouvelables, nous nous dirigeons vers une société plus pacifique. Imaginez par exemple que l’on crée en Afrique des « mini grids », c’est à dire des petites stations de production d’énergie solaire. Avec elles, un village peut faire fonctionner une pompe à eau, une école, un petit hôpital mais aussi cultiver sa terre. Ce sont autant de personnes qui n’iront pas s’agglutiner dans les bidonvilles ou migrer vers l’Europe. Il faut donner une chance à ce type de transition.
 
Propos recueillis par Delphine Masson, Journaliste UP' Magazine
 
A propos de Geneviève Férone-Creuzet
 
Pionnière de la notation sociale et environnementale, spécialiste du développement durable, Geneviève Férone-Creuzet a fondé en 2013 Casabee, un cabinet de conseil en stratégie et prospective spécialisé dans les modèles collaboratifs et circulaires. Associée de Prophil, un cabinet de conseil en stratégie dédié à la convergence des modèles philanthropiques et économiques, elle est l’auteur de plusieurs ouvrages dont« 2030 : le Krach écologique » (Grasset 2008), « Bienvenue en transhumanie » avec Jean-Didier Vincent (Grasset 2011) et le « Crépuscule fossile » (Stock, 2015).
 
Photos extraites du livre « Kuwait: A Desert on Fire », by Sebastião Salgado ( Edition Taschen )
 
 

 

transition énergétique

Zusanne Solar : la transition énergétique récompensée

Ce vendredi 18 novembre, à l’occasion de la cérémonie des European Solar Prize 2016 qui se sont tenus à Barcelone, Énergie Partagée et ses partenaires ont été distingués pour leur participation au projet transfrontalier et citoyen de production d’énergie solaire «Zusamme Solar» à Colmar. Présentation.
 
Organisés par l’association européenne des énergies renouvelables (EUROSOLAR), les European Solar Prize récompensent les villes, les entreprises, les organisations, les coopératives et les particuliers qui prennent en main la question de la transition énergétique. C'est le cas du projet "Zusamme Solar" initié par la coopérative alsacienne Energie Partagée.
« Alors que certains gouvernements européens tentent de concentrer le développement des énergies renouvelables entre les mains d’oligopoles énergétiques, les citoyens du monde entier mènent la transition énergétique vers le 100% d’énergie renouvelable et poussent vers une démocratie énergétique » se réjouit Josep Puig, d’EUROSOLAR Espagne.
 
Porté par l’enthousiasme pour le photovoltaïque des années 2007 - 2008, un premier noyau de 25 habitants du Haut-Rhin a soutenu la création d’une société coopérative d’énergie : Energies Partagées en Alsace.
Aujourd’hui constituée de 37 individus de la région, elle a n’a cessé de diffuser le message d’une énergie locale, financée et maîtrisée par les citoyens. Très vite, elle a mené des actions de sensibilisation destinées à réduire la consommation énergétique (achat groupés de lampe LED, animations et sensibilisation lors de festivals, etc) et à mettre en avant les initiatives novatrices (visite de Freiburg pour les coopérateurs).
Et la coopérative ne s’est pas arrêtée là. Pour démontrer la pertinence d’une transition énergétique locale, rien de tel que la mettre en pratique !
Les coopérateurs ont alors initié le développement de quatre projets photovoltaïques dans la région pour une puissance totale de 77 kWc.
 
Outre Rhin, l’énergie citoyenne est ancrée dans la culture depuis bien longtemps. Installée juste de l’autre côté de la frontière allemande, à Freiburg in Brisgau, Fesa Energie fait partie des quelques 800 coopératives énergétiques allemandes qui se sont créées grâce à une politique favorable à la constitution de sociétés de projets locales.
Depuis 2011, grâce à ses 68 coopérateurs, Fesa a en effet développé des projets photovoltaïques, jusqu'à plus de 700 kWc à ce jour.
Elle gère un parc de centrales photovoltaïques et éoliennes pour un total de 1,9 million d’euros, au travers de différentes sociétés de production.
Une de ses réalisations phare est une centrale de 365 kWc au-dessus des voies d’autoroute à Freiburg.
 
 
Les démarches de ces deux coopératives sont si proches qu’elles devaient s’unir. C’est chose faite avec ce projet « Zusamme ! » (littéralement « Ensemble » en allemanisch, la langue hybride parlée dans cette région frontalière) qui a permis d'installer quatre nouvelles installations photovoltaïques de 100 kWc, soit 2 600 m2 de panneaux sur les toits de bâtiments industriels de Colmar (précisément trois sur Colmar, un à Wintzenhein). Ces toitures en sheds crées par l’industrie textile sont bien orientées mais demandent plus de travail de mise en œuvre que des toitures simples. On en trouve encore de nombreux exemple dans le Haut-Rhin.
"Ce partenariat entre citoyens français et allemands pour construire des toitures solaires est une grande première dans la région.  Nous sommes fiers d'avoir pu prendre part à cette aventure, et espérons pouvoir initier d'autres projets transfrontaliers citoyens.  Il y a de grandes choses à faire en Alsace !"  déclare Georges Audras, porteur du projet.
 
Pour Erwan Boumard, Directeur d’Énergie Partagée « La spécificité de Zusamme est d’avoir été financée et réalisée grâce à la rencontre d’une coopérative énergétique alsacienne (Énergies Partagées en Alsace), une coopérative énergétique allemande (Fesa) et l’outil financier Énergie Partagée. Le financement du projet est donc issu à 100% de citoyens français et allemands, rassemblés pour faire voir le jour à cette installation transfrontalière, symbole de la transition énergétique européenne ».
L’installation a été réalisée par un professionnel de la région qui utilise des modules photovoltaïques d’origine européenne, afin d’éviter les émissions de CO2 liés à l’importation des panneaux du bout du monde et soutenir la filière européenne.
Les centrales ont commencé à produire de l'électricité au mois de mars 2015.

Financement 100% citoyen

Ce projet, premier exemple de coopération citoyenne, coûte environ 800 000 €. Pour le financer, les coopérateurs ont mis en commun leur investissement afin de rassembler le capital initial qui garantit la maîtrise citoyenne du projet. Fesa à contribué à hauteur de 50%, la coopérative alsacienne a pu rassembler 10% et le reste (40%) a été apporté par Énergie Partagée Investissement.
La Région Alsace a également largement contribué au projet en allouant 120 000 euros de subventions.
Grâce à ses milliers d’actionnaires, Énergie Partagée a vocation à investir dans ces projets pour qu’ils soient maitrisés à 100% par des citoyens. L’outil a « avancé » une part de l’investissement au projet pour le rendre possible. Le reste du projet a été financé par la banque éthique La Nef, pour en faire un projet pleinement citoyen et solidaire.
Énergie Partagée Investissement investit donc dans ces projets pour qu’ils restent maîtrisés à 100% par des citoyens. Chacun peut maintenant, partout en France, soutenir ce projet Zusamme ! et devenir co-producteur de l’énergie solaire produite !
 

 

SylvieJehanno

L'utilisateur, pilote de sa consommation électrique

Sylvie Jéhanno est directrice Clients Particuliers d’EDF et présidente de Sowee, une nouvelle filiale d’EDF qui vient de lancer en bêta-test, une station connectée qui sera commercialisée fin novembre à la croisée des transitions numérique et énergétique qui bouleversent le secteur. L’un des enjeux pour le client : piloter sa consommation.
 
Delphine Masson : Vous venez de lancer Sowee il y a quelques jours. Cet appareil a été conçu, entre autres, pour maîtriser son budget. Un enjeu essentiel aujourd’hui ?
 
Sylvie Jéhanno : Sowee, c’est un objet connecté et une application spécialement conçus pour piloter sa consommation d’énergie, mais c’est surtout, plus globalement, une station connectée qui peut commander à distance les objets connectés du quotidien pour optimiser le confort du client. Au global, Sowee, c’est le nouveau partenaire du bien-être durable dans l’habitat. Le mot « bien-être » évoque pour nos clients à la fois le confort et les économies d’énergie. C’est un sujet important pour eux. Dans un sondage IFOP de 2015, 91% des Français disent vouloir faire des économies d’énergie. Mais ils parlent davantage de maîtrise et de sérénité budgétaire, parce qu’ils comprennent mieux les euros que les kWh.
 
DM : Au-delà de ce que pensent vos clients, n’y a-t-il pas un enjeu environnemental ainsi que des obligations légales à faire des économies d’énergie ? La loi sur la transition énergétique parle d’une réduction de la consommation énergétique finale de 50% en 2050 par rapport à 2012…
 
SJ : C’est pour cela que nous parlons aussi d’habitat « durable » englobant les économies d’énergie, la réduction des émissions de CO2, le sujet du changement climatique, le photovoltaïque sur les toits, les véhicules électriques à recharger devant son garage. Dans ce contexte plus général, Sowee est très complet parce qu’il permet très concrètement de piloter les chaudières individuelles au gaz avec une vision budgétaire, à l’euro ou au degré près. Il est possible, par exemple, de se fixer des objectifs de budget mensuel, de recevoir des messages d’alerte en cas de dépassement pour baisser si besoin les températures.
 
Sowee est un pack comprenant une Station connectée et un Thermostat intelligent. Il permet de piloter son chauffage en suivant ses consommations réelles.
 
DM : Une entreprise qui vend un produit en disant de ne pas trop en consommer. Cela peut paraître paradoxal…
 
SJ : Nous évoluons dans un monde qui bouge, à la croisée de la transition énergétique et de la transition numérique. Nous ne pouvons rester un fournisseur sur la durée sans répondre aux attentes majeures de nos clients et l’accès aux objets connectés en est une. Nous sommes aujourd’hui dans une logique du mieux consommer et du consommer moins. C’est dans ce contexte que nous avons lancé le tableau de bord  digital « e.quilibre » accessible en ligne. Il donne une vision assez fine, par usage, des consommations et de leurs évolutions. Il peut les comparer avec celles de l’année précédente ou celles d’un foyer similaire. Le numérique est une formidable opportunité pour aider nos clients à réaliser des économies d’énergie. Sowee est donc au cœur de ces enjeux et des attentes de nos clients, pour qu’ils deviennent acteurs de leurs consommations.
 
DM : La station connectée seule coûte 319 euros. Cela peut apparaître comme un autre paradoxe de dépenser de l’argent d’un côté pour en économiser de l’autre…
 
SJ : Notre filiale Sowee prévoit de vendre la station connectée avec un contrat de gaz naturel pour permettre un étalement de sa dépense. C’est plus intéressant et cela facilite l’accès aux objets connectés. Nous sommes dans une logique d’investissement et de retour sur investissement.  La station permet de réduire sa facture et donc de rentabiliser l’achat de Sowee. C’est aussi une façon d’améliorer son confort dans une optique du meilleur rapport qualité-prix pour nos clients.
 
DM : Avez-vous chiffré le gain d’économie possible ?
 
SJ : C’est une première étape. Les thermostats connectés sont plus faciles à poser sur les chaudières individuelles parce qu’il s’agit d’un matériel unique dans la maison. Les radiateurs électriques, il en existe plusieurs, dans chaque pièce. C’est plus complexe. Mais cela viendra évidemment
 
DM : Sowee ne concerne que le gaz. Pour quelles raisons ?
 
SJ : C’est une première étape. Les thermostats connectés sont plus faciles à poser sur les chaudières individuelles parce qu’il s’agit d’un matériel unique dans la maison. Les radiateurs électriques, il en existe plusieurs, dans chaque pièce. C’est plus complexe. Mais cela viendra évidemment.
 
DM :L’arrivée de ces outils et services numériques pose la question des publics précaires. On sait que les ménages les moins aisés n’ont pas de smartphones et utilisent peu Internet. Qu’est-il prévu pour eux ?
 
SJ : La fracture numérique existe effectivement. EDF peut alors accompagner ces clients de façon plus traditionnelle avec des conseillers au téléphone qui sont tous formés aux éco-gestes. Nous allons également diffuser très prochainement pour l’ensemble de nos clients un document baptisé « Ma Conso & Moi » qui accompagnera les factures et restituera des informations très personnalisées sur les modes de consommation des usagers.
 
DM : La concurrence en provenance de Google ou d’Orange est importante sur le secteur de l’habitat connecté. Et il existe d’ores et déjà des offres pour piloter sa consommation d’énergie comme le thermostat Nest. Quel est le plus de Sowee ?
 
SJ : C’est une station connectée très complète qui peut donner aussi des informations sur la qualité de l’air dans votre logement, sur le temps qu’il fait ou sur l’état du trafic.  Elle pourra à terme commander la plupart des objets connectés du quotidien en véritable chef d’orchestre. Avec Sowee qui est le nom d’un produit mais aussi d’une filiale, le Groupe EDF opère un virage et investit le secteur de la maison connectée.
 
DM : Les Français seront bientôt tous équipés des compteurs intelligents du nom de Linky et Gaspar présentés eux aussi comme des outils de pilotage de la consommation. Ne sont-ils pas suffisants pour suivre sa consommation ?
 
SJ : Linky est un compteur communicant posé par Enedis, une filiale indépendante d’EDF, qui permet entre autres aux clients de ne plus être dérangés pour le relevé des compteurs se trouvant dans les logements. Il permet également des facturations précises et non estimées établies en fonction de données communiquées automatiquement à l’ensemble des fournisseurs. Avec Linky, les fournisseurs peuvent  développer des services associés et complémentaires qui communiquent sur le logement. C’est tout l’objet de Sowee.
 
DM : Ces nouveaux services communicants suscitent beaucoup de craintes chez le consommateur : ils permettraient d’espionner la vie des gens ou émettraient des ondes électromagnétiques dommageables pour la santé. Pouvez-vous les rassurer ?
 
SJ : Le sujet de la protection des données est essentiel pour EDF. L’entreprise a mis en place une charte d’utilisation que l’on peut consulter sur notre site. Elle est en phase avec la réglementation et repose sur quelques grands principes. Les données appartiennent au client qui accepte de nous les communiquer via un objet connecté parce qu’il y trouve un bénéfice, un service appréciable comme le suivi de sa consommation. Ces données restent chez EDF en toute sécurité et ne sont nullement commercialisées. Sowee s’inscrit pleinement dans cette politique qui est primordiale dans une relation client basée sur la confiance. Avec la station connectée, nous sommes essentiellement sur du wifi, avec un peu de communication radio pour le thermostat.  C’est un standard de marché. Et évidemment toute la technologie utilisée respecte toutes les normes européennes de façon drastique. Il n’y a donc pas de crainte à avoir..
 
DM : Quels autres services seront proposés par votre station connectée ?
 
SJ : Sowee apportera dans le futur des solutions pour les chauffages électriques. Pour les possesseurs de véhicules électriques par exemple, Sowee pourra indiquer l’état de charge de la batterie. Cela devrait arriver assez vite. Un client avec des panneaux solaires sur son toit pourra également suivre son autoconsommation. L’une de nos filiales, EDF ENR, vient de sortir une offre innovante « Mon Soleil & Moi » qui correspond bien aux attentes actuelles des consommateurs. Sowee pourrait leur donner des informations utiles sur leur consommation. Notre station connectée sera commercialisée fin novembre 2016, mais c’est une offre évolutive qui devrait très largement s’enrichir en 2017 pour concerner un million de clients d’ici 2026.
 
Propos recueillis par Delphine Masson, UP' Magazine-La Grande Question
 
 

 

transition énergétique

Le double langage des banques françaises en matière d'énergie

Depuis plusieurs mois, les Sioux de la réserve de Standing Rock, dans le Dakota du Sud, s’opposent à un projet d’oléoduc qui menace des sites culturels ancestraux et leurs sources d’eau. Cette infrastructure, qui vise à faciliter l’exploitation du pétrole de schiste de la région, a bénéficié du financement de plusieurs grandes banques internationales, dont BNP Paribas, Crédit agricole, Société générale et Natixis. Curieux car depuis la COP 21, des banques se sont engagées à ne plus financer des projets qui seraient mauvais pour la planète …
Photo : Gidagaakonz Mooz Ndootem
 
Depuis plusieurs mois, des centaines de Sioux du Dakota du Sud s’opposent à un projet d’oléoduc qui menace à la fois leurs sources d’eau potable et des sites ancestraux. Leur lutte contre le Dakota Access Pipeline a réussi à attirer l’attention du monde entier. Fin octobre, les opposants ont été sévèrement réprimés par les forces de l’ordre, qui ont procédé à plus d’une centaine d’arrestations. Derrière ce projet d’oléoduc, il y a certes les intérêts pétroliers américains, galvanisés par l’élection de Donald Trump à la présidence, mais aussi des intérêts financiers internationaux, dont ceux des grandes banques françaises.
 
Photo: Robyn Beck Agence France-Presse - Cette photo datant du 3 septembre 2016 montre des Sioux et leurs partisans devant des pelles mécaniques sur lesite de construction du controversé pipeline au Dakota du Nord.
 
Le Dakota Access Pipeline, d’une longueur de 1800 kilomètres, doit servir à transporter le pétrole de schiste extrait dans le Dakota du Nord vers l’Est et le Sud des États-Unis et, au-delà, vers le reste du monde. Les Sioux de la réserve de Standing Rock s’opposent au passage de cet oléoduc sur leurs terres ancestrales, au bord de la rivière Missouri (lire le témoignage de Winona LaDuke). Ils ont obtenu le soutien de nombreuses autres tribus des États-Unis et bien au-delà, ainsi que des militants de la justice climatique. Face à un gouvernement local totalement acquis au projet et à une administration Obama divisée [1], l’une de leurs principales cibles sont les grandes banques internationales qui financent le projet et les entreprises qui le portent.

Plus d’un milliard de dollars des banques françaises

Selon les chiffres compilés par l’ONG Food and Water Watch, les banques françaises sont engagées à plusieurs niveaux dans le projet du Dakota Access Pipeline, pour des sommes dépassant le milliard de dollars. Crédit agricole, Natixis et Société générale figurent parmi les banques qui ont accordé un prêt de 2,5 milliards de dollars spécifiquement dédié au financement de la construction de l’oléoduc.
BNP Paribas, Crédit agricole et Natixis financent en outre les deux firmes qui portent le projets, Energy Transfer Partners et Energy Transfer Equity. Total de l’exposition financière des banques françaises : près de 450 millions de dollars pour BNP Paribas, près de 350 millions pour le Crédit agricole, 180 millions pour Natixis et 120 millions pour la Société générale.
 
 
Une coalition d’organisations écologistes comme Greenpeace ou les Amis de la terre a adressé une lettre officielle à l’association des « Principes de l’Équateur » - un groupement de banques vantant leur responsabilité sociale et environnementale - pour s’étonner que leurs membres soient engagés dans un projet aussi problématique pour l’environnement et pour les droits des indigènes, en contradiction totale avec leurs engagements. Toutes les grandes banques françaises adhèrent officiellement aux Principes de l’Équateur. Seules deux des principales banques impliquées dans le projet, Citigroup et la norvégienne DNB, ont officiellement réagi à ces critiques, la première en assurant qu’elle incitait Energy Transfer Partners à dialoguer avec les Sioux, la seconde en annonçant qu’elle allait reconsidérer ses financements [2].
 
Les banques sont aujourd’hui sous pression des ONG environnementalistes qui mènent campagne pour les inciter à se désinvestir du charbon, la plus polluante des sources d’énergie fossiles. À l’occasion de la 22e Conférence climat à Marrakech, Crédit agricole, Société générale et BNP Paribas ont à nouveau fait des annonces sur leur retrait du charbon et leurs engagements pour le climat. Ce mouvement ne concerne pas du tout le pétrole et le gaz, même lorsqu’il s’agit de projets particulièrement problématiques ou polluants.

« Nous avons souffert sous tous les présidents américains »

L’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis n’est pas des plus réjouissantes pour les Sioux de Standing Rock et les autres opposants à l’oléoduc. Le nouveau président a en effet des liens financiers étroits avec Energy Transfer Partners et Phillips 66, deux compagnies derrière le projet, qui l’ont soutenu dans sa campagne. Et son nouveau Secrétaire à l’Énergie pourrait bien être Harold Hamm, le patron de la firme pétrolière Continental Resources, très implantée dans le gisement de pétrole de schiste de Bakken et donc hautement intéressé à son exportation. Les revendications des Sioux risquent de ne plus être entendues du tout à Washington.
 
« Je sais qu’il y en a qui sont inquiets à cause du nouveau président, a réagi l’une des militantes de Standing Rock, mais je vous rappelle que nous avons souffert sous tous les présidents américains depuis l’établissement même de l’Amérique... Nous devons continuer à résister et à défendre notre droit à la vie. »
 
Dans de telles conditions, la pression sur les banques n’en devient que plus nécessaire.
 
Source : Olivier Petitjean, multinationales.org – 14/11/2016
 
[1] Les agences fédérales ayant déjà accordé les autorisations nécessaires, l’administration Obama avait demandé aux promoteurs de suspendre le projet le temps de reconsidérer leur décision et d’étudier des routes alternatives.
 
 

 

transition énergétique

Les abonnements d’énergie : nouveau gisement d’économies

A l’heure où la déréglementation des tarifs de l’énergie s’accélère, Yann Leblond, Président de E-nergy, signe ici une tribune libre sur un élément souvent méconnu qui devrait trouver sa place au centre des débats : la part de nos factures consacrée aux abonnements et derrière elle, la possibilité de réaliser des économies substantielles.
 
Aujourd’hui, une grande partie de l’énergie que nous consommons pour éclairer, chauffer et climatiser les bâtiments, est produite de manière centralisée et distribuée grâce à des réseaux. Raccorder un bâtiment à ces réseaux présente au moins deux avantages : d’une part un gain considérable en matière de sécurité (l’énergie n’est plus produite au pied de nos immeubles), d’autre part la possibilité de créer un mix énergétique composé d’énergies renouvelables. Bien sûr, ces raccordements impliquent des investissements tant au niveau des systèmes de production centralisés que des infrastructures de distribution. Installation, maintenance, grands renouvellements, le réseau de transport de l’énergie s’étend sur des milliers de kilomètres principalement financé par nos abonnements (et les taxes qu’ils contiennent). Mais nos factures sont peu transparentes à ce sujet et la part de l’abonnement évolue entre 20 et 80% de la facture totale selon l’énergie concernée !
 
En effet, le prix de l’abonnement n’est pas seulement calculé sur la base des investissements réalisés. Il est surtout calculé en fonction des besoins annuels spécifiques d’un bâtiment en matière d’électricité, de chaleur et/ou de froid. Dans le cas d’un bâtiment en construction, cette puissance est estimée par des bureaux d’étude. Quand il s’agit d’un bâtiment existant, les propriétaires font en général appel à leur chauffagiste ou à leur fournisseur d’énergie. Or on constate un réel problème de surdimensionnement des besoins, avec une conséquence lourde : l’abonnement est immanquablement et durablement surfacturé (certains contrats durent parfois jusqu’à 30 ans !).
 
S’il est bien évidemment nécessaire – et d’usage - de prévoir une légère surpuissance pour anticiper des variations d’usage ou encore des épisodes climatiques exceptionnels, il faut également dénoncer les excès pratiqués. Car sur le terrain, le constat est impressionnant avec des surdimensionnements des besoins de 50% en moyenne et pouvant atteindre 180% ! Ne comptez pas sur les fournisseurs d’énergie pour vous signaler que votre contrat ne correspond pas à vos besoins réels.
 
A l’heure de l’efficacité énergétique, construire des immeubles éco-performants mais mal calibrer son contrat de raccordement pour in fine payer les mêmes factures que dans l’ancien est un paradoxe aberrant.
 
Soyons transparents, les économies d’énergie ne se trouvent pas uniquement dans notre manière de consommer, mais aussi dans l’évaluation des besoins. Avec des contrats qui peuvent courir jusqu’à 30 ans, ces abonnements représentent un gisement d’économie loin d’être négligeable. Par exemple, pour un immeuble de 3 000 m2 de bureaux et commerces restructuré dans Paris, la renégociation du contrat de climatisation en réseau a permis de générer des économies de 10 € / m2.
 
Copropriétés, promoteurs immobiliers, bailleurs sociaux, foncières, collectivités publiques… à tous les acteurs du bâtiment, ne vous focalisez pas que sur vos volumes de consommation, intéressez-vous aussi à vos abonnements.
 
Yann Leblond, Président d’E-nergy
 
 
 

 

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