Technologies de pointe

L’arsenal de surveillance ultra high tech de la police chinoise

Police chinoise
La Chine a pris résolument le tournant des nouvelles technologies. Nous en parlons souvent dans nos colonnes. Elle veut s’imposer comme un leader mondial, détrônant les américains comme les européens. Mais ces technologies très avancées ne sont pas destinées seulement à améliorer la vie de ses citoyens et la compétitivité de ses entreprises. Le recours à la high tech la plus sophistiquée est aussi entre les mains de la police qui dispose désormais de moyens de surveillance que l’on croyait jusqu’alors réservé aux films de science-fiction.
 
Utilisation du big data, recours à la reconnaissance faciale, algorithmes prédictifs n’ont plus de secrets pour la police chinoise qui s’en sert désormais quotidiennement pour surveiller sa population. Jusqu’à mener des opérations de police préventive dans certaines régions sensibles.
 

Police prédictive

L’alerte a été donnée le 27 février par l’association Human Rights Watch (HRW). Selon elle, les autorités chinoises utilisent un algorithme pour procéder à des arrestations préventives dans la région troublée du Xinjiang, dans l‘extrême ouest du pays.
 
Un système informatique permet ainsi d‘analyser des données individuelles globales obtenues en puisant dans les images tournées par les caméras de vidéosurveillance, les vérifications de cartes d‘identité ou de plaques minéralogiques effectuées dans les postes de sécurité très nombreux au Xinjiang, les mouvements bancaires, les données de santé ou encore les connexions WiFi de téléphones ou d‘ordinateurs ou les dossiers juridiques.
 
« Pour la première fois, nous sommes en mesure de démontrer que l‘utilisation par le gouvernement chinois du big data et de méthodes de police prédictives sont non seulement une violation flagrante du droit à la vie privée mais qu‘elle permet aussi des détentions arbitraires », a déclaré à l’agence Reuters, Maya Wang, chercheuse de HRW basée à Hong Kong. « Les habitants du Xinjiang ne peuvent pas résister ou remettre en cause cette surveillance de plus en plus intrusive de leur vie quotidienne parce que la plupart d‘entre eux ne connaissent même pas l‘existence de ce programme de ‘boîte noire’ ni la façon dont il fonctionne. »
 
La technologie a été développée par une filiale du groupe China Electronics Technology et a fait l’objet, en 2016, d’un contrat de collaboration avec le gouvernement régional du Xinjiang. La lutte contre l’extrémisme prend la forme de compilations et d’études de mégadonnées liées aux comportements individuels des citoyens et de signalement de toute activité inhabituelle. D‘après le rapport de HRW, cette exploitation du big data, souvent à l‘insu des personnes surveillées, a déjà conduit à des arrestations et des placements dans des centres de rééducation politique extrajudiciaire.
 
Des projets similaires de “sécurité prédictive” sont en cours de réalisation dans d‘autres régions de Chine, a ajouté Maya Wang, mais la surveillance est plus poussée au Xinjiang, en proie à des violences depuis des années sur fond de conflit ethnique entre la communauté musulmane des Ouïghours et les Hans, l‘ethnie majoritaire en Chine.
 

Des lunettes pour reconnaître un individu en 1/10° de seconde

Dans l’arsenal des policiers chinois sont apparues à la fin de l’année dernière d’étranges lunettes de soleil. Selon le Wall Street Journal, des policiers de Zhengzhou, en Chine, ont été repérés portant des lunettes de soleil équipées d'un logiciel de reconnaissance faciale qui leur permet d'identifier des individus dans une foule en 1/10° de seconde. La plateforme chinoise de messagerie instantanée QQ a publié la semaine dernière une série de photos des lunettes en action.
 
Cette nouvelle technologie, développée par le groupe LLVision, porte les efforts de surveillance de la Chine à un niveau jamais atteint. Les rapports du quotidien officiel People's Daily semblent indiquer que cette technologie améliore grandement le travail de la police. Non seulement les lunettes de surveillance fonctionnent réellement, mais elles fonctionnent aussi mieux - et plus rapidement - que les installations de vidéosurveillance traditionnelles. Les images de sécurité sont notoirement granuleuses, et même si les caméras sont surveillées en temps réel, le délai entre le repérage d'une personne qui pourrait être une personne d'intérêt et l'appel des autorités peut être suffisant pour que cette personne puisse s'enfuir rapidement. Les lunettes de soleil sont connectées à un appareil portatif qui utilise un logiciel de reconnaissance faciale pour comparer les personnes que le porteur voit à une base de données préchargée contenant des photos de 10 000 suspects. Et il le fait en un dixième de seconde.
 
« Avec des lunettes dotées d'intelligence artificielle, vous obtenez une rétroaction instantanée et précise », a déclaré Wu Fei, directeur général de LLVision, au Wall Street Journal. « Vous pouvez décider tout de suite quelle sera la prochaine interaction. » L’ingénieur ajoute toutefois que la précision n'est pas parfaite. Le "bruit" environnemental dans un terminal encombré, par exemple, pourrait fausser les résultats.
 
Ce défaut n’est pas le moindre des dangers de ce type d’outil policier. En effet, plusieurs voix se sont fait entendre pour souligner que ces dispositifs pourraient se prêter au profilage racial et, plus largement encore, qu'ils pourraient porter atteinte à la vie privée des citoyens. C’est ce que déclare William Nee, chercheur chinois à Amnesty International, au Wall Street Journal : « La mise à la disposition des policiers des lunettes de soleil dotées d'une technologie de reconnaissance faciale pourrait rendre la surveillance chinoise encore plus omniprésente ».
 
C’est actuellement la période du Nouvel An lunaire en Chine, un moment où les nombreux aéroports, gares ferroviaires et centres de transport en commun du pays sont bondés de voyageurs. Un moment aussi où les risques sont à leur échelle maximum. Les médias d'État chinois ont rapporté que la police portant les lunettes de reconnaissance faciale à la gare Est de Zhengzhou a déjà procédé à de nombreuses arrestations. Cela ne fait que commencer.
 
La police chinoise est résolument entrée dans le monde de Minority Report et de Big Brother, celui de la surveillance ubiquitaire. Sera-t-elle imitée par d’autres polices dans le monde ? Cela ne fait aucun doute. 
 

Quelque chose à ajouter ? Dites-le en commentaire.

 

 

Articles en relation
Les lanceurs d'alerte ont enfin leur Maison

Parce que les lanceurs d’alerte sont les vigies de notre démocratie et qu’il est de notre devoir de les protéger, un collectif de 17 organisations initié par Transparency France et Sciences...

Médias génétiquement manipulés

Risques biotechnologiques, accès et partages des avantages de la biodiversité, tels sont les enjeux de la Conférence des Nations unies sur la biodiversité  (COP14, COPMOP3 et COPMOP9 ) qui se tient...

Quel avenir pour l'IA ?

L’intelligence artificielle est d’ores et déjà présente dans notre quotidien depuis de nombreuses années. Elle devient pour beaucoup, la solution magique à tous les problèmes. Est-ce raisonnable ? Est-ce...

La fable du piratage des implants mnésiques

Doit-on avoir peur des implants mnésiques ? Une étude récente, dont UP’ s’est fait l’écho, fait état de cyber attaques possibles sur notre mémoire. Jean-Gabriel Ganascia, chercheur en intelligence...