Close

Les "connections solidaires" d'Emmaüs et SFR

L'initiative Emmaüs Connect permet à une population fragile, orientée par les services de la Ville de Paris, de bénéficier à prix modique, grâce au partenariat avec SFR, d'une connexion et de communications téléphoniques, indispensables au quotidien, pendant une période de neuf mois renouvelable. 

connexionssolidaires-emmausAvec le soutien financier et logistique de SFR, Emmanüs Connect a lancé vendredi 19 avril son programme "Connexions Solidaires", qui permet aux personnes les plus démunies d'accéder à la téléphonie mobile à des tarifs préférentiels. L'accès à internet sera aussi proposé aux personnes "sans logement", le tout étant partiellement financé par les abonnés de SFR qui pourront souscrire une option "solidaire" facturée 1 euro par mois, intégralement reversée à l'association.

Un programme qui permet aux sans abris ou aux personnes qui connaissent des difficultés financières, de bénéficier d'internet et du téléphone à bas prix.

"Le droit à la connexion se doit aujourd'hui d'être au même rang que le droit à l'éducation ou à la santé",explique Margault Phelip, responsable du programme "connexions solidaires" chez Emmaüs connect, association qui fait partie du réseau Emmaüs fondé par l'Abbé Pierre. Une nécessité pour ne pas accroître la fracture sociale chez les personnes les plus isolées et démunies.

Les personnes en situation de fragilité ont peu ou mal accès aux télécommunications. Un premier constat : 57% des Français ayant des revenus inférieurs à 900€ par mois ne sont pas équipés d'Internet à domicile. Un autre constat : les bénéficiaires du programme de Téléphonie Solidaire consacrent en moyenne 15% de leurs ressources aux télécommunications, trois fois plus que la moyenne nationale.

Cette situation est dramatique car, comme le souligne Dana Diminescu, sociologue à Telecom ParisTech, dans son étude sur les bénéficiaires de la Téléphonie Solidaire, "aujourd'hui, pour s'intégrer, il ne s'agit plus seulement de s'insérer dans la société, et par là même d'intérioriser les normes et les valeurs communes, mais plutôt de 'rester connecté', tout en gagnant en mobilité et en autonomie."

Comment ça marche ? 

Un boitier connecté, dans lequel sera insérée une carte sim et qui transformera le réseau 3G en wifi. "Avec notre offre, disponible en septembre, les personnes qui vivent dans les centres d'hébergements pourront accéder à la toile."Le "crédit" Internet se rechargera à l'aide de cartes prépayés : deux tarifs seront proposés : 1 euros pour 500 Mo de donnés et 5 euros pour 2 giga. 

"Une expérimentation est en cours pour donner accès à Internet aux personnes n'ayant pas de logement via une « clé Internet à partager ». Cette clé Hotspot 3G+ est un modem routeur qui se connecte au réseau mobile puis diffuse en WiFi la connexion établie, rechargeable par cartes prépayées", indique SFR,

Avec cette clé, "les clients ne seront plus obligés d'aller aux MacDo pour se connecter", témoigne la responsable du programme. L'association a également passé des partenariats avec des entreprises de recyclage pour proposer des ordinateurs portables à partir de 100 euros. Enfin elle proposera également d'accompagner les gens "à qui Internet fait peur" pour leur apprendre à maîtriser l'outil.

Cet élargissement à l'Internet s'ajoute à l'offre de téléphonie solidaire, lancé en 2010 par Emmaüs Défi - entreprise spécialisée dans l'insertion par le travail- avec le soutien de la ville de Paris, désormais étendue au niveau national : trois cartes prépayés, allant de 30 minutes de communications à l'illimité sont ainsi proposées à des tarifs allant de 2 euros 50 à treize euros, les bénéficiaires étant en plus encadrés par des intervenants (services sociaux, associations) qui les aident à réduire leurs dépenses de téléphonie, en s'occupant par exemple de la résolution des litiges avec les opérateurs.

En trois ans, plus de 2500 personnes ont ainsi bénéficié de plus de 27 000 heures de communication à tarif solidaire mais aussi d'un suivi régulier, auprès de travailleurs sociaux. Bien sûr, une notion devenue toute relative depuis que Free propose un forfait de 2 heures à 2 euros ! 

Avec l'ouverture de cinq nouveaux points d'accueil dont Marseille, Saint-Denis et Grenoble, en plus des trois présents à Paris, Emmaüs et SFR espèrent aider 5 000 bénéficiaires en 2013. Puis 100 000 en 2015 lorsque le dispositif couvrira tout le territoire national. 

Après le logement et l'emploi, la création d'Emmaüs Connect marque l'engagement du Mouvement Emmaüs dans un nouveau combat : avec le numérique, s'ouvre un autre front dans la lutte contre toutes les formes de l'exclusion.

Et les pouvoirs publics ?

Fleur PELLERIN, ministre déléguée auprès du ministre du Redressement productif, chargée des Petites et Moyennes Entreprises, de l'Innovation et de l'Économie numérique, s'est rendue ce vendredi 19 avril 2013 chez Emmaüs Défi à l'occasion du lancement de l'initiative Emmaüs Connect.  Elle a notamment tenu à saluer l'exemplarité du projet :

- d'une part parce qu'il est collaboratif, il associe le savoir faire d'une association, à l'ancrage d'une collectivité locale et aux offres du secteur des télécoms. Cette approche apporte de vraies solutions, qui fonctionnent, tout en assurant le financement de l'action sociale ;

- d'autre part, parce que la réponse apportée à l'exclusion numérique n'est pas seulement matérielle, elle intègre une dimension forte d'éducation et de conseil. Les bénéficiaires sont ainsi guidés pour devenir autonomes, c'est un point essentiel, signe de la réussite de la lutte contre l'exclusion.

Fleur PELLERIN a également rappelé qu'elle avait confié une mission sur la lutte contre la fracture numérique au Conseil National du Numérique et que des initiatives gouvernementales ont déjà été engagées, telles que la redynamisation des Espaces Publics Numériques (EPN), avec la mobilisation de 2 000 emplois d'avenir, la rénovation du service universel des télécoms ainsi que l'amélioration des conditions d'accessibilité bancaire. (Source : CP Gouvernement - 19 avril 2013)