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Les fermes des villes

Fermes en ville
Comment revaloriser les friches urbaines et périurbaines ? L'association Orée a présenté dans leur guide « Sur la route de l’économie circulaire », paru en juillet 2016, un projet d’agriculture urbaine proposant une solution innovante, basée sur le modèle de l’économie circulaire. Le modèle économique linéaire actuel - « extraire, produire, consommer, jeter » - montrant aujourd’hui ses limites, il s’agit là d’une alternative basée sur l’optimisation de l’utilisation des ressources et le bouclage des flux de matière, d’énergie, d’eau... Son fonctionnement en boucles fermées permettant de développer des écosystèmes territoriaux sobres, efficients et durables. 
 
Tout est parti d’un terrassier qui, pendant vingt ans, a stocké ses terres sur un site situé sur la commune de Saint-Cyr-l’Ecole. Fermé par son propriétaire en 1990 et délaissé depuis, ce site a été utilisé en terrain de cross, en zone de deal et en décharge sauvage !
En 2012, la mairie de Saint-Cyr-l’Ecole a incité l’association Le Vivant et la Ville à trouver une vocation à ce terrain abandonné. Les Fermes de Gally /Jardins de Gally, membre de l’association et acteur territorial voisin, l’a récupéré et l’a mis partiellement à disposition de l’association Le Vivant et la Ville, grappe d’entreprises rassemblant 28 sociétés du monde du paysage, du sol, de la gestion de l’eau, de l’urbanisme et de la formation, afin qu’elle y implante son démonstrateur : Les Fermes en Villes.
Piloté par le groupement de ses quatre structures membres (Les Fermes de Gally, Veolia, Sol Paysage et Hydrasol) ce projet a pour objectif de démontrer qu’il est possible de revaloriser du foncier délaissé, par un service agricole fonctionnant en économie circulaire.
 
Situé en périphérie urbaine sur une terre non cultivable, le démonstrateur Les Fermes en Villes occupe désormais 3,5 hectares des 8 hectares de cette ancienne décharge. Inauguré en septembre 2015, il se déploie sur trois pôles d’activités : une production maraîchère hors-sol, un espace de location de jardins hors-sol pour le grand public et une zone « vitrine », pour accueillir des visites pédagogiques et professionnelles de découverte de l’agriculture hors sol.
 

Un positionnement innovant

Porté par l’association Le Vivant et la Ville, Les Fermes en Villes est un projet d’agriculture urbaine proposant une solution innovante pour revaloriser les friches urbaines et périurbaines.
La reconquête de ce foncier abandonné passe tout d’abord par la production maraîchère hors-sol. Elle met en œuvre différentes techniques consistant à faire pousser fruits, légumes et aromates sans que la plante soit en contact avec le sol, ici infertile. Les cultures sont suivies par un maraîcher permanent et par une main d’oeuvre saisonnière. Huit tonnes de fraises, quatre tonnes de framboises, huit tonnes de tomates cerise et des herbes aromatiques ont ainsi été produites en 2014 sur le site. L’idée étant de les vendre ensuite uniquement en circuit court.
Alexis Lefebvre, chef de projet pour les Jardins de Gally et chargé de piloter le projet relève que le pari du circuit court est d’être constamment à l’affût des débouchés, « Nous avons noué des partenariats avec divers magasins de proximité pour écouler nos produits dans les épiceries, les supermarchés ou même directement au sein des cuisines de grands chefs ». Le site propose également l’organisation de visites pédagogiques. Il s’agit de diffuser des connaissances sur la culture hors-sol.
« Les établissements scolaires et professionnels sont invités à venir visiter le site. Des dizaines de techniques de cultures hors-sol différentes leur sont présentées. Les visiteurs bénéficieront d’informations autant scientifiques que pragmatiques, avec de réels conseils pour être dans l’action. »
 
 
Enfin, une zone est consacrée à la location de jardins pour les particuliers. Pour 50 € par mois le m², les locataires disposeront de bacs fertiles et d’arrosages automatiques leur permettant de cultiver leur potager. « Des personnes viennent du coin et d’ailleurs pour jardiner, cultiver et se ressourcer le week-end. En mettant les mains dans la terre, ces personnes se reconnectent à des choses concrètes et transmettent ce plaisir à leurs enfants ».
 
La force de ce projet est d’être économiquement viable, avec un temps de retour sur investissement estimé de 5 à 7 ans. Alors que des milliers d’hectares de friches urbaines délaissées émaillent l’Hexagone, ce démonstrateur, qui a vocation à être réplicable, pourrait bien séduire des communautés d’agglomération ou des personnes privées qui auraient des problématiques similaires de foncier abandonné.
La réhabilitation de friches industrielles permet de préserver le gisement foncier et constitue un enjeu stratégique d’économie circulaire à la fois en termes d’économie de ressources et de création d’activité.
 
La solution développée par Le Vivant et la Ville à travers Les Fermes en Villes permet d’optimiser l’usage du sol. « Cette solution réversible et amovible peut, par exemple, permettre à une collectivité territoriale de reconquérir une zone foncière, en attente d’un projet immobilier ». Le terrain délaissé est ainsi valorisé et retrouve une fonction environnementale, sociale et économique.
 
Sur le site de Saint-Cyr-l’Ecole, la conception d’un projet économe en ressources s’est appliquée dès la phase de préparation du terrain. En effet, l’association a travaillé en partenariat avec le chantier limitrophe de rénovation d’une station d’épuration. Une partie des terres évacuées par le chantier a été récupérée pour recouvrir le terrain. Cette synergie a permis d’éviter la circulation de nombreux camions. Elle a également allégé les coûts des deux chantiers et les frais d’investissement pour l’infrastructure du projet.
De plus, l’espace a été aménagé pour fonctionner de manière vertueuse, en lien avec les préceptes de l’économie circulaire. Par exemple, la récupération des eaux imaginée par Veolia permet d’éviter de recourir à un système d’approvisionnement extérieur coûteux. « Grâce à la récupération des eaux de pluies et des eaux de drainage, le système d’irrigation des cultures fonctionne en boucle fermée avec zéro rejet ».

Facteurs de succès

Le déploiement du projet a été facilité par l’unité de la gouvernance au sein de l’association Le Vivant et la Ville où chacun a pu apporter ses connaissances métiers : Veolia pour l’eau, Hydrasol s’agissant de l’irrigation, Sol Paysage pour les sols et Les Jardins de Gally pour les solutions maraîchères et la coordination du groupement en tant que mandataire. « Toutes les décisions ont pu être prises au sein de l’association, ce qui fut un atout considérable, l’aboutissement de la démarche en 22 mois seulement le prouve ! » Cet apport transversal des savoirs et savoir-faire a permis de dégager une solution aux interfaces des métiers de chacun.
La présence sur le territoire des Fermes de Gally a contribué au succès du projet. Du matériel a ainsi pu être mutualisé avec la cueillette de Gally et une bonne connaissance des acteurs politiques locaux a été un gage de confiance accélérant les démarches.
Le projet a pu se concrétiser aussi rapidement grâce aussi aux soutiens financiers à l’investissement de la Communauté d’Agglomération de Versailles Grand Parc, du Conseil départemental des Yvelines, de la Chambre de commerce et d’industrie Versailles- Yvelines et du Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET - ex DATAR), notamment sur la partie visites pédagogiques subventionnée à hauteur de 50 %.

Prochaine étape

Le démonstrateur Les Fermes en Villes doit tout d’abord confirmer la robustesse de son modèle économique. Il s’agira par la suite de passer au stade de la duplication en capitalisant sur le projet et en invitant d’autres territoires à s’emparer de la méthodologie.
Le démonstrateur appuiera ces nouvelles initiatives mais l’ancrage local étant fondamental, elles devront nécessairement être portées par un acteur économique du territoire. 
Source : Orée.org