UP' Magazine L'innovation pour défi

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Canicule urbaine : végétaliser davantage les villes !

En cette période de canicule, la pollution à l’ozone atteint de nouveaux pics record, notamment en ville où 80 % des français vivent. Chaque année en Europe, la pollution de l’air occasionne près de 500 000 décès, selon l’Agence européenne pour l’environnement (AEE). Alors que la pollution atmosphérique est devenue la première cause environnementale de décès prématurés en France (estimés à 48 000 morts par an), l’Union Nationale des Entreprises du Paysage (Unep) rappelle que la végétalisation urbaine doit être une priorité pour améliorer la qualité de vie et la santé des citadins français, une nouvelle fois exposés aux pics de pollution. Sur fond de changements climatiques, comment rendre la ville vivable et durable ?
Illustration : "Notre-Dame" de l'architecte Vincent Callebaut  ©Vincent Callebaut
 
Les grandes agglomérations font face à des objectifs environnementaux de taille et parfois contradictoires : imposer la densification pour lutter contre l’étalement urbain, maintenir la biodiversité, anticiper et limiter le changement climatique, réduire les émissions de gaz à effet de serre, offrir un cadre de vie sain et agréable aux habitants… Ces enjeux se traduisent dans la pratique par des interrogations récurrentes sur l’impact du végétal dont on perçoit qu’il peut jouer un rôle clé dans le développement urbain durable.
 
Déjà présente dans les villes sous forme de squares, jardins, parcs, arbres d’alignement… la végétation grimpe maintenant aux façades des murs d’immeubles, envahit les toits, court les rues, fleurit dans des bacs hors-sol, parfume les terrasses… L’intérêt de ces éléments naturels au sein d’un milieu fortement artificialisé et imperméabilisé est de créer un microclimat spécifique qui affecte autant les caractéristiques de l’air que les échanges avec l’atmosphère. Penser à des organisations moins denses, comme la ville végétalisée, fait partie de stratégies nouvelles, développées pour atténuer les températures, piéger les polluants de l’air et améliorer la santé de la population.
 
L’Unep réalisait en 2016 une étude avec l’Ifop « Ville en vert, Ville en vie : un nouveau modèle de société » d’où il ressortait que dans une société de plus en plus urbanisée, où un Français sur trois n’a pas de jardin, réévaluer la place de la nature dans la cité est un enjeu crucial.
 
Le résultat-phare de l’enquête montre que les Français estiment que la création d’espaces verts devrait être la priorité n°1 de leur ville - devant la crèche et les équipements culturels et sportifs ! Ils sont également plus de 8 sur 10 à considérer la proximité des espaces verts comme un critère déterminant dans leur recherche de logement.
À une époque où les rythmes de vie s’accélèrent, nos concitoyens sont de plus en plus nombreux à profiter des parcs et jardins publics pour un moment de « farniente » au soleil… ou un moment de partage et de convivialité en famille ou entre amis.
Deuxième résultat de l’enquête, plus léger, qui en dit long sur les attentes des Français dévoile que, lorsqu’on leur demande d’imaginer la ville idéale du futur, ils rêvent d’une ville « écolo », « végétale » et « spacieuse ». Loin des clichés de la science-fiction où les espaces urbains sont systématiquement denses, minéraux et hyper connectés, les Français aspirent à une cité où le végétal est roi.

1 arbre = 5,4 tonnes de CO2 retenus par an

Particules fines, poussières et gaz, une fois rejetés dans l’air, forment de véritables nuages toxiques au cœur des villes. La présence du végétal en milieu urbain agit durablement contre cette pollution atmosphérique. Une récente étude menée pour l’Unep "Les Entreprises du Paysage" par le cabinet Asterès (1) révèle ainsi que les grands arbres peuvent retenir jusqu’à 5,4 tonnes de CO2 par an et 20 kg de poussière (1), soit l’équivalent de 600 km de trajet pour un Airbus A320.
Ainsi, selon l’étude « Planting Healthy Air » de l’ONG Nature Conservancy (2), en investissant seulement 3,6 € par habitant dans la plantation d’arbres, les villes pourraient sauver entre 11 000 et 37 000 vies par an, en réduisant la pollution de l’air !
                 
En outre, la minéralisation artificielle des villes retient la chaleur en journée pour la restituer la nuit. Cela se traduit par des pics de chaleur en comparaison aux campagnes environnantes : l’effet des îlots de chaleur urbains accroît les températures de 2,5°C en moyenne. Des écarts allant jusqu’à 8,4°C ont même pu être constatés entre Paris et Melun lors de la canicule en août 2012.
 
En atténuant l’effet de ces îlots de chaleur urbains, les espaces verts permettent de limiter les besoins en climatisation pour les bâtiments collectifs proches (mairies, écoles, bibliothèques…). Une étude réalisée dans la ville de Montréal au Québec a ainsi révélé que la végétalisation des toitures permettait de diviser pratiquement par deux la consommation d’énergie (de 38 % pour les toitures non irriguées et de 47 % pour celles irriguées).

- 23 % d’asthme grâce aux espaces verts

Souffle court, maux de gorge, toux… la pollution impacte gravement la santé. Favoriser un air sain grâce au verdissement du cadre de vie des citadins est donc indispensable. De plus, au-delà des aspects respiratoires, la végétalisation des milieux urbains a de nombreux effets positifs sur la santé : vivre à proximité des espaces verts réduit la prévalence de nombreuses maladies telles que l’anxiété, la dépression ou encore l’asthme. Ainsi, augmenter le nombre d’espaces verts de 10 % dans les villes permettrait de réduire les dépenses de santé de 94 millions d’euros, en diminuant la prévalence de l’asthme et de l’hypertension (respectivement 56 et 38 millions d’euros d’économies pour ces deux maladies).
 
Adapter la ville pour la rendre plus respectueuse de l’environnement est une évidence pour Catherine Muller, Présidente de l’Union Nationale des Entreprises du Paysage : « Les bienfaits du végétal contre la pollution sont établis scientifiquement. Aujourd’hui, la végétalisation des villes fait l’objet d’une demande croissante de la part des citoyens mais également des collectivités qui font régulièrement appel au « savoir-vert » des entreprises du paysage. Nous accompagnons ces villes dans leur développement avec une démarche écologique et responsable, avec pour objectif que chaque habitant dispose d’un jardin à moins de 300 mètres de chez soi, comme le recommande l’Agence Européenne de l’Environnement. »
 
Bus au toit végétalisé ©greenskindvmh

Quelles innovations en matière de végétalisation urbaine ?

Selon une étude-enquête TNS SOFRES pour l’Institut Paul Delouvrier de décembre 2015, « Les services publics vus par les Français et les usagers », 16% des Français considèrent que l’environnement doit être une priorité en matière d’action publique. Au niveau municipal, cette attente se traduit par une demande croissante d’espaces verts en ville. Ainsi, dans le contexte d’un budget municipal limité, 6 Français sur 10 souhaiteraient en priorité la création d’un jardin ou d’un espace vert dans leur ville. Une attente qui se place devant la crèche, la bibliothèque ou les lieux culturels !
Preuve que les Français sont conscients de l’importance du végétal pour leur bien-être, que ce soit à travers les bienfaits des jardins et espaces verts sur l’environnement, la santé publique ou le lien social.
 
Sur le terrain, certaines municipalités ont déjà fait le pari de la végétalisation comme Paris qui montre la voie avec notamment l’initiative « Tous Paris-Culteurs » : la ville végétalisera plus de 100 ha de toitures d’ici 2020.  
Seuls 4 Parisiens sur 10 ont accès à un jardin privatif, contre 6 Français sur 10 en moyenne dans les autres capitales régionales. Et pour les habitants de communes de moins de 20 000 habitants, la proportion monte à 8 sur 10.
 
Parisculteurs : “La Métropole sera durable et résiliente si le système agricole est modernisé, repensé et préservé.”
 
Pour pallier le manque de vert dans les grandes villes, les toitures et murs végétaux se développent de plus en plus et les projets affluent : Agriculture urbaine (productions maraîchères, vergers urbains, restaurations de friches urbaines, jardins partagés hors-sol, fermes maraîchères valorisant les déchets organiques urbains, ...), biodiversité, gestion de l'eau à travers des dispositifs de végétalisation en pied d’immeuble utilisant l’eau de pluie ou un substrat pour végétaliser les pieds d’arbres d’alignement, résistant au piétinement, création de bocage urbain, architecture végétalisée avec les biofaçades (mur-rideau intégrant des photobioréacteurs de microalgues), façades ensauvagées "Wild on wall", ... autant de projets innovants actuellement en cours de réflexions à la Mairie de Paris.
 
Les municipalités prennent le relais pour offrir à leurs concitoyens de nouveaux espaces de verdure et en faciliter l’accès : Bordeaux a ainsi mis en place une « Boucle Verte », promenade qui relie les principaux espaces verts de la métropole. Ce chemin de plus de 140 km permet aux promeneurs de découvrir toutes les ressources naturelles locales.
 
« Boucle verte » : 160 kilomètres de promenades balisées pour découvrir les espaces naturels majeurs de l'agglomération bordelaise
 
D’autres villes en pointe sur la végétalisation prennent des initiatives encourageantes, à l’image de Courbevoie qui a créé 14 ha d’espaces verts entre 2005 et 2015 malgré un foncier en tension, ou Metz qui a récemment augmenté de 32% la part de son budget alloué aux espaces verts, grâce aux « budgets participatifs » (projets d’investissements sélectionnés par les habitants).
 
Le digital est le nouvel atout des jardins : flash codes, bornes interactives, tablettes et applis mobiles sont à l’ordre du jour pour émerveiller petits et grands. Nancy propose la découverte des plantes qui composent ses jardins grâce à des QR codes, et un « sentier numérique » avec des arbres qui parlent. Pour les férus de sport et jogging, Marseille et Lyon proposent des applis mobiles informant les usagers sur l’espace vert le plus proche et les activités et infrastructures qui y sont proposées.
 
La prise de conscience est bien là, mais la partie est encore loin d’être gagnée : les espaces verts ne sont pas toujours une priorité des municipalités. Pour répondre aux attentes des Français telles qu’elles sont clairement exprimées dans cette étude, il est nécessaire que les villes fassent progresser leur budget espaces verts, qui n’est en moyenne que de 1,2% du budget général.
 
Comment alors tenter de résoudre cette question du financement ? Dans un article paru en mars 2016 dans We Demain, Pascal Franchomme, vice-président et porte-parole de l’UNEP, donne une pîste : « en mobilisant les énergies disponibles pour faciliter la communication entre les professionnels de santé et les communes, et tenter de définir de quelle manière tout le monde pourrait tirer profit d'une augmentation des espaces verts". Pour y parvenir et trouver des solutions concrètes, l'UNEP a créé en 2015 un groupe de réflexion auquel participe notamment l'association Élus, santé publique et territoires, composée d’élus issus de professions médicales.
 
Pour Pascal Franchomme, le gouvernement pourrait par exemple aider à la création d'espaces verts en mettant en place des "incitations fiscales positives" : "Proposer un crédit d'impôt pour les communes serait plus efficace que de pénaliser celles qui ne le font pas. Les amendes infligées à ces dernières sont souvent bien inférieures au coût de l'investissement attendu de leur part, et donc peu incitatives."
 
L'UNEP effectue également, en tant qu'association, une démarche de lobbying envers les ministères de l'environnement, de l'agriculture, des finances et bientôt de la santé. "C'est un long combat que nous avons entamé. Les espaces verts devraient être une priorité, pour le climat, et pour la santé." 
 
De même, l'Adivet se bat pour que la nouvelle loi du code de l'urbanisme, entrée en vigueur en janvier 2016 et dont une réforme sur la biodiversité est prévue au cours de l'année -, "donne une place reconnue au bâtiment végétalisé. Aujourd'hui, il n'existe qu'un article à ce sujet, qui interdit de les interdire", déplore son président Marc Lacaille.

Une nouvelle vie pour le mur végétalisé du Musée du quai Branly - Jacques Chirac

Jusqu’au 15 juillet 2017, le musée du quai Branly - Jacques Chirac lance sa première campagne de mécénat participatif afin de réunir 50 000 euros pour donner une nouvelle vie au mur végétal.
Conçu par le chercheur botaniste Patrick Blanc, le mur végétal est devenu un attribut fort de l’identité du musée. Veillant sur la Seine avec majesté et bienveillance, sa présence donne une respiration à la ville, emblématique d’un nouveau rapport à l’urbanité. D’importants travaux doivent aujourd’hui être entrepris pour renforcer le mur et garantir sa pérennité. Il a donc besoin de notre générosité à tous afin de demeurer un symbole fort de paix, d’ouverture et de respect de l’environnement, fidèle au message universaliste du musée du quai Branly - Jacques Chirac.
Les travaux démarreront au cours de ce mois de juin 2017. Ils porteront principalement sur le redimensionnement des fixations et l’adaptation du système d’humidification.
A cette occasion, une nouvelle création végétale sera proposée par Patrick Blanc. Célébration des continents africains, océaniens, américains et asiatiques, le futur mur comportera 376 espèces du monde entier, issues pour beaucoup de massifs montagneux : Atlas marocain, Drakensberg d’Afrique du Sud, Himalaya, montagnes du Chili et d’Argentine…
 
Réservoir de biodiversité et d’écologie urbaine, le mur végétal contribue à la préservation et au renforcement de la nature dans Paris. Grâce à leurs racines, au processus de photosynthèse mais aussi aux micro-organismes qu’elles abritent, les plantes exercent une intense activité dépolluante en milieu urbain. Les travaux permettront aussi de perfectionner le système d’arrosage pour économiser au maximum les ressources en eau. Enfin, le mur constitue un excellent isolant naturel, réduisant les besoins en climatisation durant l’été et les nécessités de chauffage durant l’hiver.
Végétalisez le mur virtuel en cliquant sur http://www.quaibranly.fr/fr/les-espaces/le-mur-vegetal/
 

Palmarès des villes vertes : des initiatives pour améliorer la qualité de l’air. Les villes les plus vertes de France, distinguées par le Palmarès réalisé par l’Unep et Hortis (l’association des directeurs d’espace nature en ville), sont également celles où l’on respire le mieux ! C’est notamment le cas d’Angers, qui est l’une des villes les moins polluées de France, du fait de son importante superficie d’espaces verts : plus de 100 m² d’espaces verts par habitant, soit plus du double de la moyenne nationale (48 m²). Dans la deuxième ville la plus verte de France, Nantes, chaque habitant dispose d’un espace vert à moins de 300 m² de son domicile. Dans les zones les plus denses, où la qualité de l’air est globalement mauvaise, les villes parient sur toutes les formes de vert en ville : arbres en bordure de voirie, toitures et façades végétalisées… À Créteil, par exemple, 80 % de la voirie est arborée.         

 
 
1 - Chiffres issus de l’étude « Les espaces verts urbains – Lieux de santé publique, vecteurs d’activité économique » - Rapport Asterès pour le compte de l’Unep réalisé en 2016 par Nicolas Bouzou et Christophe Marques
2 - « Planting Healthy Air : A global analysis of the role of urban trees in addressing particulate matter pollution and extreme heat » - ONG Nature Conversancy, octobre 2016 - https://thought-leadership-production.s3.amazonaws.com/2016/10/28/17/17/50/0615788b-8eaf-4b4f-a02a-8819c68278ef/20160825_PHA_Report_FINAL.pdf  
 
A NOTER :
 
Exposition Oh couleurs ! Le design au prisme de la couleur au musée des Arts décoratifs et du design, dans le cadre de la saison culturelle "Paysages Bordeaux 2017" du 29 Juin au 3 novembre 2017 - paysagesbordeaux2017.fr
 
 
 
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urbanisme - architecture

Tendances urbaines : La ville douce, l'autre pan de la ville durable

La moitié des humains vivent dans des villes, mais sont-elles vivables ? Peut-on espérer rêver d’une ville plus douce ? Une ville qui prendrait mieux en compte la dimension humaine ? Une ville-nature, une ville sensible est-elle possible ?
 
L'édification de la ville moderne depuis la révolution industrielle a jonglé entre les partisans des progressistes (à la manière de Le Corbusier) et des culturalistes (à la manière d'Ebenezer Howard et des cités-jardin), les approches étant alors complémentaires et équilibrantes pour les formes urbaines, pour le bien-vivre en ville (modernité/développement; biodiversité/ressourcement).
Le profil actuel de la ville durable conjugue bien sûr ces deux dimensions mais dans des proportions différentes. Les efforts d'équipement consacrés à la ville intelligente sont sans commune mesure avec les dispositifs d'intégration de la nature en ville, du rapport physique même de l'homme dans son environnement urbain.
Cet article a pour objet de montrer qu'un rééquilibrage est crucial pour rendre les villes, et surtout les grandes villes et les métropoles, vivables à long terme, à l'heure où la moitié de la population s'y concentre. Au risque de mettre à mal une urbanité qui peut laisser place alors aux incivilités et conflits par la perte d'une harmonie urbaine. Il a pour intention de mettre en avant les autres pans de la ville durable qui nécessitent une accélération dans la mise en œuvre de politiques publiques à grande échelle, en responsabilisant l'Etat, les collectivités, la société civile toute entière.
Photo : ©Lumières de la ville - Quand le street art épouse la nature
 
Le profil actuel de la ville durable conjugue bien sûr ces deux dimensions mais dans des proportions différentes. Les efforts d'équipement consacrés à la ville intelligente sont sans commune mesure avec les dispositifs d'intégration de la nature en ville, du rapport physique même de l'homme dans son environnement urbain.

La Soft City ou la ville douce

Le terme employé dès 1974 par Jonathan Raban dans son ouvrage du même nom "Soft City" fait référence dans la littérature urbaine à l'exploration étonnante des relations entre "la ville douce", imaginée et personnelle, et l'espace physique de l'environnement bâti, ce que l'auteur qualifie comme étant "la ville dure".
Précédemment, le sociologue Georg Simmel (1) a produit une réflexion sur le corps dans la ville qui a introduit l'idée que les urbains se façonnent une "carapace" pour éviter les contacts physiques perturbants dans des milieux où la concentration humaine est forte (réseaux de transports notamment). Hormis ces penseurs, le sujet du rapport physique de l'humain à la ville dans la littérature scientifique urbaine fait l'objet de travaux actuels plutôt disséminés et qui prennent différentes formes.
Est-ce là un nouveau courant de pensée pour la ville qui accompagne les transformations de notre société vers une meilleure prise en compte des aspects humains (comportements, psychologie, bien-être,...) ?

Les tendances douces qui s'expriment : ville-nature, ville sensible

La première d'entre elles est la plus connue et la plus explorée. Elle a trait à la ville-nature, bien entendu, avec les politiques publiques associées qu'on lui connaît déjà comme le dispositif "Nature en ville" du Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire mais aussi des projets locaux de reverdissement, de dépollution, de renaturation, tels que menés à Paris ("Réinventer Paris", "Toits végétalisés"). La préoccupation initiale était celle du maintien de la biodiversité, de sa préservation en particulier en milieu urbain. L'approche par les "effets du changement climatique" a renforcé l'idée que la nature en ville apportait rafraîchissement aux îlots de chaleur, permettait la rétention d'eau et une moindre irrigation des espaces verts dans un écosystème urbain, économisant par là ressources et protégeant la planète. L'aspect social, bien que signalé, n'a pas fait l'objet de réflexions approfondies notamment sur le bien-être et la santé des habitants apportés par le végétal (en tous cas, pas suffisamment).

LIRE DANS UP' : Le vivant, grand gagnant du projet Réinventer Paris

Pourtant, l'ouvrage référence de Thierry Paquot et de Chris Younès "Philosophie de l'environnement et milieux urbains" apporte de nouvelles pistes pour une géographie urbaine faite de plus grande imbrication entre la nature et l'homme ; les travaux de Sandrine Manusset sur "les bienfaits du végétal en ville" explorent les facettes environnementale, économique et sociale de la nature en ville ; enfin, plus concrètement, les dynamiques engagées par des réseaux de villes moyennes en France, comme celui de "Plante et cités" conduit par le maire d'Angers, révèlent une prise de conscience importante de la nécessité, non seulement de préserver la nature en ville, mais de la développer. Et l'idée de désartificialisation annoncée par le Ministère, en clôture de la Conférence environnementale de 2015 sur la lutte contre l'artificialisation des sols, témoigne de ce changement de cap majeur pour les villes, les grandes villes en particulier : comment massifier la nature en ville, dans les grandes métropoles, afin de réparer les territoires et les désaturer pour un mieux vivre ensemble (santé, environnement, aménités, économie, ...) ?
 
Vue d'Angers (49), ville classée "la plus verte de France"
 
L'aspect social, bien que signalé, n'a pas fait l'objet de réflexions approfondies notamment sur le bien-être et la santé des habitants apportés par le végétal (en tous cas, pas suffisamment).
 
La seconde est plus imperceptible car plus mouvante et hétérogène. Elle concerne, pour simplifier, la notion de confort urbain qui se traduit par les ambiances visuelles, sonores, olfactives et le rapport au corps dans la ville. C'est un autre aspect trop souvent oublié de la ville, le corporel, la présence de l'homme dans la ville : ce qui renvoie à la ville sociable, sensible, aux humanités et aux pratiques sensorielles (vue, toucher, odorat, …). Pour ne citer qu'une illustration rapide, l'aménagement urbain fait peu de place aux bancs publics (sous prétexte qu'ils sont squattés par les indigents, on a plutôt tendance à les supprimer alors que 30% de la population française en 2050 aura plus de 60 ans et en nécessitera). On voit ainsi un premier décalage entre les besoins des populations et les politiques publiques menées que peut recouvrir cette absence de réflexion sur la présence du corps en ville.
 
A noter toutefois que plusieurs recherches depuis deux décennies s'intéressent à cette ville sensible.
C'est un courant qui s’affirme pour une ville vivante, viable et humaine, avec des tendances au développement de la recherche urbaine autour de grands concepts : éthique, esthétique, empathie, biens communs, responsabilité sociale, sensoriel. On assiste alors progressivement à une coexistence de l’écologie urbaine (fonctionnement optimal et responsable de la ville) à l’écologie humaine (bienveillance à l’égard des hommes).
Les chercheurs impliqués se constituent en réseaux pluridisciplinaires comme les "ambiantalistes" – créateurs d'ambiances apaisées en ville s'appuyant sur le végétal, la luminosité retrouvée dans des espaces bâtis – sous la houlette de Jean-Paul Thibaud en France, avec des collaborations canadiennes ; ou de manière plus éparpillée, comme Théa Manola et les paysages multisensoriels puis Lucie Grésillon et les villes olfactives (2) ; sans oublier les grands philosophes de l'urbain comme Thierry Paquot qui revendique la "mouvance humaniste" de l'urbanisme dans ses nombreux écrits sur la ville sensible ou Nathalie Blanc, spécialiste française de l'esthétique de l'environnement.
 
Journal sonore Élise Geisler et Théa Manola pour le projet de quartier durable » Kronsberg à Hanovre (Allemagne)
 
Alors, comment s'emparer de ces tendances urbaines - particulières certes mais indispensables au bien-vivre en ville - au niveau de la puissance publique pour considérer à nouveau la ville comme un lieu d'échanges plus apaisé en termes de bruits, d'odeurs, de stress énergétique (stress de transports), à l'heure où la "concentration des populations" est annoncée comme galopante notamment dans les métropoles ?
Quelles seront les figures du cadre bâti urbain à anticiper, projeter, pour réconcilier nature-homme- environnement urbain ?
 
Nathalie Cecutti, architecte et urbaniste de l'Etat et cheffe de la Mission prospective au Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire.
Cet article n'engage que son auteur et non l'institution auquel il appartient.
 
(1)    Les grandes villes et la vie de l'esprit, Georg Simmel, Suivi de "Sociologie des sens", Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2013 (1° édition 1907)
(2)    Lucie Grésillon, "Sentir Paris. Bien-être et matérialité des lieux", Ed Quae, 2010.
 
Pour aller plus loin :
 
- Livre "Ambiances urbaines en partage - Pour une approche sensible et pour une écologie politique des espaces" de Jean-Paul Thibaud, avril 2013
- Livre "En quête d'ambiances : éprouver la ville en passant" de Jean-Paul Thibaud, juillet 2015
- Article "Le ressenti cherche sa voie dans l'aménagement" avec Théa Manola (Le Moniteur, Janvier 2017)
 
 
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architecture

Concours international d’architecture 2017 : Appel à candidatures !

La 7e édition du concours international d'architecture Fondation Jacques Rougerie - Institut de France est lancée. L’architecte, l’ingénieur, le designer, tous participent à leur échelle au développement et à la construction du monde à venir. En regardant plus loin, au-delà des pensées acquises et des concepts établis, ces entrepreneurs, ces créateurs ont la capacité ensemble d’inventer de nouvelles règles, de proposer de nouvelles directions : des équipements, des cadres de vie, de mobilité et d’énergie en réponse aux grands défis environnementaux actuels et à venir de notre planète. Les prix de la Fondation Jacques Rougerie soutiennent et accompagnent cette démarche. L’innovation et la disruption architecturale, le développement durable, la résilience face aux grands changements climatiques sont les maîtres mots de cette nouvelle édition du concours international d'architecture pour encourager, stimuler et récompenser l’inventivité, la créativité, l’audace.
Photo : projet "Architecture on the moon" présenté au concours 2016  © Victor del Carpio Torres
 
Architecte visionnaire, Jacques Rougerie mène de front ses deux passions, la mer et l’architecture. Il fonde ses recherches et ses réalisations sur le principe de biomimétisme, tout en tenant compte du développement durable. Il construit des habitats, des laboratoires sous-marins, des centres de la mer, des vaisseaux à coque transparente, des musées subaquatiques et projette des villages et des lieux de vie sous la mer afin de sensibiliser le plus grand nombre à la beauté et au rôle fondamental de la mer dans la grande histoire de l’humanité.
Son projet phare, SeaOrbiter, fait la synthèse de plus de 30 ans de recherches innovantes dans les domaines de l’architecture marine et sous-marine. Inspiré depuis toujours par l’œuvre de Jules Verne, il en a adopté la maxime : « Tout ce qu’un homme est capable d’imaginer, d’autres hommes seront capables de le réaliser ».
Il a été élu en 2008 à l’Institut de France – Académie des Beaux-Arts.
 
Tout au long de ma vie j’ai donné corps à mes rêves et les ai réalisés grâce à des rencontres avec des Hommes qui ont cru en ma vision d’une architecture prospective et m’ont aidé à la mettre en œuvre. Sans leur soutien, nombre de mes projets n’auraient pu voir le jour. Aujourd’hui, il est de mon devoir d’aider les nouvelles générations, de les faire bénéficier à leur tour de cet accompagnement dont ils ont besoin pour bâtir le futur. C’est mon engagement et celui de la Fondation Jacques Rougerie dédiée à l’espace et à la mer… Car c’est de l’espace et de l’océan que naîtra le destin des civilisations à venir ». Jacques Rougerie.

Les Prix de la Fondation

Tous les projets architecturaux rendus devront obligatoirement s’inscrire dans l’un de ces deux univers : l’Océan garant de notre cadre de vie environnemental et sociétal pour demain ou l’Espace, champs de développements et d’applications technologiques incontournables pour le futur de notre civilisation. Cette année, la Fondation ajoute aux Grands Prix - dont le thème est libre - trois Focus pour apporter une vision prospective ciblée à moyen terme ou se préparer à une urgence écologique et sociale sur un continent. Cette démarche est née d’une volonté de répondre à des problématiques prospectives ciblées à moyen terme ou en réponse à une urgence mondiale.
 
La Fondation Jacques Rougerie – Institut de France récompensera ainsi entre trois et six auteurs de projet présentant une innovation architecturale liée au domaine de l’Espace, de la Mer ou de la Montée du niveau des Océans, comme suit :
 
- Prix de la Fondation Jacques Rougerie « Innovation et Architecture pour la Mer » - Louis Vicat
Grand Prix : 7500 €
Focus : « Les ports du futur » : 2500 €
 
- Prix de la Fondation Jacques Rougerie « Innovation et Architecture pour l’Espace »
Grand Prix : 7500 €
Focus : « Les centrales solaires spatiales  » : 2500 €
 
- Prix de la Fondation Jacques Rougerie « Architecture & Problématique de la Montée du niveau des Océans »
Grand Prix : 7500 €
Focus : « Le littoral africain : 2500 €
 
Chaque Jury se réserve le droit d’attribuer le Grand Prix au lauréat d’un Focus et ainsi cumuler les dotations. Il est ainsi possible de gagner les deux prix d’une même catégorie si le projet répond aux critères requis et illustre une excellence.
 
Projet « Water pavilion » présenté eau concours 2016  © Daniel Valle

Modalités de participation

Le concours est gratuit et s’adresse aux architectes, ingénieurs, designers, étudiants comme aux professionnels. Les candidats sont invités à monter des équipes pluridisciplinaires pour répondre au concours et valoriser une réflexion collective et des compétences transversales.
 
Inscription/dépôt du projet
Un seul site internet est mis à la disposition des candidats : https://sqore.com/opportunity/international-competition-in-architecture
 
Jury : La Fondation Jacques Rougerie bénéficie d’un réseau international et multidisciplinaire réunissant de grands experts selon la thématique de chaque prix : mer, espace, montée du niveau des océans.
Cette année, la Fondation l'honneur de recevoir le soutien de l'association Afrikarchi pour l'accompagner sur le focus "Le littoral africain".
 
Dates clés :
31 mai 2017 : Ouverture des inscriptions au concours
19 novembre 2017 : Clôture du dépôt des projets
Semaine du 4 décembre 2017 : Jury
Janvier 2018 : Cérémonie de Remise des prix
 
 
 
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désertification villages

Comment faire revivre nos villages et centres-bourgs ?

Les centres-bourgs se meurent dans les petites villes de nos Provinces françaises. Il suffit de voir les rideaux baissés des commerces et le nombre de boutiques à vendre. Le phénomène est national. Une dévitalisation des villes que les habitants désertent montrant un sentiment de déclin et d’abandon qu’il est grand temps de prendre en compte. Il y a heureusement des solutions.
 
Il faut prendre le temps de se promener à pied ou à vélo dans nos petites villes pour se rendre compte d’une triste évidence : la vie disparaît ! « Où sont passés les gens ? » est la question qui revient souvent … Les rues sont désertes, les commerces abandonnés ou flanqués de panneaux « à vendre » ou, au mieux, « à louer », les maisons sont soit fermées, soit en vente. Quand on trouve une boulangerie ou un bistrot du « bon coin » ouvert, on se sent un peu rassurés. En 2015, plus de la moitié des cœurs des villes moyennes avait un taux de commerces vides supérieur à 10 %. Et les villes de moins de 100 000 habitants sont les plus touchées.
Peu ou pas de commerces de proximité, plus d’animation culturelle et si l’on veut maintenir et attirer la population sur place, il faut lui donner l’envie de venir et de rester dans les villes. Des centres-bourgs vivants et animés, constituent un enjeu majeur de l’égalité des territoires ainsi qu’un levier de la transition écologique et énergétique.
 
 
Taux de vacance élevé. La « vacance commerciale », le pourcentage de vitrines vides, est fournie pour 166 villes par Procos, la fédération des enseignes, qui rassemble 250 « marques », d’André à Zara. La carte de 2016, très précise, permet de repérer les villes selon leur taux de vacance, de 7,5% à 10%, de 10 à 15% et au-delà de 15%. A Calais, Nevers, Béziers ou Vierzon, le taux approche ou dépasse même les 25%. Ce taux, qui ne recense que les rues de l’hyper-centre où les enseignes acceptent de s’installer, n’est qu’un indicateur parmi d’autres de la crise urbaine, mais il est sans doute le plus frappant.

 « Commerces en cœur de ville »

Le commerce participe à la vie de la cité et la façonne en grande partie. Si le commerce est d’abord l’affaire des commerçants, il revient aux élus, responsables de la ville et de l'intercommunalité, d'engager et de mettre en œuvre une stratégie globale adaptée à la situation de leur territoire et de leurs centralités.
En juillet 2016, un rapport de l’Inspection générale des finances, qualifiant ce phénomène de « préoccupant », et qui a donné lieu le 28 février 2017 à Bercy aux assises pour la revitalisation économique et commerciale des centres-villes, préconisait la création d’un agenda suivi pour une revitalisation commerciale des centres villes, dans le cadre de la Commission de concertation du commerce (3C) récemment installée.
 
En 2011, déjà, un label « Journée nationale du commerce de proximité, de l’artisanat et du centre-ville » avait été lancé pour récompenser les efforts consentis pour développer les activités économiques de proximité et prend la forme d’un panneau situé à l’entrée de la ville. Un moyen de récompenser les initiatives en faveur du commerce de proximité, de l’artisanat et du dynamisme territorial.
 
Les Chambres de Commerce et d’Industrie (CCI) se sont aussi engagé pour valoriser la qualité de l’accueil et du service dans les commerces de proximité grâce au label Préférence Commerce. Remplaçant la Charte Qualité Accueil Écoute Conseil, ce label national permet d’accompagner plus de 96 activités commerciales qui s’engagent dans une véritable démarche continue de progrès.
 
Initiative du Gouvernement : l’ouverture du portail « Cœur de ville » constitue l’une des réponses de l’État face au constat de perte de vitesse des centres de villes de taille intermédiaire. Ce diagnostic, commun à d’autres pays européens, est fondé sur de nombreux rapports et études, en particulier celui dont nous avons déjà parlé de l’Inspection Générale des Finances (IGF) et le Conseil Général de  l’Environnement et du Développement Durable (CGEDD), sur La revitalisation commerciale des centres-villes, et l’étude de l’INSEE « Le commerce de centre-ville : une vitalité souvent limitée aux grandes villes et aux zones touristiques» de novembre 2016.
Au service des acteurs du développement local, ce portail rassemble en un lieu unique des informations et des liens internet renvoyant à des expériences exemplaires, des acteurs incontournables et des outils opérationnels facilitant la redynamisation des centres-villes.
 
Martine Pinville, secrétaire d’État chargée du Commerce, de l’Artisanat, de la Consommation et de l’Économie sociale et solidaire, a souligné notamment le financement « cette année, pour plus de 15 millions d’euros de projets de rénovation du commerce au travers du Fisac, (Fonds d’intervention pour les services, l’artisanat et le commerce), dont les priorités correspondent à l’enjeu de revitalisation des centres-villes et centres bourgs ». Elle a fait part de son souhait de « proposer, dès 2017, un accompagnement humain et logistique renforcé auprès des villes et des commerçants, avec la création d’outils innovants. Par ailleurs, il est urgent de suivre une stratégie de passage au numérique adaptée pour les TPE du commerce. »
Elle a annoncé l’organisation « d’un rendez-vous, début 2017, sous forme d’états généraux, qui réunira acteurs publics et privés du développement des centres-villes ».
 
Mais, malgré ces dispositifs destinés à revitaliser les centres-villes, et une loi du 18 juin 2014 relative à l’artisanat, au commerce et aux très petites entreprises, qui prévoit plusieurs mesures, comme l’allongement du délai dont dispose la commune pour trouver un repreneur de commerce, l’action du gouvernement n’a visiblement pas été suffisante pour contrer le mouvement de désertification.

Comment la France a tué ses villes

Dans son ouvrage "Comment la France a tué ses villes" (Rue de l’Echiquier, octobre 2016), le journaliste reporter Olivier Razemon dresse un inquiétant portrait de cette France dévitalisée : la faute à qui ?
Pour lui, le cœur du problème, c’est l’étalement urbain, qui n’a cessé de progresser en dépit de tous les avertissements depuis les années 1970 et l’exode vers la périphérie, par l’usage généralisé de la voiture. Pour aller où ? Dans les centres commerciaux qui ouvrent partout en marge des centres-villes, à quelques kilomètres des cœurs de vie. L’offensive délibérée de la grande distribution, en périphérie, tue les commerces du centre-ville et des quartiers anciens, et sacrifie les emplois de proximité.
 
Pour Olivier Razemon, dans un entretien avec l’Obs en février dernier, « Pour les élus, ouvrir un centre commercial, c’est donner l’impression qu’ils agissent, même s’il n’y a pas de réflexion à long terme. Ils y voient une solution contre le chômage de leurs administrés, alors même que le commerce de proximité affiche une capacité plus importante à créer des emplois que la grande distribution. Le calcul repose sur l’idée, fausse encore comme l’explique l’économiste Laurent Davezies, que pour qu’une ville soit riche, il faut qu’elle produise de la richesse. La ville est pensée comme une petite nation qui doit créer son PIB. Or, même si ça joue, ce qui compte le plus, c’est la consommation sur place. »

Pour aller plus loin : Lire :La dévitalisation commerciale profite-t-elle vraiment à Marine Le Pen ?

Comment la France peut sauver ses villes

« Il n’y aura pas de renaissance si on n’est pas capable de juguler le commerce de périphérie » déclarait lors d’un colloque à Gembloux (Belgique) la spécialiste du commerce Bernadette Mérenne-Schoumaker. C’est clair : pour sauver les villes, il faut mettre fin à la construction de nouvelles zones commerciales et aux extensions des complexes existants, mais bien à rebours du célèbre aphorisme « Quand le bâtiment va, tout va »…
Mais pourquoi ne pas revaloriser les bâtiments existants dans les centres-villes pour une relocalisation des commerces ? Le CGET (Commissariat général à l’égalité des territoires) anime ainsi un programme de revitalisation des centres bourgs, où la présence de commerces est primordiale mais aussi un programme de réhabilitation de maisons de bourgs afin de réactiver un patrimoine vacant par la réutilisation du bâti ancien mettant en valeur des pratiques d’implantation architecturale et d’organisation du territoire qui étaient à la fois pragmatiques, fonctionnelles et économes. Car un bâtiment qui ne réussit pas à s’adapter à l’évolution des mœurs et des usages est condamné à la vacance.
 
Le CGET a sélectionné dans chaque département trois communes présentant des signes de dévitalisation et en manque de moyens ou d’ingénierie pour revitaliser leurs centre-bourg : 302 communes ont été présélectionnées, parmi lesquelles 267 ont souhaité candidater. 54 collectivités lauréates ont été retenues à l’issue du travail de sélection qui a eu lieu en novembre 2014. 230 millions d’euros ont été alloués à ce programme de réaménagement durable regroupant emploi, commerces, services, équipements publics, culture, loisirs, cadre de vie, transition énergétique, cadre de vie, nature en ville, espaces publics, architecture, patrimoine, petite enfance, etc.  Dix-neuf projets de convention sont en cours de finalisation et les autres seront signées courant 2017.

Questions de culture 

La revitalisation des centres-bourgs passe également par des actions dans des domaines tels que l’action sociale, le patrimoine, la culture, le monde associatif, etc. A l’exemple de la commune de Craponne-sur-Arzon (Haute-Loire), qui a retenu un bureau d’études pour encadrer trois classes d’école primaire afin de produire un travail de projection sur « le bourg de demain » à partir d’images, de photos, de récits sur le « bourg d’hier ». Certains parents, qui à l’origine n’étaient pas investis dans la participation et la co-construction du projet de revitalisation, s’y sont progressivement impliqués.
 
Ou encore à Periers dans la Manche qui conduit une action autour de portraits d’habitants à partir de photos, d’interviews, d’une exposition photographique sur des totems disséminés sur l’ensemble du bourg.
 
La commune de Giromagny, présentant un espace public très dégradé provenant de l’incivilité d’une part des habitants et des touristes, choisit de faire intervenir une troupe de théâtre en résidence, sous la forme d’un « Tribunal des flagrants délires ». L’animation, dont le démarrage est prévu au cours de l’année 2017, consistera à faire le procès des différents usagers, en y associant les habitants, lors des marchés.
En appui et dans le cadre d’échanges entre le Parc et l’École du Paysage d’Angers, un inventaire et des propositions au niveau de l’espace public seront réalisés par les étudiants afin d’orienter l’action de la troupe théâtrale.
 
A la Réunion, une approche sur le volet culturel a aussi été engagée avant la fin même de la construction de l’EcoQuartier de la Possession, en impliquant les scolaires sur différentes actions. En 2016, l’ensemble des quartiers attenants au futur EcoQuartier a assisté à la pose de la première pierre. De même, des enseignants de tous nouveaux (lycée professionnel, école primaire, etc.) sont venus visiter le site dans le cadre d’un stage organisé dans le cadre d’un partenariat rectorat – DRAC.
Ce stage a pour thématique Architecture, Art et Culture. Il est également prévu d’organiser tous les ans une animation jusqu’à l’émergence de l’EcoQuartier. Bien qu’il s’agisse d’un élément complexe à mesurer, cette approche constitue un moyen de mesurer les attentes et la vision du bien-être et du vivre ensemble des futurs habitants.
 
Dans le Parc d’Armorique, une rencontre avec la DRAC en 2014 a fortement contribué à la mise en place d’une résidence d’artiste sur le territoire du Parc. Objectif : initier une dynamique locale autour d'une réflexion sur les questions du paysage et de l’architecture ou autour de projets d'aménagement avec les différents acteurs du territoire et les faire travailler ensemble. La réflexion, à l’origine, portait sur les problématiques agricoles afin d’appréhender le regard des habitants sur leur lieu de vie et la manière dont ils souhaitaient voir évoluer leur territoire. C’est une petite commune de 1500 habitants, Dinéault, qui a été retenue.  
Cette résidence d’artiste a permis de questionner le rôle joué par le bourg-centre au sein d’une commune rurale. Il est alors apparu que celui-ci ne pouvait pas uniquement se restreindre à la présence de commerces et de services ou de logements occupés. Aujourd’hui cet espace public reste à réinventer.
Mais il a aussi été constaté qu’une volonté locale d’initier « le vivre ensemble », ici portée par l’équipe résidente, pouvait constituer un levier important à la transmission d’une connaissance culturelle, indispensable à l'animation des territoires ruraux. La dynamique impulsée par cette démarche artistique commence aujourd’hui à porter ses fruits et des liens forts se sont créés entre l'équipe et une partie des habitants.
 
La revitalisation de centre-bourg peut aussi prévoir l’activation de l’association nationale des cinémas itinérants ou la création de tiers-lieux, souvent associés au monde du travail. Celui-ci peut notamment conduire à la mutualisation d’espaces culturels comme une médiathèque pour varier les usages et multiplier le temps de présence sur site plutôt que de multiplier les lieux et les déplacements. C’est aussi l’un des autres moyens pour inciter les gens à se rendre sur les lieux culturels.
 
La question de la place des jeunes en milieu rural a également pu être évoquée à travers cette résidence. Comment offrir aux jeunes des dispositions idéales permettant un cycle de vie épanoui qui s’ancrerait dans la ruralité et qui nourrirait un projet local ? L’ouverture aux changements culturels et sociaux des espaces ruraux est aujourd’hui incontournable, il constitue un préalable à leur aménagement et à leur revitalisation. La résidence d’architecte constitue en sens un exemple éclairant de réenchantement, pour associer aménagement, approche sociale et culturelle du territoire.

Le pari de la transition numérique

La désertification des villes petites et moyennes est l'un des enjeux majeurs de notre société. Ce phénomène inquiétant est un terreau d'inégalités et un vivier pour le chômage. La dynamique digitale française, exemplaire, participe à endiguer ce constat malheureux. L’accélération de la transition numérique du petit commerce en s’appuyant sur le Conseil national du numérique, est une des actions phares du Gouvernement « avec, par exemple, une aide dans le développement de solutions mutualisées pour développer le commerce en ligne de proximité (plateforme commune pour les petits commerçants d’un territoire qui permettent de regrouper les commandes, casiers communs pour la livraison…) ».
 
Et des initiatives comme celle de rapidle pourraient permettre aux commerçants de s'adapter aux nouveaux comportements des consommateurs. Rapidle est une application de transformation digitale des petits commerces, principalement de bouche. Le Click & Collect permet notamment aux clients de commander en ligne et de récupérer leurs commandes sans faire la queue. Fort d'une expérience auprès des TPE sur l'ensemble du territoire, rapidle affirme aujourd'hui participer à la lutte contre la désertification des centres villes.
 
Sylvie Schloesser, gérante du Jardin des délices, commerce de fruits et légumes à Saverne, une ville de 13.000 habitants et sous-préfecture du Bas-Rhin (67), nouvellement utilisatrice de l’application, veut dynamiser son activité par le digital et s'adapter aux nouvelles attentes des clients : « Je suis installée dans une rue piétonne et depuis 5, 6 ans les parkings de la ville sont devenus payants. Les zones bleues manquent ou sont loin du quartier piéton ; parfois les clients tournent pendant 20 minutes pour trouver une place gratuite. Aujourd'hui les clients deviennent réticents à venir faire leurs courses en centre-ville alors qu'en périphérie, les bourgs multiplient les zones commerciales avec de gigantesques parkings gratuits ce qui attire les clients parfois au détriment de la qualité.
Aujourd'hui, notre collaboration avec rapidle va nous permettre de regagner des clients de deux manières. Premièrement, nos clients pourront faire leurs commandes en amont et passer les récupérer en quelques secondes. Deuxièmement, nous voulons organiser des rondes de livraisons avec les entreprises et les salariés de la région ce qui nous permettra en plus de ventiler au mieux des produits frais de très bonne qualité en assurant la promotion des circuits courts ».
Pour Steeve Broutin, co-fondateur de Rapidle, « Chaque ville de France a sa propre culture et c'est ce qui rend les régions si séduisantes. Aussi joli puissent être les centres-villes, les commerces les subliment, les rendent vivants ; c'est l'âme de la ville. Les commerçants sont également les garants de la diversité. Les grandes surfaces, les centres-commerciaux sont aussi très utiles aux consommateurs, seulement, il faut le reconnaître, qu'ils soient à Bayonne ou à Strasbourg, ce sont un peu tous les mêmes. »
Qui a dit que les petits commerces étaient morts ?
 
L’étude « Que peut le numérique pour les territoires isolés ? » parue en ce début d’année, et issue d'un groupe de travail présidé par Elisabeth Bargès (Google France) et Thierry Pech (Terra Nova), fait le pari que la transition numérique dans les territoires isolés peut répondre à un impératif de développement économique et à une ambition d’inclusion sociale et civique. 
Les nouveaux usages et outils permettent d’envisager un développement économique différent, plus déconcentré, une qualité de services publics et de santé réellement égalitaires sur l’ensemble du territoire national et de facto un retour dans le monde rural de populations qui devaient jusqu’alors vivre et travailler dans les grands centres urbains. 
La transition numérique participe au dynamisme du tissu productif de ces territoires. Elle permet d'accompagner une transition agricole et, avec des moyens peu coûteux, d’optimiser la production, notamment sur plan environnemental. Cependant, les entreprises de ces territoires, si elles veulent largement profiter de cette transition, notamment dans la modernisation de leur mode de distribution et dans l’élargissement de leur zone de chalandise, ont souvent besoin d’un accompagnement ou de formations.
 
Des données issues d’une collaboration avec Airbnb, par exemple,  illustrent le rôle que peut y jouer l’économie collaborative. 30 % des villages ont au moins une annonce Airbnb alors que 2/3 de ces villages ne comptent aucun hôtel. Ainsi, 123 000 personnes ont été accueillies par ce biais, ce qui a généré 14 millions d’euros de revenus supplémentaires pour ces territoires depuis 2012. Les retombées économiques locales peuvent être significatives, via les travaux de réparation, de rénovation et d'entretien engagés par les propriétaires ou via les dépenses réalisées sur place par les voyageurs (loisirs, achats de produits locaux, etc.).
 
La transition numérique contribue aussi à renforcer l’inclusion sociale. La e-administration constitue une avancée dans la lutte contre les inégalités territoriales en matière d'accès au service public comme le démontre le recours à la déclaration fiscale en ligne dans les territoires isolés (30 % hors données anonymisées contre 38 % au niveau national). Mais cet effort doit être accentué. Le déploiement de la télémédecine pourrait fournir une réponse à l’enjeu d’accessibilité des soins et du maintien à domicile des personnes âgées. Toutefois, l’état actuel du droit et des remboursements en freinent le développement. De plus, il est possible de favoriser le retour de certains salariés dans les territoires isolés par le télétravail, même si le cadre légal du télétravail fait peser encore trop de contraintes sur les entreprises et les salariés désireux de s'y lancer.
 
Enfin, les problématiques d’accès au réseau, de littératie numérique et de formation doivent être abordés par les acteurs privés, publics et associatifs pour tirer pleinement parti des changements en cours.
Ce rapport formule sept propositions pour que la transition numérique dans les territoires isolés puisse répondre à un impératif de développement économique et à une ambition d’inclusion sociale et civique.
 
 
Ce phénomène d’abandon progressif des centres-bourgs, en raison d’un habitat inadapté au mode de vie contemporain, questionne aujourd’hui la préservation d’un important héritage culturel, de l’adaptation du bâti ancien aux besoins des populations actuelles et de l’instauration de pratiques de consommation plus raisonnées. Il faut donc proposer une stratégie de reconquête, destinée à accompagner l’évolution de ses bourgs dans le temps.
Il n’existe nulle solution miraculeuse, mais une série de petits pas, de décisions empreintes de sobriété partout sur le territoire.
 
 
Pour aller plus loin :
 
 
 
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architecture et paysage

Pour la recherche en architecture et en paysage

Le mécénat de la Caisse des dépôts et consignations lance un appel à candidatures pour soutenir la recherche et l’innovation dans le champ de la conception architecturale et paysagère en France. Domaine de création par excellence, l’architecture et le paysage adoptent aujourd’hui de nouvelles pratiques professionnelles. L’objectif de cet appel à candidatures est de mettre en exergue ce dialogue entre renouvellement des usages et les quatre grandes transitions prioritaires de la Caisse des Dépôts.  
Photo : Musée de la Palestine à Bir Zeit en Cisjordanie - Heneghan Peng Architects – 2012/2016
 
Après le succès de la première édition, la Caisse des Dépôts annonce le lancement d’un nouvel appel à candidatures pour soutenir la recherche et l’innovation dans le champ de la conception architecturale et paysagère en France. Poursuivant son action en faveur d’un dialogue renforcé entre recherche académique et pratique professionnelle, le mécénat de la Caisse des Dépôts propose aux étudiants diplômés, aux enseignants en architecture et paysage ainsi qu’aux agences, collectifs ou autres structures professionnelles de mener des recherches sur les quatre transitions prioritaires du groupe Caisse des Dépôts : écologique et énergétique, numérique, démographique et territoriale.
 
Ces quatre grandes transitions : la transition énergétique et écologique, la transition numérique, la transition démographique et la transition territoriale, sont directement affectées par les nouveaux usages et sont également un accélérateur de la mutation des pratiques professionnelles. Cet appel à candidatures est destiné à faire émerger des travaux de recherche innovants, qui mettent l’accent sur cette réciprocité entre nouvelles pratiques et transitions. C’est le défi proposé par le mécénat de la Caisse des Dépôts cette année aux différents candidats.
 
L’enjeu de ces travaux sera simultanément d’enrichir les savoirs théoriques et pratiques de l'architecture et du paysage, de capitaliser sur cette connaissance, d’accroitre le niveau de formation et de qualification et d'expertise des professionnels concernés, et de favoriser l’émergence de nouveaux usages individuels et collaboratifs face à des normes techniques et juridiques de plus en plus contraignantes.
 
L'objectif pour la CDC en soutenant par le biais de sa politique de mécénat la recherche et l'innovation en architecture et en paysage est de consolider la place et le rayonnement de la compétence française à l’international dans ces domaines de création et de nourrir les réflexions autour des quatre grandes transitions prioritaires.
Le sens de cette démarche est de valoriser les pratiques de recherche et d'innovation portées par les diplômés au sein des écoles, par les enseignants et par les agences, collectifs ou autres structures professionnelles, afin de réunir les acteurs académiques, professionnels et économiques. Les résultats de ces recherches constitueront un foyer de réflexion pour mieux anticiper les défis futurs en matière d'architecture et de paysage portant notamment sur l’aménagement du territoire, le numérique et le développement durable.   
 
La première édition lancée début 2016 a remporté un franc succès : 11 projets ont été sélectionnés par un jury pluridisciplinaire parmi 59 candidatures déposées. Cet accompagnement proposé par la Caisse des Dépôts a pour finalité d’aider la jeune génération des architectes et paysagistes à faire émerger des projets novateurs. Les 11 lauréats sont ainsi entrés en phase de recherche depuis septembre 2016 et bénéficient d’une enveloppe de 15 000 euros, renouvelable tous les ans, sur une durée maximale de trois ans.
 
Le mécénat de la Caisse des Dépôts prolonge donc son engagement avec le lancement d’une nouvelle édition de son appel à candidatures qui sera, cette fois, totalement dématérialisée. Il entend exercer un réel effet de levier en matière de recherche et contribuer au rayonnement de la compétence française à l’international.
 
Les projets soutenus devront aboutir à des thèses de doctorat ou à des mémoires de recherche appliquée. La diversité des thématiques proposées ouvre un large champ de réflexion et de recherches  qui répondent aux enjeux du renouvellement des usages et des pratiques professionnelles.  
 
Conditions de participation
Cet appel à candidatures est gratuit et s’adresse à trois types de candidats :
a. Les diplômés des écoles d’architecture (diplôme d'État d’architecte) et de paysage (diplôme d'État de paysagiste) désireux d’effectuer un travail de recherche dans le cadre d’une thèse de doctorat ;
b. Les enseignants des établissements délivrant ces diplômes qui souhaitent passer une habilitation à diriger des recherches (HDR) ;
c. Les professionnels souhaitant enrichir leurs compétences et leur expertise pour augmenter leur niveau de qualification.
Pour tous les candidats individuels ou en équipes, le projet doit être porté par un établissement délivrant le diplôme d’État d’architecte ou le diplôme d’État de paysagiste. L’établissement a la responsabilité d’accompagner le candidat dans la démarche scientifique qui motive sa candidature.  

Sujets

Il est proposé aux candidats de réfléchir sur le rapport entre les mutations des pratiques professionnelles et les quatre transitions prioritaires du Groupe Caisse des Dépôts :
 
Nouveaux usages et transition écologique et énergétique
 
Si l’architecture et le paysage sont d’« intérêt public », c’est bien parce qu’ils portent en eux une dimension de bâtisseur d’avenir. L’insertion de la qualité architecturale et paysagère dans la construction de la ville durable illustre le souci permanent des bonnes pratiques et la nécessité de modifier culturellement nos modes de vie. L’architecture et le paysage ne sont plus seulement liés au patrimoine, ils sont une source d’innovation qui doit accompagner tous les acteurs de la transformation écologique et énergétique. Ce faisant, les travaux de recherche permettront de valoriser à l’international l’expertise française en matière de qualité architecturale et paysagère.  
 
Nouveaux usages et transition numérique
 
La transition numérique bouleverse sans conteste les pratiques professionnelles et interroge bien au‐ delà la « communauté » architecturale et paysagère. Si l’essor d’outils comme la maquette numérique facilite les techniciens de la maîtrise d’ouvrage et de la maîtrise d’œuvre, la transition numérique apporte plus largement des externalités fonctionnelles d’envergure en offrant une réponse opérationnelle à la façon d’utiliser les espaces (vacance d’espace dans les villes secondaires ou dans certains logements par exemple, verticalisation des espaces verts). Les travaux de recherche pourront bénéficier de l’étendue des mutations induit par cette transition pour interroger leurs pratiques et les toutes les possibilités offertes par le numérique.  
 
Nouveaux usages et transition démographique
 
Les évolutions démographiques actuelles et à horizon 2050 imposent de repenser nos modes d’habiter. L’augmentation de la population française, son vieillissement et les recompositions familiales, appellent à un véritable examen des potentialités en matière d’aménagement, d’occupation et de modulation de l’espace. Les architectes et les paysagistes auront la possibilité à partir de cet état des lieux de proposer des réflexions innovantes qui répondent aux défis posé par ces enjeux démographiques.  
 
Nouveaux usages et transition territoriale
 
L’idée part d’un constat simple : les grandes mutations contemporaines nous imposent de penser avec un lexique renouvelé notre rapport à la mobilité, aux transports, et au territoire. L’idée de transition territoriale émerge dans un contexte particulier, lié d’une part aux réformes territoriales favorisant la concentration des espaces dynamiques, et d’autre part à la question du risque de fracture territoriale entre les nouvelles métropoles et la ruralité voire le péri‐urbain. Ces problèmes contemporains illustrent avec acuité l’enjeu fondamental des nouveaux usages de l’architecture et du paysage comme réponse au défi d’une « nouvelle intelligence territoriale ».  
Etudiants, enseignants ou professionnels devront s’appuyer sur cet état des lieux pour ouvrir le champ de la réflexion académique en travaillant sur la possibilité de mise en œuvre de leur travail exploratoire.

Modalités de dépôt des projets

Les dossiers de candidature doivent être remis exclusivement sous forme numérique, en langue française, à l’adresse http://projets‐mecenat.caissedesdepots.fr dans un unique fichier au format PDF.  
 
Les candidatures doivent remplir quatre conditions :   
- être présentées par un candidat individuel ou une équipe candidate ;
- être portées par un établissement délivrant les diplômes d’État d'architecte et/ou de paysagiste ;
-  être accompagnées au sein de l’établissement par un référent scientifique (directeur de thèse, tuteur de HDR ou autre) ;
-être notifiées par un visa du directeur de l’établissement porteur.
Et doivent comporter obligatoirement :  
- CV du candidat individuel ou des membres de l’équipe candidate ;
- Lettre de motivation ;
- Lettre de soutien du référent scientifique (directeur de thèse, tuteur de HDR ou autre) ;
- Présentation du projet de recherche (thèse de doctorat, HDR ou autre – 3 pages maximum) ;
- Livrables attendus (thèse de doctorat, mémoire d'HDR, rapport de recherche appliquée,
etc.), calendrier du projet et modalités d'emploi des fonds attribués par la Caisse des Dépôts (contrat doctoral, décharge d’enseignement pour une HDR, versement d’honoraires pour les professionnels notamment) ;
- Eléments graphiques ou tout autre élément que le candidat estimerait pertinent pour étayer sa candidature dans la limite de 5 pages ;
- Présentation des équipes pédagogiques qui soutiennent le projet ;
- Une page de synthèse du projet.
Les documents doivent être remis en un fichier PDF unique.
 
Date limite de dépôt des projets : Jusqu’au 31 mars 2017 minuit sur le site http://projets‐mecenat.caissedesdepots.fr

Lauréats

Une somme de 15 000 euros annuelle est remise aux projets lauréats pour une durée de 1 à 3 ans. Cette somme est directement versée à l’école qui soutient le projet primé ; l’école fait son affaire des relations avec les membres de l’équipe lauréate et en particulier du reversement du soutien financier. Dans le cas d'une thèse de doctorat, il pourra être complété par d'autres financements (allocation de thèse ou demi‐contrat doctoral. Le soutien financier est destiné exclusivement au financement du travail de recherche. Dans le cas d'une HDR, le soutien de la Caisse des Dépôts n'est pas cumulable avec un congé pour études et recherches (CER) attribué par le ministère de la Culture et de la Communication. Pour chaque projet primé, une convention est établie entre la Caisse des Dépôts, l’école qui soutient le projet et le(s) candidat(s). Cette convention définit en particulier les conditions d’utilisation des résultats des travaux financés par la Caisse des Dépôts.
Le renouvellement annuel de ce soutien de 15 K€ est subordonné à une décision souveraine du comité scientifique au vu notamment de l’état d’avancement des travaux (apprécié sur la base d'un rapport d'avancement, de publications, de la participation du lauréat à des manifestations scientifiques, etc. ; le comité se réserve la possibilité de demander au lauréat de présenter oralement ses travaux) et sous réserve de la disponibilité à la Caisse des Dépôts de l’enveloppe budgétaire correspondante.
 
Pour tout renseignement sur l’appel à candidatures, vous pouvez contacter : Mecenat[at]caissedesdepots.fr
 
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