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Il y a 27 ans, Tim Berners-Lee inventait le web. Aujourd’hui il veut réinventer Internet.

Tim Berners-Lee
Les pionniers du web, et au premier rang d’entre eux, Tim Berners-Lee, « Sir » Berners-Lee, ne reconnaissent plus aujourd’hui leur bébé. Le web qu’ils ont inventé il y maintenant vingt-sept ans est devenu un vaste espace de contrôle et d’espionnage à grande échelle. Il est urgent de le réinventer.
 
Quand il a créé la première page web de l’histoire, Tim Bernes-Lee avait un rêve, celui de changer le monde, d’améliorer la vie sociale en permettant aux citoyens de s’informer d’avantage et plus facilement, de partager leurs connaissances, d’entrer plus facilement en contact avec les autres pour construire un immense réseau mondial d’intelligence. Dans une interview au New York Times, Tim Berners-Lee avoue sa déception. Le web est devenu une machine libérale qui favorise les plus gros au détriment des plus petits, une machine qui permet aux États et aux très grandes entreprises de prendre toujours plus de contrôle et d’imposer leur superpuissance.
 
Les États peuvent imposer leur puissance en bloquant des sites internet, en traquant les communications, en géolocalisant et écoutant tout le monde ; les grandes majors du Web, elles, sont encore plus puissantes que les États, imposant leur contrôle sur toutes les populations du monde, concentrant toute l’information entre leurs mains, récoltant par masses immenses les moindres données et informations de leurs utilisateurs.
 
Ce monde orwellien, Tim Berners-Lee ne l’a jamais voulu et il le révulse. Il veut que l’on réinvente le web. C’est donc accompagné de grandes figures de l’âge d’or de l’Internet que Berners-Lee a participé à la conférence Decentralized Web Summit qui s’est tenue à San Francisco la semaine dernière. Parmi les experts conviés, Brewster Kahle, fondateur d'Internet Archive et Mitchell Baker, présidente de la Mozilla Foundation. Mais aussi Vint Cerf (vice-président et «chief evangelist» chez Google) et Van Jacobson, tous deux co-inventeurs du protocole TCP/IP et donc d'une des bases d'Internet. En tout, plus de 300 personnes se seraient mobilisées pour participer à cette réflexion commune sur l'avenir du Web.
 
 
Brewster Kahle, fondateur de l'Internet Archive, centre gauche, et Tim Berners-Lee, qui a inventé le World Wide Web, centre droit, avec d’autres participants du Decentralized  Web Summit (photo : Jason Henry pour The New York Times)
 
 
« Edward Snowden a montré que nous avions conçu par inadvertance le plus grand réseau de surveillance au monde, en créant le Web ». C’est le constat -triste- que fait Brewster Kahle  au New York Times. L’inquiétude de Tim Berners-Lee se focalise sur la domination des grands réseaux sociaux, d’un seul grand moteur de recherche. Pour lui, le problème n’est pas technologique, il est social.
Il faut donc trouver les moyens de passer entre les « mailles du filet », d’échapper à ces entreprises de domination pour retrouver un web plus libre et aéré.
 
A l’occasion de cette conférence, plusieurs solutions ont été envisagées. Le recours à la technologie de la Blockchain pourrait, selon les experts réunis, aider à décentraliser le web. Plus besoin de payer pour mettre dans des espaces sécurisés détenus par de grandes compagnies ses données sensibles, plus besoin de passer par des intermédiaires ou des plateformes comme iTunes ou Amazon pour vendre ses créations. Plus besoin non plus de passer par la publicité pour financer les sites : en recourant à des systèmes de blockchain, chacun pourrait payer le contenu à l’unité, simplement, d’un geste et permettre ainsi à une multitude de site de monétiser leurs offres.
Pour échapper au contrôle de plus en plus centralisé du web, pourquoi suggère Tim Berners-Lee, ne pas abandonner le protocole http. « Il n’est pas gravé dans le marbre », dit-il. D’autres protocoles permettant d’échapper aux contrôles pourraient et devraient voir le jour.
 
Pour tous ces pionniers du web, Internet fonctionne encore sur les technologies de l’ancien monde : les sites sont hébergés sur des serveurs et l’informations passe à travers le réseau. Si l’on ferme un serveur, le site n’est plus disponible. C’est ce que font nombre d’États comme la Chine dans leurs tentations de censure et de contrôle. Cette architecture n’a pas changé depuis l’invention du web. Il est temps de réfléchir à de nouvelles formules. Pour inventer le web d’un nouveau monde.