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Créer une île verte à Paris

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Face au réchauffement climatique amplifié par l’emballement de l’urbanisation et des transports, l’Ile-de-France ressent le besoin vital de plusieurs larges îlots de fraîcheur ; il est encore possible de sauvegarder un tel îlot tout de suite dans une des plus belles boucles de la Seine : l’Ile Seguin. Tous les amoureux de Paris, les habitants de la région d’Ile de France, à l’air excessivement pollué, peuvent choisir de mieux respirer demain en venant se réconcilier, sur l’Ile et sur le fleuve, avec la faune et la flore, la biodiversité de leur environnement.
 
Jusqu’en fin de soirée, la Seine rafraîchit la température ; ensuite, jusqu’à l’aube, la végétalisation de l’île prend le relais : c’est ce qu’on appelle un îlot de fraicheur. Paris éprouve la nécessité de plusieurs îlots de cette nature. Celui, exceptionnel, constitué par l’Ile Seguin, attend, sous nos yeux, et sa renaissance dépend de chacun d’entre nous.
« Des études scientifiques ont montré que les espaces naturels de verdure et de fraîcheur sont indispensables pour atténuer les effets néfastes sur la santé des vagues de chaleur, en particulier nocturnes, qu’engendreront de plus en plus les changements climatiques inéluctables. Le classement en zone naturelle éviterait que la densification de l’île n’apparaisse comme une expérience d’apprenti sorcier imprudemment menée dans « le laboratoire de mise en œuvre de la densité urbaine. » (1)
 
En 2011, un collectif rassemblant un groupe de riverains de Meudon et de Boulogne-Billancourt, « Vue sur l’Ile Seguin », est créé. Objectif : éviter le bétonnage subreptice des 11 hectares de l'île, pour faire respecter le droit de l'environnement, sauver cette trame verte et bleue. Son action est d’ambition mondiale pour que l’Ile Seguin, île verte, devienne un rare îlot de fraicheur, un puits de compensation carbone concret à l’appui d’engagements politiques souvent trop théoriques de bien des sommets climatiques.
Pourtant, c’est bien sur l’île Seguin qu’a eu lieu le 1er sommet mondial en décembre 2017, le One Planet summit, pour accélérer la collecte de fonds destinés à verdir la planète en application de l’Accord de Paris de 2015 où Emmanuel Macron déclarait « Le temps du déni est révolu. Nous ne sommes pas seulement en train de perdre la bataille contre le changement climatique, nous sommes en train de perdre notre bataille contre l’effondrement de la biodiversité. »
D’autres voix s’élèvent comme celle du Préfet des Hauts-de-Seine qui ne s’y est d’ailleurs pas trompé lorsque, en février 2018, il suggère, dans l’annexe à son avis, à propos de la zone UCc : « La zone UCc correspond à l’Ile Seguin. Le parc de l’Ile Seguin aurait pu être valorisé par l’introduction d’une zone naturelle (N). Il est encore temps. »
La Ligue de Protection des Oiseaux (L.P.O.) s’implique également : "La délégation LPO Ile-de-France (Ligue pour la Protection des Oiseaux Ile-de-France) s’oppose à la révision du PLU de Boulogne-Billancourt telle qu'elle est actuellement présentée sur le site Enquêtes publiques et en particulier au remplacement des zones UCc, NDd et NDb de la pointe amont en une zone UCf ainsi que l'éventualité, évoquée dans le même document, de déclasser dans une seconde phase les zones NDb et NDd du reste de l'île. » (2)
 

Contre le massacre à la bétonneuse

Sur la Seine, en lisière de Paris, l’Ile Seguin offre une opportunité historique que personne ne perçoit vraiment. Pourtant, l’édification de la Seine Musicale, figure de proue de l’Ile, a donné le « la ». Une fois accompli ce geste architectural fort, les bétonnières doivent se taire et les senteurs comme les chants de la nature reprendre leurs droits sur l’Ile.
Le collectif "Vue sur l'Ile Seguin" a été créé en réaction à l’érection de la tour Horizon de Jean Nouvel - sous couvert des nouvelles dispositions de la loi sur le Grenelle de l’environnement - et au programme d’urbanisation massive de l’Ile Seguin. Cinq tours de bureaux aux hauteurs illimitées étaient prévues dans le programme d’urbanisation massive de l’Ile Seguin, témoignant d’atteintes majeures et irrémédiables à l’environnement, et entraînant une modification radicale de la ligne de crête des immeubles dans le paysage face à des monuments et perspectives classés.
 
 
Une première victoire a été remportée en 2013 contre les 375 000 m2 de projet et de béton, et aux tours. En 2008, le maire de Boulogne-Billancourt se faisait élire en jugeant intolérable une densité bâtie excédant 110 000 m² sur l’île alors qu’il disposait de possibilités de construction purgées de tout recours juridictionnel atteignant 175 000 m².
En décembre 2011, face au projet de cinq tours de bureaux de 375 000 m² sur l’Ile Seguin, le collectif de riverains a saisi le tribunal administratif de Cergy-Pontoise en déposant un premier recours gracieux puis un premier recours contentieux couronné de succès le 9 juillet 2013.
Cette première victoire judiciaire annulait la révision simplifiée du plan local d’urbanisme de Boulogne-Billancourt (2011) en raison de l’absence d'évaluation environnementale, de l’absence d’étude de sécurité publique, de l’absence de logements autour d’une future gare du réseau de transport du Grand Paris, de l’insuffisance de la notice et du rapport de présentation du projet, des modifications du projet après l’enquête publique.
 

Quels projets sur l’Ile Seguin ?

A la surface de l’île des ateliers du développement durable pourront apprendre aux citadins, en théorie comme en pratique, ce que sont les changements climatiques, la biodiversité, un sol vivant, un air respirable, un îlot de fraicheur, une alimentation saine, une trame verte et bleue, une ville humaine….
Dans le sous-sol de l’île, mais relié au ciel et aux berges, à la flore et à la faune retrouvées, prendra place le centre mondial de revitalisation de la planète dont les réflexions placeront la France au premier rang de l’innovation en matière de développement durable. Un Centre de réflexion sur les défis lancés à la survie de l’humanité par les changements climatiques.
A sa surface, au creux de vastes espaces verts, de petits ateliers du développement durable constitueraient des lieux de sensibilisation et d’éducation à la découverte de ce que sont l’eau, l’air, le sol, l’arbre, la forêt, les changements climatiques, un îlot de fraîcheur, la biodiversité, les espaces de vie, les insectes, les oiseaux, la pêche raisonnée, le bien-être animal, la santé environnement, les énergies, les pollutions, la sixième extinction massive, l’information citoyenne sur la planète, le mécénat vert, l’économie circulaire, l’architecture biomimétique, les bâtiments à énergie positive, la civilisation écologique...
 
Croquis juin 2018 : L’Ile Seguin, île verte, avec ses ateliers du développement durable au cœur de la belle boucle de la Seine.
Une ambition et un environnement souhaités et plébiscités déjà par près de 20 000 signataires.
 
En une mobilisation générale, chacun peut devenir le mécène actif de ce projet hors norme, de cette harmonie retrouvée après le frisson redouté d’un printemps silencieux.
N'oublions pas qu'à l'origine, l’Ile était constituée de cultures maraîchères sur un terrain meuble, inondable, puis en 1920 elle fut surélevée de 4,5 m grâce à des gravats maintenus par une double paroi périphérique. Peut-être faut-il méditer les propos de l’architecte Glen Murcutt : "Ne touche cette terre qu'avec délicatesse".
 
 
 
  1. Extrait de la contribution du collectif Vue sur l’Ile Seguin à l’enquête publique relative à la révision du PLU de Boulogne Billancourt - avril 2018
  2. Extrait de la contribution de la Ligue de Protection des Oiseaux L.P.O. à l’enquête publique relative à la révision du PLU de Boulogne Billancourt - avril 2018

 

 

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