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Redignez-vous !

convivialistes
Le mouvement convivialiste tient colloque, ces 26-27-28 octobre 2015, à Rennes. Praticiens, associations et intellectuels vont témoigner des convergences des démarches foisonnantes des transitions en cours : nouveaux indicateurs de richesse, monnaies locales, systèmes alimentaires conviviaux, covoiturage, économie sociale et solidaire… Et si le convivialisme devenait le mot d’ordre d’une génération encline à évacuer le libéralisme. Troquer la liberté et la performance pour le partage et la coopération. Programme.
Illustration : Joueurs d'echecs : un juif et un musulman en Espagne, en 1282
 
« L’urgence nous oblige et nos sociétés sont en recherche d’un symbole fort fédérateur ». Alain Caillé est une des chevilles ouvrières du mouvement convivialiste, né en juin 2013. Le  sociologue hors norme, qui mène de longue date une critique radicale de l’utilitarisme dominant (il est le fondateur en 1981 du Mouvement anti-utilitariste en sciences sociales (MAUSS), rêve de révéler un ressort commun de tout engagement, celui de la convivialité. « Les gens du sport nous le disent : notre réalité, ce ne sont pas les champions, les scandales ou le dopage ; en vérité, nous aimons par dessous tout nous retrouver et partager ». Ainsi, Jean Philippe Acensi, délégué général de l'Agence pour l'éducation par le sport confirme que "le sport c’est ce qui résiste dans les cités quand le reste échoue". Il a rédigé une « charte du sport convivialiste » qui traduit de manière concrète les comportements d’un « bien vivre ensemble ». Et s’il nous montrait l’exemple ? 
 
Alain Caillé, Professeur émérite Université Paris Ouest, Directeur et Fondateur du Mauss
 
Fédérateur 
 
Avec le mouvement convivialiste, se trouvent réunis tous ceux qui, de près ou de loin et depuis 30 à 40 ans, expérimentent des voies alternatives à la brutalité néolibérale. Ceux du mouvement alternatif (Attac), des nouveaux indicateurs de richesse (FAIR), de la décroissance, des forums sociaux mondiaux, de l’écologie politique,  de l’économie sociale et solidaire… Un concentré d’énergie au programme donc du colloque des 26-27-28 octobre qui se tient à l’Université de Rennes 2 sous le titre « Un autre monde se construit ». On pourra y écouter Patrick Viveret, Serge Latouche et Thomas Coutrot (porte-parole d’Attac), Jean Baptiste de Foucauld (ancien commissaire au Plan, porte-parole du Pacte Civique, président de Démocratie et spiritualité), Gustave Massiah (initiateur des Forums sociaux mondiaux, ingénieur et économiste, vice président d’Attac). Des Brésiliens, des Allemands, des Italiens, des Japonais seront présents à Rennes pour manifester la dimension internationale du convivialisme.
 
 
 
 
A l’origine de cette dynamique, l’économiste Marc Humbert (chercheur à Rennes 2 et co-fondateur de Pékéa), évoquera sans doute la rencontre qu’il avait initiée, à Tokyo en 2011 sur le thème « La société conviviale est-elle possible ? ». Un question qui avait pointé l’urgence de « faire corps » au-delà des visions différentes. C’est à partir de cette rencontre qu’Alain Caillé a mobilisé une quarantaine d’intellectuels qui ont porté sur les fonds baptismaux le Manifeste convivialiste traduit actuellement en quinze langues, et signé par près de 3000 personnes. 
 
En France, ce Manifeste fait office de « signal de ralliement » pour la plupart des dynamiques citoyennes portées par le Pacte civique qui regroupe des centaines d’associations, les Colibris de Pierre Rahbi, le Collectif Roosevelt, le Collectif pour une transition citoyenne, le mouvement Alternatiba, ou celui des biens communs, Dialogues en humanité, ou les États généraux du pouvoir citoyen ; tous ces réseaux constituant une sorte de « mouvement convivialiste pour une société du bien vivre ou du « buen vivir », cher à Alberto Acosta. 
 
Un art de vivre ensemble 
 
Le signifiant convivialiste n’est pas anodin. « C’est un réservoir à remplir » selon l’expression d’Alain Caillé… L’aspiration vitale à la convivialité a été développée par Ivan Illich (Voir "La Convivialité" paru au Seul en 1973) d’une manière lumineuse. Le philosophe, critique de la société industrielle, explique qu'à un certain moment du développement industriel d'une société, les institutions, mises en place par cette dernière, deviennent inefficaces. Ainsi, l'école uniformise, discrimine et exclut au lieu de former, la voiture immobilise au lieu de transporter, la médecine rend malade au lieu de soigner, l'énergie met en danger au lieu de contribuer au confort. Il s’agit de sortir des postures d’esclavage pour conquérir l’autonomie et accomplir une certaine « union-au-monde » (Cf Erich Fromm qui fut l'un des premiers penseurs du XXe siècle à parler de l'idée d'un revenu de base inconditionnel).
 
Pour mettre en œuvre le convivialisme, quatre principes peuvent servir de balises : Le premier est celui de la commune humanité (il ne peut y avoir d’humains hors d’elle). Le second insiste sur la valeur de la relation (la commune socialité) qui est la principale richesse de nos vies. Le troisième principe pose la singularité des êtres et la nécessité de permettre l’individuation, c’est à dire l’élaboration de soi. Ici la responsabilité prend le pas sur le désir de puissance (hubris). Le dernier principe pose la reconnaissance des rivalités fructueuses : les oppositions ne sont pas obstacles dès lors qu’elles génèrent une acceptation des interdépendances. Un moyen de conjurer la violence et les pulsions de mort. Des principes qui contiennent de quoi inventer des « leviers pour faire face aux défis politiques, économiques, écologiques et moraux », soulignent les convivialistes. 
 
Prendre soin les uns des autres et de la nature
 
Ces références qui conduisent à l’ouverture à l’autre, à l’empathie mais aussi à l’exigence d’intégrité et de compréhension deviennent vitales dans un monde où l’hybridation s’efface. Elles ravivent l’héritage culturel de la Convivencia, période de l’histoire espagnole qui dura près de huit siècles et pendant laquelle, juifs, chrétiens et musulmans vécurent ensemble. Dans un article érudit, l’académicienne agrégée d’espagnol, Florence Delay, raconte comment Tolède a permis les traductions des textes grecs anciens en latin, hébreu et arabe, et la maturité entre Orient et Occident. Elle rappelle que son Académie a reconnu l’importance d’intégrer le mot « convivance » dans son dictionnaire. Un mot puissant pour une Europe en panne (voir la Charte européenne de la Convivance). 
 
Fort de cet héritage, le mouvement convivialiste peut-il ouvrir un sillon, donner l’énergie commune pour reprendre la main sur un système barbare dont les dégâts chaque jour davantage nous avilissent ? "Redignez-vous !", lance Alain Caillé en écho à Stéphane Hessel. Une injonction qu’il reprendra dans un petit manifeste tonique et mobilisateur qu’il nous prépare avec Edgar Morin et Alexandre Jardin.
 
« Le convivialisme est une idée-force sans laquelle il n'y aura pas de politique de civilisation. » 
Edgar Morin 
 
Inscription et programme sur www.mshb.fr
Pour en savoir plus : www.lesconvivialistes.org
 

« Un autre monde se construit » du 26 au 28 octobre, université de Rennes 2

Le Manifeste convivialiste – Déclaration d’interdépendance, Edition Le Bord de L’eau, Lormont, 2013.

Le convivialisme en dix questions, Le Bord de l’eau, Lormont, octobre 2015.