Transition écologique et énergétique

Menaces chinoises sur les terres rares : les Américains commencent à vraiment s’inquiéter

Mines de terres rares
La guerre commerciale s'est intensifiée depuis que Washington a augmenté début mai les droits de douane sur des produits chinois. Elle se double désormais d'une guerre technologique : l'administration Trump a interdit aux sociétés américaines de vendre des technologies à Huawei, numéro deux mondial des smartphones, mettant en péril l'approvisionnement crucial du Chinois en puces électroniques.
Face à Trump, médias officiels et responsables politiques chinois agitent désormais la menace d'une réduction des exportations de terres rares vers les Etats-Unis -- ce qui pourrait priver Washington d'une ressource cruciale pour la haute technologie. Car la Chine assure plus de 90% de la production mondiale de cet ensemble de 17 métaux, indispensables aux technologies de pointe et que l'on retrouve dans les smartphones, les écrans plasma, les véhicules électriques mais aussi dans l'armement.
 
Il y a tout juste un mois, se tenait discrètement à Washington, une réunion organisée par le Benchmark Mineral Intelligence. Étaient conviés des entreprises minières, des autorités de régulation, des élus du Congrès et du Sénat et des industriels. À l’ordre du jour de cette réunion, un sujet des plus brûlants : l’approvisionnement en matières premières et notamment en terres et minerais rares. Parmi les industriels, Tesla, le premier fabricant américain de véhicules électriques lance un message d’alerte sur le risque de pénurie imminente de minerais pour fabriquer ses batteries et ses voitures.
 
Il convient de préciser que ces véhicules électriques de dernière génération utilisent deux fois plus de métaux rares qu’une voiture ordinaire à moteur thermique. Pour fabriquer les 130 millions de véhicules électriques programmés d’ici 2030, il faudra trouver trois millions de tonnes de cuivre, plus d’un million de tonnes de nickel et 260 000 tonnes de cobalt. Du côté des industriels du numérique, la situation n’est pas meilleure où les seuls assistants à domicile de Google et Amazon exigent des millions de tonnes de cuivre et autres métaux rares pour leur fabrication.
 
Autant de minéraux stratégiques, indispensables à tous les équipements électroniques. « Ces minéraux critiques sont souvent ignorés mais sans eux la vie moderne serait impossible », a déclaré Wilbur Ross, le secrétaire américain au Commerce, affirmant que le gouvernement fédéral « prend des mesures sans précédent pour s'assurer que les Etats-Unis ne seront pas coupés de ces matériaux vitaux ». Et le ministre de lister 35 éléments stratégiques dont l'uranium, le titane et les terres rares, pour lesquels les Etats-Unis sont particulièrement dépendants de l'étranger. Pour quatorze des minéraux listés, « les Etats-Unis n'ont aucune production nationale et dépendent complètement des importations », note le rapport du secrétariat d’État au Commerce.
 
Le problème, c’est que la plupart de ces minerais viennent de Chine. L’empire de Xi Jinping, en délicatesse avec Donald Trump, pour employer un euphémisme, produit l'essentiel des terres rares de la planète, un ensemble de 17 métaux indispensables aux technologies de pointe.

LIRE DANS UP : Terres et métaux rares : l’arme fatale de la Chine dans la guerre économique

Et dans le bras de fer commercial entre la Chine et les États-Unis, Pékin s'est plu à rappeler cette dépendance. Le 22 mai dernier, au moment où Trump alourdissait les sanctions contre le géant chinois Huawei, Xi Jinping est allé tranquillement visiter une usine de traitement de ces métaux stratégiques ; une manière subtile de laisser planer la menace de bloquer les exportations.
 
Une semaine plus tard, le message était encore plus clair. « Si quelqu'un veut utiliser des produits fabriqués à partir de nos exportations de terres rares pour freiner le développement de la Chine, alors je pense que (...) le peuple chinois sera mécontent », a mis en garde un responsable de la puissante agence de planification économique.
 
Mardi 4 juin, la menace s'est faite plus précise. La puissante agence de planification économique chinoise a tenu une réunion sur un possible « contrôle des exportations » de terres rares. « Selon les suggestions des spécialistes (...) nous devons renforcer les contrôles à l'exportation et établir un mécanisme de traçabilité et d'examen pour l'ensemble du processus d'exportation des terres rares », a indiqué la NDRC à l'issue de cette réunion.
 
Que se passerait-il si la Chine menait ses menaces à exécution ? Un précédent existe. Il remonte à 2010 quand, en représailles à un différend territorial, Pékin avait brutalement interrompu ses exportations de terres rares vers le Japon, mettant les entreprises de hautes technologies nippones en grandes difficultés.
 
Aussi Washington réfléchit à un plan d’action.  L’administration Trump compte ainsi accélérer la recherche, le développement et le déploiement de méthodes de recyclage et de réutilisation de ces minéraux stratégiques, trouver des alternatives et aussi diversifier l'approvisionnement et améliorer les processus d'extraction, de séparation et de purification. De fait pour certains des minéraux concernés, les Etats-Unis disposent bien de la matière première mais pas du savoir-faire pour les rendre utilisables par l'industrie.
 
Washington compte aussi renforcer la coopération et améliorer le commerce international de ces minéraux avec ses alliés. On pense ainsi à la Corée du Sud qui produit 20 à 30 % de certaines des terres rares utilisées dans le monde.
 
Le plan stratégique prévoit également de faire un recensement précis des ressources naturelles disponibles dans le pays pour pouvoir les exploiter. Mais il compte aussi faire la nomenclature de sources d'approvisionnement moins traditionnelles, comme l'extraction à partir de l'eau de mer ou de déchets du charbon. Et comme elle l'a fait pour d'autres industries, l'administration veut déréguler pour accélérer les choses. Le gouvernement veut enfin s'assurer qu'il disposera de la main-d’œuvre qualifiée nécessaire pour mener à bien son projet et bâtir une base industrielle nationale solide. En aura-t-il le temps ?
 
La menace sur les terres rares ne concerne pas que les États-Unis. L’Europe aussi est extrêmement dépendante des importations étrangères et principalement chinoises. Le continent se met donc à explorer son potentiel minier. Signe encourageant, la découverte d’importantes ressources de lithium au Portugal et de tungstène en France, en Ariège. Des ressources dont l’extraction posera d’immenses questions environnementales. Signe des temps, lors du premier Conseil de défense écologique, qui s’est tenu à l’Élysée le 23 mai dernier, le ministre de la Transition écologique et solidaire François de Rugy a tracé les grandes lignes d’un projet de réforme du code minier qui devrait être mise en place d’ici la fin de l’année.
 
 
Avec AFP
 

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