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Peut-on faire une maison dont toutes les pièces sont identiques ?

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Peut-on faire une maison dont toutes les pièces sont identiques ? Quels sont le statut et la signification de la pièce dans l’histoire de l’architecture ? Quelle actualité ce mode de composition peut-il avoir dans le monde contemporain ? Comment la pièce peut-elle changer de statut pour entrer dans le champ de l’espace ? Comment des éléments permanents de l’architecture peuvent-ils avoir des statuts radicalement différents au cours du temps ? Le lien entre forme et fonction existe-t-il ? Une architecture peut-elle être anti contextuelle ?
 
Autant de questions posées à Eric Lapierre, architecte, enseignant, auteur (1), Commissaire général de la prochaine Triennale d’architecture de Lisbonne en 2019 (2), à travers sa réalisation de la maison à Combray, constituée de seize pièces identiques. Une maison que l’identité géométrique des pièces qui la constituent rapproche des maisons traditionnelles des Pyrénées centrales dans laquelle elle est construite. Le 4 octobre dernier,  Eric Lapierre tenait conférence dans le cycle des Conférences Room Stories du Pavillon de l’Arsenal. Il présentait sa « Maison de collectionneur » de Combray. 
 
L’architecture est tout autant un art du temps que de l’espace», Eric Lapierre
 
Trois des seize pièces de la maison sont de véritables pièces extérieures qui doublent les fonctions intérieures : il devient possible de cuisiner, manger ou dormir à l’abri de murs mais sous le ciel. Ces trois pièces permettent d’enfermer de l’extérieur à l’intérieur, et proposent une expérience renouvelée du continuum intérieur/extérieur moderne, dans les limites compactes d’un volume clairement délimité.
 
Les murs ont tous la même épaisseur, et les baies ont toutes la même taille et une proportion identique à celle la plus couramment utilisée dans les tableaux classiques de formats verticaux pour renforcer inconsciemment le caractère pittoresque de l’ensemble : tout est identique pour être phénoménologiquement plus différent.
 
L’identité de tous les éléments architecturaux permet de magnifier les changements d’ambiance des différentes pièces, qu’ils soient dus à la qualité de la lumière naturelle, à l’emplacement d’une pièce dans l’ensemble, ou à l’ameublement de ces collectionneurs de design.
L'intérêt, c'est aussi de faire toutes ces pièces identiques pour montrer à quel point elles sont différentes. Par exemple, certaines pièces, à un moment donné, sont éclairées par le soleil directement, donc celles de la façade opposée sont dans l'ombre. Et quand on va de l'une à l'autre, celle au soleil paraît beaucoup plus grande. Le mouvement du soleil, la qualité de la lumière sont donc mis en scène ; et la maison permet aussi de mettre en exergue le fait que regarder une forêt ou l'infini sur les Pyrénées, ou regarder en vision très rapprochée le champ de maïs à l'arrière, cela change tout, et prend une intensité plus forte parce que tous les autres paramètres sont identiques : on n'est pas distrait par une nouvelle expérience spatiale. Sur le fond de cette monotonie, tout le reste se détache beaucoup plus fortement. » Eric Lapierre – Interview Detective Public, 2013 
 
L’intérieur des pièces est revêtu de plâtre brut ; les murs extérieurs, édifiés avec les blocs de maçonnerie typiques des constructions ordinaires contemporaines, sont revêtus d’une fine couche de résine d’étanchéité blanche et brillante, qui laisse apparents tous les appareillages. L’image du bâtiment oscillera ainsi entre celle d’un chantier inachevé peint en blanc et celle d’un objet de céramique de proportions hors du commun posé au sol.
 
 
(1) Auteur d’ouvrages sur l’architecture contemporaine, Eric Lapierre a notamment signé le Guide d'architecture de Paris 1900-2008, publié en 2008 aux éditions du Pavillon de l’Arsenal.
(2) La cinquième édition de la Triennale d'architecture de Lisbonne interrogera la spécificité de la rationalité architecturale.
 
Prochaine conférence d’Eric Lapierre : Les Entretiens de Chaillot « Surrationalism » le Lundi 13 novembre 2017 à 19h
Auditorium - 7 avenue Albert de Mun - Paris 16e (M° Iéna ou Trocadéro)
Inscription obligatoire, entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles.
Photo : Maison de Combray ©Eric Lapierre
 

 
eut-on faire une maison dont toutes les pièces sont identiques ? Quels sont le statut et la signification de la pièce dans l’histoire de l’architecture ? Quelle actualité ce mode de composition peut-il avoir dans le monde contemporain ? Comment la pièce peut-elle changer de statut pour entrer dans le champ de l’espace ? Comment des éléments permanents de l’architecture peuvent-ils avoir des statuts radicalement différents au cours du temps ? Le lien entre forme et fonction existe-t-il ? Une architecture peut-elle être anti contextuelle ?

 

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