Sécurité alimentaire et agrostratégies

Fin de la vente d’œufs de poules élevées en batterie : La grande distribution se réveille !

alimentation grande distribution
Deux tiers des œufs vendus en France et 80% de la production hexagonale proviennent de poules pondeuses vivant dans des cages de batterie où elles sont placées à l'âge de 18 semaines. Ainsi 46 millions de poules pondeuses pondent environ chacune 300 œufs par an dans des conditions indignes. Mais la prise de conscience de la cause animale fait évoluer les mentalités et les modes de consommation. La grande distribution et l'industrie agroalimentaire ont fini par prendre leur part de responsabilité et font à présent massivement le choix d'abandonner les œufs en batterie dans les supermarchés.
Photo ©UP' magazine
 
Après Carrefour, Aldi, Monoprix, c’est au tour d’Auchan d’annoncer ses objectifs concernant la vente de ses œufs :  plus de 50% d’œufs issus de modes d’élevage alternatifs aujourd’hui, 100% d’œufs « alternatifs » sur les marques distributeur en 2022, 100% d’œufs « alternatifs » toutes marques confondues en 2025.
Une victoire pour l'association écologiste L214, qui dénonce depuis plusieurs années, à grand renfort de vidéos, la cruauté des élevages en batterie. Pour Brigitte Gothière, porte-parole de l’association, « Une page est en train de se tourner. La grande distribution et l'industrie agroalimentaire ont fini par prendre conscience de leur responsabilité vis-à-vis de la condition des animaux et font à présent massivement le choix d'abandonner les œufs en batterie. Nous avons désormais la certitude que l'élevage des poules en cage est voué à disparaître. »
 
Auchan travaille depuis plus de 30 ans avec ses fournisseurs sur la qualité de son offre alimentaire pour proposer de plus en plus d’aliments sains, sûrs, issus de modes de production respectueux de l’environnement et du bien-être animal. L’enseigne a joué un rôle précurseur dans la limitation du recours aux œufs issus de poules élevées en cage. En développant depuis plusieurs années avec ses fournisseurs une offre d’œufs issus de modes de production alternatifs (plein air, bio, label rouge) dans ses différents formats de commerce (hypermarchés, supermarchés, ultraproximité, drives, ecommerce).
Désireux de poursuivre et d’achever ce travail de fond, qui répond aux attentes croissantes des consommateurs, Auchan Retail France a décidé de prendre de nouveaux engagements qui seront progressivement mis en œuvre au fur-et-à-mesure des évolutions de la filière :
-D’ici à 2022, 100% des œufs commercialisés sous ses marques distributeur (marque Auchan, premier prix) seront issus de modes d’élevage alternatifs ;
-D’ici à 2025, Auchan Retail France va accompagner tous ses fournisseurs, en tenant compte du rythme d’adaptation des producteurs à ces évolutions et à l’équilibre de la filière, afin de pouvoir proposer 100% d’œufs à marque nationale issus de modes d’élevage alternatifs dans tous ses formats de commerce.
Pour mesurer les progrès qui seront faits jusqu'en 2025, l’entreprise mesurera chaque année à partir de 2017 la part de marché des œufs alternatifs dans ses rayons.
 
Depuis avril 2016, Monoprix (Groupe Casino) a retiré de ses rayons les œufs issus de l'élevage de poules en batterie, toutes marques confondues. C’était la première grande enseigne à prendre conscience des changements de comportements de consommation des Français.
 
En aôut 2016, c’est au tour de l’enseigne allemande de hard-discount Aldi d’annoncer qu’elle se donne neuf ans pour en finir avec les œufs de batterie dans ses 5.000 magasins présents dans neuf pays européens, dont la France, qui en compte 900.  Mais les œufs de batterie ont déjà été supprimés des rayons d’Aldi en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne.
 
Le Groupe Carrefour annonçait en décembre que d’ici 2025, il s’engageait également à ne plus vendre en France aucun œuf de poules élevées en cage dans ses magasins et sous sa marque propre d’ici 2020. A cet effet, le distributeur proposera à ses fournisseurs un contrat sur trois ans minimum pour la création de nouveaux élevages Bio ou plein air ou la reconversion d’élevage utilisant actuellement le système de cages.
 
Interviewée par Agro-media.fr, Amélie Legrand, chargé d’affaires agroalimentaires pour CIWF France l’organisation internationale de référence dédiée au bien-être des animaux de fermes, déclarait : « Il est évident que d’autres enseignes et marques françaises vont suivre rapidement ces exemples. En Belgique, aux Pays-Bas ou en Allemagne, tous les supermarchés ont déjà banni de leurs rayons les œufs de poules élevées en cages ».
« 2016 fut une année exceptionnelle pour les poules pondeuses, grâce à une vague sans précédent d’engagements d’entreprises à ne plus s’approvisionner en œufs issus d’élevages en cage – preuve de l’impact de notre travail auprès des entreprises et de l’importance croissante accordée au bien-être animal par les consommateurs » conclut le CIWF.
 
 
C’est à la filière des éleveurs de s’organiser maintenant ! La France, premier producteur d'œufs en Europe, comptait en 2015 32 millions de poules pondeuses élevées en cage contre 2,7 millions d'animaux élevés au sol et 6 millions de poules pondeuses en plein air. D'ici 2025, la filière devra donc se réorganiser et demandent aux grandes enseignes de l’aide pour financer la transition. Si ce n'est pas le cas, la filière française actuellement leader en Europe, pourrait s'effondrer. Sauf à se réinventer pour répondre à la demande des consommateurs. En effet, une étude d’Opinion Way de septembre 2014 montre que 90 % de la population souhaitent interdire l’élevage en batterie des poules pondeuses, au profit de l’élevage en plein air et adhèrent à l’arrêt de la vente d’œufs de batterie par les chaînes de supermarchés.
 

 

Articles en relation
Produire « nanofree », est-ce bien raisonnable ?

Le 7 juin 2017, le Forum NanoRESP abordait la question de la demande « nanofree », c’est-à-dire de produits dépourvus ou privés intentionnellement de nanomatériaux manufacturés. Dans un contexte...

Se nourrir de plaisirs

L’alimentation n’est-elle qu’un objet de santé, de nutrition stricto sensu ? Où est passée la notion de plaisir ? Celui d’une assiette gourmande, celui de la convivialité, celui du marché, du...