UP' Magazine L'innovation pour défi

démocratie participative

Quelles innovations démocratiques possibles pour changer de monde politique ?

Le colloque international du Gis Démocratie et Participation va se tenir les 26, 27 et 28 janvier 2017 sur le thème des expérimentations démocratiques actuelles : convergences, fragmentations, portées politiques. Un diagnostic est de plus en plus partagé : la démocratie est à refaire. Saisir les multiples formes de participation dans les expérimentations démocratiques qui foisonnent pour donner consistance aux transitions en cours, implique alors de prêter attention, tout autant qu’aux transformations de l’action publique, à la production par l’action citoyenne d’alternatives sociales, économiques et politiques aux problèmes communs.
 
Le Colloque aura en priorité une visée de connaissance : donner une vision d’ensemble de la multiplicité des expérimentations citoyennes contemporaines. Le colloque a également le projet analytique de dégager leurs spécificités : leurs caractéristiques communes, les dynamiques de fragmentations comme les capacités de rapprochements d’initiatives proliférantes. Dernière l’ambition, celle d’interroger leurs significations politiques, leurs potentialités de transformation de l’action et de la décision publiques et, plus profondément, d’identifier dans les multiples expériences récentes ou en cours les voies d’un renouvellement de la démocratie et des pratiques sociales, économiques et politiques qui la caractérisent.
Il combinera un format à la fois académique, nécessaire pour répondre aux attentes de conceptualisation exprimées par les acteurs, et un format largement ouvert favorisant la réflexivité sur les initiatives qui seront présentées de multiples manières (ateliers, forums, vidéos, stands, expo…) et mises en discussion.
 
Un appel à contributions a été diffusé et les réponses permettront, dans la diversité de leurs formats, d’explorer les défis de l’action citoyenne — agir, pouvoir, savoir, redistribuer, s'émanciper — et les enjeux démocratiques des transitions énergétique, écologique et numérique.
Le Colloque débouchera sur la rédaction d’un « Manifeste » définissant les nouvelles orientations du Gis Démocratie et Participation et ses modes de coopération avec les acteurs de la participation.
 
Pour le groupement d’intérêt scientifique Démocratie et Participation (créé en 2009 par le CNRS), ce colloque entend marquer un tournant, une nouvelle fondation dans un contexte d’urgence démocratique. Bien au-delà du programme de « démocratisation de la démocratie » qui a d’abord fédéré une communauté d’études de la participation, les transitions énergétiques, écologiques et numériques en cours ouvrent sur la question d’une transition démocratique alors qu’à rebours, une évolution vers un régime autoritaire n’est plus à exclure. Partout où la démocratie s’incarne seulement dans un régime politique, voire se réduit à n’être qu’un système électoral, la défiance mine les institutions politiques et suscite des demandes de retour à l’autorité. Tous ceux, au contraire, pour qui la démocratie consiste à faire société, expérimentent de nouvelles formes politiques et économiques, s’emparent des nouvelles technologies pour renouveler l’expérience de la citoyenneté et inventer les pratiques du commun.
 
La crise politique est profonde, l’innovation démocratique vive. Paradoxe apparent qui s’éclaire dès que l’on considère la triple nature de la démocratie : à la fois régime de représentation politique, système d’institutions publiques assurant la cohésion de la société, et ensemble de formes de vie collective, de manières d’être au monde et de vivre ensemble fondées sur le respect inconditionnel de l’égalité.
 
Des jardins partagés aux sciences participatives, des Civic tech à l’économie sociale et solidaire, des fablabs aux mouvements des places, du retour du tirage au sort au do it yourself democracy, des chantiers participatifs au gouvernement ouvert, de nouvelles formes de représentation, de citoyenneté, de nouveaux modes de gestion des communs s’inventent ou se réinventent.
Ces pratiques sont-elles vouées à rester parcellaires, fragmentées, toujours à refaire ? Des convergences et des permanences se dessinent-elles ? Comment penser une démocratie ouverte sur le faire ?
L’objectif du colloque est de dresser une cartographie des concepts et des initiatives, un état des lieux des multiples expérimentations démocratiques ; d’établir des liens éclairant les dynamiques contradictoires en cours ; d’interroger le sens de ces expérimentations : où (en) est la participation aujourd’hui ?
Aucun des moments du Colloque n’est réservé soit à des « chercheurs », soit à des « praticiens ». Il s’agit au contraire de mettre à l’épreuve ensemble le sens des initiatives et des expérimentations, et les perspectives réflexives qui s’avèrent pertinentes pour les penser. Les réponses à l’appel à contributions peuvent émaner, séparément ou conjointement, de chercheur.e.s et d’acteurs-actrices de la participation, et prendre la forme de communications, de retours critiques d’expériences, de témoignages réflexifs, de dialogues/entretiens, de vidéos, de stands d’exposition, d’affichages, etc.

Interroger les enjeux d’une transition démocratique

L’activité du Gis a mis l’accent sur la double contradiction qui traverse les phénomènes participatifs : celle opposant l’institutionnalisation (et la professionnalisation) de la participation du public aux processus décisionnels et les pratiques informelles de participation, porteuses d’une critique du politique et de la décision ; celle opposant l’investissement de la participation par les mouvements sociaux comme vecteur d’empowerment, d’émancipation, et l’usage de la participation comme instrument de gouvernement de l’action publique et des conduites sociales.
 
L’actualité renouvelée des revendications d’interpellation citoyenne, de pouvoir d’agir et le questionnement des formes institutionnelles aptes à les reconnaître impliquent que les études de la participation en démocratie saisissent les phénomènes de manière large : au-delà de l’analyse de dispositifs envisageant la « démocratie participative » comme réponse à la crise de la démocratie représentative, il convient de prêter attention à la multiplicité des revendications des mouvements sociaux et de collectifs multiformes (fonds d’interpellation citoyenne, droit d’initiative populaire, tirage au sort, expertise solidaire…) et à la diversité des formes de participation sociale et politique.
Il convient également de questionner la « nouveauté » de ces phénomènes : en quoi poursuivent-ils ou transforment-ils des mouvements plus anciens (élargissement de la citoyenneté issu des mouvements féministes, notamment), et réactivent-ils dans leurs pratiques des interrogations ou expérimentations déjà éprouvées ou tentées ?
 
Mais s’affirment aujourd’hui des enjeux entièrement nouveaux qui bouleversent l’appréhension de la participation, et de nouvelles critiques se font jour. Les enjeux massifs des diverses transitions énergétique, écologique, numérique redistribuent les débats sur le politique, redessinent la citoyenneté et ses pratiques, réinterrogent l’égalité et la justice sociale, mettent l’accent sur la démocratie comme forme de vie, et nourrissent la revendication d’« une démocratie réelle maintenant ! », au-delà de la visée de démocratiser — ou même de radicaliser — la démocratie et ses institutions. Pas un pan ou champ de la vie politique, sociale et économique n’échappe aux conflits et luttes sur ce qu’est « faire société » et ce que participer veut dire pour y donner sens. Un colloque donc qui propose d’explorer les défis de l’action citoyenne, d’interroger les enjeux d’une transition démocratique autour précisément des questions suivantes.

Agir (ensemble)

Débattre, produire, fabriquer, consommer, offrir des services, aménager des espaces publics, des lieux communs, apprendre, échanger, partager… : que font les citoyens ensemble et désormais en dehors des cadres institutionnels et sociaux conventionnels ? Par-delà les objets, actions, services faits ensemble, que nous apprennent ces expérimentations sur l’action sociale, économique et politique contemporaine, sur leurs conditions de réalisation et sur le sens dont elles sont porteuses ? Comment saisir également les « confluences perverses », quand des pratiques similaires se déploient au nom de projets politiques très différents : l’horizon visé est-il alors celui d’une émancipation collective ou bien strictement individuelle ? Comment la question de la « responsabilité » est-elle pensée dans ses liens avec les enjeux démocratiques ?
 
La problématique des communs (commons), au cœur des transitions en cours, déplace l’attention vers la construction de nouveaux partenariats dans des processus ascendants d’innovation sociale et écologique utilisant largement le numérique. L’émergence des fablabs et le « mouvement » du do-it-yourself comme de multiples initiatives (jardins partagés, AMAP,…) renouvèlent les rapports à la création, à la production et à la consommation, et signalent la montée d’une « démocratie du faire », de nouvelles formes d’engagement qui ne se pensent pas d’emblée comme politiques.
Pour autant — les débats sur l’économie de la fonctionnalité, sur la sobriété, sur la décroissance en témoignent —, ces initiatives pointent vers la question de l’éthique des besoins, les conditions et les indicateurs d’une vie heureuse, et les manières d’en délibérer collectivement du local au global. Plus généralement, la question des communs invite à être attentif à toutes les activités consistant à « mettre en commun », au travail coopératif nécessaire pour organiser le partage et la mutualisation des ressources et des données, aux nouvelles manières de « faire société ». La question de la participation se trouve ainsi engagée dans de nouvelles conceptions de l’agir. Mais, à l’opposé des nouvelles formes de solidarité mise en œuvre par l’économie sociale et solidaire, le credo libéral : être l’« entrepreneur de soi-même » se répand, survalorisant l’entrepreneur, l’initiative et l’aventure individuelles, et prônant la disparition de l’entreprise comme institution.

Pouvoir(s)

Comment les formes d’auto-organisation du social affrontent-elles la question du/des pouvoirs (en leur sein et dans leurs interactions avec les autres) ? Quels obstacles rencontrent les capacités d’action autonome ? En quoi transforment-elles les rapports de pouvoirs ? Y a-t-il là des contre-pouvoirs annonciateurs de formes inédites de représentation politique ? Comment repérer et critiquer les formes de subversion des mots et des pratiques, là encore au service de projets politiques non seulement variés, mais radicalement opposés ?
 
Après plus d’une trentaine d’années d’innovation et d’institutionnalisation, la participation se retrouve sous le feu des critiques tant par ses détracteurs qui en dénoncent les excès que par ses partisans qui en déplorent les limites. D’une part, avec la crise économique et la critique d’un excès d’exigences normatives, le « droit à la participation » constitutionnalisé avec la Charte de l’environnement est présenté comme un obstacle à la croissance et au développement. D’autre part, les espoirs déçus des dispositifs institués alimentent les critiques d’une instrumentalisation de la participation au service des pouvoirs et aux dépens de résultats significatifs dans les secteurs d’action publique concernés.
 
Ces critiques convergent, en particulier à la faveur de la montée du concept d’anthropocène dans les sciences humaines et sociales, vers la compréhension de la participation dans ses formes instituées comme contribuant au renouvellement de la gouvernementalité propre au néo-libéralisme. Elles témoignent des limites des expérimentations et de leurs points aveugles, et ramènent les enjeux sur le terrain politique d’une conflictualité que la concertation ambitionnait de dépasser par le dialogue et la recherche de solutions négociées. Dans le champ de l’environnement, le renouveau des conflits territoriaux est marqué par l’émergence de formes radicales de critique opposant l’occupation des sites à la participation, et questionnant le partage d’un monde commun dans lequel débattre aurait un sens, voire refusant le débat. Pour les grandes entreprises, l’opportunité de la participation est affaire de réputation et de stratégie dans la reconfiguration progressive des rapports entre parties prenantes. L’interaction problématique entre stratégie et éthique du dialogue mérite examen.
 
Mais on assiste également à l’émergence d’une novlangue aseptisant la dimension critique de la participation et les aspérités de la démocratie : on parle d’« agendas positifs » au lieu de conflits, de « société inclusive » au lieu d’inégalités, de nudges, et l’on promeut un paternalisme comportemental par les « petits gestes », au lieu de délibérations sur les choix collectifs, etc. La subversion des mots de la démocratie culmine avec la préemption de la catégorie de peuple, originairement porteuse du conflit démocratique, par un ensemble de discours populistes, anti-démocratiques et xénophobes, et la récupération du thème de la participation par l’extrême droite. En privant les citoyens des mots nécessaires pour réfléchir les rapports entre l’agir et le pouvoir, de tels renversements accompagnent l’évolution de nos sociétés vers ce que certains ont nommé « post-démocratie », d’autres « dé-démocratisation ».

Savoir(s)

Qu’en est-il d’un renouvellement des formes de production de la connaissance (ex. sciences citoyennes) et de diffusion des savoirs (ex. MOOC) ? Quelles transformations des rapports entre autorité des connaissances scientifiques et ouverture du débat démocratique s’opèrent quand les politiques publiques (environnement, santé, éducation) entendent s’ancrer dans une citoyenneté renouvelée (démocratie écologique, démocratie sanitaire, etc.) ? Quelles relations entre les divers savoirs, connaissances, expertises et normes dans ces politiques ? Comment repenser les pratiques de recherche pour renforcer leur caractère démocratique, tant dans leur production que dans leur diffusion ? Quelles relations instaurer entre chercheurs et acteurs pour prendre au sérieux la question du croisement des savoirs ? Dans quelle mesure celles-ci participent-elles à la réflexivité démocratique ? Reconnaître l’existence de savoirs différents permet-il de fabriquer de la connaissance sur la société pour peser sur sa transformation ? Que dire des effets d’apprentissage des expérimentations citoyennes, de leur capitalisation, de leur transmission ?
 
Les expérimentations démocratiques questionnent les modes de production des connaissances. Avec le numérique, l’essor de la recherche participative ou des sciences participatives — termes qui se sont largement diffusés en seulement quelques années — signale le bouleversement des possibilités de production et de collecte de données pour la recherche, et des formes de production et de circulation des connaissances. La question de la participation des citoyens ordinaires à la science reste pourtant une question controversée, bien plus que celle de la participation politique au sens large. Car elle met en cause une frontière, voire une hiérarchie, entre les « citoyens ordinaires » et les experts, donc le monopole de la production de la connaissance par les scientifiques professionnels. Le croisement des savoirs est également controversé car il interroge les rapports sociaux inégalitaires en jeu dans la reconnaissance de savoirs de types différents. La participation des citoyens ordinaires à la science est toutefois, autant que la participation politique, une question de démocratie. Elle touche au caractère public et ouvert de la science comme (bien) commun. Car, dans le même temps où foisonnent des initiatives citoyennes, des offensives agressives des majors du numérique, de la santé, de l’édition scientifique, etc., façonnent des modes de vie, des manières de travailler et, avec l’appropriation privative des données moissonnées notamment, redéfinissent les manières de produire la connaissance et ses finalités.

(Re) Distribuer (les places, les rôles sociaux, les ressources, les capacités…)

Dans quelle mesure les expérimentations citoyennes inventent-elles des formes inédites d’organisation, d’auto-organisation ? Jusqu’où s’affranchissent-elles des organigrammes traditionnels, des mécanismes de redistribution, des systèmes de protection sociale ? Inventent-elles d’autres formes de redistribution ? Sont-elles propres à mieux reconnaître les capacités des individus et des collectifs ? Quels sont leurs effets en termes de justice sociale ?
 
Les limites du PIB comme indicateur de performance économique et de progrès social, les débats sur les indicateurs alternatifs du bien-être, du bonheur et, plus globalement, sur la décroissance, sont d’abord d’ordre démocratique, avant même d’être économiques, et mettent au premier plan la question de la délibération collective nécessaire pour réorienter l’économie. C’est particulièrement le cas avec la nouvelle économie numérique qui développe des manières inédites de travailler, de connaître et d’agir. Le numérique outille de larges communautés distribuées et appuie des formes novatrices et puissantes de participation, de mobilisation et d’action collective. Cependant, plusieurs directions des technologies de l’intelligence collective et de l’« économie du partage » se confrontent. Les débats ouverts sur l’« uberisation » de la société, sur l’« économie de plateforme », se structurent autour de l’opposition entre le collaboratif et le coopératif (formes collaboratives de consommation vs formes coopératives de production) et soulèvent la question des valeurs qui sous-tendent ces nouvelles formes économiques.
La dimension collaborative de la nouvelle économie peut se limiter à des formes d’intermédiation entre consommateurs et offreurs de services, voire se transformer rapidement par la concentration financière des offreurs en une économie de prédation. Par ailleurs, les débats sur les rapports entre travail et emploi, ressources et revenus (avec les propositions de revenu universel / inconditionnel / contributif…), sur les articulations entre cotisation sociale (salariale) et contribution via l’impôt et sur la question des activités utiles à la société, interrogent la participation dans sa triple dimension de prendre part, apporter une part et bénéficier d’une part.

 (S’) Émanciper

Quelle est la base sociale des expérimentations citoyennes et comment la visée d’émancipation est-elle partagée par différentes catégories d’acteurs et permet-elle de sortir de la position de « bénéficiaire » ? Quelles formes de réflexivité, y compris des gens « ordinaires » impliqués dans l’action, mettent-elles en œuvre ? Avec quels effets sur les individus et les acteurs sociaux ? Comment des initiatives locales produisent-elles des règles démocratiques, des innovations institutionnelles généralisables à plus large échelle ? Quels types de sujets politiques la participation façonne-t-elle : des citoyens critiques ou à l’inverse des sujets dociles et apolitiques ? Que dire de contre-mouvements non progressistes qui de la même façon prétendent s’affranchir des cadres sociaux et démocratiques traditionnels ? Comment la pensée du/de la politique est-elle transformée, ou non, dans et par ces pratiques ?
 
L’émancipation revient au centre des préoccupations des citoyens et est réinvestie comme référent majeur des expérimentations démocratiques actuelles qui valorisent l’autonomie, le pouvoir d’agir et l’intelligence collective. Les initiatives citoyennes expérimentent des modes de transparence, d’écoute bienveillante, d’horizontalité, favorisant l’inclusion radicale, l’égalité, la coopération, la légitimité du faire. Elles confrontent les décisions et la délibération publiques à de nouvelles exigences : bien commun, utilité sociale et environnementale, responsabilité… les conduisant à devoir intégrer et reconnaître les compétences ordinaires des citoyens et les inclure dans l’élaboration de critères pertinents du bien-être.
 
Les expérimentations démocratiques alimentent ainsi de nouveaux processus de subjectivation politique, de nouvelles pratiques réarticulant les individus et les collectifs à la politique. Les formes de mise en lien d’initiatives venant d’horizons très éloignés sont porteuses d’une redéfinition du politique, plus horizontale, non hiérarchique. Elles constituent aujourd’hui un socle d’expériences disponibles, instrumentées pour pouvoir faire fonctionner autrement la démocratie. Il convient dès lors de s’interroger sur ce qui fait société dans ce qu’elles mettent en œuvre, sur les ponts à construire entre elles, sur la manière dont elles produisent concrètement de l’émancipation. En effet, certaines formes collaboratives, que ce soit entre habitants d’un quartier populaire ou entre participants d’un chantier autogéré, n’ont ni ne visent forcément une traduction politique à proprement parler. Comment les prendre en compte dans les débats actuels sur la démocratie et la participation, sans les labelliser comme politiques « malgré elles » ? Dans quelle mesure ces formes et pratiques obligent-elles à repenser la question même de ce qui « est » ou « fait » politique ?
 
Des militants, des professionnels cherchent par ailleurs via la participation un moyen de renouer avec les principes de l’éducation populaire, dans une visée d’émancipation des précaires, des discriminé.e.s, etc. Pour autant, les dispositifs participatifs qu’ils mettent en œuvre peuvent rester tributaires d’un arbitraire institutionnel, d’une « injonction à l’autonomie », et redoubler au contraire les inégalités. Des conceptions de la citoyenneté selon lesquelles c’est aux individus de s’adapter au langage et aux pratiques citoyennes légitimes — et non aux institutions de reconnaître un pluralisme d’engagements citoyens et de s’ouvrir à la critique — freinent les processus d’émancipation.

Demain, la démocratie

C’est à l’appréhension de ces nouveaux enjeux et de ces nouveaux débats — qui réclament des témoignages et des élaborations normatives, des partages d’expériences et des approches historiques, des croisements disciplinaires et des enquêtes à perspectives multiples… — que les réponses à l’appel à contributions proposeront de travailler. L’introduction du premier Congrès du Gis Démocratie et Participation, en 2011, questionnait la diffusion de la démocratie participative : « beaucoup de bruit pour rien ? » Serait-on conduit à cette même interrogation face à la prolifération des expérimentations démocratiques aujourd’hui ? L’image d’un « archipel de la participation » est souvent utilisée pour donner une vision d’ensemble d’initiatives citoyennes entreprises par des communautés pas ou faiblement articulées et sans centre. C’est bien l’enjeu du Colloque de saisir où (en) est la participation aujourd’hui, de tenter de préciser ce qu’annonce le foisonnement des expérimentations démocratiques pour demain.
 
L’expérimentation est aussi un mode de gouvernance très contemporain, qui nous pousse à réfléchir plus avant sur le passage de l’expérimentation à la normalisation. Quel est le point commun entre les plateformes marchandes, type Uber, les initiatives de participation collective de citoyens à la définition de politiques publiques, les fablabs ou les chantiers d’habitat participatif ? Comment caractériser les trajectoires de ces expérimentations citoyennes : pourquoi certaines durent-elles, s’institutionnalisent, pourquoi certaines s’inscrivent-elles dans un fonctionnement capitaliste alors que d’autres s’ancrent dans l’économie sociale et solidaire ? Quels horizons politiques de transformation sociale ouvrent ces trajectoires différenciées ? Quelles formes de production du politique (ré)inventent-elles ?
 
Les nouveaux enjeux et débats succinctement pointés ci-dessus ont déplacé considérablement les manières d’appréhender la participation. Ils n’en confirment pas moins un positionnement de départ du Gis Démocratie et Participation : considérer la participation comme une entrée privilégiée, un point de passage obligé pour analyser les transformations de la société, plutôt que comme un objet prédéfini par une approche normative de la démocratie. Aussi, la dernière séquence du Colloque n’a-t-elle pas vocation à proposer un modèle idéal de démocratie. Mais elle rassemblera les témoignages, les éléments d’analyse discutés dans les autres séquences du colloque pour explorer les portées politiques des expérimentations démocratiques soumises à examen, et approfondir la manière dont chercheur.e.s et acteurs-actrices de la participation peuvent travailler ensemble au renouvellement de la démocratie.
 
Il s’agira de préparer l’écriture d’un Manifeste d’orientation pour les études de la participation en démocratie, en collectant les idées essentielles à sa rédaction postérieure au colloque, avec l’aide des personnes volontaires pour y contribuer. Son objectif serait de dessiner les contours et les modes de travail d’un espace de recherche sur la démocratie et la participation qui dépasserait un cadre strictement universitaire. Il s’agirait avec cet événement refondateur d’engager chercheur.e.s et acteurs-actrices sur les nouvelles thématiques, les nouveaux champs de recherche sur lesquels le Colloque aura montré l’intérêt de travailler ensemble aujourd’hui.
Table ronde de synthèse avec les rapporteur.e.s des 5 demi-journées du Colloque et discussion générale pour dégager les orientations générales d’un Manifeste définissant l’activité du Gis Démocratie et Participation pour les prochaines années.
 
Comité d’organisation du colloque :
 
Rémi Barbier (Engees, membre du Conseil scientifique du Gis Démocratie et Participation) ;
Loïc Blondiaux (CRPS-CESSP Université Paris I, président du CS du Gis D&P) ;
Marion Carrel (CEMS-EHESS et CeRIES-Université Lille III, membre du CS) ;
Agnès Deboulet (CRH-Lavue, Université Paris 8, membre du CS) ;
Patrice Duran (Ens Cachan, président du Gis D&P) ;
Jean-Michel Fourniau (Dest-Ifsttar et GSPR-EHESS, directeur du Gis D&P) ;
Martine Legris (Ceraps, Université Lille 2) ;
Clément Mabi (Costech, Université de technologie de Compiègne) ;
Catherine Neveu (IIAC-TRAM, EHESS, membre du CS) ;
Héloïse Nez (CoST-Citeres, Université de Tours) ;
Emmanuel Picavet (Phico-ISJPS, Université Paris I, membre du CS) ;
Sandrine Rui (Centre Émile Durkheim, Université de Bordeaux, membre du CS) ;
Denis Salles (Unité ETBX, Irstéa, membre du CS) ;
Julien Talpin (Ceraps, co-directeur de la revue Participations) ;
Stéphanie Wojcik (Ceditec, Université Paris Est Créteil, membre du CS) ;
Joëlle Zask (Institut d’histoire de la philosophie, Université d’Aix-Marseille, membre du CS).
 
Le Colloque a lieu  les 26, 27 et 28 janvier 2017, de 9h30 à 18h30 , à la Maison des sciences de l’homme Paris Nord - 20, avenue George Sand - 93210 La Plaine Saint-Denis - Métro Front Populaire (terminus ligne 12)
 
Pour plus d’informations : http://www.participation-et-democratie.fr/
 
 
 

 

société

Attac transforme une agence BNP Paribas en salle d’urgence d’hôpital

Cinquante militants d’Attac et personnels de santé ont transformé une agence BNP Paribas en salle d’urgence pour dénoncer l’évasion fiscale et le plan triennal de 3,5 milliards d’économies sur les hôpitaux. Cette action s’inscrit dans une vague de mobilisation lancée le 2 novembre dernier et qui a déjà suscité plusieurs actions dans des agences BNP Paribas de toute la France. Elle s’achèvera par la tenue du procès de l’évasion fiscale le 9 janvier 2017 à Dax, en parallèle du premier procès d’un « Faucheur de chaises », Jon Palais.
               
Aujourd’hui, samedi 26 novembre, depuis 11h, 50 militants d’Attac, accompagnés de salariés du secteur de la santé, occupent l’agence BNP Paribas Paris Sébastopol. Sous les yeux des employés et des clients, ils se sont installés dans la banque pour dénoncer l’impact de l’évasion fiscale sur le manque de moyens dans le secteur de la santé. Ils ont transformé l’agence en salle d’urgence et ont organisé l’autopsie de ce crime social et des graves maladies que sont l’hémorragie fiscale, l’insuffisance pénale, le cancer de la dette et la fracture sociale.
 
Le 8 novembre dernier, les personnels du secteur de la santé ont tiré la sonnette d’alarme sur la détérioration de leurs conditions de travail et des conditions d’accueil des patients [1]. Pour répondre à ce ras-le-bol, Jean Vignes, Secrétaire Général de SUD Santé Sociaux, estime « qu’il faut abandonner le plan triennal de 3,5 milliards d’économies sur les hôpitaux et mettre au coup d’arrêt au programme de fermeture de 16.000 de lits et de suppression de 22.000 postes dans la fonction publique hospitalière ». Murielle Guilbert, de Solidaires Finances publiques, rappelle que « 60 à 80 milliards d’euros échappent chaque année au budget de l’État du fait de la fraude et de l’évasion fiscale alors qu’avec seulement 2,5 milliards d’euros, on pourrait financer les 20 000 emplois qui disparaissent chaque année dans le secteur de la santé. » L’argent pour des conditions de travail décentes et des soins de qualité existe, il est dans les paradis fiscaux !
 
En faisant le lien entre l’évasion fiscale et le financement des urgences sociales et écologiques, Attac entend démontrer que des solutions crédibles existent. « Alors que la fraude aux prestations sociales représente 60 fois moins que la fraude fiscale, elle est de plus en plus traquée et stigmatisée. Les fraudeurs fiscaux, quant à eux, bénéficient d’un traitement de faveur et ne sont quasiment jamais condamnés. Nous pouvons lutter concrètement contre cette impunité fiscale : en renforçant les effectifs et les moyens de l’administration fiscale, de la police fiscale et du parquet financier qui traquent la délinquance financière mais aussi en condamnant plus systématiquement les fraudeurs et leurs complices, les banques et les cabinets d’affaire. Si des dizaines de milliards d’euros échappent encore au fisc annuellement, c’est uniquement le résultat de décisions politiques. » rappelle Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac France.
 
Les associations mobilisées contre l’évasion fiscale feront entendre ces revendications lors du premier procès d’un Faucheur de chaises, Jon Palais, poursuivi par BNP Paribas pour avoir participé à une action de réquisition citoyenne de chaises dans l’une de ses agences. En 2015, le collectif des Faucheurs de Chaises, composé d’Action Non-Violente COP 21, des Amis de la Terre, d’Attac, de Bizi ! avait réquisitionné symboliquement 196 chaises dans des banques participant au système organisé de l’évasion fiscale. Ces 196 chaises avaient servi à l’organisation d’un sommet citoyen le 6 décembre à Montreuil pendant la COP 21, puis avaient été rendues à la justice le 8 février 2016 à l’occasion de l’ouverture du procès de Jérôme Cahuzac.
Le collectif appelle maintenant à la participation massive le 9 janvier 2017 à Dax au procès de l’évasion fiscale organisé en parallèle du procès de Jon Palais. Cet événement d’envergure nationale réunira des personnalités telles que Eva et Caroline Joly, qui seront les avocates de Jon Palais, Antoine Peillon, Edgar Morin, Patrick Viveret, des personnalités associatives, syndicales et politiques.
 
 
 
 

 

changement climatique

Climats intérieurs, paroles d'habitants

En écho à la Conférence de Paris de 2015, les membres de la jeune entreprise de l'économie sociale et solidaire Singuliers Collectifs sont allés, dès octobre, à la rencontre de 13 habitants de la région Bretagne pour recueillir leurs ressentis, leurs vécus, leurs climats intérieurs autour de ce sujet qui nous concerne tous. En quoi se sentent-ils directement concernés par le réchauffement climatique... ou pas ? Quelles inquiétudes, quels espoirs portent-ils ? Quels changements individuels et collectifs leur semblent possibles ? Quelles paroles du "coeur" et des tripes", en contrepoint aux paroles d'experts ? Un livre est né, une exposition photographique est en cours.
 
Singuliers Collectifs a souhaité donner place à la parole citoyenne et contribuer à mettre la pensée habitante en mouvement.
La démarche des histoires de vie pratiquée par Singuliers Collectifs s'inscrit dans un courant de pensée et une éthique. Le contenu de chaque entretien individuel et chaque table ronde est enregistré, retranscrit et réécrit, avec validation finale par les participants.
Chaque femme, chaque homme a son mot à dire et contribue par son histoire singulière à l'Histoire avec un grand H.
 
Ces regards posés sur le monde, ces ressentis, réflexions, pistes d'actions, esquisses de solutions individuelles et collectives, résonneront-ils en nous ? Face aux enjeux colossaux de notre présent, qu'ils soient écologiques, démocratiques ou sociaux, n'est-il pas temps de donner place à toutes les paroles ? Par une réflexion collective autour d’un thème commun, l’enrichissement est double et la reconnaissance mutuelle : chacun se nourrit des savoirs produits par le groupe, tandis que le groupe s’enrichit du partage des savoirs individuels. Le collectif prend alors sa place dans un devenir commun, se met en mouvement et développe le pouvoir d’agir ensemble. 
 
Pour la COP 21, y a trop d’enjeux économiques derrière tout ça. C’est la possession qui est la mort de tout. Nous sommes des possédants mais c’est pas pour ça qu’on est plus heureux. Tu peux posséder, posséder mais c’est pas pour ça que tu possèdes le bonheur. Le bonheur on ne le possède pas, on le fabrique, c’est un effort. Moi je comprends pas que les citoyens ne sont pas dans la rue aujourd’hui pour dire « nous ne voulons pas ce que vous faites pour nous, nous voulons être heureux ».
Ma grand-mère disait qu’on fait partie d’un tricot et qu’on ne sait pas quelle maille on est. Quand une maille lâche, tu peux avoir un trou. Maintenant faut retricoter ce qu’on a détricoté dans notre planète.
Parole d’Elisabeth
 
Pour Anne, Paul et Thierry, les trois co-fondateurs de Singuliers Collectifs, ce projet est né de considérations communes pour les questions écologiques. Comme le dit Paul : "A force de taper dans la cagnotte Terre, qui va finir par payer l'addition ?"
En novembre 2013, Anne, Paul et Thierry ne se connaissent pas. Ils habitent le même département : le Morbihan. Leur engagement, durant deux ans dans la même formation "Histoires de vie en formation", à la faculté de Lettres et langages de l'Université de Nantes, va constituer le terreau d'où germera, en septembre 2014, l'entreprise "Singuliers Collectifs, Histoires de vie en partage".
Au printemps 2015, ce projet « Climats intérieurs, paroles d'habitants » avait été élaboré dans l'espoir de le voir financé dans le cadre de la préparation de la COP21 de décembre 2015, à Paris. Mais ce n’était pas son heure… Il glissa dans un carton !
C'est le souvenir d'une petite phrase de son amie Maria Koleva qui poussa Thierry à suggérer l'idée de lancer Singuliers Collectifs dans l'aventure sans attendre de financement qui est actuellement en cours sur le site de crowdfunding bulbintown.com.
 

La parole aux photographes !

Pour ces paroles d'habitants, quatre photographes amateurs ont apporté leurs regards sensibles à la réalisation de l'ouvrage. 
 
Réaliser un portrait est toujours un exercice passionnant, «Climats intérieurs» nous a permis de vivre cet instant, surtout quand nous ignorons tout de la personne concernée. Nous prenons alors le temps pour la découvrir dans son univers, la mettre en confiance, voire attendre ses confidences.
Un premier contact téléphonique ou visuel nous fournit quelques informations, quelques indices propices à mettre en route notre imaginaire créatif et ébaucher une photo avant d’avoir appuyé sur le déclencheur. Ensuite, se laisser porter par la rencontre. Écouter, surtout écouter, mais aussi ne rien ignorer de l’environnement immédiat choisi par son modèle. Bien imprégné de l’échange et du décor, se laisser porter par ce temps suspendu pour que la magie opère.
Cela arrive parfois si l’interlocuteur est disponible et en communion avec nous. Un instant rare peut alors se présenter, parfois la fraction de seconde qui permettra de percer un peu de sa personnalité, de son climat intérieur et rendra la photo si particulière. C’est ce qui s’est passé avec quelques-uns de nos modèles.
Yvonnick Aubin, Daniel Poulain, Jacques Quinton (L’Objectif Redonnais)
 
Regarder une photo, c’est appeler les souvenirs qui y sont liés et c’est ce que j’aime. J’essaye de faire passer une émotion ou un message à travers ma pratique. Chaque séance m’aide à progresser, à trouver des nouvelles idées, de nouveaux lieux, à envisager des nouvelles retouches… La plupart des personnes que j’ai photographiées pendant l’aventure « Climats intérieurs » ne s’étaient jamais mises en scène devant un appareil photo et ce fut un réel plaisir pour moi de leur proposer mon point de vue photographique et de tout mettre en œuvre pour que les portraits correspondent à ce qu’elles avaient imaginé. Ma rencontre avec ces habitants de Vannes fut enrichissante : découvrir leurs ressentis avec la nature, leurs avis sur les conséquences du réchauffement climatique, ce qu’ils savent sur la nature et que je ne connaissais pas…
Klervie Breton
 
Cette rencontre avec 13 habitants de Vannes dans le Morbihan et du Pays de Redon en Ile et Vilaine a permis à Singuliers Collectifs d'apporter ainsi, à sa mesure, sa pierre à la prise de conscience générale concernant les problématiques inhérentes au dérèglement climatique, sachant que la première observation de l’effet de serre date de… 1827 ! Et ses premières analyses, de 1895. Le phénomène n’est donc pas nouveau. On ne peut pas en dire autant de la prise de conscience collective … 
 

 

fraternité générale

Appel à la Fraternité générale !

Jusqu'au 10 novembre, l'association Fraternité générale, mouvement apolitique et citoyen présidé par le philosophe Abdennour Bidar, lance un appel à la fraternité à travers des actions culturelles, pédagogiques et citoyennes à travers toute la France : chacun, dans son quartier, à son travail, au sein de son association, et de ses réseaux, doit aller au-devant des autres, parler, débattre, organiser des concerts ou des repas. Pour essayer de faire tomber les distances sociales et culturelles. Cela sonne comme une "Mobilisation générale".
 
Du 2 au 10 novembre, le mouvement « Fraternité générale » promeut la solidarité par le biais de 500 actions culturelles, artistiques et citoyennes, menées dans toute la France, afin de redonner du sens à la fraternité.
Une semaine d’actions, message d’espoir et d’optimisme, « pour lutter contre les peurs, les rejets, les replis identitaires et communautaires », comme l’explique Abdennour Bidar, philosophe, à l’origine du projet. Il a imaginé un « mouvement large, apolitique et national rassemblant l’ensemble de la société française autour du concept de fraternité, la grande oubliée de notre devise républicaine ».
 
« Depuis le 13 novembre, nous mobiliser est une urgence mais autour de quoi nous rassembler ? Comment lutter contre les peurs, les rejets, les replis identitaires et communautaires ? Comment promouvoir la tolérance et rappeler les bénéfices que nous pouvons tirer de nos différences, de notre diversité ? En puisant dans nos racines pour réhabiliter la grande oubliée de notre devise républicaine : la fraternité. La fraternité est un principe fort, à la fois symbolique et concret. Elle est aujourd’hui mise à mal, à la fois par la gravité accrue des fractures sociales et par le choc dramatique des ignorances entre cultures et communautés, des intolérances et des replis sur soi.
Or la fraternité, morale et sociale, est une urgence.
Unissons-nous pour la promouvoir, pour lui donner le plus grand élan possible, à travers un essaimage d’actions culturelles, pédagogiques et citoyennes sur tout le territoire.
Donnons la vie à un grand Mouvement de la Fraternité ! Incarnons-la !
A partir du 2 novembre 2016, avec en point d’orgue le « Week-end de la Fraternité » des 5 et 6 novembre, mettons-la en acte au quotidien à travers des gestes simples et des engagements qui impulseront dans notre société un élan de mobilisation durable.
Nous pouvons tous, et tout de suite, commencer à la faire exister ! 
La fraternité, c'est un dénominateur commun à tous les humanismes»
Abdennour BIDAR (1)
 

Liberté, égalité, ... Fraternité !

Dans un entretien au journal La Croix en 2015, Jacques Le Goff, professeur émérite de droit public, expliquait que « La valeur fraternité n’est pas mentionnée dans la déclaration des droits de l’homme de 1789 et n’est intégrée qu’avec discrétion dans le dispositif constitutionnel de 1791, aux côtés de ses deux grandes sœurs que sont la liberté et l’égalité [...]
Cette discrétion s’explique par l’ambivalence d’une notion dotée d’une forte charge émotionnelle, mais dont le contenu se révèle imprécis. Il faut attendre 1848 pour que la fraternité soit pleinement reconnue dans la devise républicaine.
La liberté et l’égalité ont montré leurs limites, et la fraternité a pour fonction de rendre la société plus cohérente. Elle rend compte de la dynamique morale et politique de l’attention à autrui, en particulier à tous ceux qui restent sur le bord du chemin. »
 
L’association, qui compte parmi ses ambassadeurs l’écrivain Alexandre Jardin, déjà président fondateur de l'association Bleu-Blanc-Zèbre, le sociologue Edgar Morin, Hubert Reeves, le Professeur René Frydman et des personnalités du monde culturel et audiovisuel, se revendique comme un mouvement « apolitique et participatif » visant une « mobilisation générale » suite aux attentats qui ont ensanglanté la France afin que le peuple fraternise et se réapproprie la troisième vertu nationale. 

500 initiatives culturelles et citoyennes

Pour cette première édition du mouvement « Fraternité générale », 500 initiatives vont avoir lieu en France du 2 au 10 novembre portées par divers acteurs comme les associations, les mairies, les centres culturels et les citoyens.
 
Notamment, de nombreux artistes et associations locales feront vivre la notion de fraternité en l'inscrivant durablement et la sublimant sur des dizaines de murs mis à leur disposition : en partenariat avec le collectif Quai36, l'art urbain invitera les passants à vivre autrement leur expérience de la cité. Un style spécifique qui interroge leurs regards et inscrit une poésie dans les parcours qu'il investit. Véritables regards d'artistes sur le monde il offre un accès à l'art au plus grand nombre.
 
Autre initiative : en association avec l’ADCEP (Association pour le Développement de la Création, Études et Projets, dirigée par Sylvie Canal),  un grand moment de Fraternité a été imaginé autour de la musique. Il réunira tous les publics lors de concerts gratuits ou payants sur tout le territoire. Les 4, 5 et 6 novembre.
 
Réseau Canopé et le ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche s’associent au mouvement « Fraternité Générale ! » pour faire vivre la fraternité à l’école et proposent des contenus et des outils pour comprendre et transmettre cette valeur et la mettre au cœur des pratiques pédagogiques sur le site www.reseau-canope.fr.
Seront ainsi proposés des outils, des contenus, des actions pour comprendre, pratiquer, la fraternité dans le temps scolaire ou dans le hors temps scolaire. Des événements seront organisés avec les partenaires de l’école, les parents d’élèves, (projections de films, débats autour des clips de la collection, concours de dessins et de poésie, etc.) afin de valoriser les bonnes pratiques portées par les acteurs de la communauté éducative, et d’accompagner les enseignants à travers des dispositifs de formation.
 
Le « grand week-end de la Fraternité », les 5 et 6 novembre, sera le point d’orgue des festivités. Au programme, des concerts gratuits, des « terrasses musicales », des rencontres et des expositions de photo et d’art urbain.
 
Depuis ce mercredi 2 novembre, une exposition de photos et de dessins de citoyens est organisée sur le quai de la station Hôtel-de-Ville (Paris IV e).
Samedi 5, les Parisiens pourront assister à un speed dating culturel autour d'un « kawa » pour rencontrer des personnes d'origines culturelles et religieuses différentes à l'Anticafé Beaubourg.
 
Samedi 5 également, à Marseille, un immense repas fraternel gratuit, mitonné par un chef, se déroulera avenue Charles-Camoins.
Dimanche 6 novembre, les Toulousains chausseront leurs baskets pour une course en faveur de l'association Action contre la faim. Parmi d'autres actions sportives, une « randonnée route vélo » est proposée le 5 novembre par l'union cycliste de Touraine.
 
Jeudi 10 novembre, les demandeurs d'emploi sont invités à se réunir à la Maison des ensembles (Paris XII e) lors d'un atelier Activ'Boost.
 
Et depuis le 15 octobre, une trentaine de clips de 45 secondes sont diffusés dans les médias, les cinémas, les stades et sur Internet pour évoquer les thématiques liées à la fraternité. Comment est née cette collection ? Au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, à l’initiative notamment de Cinétévé et de l’ARP, un groupe de cinéastes s’est mobilisé pour faire résonner une valeur oubliée, pourtant fondamentale, de notre devise républicaine : la Fraternité.
L’idée : produire une collection de clips de 45 secondes et les diffuser très largement. Des cinéastes, des réalisateurs issus du web, des artistes ont rejoint cette initiative pour exprimer, eux aussi, leur vision de laFraternité, de leur fraternité.
À la diversité de leurs propos et de leurs sensibilités, fait écho celle des formes que prennent leurs créations audiovisuelles : fictions, documentaires, et même captations. Une campagne participative a permis de compléter cette collection en rassemblant des clips proposés par des associations de jeunes.
 
(1)    Agrégé de philosophie, normalien, docteur en philosophie, Abdennour Bidar a enseigné en classes préparatoires aux Grandes Écoles, avant d’être chargé de mission sur la pédagogie de la laïcité au Ministère de l’Éducation nationale. Il a repris l’émission Cultures d’islam sur France Culture et publié une dizaine d’ouvrages, dont Plaidoyer pour la Fraternité, Prix Livre et Droits de l’Homme de la ville de Nancy et Les Tisserands, Prix de l’essai Express.
 
Plus d’informations : http://www.fraternite-generale.fr
Le site www.fraternite-generale.fr propose des actions et des outils pour rejoindre le mouvement. Le programme est consultable par région, départements ou villes, et par thèmes.
Le moteur de recherche est très simple d’utilisation. Chaque événement dispose de sa propre page, son propre URL. Il est donc facile de partager son événement. Tous les porteurs d’actions sont incités à communiquer autour de leurs événements en utilisant #fraternitegenerale.
 
 

Livre « Osons la fraternité », Ouvrage collectif coordonné par Christine MARSAN et Frédérique RENAULT BOULANGER. Manifeste pour un monde ouvert. Editions Yves Michel. 

 

 

 

les jours heureux

En marche pour les jours heureux !

700 kilomètres de marche pour militer pour une société du bien vivre : c’est le projet fou d’une petite équipe de militants qui, d’Oloron-Sainte-Marie dans les Pyrénées-Atlantiques, est partie depuis le 7 octobre à pied, à vélo, en tandem, avec des instruments de musique, pour se rendre à Paris. Date prévue d’arrivée : le samedi 5 novembre, après 30 lieux d’étapes. Un pas après l’autre pour montrer joyeusement une volonté d’un nouveau cap politique.
 
Le projet « ‪‎Les Jours Heureux - La Marche » est de militer pour une société du bien vivre, en reprenant l’esprit du programme « Les Jours Heureux » du Conseil National de la Résistance, en l’adaptant aux enjeux d’aujourd’hui, grâce à une grande consultation citoyenne et en créant les conditions de sa mise en œuvre dès 2017. Participer à cette marche, c’est montrer qu’il est possible de penser et de faire la politique autrement, avec l’humain au cœur des actions !
 
« Les Jours Heureux – Le Pacte » est né en 2015 de citoyens inter-générationnels désireux de proposer une nouvelle forme d’action politique. Inspirés par l’esprit d’audace et pragmatique des résistants et convaincus de la nécessité de faire évoluer un système qui va s’effondrer, ils se regroupent et forment « Les Jours Heureux – Le Pacte ».

Rassembler, espérer, agir

Rassembler pour mettre en œuvre ce qui doit l’être, pour le bien-être de tous. Espérer que, malgré les crises que nous connaissons, nous pouvons changer la donne en nous mobilisant collectivement. Agir avec des citoyens et des auteurs rédigeant « Le Pacte », ensemble de mesures qui seront soumises aux candidats à la présidentielle, dans le but qu’elles soient mises en œuvre après les élections.
 
Partie des Pyrénées pour Paris, soit 700 kilomètres, une petite équipe a donc quitté Oloron Sainte Marie le vendredi 7 octobre au matin pour arriver à Paris le samedi 5 novembre. Les étapes font environ 25 km. Parmi les villes étapes : Oloron, Pau-Lescar, Marmande, Bergerac, Périgueux, Limoges, Vierzon, Romorantin-Lanthenay, Orléans et Créteil.
 
Les objectifs sont de rencontrer le plus de monde possible, de rencontrer des citoyens et des résistants d’aujourd’hui et mieux faire connaître le programme Les Jours Heureux du CNR vers un nouveau contrat social et environnemental et l’Appel des résistants de 2004.

Les jours heureux

La projection du documentaire Les Jours Heureux de Gilles Perret, sorti en 2013, sera proposée dans certaines étapes. Ce film, dans lequel ont notamment tourné Raymond Aubrac et Stéphane Hessel, raconte l’histoire de la naissance du programme du Conseil National de la Résistance (CNR) intitulé : « Les jours heureux ». Un texte qui reste encore au cœur du système social français puisqu’il a donné naissance à la sécurité sociale, aux retraites par répartition, aux comités d’entreprises.

Un livre

100 auteurs ont imaginé les fondations d'un nouveau pacte social et environnemental qui a été soumis à la critique et à l'enrichissement de toutes et tous depuis septembre 2016. Celles-ci sont donc publiées sous la forme d'un livre par Actes Sud qui sortira le 3 novembre avec pour titre : « Et nous vivrons des Jours Heureux, 100 auteurs, 120 mesures pour résister et créer. » Christiane Hessel, militante, et Claude Alphandéry, résistant et président du Labo de l'ESS, sont co-auteurs de la préface du livre.
Parmi les auteurs :  Laurent Chevallier, médecin nutritionniste, Frédéric Le Manach de Bloom, Thierry Salomon de négaWatt, Léonora Tréhel, militante du mouvement mutualiste, Gilles Vanderpooten de Reporters d'Espoir et Fanny Charrasse et Yvan Richard, cofondateurs du mouvement #LesJoursHeureux.
 
Plus d’infos sur la marche : http://lesjoursheureuxlepacte.fr/marche
 

 

mutations sociales

Comment réunifier la société française ?

Comment permettre aux Français de se rassembler et de regarder ensemble vers l’avenir ?  Dans une période où notre pays se divise sur de nombreux sujets et semble avoir du mal à se projeter vers l’avenir, France Stratégie a voulu scruter l’opinion et les faits pour comprendre les fractures qui traversent la société française. En ressort un rapport, "Lignes de faille. Une société à réunifier" qui propose plusieurs orientations pour refonder notre contrat social.
 
Les divisions qui traversent la société sont perçues en France plus qu’ailleurs comme menaçantes et indépassables. Un pessimisme collectif qui prend notamment sa source dans une crise de confiance à l’égard des institutions jugées défaillantes dans leur capacité à protéger et à rassembler.
Comme ailleurs en Europe, une série de divisions structurelles traversent la société française. Mais à la différence de nos voisins, nous en avons une perception déformée, exagérément pessimiste. Des cinq grands pays d’Europe de l’Ouest, nous sommes par exemple celui où le taux de pauvreté est le plus faible mais la peur de tomber dans la pauvreté la plus élevée. Pourquoi un tel écart entre perceptions et réalités objectives ? Et que dit cette contradiction apparente sur l’état de notre société, sur ce qui nous divise vraiment ?

Le pessimisme, une clé de lecture de la société française ?

Emploi, revenu, mobilité sociale, situation des jeunes, territoires, intégration, les Français portent un regard sombre sur la situation de leur pays et sur leurs propres perspectives d’avenir. Un diagnostic que ne reflètent pas nécessairement les indicateurs statistiques.
 
La France est un des pays où la distribution des revenus est la moins inégalitaire. Paradoxalement, la perception des antagonismes sociaux y est très aiguë et les Français ont un fort sentiment de déclassement. Un chiffre en témoigne : 75 % se positionnent spontanément dans les classes populaires, défavorisées ou moyennes-inférieures alors qu’ils appartiennent pour les deux tiers à la classe moyenne. Même constat en matière d’emploi : quatre Français sur dix craignent un épisode de chômage dans les mois à venir (pour eux-mêmes ou leurs proches), mais la probabilité effective de s’y trouver (en étant en emploi un an avant) s’échelonne de 1,8 % pour les cadres à 7,3 % pour les ouvriers non qualifiés. Ce pessimisme individuel se double d’un pessimisme collectif. En matière d’intégration par exemple : 72 % des Français interrogés estiment qu’elle fonctionne mal. Pourtant, en France comme ailleurs en Europe, la sécularisation s’accélère et 89 % des descendants de deux parents immigrés disent se sentir Français.
 
Les exemples pourraient être multipliés. Mais là n’est pas l’objectif du rapport. Pas davantage que de faire mentir systématiquement les opinions ou les perceptions des Français. Il s’agit bien plus de donner du sens à ces contradictions apparentes, c'est-à-dire de comprendre ce que ces « dissonances particulières » disent de la société française.

Aux origines : une crise des institutions

À défaut d’une explication unique, ce rapport privilégie une hypothèse. Le pessimisme des Français témoigne d’un doute profond sur nos capacités collectives, doute qui renvoie lui-même pour une large part à une crise de confiance dans les institutions. Les Français attendent d’elles qu’elles les protègent et les mobilisent. Or, ils se sentent souvent ignorés, voire maltraités par elles.
 
Dans l’entreprise, la recherche du compromis semble avoir laissé place à la défiance, avec notamment l’affaiblissement du dialogue social. Côté services publics, le rapport aux citoyens est souvent conflictuel et les plus défavorisés disent leur manque d’institutions habilitantes et de proximité. L’École est, elle, accusée de ne pas tenir sa promesse républicaine d’égalité tant les déterminismes sociaux grèvent l’égalité réelle. Même sentiment d’injustice, fiscale cette fois, avec l’effritement du consentement à l’impôt qui accompagne le doute des Français quant à l’efficacité de leur modèle social. Les institutions régaliennes ne sont pas épargnées. Alors qu’ils partagent un sentiment d’insécurité grandissant, les Français tendent à remettre en cause la capacité de l’État à les protéger efficacement face au danger. Enfin, la démobilisation électorale, notamment chez les jeunes et les catégories populaires, traduit une critique sévère de la classe politique, à qui l’on reproche son impuissance mais aussi son manque de probité.

Comment réunifier la société ?

Quels remèdes à cette crise de confiance ? Comment dépasser les fractures pour rassembler les Français, ou du moins faire en sorte qu’ils se reconnaissent un avenir commun ? Une chose est sûre, il est des écueils à éviter - des réponses clientélistes ou technocratiques au discours sur les valeurs en passant par l’autoritarisme. Plus positivement, le rapport liste une série d’impératifs : un débat politique sincère, des règles claires et des institutions qui les incarnent, des responsables qui rendent des comptes.
 
Au-delà, trois scénarios se dessinent. « Assumer l’individualisme » ou comment rendre le collectif moins coûteux et plus acceptable face aux revendications d’autonomie des individus. « Refonder les solidarités à partir de la proximité » ou comment décentraliser la norme et l’action publique pour les rapprocher des besoins de chacun. « Refonder l’idéal républicain » ou comment, à l’inverse, rétablir un droit commun en visant une uniformisation du service public sur l’ensemble du territoire.
 
Quelle que soit son orientation, il ne fait pas de doute en revanche que la réponse à apporter aux fractures sociales est politique et doit donc faire l’objet d’un vaste débat. Il n’y a pas de solutions toutes faites. C’est aux citoyens de redéfinir collectivement le contenu du pacte social, de s’entendre sur ce que devraient être les principes de justice guidant l’action publique, de décider en somme de ce qu’ils veulent faire ensemble.
 
Ouvrir un débat citoyen pour « décider ensemble » est en clair une nécessité. Il en va de notre capacité à refonder le collectif.
Auteurs du rapport : Jean Pisani-Ferry, Fabrice Lenglart, Daniel Agacinski, Gilles Bon-Maury
 
(Source : France Stratégie – Céline  Mareuge - 12 octobre 2016)

 

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