Sécurité alimentaire et agrostratégies

À quand une loi pour protéger les enfants de la malbouffe ?

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Fabricants et distributeurs ne manquent pas d’imagination pour cibler les enfants dans leur communication : organisation de fêtes d’anniversaire avec avalanches de bonbons et sucreries, étiquetages arborant dessins animaliers et jeux sympa, tout est bon pour inciter sans limite nos enfants à la malbouffe. Produits trop gras, trop sucrés, trop salés. C’est la santé des enfants qui est en jeu. Or, selon l’OMS, dans le monde, le surpoids et l’obésité touchaient en 2016, 41 millions d’enfants de moins de 5 ans et 340 millions d’enfants et d’adolescents âgés de 5 à 19 ans. En 40 ans, les cas d’obésité chez l’enfant et l’adolescent ont été multipliés par dix ! A l’occasion de la journée mondiale du diabète, le 14 novembre 2018, l’association foodwatch alerte sur la nécessité de protéger la santé des enfants, malades de la malbouffe. Il y a urgence à règlementer.
 
En France, plus de 3,3 millions de personnes sont traitées contre le diabète. Le diabète de type 1, pourtant rare, touche de plus en plus d’enfants. Le diabète de type 2, qui représente 90 % des cas de diabète, affecte surtout les adultes, mais il est de plus en plus présent chez les enfants et adolescents compte tenu de l’augmentation de la fréquence du surpoids et de la sédentarité chez les jeunes
« La vitesse de croissance du diabète est parmi les plus importantes des pathologies chroniques », selon le professeur Jérôme Salomon, directeur général de la santé au ministère des solidarités et de la santé. En France, un enfant sur six est en surpoids ou obèse et risque de le rester à l’âge adulte. En 2015, le diabète représentait un coût de 8 milliards d’euros pour l’Assurance maladie.
 

Poudre aux yeux

Selon l’association foodwatch, l’industrie de la malbouffe a toujours nié sa part de responsabilités dans l’explosion des maladies chroniques. Pourtant, un enfant sur trois en France consomme une quantité plus importante de boissons sucrées que celle recommandée par les organismes de santé publique. Certes, les fabricants signent des chartes, sorte de poudre aux yeux où ils jurent qu’ils ne ciblent pas les enfants avec leurs produits mal équilibrés. Mais ces chartes, volontaires, ne sont pas contraignantes et les experts s’accordent désormais à dire qu’elles n’enrayent en rien l’explosion des maladies chroniques.
 
Un récent rapport de l’OMS, sévère à l’encontre de la France, enfonce le clou, dénonçant l’inefficacité de la politique de santé publique française à protéger la santé des enfants. « Il y a aujourd’hui un large consensus – exception faite pour les industriels – face au problème : les mesures volontaires ne protègent pas les enfants de l’impact de la malbouffe sur leur santé ». Que ce soit l’OMS, la stratégie nationale de santé publique ou des rapports d’enquête parlementaire, tous recommandent une loi interdisant le marketing qui cible les enfants pour des produits trop gras, trop sucrés, trop salés. « Il est grand temps d’agir et de faire primer la santé des enfants sur les intérêts financiers des industriels de la malbouffe », insiste Mégane Ghorbani, responsable de campagne chez foodwatch.
 

Règlementation des marchands de malbouffe

Il semble admis que les marchands de malbouffe ne cesseront pas de promouvoir leurs produits auprès des enfants s’ils n’y sont pas contraints par une règlementation. L’organisation foodwatch a en effet interpellé plusieurs fabricants à coups de pétitions signées par des dizaines de milliers de consommateurs pour dénoncer leurs offensives auprès des jeunes publics. De LU (Mondelez) en passant par Capri-Sun (Coca-Cola) ou encore Nestlé, tous nient promouvoir leurs produits auprès des enfants. Dans les faits, ils ne manquent pas d’imagination pour les cibler dans leur communication : organisation de fêtes d’anniversaire pour les tout-petits (Lulu l’Ourson), campagnes de promotion publicitaire (Burger King pour qui grandir passe par la consommation de ses burgers), étiquetage ayant recours à une mascotte (Capri-Sun), des personnages animaliers ou de dessins animaliers (lapin de Nesquik), offre de jeux gratuits (Kellogg’s), advergames (Oréo), sponsoring ( McDonald’s), placement de produits (Coca-Cola dans le jeu vidéo FIFA), recours aux Youtubeurs (Fanta), etc.
 
Carte de la répartition des McDonald’s américains (13 000 restaurants aux USA) réalisée par le photographe Steve Von Worley
 
L’OMS alerte depuis des années sur le besoin de réglementer la publicité ciblant les enfants pour lutter contre l’obésité, et la Stratégie nationale de santé publique 2018-2022 prévoit de « limiter l’influence de la publicité et du marketing alimentaire sur les enfants en les réglementant et encadrer la promotion des marques associées à des aliments peu favorables au plan nutritionnel ».
 
Il semble avéré que seule une loi pourrait réduire l’exposition des enfants à des produits alimentaires dangereux pour leur santé. Cette loi permettrait d’interdire toute forme de messages publicitaires et activité promotionnelle (incluant sponsoring, placement de produit et promotion) ciblant les enfants de moins de 16 ans pour des produits alimentaires et des boissons trop riches en sucre, sel et/ou matières grasses, sur tout support de communication (télévision, internet, réseaux sociaux, jeux vidéo, étiquetage, etc.).
Des parlementaires ont déjà montré leur volonté de faire adopter une telle loi, lors des discussions sur le projet de loi agriculture et alimentation de 2018. Le gouvernement et les industriels s’y sont opposés. Le poids des lobbies a encore une fois gagné la partie ; une nouvelle occasion manquée.
 
 

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