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L’arsenal liberticide du Ministère de l’intérieur pour lutter contre le terrorisme

Free Wifi
Le Wifi gratuit à la terrasse des bistrots, ou les connexions partagées via Freewifi c’est peut-être fini. Le Ministère de l’intérieur vient en effet de faire la liste des mesures qu’il entend mettre en œuvre, dans le cadre de l’Etat d’urgence, pour lutter contre le terrorisme.
 
Une note interne du ministère de l’Intérieur, établie par la direction des libertés publiques et des affaires juridiques (DLPAJ), révélée ce weekend, évoque la possibilité d’« interdire les connexions wifi libres et partagées » durant l’état d’urgence et de supprimer « les connexions wifi publiques », sous peine de sanctions pénales.  
Dans le cadre de l’Etat d’urgence, la place Beauvau souhaite en effet mettre en œuvre une série de mesures permettant de mieux identifier les internautes et de capter leurs échanges. L’objectif du gouvernement est d’en finir avec l’anonymat sur internet. C’est la raison pour laquelle une série de mesure dont certaines ont un caractère fortement liberticide pourraient être proposées prochainement pour enrichir l’arsenal législatif contre le terrorisme.
 

Fini le wifi gratuit

 
Parmi ces mesures, celles concernant les connexions internet risqueraient de changer la vie de nombreux utilisateurs du réseau. L’idée consiste à permettre l’identification des personnes qui communiquent par Internet. Si cette mesure passe, il en sera fini des connexions sur les hotspots de Starbucks, McDo, des bibliothèques, jardins publics et autres lieux où l’on pouvait se connecter facilement.  Le projet envisage aussi de demander aux opérateurs de suspendre les connexions facilitées via les réseaux wifi partagés comme FREE wifi (trois millions de hotspots) ou SFR wifi. Une mesure à portée massive quand on sait que la France, avec plus de 13 millions de bornes publiques est championne du monde de l’accès public au wifi.
 
Pour Olivier Chicheportiche de ZDNet, « Il s'agirait d'une mesure sans précédent dans un pays comme la France où les réseaux ouverts sont extrêmement nombreux. Servent-ils de support pour les terroristes ? On ne le sait pas mais on peut s'interroger sur l'utilisation à des fins terroristes d'outils intrinsèquement ouverts et peu discrets ».
 

Fini l’accès anonyme pour les lanceurs d’alerte

 
Une autre mesure choc est envisagée, celle-ci concernant moins de monde ; il s’agit de l’interdiction des réseaux Tor en France. Rappelons qu’il s’agit d’un logiciel de navigation permettant aux internautes de surfer dans le plus parfait anonymat, sans crainte d’identification de leur adresse IP.  Ce type de réseaux est certes utilisé par ceux qui ont quelque chose à cacher, mais aussi par des journalistes, des lanceurs d’alerte ou des défenseurs des droits des citoyens. La plateforme de lanceurs d’alerte « Source sûre » ouverte par plusieurs grands médias dont Le Monde fait appel à cette technologie pour préserver l’anonymat de ceux qui souhaitent communiquer des informations sensibles.

LIRE SUR UP : Lancement de la plateforme pour lanceurs d'alerte "Source sûre"

Autant il sera assez facile pour le gouvernement de mettre en œuvre la limitation du wifi public, autant il lui sera plus ardu de convaincre les opérateurs de Tor qui fonctionnent dans un réseau mondial. La Chine s’y est essayée avec un succès très mitigé.
 

Fini la téléphonie sur Internet

 
Dans l’arsenal des mesures envisagées, la note du ministère de l’intérieur vise aussi les applications de téléphonie sur internet utilisant la voix sur IP (VoIP). Ces applications au premier rang desquelles figure l’application Facetime d’Apple utilisent des procédures de chiffrement dites « de bout en bout » afin de conserver l’anonymat des utilisateurs. Ce chiffrement est inconnu même de l’opérateur.
 
Adrienne Charmet-Alix de la Quadrature du Net interrogée par Rue89, se désole de ces mesures : « Ce n’est malheureusement pas très étonnant. Sur le chiffrement et Tor, on s’y attend depuis un an et demi. Sur le wifi public, là c’est n’importe quoi. Depuis Hadopi, il n’y a plus de wifi en total libre accès. Il faut s’identifier, au moins avec une adresse mail. Je ne vois pas en quoi ça peut faire diminuer le terrorisme. »
 
 
D’autres idées destinées à lutter contre le terrorisme figurent dans la note du ministère, véritable liste de Noël des services chargés d’assurer notre sécurité. Parmi ces mesures, citons l’installation systématique d’un GPS sur toutes les voitures en location, la conservation des fadettes pendant deux  ans contre une année aujourd’hui, l’élargissement des possibilités de vidéo surveillance dans les lieux publics ou l’utilisation des fameux IMSI-catchers, ces aspirateurs de données d’un téléphone portable, sans autorisation judiciaire.
 
Toutes ces demandes ne seront vraisemblablement pas obtenues lors de la discussion de la loi sur l’état d’urgence programmée en janvier. Mais elles vont dans le sens d’un durcissement des outils mis à disposition des services de sécurité. Certains d’entre eux sont légitimes, d’autres risquent de limiter fortement les libertés dont nous jouissons. Remarquons enfin que les limitations de l’accès à Internet vont carrément à contrecourant de la fameuse « confiance dans le numérique » chantée par Emmanuel Macron et Axelle Lemaire. Les français accepteront-ils de payer ce prix pour leur sécurité ?
 

MISE A JOUR DU 9 DECEMBRE 
Le Premier ministre français Manuel Valls a assuré mercredi 9 décembre au mico de BFM-TV et RMC  que l'interdiction des accès à internet via des Wifi publics n'était "pas une piste envisagée" par le gouvernement, en écartant également une interdiction de l'outil d'anonymisation sur internet TOR. 

"Non, l'interdiction du Wifi n'est pas une piste envisagée aujourd'hui, je vous le confirme", a insisté Manuel Valls. "Internet est une liberté, est un moyen extraordinaire de communiquer entre les gens, c'est un plus pour l'économie", souligne-t-il, rappelant qu'il était "aussi un moyen pour les terroristes de communiquer et de diffuser leur idéologie totalitaire". 
"Que la police regarde l'ensemble des aspects qui permettent de mieux lutter contre les terrorismes, bien évidemment, mais il faut prendre des mesures efficaces", a déclaré M. Valls.
Quant à une interdiction du système TOR, qui permet d'empêcher l'identification d'un internaute via son adresse IP, le Premier ministre a également dit qu'il n'y était pas favorable.

 
Charles-Elie Guzman, UP’ Magazine