Transition écologique et énergétique

Lutter contre la précarité énergétique ? Des étudiants s’engagent…

précarité énergétique
Chaque hiver, de très nombreuses familles ont du mal à se chauffer et à payer leurs factures d’énergie. Chacun d’entre nous peut un jour être concerné par cette difficulté, reflet de problèmes structurels comme la mauvaise isolation des logements, la hausse inéluctable du prix de I'énergie, ou la précarité économique. 1 ménage sur 5 en Nord-Pas de Calais se trouve en situation de précarité énergétique ou en très grande vulnérabilité. Pour aider ces familles, l’école des Mines de Douai a lancé une initiative, l’EPED. Explications.
 
La loi du 12 juillet 2010 (Loi Grenelle II) reconnaît la précarité énergétique comme une difficulté à disposer de la fourniture d’énergie nécessaire à la satisfaction de ses besoins élémentaires en raison de l’inadaptation de ses ressources ou de ses conditions d’habitat.
La hausse croissante du coût des énergies, conjuguée à la crise économique, contribue à fragiliser une partie de la population, qui n’est pas toujours identifiée par l’action sociale. Les conséquences sont fortes, tant pour les ménages que pour la collectivité, qui voit croître les demandes d’aides et multiplie les dispositifs. En France, la prise de conscience d’une précarité liée à l’énergie, désormais traduite dans la loi, date de la fin des années 2000.
 
En 2013, le réseau régional Précarité énergétique de la Dynamique Climat Nord-Pas de Calais évalue qu’un ménage sur 5 se trouve en situation de précarité énergétique. En 2015, selon les études du Conseil Economique Social et Environnemental Régional, 20 à 30% de la population du Nord-Pas de Calais serait en situation de précarité ou de très grande vulnérabilité énergétique.
 
Les analyses mettent en évidence que 70% des logements du territoire Nord-Pas de Calais sont énergétivores (étiquetés DPE évaluées à E, F ou G) ; et que l’énergie pèse pour 10 à 15% du budget des foyers précaires, contre une moyenne nationale de 6% pour l’ensemble des foyers. Les zones de concentration de foyers souffrant de précarité énergétique correspondent à des zones urbaines où l’on trouve des logements sociaux souvent mal isolés, trop anciens par rapport aux normes énergétiques, voire insalubres.
Les conséquences du manque de chauffage, des difficultés de déplacement, de honte et de repli sur soi dans des espaces malsains induisent des situations difficiles dans l’ensemble des domaines :  finance, sanitaire, social, sécurité, santé, environnement… 
 
De nombreuses initiatives publiques et privées sont déployées sur le terrain afin d’améliorer la situation. De façon locale, M. DEFRANCE, ancien directeur de l'école des Mines de Douai, alors directeur du Centre d'Etude et d'Action Sociale (CEAS) à Douai, a lancé dès 2011 une initiative nommée EPED (Etude pour la précarité énergétique dans le grand Douaisis). Une initiative qui évolue année après année où des étudiants sortent ainsi de leur contexte exclusivement d’ingénieurs pour investir le territoire de l’action sociale de terrain.

Comprendre le monde réel

Les étudiants de l'école des Mines de Douai, formés sur les sujets énergétiques dans le cadre de leur enseignement de futurs ingénieurs de première année en écologie industrielle (Master La maison à énergie positive), visitent des populations précaires pour les informer, diagnostiquer des états de situation, et lorsque c’est possible, proposer et installer des solutions simples et peu couteuses pour améliorer au cas par cas, leur situation énergétique. Cette équipe transmet les éco-gestes à ceux qui en ont le plus besoin. La formation est réalisée via un système de tutorat ; le tuteur étant dans ce cas un enseignant-chercheur spécialisé dans le domaine de l'énergie. 
 
Cette action de terrain a pour objet (et effet) de créer du lien, et par effet de réseau, de créer une potentielle micro évolution favorable au niveau local. La Direction régionale d’EDF soutient cette initiative et fournit une aide financière au projet ainsi qu'une formation aux éco-gestes aux jeunes ingénieurs ; le CEAS, SoliHa et le Secours Catholique sont partie prenante, permettant le lien entre les élèves et les personnes défavorisées. De plus, le magasin Castorama local fournit à prix réduit le matériel nécessaire à la réduction des dépenses énergétiques de ces dernières. Enfin, l’école des Mines de Douai reconnait le travail fourni par les étudiants dans le cadre d’une évaluation de projet d’étude.
 
Ainsi, le projet a déjà permis la pose de kits énergétiques dans une douzaine de familles défavorisées de la région, et plusieurs stands éducatifs tenus par les étudiants et ayant pour vocation d'enseigner les éco-gestes ont été organisés avec La Croix Rouge ou les Restos du Cœur, permettant aux populations concernées de se représenter la perte énergétique et financière engendrée par une méconnaissance des pratiques écologiques.
En 2016, près de 8 millions de personnes se trouvent en situation de précarité énergétique en France, c’est-à-dire qu’elles consacrent à leurs dépenses d’énergie plus de 10% de leurs revenus.
Pour répondre à ce problème, il est important de sensibiliser ces ménages aux éco-gestes qui peuvent les aider à réduire leur facture énergétique. Aussi, la prochaine étape est la création d’un site web pour le suivi des factures des familles rencontrées et la sensibilisation aux éco-gestes.

Le groupe projet

Un groupe de 6 élèves s’est rapidement formé suite à la présentation des anciens projets des étudiants de 2ème année. Leur motivation s’est traduite par la volonté de mettre leurs compétences techniques au service d’un sujet à fort aspect social, et de se sentir utiles.
Le projet est encadré par Daniel Bougeard, enseignant-chercheur à l’Ecole des Mines de Douai au département Énergétique Industrielle.
 
L’équipe : Charles Forot, Carole Lemonnier, Ivann Le François, Léo Cailliez, Esther Adjele et Théo Bainee
 
Les étudiants travaillent avec les CEAS - Centres d’Etude et d’Action Sociale - lieux de rencontre et d’écoute pour favoriser et promouvoir la collaboration et la confrontation entre des acteurs locaux. En particulier, les acteurs du CEAS de Douai qui engagent leur temps pour accompagner les plus démunis dans la recherche d’un logement viable et/ou d’un emploi.
Mais aussi avec l’organisation nationale SOLIHA qui mène une action contre la précarité du logement sur l’ensemble du territoire. Premier réseau associatif français, la “Propagande et Action Contre les Taudis” regroupe plus de 145 associations et organismes. Neuf de ses centres locaux sont situés dans le Nord-Pas-de-Calais.
 
Cette participation bénévole active de terrain à l’amélioration de la situation, complète et enrichit deux axes forts de l’Ecole : la formation d’ingénieurs de haut niveau à la pointe de l’innovation et des technologies, en particulier dans le monde de l’énergie ; l’auto application d’une politique extrêmement volontariste de consommation énergétique maîtrisée, pour ses propres besoins, et dans la durée. L’ancrage des Mines de Douai sur le sujet de la transition énergétique est connu et reconnu au niveau académique et professionnel, en France et à l’international.
 
 
Avec nos remerciements pour les élements de contenus à Charles Forot
 

 

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