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Avec son ours connecté, Google s’introduit dans la chambre des enfants

Dans le film Ted, qui fut un succès au cinéma, le héros John Bennet, enfant solitaire et souffre-douleur de ses petits camarades fait, un soir de Noël, un vœu que des millions d’enfants peuvent faire : que leur ours en peluche prenne vie. Or, cette fois-ci, le vœu se réalise et Ted, pour Teddy Bear, prend vie et devient le compagnon et confident indéfectible de John. L’histoire tourne au drame quand, trente ans plus tard, John n’est toujours pas sorti de l’enfance et refuse la compagnie d’autres êtres que son nounours bien-aimé.
Cette fable est en train de prendre une tournure bien réelle. En effet, Google vient de déposer un brevet pour un ours en peluche bourré de capteurs et de connexions qui le rendent presque vivant.

Depuis longtemps les fabricants de jouets surfent sur la vague des objets connectés et cherchent à mettre au point des produits à forte dose d’innovations. Mais ici, Google va beaucoup plus loin. Le brevet que la firme de Mountain View vient de déposer présente un ours en peluche en apparence tout à fait classique. Sauf que sous ses poils se cachent des dizaines de capteurs : caméras à la place des yeux pour surveiller l’enfant, activer de la reconnaissance faciale pour identifier ses interlocuteurs, et oreilles-micro pour écouter ce qui se passe dans la chambre de votre rejeton. Mais cet ours-là sait aussi parler, chanter, faire de la musique ; il sait bouger les oreilles, la queue, se gratter la tête et cligner des yeux quand l’enfant le regarde. Il sait aussi manifester des émotions : rire, plaisir, ennui.


Ce nouveau Teddy Bear est conçu pour parfaitement interagir avec ses utilisateurs en répondant à des questions ou fixer un objet de son environnement. Mais il est aussi connecté par wifi et bluetooth pour transmettre des données et commander d’autres appareils situés dans son périmètre : par exemple baisser la température de la pièce ou allumer la lumière, la TV, lancer un DVD ou alerter un parent.

Un des rédacteurs du brevet insiste sur le fait que cet ours doit être « mignon ». Il pourra ainsi favoriser la plus large adoption possible y compris parmi les plus jeunes membres de la famille.

Craintes et parano

Toutes ces précisions ne manquent pas de susciter de réelles inquiétudes. C’est ce que souligne la BBC en rapportant la réaction du Centre pour la démocratie et la technologie, organisme américain pour la protection des enfants. Ce groupe appelle les parents à être extrêmement vigilants sur ce type de jouets qui vont déferler dans les années à venir. Il appelle les entreprises à la plus grande transparence pour éviter les excès et dérives, notamment sur les informations qui seront collectées via ces appareils. "En général, alors que la technologie permet d'aller vers l'avant, certains marchés poussent et même détruisent certaines normes sociales, notamment en ce qui concerne la vie privée", a prévenu Jens-Henrik Jeppesen, un de ses dirigeants interrogé par la BBC. "Les entreprises responsables comprendront qu'elles doivent se montrer totalement transparentes au sujet des données privées de tels appareils", a-t-il ajouté.

Ces craintes sont légitimes car, en effet, comment ne pas imaginer que Google, en créant cet ours en apparence fort sympathique, se dispensera de collecter une foule de données de toutes natures lui permettant de mieux cibler ses offres ou, pour d’autres, de situer un système de récolte d’informations au centre le plus intime de la famille.

Le site begeek va encore plus loin dans la parano en se disant que si un hacker parvenait à prendre le contrôle d’un tel jouet, il pourrait ainsi non seulement à loisir espionner une famille mais aussi peut-être commander à distance l’objet. Il renchérit en s’interrogeant sur les enfants qui pourraient se renfermer sur eux-mêmes et sur leur compagnon virtuel en oubliant le monde réel comme c’est le cas dans le film « Ted ». Où quand la réalité rejoint voire dépasse la fiction… éternelle question.

Cette idée, Google n’est pas le seul à l’avoir. Une startup croatienne a créé, dans un autre contexte, Teddy The Guardian. Il s’agit ici d’un ours en peluche doté de différents capteurs qui permet de mesurer et transmettre les principaux indicateurs vitaux (rythme cardiaque, niveau de stress, température du corps) des enfants qui jouent avec lui. Reliée à une application mobile dédiée, la peluche collecte et envoie directement aux professionnels de santé une batterie de données sur les jeunes patients fragiles.

 La hotte du Père Noël va devenir de plus en plus compliquée à garnir dans les prochaines années...