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Les drones d’une startup française prêts à ausculter Palmyre

Palmyre
Ils attendent les dernières autorisations pour lancer leurs drones au-dessus de Palmyre dévastée. La startup française Iconem, spécialiste de la numérisation 3D de sites archéologiques est entrée à Palmyre, prête à faire décoller ses drones. En partenariat avec la Direction générale des Antiquités et des Musées syrienne, cette startup créée en 2013 n’attend plus que le feu vert des autorités pour mesurer l’étendue des dégâts causés par la folie de Daech.
 
L’opération s’inscrit dans le cadre de « Syrian héritage », un partenariat noué en décembre 2015. Les deux fondateurs d’ Iconem, Philippe Barthélémy et Yves Ubelmann attendaient avec impatience la libération de la perle du désert des mains de Daech. Ils sont maintenant fin prêts et sont considérés les meilleurs dans leur domaine. En effet, ils ne sont pas à leur premier coup d’essai. Ils ont déjà fait leur preuve en modélisant d’autres trésors syriens. Ils ont ainsi construit la plus grande base de données 3D mondiale du patrimoine archéologique exceptionnel d’un pays déchiré par la guerre depuis 2011. Leur base comprend les sites phéniciens d’Ougarit, la mosquée des Omeyyades à Damas érigée au VIIIe siècle, le théâtre romain de Jableh, les maisons et palais damascènes de la période ottomane, le musée de Lattaquié avec ses collections et les sites croisés du XIe siècle comme le Krak des chevaliers, près de Homs, et la citadelle de Damas.
 

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Drone iconem
 
 
Cette startup née de la rencontre d’un pilote, spécialiste des drones, et d’un architecte archéologue, défend une belle vision : « garder une trace des sites exceptionnels, soumis à une dégradation naturelle ou non, pour les générations futures » déclare Philippe Barthélémy au journal Les Echos. Pour mener à bien leur vision et atteindre une position de meilleur opérateur dans leur discipline, ils ont mis au point un système de caméras et appareils photo fixés sur des drones qui survolent dans les moindres détails les sites en péril. Les enregistrements réalisés en très haute définition distinguent des détails avec une précision d’1 millimètre !
 
 
Il faut dire que la startup a vu les meilleures fées l’entourer. Le projet a été incubé dès 2010 après avoir remporté un concours du Ministère de la recherche. Microsoft, l’École normale supérieure et l’INRIA lui ont apporté des ressources scientifiques pour développer ses technologies très gourmandes en temps de calcul. Parrot, le leader des drones civils a investi près de 1.5 millions d’euros dans la startup lui permettant de constituer une équipe d’une dizaine d’ingénieurs et pilotes de drones.
 
© iconem
 
 
Grâce à leurs drones longue distance, capables de pénétrer sur 100 km dans des zones dangereuses, d’une part et à la photographie HD d’autre part, Iconem a développé une parfaite maîtrise de la technique photogramétrique. Les images sont analysées par des algorithmes puissants qui reconstruisent, en nuages de points, une représentation 3D des monuments. L’exploit technique permet de dresser une cartographie extraordinairement précise des lieux. Aujourd’hui la modélisation des sites syriens endommagés par la guerre est une priorité pour imaginer leur reconstruction future.
Mais une question tragique demeure : pourra-t-on un jour reconstruire Palmyre ? Le débat est vif entre ceux qui pensent ou espèrent pouvoir reconstruire ce qui n’est que ruines après le passage des fous de Daech et ceux qui pensent que plus rien n’est à faire. Les ruines de Palmyre seraient ainsi une trace de la barbarie dont peut être capable l’humanité.
 
Les fondateurs d’Iconem ne se posent pas ces questions. Selon eux, il faut venir en aide aux scientifiques syriens qui sont les mieux à même de préserver leur patrimoine. Une quinzaine d’entre eux ont déjà été formés à Damas aux techniques de modélisation 3D. Néanmoins, cette collaboration avec la Direction des antiquités, une administration du régime syrien de Bachar El Assad, pose question. Car le régime syrien, qui se présente comme le protecteur des sites archéologiques face à Daech est aussi le responsable de la destruction massive du patrimoine, par ses bombardements quotidiens des villes rebelles. Conscients des risques d’instrumentalisation, Yves Ubelmann l’un des deux fondateurs d’Iconem assume son projet. Il affirme devant les caméras d’Arte : « Nous, ce qu’on cherche à faire, c’est apporter un support technologique à une équipe scientifique. On fait un travail qui, effectivement peut être instrumentalisé, mais ce n’est pas grave parce que dans dix ans, ce qui restera, ce seront les données, c’est la connaissance qui restera ».

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Les premiers journalistes et observateurs entrés dans Palmyre, au-delà de leur émotion légitime, ont constaté les dégâts. Toutefois, à première vue, il semblerait que le site soit encore en grande partie miraculeusement debout. Des fleurons de l’histoire architecturale comme le temple de Bâl ou l’arc de triomphe situé à l’entrée de la cité ont bien été pulvérisés par les charges de dynamite. Des bas-reliefs d’une rare beauté ont vu leurs visages mutilés à coups de masse. Mais, pour les premiers observateurs, Palmyre semble avoir conservé encore 70 à 80 % de ses trésors. C’est ce diagnostic que va confirmer ou infirmer les drones d’Iconem. On attend avec anxiété leur verdict.
 
Maher AL-MOUNES  de l’AFP est le premier journaliste à être entré dans Palmyre libérée le 31 mars. Il a ramené ces photos saisissantes :
 
 
Une photo de l'Arc de Triomphe de Palmyre prise en mars 2014, et ce qu'il en reste le 31 mars 2016 après sa destruction par l'État islamique six mois auparavant (AFP / Joseph Eid)
 
 
Des statues antiques endommagées à Palmyre, le 31 mars 2016 (AFP / Joseph Eid - Beto Barata)
 
 
Une œuvre d'art endommagée dans le Musée de Palmyre, le 31 mars 2016 (AFP / Joseph Eid)
 
 
 
Photo de une : Une tête de statue endommagée dans le Musée de Palmyre, le 31 mars 2016 (AFP / Joseph Eid)