UP' Magazine L'innovation pour défi

analyses

Une nouvelle politique industrielle en France et en Europe centrée sur l’innovation et le design de nouveaux produits est-elle possible ?

La dégradation de l’emploi depuis 2008 est nette et continue, mais l’emploi s’est progressivement dégradé à partir de 1973

En France, le nombre de chômeurs toutes catégories (A, B, C) est environ de 5 290 000 en fin mars 2015. Depuis un an, le chômage a augmenté de 6,7%, (sources Ministère du Travail).
Depuis le premier choc pétrolier de 1973, mis à part une embellie en 1990 et une petite amélioration en 2000, le chômage a augmenté progressivement… De nos jours, on atteint des records et les recettes pour relancer l’économie ne fonctionnent plus. L’INSEE estime que 74 400 emplois ont été détruits en France sur l'ensemble de l’année 2014. La hausse du travail par intérim, 24 000 emplois créés, n’a pas compensé les pertes importantes enregistrées dans beaucoup de secteurs, notamment l’industrie (-10 400 postes, - 0,3%) et la construction (-17 700, - 1,3%).

Depuis environ 30 ans, progressivement la gestion des grandes entreprises et l’influence des gouvernements de la France et de l’Europe sur l’industrie ont changé

Depuis le début de l’ère industrielle et jusqu’aux années 1970, pendant les « trente glorieuses », l’importance des usines, le nombre d’employés, la recherche, les nouveaux produits et la conquête de nouveaux marchés étaient la fierté des industriels.
Dans les années 80, sous l’influence des actionnaires et notamment des fonds de pensions américains, la manière de gérer les entreprises a changé.
A partir des années 1970, les grandes entreprises sont devenues des multinationales…Les entreprises familiales ont presque toutes disparues et cela a entraîné de grands changements dans les objectifs des directions des entreprises…Le bénéfice dégagé à court terme, pour servir des dividendes aux actionnaires, avec l’influence sur les cours de bourse, devenait le critère le plus important.
Ces entreprises (pseudo françaises) sont d’ailleurs souvent organisées en holding et n’ont plus d’entreprises françaises que le nom historique car elles sont plutôt devenues des établissements financiers qui détiennent des participations significatives dans des activités internationales avec les meilleurs outils fiscaux pour payer un minimum d’impôts.
On a assisté progressivement, dans les plus grandes entreprises françaises, notamment celles du CAC 40, à la généralisation d’une « gouvernance » sacralisant la rentabilité à court terme. Les économistes appellent ce phénomène la financiarisation des entreprises.

Comment a-t-on pu arriver à cette désindustrialisation ?

La situation de l’emploi s’est progressivement dégradée dans presque toutes les grandes entreprises. C’est la manière de gérer les entreprises qui a changé.
Presque tous les dirigeants depuis 1975 employaient une formule qui résumait leur stratégie : « il faut se concentrer sur nos métiers ». Cela a produit des effets qui nous ont conduits à la situation d’aujourd’hui.
Ces principes de gestion inspirés du BCG (Boston Consulting Group) (1) ont étés adoptés à partir de 1973 et progressivement, par presque tout le patronat.
Il s’agissait, pour gagner plus à court terme, de limiter la recherche et les lancements de produits nouveaux sur lesquels il fallait investir, tout en n’étant pas sûr du marché (baptisés produits dilemme par le BCG) et, parallèlement de se débarrasser des produits les moins rentables (appelés poids morts par le BCG). Cela a eu pour conséquence, en ne conservant que les produits les plus rentables, de faire de plus en plus de marges avec de moins en moins de produits fabriqués. Le Chiffre d’Affaire (CA) a baissé et bien sûr le nombre d’emplois aussi.
Lorsque dans les années 1960, l’entreprise fabriquait 10 produits avec 2300 personnes, on a conservé que sept produits, les plus rentables et la même entreprise les fabrique avec 1200 personnes.

Dans la plupart des entreprises, la politique a été de se mondialiser, la recherche a été freinée. On a arrêté la création et la modernisation des produits qui avaient vieilli pour ne prendre aucun risque sur les produits dilemme.
La frilosité par rapport aux risques industriels a contribué à la désindustrialisation. Il y a eu simultanément l’augmentation des bénéfices des entreprises et des licenciements. Le recul de l’emploi industriel s’est encore aggravé avec l’externalisation et l’automatisation. Puis, comme ces multinationales voulaient « gagner encore plus », elles ont délocalisé massivement. Cela était encouragé par la valeur boursière des actions.
Il s’agissait de licenciements boursiers…
Les fonds de pensions américains progressivement ont investi en Europe…Ils étaient très exigeants et voulaient des dividendes importants, ils les ont eus… Sans innovation, sans produits nouveaux, sans préparation de l’avenir…
Avec cette gestion à court terme, on devait rencontrer un mur et… nous y sommes presque !

Les personnes sans qualification (OS - ouvriers spécialisés en rien !) qui travaillaient en usines ont été mises progressivement à l’écart.
Aujourd’hui, tout le monde connaît dans son environnement des personnes au chômage et tout le monde se sent menacé et concerné par l’appauvrissement, le chômage et la précarité.

La prise de risques industriels, l’innovation, l’investissement productif qui étaient consubstantiels des entreprises sont devenus de vagues souvenirs !

La communication des grandes entreprises du CAC 40 a même réussi à persuader le public et les politiques que l’innovation était la tâche réservée aux startup ou aux PME, mais ne concernait pas les grands groupes et tout le monde l’a cru !

Quelles sont les mesures que l’Europe et la France ont prises ou ont oublié de prendre et qui ont favorisé cette désindustrialisation ?

L’Europe a contribué au dérèglement de l’emploi en libérant les transferts de capitaux et en permettant la concurrence fiscale entre les pays, laissant même de véritables paradis fiscaux au sein de l’Europe (Irlande, Luxembourg)…
L’Europe permet aussi aux ouvriers et aux PME de se déplacer pour prendre des marchés en France en payant des charges dans le pays le plus avantageux (Roumanie, Pologne)… Les transporteurs et les PME du bâtiment ont déjà provoqué beaucoup de dégâts dans les sociétés françaises existantes…
L’Europe, en adhérant à la « mondialisation débridée », a, de plus, contribué à mettre l’état français en déficit chronique en autorisant les transferts de capitaux. La liberté de ces transferts a eu pour conséquence la baisse des impôts que les multinationales payaient en France.
On permet aux multinationales de déclarer leurs bénéfices dans les pays les moins imposés (exemple de Mac do, de Total … ainsi, elles ne sont presque pas imposées en France mais dans le « paradis fiscal » irlandais, singapourien ou luxembourgeois).
Seuls les citoyens immobilisés par leur résidence principale en France assument aujourd’hui les dépenses de l’Etat pour son fonctionnement ou ses infrastructures.
La France ne peut plus jouer son rôle de stratège de l’industrie… Depuis Dominique de Villepin en 2006, la planification économique a disparu en France du ministère de l’industrie. Il faut reconnaître qu’avec le libre transfert des capitaux, ce ministère était presque condamné à l’inaction.
La liberté de circulation des produits est presque totale.
Actuellement, tous les produits rentrent sur notre sol sans contrainte : des produits originaux ou copiés, de bonne ou de très mauvaise qualité, les produits labellisés commerce équitable ou toxiques pour nos enfants, les produits non écologiques ou qui ne respectent pas nos normes de qualité, fabriqués par des enfants… Marqués conformes aux normes UE directement en Chine… 

Les douanes, les associations de consommateurs et les laboratoires nationaux d’essais qui contrôlaient la qualité des produits mis sur le marché, doivent reprendre du service !
Le désengagement de l’état dans la stratégie industrielle de la France, par pure idéologie de liberté du marché, de droite comme de gauche, n’a pas permis de limiter les licenciements ni de réorienter les productions françaises. Depuis la fin des années Mitterrand et ses nationalisations que la majorité de la gauche semble regretter, l’Etat s’est refusé à intervenir dans la vie des entreprises.
Pourtant des outils existent. La fiscalité et la diminution des charges sous conditions (de recherche et développement, d’études marketing) seraient de bons outils pour les PME (2). La nationalisation, par exemple, est un outil très puissant. D’ailleurs, comme la dissuasion nucléaire, même la simple menace de nationalisation serait souvent suffisante.
L’Europe a baissé les bras et ne maîtrise rien avec des frontières à l’état de passoires : dans les années 1960, la France protégeait ses marchés. La France et l’Europe sont, plus que jamais, soumis et exposés à la mondialisation. Les Américains sont encore capables d’interdire sur leur sol l’importation de Roquefort sous prétexte qu’il n’est pas pasteurisé et pourrait nuire à la santé des américains…L’Europe, par contre, permet presque tout…
En résumé, nous ne savons plus protéger le marché français et l’Europe ne nous protège pas non plus.
Depuis que le traité de Maastricht et les suivants ont été ratifiés contre la volonté des peuples, l’Europe a libéré la circulation des capitaux (3) et des produits allant et venant dans le monde entier. Nous ne surveillons plus nos marchés…
Nous ne protégeons pas non plus nos sociétés contre les achats massifs d’actions par les fonds de pensions ou les sociétés prédatrices qui siphonnent nos savoirs, nos machines et délocalisent souvent les usines françaises (voir les cas Samsonite, Thomson, Mittal…).
Le gouvernement français ne peut plus jouer son rôle de stratège pour l’industrie et l’emploi, comme dans le passé (4), l’Europe ne joue pas ce rôle non plus.
Comme l’actionnariat est devenu international et que les exigences des fonds de pension sont devenues de plus en plus grandes, nos entreprises sont entrées dans la gestion à court terme…suicidaire !

Peut-on parler d’un problème de compétitivité ?

Le Medef voudrait nous persuader que le coût du travail est seul responsable du défaut de compétitivité de la France…
Il est vrai, qu’en tentant de produire moins chers des produits complètement banalisés, la France a déjà perdu la bataille de la compétitivité ! Contre l’Asie dont certains pays pratiquent des salaires et des conditions de travail proches de l’esclavage (5), notre industrie ne gagnera jamais en se battant sur les coûts. Les salaires et la monnaie de la Chine ne sont pas prêts d’augmenter pour une concurrence loyale, car le réservoir de main d’œuvre dans les campagnes chinoises est énorme et les ouvriers chinois auront du mal à faire pression sur leurs dirigeants et à faire grimper leurs salaires. Quant aux salaires de l’ouvrier cambodgien ou vietnamien, il est à moins de 100 Euros par mois. Dans ces conditions, en France il faut innover pour pouvoir lutter et, de plus, empêcher la contrefaçon pendant les années permises par le brevet ou le modèle…

Pourquoi faut-il axer le redémarrage de l’industrie sur l’innovation ?

Pour vendre des produits, il faut que le service attendu et l’image du produit soient conformes à ce que le client est prêt à payer. On comprend que le prix n’est pas le même pour un produit banalisé fabriqué en Chine et pour un produit de luxe, innovant, apportant de nouveaux services, bien conçu et bien réalisé, avec des matériaux choisis, bien fini labélisé France ou Europe qui sont encore des gages de qualité…
L’innovation et l’image nous donneront un avantage compétitif !

Depuis 1980, l’innovation technologique, la création de produits et services ont été négligés par les entreprises.
En fait, innover nécessite de mobiliser beaucoup de moyens humains et financiers, mais permet de vendre les produits en retrouvant des marges, exemples : scooter à trois roues, aspirateur de la Société Dyson. Innover donne ainsi l’avantage compétitif attendu…
Que les grandes industries n’aient pas pris le risque de l’innovation est regrettable, car l’innovation est risquée, mais c’est le seul moyen pour créer des emplois à moyen et long terme. Mais pour que l’innovation soit attractive pour une entreprise, il faut que les créateurs puissent rentabiliser leurs recherches et il faut protéger l’innovation : déposer des brevets et modèles et pouvoir les défendre.
La révolution française a créé les brevets par sa loi du 7 janvier 1791, cette loi permettait aux créateurs d’exploiter une invention vingt ans et de rentabiliser les recherches, les développements et les investissements…
Cette loi a été efficace avant la mondialisation débridée mais, avec la concurrence moderne et extrêmement rapide des pays asiatiques, elle n’est valable que si un tribunal compétent, actif et rapide, permet de défendre l’innovation, avant que l’inventeur ne soit en dépôt de bilan !
Nos tribunaux sont souvent si lents que les PME ne peuvent plus se défendre…

C’est aux démocraties et à l’Europe de légiférer pour que l’enrichissement des entreprises ne se fasse pas au détriment des citoyens

Peut-on reprocher à un chef d’entreprise d’exploiter les failles d’une organisation comme l’Europe pour essayer de maximiser ses profits et de minimiser ses impôts, alors que la bourse y est sensible et son conseil d’administration également ?
La mondialisation a enrichi les très riches, et notamment les entreprises, leurs DG, leurs actionnaires et appauvri les plus pauvres… Il s’agit de mieux répartir la richesse produite et que les entreprises multinationales qui sont présentes en France paient bien leurs impôts en France…
Des slogans de campagnes politiques insistaient sur l’achat de produits français. Mais pour acheter français, il faut produire français. Benjamin Carle a écrit un livre, après une expérience réussie de consommation de produits français pendant un an…Il aurait peut-être eu moins de difficultés d’aller passer un an chez les Pygmées…
On a du mal à trouver des produits français banalisés car nos taux de main d’œuvre, même si on minimisait les charges, devraient être divisés par dix. Qui travaillerait en France, pendant un mois, pour 85 Euros comme au Vietnam ?
Les anciennes fabrications de produits courants de qualité moyenne, délocalisés et revendus en France à bas coûts ne seront jamais rapatriées !
Il est temps de fabriquer des produits durables et innovants que nous pourrons vendre plus chers. Il est temps que l’Europe et la France protègent le marché intérieur et nos innovations, car pourquoi innover si des copies de nos innovations reviennent dans les deux mois qui suivent le lancement du produit…
L’Europe ne doit pas être une plateforme balayée par les vents…
Les Français continueront à voter contre l’Europe, tant que nos dirigeants n’auront pas compris que la France et l’Europe doivent protéger, à long terme et à court terme, le mode de vie des citoyens et leurs emplois.
Aujourd’hui, les emplois industriels sont en décroissance et il nous faut envisager une ré-industrialisation de la France. Nous ne pouvons envisager une relance de l’économie par la consommation, car nous ne fabriquons plus grand chose… Et donc cela accroitrait le déficit. Cette ré-industrialisation ne peut être générée que par la création et la production en France de produits et de machines de production…innovants.

L’Europe doit être réformée

L’Europe a été bâtie sur une volonté de paix, mais ce sont les lobbying qui s’en sont emparé. Il ne faudrait pas détruire l’Europe, mais cela va arriver si les peuples d’Europe souffrent.
En Europe, il faut : supprimer les paradis fiscaux, réguler et taxer les transferts financiers, contrôler les salaires minimum versés dans les pays de la zone et ne pas permettre les transferts de populations, si les conditions de travail sont différentes…
Il faut aussi vérifier les produits qui rentrent dans l’UE, sont-ils conformes à nos normes ?
Il faut réformer la propriété industrielle Européenne, la justice, lente et chère, qui actuellement ne protège pas assez les innovations brevetées et les modèles déposés par les designers…

La France doit aussi légiférer pour s’organiser

A titre d’exemple, nous trouverons, ci-dessous, le détail de quelques suggestions pour que la France soit orientée vers l’innovation et le « plein emploi ».
Comme nous ne rapatrierons jamais les emplois délocalisés, il faut que les créateurs français et les entreprises innovantes soient mieux financés.
Il faut que toutes les banques aient intérêt à le faire (que cela leur rapporte plus parce que moins imposé que les placements actuels en bourse) et n’aient plus peur de l’innovation. Il faut aussi réorganiser la protection industrielle… Les douanes… Les tribunaux.
Il faut que le plagiat soit dissuadé. Pour cela un tribunal doit être créé et se spécialiser pour être très compétent dans ce domaine complexe. Il est impératif qu’il rende ses jugements très rapidement. Actuellement sur des produits comme les produits de mode, beaucoup d’industriels ont renoncé à se défendre : les jugements sont rendus trop tard, trois mois après le lancement des produits, les dégâts sont trop importants !
Il y aurait aussi un gros travail à faire sur la brevetabilité, car en Europe on ne peut breveter de méthode ni d’ensemble intégrant des technologies connues sur de nouvelles applications…Il faudrait que ça évolue…
Aux USA, une méthode de conception comme l’analyse de la valeur est brevetable, pas en Europe…
Il faut ne pas être exposés aux quatre vents de la mondialisation sans protection !

Il est temps aussi d’organiser, par quelques mesures législatives, une protection contre les prédateurs des marchés, des entreprises et des patrimoines culturels français.
Nous devrions ratifier les achats massifs d’actions par les fonds de pensions ou les sociétés prédatrices dont on peut penser qu’elles vont siphonner nos savoirs, nos machines et délocaliseront ensuite les usines françaises vers des pays à bas coûts (revoir les cas Samsonite, Thomson, Mittal…).
Pendant que nous nous appauvrissons, les américains, l’Inde, la Chine accumulent des réserves financières qui permettront un jour, aux plus fortunés de racheter nos terres, nos monuments historiques, nos banques et nos sociétés du CAC 40 (d’origine pourtant françaises, même si elles l’ont un peu oublié). Un jour prochain, d’ailleurs, les DG français de ces grandes sociétés qui ne savent plus entreprendre, et dont les salaires sont de plus en plus élevés (environ 3 à 10 millions d’Euros par an), seront remplacés par des entrepreneurs Chinois (bien moins chers).

Il faut aussi légiférer sur les transferts de personnel entre les pays pour ne pas favoriser les moins disants sociaux…
Toutes les sociétés de transport françaises vont déposer le bilan car rien n’interdit aux camions polonais, roumains, tchèques, espagnols, de rouler dans toute l’Europe avec des chauffeurs qui font 50 ou 60 heures par semaine payés avec un smic Roumain…Les sites internet sont nombreux maintenant à proposer des prestations à bas coût aux clients français…

Il est temps aussi d’intervenir contre les travailleurs émigrés du bâtiment. On trouve des entreprises franco-étrangères qui emploient plus ou moins illégalement des émigrés chinois, polonais, turcs pour restaurer des appartements.
On doit légiférer sur tout cela… de toute urgence. 

En conclusion

Le problème du chômage massif en France ne dépend que des industriels et de la manière dont les entreprises gèrent leurs établissements sur le sol français. Une grande volonté politique et des lois européennes et françaises qui favoriseraient les industriels créant des emplois peut, néanmoins, donner une bonne impulsion et créer un climat favorable.
L’Etat, de son côté, ne peut pas créer de nombreux emplois (sans accroître encore son déficit), mais il doit avoir une politique volontariste qui favorise les entrepreneurs, c'est-à-dire les industriels à l’ancienne qui créent des activités et qui développent l’emploi.
Notre industrie doit se redresser rapidement pour produire au moins une partie de tout ce que nous consommerons dans le futur. Actuellement, nos gouvernements ne peuvent pas relancer l’économie par la consommation, car cela accroîtrait encore le déficit de la balance commerciale.
Même si on doit encourager la création et l’innovation dans les PME, ce sont surtout les grandes sociétés françaises qui ont dégradé l’emploi. Elles devraient redevenir des sociétés d’entrepreneurs ambitieuses pour leur pays.
Les entreprises peuvent retrouver des marges, non pas en délocalisant ou en sous-payant leur personnel, mais en vendant des produits innovants très attractifs, très chers (voir l’exemple d’Apple). De cette façon, nous pourrions retrouver les emplois de production, d’entretiens et de services dont la France a besoin.
Il faut aussi protéger et défendre beaucoup mieux la propriété industrielle…et donc l’innovation.
Il nous faut réagir rapidement, car si nous attendons trop, les retraités seront morts. Nous ne serons plus capables, car nous aurons perdu les savoir-faire, de remonter des usines disparues. Cette transmission doit se faire d’une génération à l’autre, et on doit la réussir sans tarder, pour ne pas revenir au Moyen-âge.
Avec une impulsion forte et sous la contrainte de l’état, l’administration, la recherche universitaire, la gestion de la propriété industrielle, doivent se réformer, et les Grandes Entreprises doivent reprendre le chemin de l’innovation et ainsi contribuer à l’effort national.
Si nous ratons ces virages, les pays émergents auront dans peu de temps, une puissance industrielle suffisante pour imposer leurs prix de ventes. Ils deviendront très riches et ils pourront racheter toutes nos industries, les délocaliser et imposer des patrons recrutés dans leurs pays (donc moins chers). Ce sera d’ailleurs une belle revanche pour nos ouvriers qui ont été les premiers à souffrir de cette mondialisation débridée.

Il est évident que cette tendance à la désindustrialisation peut s’enrayer en quelques années d’efforts, si on arrive enfin à choisir à la tête de nos industries des vrais entrepreneurs capables de favoriser dans leurs entreprises, un climat permettant la création de produits français, innovants, durables, modernes et attractifs.

André Cayol, Ingénieur Designer

(1) Le Boston Consulting Group est un cabinet de conseil en stratégie d’entreprise parmi les plus prestigieux…
Il propose une matrice de décision pour gérer une entreprise au mieux de ses intérêts financiers. Il est présent dans 42 pays, il a fondé son cabinet à Paris en 1973.
(2) Le crédit impôt recherche est un outil très efficace pour favoriser une politique d’innovation (souvent exploité jusqu’aux limites par les grands groupes…Exemple de Renault et de ses filiales.
(3) Articles 63 à 66 du traité sur le fonctionnement de l’Union Européenne, complétés par les articles 75 et 215 du traité FUE pour les sanctions ont permis la libéralisation complète des mouvements de capitaux à la fois entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers.
(4) Le ministère du plan avait dans ses missions l’orientation de l’industrie sur les domaines stratégiques pour l’indépendance et l’emploi de la France
(5) Voir le Bangladesh avec le drame du « Rana Plaza ».

 

numérique

L’Humain face au défi du Numérique - La confiance

Le numérique n’est pas seulement l’outil efficace d’une audience élargie ; il change notre rapport aux autres, notre rapport au monde, notre mémoire individuelle ou collective … En multipliant les possibilités de surveillance des individus, il remodèle l’espace de la vie privée.
Qu’adviendra-t-il de ces mutations à peine entamées ? Comment définir les contours d’une pensée numérique qui s’impose comme un véritable progrès pour l’homme et non comme une altération de son humanité ?

Beaucoup des débats actuels font état, dans la définition même de l’internaute, d’une tension entre un internaute créatif, flâneur, libéré des contraintes et un internaute prisonnier, assujetti, domestiqué. C’est plutôt entre les deux qu’il faudrait arriver à mieux décrire la nouveauté des usages, comme le montrent deux questions très présentes au cœur de la notion de confiance : celle de la privacy, des algorithmes,... Voici la synthèse de Maryvonne Valorso-Grandin du séminaire qui s'est tenu le 11 mars 2015 au Collège des Bernardins par Edouard Geffray et Dominique Cardon.

Edouard Geffray, secrétaire général de la CNIL, aborde le thème de la confiance par les données personnelles et les situations de défiance et d’inquiétude qui y sont souvent liées. En effet, par rapport à l’ordre des libertés, les données personnelles occupent dans l’environnement numérique une place particulière. Le plus grand changement réside dans le maillage inédit de la vie privée ou publique des individus, initié par les données personnelles, qui permet d’établir un continuum entre les différents compartiments de la vie numérique.

Les objets connectés renvoient des informations, lesquelles sont susceptibles d’êtres croisées et de générer un profilage de plus en plus fin. Qu’il s’agisse de données personnelles livrées sciemment ou de traces laissées et susceptibles d’être reliées aux informations données, dans les deux cas on assiste à un changement de paradigme permettant de créer des profilages prédictifs. Cette mutation vers une économie des données et des traces signifie que le potentiel de contraintes des choix comme d’enrichissements du service est fort, le tout créant une relation ambivalente à accepter et assumer dans la confiance. Jamais dans l’histoire, des acteurs notamment privés ont eu la capacité de connaître les individus avec autant de précision et de régularité sur autant d’objets différents, qu’il s’agisse de géo-localisation, de centres d’intérêt, de correspondances par e-mail, etc.

L’autre changement notoire pour Edouard Geffray est que les données constituent un capital informationnel qui devient pour l’entreprise un actif financier. Du point de vue entrepreneurial, la protection des personnels est de plus en plus une question de confiance et par là-même de compétitivité. Jusqu’à la révolution numérique, les traitements de données à caractère personnel étaient des bases relativement stables et encadrées par un système de déclaration et d’autorisation prévu par la loi Informatique et Libertés. Dans un univers caractérisé par des technologies, des usages, une sensibilité croissante des individus à l’utilisation de leurs données, il faut en permanence s’assurer de ne pas rompre le lien de confiance pour ne pas risquer un préjudice d’image ou commercial qui aurait, à l’échelle du numérique, un effet démultiplicateur très important. Aujourd’hui, via les données personnelles on a, du fait du maillage et du continuum entre différents compartiments de la vie, un double effet de levier, vis-à-vis des individus et des entreprises clientes d’autres entreprises, qui bouscule le paysage. Les données personnelles ne valent rien en tant que telles, si ce n’est de révéler une part d’intimité de l’individu qu’elles exposent à un profilage sur lequel des acteurs vont ensuite capitaliser.

Dans cet environnement comment établir alors la confiance ? Selon Edouard Geffray, un cadre juridique adapté est  nécessaire mais pas suffisant : il faut donner à l’individu la possibilité de maîtriser ses données et d’exercer effectivement ses droits. La maîtrise fonde la confiance car si on ne maîtrise pas ses données, on ne les confiera qu’avec réticence à des tiers, fussent-ils une autorité administrative. Si côté entreprise, cet aspect actif financier est un enjeu économique qui justifie un changement de paradigme, côté pouvoirs publics, le problème de la confiance se trouve posé dans les mêmes termes mais avec une acuité renforcée par la concentration de l’information et l’usage qui en est fait. Pour éviter l’arbitraire d’un État qui viendrait rompre le contrat de confiance en collectant des informations sur les citoyens, le législateur français a renforcé le droit d’accès des citoyens à n’importe quel fichier les concernant prévu par la loi Informatique et libertés, par un droit d’accès indirect permettant à la CNIL d’aller voir, au nom des citoyens qui en font la demande, ce qu’il y a dans ces fichiers afin de vérifier l’absence de fichage illégitime, illégal ou excessif. La montée en puissance des demandes de droits d’accès indirects enregistrées après le scandale de l’affaire Prism en 2013 témoigne de la sensibilité croissante du public à ces questions de surveillance et de confiance.
Pour la CNIL, on ne peut pas dans un État de droit, sauf à rompre l’équilibre global qui préside le contrat social, procéder à des captations massives et indifférenciées de données sans prévoir des systèmes de garanties rigoureux. D’où la nécessité dans un environnement mouvant technologiquement, juridiquement et au niveau des usages, de créer un mode de régulation adapté.

La démarche proposée par Edouard Geffray suit trois directions dont la première est le renforcement des droits de l’individu pour qu’il garde la maîtrise de la destinée de ses données. D’ici fin 2015, un règlement européen va se substituer à la loi sur l’Informatique et les Libertés de 1978 afin de renforcer les droits des personnes en amont (la
personne est sensée consentir à ce qu’on traite ses données, sauf cas prévus par les textes) et en aval (la personne est sensée pouvoir récupérer ses données, mieux maîtriser leur mise à disposition, voire les faire effacer). La Cour de Justice de l’Union européenne a consacré depuis avril 2014 le droit de déréférencement sur les moteurs de recherche, jugeant que toute personne peut demander à un moteur de recherche, dès lors qu’elle a un motif légitime pour le faire ou que l’information la concernant est erronée, d’effacer de la liste des recherches un résultat associé à son nom.

La deuxième direction est l’affirmation d’une certaine souveraineté numérique et juridique. En droit européen, la protection des personnels constitue, au-delà même de la protection de la vie privée, un droit fondamental reconnu par la Charte des Droits fondamentaux de l’Union européenne. Encore faut-il que ce droit qui revêt dans le modèle humaniste européen, centré sur la personne, une valeur intrinsèque structurante, soit effectivement garanti à tous les citoyens et qu’il puisse suivre leurs données pour constituer un véritable cadre éthique et juridique de confiance. La difficulté est que, pour pouvoir assurer une protection sinon universelle mais attachée à la personne et qui s’impose sur un territoire, on se heurte à des questions de souveraineté et de territorialité qui supposent un cadre de régulation territorial. Or, face au phénomène dé-territorialisé ou a-territorialisé, on bute aujourd’hui, selon Edouard Geffray, sur deux éléments de tempérament : le premier tient au fait que certaines législations des États non européens ont vocation à avoir des effets sur les données personnelles des citoyens européens (cf. les législations américaines de type Patriot Act et Foreign
Intelligence Surveillance Act permettant aux autorités publiques américaines de capter auprès d’opérateurs américains des données sur des résidents européens) ; le deuxième tient au fait que les données des citoyens européens peuvent, pour des raisons commerciales légitimes, être transférées dans des pays hors Union européenne.

Comment pouvoir alors, s’il s’agit d’un droit fondamental en Europe, garantir la protection des données personnelles qui « filent » ainsi en dehors du territoire européen ? Le règlement européen en cours de discussion prévoit, en convergence d’ailleurs avec les propositions de la CNIL, que tout transfert de données vers des autorités publiques étrangères à leur demande, fusse sur la base d’une loi bien établie, doit être précédé, lorsqu’il porte sur des résidents européens, de l’accord des autorités publiques européennes, sinon l’entreprise est réputée violer le règlement européen et donc passible de sanctions. L’idée est de créer un conflit de lois que seul un accord international, entre l’Europe et les ÉtatsUnis par exemple, pourra résoudre afin de réintroduire notamment des principes de proportionnalité ou d’intérêts légitimes et garantir au citoyen que ses données ne seront pas aspirées en dehors de tout contrôle des autorités européennes chargées de sa protection. Concernant les transferts d’initiative privée, il existe déjà des instruments juridiques de nature à créer une bulle juridique pour que la donnée conserve, lorsqu’elle circule dans le monde, le même niveau de protection que dans l’Union européenne.
Edouard Geffray ajoute qu’à la CNIL, le système des « Règles d’entreprise contraignantes », connu sous l’acronyme de BCR (Binding corporate rules), permet à un groupe de faire circuler les informations auprès de toutes ses filiales moyennant l’engagement, chaque fois qu’une donnée européenne sera traitée, de respecter partout dans le monde le standard européen. Cet effet extra territorial qui a pour unique portée d’assurer le même niveau de protection aux données des résidents européens, est un élément de la confiance.

Enfin, la troisième direction est la construction avec toutes les parties prenantes d’un cadre de régulation éthique garantissant un développement harmonieux de l’économie numérique et de l’innovation. En décembre 2014, le Groupe technique européen (G29 réunissant les CNIL européennes) a, lors d’une Conférence à l’UNESCO, The European Data Governance Forum, posé dans une déclaration commune un ensemble de principes pour cristalliser ce sur quoi le modèle européen est fondé. Ces principes ont pour objectif d’assurer au citoyen européen qui confie les clés de sa vie privée à des entreprises ou à des administrations de le faire en sachant qu’il existe : en amont, un cadre juridique protecteur, dont les lignes directrices sont accessibles à tous, qui l’assure qu’il peut disposer de nouveaux services sans pour autant que ses droits soient méconnus ; et en aval, des contrôles de la CNIL ou du juge dans le cadre du droit d’opposition et de déréférencement.
Pour assurer une meilleure sécurité informatique, la CNIL élargit sans cesse son offre en matière d’expertise et d’accompagnement : elle a développé dans un certain nombre de secteurs des labels attestant que l’entreprise à laquelle on a à faire, ou la prestation à laquelle on souscrit, est labellisée « informatique et libertés » c’est-à-dire respecte un standard élevé en termes de protection des personnels. Reste la question du croisement des données et celle de savoir si, en présence d’un service unique, on accepte ou pas que toutes les données personnelles soient croisées entre différentes dimensions, ou si on a le droit de maîtriser, sinon le devenir des données entre elles, du moins leur croisement.

A-t-on le droit par exemple de s’opposer à ce que des correspondances dans Gmail soient matchées avec des recherches dans le moteur de recherche ? Pour sa part, la CNIL défend au niveau des directives européennes l’idée selon laquelle on ne peut pas croiser universellement des données, tous services confondus, sans en informer préalablement les personnes et sans leur donner les moyens de s’opposer à certains de ces croisements.

Se plaçant dans un champ relationnel où une partie de la confiance est plus de l’ordre de la prise de risque que de la réduction des risques, Dominique Cardon, sociologue au département SENSE d'Orange labs, élargit le champ d’investigation de la notion de confiance aux réseaux sociaux et aux relations en ligne en en faisant un terrain à part entière de sciences sociales. Selon lui, le thème de la confiance est toujours un peu intrigant pour un sociologue, car derrière l’institution, la régulation, la norme juridique, il y a la norme sociale que sont les mœurs, le socle normatif des actions ordinaires qui fait qu’on prend ou non des risques, qu’on a ou non des représentations favorables des activités numériques.

Comment expliquer qu’Internet qui était « sympa » dans les années 2000/2005, ne l’est plus aujourd’hui ? Dominique Cardon choisit de s’appuyer sur les changements de climat et de représentation dans l’opinion comme témoins de la transformation des représentations et des attitudes à l’égard d’Internet, y compris chez les chercheurs eux-mêmes. Internet aurait perdu le caractère de créativité sauvage, attractive, excitante qu’il avait eu à l’origine du fait notamment du développement des empires marchands, du retournement des États dans la régulation des réseaux, de la massification des usages qui l’ont profondément changé. Ce changement de climat est d’ailleurs pour Dominique Cardon très frappant : si dans les années 2000, le paradigme dominant était celui de la force créative du réseau, des imaginations, de la puissance d’agir des individus, de cette capacité à s’émanciper, à fabriquer le monde, à faire exil sur Internet de la société réelle (cf. Gilles Deleuze, Félix Guatarri), aujourd’hui le paradigme est celui de la rationalisation, la domestication, l’aliénation, l’économisation (cf. l’École de Francfort, Theodor Adorno, Max Horkheimer).

Toutes les transformations, déformations, altérations dont Internet est aujourd’hui le vecteur invitent cependant à porter un regard vigilant, voire critique, sur cette nouvelle critique d’Internet. Internet était « sympa » pour les intellectuels quand le marché d’Internet était limité. A partir du moment où tout le monde a commencé à parler de coconception, de partage, d’open, de sociétés crowdfunding, quand le discours est devenu un discours d’entreprise, les universitaires et les chercheurs ont oublié ce qu’ils avaient dit précédemment pour laisser aux entreprises le soin de porter un vocabulaire identique et pour eux basculer dans une critique plus forte. Le discours sur Internet est dominé par un discours d’économisation de la pratique, qui se place du côté des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) et ne décrit plus l’expérience de l’internaute comme une pratique excitante, passionnée, produisant du lien social, de la participation politique, mais de plus en plus comme une pratique économique.
Dominique Cardon livre trois clés de lecture différentes sur la manière dont les transformations du numérique, en particulier de l’Internet, ont modifié les représentations intellectuelles de l’Internet : celles de la massification importante des usages, du Digital Labor comme symptôme du discours actuel et de l’aliénation comme composante adjacente au discours sur l’exploitation des internautes.

Pour Dominique Cardon, il est frappant de constater que l’Internet qui sert à critiquer les pratiques actuelles est celui des pionniers qui sociologiquement étaient une population masculine, hyper diplômée, américaine, celui d’un Internet qui a construit une représentation de la pratique de l’internaute sur le modèle de la créativité, celui d’un individu par excès comme l’appelle Robert Castel, individualisé, détaché de toutes contraintes, qui se forge ses points de vue, est un vrai flâneur, sait naviguer du fait de sa curiosité aiguisée, est constamment ouvert aux autres. C’est en développant considérablement la pratique de l’échange et de la production de soi que le modèle inventé par les pionniers est devenu une pratique populaire, ordinaire qui a massifié les usages et a contribué à la réussite de l’Internet.
Cette démocratisation ne s’est pas faite sur le modèle asymétrique producteur/récepteur mais sur le fait que les récepteurs produisent aussi. Aujourd’hui, beaucoup de ceux qui déplorent le nouvel Internet manifestent une sorte d’inconscient social de mépris de classe à l’égard des nouveaux usagers qui utilisent les outils participatifs, toujours avec l’idée de s’exprimer, d’interagir et de participer, mais du seul fait des propriétés sociales de ces nouveaux publics, on appelle cela du bavardage, du LOL, de l’exhibitionnisme. Les flâneurs, individus par excès, pensent que les nouveaux publics ne sont pas vraiment individualisés mais sont, pour reprendre la terminologie de Robert Castel, des individus par défaut.

Le Digital Labor est devenu un élément central dans beaucoup de débats intellectuels c’est-à-dire que l’internaute ne cesse à travers son clic ou chacune de ses actions, d’être décrit comme travaillant pour les GAFA qui produisent de la valeur en utilisant les données personnelles pour les revendre aux publicitaires. Cela procède d’une économisation, d’une manière de décrire les activités des internautes comme étant une activité sous-tendue par des motivations intrinsèques (exemple : écrire un blog signifie que mon objectif est à l’intérieur même de mon expérience présente) et extrinsèques (exemple : je n’agis pas parce que je prends du plaisir mais parce que j’ai une motivation externe, comme gagner de l’argent).


Les économistes avaient trouvé un argument sophistiqué (cf. Jean Tirole, prix Nobel d’économie) qui était de dire la motivation intrinsèque permet d’envoyer des signaux à la communauté qui montraient qu’on avait de la réputation, qu’on pouvait ensuite vendre sur le marché du travail pour se faire recruter par une bonne entreprise. Il y aurait donc une sorte de système d’exportation de la réputation interne liée à la motivation intrinsèque vers la motivation extrinsèque. Ce qui a été au cœur de l’Internet et des premiers récits des sociologues, philosophes, anthropologues, est un modèle lié à celui du don et de l’idée que si on s’engage dans le monde numérique, c’est parce qu’on acquiert une sorte de motivation à la fois intrinsèque et extrinsèque, qui est du prestige, de la réputation, de la reconnaissance. Ce qui fait la valeur de la communauté, c’est le fait de tenir d’elle des signaux qui attribuent des qualités propres à restituer, construire une estime de soi dans le regard porté par la communauté.

Mais pour Dominique Cardon, ces transformations et représentations de l’Internet mettent fortement en crise l’économie globale du Web au moins sur trois points : tout d’abord, la transformation des externalités positives avec la massification de l’Internet, car aujourd’hui ce ne sont plus les pionniers qui produisent une externalité positive mais les milieux populaires de Facebook, de ses pages, des réseaux sociaux et si les publicitaires, les sites marchands vont sur Internet ce n’est pas parce qu’il y a des blogueurs experts qui produisent des contenus intéressants (autrefois de  Pôle de Recherche 4 l’externalité positive que le marché pouvait capturer) mais pour les millions et les millions de pages Facebook, de conversations des nouveaux publics ; ensuite, la présence de plus en plus explicite d’un ethos calculateur dans les comportements d’une fraction des internautes pour obtenir du prestige, de la reconnaissance de la communauté, de ceux qui sont les plus visibles, les plus en vue, qui cherchent à obtenir de meilleurs nombres de Followers, de Retweets, à construire leur réputation ; enfin, la fragilisation du modèle des pionniers autour des outils de l’intelligence collective qui
ont construit la représentation positive de l’Internet, suivant l’idée que, dans la communauté, les actions individuelles étaient transformées par des mécanismes d’intelligence collective qui n’étaient pas la somme des actions de chaque individu. Dans les mécanismes d’intelligence collective, il se produit un phénomène de transformation, de déplacement de chaque action individuelle pour en faire un produit collectif qui est plus que la somme des parties. Parmi ces outils d’intelligence collective très divers, il y a les algorithmes comme le Patch Ran qui est un instrument de transformation des actions individuelles en quelque chose de collectif rendant un service à tous : on a besoin de la connaissance de chacun et de l’ensemble des sites pour produire un résultat collectif global. Ni les utilisateurs ni les intellectuels ne pensent plus les outils d’intelligence collective comme précisément des outils d’intelligence collective (cf. Yochai Benkler, « La richesse des réseaux »).
Aujourd’hui, l’intelligence collective a été appropriée par les GAFA pour faire du profit et un algorithme ne sert plus à produire du commun mais des revenus pour les grands opérateurs des plateformes.

Si le discours du Digital Labor consiste à dire qu’il faudrait rémunérer l’internaute puisqu’il travaille pour les plateformes, le débat se complique d’après Dominique Cardon du fait du nombre de solutions possibles de rémunération dont certaines sont intéressantes quand elles sont collectives ou de l’ordre d’une redistribution globale, mais plus
préoccupantes lorsqu’elles installent un partage entre ceux qui recevraient de l’argent pour le redonner parce qu’ils ne produisent pas de contenus créatifs et ceux qui seraient payés pour leurs contenus créatifs. La question des représentations sur l’Internet est fragilisée aujourd’hui par tout un ensemble de discussions visant à dire que si les internautes massifiés ont des pratiques coopératives qui n’en sont pas réellement par rapport à celles des pionniers, que si par ailleurs ils sont des agents calculateurs sur le Web qui travaillent sans le savoir pour les GAFA, il faut alors qu’il y ait une théorie de l’aliénation, c’est-à-dire il faut expliquer pourquoi les gens font une erreur si navrante sur le sens réel de leurs activités : ils pensent participer à une communauté « tricot », mais en fait ils travaillent pour Google.

Il y a là pour Dominique Cardon la matière d’un débat complexe, notamment sur le fait qu’un des moteurs des discours critiques sur Internet aurait pour visée de réanimer des motifs foucaldiens sur le sujet, qui serait habité, traversé par les nouvelles formes du capitalisme cognitif, selon lequel on ferait finalement de l’argent de ses sentiments, ses pensées, ses désirs et qu’au-delà des composantes habituelles de l’exploitation capitaliste du travail, c’est finalement la subjectivité même de l’internaute qui serait agrippée par ces nouvelles formes de capitalisme. Beaucoup des débats actuels font état, dans la définition même de l’internaute, d’une tension entre un internaute créatif, flâneur, libéré des contraintes et un internaute prisonnier, assujetti, domestiqué.

C’est plutôt entre les deux qu’il faudrait arriver à mieux décrire la nouveauté des usages, comme le montrent deux questions très présentes au cœur de la notion de confiance : celle de la privacy où, bien que la vision négative du monde numérique [surveillance étatique, surveillance interpersonnelle et surveillance par les grandes entreprises] soit très présente dans la conscience des individus, ceux-ci continuent à s’exposer et à livrer des données, même si de plus en plus leurs pratiques leur donnent (un peu faussement) un sentiment de maîtrise et de contrôle ; et celle des algorithmes à l’égard desquels les utilisateurs peuvent être très critiques à l’idée d’être dominés par des machines ou de voir leurs choix prescrits, même si par ailleurs dans leur usage, la crainte d’une prescription trop présente ne les empêche pas d’être dans un couplage assez fort avec ces machines puisqu’elles leur rendent des services.

Pour Dominique Cardon, le discours actuel d’économisation viendrait donc d’une lecture très individualisante des comportements qui fait abstraction de l’individu relié, assemblé, composite, cet individu-communauté qui était au cœur de la description de ses pratiques sociales. L’humain aspire à être un individu individuel, pleinement autonome, et si un algorithme lui prescrit quelque chose, il a l’impression d’être aliéné et contraint. Et c’est cette définition de l’individu qui fait oublier la dimension plus assemblée, collective, reliée, de l’individu qui ne cesse de composer et d’articuler ses actions et ses désirs à un environnement d’artefacts techniques.

©Pôle de recherche Collège des Bernardins - 2015

économie de l'innovation

Est-ce la fin du salariat ? Plaidoyer pour un Revenu d'existence

Notre temps, celui des temps marranes, est chaque jour baigné des productions de ce concept nouveau, bien que posé depuis des années par Claude CORMAN et Paule PEREZ : la marranité [1]. Une illustration d’un terrain où est à l’œuvre ce phénomène de tensions-fertilisations croisées me semble bien être celui du cadre sociétal de productions économiques et d’organisation du travail.
Avec ce regard pluriculturel, à partir de l’observation des indices de la fin du modèle de salariat, et les injonctions paradoxales qui mettent en branle ce mouvement, entre les sphères publiques et privées, entre la pensée, les croyances, les superstitions et les dogmes, autour notamment de la notion de valeur. Je proposerai d’envisager comme modèle adapté aux nécessités de demain, celui du revenu d’existence…

De la révolution industrielle à la fin du salariat

La révolution industrielle a imposé le modèle salarial, tel que nous le connaissons, depuis le XIXème siècle. Mais les évolutions technologiques et leurs exigences de compétitivité plus fortes que les engagements des industriels [2] ont progressivement changé les mentalités, transformé notre rapport au travail, puis le modèle social et nous observons déjà les premiers signes de la chute du salariat.
Et pourtant, le modèle du salariat avait permis aux activités non industrielles d’offrir un cadre protecteur à leurs travailleurs. C’est ainsi que le secteur associatif est devenu au XXIème siècle un acteur économique majeur. Les associations « loi 1901 », ont en effet contribué largement ces dernières années au développement de l’emploi : aujourd’hui, 165.000 associations occupent 1.800.000 salariés, c'est-à-dire plus que le secteur de la construction, et plus que celui du transport… Un salarié sur dix travaille dans une association. Les bilans de 2012 montrent que 35,5 Md€ de salaires ont été réglés à des salariés d’association [3].
Aujourd’hui, dans l’industrie comme dans les associations, les plans de licenciements, les programmes de départ volontaires, se multiplient dans un marché qui offre de moins en moins de voies pour un retour à l'emploi traditionnel.
Demain, chacun devra-t-il inventer son emploi, ou son activité, ou être abandonné par le collectif sur le bord du chemin ?...

Comment en sommes-nous arrivé là ?

Un regard étymologique nous aidera à cerner les injonctions paradoxales encloses, auxquelles nous sommes soumis. J’ai retenu quatre mots à forte portée symbolique : Valeur ; Travail ; Engagement ; Salariat.
Le mot Valeur : vient du latin valere qui veut dire : être fort. Avec ce signifiant « être fort », on peut imaginer comment l’appropriation du mot valeur est gratifiante. En effet, au nom d’un idéal commun, le concept de Valeur renforce le sentiment de puissance… Il nous expose à être l’objet de séduction des abus de langage et des techniques de communication. Au point que des chercheurs aux Etats Unis ont donné un nom à cette pratique qui consiste à entretenir l’ignorance et produire de la désinformation idéologique : l’agnotologie [4].
Il semble donc ici important de proposer de nous méfier de ceux qui convoquent les « valeurs » à propos de tout… …et donc parfois du pire.
Quant au mot Travail, il vient de l’ancien français travail, qui signifiait au XIIème siècle « tourment, souffrance », lui-même issu du latin tripálĭum « instrument de torture à trois poutres ».
Certes, bien d’autres l’ont dit avant moi, mais devons-nous pour autant perdre de vue cette évidence et ne pas nous interroger sur ce qui fait que le mot qui désigne un instrument de torture indique également une valeur réputée indispensable à l’épanouissement de soi ?...
En citoyens responsables, voire ardents promoteurs de la laïcité, quelles représentations sont en jeu lorsque nous sommes séduits par les vertus du précepte : « gagner son pain à la sueur de son front » ? Expression directement tirée de la Genèse [5] : "C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu'à ce que tu retournes à la terre d'où tu as été tiré : car poussière tu fus, et poussière tu redeviendras !"[6]. En effet, le pain est de longue date associé au travail, comme la monnaie d'un rude labeur…
Après les mots Valeur et Travail, voyons les significations du mot Engagement cher à Jean-Paul SARTRE : Il est issu de gage, qui vient du latin vadis qui signifie Caution en justice, répondant, garant ; de l’indo-européen vadh (« promesse ») qui donne le vieil anglais Wedd («contrat»), l’allemand Wette (« pari »). Nous parlons donc bien du don de soi en gage, d’un contrat, d’une promesse, voire d’un pari sur l’avenir, où la mise est soi-même…
Quant au mot Salariat, il vient du latin salarium, dérivé de sal, le sel (ressource précieuse, indispensable pour conserver la viande), il désignait initialement la ration de sel fournie aux soldats romains. Puis salarium désigna l’indemnité en argent versée pour acheter le sel et autres vivres.
Ainsi, nous pouvons observer les sources d’ambiguïtés contenues dans ces mots symboliques, et comment chacun y trouvant sa signification favorite peut dialoguer avec l’autre dans l’illusion d’une connivence, alors que les finalités respectives peuvent être diamétralement opposées… N’oublions pas comment le Maréchal Pétain utilisa le 1er Mai 1941 pour célébrer la fête du Vrai Travail…

Mais en 2014, pourquoi des économistes contestataires et des philosophes comme Bernard STIEGLER, parlent-ils de la fin du salariat ?

Le Travail est-il une Valeur ?

Le fait est que le travail est aujourd’hui en France perçu comme « une valeur forte ». Les salariés l’idéalisent et en attendent beaucoup. On entend même parler de bonheur au travail, ce qui renforce les croyances que le travail est lui-même une valeur… Mais ne fermons pas les yeux sur les montées du mal être au travail, sur l’émergence des risques psycho-sociaux comme on les nomme. Ces risques qui atteignent de plus en plus de salariés, jusqu’à les rendre malades de leur travail, voire jusqu’à les pousser à mettre fin à leur vie, sur les lieux même de l’exercice de cette soit-disant valeur…
Comme l’écrivait Paule PEREZ dans une tribune du Monde [7] à propos des outils de management des compétences : « …deux visions du monde se télescopent et la dimension individuelle est malmenée dans les deux cas… ». Le fait est aujourd’hui avéré que les entreprises, qui ont privilégié la « gestion des talents », ont sacrifié sur l'autel du retour sur investissement rapide les valeurs de cohésion du travail salarié. Or, la question du bonheur est de nature existentielle, elle relève de l’intimité de l’individu, elle le renvoie à sa trajectoire de vie et au sens qu’il lui attribue. Alors assigner au travail un statut de valeur, c’est nier que dans l’écologie du bonheur de chacun, le travail peut légitimement prendre une place toute relative.

Organisation du travail : un cadre qui vacille

Dans son rapport au Président de la République intitulé : « contributions aux politiques culturelles à l’ère numérique », Pierre LESCURE recommande de faire de l’Europe un projet citoyen. Les activités numériques échappant aux protections juridiques et sociales, il invite à repenser le cadre, et rendre possible la conduite de toutes les politiques adaptées à la création, la diffusion, et l’accès à la culture.
Dans le même temps, les normes comptables internationales [8] sacralisent l’approche ultra libérale et excluent les valorisations sociales. Aux USA, on assiste à la montée dusmart power (les savoirs contributifs… prônés par Hilary CLINTON); quid des protections sociales ? Dans la dynamique des échanges via les réseaux sociaux, on assiste à l’émergence de pratiques communautaires à priori séduisantes, mais hors des règles de protection sociale. Comme par exemple les organisations de productions et services collectifs autour des imprimantes 3D… les fablabs [9]… les makers [10]
Dans le même temps, on observe la montée du secteur de l’économie sociale et solidaire, dit ESS. Ce modèle ESS, est en fait l’héritier des projets autogestionnaires inspirés par PROUDHON [11]. Néanmoins, cette montée peut être regardée comme une réaction au retrait paradoxal de l’Etat de ce secteur présenté par lui-même comme prometteur…
Dans son Projet de Loi sur l’ESS, Benoit HAMON [12] étaye en effet ses objectifs sur trois principes que peuvent être qualifiés de républicains : engagement volontaire ; égalité ; solidarité. Avec dans leur mise en interaction la recherche d’un égal socle commun aux valeurs fondant l’action politique et celles fondant l’action économique. Mais attention aux dérives du genre : aux riches le libéralisme, aux pauvres l’ESS… surtout au moment même ou l’Etat réduit sa participation à la prise en charge de sa « commande publique », ce qui conduit le secteur a supprimer des emplois salariés.

« Longtemps principal régulateur des relations sociales et de la solidarité, le salariat, est bien sur le déclin » [13]. Le fait est que le salariat est de plus en plus confronté à la concurrence de l'activité non salariée, et il semble se réduire à sa fonction d'accès aux droits sociaux.
L’emploi « à vie » a quasiment disparu, derrière l'essor du télétravail, du recours massif à la sous-traitance, du succès croissant de l'auto-entrepreneuriat, et la substitution de l'homme par la machine dans les supermarchés, les guichets des gares, des aéroports, des banques, et même des postes...
Et comment ne pas s’interroger sur le sens de la valeur lorsque l’« Engagement associatif » est déclaré grande cause nationale 2014 par Jean-Marc AYRAULT, alors Premier Ministre, et que le sens qu’il y donne est celui de la promotion des dons et du bénévolat, alors que les subventions aux associations qui assurent des services au public sont soit supprimées, soient très largement amputées…
Les observateurs économistes avançaient le chiffre de quarante mille suppressions d’emplois en 2014 dans les associations ; une sorte de Plan Social de dimension nationale, qui ne dit pas son nom…
Dans le même temps, le MEDEF s’active pour faire disparaître le régime des intermittents du spectacle… alors que ce régime pourrait au contraire être considéré comme un modèle à dupliquer pour des personnes entre deux périodes de production ou de création de valeur rémunérées…
Et sans tomber dans le psychodrame du complot, doit-on prendre à la légère les paroles de Denis KESLER, homme de l’ombre du MEDEF, lorsqu’en 2007, il déclara au sujet de l’établissement d’une liste de réformes à faire : « C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle [la liste] est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance ! ».

La Valeur doit-elle supposer une contrepartie obligatoire ?

Si nous ne voulons pas céder à la tension archaïque de diabolisation de ces discours guerriers, alors il convient aujourd’hui d’accepter de remettre à l’ouvrage l’impensé du terme Valeur. C'est-à-dire penser ce qu’est la production humaine, en quoi le collectif attend des personnes singulières qui le composent, une économie de la Valeur sociale ?
Où se situe le non reconnu des productions d’impact et fonctions sociales ?… Poser la question du principe de « sans contrepartie » à moins de « réciprocité vitale [14] » comme chez Pierre RABHI [15], mais sans rentrer dans le religieux de cela, sans se soumettre aux croyances de la fonction salvatrice de sa propre bienfaisance. Oser penser, avoir le courage de dire que tous les êtres exercent une fonction sociale, sont des « producteurs d’économie », que ce soit la voisine qui va voir en été si la vieille dame a bien bu… accepter que cette valorisation de la production sociale ne donne pas lieu à une « police », mais soit le résultat d’une volonté collective de décider si on « prend en compte » une autre sorte de contrepartie, de circulation du don comme nous y invite le modèle de MAUSS [16]. Ce que l’on voit s'organiser dans les fablabs, les makers est-ce une version moderne de don contre-don ?…

Que penser de ce retournement des Valeurs ?

 

Si pour un citoyen responsable, il convient d’exercer, par la dialectique, son sens de la recherche permanente du bien commun, alors il s’agit bien de penser le monde de demain avec une autre façon de penser que celle d’hier, penser, comme dans une tension marrane, avec les contingences du monde de demain sans rompre avec le passé, et trouver de nouvelles bases de conciliation entre les besoins collectifs de la société et ceux de l’être singulier…
Comme tout citoyen fidèle à une philosophie de la liberté, l’engagement humanitaire, voire marranitaire, peut aussi s’inscrire dans la filiation de François RABELAIS, pour son invitation à la science éclairée : « Sapience n’entre point en âme malivole, et science sans conscience n’est que ruine de l’âme » [17]. Le mouvement peut également s’inspirer de l’approche fondamentale de Baruch SPINOZA au XVIIème siècle [18], autour de ce qu’on appelle aujourd’hui l’engagement en tant qu’une implication sociale, à la condition de prendre garde à ne pas glisser dans la servitude volontaire…
Autrement dit : ne pas chercher à réduire la complexité, « rester éveillé » et adapter à chaque fois une réponse collective à la singularité de l’autre, qui doit rester libre et digne... ce que le salariat a fini par ne plus garantir complètement.

Oser poser la question fondamentale : Qu’est-ce que c’est la production humaine ?

Le monde globalisé et numérisé est en plein bouleversements et sort des cadres sociaux mis en place par des humanistes. Le travail érigé en valeur a fini par conduire les salariés dans une servitude volontaire. Et le salariat, comme modèle garantissant un « bonheur social » est en effondrement.
« Qu’est-ce que la production humaine sans contrepartie directe en deçà de la production du travail normal et à portée symbolique ? », interroge Paule PEREZ ; une œuvre d’art, une parole, un geste, une manière d’être avec ses voisins, une information partagée, un service rendu, une chauffeure de bus qui s’arrête dix mètres avant l’arrêt de bus pour que les dames puissent descendre ailleurs que dans les flaques d’eau…
A l’instar de Marc DE BASQUIAT [19], osons penser que le lien entre revenu et travail est une illusion et qu'il est déjà très distendu.

Le revenu d’existence sans contrepartie monnayable : une vielle idée neuve [20]

Il me semble que nous pourrions penser un nouveau filet de sécurité sociale d’existence, voire de sécurité d’existence sociale, qui ne soit pas conditionné à des « traces historiques de salariat ».
Si la sueur perle au front des gagneurs de pain, gardons nous d’en faire un modèle désirable. Il est temps de penser la société de demain, qui incarnera ses valeurs républicaines dans la reconnaissance de l’essence des êtres et pas seulement dans leur force laborieuse.
Et si nous allions un cran plus loin que le Revenu de Solidarité Active de Martin HIRSCH [21] ; plus loin que la pension de retraite des travailleurs ; encore plus loin que les bourses aux étudiants pauvres ; plus loin que les allocations familiales, l’aide au logement et les indemnités journalières des travailleurs sans emplois ou malades ; encore plus loin que les congés payés et les congés d’éducation parentale ; plus loin que tous les types de minimas sociaux ouvrant (en théorie) des droits à logement…
Naturellement, il est ici question de prendre courageusement position contre la bien-pensance qui s’appuie sur l’accueil impensé des « victimes » à qui le discours agnotologique désigne les « coupables » [22]
Comme Christine MARSAN [23], psychosociologue, l’écrit à propos de l’hypothèse d’un revenu minimum d’existence : « Évidemment les détracteurs voient immédiatement les dangers liés à son attribution, si elle est universelle, car elle pourrait, peut-être, attirer des millions d'immigrés supplémentaires en Europe, ou alors augmenter la fainéantise. Réaliser une analyse de risques objective et non moralisante est tout à fait intéressant et nécessaire ».
Sur la question du revenu inconditionnel, Mona CHOLLET [24], journaliste et essayiste suisse, écrit : « Mais en faire la justification du revenu garanti constitue un piège que GORZ avait bien vu : « On reste ainsi sur le plan de la valeur travail et du productivisme. » Or « le revenu d’existence n’a de sens que s’il n’exige ni ne rémunère rien » : il doit au contraire permettre la création « de richesses non monnayables ».

Ceux d’entre nous qui, comme moi, sont encore salariés et ceux qui ne le sont plus, ou ne l’ont jamais été, devons-nous continuer, au nom de valeurs qui ont été imaginées pour mieux nous asservir, à nier le déclin d’un modèle qui ne pourra probablement pas être sauvé sans refonte en profondeur. Cette refonte passera sûrement par le déplacement de nos repères historiques, parfois le renoncement à nos croyances parce que le progrès n’entre pas en âme malivole et inconsciente…
Pour poursuivre l’œuvre des femmes et des hommes qui ont inventé l’Etat Providence de la 3ème puis de la 4ème République [25].

En conclusion

Impossible ? Non. Il y a déjà eu des révolutions de mentalité analogues en France, par exemple la création de l’allocation de salaire unique pour la femme qui « ne travaille pas ». De même, la reconnaissance de la fonction des conjoints d’artisans qui a conduit à rendre obligatoire leur couverture sociale [26]
Notre société a les moyens et peu prendre les décisions politiques de donner à tous un revenu d’existence sans exiger en retour une contrepartie monnayable.
Permettre à toute personne de travailler selon ses désirs et selon ses possibilités et à des rythmes singuliers, et veiller à ce que le système ne l’exclue pas : voilà un principe fondamental qui va plus loin que l’article 7 [27] de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.
Il me semble qu’il est temps de travailler au-delà des articles 22 à 27 de la DUDH [28], à un Revenu d’existence, sorte de Revenu contributif dont le montant ne serait pas lié au nombre, ni à la qualité des gouttes de sueurs perlant aux fronts des générations à venir.
Et décorréler les contributions mutualistes du salaire, en les reportant sur un prélèvement unique sur la consommation (à l’instar de la TVA) qui serait graduelle depuis zéro pourcent sur les produits de première nécessité, et beaucoup plus pour les produits de luxe.
Utopique ? Et pourquoi pas ? Si pour Victor HUGO « l’utopie est une vérité de demain », alors l’utopie d’aujourd’hui peut s’avérer le progrès de demain.
Pour cela, le courage politique doit prévaloir…

Patrice Gaudineau

Remerciements à Paule et Michel Pérez pour leurs contributions sans contreparties...
Et remerciements à la Revue Temps marranes, dans laquelle cet article a été publié.


NDLR : Patrice Gaudineau est un militant des Droits de l’Homme, il a contribué en tant qu’expert à l’élaboration du Livre Blanc de la France pour le Sommet mondial sur le développement durable de 2002, (aussi appelé sommet de la Terre de Johannesburg), et notamment sur le volet de la responsabilité sociétale des PME et des organisations territoriales et ONG (associations et organisations non gouvernementales). Il a également contribué à l’élaboration du Livre vert de l’Europe sur la RSE (responsabilité sociétale des entreprises). Il est Directeur Général de SIS-Réseau (Santé Info Solidarité Réseau), fédération qui regroupe des organismes de relation d’aide à distance (commeSida-Info-Service, Hépatites-Info-Service et Ligne Azur), le premier Centre de Santé Sexuelle en Europe (Le190), des centres de ressources sanitaires et sociales dans le monde (Comme le CIRAD -consortium international de relation d'aide à distance- en Afrique), ainsi que des délégations régionales pour la prévention, l’éducation à la santé et la lutte contre les discriminations.
________________________________________
[1] Claude Corman et Paule Pérez ; Contre-culture marrane – ses apports aux questions contemporaines. Edition Temps Marranes, 26 avril 2010. A propos de la non-contamination de l’espace public par des considérations religieuses : « …c’est bien cette borne, ce seuil, cette limite de l’intérieur et de l’extérieur, du privé et du public, qui peinent désormais à être définis. » p.103.
[2] Comme par exemple le groupe sud-coréen Daewoo, qui en 2002, fermait en Lorraine trois usines et supprimait mille emplois alors qu’il avait reçu en 1989 trente cinq millions d’euros pour les bâtir…
[3] Source : Rapport du réseau d’experts R&S (Recherches et Solidarités) : « Les associations face à la conjoncture …et aux emplois d’avenir » ; 3ème édition, janvier 2013.
http://www.associations.gouv.fr/IMG/pdf/enquete_recherchesolidarite.pdf
[4] Terme inventé par l'historien des sciences Robert N. Proctor en 1992, qui a analysé les phénomènes de production culturelle de l'ignorance.
[5] (chapitre 3, verset 19)
[6] Bible traduite Rabbinat Français sous la conduite de Zadoc Kahn, Grand Rabbin.
[7] Journal Le Monde du mercredi 26 février 1992 ; article intitulé « Les bilans personnels ».
[8] IASB - Instrumental Accounting Standards Board
[9] FabLabs (contraction de fabrication laboratory) où règnent esprit collaboratif, bidouille, partage des sources de fichiers numériques, mutualisation de l’outil, militantisme et débats permanents. «Il y a une bulle technologique, s’amuse un designer, qui peut éclater. Je connais des PME qui achètent des imprimantes mais ne savent pas trop quoi en faire. La grande distribution s’y intéresse aussi.» Est-ce une «révolution» technologique qui est en marche, industrielle ou artisanale? Ou un grand fourre-tout à illusions du do it yourself? Source :
http://next.liberation.fr/design/2014/04/18/la-3d-fait-des-petits_992298
[10] Nouvelles méthodes de travail, regroupant tout à la fois des espaces de coworking ou des coopératives. La consommation collaborative en est un phénomène.
[11] Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865), socialiste utopique, il s’opposa aux Marxistes sur une question majeure : celle de la prise de pouvoir d’un système sur la personne.
[12] Adopté par le Sénat en première lecture le 7 novembre dernier, le projet de loi-cadre doit être examiné par l'Assemblée nationale à partir du mois de mai 2014. Valérie Fourneyron, secrétaire d’Etat chargée de l’Economie sociale et solidaire est actuellement en charge de ce projet de loi-cadre.
[13] Jean-Pierre Gaudard, dans « La fin du salariat » qui vient de paraître chez François Bourin Editeur.Ancien rédacteur en chef à l'Usine Nouvelle.
[14] Pierre Rabhi : « Un arbre en ma mémoire » ; 12 février 2014.http://www.pierrerabhi.org/blog/
[15] Agriculteur, écrivain et penseur français d'origine algérienne, Pierre Rabhi est un des pionniers de l'agriculture biologique. Il défend un mode de société plus respectueux des hommes et de la terre et soutient le développement de pratiques agricoles accessibles à tous et notamment aux plus démunis, tout en préservant les patrimoines nourriciers.Voir : http://vimeo.com/12869687
[16] Don-contredon, Marcel Mauss : C’est en 1925 que Mauss fait paraître un texte intitulé : « Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques ». Neveu d’Émile Durkheim, avec lequel il a travaillé à la fondation et au développement de ce qui reste alors encore en France une jeune discipline à visée scientifique et à faible légitimité universitaire, le sociologue vient de participer (1923) à la création de l’Institut d’ethnologie. D’une certaine façon il invente, à l’instar de son oncle précurseur, une forme moderne et exigeante de coopération scientifique, « à distance » si l’on veut, dont la relation qu’il entretient avec le travail de Franz Boas offre un bon exemple. Celui-ci, né en Westphalie en 1858, se fixa aux États-Unis où il accomplit l’essentiel de sa carrière universitaire de professeur d’anthropologie. Il forma à ses méthodes de collecte de données, de recueil de récits, et d’interprétation du corpus ainsi constitué, une grande quantité d’étudiants mais aussi de membres des tribus indiennes qu’il étudia, en particulier en Colombie britannique : « Il traduisit des milliers de pages de textes indigènes ». Boas, mais aussi, parmi d’autres, Bronislaw Malinovski, l’auteur de cette merveille des sciences humaines que constitue son livre majeur Les Argonautes du Pacifique occidental, dont l’essentiel du propos se concentre sur une description rigoureuse et sur une interprétation systématique d’un régime de prestations sociales – la kula –, procurent au sociologue sédentaire une base explicative à partir de laquelle il va élaborer ses propres mises en relation des données et sa théorie de l’échange archaïque. Ce dernier, Mauss le nomme autrement « échange-volontaire-obligatoire ». Source :(http://www.revuedumauss.com/).
[17] François Rabelais : Pantagruel (lettres de son père Gargantua) ; 1532.
[18] Le conatus est un concept de l'Éthique de Spinoza. Spinoza s’est assigné comme objectif fondamental la transmission d’un message libérateur à l’égard de toutes les servitudes (Petit Larousse édition 1997). En particulier dansLe traité théologico-politique.
[19] Ingénieur et docteur en économie : « Cela s’apparente à une banalité, mais en réalité c’est fondamental : c’est bien la perception d’un revenu qui permet la survie, pas l’exercice d’un travail. A l’inverse, tout travail est-il rémunérateur ? Non, nous rappelle l’INSEE qui évalue à 38 milliards le nombre d’heures de travail rémunérées en France pour l’année 2010, chiffre nettement inférieur à la fourchette des 42 à 77 milliards d’heures de travail domestique. Allons plus loin : tout revenu est-il la contrepartie d’un travail ? Pas davantage. Les revenus de remplacement (retraite, chômage), les prestations sociales et familiales, les revenus fonciers et financiers constituent environ 40% des revenus disponibles des ménages. Le lien entre revenu et travail est donc très distendu ». source : (http://www.kaizen-magazine.com/pour-re-faire-societe-un-revenu-de-base/)
[20] Source : (HTTP://WWW.MONDE-DIPLOMATIQUE.FR/2013/05/CHOLLET/ 49054): « C’est aux Etats-Unis qu’est apparue, après guerre, l’idée d’un revenu de base progressiste. Initiateur en 1968, avec Paul Samuelson, John Kenneth Galbraith et mille deux cents autres économistes, d’un appel en ce sens, Tobin fait introduire son projet de demogrant dans le programme de George McGovern, dont il est le conseiller, lors de la campagne pour l’élection présidentielle de 1972. Avec la lourde défaite du candidat démocrate face à Richard Nixon, le projet est enterré. Il refait surface en Europe, d’abord dans les Pays-Bas des années 1980. En Belgique, un groupe de chercheurs et de syndicalistes crée en 1984, autour de l’économiste et philosophe Philippe Van Parijs, le Collectif Charles Fourier. Un colloque organisé en 1986 à l’Université catholique de Louvain donne naissance au Réseau européen pour le revenu de base (Basic Income European Network, BIEN), qui deviendra mondial (Basic Income Earth Network) en 2004. L’un de ses fondateurs, Guy Standing, économiste à l’Organisation internationale du travail (OIT), participe à l’expérience de revenu garanti lancée en 2011 en Inde (lire : En Inde, l’expérience revitalise les villages) ».
[21] Créé par Martin Hirsch, haut-commissaire aux solidarités actives de Nicolas Sarkozy, le revenu de solidarité active (RSA) a été lancé en janvier 2009 en remplacement du RMI. Mais les agents publics qui gèrent cette aide n'ont pas toujours à leur disposition une information claire et actualisée sur le RSA-activité. Selonl'Observatoire des non-recours aux droits et services (Odenore) fondé par Philippe Warin, la moitié des personnes qui ont droit au RSA ne le demandent pas, un chiffre qui monte à près de 70% pour le RSA-activité. "J'ai toujours reconnu que le RSA était une réforme inachevée", rappelait Martin Hirsch dans un entretien au "Monde" en juin 2013. Il demande d'ailleurs "un plan massif contre le non-recours". Dans un rapport remis en février dernier, la Cour des comptes pointait les faiblesses du RSA-activité, trop peu sollicité et à l'impact limité. Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/social/20130715. OBS9541/rsa-activite-pourquoi-ca-n-a-pas-marche.html
[22] Comme par exemple en mai 2011, Laurent Wauquiez qui a dénoncé "les dérives de l'assistanat" qu'il voyait comme "le cancer de la société française".
[23] Source : http://lecercle.lesechos.fr/economie-societe/societe/autres /221189466/revenu-minimum-dexistence-enjeux-causes-consequences
[24] Source : http://www.monde-diplomatique.fr/2013/05/CHOLLET/ 49054
[25] (Extrait wikipédia) Avec la création de la Sécurité sociale en 1945, la France met en place un système social inspiré à la fois des modèles beveridgien et bismarckien. Formulé dans ses grandes lignes en grande partie par le juriste Pierre Laroque, en 1945, et issu du Programme du Conseil national de la Résistance, la Sécurité sociale s’inspire de ces deux grandes conceptions : il conserve la logique d’un système assurantiel, financé par des cotisations des travailleurs, mais vise à la mise en place d’un système généralisé, centralisé et global de sécurité sociale. En 1946, la Constitution de la IVe République, adoptée par référendum, crée dans son préambule une obligation constitutionnelle d'assistance financière de la collectivité envers les personnes exposées aux risques sociaux les plus importants (femmes, enfants, vieux travailleurs).
[26] Loi de rattachement obligatoire du conjoint d’artisan à un statut (2 aout 2005).
[27] DUDH de 1948 ; article 7 : Tous sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi. Tous ont droit à une protection égale contre toute discrimination qui violerait la présente Déclaration et contre toute provocation à une telle discrimination.
[28] http://www.un.org/fr/documents/udhr/

- Livre "L'immatériel" de André Gorz - Editions Galilée 2003
- Interview de Bernard Marris dans Revenu de base
- Livre "Historique du Revenu d'existence" de Yoland Bresson

analyses

Le règne d'Algorithme

Le mercredi 15 avril dernier, l’hémicycle de l’Assemblée nationale était presque vide. Y était pourtant débattu l’un des volets les plus sensibles de la Loi sur le Renseignement, celui concernant la surveillance de l’Internet par des « boîtes noires », les algorithmes. Ceux-ci auront pour tâche de surveiller automatiquement les milliards de données transitant sur le réseau afin de détecter massivement des comportements suspects correspondant à ce que l’on connaît des activités terroristes ou criminelles. Une boîte de Pandore est ainsi en train de s’ouvrir, sous nos yeux.

internet

Réseaux : le numérique support de communautés efficientes ?

La 4ème rencontre de l’Université populaire de la mairie du 2e arrondissement de Paris s’est tenue le 17 mars 2015. Elle a réuni Valérie Peugeot, prospectiviste chez Orange Labs, présidente de Vecam et vice-présidente du Conseil national du numérique ; Jean-Michel Cornu, directeur scientifique de la FING, Cofondateur du réseau international de correspondants sur les usages innovants de l'internet, et du réseau Imagination for people ; et Jean-Pierre Cahier, chercheur au Laboratoire TechCICO (technologies pour la coopération, l’Interaction et les Connaissances dans les collectifs) à l’Université technologique de Troyes. Il s’est agi de traiter l’impact et les opportunités ouvertes par internet, devenu système de « connexion nerveuse » de nos réseaux sociaux.

Les expertises et échanges partagés ont permis de répondre à deux questions essentielles : Peut-on miser sur l’internet pour organiser des communautés locales et de la coopération ? Les outils numériques font-ils la preuve qu’ils aident à  connecter les échelles locales, nationales et internationales, et à soutenir une vitalité démocratique ?

Le rôle du numérique dans les transitions écologiques et énergétiques est capital, souligne en introduction Dorothée Browaeys, animatrice et coordinatrice de l’Université populaire de la Mairie du 2e de Paris. En effet, internet permet des connexions inédites et la formation de communautés d’intérêts. Cependant Internet a de multiples facettes : c’est un levier pour interagir (informer, structurer des mouvements…), pour optimiser (en harmonisant les besoins énergétiques locaux, régionaux ou internationaux, en récupérant une chaleur produite inutile (dans les Data centers) pour chauffer des bâtiments, en gestion de flux…), pour surveiller (Affaire Snowden, suivi de la blogosphère) ou pour soutenir la démocratie participative (Parlements et citoyens, Assemblée virtuelle, expérience Fort Mac Murray pour familiariser les citoyens sur les enjeux des gaz de schistes au Canada…). Internet c’est aussi des court-circuits avec les quatre géants Google, Amazon, Facebook et Apple (GAFA) qui déferlent sur les marchés de la santé (GoogleX), de l’automobile ou de la mobilité pour proposer des services inédits : Googlecar (sans chauffeur), BlaBlaCar, Uber…Face à ces constats, les invités apportent leurs analyses.

Valérie Peugeot  présente l’association qu’elle préside, Vecam, un acteur de l’« internet citoyen » créé il y a vingt ans. Cette association travaille sur les enjeux sociétaux des NTIC, du multimédia… Par ailleurs, elle précise le rôle du Conseil national du numérique dont elle est vice-présidente. Cette instance accompagne le gouvernement pour apporter des conseils sur les politiques liées au numérique. Une grande concertation a été organisée en ligne entre octobre 2014 et février 2015 pour préparer une Loi sur le numérique qui devrait voir le jour à l’automne.

Le premier sujet qu’elle aborde est celui du Big Data (BD) ou mégadonnées en français. Tout d’abord, pourquoi parle-t-on autant des « méga données » aujourd'hui ? Dans le passé, les données étaient localisées au sein des entreprises, des administrations ; aujourd'hui numérisées, elles sortent des « silos » et peuvent être agrégées, croisées et deviennent ainsi une source énorme d'informations. A ces données des collectivités publiques ou privées, s'ajoutent les données collectées sur chacun d'entre nous, via nos activités sur le web, et demain via l'internet des objets, les capteurs dans les villes « intelligentes ». Les pratiques sociales font que nous générons de multiples traces par les usages du web (réseaux sociaux, conversations en ligne, objets connectés comme le téléphone mobile très « bavard », capteurs de domotique, compteurs électriques, voitures). C’est la rencontre entre les usages sociaux et la technologie qui fait cette émergence. On nous parle de « nouvel or noir », car on associe beaucoup de promesses à ces BD, notamment des promesses économiques, mais aussi des imaginaires et des mythes. Les entreprises y voient une opportunité de mieux connaître les profils des clients. Ce qui permet de mieux cibler la publicité et les offres au profit d’une ultra personnalisation, et d'alimenter ainsi un « marketing prédictif ». Les entreprises peuvent aussi revendre les informations issues des données agrégées qui renseignent sur des comportements de consommations, des préférences…

Pythie moderne

Pour le monde de la recherche, l'utilisation de ces BD conduit à de nouvelles manières d’extraire des informations en géographie, en épidémiologie, etc. On assiste à une rupture épistémologique dans la mesure où on peut produire des savoirs de façon inédite, par exemple par analyse statistique sémantique de corpus d’articles. Ces approches viennent compléter des méthodologies plus traditionnelles, notamment en sciences humaines et sociales.

Du point de vue des acteurs publics (Etats et collectivités locales), l’ambition consiste à mobiliser ces BD pour rendre l’action publique plus efficace, pour mieux répondre aux besoins des usagers de services publics. Il s’agit de mobiliser à la fois l’information déjà récoltée dans le cadre des missions habituelles de la puissance publique (ex : statistiques démographiques, nombre de visiteurs d’un musée, quantité d’ordures collectées) mais aussi - pour les collectivités territoriales - d’utiliser des capteurs répartis dans l’espace public pour diversifier les sources d’information. Par exemple, des capteurs placés dans les égouts de New York peuvent permettre de tirer des informations sur d’éventuelles pollutions (huiles rejetées) à tel endroit et de remonter à la source de celles-ci. On parle de plus en plus des « smart cities », qui ne sont pas intelligentes mais plutôt connectées, communicantes, car truffées de capteurs. On peut souligner enfin que le citoyen pour sa part, est le parent pauvre en terme d’usages de ces masses de données. Il en bénéficie indirectement en tant qu’usager des services publics mais pas comme acteur de la ville. Il y a là un gisement dormant d’usages pour une ville plus contributive.

Pourquoi cette inflation de promesses ? Les mégadonnées exercent une véritable fascination par l'effet vertigineux des nombres (le marché des BD en 2017 est estimé à 54 milliards de dollars. 80% des données produites dans le monde l’ont été ces deux dernières années), par la dimension prédictive potentielle qui atteindrait des niveaux jamais atteints par les approches statistiques classiques (type INSEE par ex). Elles apparaissent comme notre Pythie moderne, notre miroir collectif…

Valérie Peugeot évoque ensuite les enjeux sociétaux derrière les discours mirobolants. Pour la recherche, d'aucuns estiment que c'est la fin de la science telle que nous l’avons connue jusqu’à présent (Chris Anderson[1]). Avec les mégadonnées, on en arriverait à se passer des hypothèses, des théories. La vérité sortirait de la donnée. Cette perspective a été largement battue en brèche mais elle hante les imaginaires et participe d’une fascination pour la donnée, qu’on associe à tort à une forme d’objectivité. Ce qui est certain par contre c’est que l’articulation avec les sciences humaines et sociales est capitale pour donner du sens aux BD

Du côté économique, ces masses de données obligent à nous interroger sur Où s’en va l’économie numérique ? Celle-ci s’est construite pour une part essentielle – l’économie du web - autour de l’économie de l’attention (Commercialisation du « notre temps de cerveau disponible » à travers la publicité et le marketing). 98 % des revenus de Google proviennent de la publicité.

Or le gâteau n’est pas extensif, notre attention n’est pas illimitée et nous souffrons de plus en plus d’un excès de sollicitation attentionnelle. Ne risque-t-on pas d'aller vers une nouvelle bulle spéculative autour de la publicité numérique ? Ne risque-t-on pas un glissement de la commercialisation d'un bien ou d’un service vers la commercialisation massive des données coproduites par les utilisateurs et les services numériques ? Par exemple, certains prônent un changement de stratégie en matière d’objets connectés : les proposer à prix cassés et en échange, demander aux utilisateurs de vendre leurs données.

Pour Valérie Peugeot, il nous faut revenir à une économie servicielle. Le marketing personnalisé pour l’instant ne marche que très approximativement, et c’est peut-être tant mieux. La puissance prédictive pour le marketing est-elle vraiment nécessaire ? Mais surtout est-elle conforme aux attentes des usagers ?

Objets connectés et surveillance de masse

Pour conclure, Valérie Peugeot focalise la réflexion sur les usagers des BD. Quand  une donnée est produite par des acteurs publics, elle a vocation à rester disponible et réutilisable par des tiers (ouverte). Quand une entreprise collecte des informations, les choses sont plus compliquées. Il y a d’énormes ambiguïtés sur l’usage des données coproduites par un service et un utilisateur, par exemple à travers les objets connectés (ex Compteur d’électricité, automobiles communicantes). Car, quand elles sont agrégées, elles ne sont plus considérées comme données personnelles et les entreprises ont toute latitude de les revendre, sous réserve d’avoir obtenu un consentement de l’utilisateur en amont (opt in/opt out) qui n’a de consentement que le nom. La question est alors : comment peut-on partager la valeur d’usage de ces données ? Il y a actuellement un projet de recherche action porté par la FING et intitulé  « Mesinfos » qui vise à restituer  les données aux individus pour qu’ils puissent décider des usages et en tirer de la valeur pour leurs propres besoins. 

Enfin, l’enjeu majeur est celui de la surveillance de masse. Nous sommes dans un système où les usages des BD par les entreprises conduisent celles-ci à mettre en place des infrastructures qui rendent possibles la surveillance, à leur corps défendant le plus souvent. En ouvrant la voie à des mésusages possibles par des cybercriminels ou des Etats.

Un règlement européen est en élaboration pour renforcer la protection des données personnelles mais en l’état des négociations, il ne semble pas à la hauteur des enjeux. Ce qui est inquiétant, c’est que toutes ces structures se fondent sur des démocraties officiellement fortes, qui pourtant sont fragiles. Il y a un risque important d'utilisation de ces données, non contrôlées démocratiquement. C’est ce qu’a montré Edward Snowden.

Jean-Pierre Cahier aborde ensuite les outils logiciels de coopération pour le changement.

"Il y a des choses à faire pour permettre à des gens de terrain de se réapproprier les informations pertinentes localement" estime Jean-Pierre Cahier. Ces démarches sont très développées dans les Pays du nord (Danemark…). Ce qu’on peut faire sur le web c’est essayer de voir comment aider à s’exprimer des points de vue. Sont élaborés aujourd'hui des outils permettant de faire travailler ensemble sur un projet commun des gens avec des intérêts et points de vue tout à fait différents. Trois exemples sont présentés avec un support PPT disponible ici.

Le 1er exemple concerne un service d’information géographique où peuvent s’agréger des informations de plusieurs sources. Il s’agit d’une maquette pour un site d’initiatives en écologie industrielle (dans l’Aube) regroupant des entreprises intéressées par une démarche d'économie durable. Un logiciel est en cours de finalisation afin de réaliser une cartographie d’activités diverses sur un même support. Les entreprises pourront mettre sur le site les informations sur elles-mêmes, leurs risques et leur production. Ces infos pourront faire l'objet de la part d'autres locuteurs impliqués dans la démarche de complément d’informations (qui pourront être contradictoires avec celles données par les entreprises). Pourront être agrégées des informations tirées de l’Open data et de services ouverts comme Ppen Street Map. 

Pour le 2ème exemple, on plonge dans un processus de type « second life » porté avec l’Université de Shanghaï. Il s’agit d’un projet de ville intelligente (smart city) en Chine. Des capteurs sont disposés un peu partout, avec l’idée qu’on attrape les choses suffisantes. La limite ici est qu’on est très vite pris par une fascination pour les données objectives, ce que l’on peut mesurer alors que les usages, les habitudes, ne sont pas captées.

Dans ce projet nommé Complexcity, certaines recherches visent à concevoir un jeu sérieux de type SimCity où les joueurs sont amenés à construire leurs maisons en apprenant de proche en proche selon leurs choix. L’objectif est de sensibiliser puis d’impliquer de larges populations dans l'élaboration de scénarios possibles pour réduire les dépenses d'énergie, prévoir la maintenance des bâtiments en faisant appel par exemple à des spécialistes (ex notaires pour savoir à qui appartiennent les propriétés, les sols), en choisissant les bons matériaux, en observant les bonnes règles, etc.

Le 3ème exemple illustre la cartographie participative pour la transition écologique.

Il s'agit de faire en sorte que, pour un projet donné, tous les points de vue s'expriment, y compris les minoritaires. Co-concevoir de nouveaux modèles : gestion de l'eau, durabilité,….

Jean-Michel Cornu expose ses expériences d'intelligence collective

En partant de la métaphore de l'éléphant perçu par des aveugles où chacun, n'en percevant qu'une partie (trompe, queue, etc), ne peut avoir une vision que partielle et potentiellement fausse, Jean-Michel Cornu souligne l'importance et le bénéfice d'une intelligence collective qui dépasse la simple somme des connaissances individuelles.

Il expose trois règles pour progresser en compétences collectives selon trois axes :

La taille. Comment faire travailler ensemble des centaines de personnes ?  Dans un groupe au-delà de 12 personnes, il est difficile de travailler correctement collectivement. Pour un projet d’importance, où il conviendrait de faire participer un grand nombre de personnes, on peut imaginer de les faire travailler par groupes de 12 et de cumuler ensuite les résultats des divers groupes. Cela a été fait pour l'élaboration de la constitution islandaise.

Il est présenté un constat : dans un grand groupe (plus d'une centaine de personnes), les personnes vraiment actives représentent un faible pourcentage (10 à 20% pour les réactifs et seulement quelques pourcents pour les proactifs). Mais si l'on s'adresse à plusieurs grands groupes de ce type, l'activité collectée de toutes les fractions actives de ces groupes va dépasser largement ce que peuvent faire plusieurs groupes de 12 personnes.

Le choix a posteriori. Plutôt que d'optimiser des choix faits en début ou en cours d'avancement du projet, il convient de ne faire le choix qu'en fin de processus pour profiter au maximum de toutes les données informatives accumulées en cours du travail collectif.

La cartographie. Il faut cartographier l'ensemble des itinéraires heuristiques des membres, plutôt que de faire une discussion « unidimensionnelle » qui peut amener à tourner en rond.

Le processus est itératif sur le modèle suivant comportant quatre étapes :

- discussions
- attrapage
- cartographie
- synthèse

Il permet au bout de plusieurs cycles d'aboutir à la solution qui ne ressemblera à aucune de celles imaginées au départ par les divers membres mais une solution collective satisfaisante pour tous. A telle enseigne, qu'on n'a le plus souvent même plus besoin de voter.

Discussion avec le public

Michel Blay (grand témoin du cycle) : il y a t-il dans ces BD des informations vraiment utiles ? N'y aura t-il pas toujours quelqu’un qui les utilisera à mauvais escient ? Ne faudrait-il pas casser tous ces capteurs pour sauvegarder notre liberté ?

VP : De façon générale, dans le monde entier, nous assistons depuis le 11 septembre, à une évolution de plus en plus vers une société de surveillance, de contrôle. Néanmoins il ne faut pas balayer les mégadonnées d’un revers de main au nom de ces risques. La collecte de ces BD présente un véritable intérêt dans de nombreux cas à condition que nous donnions les moyens d’en maîtriser les usages, qu'il y ait notamment une transparence sur la production, l’existence et l'accès à ces données (qui, quoi, usage fait...). Une initiative récente de Regards citoyens utilise les données pour mettre de la transparence dans le monde médical : en  rapportant précisément ce que les laboratoires pharmaceutiques ont versé aux médecins. VP cite un projet de recherche réalisé par Orange au Sénégal et en Côte d’Ivoire. L'opérateur téléphonique a donné accès aux chercheurs du monde entier à ses données de géolocalisation et aux journaux d’appels de ses clients dans ces deux pays, dans le double objectif de faire progresser la « data science » et de mobiliser les données de téléphonie au service du développement des pays en question. Les traces de déplacement des mobiles pourraient permettre par exemple à la ville d’Abidjan d’élaborer un nouveau schéma directeur de ses transports publics plus conforme à la réalité des déplacements de ses habitants. Plusieurs opérateurs réfléchissent aujourd’hui à ouvrir leurs données dans le cadre de la COOP21 car le monde de la recherche en climatologie rêve de disposer d’informations sur les flux (Data for Dev)

Les impacts négatifs de ces BD ne sont pas inéluctables mais il est indispensable que se forge une conscience collective qui mette en questions, construise un cadre permettant l'avancée des connaissances sans que l'on soit piégé. Mais nous utilisons tous des outils à intérêts contradictoires !

Jean-Michel Cornu répond à une question sur la place des experts. Il existe des cas où le croisement des informations données par un collectif a abouti à des résultats meilleurs que ceux des experts consultés. Ce qui ne remet toutefois pas en question l'existence d'experts. Il faut trouver la bonne articulation...

VP. La mondialisation n'est pas nécessairement synonyme de déterritorialisation. Parallèlement à la mondialisation, il y relocalisation avec des formes nouvelles de conceptions, de fabrication... dans un territoire donné. On découvre par exemple des innovations de service comme BlablaCar, Uber, AirBnB qui participent de ce qu’on appelle l’économie collaborative. Toutes ces innovations ne sont pas que positives, elles peuvent fournir un service de grande qualité tout en contribuant à détruire de l’emploi, à fragiliser notre socle social. Il y a aussi le mouvement des villes en transition qui ne s’appuie aucunement sur le numérique mais qui cherchent à coconstruire avec les habitants des villes plus résilientes, plus frugales. On peut également citer le mouvement des communs. Les communs ou biens communs ont pendant plusieurs siècles été un système de gestion de ressources naturelles –terres, pâturages, forets - très courant, mais qui a succombé avec la révolution industrielle et la pensée économique libérale. avec le numérique, on voit apparaitre des communautés qui crée des nouveaux communs de la connaissance – logiciel libre, wikipedia, open street map, science ouverte… -. et ouvre une brèche dans la pensée binaire Etat/marché en proposant des modèles économiques et de gouvernance alternatifs.

JPC.. L'intelligence n'est pas uniquement quantitative mais aussi qualitative. Les BD passent largement à côté de dimensions auxquelles nous devons veiller.

JMC. Dans le cas de conflits autour de deux options, il conviendrait de remonter en amont, à un niveau de crise, où apparaîtrait un ensemble de solutions plutôt que deux seules.

JPC. Il existe aujourd’hui des dispositifs permettant de rendre visibles les points de vue de tous les acteurs d'un même projet et de faciliter la conception collective en limitant les risques de conflits binaires.

[1] http://archive.wired.com/science/discoveries/magazine/16-07/pb_theory

Voir l'interview de Valérie Peugeot

Voir l'interview de Jean-Michel Cornu

sciences

A quelle distance sommes-nous des Lumières ?

"Il est temps de prendre le temps de réfléchir à la science..." ainsi démarrait la conférence de la 3ème année de Leçon de clôture du Forum France Culture qui s'est déroulée en février 2015 au grand amphithéâtre de La Sorbonne à Paris. Cette conférence « L’année vue par les sciences », donnée par Etienne Klein, célèbre à sa façon l’année 2015, désignée comme l’année internationale de la Lumière par l'UNESCO. L’occasion de réfléchir à ce qu’est la Lumière, de revisiter les grandes révolutions de la physique, la théorie de la relativité et la physique quantique, qui ont radicalement changé la façon de décrire la Lumière, de la comprendre et aussi de ne pas la comprendre. 

Pourquoi les progrès technologiques n'apportent-ils pas le bonheur universel ?  Pourquoi se pose-t-on plus de questions aujourd'hui qu'hier ? Pourquoi, après tant de progrès et d'innovations nous ne sommes pas en pleine lumière en 2015 ? Etienne Klein essaye d'apporter une réflexion autour de ces questionnements : A quelle distance sommes-nous des Lumières ?

Conférence organisée à La Sorbonne par ©France Culture et présentée par Hervé Poirier, directeur de la rédaction du magazine "Science et vie".

Etienne Klein est titulaire d’un diplôme d’ingénieur de l’Ecole Centrale de Paris, d’un DEA de physique théorique et d’un doctorat en philosophie des sciences. Il a participé à divers grands projets, en particulier à l’étude d’un accélérateur à cavités supraconductrices, à la conception du futur grand collisionneur européen du CERN, le LHC, et à la mise au point d’un procédé de séparation isotopique par laser. Il dirige actuellement le Laboratoire de Recherche sur les Sciences de la Matière du CEA (LARSIM).

Il est professeur de physique et de philosophie des sciences à l’Ecole Centrale de Paris.
Etienne Klein est également membre du conseil d’Analyse de la Société présidé par Luc Ferry, du Conseil Scientifique de la Cité des Sciences et de celui de l’Office Parlementaire pour l’Evaluation des Choix Scientifiques et Techniques. 

Prochaine conférence le mercredi 9 avril à 17h à la Faculté des sciences Semlalia de Marrakech sur le thème " D'où vient que le temps passe ?"

Ouvrages d'Etienne Klein :
- L’unité de la physique, PUF, 2000
- Les Tactiques de Chronos, Flammarion, 2003.
- Petit Voyage dans le monde des quanta, Flammarion, 2004.
- Il était sept fois la révolution, Albert Einstein et les autres, Flammarion, 2005.
- Le facteur temps ne sonne jamais deux fois, Flammarion, 2007.
- Galilée et les Indiens, allons-nous liquider la science ?, coll. Le Café Voltaire, Flammarion, 2008.
Discours sur l'origine de l'univers,  Flammarion, 2010
Le small bang des nanotechnologies Odile Jacob, 2011

(Source : France culture février 2015)

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