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Ces forages qui font trembler la Terre

séisme Canada
Au Canada, des séismes quotidiens interviennent dans une région de fracturation hydraulique. La multiplication des sites de forage et les énormes volumes d’eau injectés dans le sol par la fracturation hydraulique provoquent près d'un séisme par jour.
 
Une secousse sismique est enregistrée en moyenne chaque jour dans une région de l'Alberta, dans l'ouest du Canada, où des sociétés exploitent le pétrole par la fracturation hydraulique, selon les statistiques de l'Agence de réglementation de l'énergie de l'Alberta (AER).
 
Cette agence a relevé vendredi, depuis le 15 janvier l'an dernier, 367 secousses autour de Fox Creek, une petite bourgade de 2000 habitants à 260 km au nord-ouest d'Edmonton. Certains jours, l'activité sismique est plus importante avec, par exemple, un record de 18 séismes enregistrés le 11 septembre dernier, selon les relevés de l'AER.
 
Mardi, une secousse de magnitude de 4,8 sur l'échelle de Richter a été enregistrée sur un champ pétrolier de la compagnie espagnole Repsol à 30 km à l'ouest de Fox Creek.
«Au moment de l'incident, la compagnie menait des opérations de fracturation hydraulique sur le site», a indiqué Repsol dans un communiqué en annonçant la suspension de son exploitation sur ce site.

Sables bitumineux

La technique de fracturation hydraulique consiste à injecter un mélange d'eau, de sable et de produits chimiques à très haute pression dans le sol pour briser des couches rocheuses et libérer le pétrole ou le gaz. Ce procédé est largement répandu aux Etats-Unis et au Canada.

 Lire : Séismes à répétition en Oklahoma provoqués par la fracturation hydraulique

L'AER n'a pas confirmé le lien entre l'incident mardi et les opérations de fracturation hydraulique menées par Repsol et d'autres sociétés pétrolières.
«Il y avait des opérations de fracturation hydraulique dans la région au moment où le tremblement de terre est survenu», a confirmé à l'AFP Carrie Rosa, porte-parole de l'AER.
 
Avec une activité sismique, même légère, dans cette région de Fox Creek depuis plusieurs années «possiblement liée à la fracturation hydraulique», selon l'AER, les entreprises pétrolières de la province albertaine ont l'obligation de cesser immédiatement leur exploitation en cas de secousse supérieure à une magnitude de 4.
 

Les nappes phréatiques polluées

La municipalité de Fox Creek alerte les autorités politiques et les pétroliers depuis plusieurs mois sur les impacts environnementaux de l'exploitation des sables bitumineux à grande échelle.
«L'industrie et le gouvernement provincial ferment les yeux sur ce qui se passe dans notre région», a écrit Jim Ahn, le maire de Fox Creek, à l'AER.
Les sociétés pompent «l'eau de nos rivières et de nos lacs à un rythme que nous pensons bien supérieur à leur capacité de réapprovisionnement naturel», selon le courrier du maire obtenu par l'AFP.
 
Le maire dénonce par ailleurs la pollution des nappes phréatiques et, régulièrement, l'impossibilité de consommer l'eau du robinet. «En 2015, nous avons dû acheminer de l'eau potable (...) à nos résidents pour un budget de plus de 300 000 dollars», soit environ 150 dollars par habitant.
 
L'Agence de réglementation de l'énergie de l'Alberta ne veut pas lier nécessairement l'activité sismique et la fracturation hydraulique, mais «c'est quelque chose sur quoi nous enquêtons», a indiqué la porte-parole de l'AER. Sur la forte secousse mardi aux installations de Repsol, «nous ne pouvons pas confirmer qu'elle était due à la fracturation mais c'est quelques chose que nous regardons de près», a expliqué Carrie Rosa.
 
Repsol a indiqué vendredi «travailler avec l'AER pour analyser les données de ce séisme et il n'y a pas de calendrier pour la reprise des opérations sur ce site».
 
La commission de réglementation de l'industrie pétrolière et gazière de la Colombie-Britannique avait fait le lien, l'été dernier, avec un séisme de magnitude 4,4 en août 2014 au nord-est de cette province voisine de l'Alberta. Cette commission avait alors expliqué que la secousse «avait été provoquée par l'injection de fluides pendant la fracturation hydraulique».
Cette technologie a également été mise en cause par le service géologique américain (USGS) dans la multiplication des secousses sismiques enregistrées ces dernières années dans le centre des Etats-Unis.