Education et savoirs

L'OCDE alerte sur le niveau de qualité des enseignants en France

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Comment garantir à tous les élèves un enseignement de qualité avec des enseignants motivés ? Selon la 6e étude PISA de 2015, le problème en France ne serait pas celui de la « quantité » mais bien celui de la « qualité » d’enseignement. Analyse confirmée aujourd’hui par le nouvel opus PISA de l’OCDE : les inégalités de réussite des élèves, très marquées socialement en France, s’expliquent en grande partie par les disparités d’accès à des enseignants de qualité et que, dans les zones défavorisées, les établissements scolaires avec plus d’autonomie, pouvant recruter plus librement, subissent moins de pénuries d’enseignants. Explications.
 
Le rapport Effective Teacher Policies: Insights from PISA analyse les résultats de l’enquête PISA sur l’enseignement à l’échelle mondiale afin de montrer comment les pays peuvent améliorer la qualité et l’équité de l’éducation en s’assurant que tous les élèves bénéficient d’un enseignement de qualité. Le rapport propose également des analyses de la première enquête PISA menée auprès des enseignants, qui ont fourni des informations sur leur emploi, leur carrière et les chefs d’établissement.
En septembre 2016, une enquête inédite réalisée sur deux ans par 22 équipes de chercheurs français et étrangers, posait "un diagnostic sur les inégalités sociales et migratoires à l’école". Et constatait que malgré les politiques engagées, l'école française continue de "fabriquer de l'injustice scolaire". Et la 6ème édition de PISA en 2015 confirmait que le système éducatif français était toujours « moyen » tout en étant trop inégalitaire.
Élève moyen dans les années 2000, la France se place désormais en toute fin de palmarès pour les inégalités à l’école au sein de l’OCDE, révélait alors le Conseil national d'évaluation du système scolaire (Cnesco) dans cette même étude.
 
Pourquoi ? Notamment parce que, en France, l'école continue de moins bien traiter les élèves défavorisés dans les classes des réseaux d'éducation prioritaire. Dans ces établissements difficiles, les élèves sont également moins bien lotis, notamment parce que le nombre d'enseignants contractuels ou débutants qui y sont affectés a augmenté ces dix dernières années. Il y a par exemple deux fois plus d'enseignants de moins de 30 ans en éducation prioritaire qu'ailleurs. Les établissements difficiles, souvent en réseau prioritaire, reçoivent beaucoup d’enseignants débutants et subissent une forte instabilité des équipes. Le nombre de néo-titulaires affectés en établissements réputés « difficiles » a fortement augmenté depuis 2011, passant de 1 738 en 2011 à 3 185 en 2016. La proportion des néo-titulaires affectés dans ce type d’établissements a crû (20 % en 2011, 23,6 % en 2016). Outre le manque d’expérience pédagogique devant la classe, cette pratique a pour inconvénient d’accroître l’instabilité des équipes pédagogiques dans les établissements qui connaissent la plus grande difficulté scolaire (Source : Rapport de la Cour des Comptes - Octobre 2017).
 
On apprend également dans ce rapport que seuls 19 % des professeurs de lycées défavorisés sont certifiés, détenteurs d’un Capes ou de l’agrégation… contre 90 % de professeurs certifiés ou agrégés dans les lycées les plus favorisés. Un élève sur cinq dans les établissements défavorisés ( contre 1 sur 10 dans les établissements favorisés)  a donc face à lui des professeurs non qualifiés.
L’Education nationale embauche en effet des contractuels, souvent au pied levé et sans formation adéquate, pour « combler les trous ».
 
« Dans la plupart des pays, le code postal d’un élève ou d’une école reste l’un des meilleurs facteurs prédictifs de la réussite scolaire », a déclaré M. Andreas Schleicher, qui dirige la Direction de l’éducation et des compétences à l’OCDE, à l’occasion de la présentation du rapport à Madrid. « Cela montre que les pays peuvent renforcer l’égalité des chances s’il affectent les meilleurs enseignants - et pas uniquement plus d’enseignants - aux établissements les plus difficiles. Les politiques menées à l’égard des enseignants ont un rôle crucial à jouer pour l’avenir de millions de jeunes qui peinent actuellement à s’en construire un. ».
 
Les chefs d’établissement ayant répondu à l’enquête ont souligné que le manque d’enseignants qualifiés constituait un obstacle majeur à la lutte contre les désavantages et à l’amélioration de l’apprentissage. La plupart des pays et économies s’efforcent de compenser les handicaps des établissements défavorisés en mettant en place des classes plus petites et/ou des taux d’encadrement plus élevés. Pourtant, dans plus d’un tiers d’entre eux, les enseignants qui exercent dans des établissements défavorisés sont moins qualifiés ou moins expérimentés que ceux qui travaillent dans les établissements les plus privilégiés.
 
Les écarts de résultats scolaires liés au milieu socio-économique d’origine sont plus importants dans les pays où les établissements scolaires défavorisés emploient moins d’enseignants qualifiés et expérimentés que les établissements mieux lotis. Le rapport estime que des efforts peuvent encore être faits pendant la formation initiale des enseignants, pendant la phase de mentorat et dans le cadre du développement professionnel pour doter les enseignants des compétences qui leur seront nécessaires pour travailler dans des établissements défavorisés.
 
Dans les systèmes éducatifs les plus performants, les politiques à l’égard des enseignants partagent trois caractéristiques : une longue période obligatoire de formation pratique en classe avant de débuter, des possibilités de développement professionnel en cours d’emploi (avec, par exemple, des ateliers organisés par l’école) et des mécanismes d’évaluation des enseignants mettant fortement l’accent sur la formation continue. 
Ne faudrait-il pas également rendre plus attractifs les salaires des enseignants, notamment ceux qui iront exercer dans les zones les plus défavorisées, avec notamment des incitations financières, comme cela se pratique au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis ? C’était la proposition de Jean-Michel Blanquer en proposant une prime de 3000 € aux enseignants qui iraient dans les écoles prioritaires. Mais la prime tarde …

Plus d’autonomie dans la gestion des établissements

Les chefs d’établissement pouvant recruter leurs propres enseignants serait-il l’un des meilleurs moyens d’accroître l’équité entre établissements scolaires ? Cela irait dans le sens du ministre de l’éducation nationale, qui a plusieurs fois affirmé sa volonté de lancer le chantier de « l’autonomisation des établissements scolaires ».
En moyenne, dans l’ensemble des pays et économies ayant participé aux enquêtes PISA 2006 et 2015, le fait d’accorder aux établissements scolaires plus d’autonomie pour recruter leurs enseignants semble avoir débouché sur de meilleurs résultats scolaires, alors qu’une autonomie réduite a eu tendance à aggraver les résultats.
Les chefs d’établissement ayant plus de latitude pour adapter les responsabilités, les conditions de travail et la rémunération des enseignants sont également mieux à même d’attirer les meilleurs professionnels dans les classes les plus difficiles.
Pour l’OCDE, une autonomie accrue des établissements apporterait plus d’équité dans la répartition des enseignants.
 
Un second rapport, Skills in Ibero-America: Insights from PISA and TALIS, qui évalue la profession d’enseignant dans la région ibéro-américaine, montre que les pays doivent investir davantage dans leurs établissements scolaires et dans leurs enseignants, en s’appuyant sur la volonté de réforme de ceux-ci et en soutenant leur amélioration.

Soutenir et valoriser le métier d’enseignant

« La plupart des pays pourraient faire mieux en observant comment les enseignants sont affectés. Cela veut dire ne pas s’intéresser seulement au nombre d’enseignants mais aussi à leur qualification, leur expérience et leur efficacité. Beaucoup de systèmes pourraient aussi faire plus pour répondre aux besoins des enseignants, particulièrement les nouveaux, dans les établissements défavorisés » explique l’OCDE.
Comme le souligne l’étude internationale PISA, l’enseignant français travaille seul. Les professeurs ne sont que 3% à faire appel à un tuteur contre 13% en moyenne dans les pays de l’OCDE. 78% d’entre eux n’observent jamais le travail d’un collègue. Quant aux conditions de travail, elles ne cessent de se détériorer souligne un récent sondage publié par l’UNSA.  D’après les résultats, le métier enseignant serait aujourd’hui l’un des plus exposés aux risques psychosociaux. 7 enseignants sur 8 auraient du mal à trouver le sommeil à cause du travail et près d’un tiers trouverait ce métier épuisant….
 
Pourtant, le rapport révèle également qu’en moyenne dans les pays de l'OCDE, 4.2 % des élèves de 15 ans souhaitent devenir enseignants - une proportion bien supérieure au pourcentage actuel d’enseignants dans la population (2.4 %). Si, dans tous les pays, les filles sont plus susceptibles de vouloir enseigner que les garçons, les aspirations des unes et des autres dans ce domaine sont plus équilibrées dans les pays où les enseignants sont mieux rémunérés...
 
 

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