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La "Madame Propre" de la galaxie

Catharine Conley
Catharine Conley occupe les fonctions d’ « Officier de protection planétaire » à la NASA.  Pas de la planète Terre,  mais des autres, et de Mars en particulier. Son job ? Protéger la galaxie contre les humains.
 
On peut lire un portrait consacré à cette femme gardienne de la pureté des planètes dans le New York Times. On y apprend qu'elle a pour mission de veiller à ce que les humains ne transportent pas avec leurs gros sabots des organismes vivants capables de bouleverser radicalement les écosystèmes planétaires. Catharine Conley explique au quotidien newyorkais : « Si nous allons chercher de la vie sur Mars, ce serait quand même  nul d’y amener de la vie terrestre ».
Sa tâche n’est pas aisée car depuis le début de la conquête spatiale,  des milliers, des millions et parfois plus de bactéries ont dû traverser le système solaire sur un vaisseau spatial.
 
Certes, les scientifiques qui envoient des sondes dans l’espace font attention ; les matériels sont traités soigneusement. Mais une stérilisation complète est impensable actuellement car beaucoup trop coûteuse : on parle de centaines de millions de dollars supplémentaires. Alors  on peut facilement imaginer que les sondes Curiosity ou Observer que nous avons envoyées sur Mars ont embarqué  forcément  des microbes ou autres organismes terrestres. Certains ont dû périr grillés pendant le voyage, notamment par les rayons ultra-violets, mais on sait que la vie a parfois… la vie dure. Certains ont dû résister.  Catharine Conley pense même que certains organismes comme les lichens, s’ils ont été transportés dans le grand voyage, ont dû trouver dans Mars, avec ses sols caillouteux et son soleil ardent, un lieu de villégiature particulièrement délicieux.
 
Pour éviter une colonisation intempestive qui serait catastrophique pour la science, le seul moyen est aujourd’hui d’éviter les zones sensibles, c’est-à-dire les zones où la vie peut facilement se développer. C’est la raison pour laquelle les robots martiens ont l’interdiction de visiter certaines régions. Mais le mal est peut-être déjà fait. En effet,  la Madame Propre de l’espace nous rappelle que les terriens ont commencé à envahir Mars depuis 1971 avec la sonde soviétique Mars 2 qui s’était crashée sur la planète rouge. A cette époque, les soucis de stérilisation étaient proches de zéro et l’on peut donc penser que quelques millions de bactéries terrestres se sont retrouvées sur le sol martien dès cette époque. On peut sans crainte d’être démenti  affirmer que la vie existe sur Mars. C’est une certitude. Mais une vie sûrement d’origine terrestre.
 
Cet impact doit cependant être très limité ; ce qui autorise le Dr Conley à dire : « Pour l’instant, Mars est plutôt propre ».  Ouf !
Pour combien de temps ? Théoriquement, les grandes puissances spatiales terrestres n’ont pas le droit de toucher au sol martien. Elles ont signé, il y a près de 50 ans, en 1967, le Traité de l’Espace.  Selon Vincent Manilève de Slate, le texte énonce expressément l’interdiction d’envoyer une mission, humaine ou pas, près d’une source d’eau pour ne pas la contaminer avec de la vie venant de Terre. Le même traité, dans son article IX, stipule : «Les États parties au Traité effectueront l’étude de l’espace extra-atmosphérique, y compris la lune et les autres corps célestes, et procèderont à leur exploration de manière à éviter les effets préjudiciables de leur contamination ainsi que les modifications nocives du milieu terrestre résultant de l’introduction de substances extra-terrestres et, en cas de besoin, ils prendront les mesures appropriées à cette fin
 
Les récentes découvertes d’eau liquide sur Mars posent désormais le problème sous une lumière accrue. Et il est fort probable que plus nous avancerons dans l'exploration de Mars, plus nous nous trouverons devant des régions chaudes et humides capables d’accueillir la vie et donc, strictement interdites d’accès.
Saurons-nous, terriens, respecter les règles que nous avons-nous-mêmes fixées ?