Sécurité alimentaire et agrostratégies

Glyphosate : bras de fer entre ministres, députés, agriculteurs et ONG

Epandage glyphosate
Nicolas Hulot a affirmé sa volonté d'interdire le glyphosate dans les trois ans, faisant écho à la tribune de 54 députés LREM, à deux jours du vote de la Commission Européenne sur un éventuel renouvellement de la licence du fameux herbicide pour dix ans.
MISE A JOUR DU 25 OCTOBRE : 
Le vote tant attendu n'aura pas lieu. La Commission européenne a annoncé, mercredi 25 octobre, le report du vote sur le renouvellement de la licence accordée au glyphosate à une date ultérieure, sans davantage de détails. L'instance précise qu'elle va "réfléchir" après avoir pris note des positions des différentes délégations. Elle fixera "sous peu" une nouvelle date de réunion. La licence du glyphosate expire en décembre. Il faudra encore et encore attendre !
 
54 des 310 députés de La République en marche (LREM) ont demandé dans une tribune au Monde mise en ligne dimanche 22 octobre l'interdiction "le plus rapidement possible" du glyphosate dans l'Union européenne, au nom de "la santé de tous". Le lendemain lundi 23 octobre, le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot a proposé de limiter à "trois ans" le renouvellement au niveau européen de l'autorisation du fameux désherbant, faisant écho au vote des membres de la commission Environnement et Santé du Parlement européen jeudi 19 octobre. De leur côté, les agriculteurs sont anxieux de se voir proposer un vrai plan de transition préservant au mieux leur compétitivité.
 

La France votera contre, le Parlement soutient : une polémique qui dure

 
Cette prise de position intervient alors que les pays de l'Union européenne doivent se prononcer mercredi 25 octobre sur la réautorisation du glyphosate pour une durée de dix ans de cet herbicide très utilisé en agriculture dont la dangerosité est au cœur d'une controverse. En effet, le Centre international de recherche sur le cancer (OMS) l'a classé "cancérogène probable" en 2015, tandis que les agences européennes, l'Efsa et l'Echa, ont contredit ce résultat. La Commission Européenne s'était alors prononcée comme favorable à un renouvellement de la licence du glyphosate pour 10 ans au lieu des 15 ans habituels. Les avis étant divergents et le sujet délicat, le vote avait été reporté d'une période de 18 mois qui expire à la fin de l'année 2017.
 
Mais du point de vue de la France et du Parlement Européen, ce compromis de la Commission sur un renouvellement de la licence n’est pas suffisant. Ainsi, le Ministère de la Transition Écologique avait annoncé fin août 2017 que la France voterait contre. Lundi 23 octobre, Nicolas Hulot s’est à nouveau prononcé en faveur d’une limitation à trois ans de l’utilisation du glyphosate. « Ce sera, je l'espère, largement en dessous de cinq ans », a-t-il ajouté. « Ce qui m'intéresse, c'est tout ce qui se fait dans la fenêtre du quinquennat ». De son côté, le ministre de l'Agriculture Stéphane Travert s'est prononcé pour la réhomologation du glyphosate pour une durée de cinq à sept ans « de manière à accompagner les changements dans les pratiques agricoles ».
 
« La France votera contre le renouvellement de son utilisation pour dix ans et nous nous félicitons de la position responsable de notre pays », font valoir les députés LREM signataires de la tribune, parmi lesquels Matthieu Orphelin, ex-bras droit de Nicolas Hulot dans sa fondation, Sandrine Le Feur, agricultrice, le professeur en médecine Jean-Louis Touraine ou encore l'ex-ministre de l'Écologie Barbara Pompili. « Aujourd’hui, il est impossible de ne pas respirer ou ingérer du glyphosate », écrivent-ils, parlant de « véritable question de santé publique », mais aussi de péril pour la planète et « tout notre écosystème ». De leur côté, les membres de la commission Environnement et Santé du Parlement européen ont voté jeudi 19 octobre 2017 une résolution demandant à l'exécutif européen de retirer sa proposition en faveur d'un renouvellement de la licence du glyphosate, appelant eux aussi à une disparition progressive de la substance dans les trois prochaines années.
 

Les agriculteurs en colère : quelles alternatives proposer au glyphosate ?

 
« Pendant ces trois ans, on regarderait tout ce qu'on peut trouver en termes d'alternative et aider ceux pour lesquels l'utilisation du glyphosate est indispensable à se pencher sur d'autres pratiques et d'autres techniques », a proposé Nicolas Hulot. « De nombreux agriculteurs se passent déjà de glyphosate en le remplaçant par la rotation des cultures, un choix d’espèces adaptées ou des faux semis, couverts végétaux adaptés… », énumèrent les députés LREM signataires de la tribune. « Les alternatives sont déjà à notre portée et d’autres sont encore à développer », concluent-ils. Selon eux, le principal argument des défenseurs du glyphosate est qu'il « évite les passages mécaniques avant la mise en culture suivante. C'est effectivement le cas. Mais que voulons-nous vraiment ? », continuent-ils, appelant à mettre fin à un « système totalement dépendant des produits chimiques et qui arrive à bout de souffle » pour « inventer une agriculture d'excellence, qui combine qualité nutritionnelle, respect de l'environnement et santé publique. »
 
Des assertions trop floues au goût des agriculteurs, dont 250 avaient manifesté sur les Champs Élysées vendredi 22 septembre. « On ne peut sérieusement interdire le glyphosate sans alternatives crédibles aux plans technique et économique », protestait la Fédération Départementale des Syndicats d'Exploitants Agricoles de Seine et Marne (FDSEA 77) dans un communiqué, effrayés que l’interdiction du glyphosate rende l’agriculture française moins compétitive face aux importations de produits étrangers non soumis à ces interdictions. « La casse de l’agriculture va favoriser les importations massives de produits étrangers, détruisant la sécurité alimentaire tant revendiquée des français », publiaient-ils sur leur site le 25 septembre. « Élaborer une trajectoire, pourquoi pas », Dit la FDSEA 77, « mais une trajectoire de solutions et non d’interdictions. On ne gouverne pas juste avec des interdictions. L’heure n’est sûrement pas à mettre les agriculteurs dans des impasses techniques. »
 
Le vote de la Commission Européenne devrait avoir lieu mercredi 25 octobre… S’il n’est pas à nouveau repoussé, cette fois au mois de décembre.

Baroud des ONG

L'ONG environnementale Greenpeace a rencontré deux commissaires européens lundi 23 octobre à Bruxelles pour faire entendre la voix des 1,3 million de signataires d'une pétition demandant « une interdiction du glyphosate, une réduction générale de l'usage des pesticides et plus de transparence et d'indépendance dans les évaluations des risques posés par les pesticides ». La pétition ayant été signée par plus d'un million de personnes, elle devra être prise en compte, après vérifications, par la Commission européenne.
À l'issue de l'entretien, le directeur pour l'Europe de Greenpeace, Jorgo Riss, a accusé la Commission européenne de « privilégier les intérêts à court terme des entreprises chimiques à la santé des gens et à l'environnement ». Bruxelles « n'a pas agi pour répondre aux inquiétudes de scientifiques indépendants, de parlementaires et de plus d'un million d'Européens » concernant le glyphosate, « c'est une honte ! », a lancé M. Riss. « La recherche scientifique et l'expérience de milliers d'agriculteurs bio montrent que les pesticides et le glyphosate ne sont pas nécessaires », a martelé le responsable de Greenpeace.
 
Autre initiative, celle de 34 ONG qui ont envoyé une lettre ouverte au président de la République l’appelant à tenir ses engagements et à interdire le glyphosate. Et pour tous ceux qui estiment qu'"il n’y a pas d’autre alternative" que le glyphosate, une vidéo produite par l’ONG PAN Europe :
 
 

LIRE DANS UP : Arnaud Apoteker : « Il est plus que temps d’interdire le glyphosate »

Source : AFP
 

 

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