Transition écologique et énergétique

Le Maroc construit à Ouarzazate le plus grand parc d'énergie solaire du monde

Complexe solaire de Ouarzazate
La cité marocaine de Ouarzazate est une habituée des superproductions. C’est là que furent tournés Lawrence d’Arabie et plus récemment certains moments de Game of Thrones. Mais aujourd’hui, « La porte du désert » comme on la surnomme volontiers ne va pas jouer avec les stars, mais avec le soleil. Le royaume marocain a décidé en effet d’y installer le plus grand parc d’énergie solaire du monde. Lancement ce mois-ci.
 
Le premier étage de cet ambitieux projet, Noor1, devrait être inauguré courant novembre. Il s’agit d’une centrale thermosolaire utilisant la technologie de l’Energie Solaire Concentrée (ESC). Contrairement aux panneaux photovoltaïques relativement onéreux, et surtout dépendant des heures d’ensoleillement,  l’ESC garantit une production constante et massive.
 
500 000 miroirs paraboliques de douze mètres de haut, en permanence tournés vers le soleil et répartis par rangées de 800, seront utilisés pour concentrer une grande superficie de rayons du soleil sur une petite surface. La lumière concentrée en chaleur produit ensuite du courant électrique qui fait lui-même fonctionner un moteur thermique relié à un générateur de courant électrique.
 
Quelques minutes du soleil du désert suffisent à fournir de l’énergie pour une année de besoins de toute l’humanité
 
Cette technologie est connue depuis des dizaines d’années, mais c’est après l’accident de Tchernobyl que l’on s’y intéressa plus attentivement. Certains, comme le physicien allemand Gerhard Knies, calculaient dès 1986 que l’ensoleillement de tous les déserts du monde reçoit en quelques minutes largement l’énergie qu’il faut pour alimenter toute la planète en une année.
 
Chaque miroir parabolique est centré sur une conduite en acier transportant un fluide caloporteur (HTF) chauffé à 393°C qui serpente le long d’une goulotte avant d’atteindre un moteur thermique. Il y est mélangé avec de l’eau pour créer de la vapeur qui fait tourner les turbines.
Le HTF est composé d’une solution d’huile thermique synthétique pompée vers un réservoir de chaleur contenant des sables fondus, qui peut stocker la chaleur pendant trois heures, permettant à la centrale d’alimenter des maisons pendant la nuit. Les miroirs sont espacés dans des formations de niveau, afin de minimiser les dommages causés par le sable amené par les vents du désert.
 
Chaque miroir parabolique a une hauteur de 12 mètres. Photo: Graeme Robertson
 
Les techniciens pensent que les usines Noor 2 et 3, qui doivent ouvrir en 2017, pourront stocker l’énergie jusqu’à huit heures, ouvrant la perspective d’une énergie solaire 24 heures sur 24 et 7 heures du 7 dans le Sahara et la région environnante.
 
Une nouvelle ère énergétique propre
 
Quand les quatre phases du projet  Noor seront achevées, le parc solaire représentera la surface d’une ville comme Rabat et permettra de fournir 580 MW d’électricité, de quoi alimenter plus d’un million de foyers. La première phase Noor 1 produira à elle seule 160 MW.
 
La ministre de l’environnement marocain, Hakima el-Haite, interrogée par The Guardian pense que cette énergie nouvelle et parfaitement écologique ouvre une nouvelle ère et pourrait avoir au XXIe siècle un impact comparable dans la région à celui de la production de pétrole au siècle dernier.
Le Maroc espère satisfaire la moitié de ses besoins énergétiques grâce à l’électricité que devrait bientôt produire son nouveau parc fonctionnant au soleil du Sahara ainsi que ses autres centrales d’énergie renouvelable d’ici 2020. Selon les plans actuels, l’énergie solaire devrait compter pour un tiers des énergies renouvelables du pays, l’énergie hydroélectrique et éolienne comptant pour les deux autres tiers. Le pays avait même affiché ses espoirs d’exporter de l’électricité vers l’Europe.
 
Ce projet a nécessité un budget de 8,1 milliards d’euros. Une somme largement empruntée à des institutions internationales comme la Banque européenne d’investissement et la Banque Mondiale.
 
A l’heure de la COP 21, un bel exemple de solution alternative, efficace pour laisser les énergies fossiles là où elles sont : au fond de la terre.
 
Photo : Vue aérienne modélisée du complexe solaire de Ouarzazate - Source : MASEN
 

 

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