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L'édition augmentée peut-elle sauver le papier ?

smartpaper

Entre le monde de l'édition et la réalité augmentée, c'est le début d'une belle histoire. Non, le papier n'est pas mort. Il vit une seconde jeunesse, riche de promesses. Livres, journaux, publications imprimées, satellites de la galaxie Gutenberg... On ne cesse d'évoquer périodiquement leur fin prochaine. Le papier serait atteint d'une maladie de langueur et n'en finirait pas de mourir...

Ce constat prend un tour particulier au moment où naissent tous les jours des nouveautés numériques, toutes candidates au trône ébranlé par la poussée des technologies.

Et corrélativement, il est vrai que chacun ressent l'impression singulière d'une transformation silencieuse de cette vieille entité ancestrale qu'est l'édition papier. Une mutation silencieuse mais profonde, et lourde de conséquences. Le phénomène est en phase d'accomplissement ; il est partiellement occulté par le charivari de l'innovation, mais il se produit sous nos yeux et nous ne savons pas encore le déchiffrer.

e-Books, livres numériques, tablettes tactiles, web 3, 4 ou 5.0, tout concourt à rendre le papier obsolète. Ce vieux papier, tellement ringard sans liens, sans rich-média et autres éléments multimédia incontournables, qui font la richesse de notre monde d'hyper information. C'est ce, à quoi s'attendent tous les grands acteurs de l'édition et de la presse, qui s'empressent d'anticiper le mouvement. Ils ont plus ou moins bien abordé la vague d'Internet puis du livre numérique ; ils savent que le marché de l'édition numérique, même s'il fait de la résistance en France, gagne en puissance partout ailleurs.

Aux États-Unis, les ventes de livres numériques on progressé de 120 % en un an. Hachette vient de signer un partenariat avec Google sur l'édition numérique. Leur monde change ; mais ils savent aussi que les amoureux du papier seront toujours là.

Effectivement, il est quelques hurluberlus qui font de la résistance. Il existe encore des gens qui achètent des livres - papier- puisqu'il faut désormais préciser, qui aiment les lire, les sentir, les feuilleter, les caresser, les conserver pieusement ou les offrir amoureusement. Plus fou encore, il existe encore des individus bizarres qui achètent le journal ; non ils ne le lisent pas sur leur iPhone ou leur dernier iPad ; ils le froissent, le plient en quatre, se noircissent les doigts mais ne pourraient pour rien au monde s'en passer.

Sont-ils les derniers remparts d'un monde condamné ou les avant-gardistes d'une revanche programmée ?

LE LIVRE PAPIER ENRICHI PAR LE NUMERIQUE

Non, le papier n'est pas mort. Il a encore de beaux jours devant lui car il sait désormais s' « augmenter ». Grâce aux technologies de reconnaissance de formes et de reconnaissance sémantique, le papier peut aujourd'hui acquérir toutes les vertus du numérique en restant fidèle à sa nature. Inutile de lui rajouter des artifices superflus comme certains s'y sont employés avec ces horribles graffitis (les QR Codes) qui défiguraient les belles pages imprimées. Aujourd'hui la page imprimée, le papier dans toute son intégrité, est capable d'accueillir, d'un clin d'œil électronique, toutes les richesses possibles du numérique.

Nombreux sont ceux qui se sont essayés à l'exercice cherchant à reconnaître une image, simplement par sa forme comme le grand Google et son système Goggles. Mais aujourd'hui, il suffit de regarder une page imprimée quelle qu'elle soit avec l'œil d'un smartphone pour déclencher liens, images, informations complémentaires, vidéos, et toute la foule des moyens d'expression contemporains.

Autant de contenus contextualisés, organisés, partagés, dans de nouveaux outils de conception et d'édition mis facilement à disposition en ligne. Chaque page, chaque mot devient un déclencheur de nouveaux sens. Aussi simple qu'un clic. Beaucoup en rêvaient ; des chercheurs innovants et créatifs l'ont fait avec la solution SmartPaper, accessible à tout le monde depuis quelques jours.

Une révolution du papier est en marche. Et avec elle non seulement la sauvegarde de pans entiers de notre économie, mais la création de nouveaux champs d'expériences, de créativité, d'invention ; de nouveaux métiers à naître.

Imaginez. Tout ce qui est imprimé peut être augmenté, complété, acquérir de nouvelles dimensions de sens, de nouveaux axes d'expression. Un article de journal renvoie à une interview associée pour enrichir l'information. Un chapitre de livre s'ouvre sur la musique choisie par l'auteur, déclenche des sons, des univers nouveaux, des images. Le métier d'auteur deviendra bien vite plus riche, plus excitant, plus collaboratif aussi. Pourquoi ne pas imaginer le dernier roman de la prochaine rentrée littéraire enrichi par un réalisateur de talent. D'Ormesson enrichi par Wim Wenders... curieux non ? Les essais deviendront plus complets avec leurs remarques non plus marginales mais numériques. Les manuels scolaires sortiront enfin les élèves de leur torpeur. Les guides pratiques, les livres de cuisine.... Tous les rayons d'une bibliothèque ou d'un kiosque à journaux ne suffiraient pas pour décrire les usages infinis possibles.

Revanche du papier vous avez dit ? Métamorphose plutôt.

Cet article a été publié par LeMonde.fr