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Et si l'on révolutionnait aussi l'espace travail ?

Architecture
Les bureaux vivent eux aussi, à leur rythme, une petite révolution. Le confort au travail devient une priorité pour les employeurs conscients que le bien-être de leurs salariés aidera ces derniers à être plus innovants. L’exemple d’Artdesk group, spécialisé dans les nouveaux modes et espaces de travail de demain illustre combien le modèle « Google » a fait des émules. Et cela passe par une stratégie managériale et architecturale pour favoriser la créativité, l’efficacité et l’innovation des collaborateurs.
 
Gustave-Nicolas Fischer (1) et Chantal Fousse (2) , ont rédigé en 2012 un rapport « Espaces de travail et communication – Une lecture psychosociale », qui fait référence, où ils déclarent que « La question de l’impact des espaces de travail sur la satisfaction, l’efficacité et le bien-être intéresse depuis longtemps les aménageurs, les entreprises et les chercheurs. Dans une perspective psychosociale, un environnement doit être considéré à travers la relation qui s’établit avec lui. C’est donc le système d’interaction espace-individu qui permet de saisir la façon dont un environnement est utilisé et perçu. »
« Les environnements de travail, les nouveaux outils technologiques et l’organisation constituent un système d’interdépendance ; on ne peut pas les aborder et les traiter séparément. Il faut en effet toujours considérer la dynamique existant entre eux et notamment les relations entre modification de l’espace, nouveau projet d’aménagement et fonctionnement organisationnel. »
 
La conception proposée par Artdesk Group en est une démonstration ; elle ne repose plus sur une vision essentiellement « ergonomique » du travail, basée sur une adéquation optimale de l’outil et de l’opérateur, mais sur une compréhension globale de nouvelles données qui déterminent l’activité, à savoir notamment les outils technologiques.

Esprit Work & Lifestyle

 
En 2003, Jean-Claude et Nicolas Paugam fondent Artdesk. Père et fils, aux parcours complémentaires au sein de l’univers du workspace, proposent une démarche globale totalement collaborative, du conseil à la remise des clés en passant par l'architecture d'intérieur, la distribution de mobilier et le décor : naissance de l’esprit « Arts of working ».
 
À l’heure où toutes les organisations réfléchissent à remettre l’humain au cœur de l’activité professionnelle, tant dans les modes de travail que dans les aménagements, Artdesk Group fait figure de précurseur par leur révolution spatiale qui commence par une révolution managériale : en abandonnant le fantasme des grands bureaux de direction et en redéfinissant le rôle du « middle-management ».
 
Pour favoriser la créativité, l’efficacité et l’innovation des collaborateurs, Artdesk Group conseille de transformer le cadre de travail en abolissant les modes traditionnels. D’une problématique purement économique : « Comment optimiser mes m2 ? », la question devient : "Comment créer l’environnement favorable à un engagement maximal de mes équipes ?" Les Ressources Humaines prennent désormais une part plus prépondérante dans la prise en charge des projets immobiliers.
Pour ce faire, Artdesk Group démontre les fondamentaux du « Living Office », une méthode développée par Herman Miller qui permet de concevoir les dix aménagements répondant aux besoins des dix activités pratiquées partout dans le monde sur le lieu de travail, seul ou à plusieurs.

Nouveaux codes d’aménagement

 
Le Living Office constitue un espace de travail hautes performances, conçu pour améliorer le bien-être et la productivité des collaborateurs. Dix activités incontournables, dix aménagements empruntés au monde de la maison : du Refuge (Haven) au Forum à la Plaza en passant par l'Alcôve (Cove) ou le Palier (Landing).
 
L’atmosphère chaleureuse des Home Sweet Home entre ainsi enfin dans les entreprises. L’aménagement d’un appartement va au-delà des simples critères esthétiques. Ainsi, chaque espace de vie est entièrement dédié à des activités propres : recevoir, dormir, cuisiner, se détendre...
 
 
Le Cove se situe à proximité des postes de travail, c’est un cocon où l’on se réunit à 2 ou 3 pour échanger, discuter, sans être dérangé et sans déranger.
La Plazza est propice à l’échange, la détente, on peut s’y restaurer mais aussi travailler et communiquer.
La "Creative Room", par sa configuration, permet de travailler en mode projet autour d'un écran commun.
Dans le Jump space, on se pose entre deux réunions, on y passe entre deux rendez-vous par exemple pour débriefer ou lire ses emails.
 
 
C’est parce qu’il y a partage de valeurs communes que l’on voit naître un territoire. Cette remarque de Guillemette Houdard sur son blog s’applique à l’espace de travail, que nous choisissons de plus en plus en fonction des valeurs défendues par les individus le composant. Le coworking est une des formes les plus rependues de ces nouvelles façons de travailler. L’identité des membres de l’espace est alimentée par l’identité collective, et inversement. Dans un style « maker », les Fablabs (ou hackerspaces) sont des espaces qui illustrent ce regroupement par affinités de projets. Artisans, designers, informaticiens et chercheurs y viennent souvent échanger et faire, conscients que l’espace créé par les membres puise ses racines dans les valeurs d’Internet que sont l’échange, le partage, la sociabilité et le libre.
 

Nouveau mot d’ordre : libérez vos espaces

Nous avons nous-mêmes adopté en interne ces nouveaux modes de travail innovants. Ainsi nos collaborateurs n'ont plus de postes de travail fixes. Ils se déplacent tout au long de la journée et utilisent différents espaces connectés et parfaitement adaptés à chacune des activités du moment. En tant que co-fondateur, je suis SBF, sans bureau fixe. Finalement cette tendance invite le top management et le middle management à évoluer au cœur même des échanges et des équipes. C’est aussi une tendance que nous préconisons en ce moment chez nos clients dans l’agencement de leurs nouveaux locaux. »
Nicolas Paugam, co-fondateur d’Artdesk Group
 
Niché au fond d’une cour dans un magnifique immeuble industriel au 93 de la rue de Monceau, dans le 8ème arrondissement de Paris, le groupe a complètement revu et modifié ses bureaux, transformé sa boutique ouverte au grand public en Workshop et installé l’Appartement de la filiale Kidimo au 86 rue de Monceau : 800 m2 qui illustrent la philosophie et l’ensemble des savoir-faire du groupe.
 
La partie « Recherche et Développement » du groupe, c’est ESO, laboratoire sur le travail de demain. Comment travaillerons-nous en 2030 ? Quels seront les nouveaux lieux ? Quel temps accorderons-nous au travail dans notre quotidien ? Comment mesurons-nous la performance des collaborateurs ? Quelles innovations seront amenées à bouleverser le monde du travail ? Quelles interactions entre les bâtiments et les utilisateurs ?
Autant de sujets qui feront le travail de demain, et qui donneront lieu à de nombreux échanges et débat dans le cadre du club ESO, pensé et imaginé comme un véritable cabinet de tendances des évolutions du secteur tertiaire : L’espace de travail devient un espace virtuel où l’activité dépend de moins en moins d’un lieu défini : concept d’espace portatif. On peut travailler n’importe où ; loin de l’entreprise.
 
 
En fait, on constate que l’informatique a donné lieu à de nouvelles représentations de l’espace liées à l’évolution du travail. L’aménagement de l’espace est ici le reflet d’une nouvelle représentation du travail.
Avec l’informatisation, l’aménagement des espaces n’est plus directement lié à la productivité ; dans un certain nombre d’entreprises, sa fonction est de servir de support à la culture de l’organisation, c’est-à-dire faciliter l’adhésion aux valeurs de l’entreprise. 
« La capacité d’Internet à créer du contact réticulaire en dépit de la distance territoriale offre aussi une opportunité considérable d’organisation, de production et de coordination. » (Boris Beaude, "Changer l’espace, changer la société").
Pour cet auteur, Internet est un espace réel qui occupe une place croissante dans nos pratiques, il est donc un espace qui se pense et s’organise. Les managers de demain doivent prendre en compte les enjeux d’Internet et en maîtriser les dérives car ses espaces regroupent de multiples lieux dont nous pouvons difficilement « bloquer l’accès comme on bloque une frontière ».
 
Au début de l’informatisation, les entreprises n’ont pas innové au niveau de l’espace, mais ont imposé les changements sur les aménagements existants avec un effet de décalage entre le confort de l’espace et l’efficacité de la technologie, car les deux n’étaient pas conçus ensemble.
Un hiatus que les start-ups ont su contourner depuis quelques années déjà. C’est désormais aux grands groupes de s’en inspirer.
 
 
 
(1)    Gustave-Nicolas Fischer est professeur de psychologie sociale ; il est directeur du laboratoire de psychologie à l’université de Metz et professeur invité dans plusieurs universités étrangères (Montréal, Lisbonne, Lausanne). Après avoir été durant plusieurs années psychologue du travail et consultant dans les entreprises, il a développé ses recherches sur la psychologie des environnements de travail en étudiant l’impact psychosocial des aménagements sur les employés. Il a élaboré, en collaboration avec une chercheuse du M.I.T., une méthodologie d’évaluation des environnements de travail.
(2)    Chantal Fousse est assistante de recherche au laboratoire de psychologie de l’université de Metz. Après avoir travaillé de nombreuses années dans le secteur privé, elle collabore aux recherches en psychologie de l’environnement au laboratoire de psychologie.