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Charlie Hebdo : même pas peur

information et médias

"Les artistes seront toujours plus forts que les intolérants" - Plantu

Cabu, Charb, Honoré, Tignous, Wolinski. Cinq parmi les plus talentueux caricaturistes de presse et de BD viennent d'être assassinés, avec d'autres journalistes comme Bernard Maris et des policiers, dans l'attentat contre Charlie Hebdo ce mercredi 7 janvier 2015. Un attentat pour tuer la fabrique de nos représentations communes nourrie de transgression, d'humour, et de dérision. Matière à penser. Esprit.

Avec ce drame, une ligne rouge a été franchie : en touchant ce poste avancé qu'est Charlie Hebdo, on écorche à vif la liberté de la presse, la liberté de vivre. On vient de toucher là un point sensible, celui de l'expression vitale aux communautés humaines.
Donner à voir librement le monde, c'est cultiver la diversité de la pensée, la réversibilité qui s'oppose au monolithisme des extrêmes ; c'est féconder les idées nouvelles, ouvrir des chemins de traverse, permettre par l'intelligence et le coeur de s'adapter aux changements, aux mutations ; c'est progresser, évoluer, en somme rester vivants à tous les sens du terme. Ici se trouve le moteur de la liberté d'innover qui nous est si chère à UP'. 

Après la stupeur, vient la colère puis l'analyse. Parce que cet attentat nous concerne toutes et tous. Il touche aux médias, il touche à la démocratie. Camus disait "s'il est vrai que les journaux sont la voix d'une nation, nous étions décidés, à notre place et pour notre faible part [au journal Combat], à élever ce pays en élevant son langage"Tuer des journalistes, des dessinateurs de presse, c'est frapper notre culture, notre imaginaire, notre élaboration du futur... Nous sommes tous devenus désormais Charlie Hebdo et nous devons le clamer fort pour hisser notre liberté au plus haut.

La caricature érigée en art

Informer en faisant rire prétend à une forme de peinture de l'Histoire, critique, insolente, souvent talentueuse et toujours sous noble indignation. Une fonction non seulement satirique, mais aussi artistique et politique, et un engagement indissociable du journalisme. La caricature montre des représentants "représentés", espace de reproduction et miroir déformant, mais aussi comme un espace spécifique de représentation, en prise directe avec le public et pouvant afficher des positions politiques proches des valeurs républicaines, tout en les illustrant.
Le dessin donne de l'évidence et de la magie aux histoires, petites ou grandes. L'humour permet de faire baisser les tensions, de faire respirer la démocratie. Une mise à distance vitale.
Des hommes de culture viennent donc de mourir dans le pays des Lumières et de la Liberté. Telle une frappe chirurgicale, on a coupé des têtes à penser, des têtes à rêver. Des hommes rares, précieux. On a tué des hommes de culture. C'est la perte d'un patrimoine inestimable. C'est ici la signature des barbares qui néantisent l'autre, le différent, en assassinant, en interdisant ou en abattant tous les Bouddhas de Banian.

Opération de guerre

La provocation, la caricature sont les armes nécessaires aux "soldats de la liberté" que sont ces dessinateurs caricaturistes, comme les dénomme Robert Badinter (Grand Journal Canal+ Mercredi 7 janvier 2015). Et c'est bien de guerre qu'il s'agit. Dounia Bouzar, anthropologue à l'Observatoire de la laïcité déclare "Oui, nous sommes en guerre. Tous les français sont en guerre pour garantir leur liberté".
Oui, il faut parler de guerre et refuser de faire entrer dans le strict champs de la pathologie mentale et de la folie ce type de barbarie. L'irresponsabilité n'est pas la racine de ces actes terroristes : ils sont parfaitement politisés, organisés et planifiés. A Paris, chez Charlie Hebdo, nous sommes face à une opération commando. Des armes lourdes, une détermination froide et le choix du moment : cette période de voeux. Une réponse peut-être à une des dernières caricatures du journal représentant un djihadiste : "Toujours pas d'attentats en France ? Attendez...on a jusqu'à la fin janvier pour présenter nos voeux."
Ce choix qui ne doit rien au hasard ne traduit-il pas la volonté de tuer aussi la projection vers le futur que sont ces voeux ? Comment peut-on souhaiter autour de nous "une bonne année" après ce qui vient de se passer ? Dessin de ©Thierry Vivien (Yodablog).

Alors, ils veulent la guerre ? Alors, ne restons pas pétrifiés. A nous d'opposer langages et symboles avec nos stylos, nos plumes, nos crayons de couleurs, nos claviers......"Je suis Charlie". Une déclaration incroyable répétée par millions dans les réseaux sociaux, affichée sur les places, les couvertures des journaux. Un cri devenu signe de ralliement pour agir ensemble contre l'intégrisme, la barbarie et la bêtise. Un cri pour protéger notre intégrité, déployer la pluralité de nos valeurs, incarner nos solidarités pour contrer la peur et l'amalgame pervers.

Si "nous sommes Charlie", c'est que nous sentons que nos vies sont arrimées à celles qui ont de l'audace et pétillent malgré les pires menaces. Ce traumatisme nous saisit et nous oblige.

Fabienne Marion, Dorothée Browaeys, Paule Pérez
Rédaction UP'Magazine

Hommage à Cabu, Charb, Tignous, Wolinski :

Hommage du Monde à Bernard Maris

Hommage des unes de la presse française

Hommage des unes de la presse étrangère

Hommage de grands dessinateurs de presse