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Scénarios européens pour la transition énergétique

transition énergétique
L’Association négaWatt a publié ce jeudi 8 septembre une étude comparant des scénarios énergétiques nationaux issus de cinq pays européens. Ces scénarios ambitieux convergent vers la nécessité, pour atteindre les objectifs climatiques, à la fois de diviser par deux les consommations d’énergie et de viser un objectif « tout renouvelable ». Ils divergent toutefois sur les leviers d’action envisagés pour réduire les consommations d’énergie.
 
L’objectif de cette étude, soutenue par la Caisse des Dépôts, était d’identifier dans différents contextes les principaux leviers d’action et secteurs d’investissement associés à la transition énergétique. 
 
L’association négaWatt s’est engagée dans une recherche dont l’objectif final est d’analyser à l’échelle territoriale les politiques de transition énergétique menées et projetées dans une sélection de régions européennes, en vue d’en identifier les ressorts et notamment de préciser les priorités d’investissement correspondantes. La première phase de cette recherche, achevée début 2016, visait à mieux caractériser le contexte national dans lequel ces politiques territoriales devront être analysées, en sélectionnant pour les étudier et les comparer différents scénarios de transition énergétique ambitieux dessinant les trajectoires visées dans les pays choisis.
Quatre pays engagés à des degrés et des titres divers dans cette transition, mais présentant des caractéristiques géographiques, sociales et énergétiques différentes ont été sélectionnés pour leur volontarisme : l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark et la Suisse. Pour la France, le scénario négaWatt est venu compléter l’analyse.

Des scénarios ambitieux intégrant réduction des consommations d’énergie et développement des énergies renouvelables

Les scénarios sélectionnés, produits ou reconnus par les organismes gouvernementaux, sont divers dans leur méthode mais présentent des niveaux d’ambition globalement comparables. Sans surprise ils exigent, pour atteindre une réduction de 75 % à 90 % des émissions de gaz à effet de serre en 2050, un renforcement des efforts observés au cours de la dernière décennie dans les pays concernés.
 
Ils agissent pour cela sur deux leviers communs : une réduction importante de la consommation d’énergie et un fort développement des énergies renouvelables. Ils privilégient tous le volontarisme dans ce domaine au recours à l’énergie nucléaire, à la capture-séquestration du carbone, ou à d’hypothétiques ruptures technologiques.
 
Ainsi, ces scénarios ambitieux prévoient une baisse de la consommation d’énergie finale à l’horizon 2050 située entre 40 % et 50 % par rapport à son niveau actuel. Cette diminution repose avant tout sur un effort important d’efficacité énergétique, en particulier de rénovation thermique du parc bâti existant. Les scénarios intègrent également, mais de façon plus contrastée, des efforts de sobriété énergétique. Par exemple, le scénario autrichien envisage une réduction importante de la mobilité des personnes, quand l’exercice allemand accentue son effort sur la maîtrise des surfaces du secteur tertiaire.
 
Évolution entre 2010 et 2050 d’indicateurs relatifs à la sobriété énergétique dans les différents scénarios étudiés (le Danemark n’apparaît pas, le scénario étudié ne fournissant pas les données recherchées)
 
La transition énergétique repose enfin dans tous les scénarios sur le développement d’une forte proportion d’énergies renouvelables électriques et non électriques, atteignant 75 à 100 % du mix énergétique.
 
Tous partagent la même logique selon laquelle la maîtrise de la demande d’énergie est la condition pour que le développement à un rythme réaliste des énergies renouvelables vienne en substitution, et non en addition, des énergies actuellement dominantes.
En vertu de cette logique, les scénarios de transition énergétique ambitieux prévoient dans tous les pays considérés une importante baisse de la demande d’énergie à l’horizon 2050, correspondant à une diminution située entre 40% et 50% de la consommation d’énergie finale par rapport à son niveau actuel. Cette baisse repose avant tout sur un effort important d’efficacité énergétique, en particulier de rénovation thermique des parcs résidentiels et
tertiaires existants. Les scénarios intègrent également, quoique de façon plus contrastée, des efforts de sobriété énergétique.
La transition énergétique repose enfin dans tous les scénarios sur le développement d’une forte proportion d’énergies renouvelables. L’énergie hydraulique là où elle est déjà développée, la biomasse solide, le biogaz, et plus spécifiquement pour l’électricité, l’éolien et le photovoltaïque constituent les leviers essentiels pour répondre dans tous les scénarios à 75% à 100% des besoins d’énergie en 2050.
Outre la nécessité d’une telle transition pour la lutte contre le changement climatique, les scénarios mettent en évidence des bénéfices en matière d’indépendance énergétique ainsi qu’en matière économique, notamment grâce aux centaines de milliers d’emplois créés dans les secteurs de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables.
La poursuite de cette recherche doit permettre, en approfondissant l’analyse au niveau plus concret de la mise en œuvre de ces trajectoires ambitieuses dans différentes collectivités territoriales dans les pays concernés, d’identifier plus précisément les leviers d’actions et les bénéfices de cette transition.

Des tendances actuelles parfois éloignées des objectifs 2020

L’étude intègre également une comparaison des tendances observées dans ces pays en regard de leurs engagements à 2020 et des points de passage à 2020 des trajectoires à long terme étudiées.
Si l’Autriche, le Danemark et la Suisse sont les plus avancés dans le développement des énergies renouvelables, l’Allemagne apparaît en retard sur son scénario ambitieux et la France en retard sur son engagement européen. À l’inverse, elle est avec le Danemark la seule à connaître une orientation à la baisse de sa consommation d’énergie finale, celle-ci tendant plutôt à stagner en Allemagne, en Autriche et en Suisse.
 
Dans tous les pays étudiés, les efforts actuels restent au final insuffisants. À ce titre, l’étude constitue une étape importante dans le travail que l’Association négaWatt entend poursuivre sur l’analyse - en vue de leur généralisation - des meilleures pratiques au niveau des territoires, et sur la convergence des priorités nationales pour une transition énergétique cohérente au niveau européen.