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Nourrir les villes : GreenBelly, le nouveau projet de potager vertical

potager verticale
Des architectes espagnols et ingénieurs agronomes français présentent un projet qui pourrait bien changer le futur des grandes villes : faire pousser des légumes le long des murs. Ils convertissent des murs aveugles en potagers verticaux de la manière la plus écologique possible en utilisant des matériaux recyclés et les déchets organiques du voisinage. 
 
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n le sait depuis le philosophe Alain Roger (1) ou les fameuses réalisations architecturales de Frank Lloyd Wright (2) ou de Gilles Clément, Michel Desvigne, ..., l’architecture et le paysage ont pour but de valoriser et mettre en scène l’espace, avec un même objectif : concevoir et améliorer le cadre de vie.
Toutes les villes regorgent de murs sans fenêtres, des espaces verticaux qui ne servent à rien.
On connaissait l’engouement des toits et terrasses pour les nouveaux potagers urbains, le potager vertical pour balcons, voici un nouveau type de potager, à l’assaut des murs verticaux et surfaces aveugles d’immeubles : le projet GreenBelly. Il est mené par l’architecte Alex Losada avec l’entreprise AVL Studio, et veut convertir les espaces résiduels urbains en centres productifs, tout en augmentant le nombre d’espaces verts et améliorant la cohésion sociale. Les citadins peuvent cultiver leurs légumes et salades sur les étages horizontaux d’une simple structure d’échafaudages le long d’un mur aveugle, où tout est recyclé ou recyclable. 
 
 
L'apport en eau et en nutriments pour ces potagers « verticaux » est gratuit car ils utilisent l’eau de pluie, la lumière du soleil et le compost provenant des déchets organiques du voisinage. Dans les grandes villes densément peuplées, la pollution, la sédentarité et l’accès à une alimentation riche en produits ultra-transformés sont monnaie courante. Il devient nécessaire d’inverser la tendance : faire pousser des fruits et légumes localement et reconnecter l’architecture existante avec la nature est un besoin non seulement pour les habitants de ces grandes villes mais pour l’environnement.
 
« Avec GreenBelly, nous proposons un projet simple, durable et a petite échelle, en recyclant les espaces, les matériaux et les ressources disponibles en ville. GreeenBelly a le potentiel d’assainir et reverdir les villes, de fournir de la nourriture aux personnes dans le besoin ou encore d’enseigner l’origine des aliments aux enfants. »
 
L’installation a pour but de réduire la distance du champ à l’assiette : avec seulement 35 m2 de surface au sol, un jardin de six étages peut produire jusqu’à 6400kg de légumes par an et générer 162 m2 d’espace vert au milieu de la ville. De plus, le jardin GreenBelly fournit un lieu où les habitants du quartier peuvent se réunir et partager leurs connaissances en jardinage et enseigner aux plus jeunes.
Des salades biologiques, de saison et produites localement peuvent être vendues à un prix abordable aux voisins et passants, à des restaurants ou épiceries du quartier, ou encore être distribuées à des associations caritatives pour nourrir les personnes dans le besoin. Le coût et la pollution liée au transport, à la conservation et à l’emballage de ces aliments sont quasiment nuls étant donné la proximité du lieu de production avec le lieu de consommation.  
 
« C’est un projet durable et à moindre coût : nous utilisons des matériaux qui sont très accessibles et communs dans les grandes villes comme des échafaudages et du bois de palette, ainsi que les déchets organiques du voisinage pour créer du compost et de l’engrais pour les plantes du potager. »
 
La structure d’échafaudages permet une certaine flexibilité pour s’adapter à tout type de façade, en faisant un système modulaire à bas coût. L’assemblage est rapide, simple et propre, car il ne requiert pas de travaux de gros œuvre. Chaque module est une sorte de cabine de production organisée de manière à optimiser le rendement du potager à un prix abordable.
Les modules sont assemblés comme des pièces de Lego, pour former le jardin vertical. On peut le démonter, l’agrandir ou le rétrécir en largeur ou en hauteur comme on le souhaite. Plusieurs options d’utilisation sont possibles. Une possibilité est que chaque module soit loué individuellement aux habitants du quartier pour leur usage personnel.
 
 
Dans un autre modèle, le jardin peut être géré de manière plus centrale par quelques personnes et la production de tout le mur végétal vendue aux habitants ou aux commerces locaux, ou encore distribuée gratuitement par des associations caritatives. Une dernière option est d’installer un jardin GreenBelly sur le mur d’une école, d’un hôpital, d’une maison de retraite ou encore d’un immeuble de bureaux : cela peut aider les enfants, les employés ou les personnes âgées à reconnecter avec la nature, se sentir productifs, apprendre à jardiner et être plus actif physiquement.
 
Construire, c’est collaborer avec la terre : c’est mettre une marque humaine sur un paysage qui en sera modifié à jamais.
Marguerite Yourcenar « Mémoires d’Hadrien »
 
GreenBelly pourrait-elle ainsi concilier architecture et nature, à l'instar de l'architecte français Édouard François qui réalise de surprenantes formes d’habitations écologiques dans des projets immobiliers majeurs (3) ? Cela pourrait apporter un bénéfice triple à la ville moderne : écologique – en augmentant les espaces verts et la biodiversité ; social – en permettant la cohésion au sein du quartier ; et économique – en recyclant des espaces et des matériaux résiduels pour produire localement de la nourriture à moindre coût.
Ses inventeurs sont convaincus que ce projet peut aider à rendre la ville plus verte et plus saine et que GreenBelly peut devenir un élément essentiel du paysage urbain durable. 
 
Avec ce projet, se pose néanmoins le souci de l'esthétisme : des échafaudages en guise de potagers urbains ? Transparence, extrapolation, fusion, imitation, camouflage, imbrication, métamorphose, support et insertion, … tels sont les nouveaux objectifs de certains architectes d’aujourd’hui. Nature et architecture se mêlent, se confondent parfois, pour une conciliation harmonieuse et respectueuse de l’environnement. Ne pas oublier que la prise de conscience de la préservation des ressources naturelles permet la recherche permanente de nouveaux matériaux et de nouvelles conceptions où l’homme essaie de se fondre dans la nature, mais aussi dans la ville. 
 
 
Si vous êtes intéressés par le projet GreenBelly, vous trouverez toutes les informations sur le site www.greenbelly.org et pour participer a la campagne de financement le lien est le suivant : https://www.kickstarter.com/projects/1903306293/greenbelly-vertical-urban-garden?
 
(1) « Toute l’histoire du paysage occidental, aussi bien qu’extrême-oriental, le montre à l’évidence : le paysage est d’abord le produit d’une opération perceptive, c’est-à-dire une détermination socioculturelle » (Roger A., 1997).
(2) Villa «Fallingwater» en Pennsylvanie (USA)
(3) La Tour M6B2 à Paris et la Tour végétale de Nantes constituent d’étonnantes propositions arrimant poésie, biodiversité et architecture.
 
 

 

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