UP' Magazine L'innovation pour défi

Concurrence et Liberté : les secrets d’un possible succès de la France

Le ministre français de l'Économie, Emmanuel Macron, a présenté mercredi 15 octobre en conseil des ministres, son projet de loi pour l'activité et l'égalité des chances économiques. Il s'en prend à la "rigidité du système français" qui, selon lui, empêche de "libérer, d'investir et de travailler". "Le problème ne vient pas des Français, mais des rigidités du système", a-t-il insisté.

Xavier Fontanet, ancien président d’Essilor, sait que ses idées dérangent et il aime ça. Optimiste, il pense que c’est un moyen de faire bouger les lignes, même si le monde politique, notamment, évolue plus lentement qu’il le souhaite. Son nouveau livre, qui sort à la rentrée 2014, défend donc une idée aussi déroutante que provocatrice qu’il assène sans précaution oratoire : « Il faut racheter la Bretagne ! » Puis, il précise : « Comme les Basques ont fait avec l’Espagne. On peut faire ainsi une économie de 520 milliards d’euros. Or, on a besoin de trouver 250 milliards, donc il suffit de mettre en œuvre la moitié des idées que je préconise. » Retour sur son intervention en juin au Collège des Bernardins et son livre que le ministre de l'économie devrait peut-être lire...

De quoi s’agit-il ?

La Bretagne serait une « région pilote », comme l’observe une personne dans l’auditoire du Collège des Bernardins, qui appliquerait tout ou partie des réformes testées ici ou là. « Les Bretons travailleraient 44 h par semaine, ils seraient à la retraite à 70 ans et la région prendrait à sa charge une partie du social, de la sphère publique et de la dette », explique Fontanet. Bien sûr, « la Bretagne resterait française », il ne s’agit en aucun cas « d’une sécession » comme le reproche lui en est déjà fait, mais plutôt d’un système « cantonisé » à la Suisse. La Confédération helvétique est, selon lui, « un cas extraordinaire de bonne gestion régionale où toutes les fonctions régaliennes sont prises en charge au niveau du canton.»

Mais pourquoi en arriver là ?

Car la situation est grave. Fontanet rappelle des chiffrés clés. La France a « une dette publique cataclysmique de 2000 milliards d’euros », « une sphère publique de 57% du PIB »,
« une sphère privée qui ne cesse de diminuer », « ses milliardaires qui quittent le pays » et conséquence directe de cette fiscalité excessive, « les investissements directs étrangers ont baissé de 77% en 2013 ».
Fontanet enfonce le clou par une image empruntée aux courses de chevaux : « Les jockeys grassouillets ne peuvent pas gagner le prix de l’Arc de Triomphe », autrement dit, l’Etat pléthorique ne permet pas à la France d’être compétitive. Et « quand les plus riches partent, c’est la pire nouvelle pour les pauvres. On est le seul pays dans cette situation. »

La faute à qui ? Là, pas de surprise majeure, son diagnostic est sévère mais plutôt classique. Ainsi, comme beaucoup d’autres, il dénonce les charges sociales trop élevées, le coût exorbitant de l’heure de travail, la retraite à 60 ans, les 35 heures, la fiscalité excessive sur les plus riches « à la limite de la spoliation », et les politiques économiques menées par tous les gouvernements successifs depuis 1980, « de droite comme de gauche ».
Cependant, selon lui, si la dette publique commence à augmenter en 1974 ce n’est pas à cause du choc pétrolier de 1973 comme il est généralement admis. « Cela correspond à l’arrivée au pouvoir des énarques et du keynésianisme », déclare-t-il, en décrochant un de ses petits sourires espiègles. Pour conforter sa position, il mentionne la Suisse, « qui n’a aucune ressource énergétique et dont la dette publique a continué à baisser après 1973. Donc, le choc pétrolier n’est pas la bonne explication. »

Comment s’en sortir ?

Les solutions de Fontanet, elles, sont iconoclastes tout au moins en France car elles ont déjà fait leur preuve à l’étranger. En effet, Fontanet, Français mais aussi citoyen « du 6ème continent,celui des entreprises mondiales qui représentent une autre planète », emprunte ses solutions à trois pays : l’Allemagne, la Nouvelle Zélande et le Canada. Et il rend hommage à trois hommes, trois chefs de gouvernement, dont il salue le courage politique, Gerhard Schröder, Roger Douglas et Jean Chrétien.

L’Allemagne d’abord, à qui la France est souvent comparée, a largement reformé le domaine du travail. L’évolution s’est faite en trois points : la création du CDI variable qui permet à une entreprise de réduire le temps hebdomadaire de travail dans le cadre d’un CDI mais évite des licenciements massifs – « une solution géniale » inventée par Hartz, directeur des ressources humaines de Volkswagen dans les années 90 –, le statut ICH-AG c’est à dire le modèle de l’auto-entrepreneur copié par Hervé Novelli dans le gouvernement Fillon et enfin les mini-jobs.

Autre piste à suivre, celle de la Nouvelle Zélande qui a réformé son système de santé de fond en combles. Le Premier ministre Roger Douglas, « un socialiste devenu réaliste » d’après Fontanet, a distingué trois catégories de dépenses : les petites dépenses inférieures que tous les citoyens, quel que soit leur revenu, doivent payer, les dépenses très importantes prises en charge par l’Etat et les dépenses intermédiaires qui sont couvertes par des assurances privées en partant d’un principe simple, à savoir que les gens qui prennent soin de leur santé payeront moins cher que ceux qui la négligent. Ainsi, un gros fumeur paye son assurance plus chère. A l’inverse, ceux qui passent régulièrement une visite médicale payent moins cher, ce qui a rapidement dopé le nombre de visites médicales.

Enfin, le Canada qui, au milieu des années 80, a tranché dans le vif en faisant 20 % de coupes dans le budget fédéral – il choisit donc d’une part de faire des économies plutôt que d’augmenter les impôts et d’autre part, d’opérer des coupes drastiques et ciblées plutôt que de faire un toilettage minimaliste général.
Résultat : les dépenses publiques qui représentaient 57 % du PIB en 1990 ont baissé à 40 % en 2005 et la dette publique qui avait atteint 50 % est quasi-nulle aujourd’hui. Mais, Fontanet constate aussitôt, avec regret,que « la France de François Hollande vient de faire exactement l’inverse ! »

(Source : ©Pôle de recherche Collège des Bernardins - Observatoire de la modernité -  Intervenant : Xavier Fontanet - Synthèse : Catherine Dupeyron - Juillet 2014)

L’obsolescence ou "Une manifestation de la finalité"

Fruit d'un abécédaire philosophique, pour penser « la crise » par le O et brièvement la faire dialoguer avec les crises socio-économiques du monde capitaliste (cycle, structuration et conjoncture), l'auteur s'aventure sur la piste d'un mot mécanique : obsolescence, celui-ci renvoyant au milieu technique de l'homme et le qualifiant. Après avoir débroussaillé autour de notre crise – elle serait l'épistémè du monde moderne –, il propose une réflexion sur l'obsolescence comme rapport négatif critique à la positivité de la productivité contemporaine et à venir. Dès lors, l'obsolescence pourrait servir pour définir et expliquer une civilisation nécessairement jeune parce qu'incertaine quant à sa pérennisation (civilisation technicienne guerrière).

Photo ©Compagnie Opinion public - Chorégraphie "Obsolescence"

obsolescencehommeD'autres ont déjà parlé d'« obsolescence de l'homme », d'un devenir-monde fantomal, d'accélération et de vitesse ; mais, dans l'accumulation de l'obsolescence en acte gît la fatuité intrinsèque, quoique non irrationnelle, de notre désir hyperbolique de productivité. Pour borner à la fois cette agitation bourgeoise et cette nécessité anthropologique, l'auteur discute du « paradigme de l'androïde » ou d'une « éthique de la machine rêvée sans achèvement ». Il se propose enfin de souligner que « l'autre nom du monde est forêt », que l'éreintement guette la totalité des projets et adventurae de la Nature et de la Culture, et que le destin même du travail scientifique de découverte et d'explication – de révélation – est, sans cesse, de devenir obsolète.

J'exposerai mon propos en quatre points asymétriques, incluant une sorte d'introduction et une sorte de conclusion, et je souhaite me placer à la périphérie du mot « obsolescence » plutôt que d'en prétendre découvrir sur-le-champ l'essence. D'un point de vue formel, comme d'habitude, on voudra souffrir une certaine sophistication et certaines ellipses que je ne sais ne réfréner.

1. La crise comme épistémè du monde moderne

Cette discussion avait d'abord pour cadre une réflexion plus générale sur l'idée et la réalité de « la crise » (Penser la crise, abécédaire, 2007) ; je dus préciser alors ce que j'y entendais.

J'avoue que la première chose qui me soit venue à l'esprit est le livre de l'historien Alain Demurger, Temps de crises, temps d'espoirs (1990) et son chapitre premier sur la peste noire « Crise et fausse sortie de crise (1347-1383) » ; j'ai également pensé à l'ouvrage collectif La crise (1985), titre repris en 2012 pour un numéro hors-série de la même revue Alternative Économiques.

Dans ces lignes, toutefois, avec force réduction, j'entendrai seulement trois choses concernant le thème de « la crise ».

krisisQuant à la première, je lui associe évidemment l'acception philosophique de la Krisis d'Edmond Husserl (1954) et ce à quoi elle renvoie : à la description husserlienne de la crise de « l'humanité européenne » et des sciences. Disons à une crise d'estime publique de la science et à cette « sorte de sentiment d'hostilité » des jeunes générations pour la science, selon le mot d'Husserl. (Les 474 pages sur la mentalité autocritique de l'Occident de La crise de la conscience européenne 1680-1715 de Paul Hazard, quoique malheureusement moins connues, date des mêmes années 30.) Hostilité diffuse des jeunes contre la science jusqu'à ce jour : je pense notamment aux mouvements romantiques de toute l'Europe du XIXe ou le triomphe des « valeurs imaginatives et sensibles » (Hazard, 1935), à tout Heidegger, à La science et la technique comme « idéologie » de Jürgen Habermas (1968) et, surtout, aux taux d'entrée de plus en plus faibles des universités scientifiques européennes.

criseannes30Quant à la seconde signification de « la crise », je lui associe sa traditionnelle dimension socio-économique ; lorsqu'on parle de la crise des années 30 et des deux grandes crises pétrolières. Mais l'histoire du capitalisme est un enchaînement de phases de croissance et de crises. (La période qui s'étend de 1952 à 1972 est alors exceptionnelle par la régularité et la vigueur de sa croissance. La « Belle Epoque » du capitalisme n'est donc pas celle de Toulouse-Lautrec, mais de l'automobile et la télé triomphantes, ainsi que de la « culture » produite et consommée de façon massive. Quand on les mesure en volume, c'est-à-dire une fois déduite la hausse des prix, production, productivité et capital investi par tête ont triplé en France au cours de ces vingt années.)

lieuuniqueQuant à la troisième acception du thème, de façon très circonstanciée, c'est-à-dire nantaise, le fait même que deux institutions hétérogènes, l'UFR de Philosophie de Nantes et l'espace culturel Lieu Unique, proposent un débat public pour Penser la crise et demandent à divers gens d'entendement d'en dresser l'inventaire, ce fait même a quelque chose de caractéristique de notre temps – phase haute d'une crise qui n'est concrète que du point de vue limitée de chaque observateur. En effet, « la crise » n'est pas la même selon que l'on se place dans les degrés élevés ou plus bas de l'échelle sociale ; pas la même pour les classes moyennes à la dérive (Chauvel, 2006) et leur déclassement systémique depuis 1955 (Chauvel, 2011), et pas la même pour les 1% d'américains qui détiennent le tiers des entreprises mondiales .

Le thème de « la crise », voire son « mythème » (grosse unité constitutive d'un mythe), est donc une caractéristique de notre temps post plan Marshall, post Trente Glorieuses, post URSS. En conséquence, pour les trentenaires et les plus jeunes de ce temps-ci, la crise de la société moderne est un épistémè , c'est-à-dire à la fois une habitude de langage et de représentation, voire un lieu et lot communs. Mais aussi, et surtout, la crise de la société moderne est la circonstance quotidienne de leur histoire toute personnelle. D'aucuns peuvent énoncer alors que « la crise est l'horizon indépassable de notre temps. ».

Mais, à ce moment très précis de l'histoire, l'horizon n'est plus un horizon, mais une fortification.

crisenerfÀ ce propos, qui, aujourd'hui, dans son quotidien moyen, n'a jamais fréquenté une incarnation-faite-homme de la crise sociale, c'est-à-dire la psychologie fragilisée d'une connaissance, d'un ami, d'un proche même ?

Je ne pouvais passer sous silence ces états de faiblesse qu'on appelle, de doux euphémismes, « crise de nerf », « bouffée délirante » et « psychose cannabique ». Et j'aurais pu décrire un nombre élevé de camarades dont la psychologie déstabilisée a, « sous la pression » – spécificité de la ville moderne, spécificité de la culture générale moderne, angoisse métaphysique et sociale, dangers atomique, toxique, bactériologique –, a basculé dans l'assuétude, les anxiolytiques, la folie plus ou moins passagère, la raideur ou le dogmatisme. Toute forme d'opium et de folklore (religion brisée, « braconnage religieux ») pour fuir, oublier, résister même. Le dernier Durkheim parlait d'« assiette mentale » (1912), Norbert Elias de « psychogenèse » (1975, 2010). Aujourd'hui, je renvoie à l'étude de François Sicot, Maladie mentale et pauvreté .

anomieLa crise est donc le lieu d'où nous parlons désormais. Tous les Christophe Dejours et Louis Chauvel nous l'ont promis. Elle se manifeste, en boucle réversive, aussi bien dans sa dimension matérielle (infrastructure), à la base de nos nourritures collectives et de nos systèmes de dépenses, que dans sa dimension idéelle de la morale et de la politique (superstructure), crise aux conditions d'apparition d'abord structurelles puis conjoncturelles, ce que Durkheim appelait « anomie », pour signifier le désenchantement et la « dissociation d'une totalité ». (Les phases d'anomie sont des phases de « dérèglements » sociaux croissants dans une société qui se transforme. L'anomie est un concept Janus à deux faces : l'une positive, l'autre négative. Elle pose que l'individualisme favorise l'autonomie des personnes, mais les fragilise, puisqu'elles sont moins solidaires, plus détachées les unes des autres, plus indépendantes. Grossièrement, l'anomie croît dans les sociétés à mesure que le fatalisme décroît. L'anomie est donc anxiogène. Et, en général, pour toute société donnée, l'ébranlement des fondements de celle-ci est anxiogène. Plus d'anomie veut donc dire, toujours, plus d'aléatoire social et, donc, plus d'inquiétude psychologique fasse à cette aléatoire. Grossièrement encore, l'anomie c'est le passage lent et historique, involontaire et collectif, d'une société « plus altruiste » à une société « plus égoïste » ; le passage, sourd et total, d'une société solidaire où tous se ressemblent et coopèrent sans mot dire à une autre forme de... « solidarité » où tous sont emportés dans un maelström de compétition et de distinction, où tous se critiquent sans cesse pour parfaire tant cette solidarité nouvelle que cette concurrence distinctive.)

2. L'obsolescence ou la critique de la positivité productive

accumulationDans les limites de ces seules acceptions, parler de l'obsolescence serait donc esquisser un propos sur la... matérialité de la crise de la rationalité européenne. J'ai bien écrit « esquisser », ajoutant un conditionnel. Ici, j'essayerai simplement de glisser quelques mots sur « l'esprit d'accumulation », qui est une culture, et sur « le capitalisme » qu'on ne peut concevoir que pluriel (Weber, Baechler), qui est une psychologie à la fois collective et privée ; et j'essayerai de parler, à demi-mot, du vieillissement et de « la fatigue d'être soi », rapports des choses et des êtres qui nous concernent tous et toutes.

Obsolescence donc – le mot est joli. Il sent l'obsession et l'essence. Avec ses douze lettres, on peut écrire « obscène ». Son synonyme est « désuétude » de la machine. Dans les thesaurus et les dictionnaires, mais peut-être pas dans le rythme journalier des échanges langagiers, le mot a conservé la définition de son usage latin. Cet usage manifestait déjà le fait, pour un objet, d'être « passé de mode, tombé en désuétude » et d'avoir perdu de la valeur. (La valeur que, comme La Rochefoucauld, je comprends comme honneur et mise en péril au combat.) Aujourd'hui, en langage soutenu nous dit-on, c'est, pour un objet, le « fait d'être périmé », et, en un langage spécialisé, d'« être dépassé par le seul fait de l'évolution technique ».

obsolescence1Ce qui revient et fait sens, c'est le fait brut de la mode et de la valeur technologiques, et l'inutilité inéluctable, termes qui ne décrivent pas la même chose, mais qui valent condamnation et renvoient immédiatement à la dépréciation sociale d'une machine ou d'un équipement (Heidegger). Périmé, l'appareil, le moteur ou le dispositif (Agamben, 2007), a été dépossédé de son actualité. En une formule barbare, l'obsolescence est le processus social et matériel qui rend « de plus en plus moins utile ». Dit autrement, l'obsolescence est à la machine moderne ce que la mode est à l'habillement de confection industrielle... L'obsolescence est fondamentalement l'expression renouvelée d'une critique du présent, sinon des traditions, un frottement contre les archaïsmes, une hâte festive d'en finir, de rendre ringard, de déclasser. Que veut dire ce déclassement ? Qu'est-ce donc que ce rapport total aux machines modernes et, peut-être, aux êtres ?

Pour avancer une réponse ramassée, je dirais que l'obsolescence décrit un rapport négatif critique à la dynamique de l'accumulation, que l'obsolescence décrit un rapport négatif critique à la positivité de la productivité.

obsolescenceprogrammeDans l'obsolescence programmée, comme disent les économistes, du machinal et du technologique, il y a comme le point final déjà conçu de ce qui se donne, non, mieux, se vend comme « nouveauté ». (Je fais intervenir le verbe « vendre » et la nécessité du renouveau incessant pour essayer, par résonance, de définir la modernité.) L'obsolescence est alors la ride profonde de toute nouveauté idéale et manufacturée. (A ce propos, dans notre économie politique, l'obsolescence est le jumeau opposé de l'innovation.) Elle décrit donc un rapport à la fois matériel et magique, comme disent les ethnologues, le rapport occidental à la fois matériel et magique de la productivité du travail face à l'inutilité. (L'obsolescence décrit donc « l'inutilité de tout », c'est-à-dire qu'elle frappe de son caractère évident à la fois la réalité et le fantasme de ce qui est productif et de ce qui ne l'est plus.)

obsolescence4L'obsolescence des machines, leur renouvellement continu et illimité, manifeste donc une caractéristique de notre mode de production ou dynamisme du capitalisme ou « éthique de la puissance » qui veut la puissance, c'est-à-dire la surpuissance (Heidegger) ; éthique qui carillonne, jour après jour, après l'actualité de la nouveauté, l'achèvement des choses et leur « faiblesse », faiblesse le plus souvent subjective-sociale que matérielle-réelle. (D'ailleurs, on le sait, la puissance ne souffre la faiblesse qu'à sa périphérie : dans les abîmes, les dépotoirs et les poubelles, dans les bidons villes et les bordels, les HLM et les banlieues. La puissance ne souffre les avatars de la faiblesse que pour savourer ses propriétés propres, par comparaison, distinction et élévation face à elle.) Lorsque l'objet a reçu le poinçon socialement infamant de l'inutilité, c'est alors qu'il a fait le tour de ses possibilités situées dans son espace-temps ; il peut s'éteindre, fatigué de ne plus être désiré ; nous n'en avons plus besoin, c'est-à-dire que nous ne le désirons plus sous la forme ou l'actualité qu'il possède-là.

Si, donc, du latin à la langue moderne, je m'en tenais à la définition étroite de l'obsolescence, je ne devrais traiter que de l'obsolescence de la machine-outil et de tous ces instruments en concurrence les uns avec les autres pour atteindre une plus grande productivité, un plus grand rapport à la surpuissance, avant de devenir inutile, dépassé.

Toutefois, grâce à un ami parisien, je pris connaissance de l'ouvrage L'obsolescence de l'homme (1956, rééd. 2002) de Günther Anders. En 1956, avant Guy Debord et Jacques Ellul, et en même temps que Martin Heidegger, Hannah Arendt et les derniers grands de l'Ecole de Francfort, Anders parlait de l'état naissant de notre assujettissement à la technologie.

obsolescenceandersQue dit principalement Anders ?

« C'est depuis des années un secret de Polichinelle qu'au début de la guerre de Corée, le général McArthur a proposé des mesures dont l'application aurait pu déclencher une troisième guerre mondiale. Tout le monde sait aussi qu'on lui a retiré le pouvoir de décider s'il fallait ou non prendre un tel risque. Ceux qui lui ont retiré cette responsabilité ne l'ont pas fait pour prendre eux-mêmes les décisions à sa place ou pour les confier à d'autres hommes politiquement, économiquement ou moralement qualifiés. Ils l'ont fait pour remettre le pouvoir de décider à un instrument (puisque le « dernier mot » doit être objectif et qu'on ne considère aujourd'hui comme « objectifs » que les jugements prononcés par des objets). Bref, on a confié la responsabilité suprême à un « electric brain », un cerveau électrique. On n'a pas retiré le pouvoir de décision à l'individu MacArthur, mais à MacArthur en tant qu'homme, et si on a préféré le cerveau-instrument au cerveau de MacArthur, ce n'est pas parce qu'on avait des raisons particulières de se méfier de l'intelligence de MacArthur mais parce qu'il n'avait, précisément, qu'un cerveau humain.

Dire qu'on lui a « retiré » sa responsabilité en tant qu'homme, c'est bien sûr employer une expression trompeuse. Car la puissance qui l'a privé de son pouvoir de décision n'était pas une instance surhumaine, ce n'était ni « Moïra » (le Destin), ni « Tyché » (la Fortune), ni « Dieu », ni l'« Histoire », mais c'était l'homme lui-même qui, dépouillant sa main gauche avec sa main droite, déposait son butin – sa conscience morale et sa liberté de décision – sur l'autel de la machine et montrait par cet acte qu'il se soumettait à celle-ci, à ce robot calculateur qu'il avait lui-même fabriqué et qu'il était prêt à considérer comme une conscience morale de substitution et une machine à oracles, bref une machine littéralement providentielle. En subordonnant le général à cet instrument, l'humanité s'est en quelque sorte portée atteinte à elle-même (car) celui qui transfère la responsabilité d'un homme à un instrument lui transfère aussi, par là même, la responsabilité de tous. En cette occasion, l'humanité s'est pour la première fois humiliée elle-même de façon significative et a ouvertement déclaré : « On ne peut pas compter sur nous puisque nous comptons plus mal que nos machines. Qu'on ne tienne donc pas "compte" de nous. » Elle n'a, pour la première fois, ressenti aucune honte d'avoir ouvertement honte. »

obsolescence5Pour ma part, si je crois savoir quoi penser du thème ou mythème « la Science », de cette fiction nécessaire pour penser la totalité des acquis, des propriétés et des dynamismes des connaissances humaines, je ne sais quoi penser de « la technologie » dont la définition anthropologique – « étude des activités entreprises par les hommes pour acquérir et transformer des éléments organiques et inorganiques du monde naturel. » – est si proche de celle de l'« arraisonnement » de Heidegger (« essence de la technique moderne »)... Si, comme l'écrit Jean Grou (2000), je crois savoir que l'économie politique « entretient d'étroites relations avec les sciences dures, parce que celles-ci se situent en amont de la technologie, sa discipline partenaire », je ne sais clairement et distinctement si Anders et tous ceux qui conspuent « la technique » ont raison de tant la maudire. (« Avoir raison » c'est-à-dire que la somme de leurs arguments est supérieur à la somme des faits et des possibilités de la technologie ou de l'arraisonnement.)

Certes, la société bourgeoise technique semble plus encore résider dans un procès de précipitation – mais n'est-ce pas la conséquence de la « conscience historicisée » dont parle Marcel Gauchet (1985) ? – plutôt qu'elle ne réalise une véritable accélération de l'Histoire (au sens de la « fiction hégélo-marxiste »).

marxaccelerationmondeÀ cet égard, je ne renvoie qu'aux seuls Marx et Derrida, critique non-marxiste de la pensée cohérente de Marx à ce sujet : l'accélération du monde, « et (de) tout ce qu'il y a dedans, Chico ! ». Car il y a visiblement, mais ma vue peut être mauvaise, précipitation et non accélération, notamment par la technique, de notre mode de penser et de notre mode de vie. (Autrement dit, plutôt avec Jared Diamond (2006) qu'avec Ulrich Beck (1990) et Hans Jonas (2001), je ne peux établir aucun bilan définitif sur la technique, ni faire aucun jugement, mais seulement « compter les points » et observer les usages sociopolitiques de la technique.)

Lorsque je parle de ce speed, accélération du spleen baudelairien, je ne pense pas qu'aux périodes de fièvre acheteuse des soldes et des files d'attente nocturnes pour acheter le dernier Harry Potter ; je pense à notre standard de vie post plan Marshall et aux modifications de perception de la réalité qu'il entraine, lui et son « technèlogos ». (Certes, il y a 2000 ans, Sénèque parlait déjà des « occupati ». Mais, à notre échelle d'observation et sur un large spectre, nous savons que la totalité des termes utilisés par L'école de Francfort, Heidegger et Anders, au moins, comme « artificialisation accélérée du monde et de ses représentations », « technoscience devenue autonome », « marchandises fantômes », « Spectacle », nous savons que tous ces termes renvoient toujours à la technique et à sa description philosophique, c'est-à-dire, plus ou moins directement, à une critique réglementaire « des propriétaires » de la science. Nous savons que l'artificialisation, le spectacle et la technoscience sont les termes désespérément critiques utilisés par la « contre idéologie » de l'« idéologie de la technicité », voire du Progrès européen. (Je veux rappeler que l'idéologie, selon les mots de Raymond Boudon, est « une doctrine reposant sur une argumentation scientifique et dotée d'une crédibilité excessive ou non fondée » (1985, p. 52).)

dechetselectroniquesJe pense à notre standard de vie post plan Marshall, disais-je, c'est-à-dire à l'imposition somme toute récente de la mécanique à tous les étages de la Culture et, surtout, au transport réel ou virtuel du monde objectif vers nos subjectivités, ainsi qu'au transport en commun de nos subjectivités vers un monde fantasmé/fantomal ; fantasmé/fantomal aux moyens d'une démographie d'imageries et d'électroniques illustrant, mais ne faisant que cela, la pseudo-proximité du Monde.

3. Le paradigme de l'androïde

ethiquemachineA travers le masque (africain) de l'obsolescence, nous discernons aussi l'aveu occidental d'un besoin de repos, sinon d'une issue reposante. Dans Aurore, Nietzsche parlait déjà de « l'humeur de la fête moderne », lorsque la puissance qui veut, un temps, retomber dans l'impuissance.

Je le répète : dans l'accumulation de l'obsolescence en acte gît la fatuité intrinsèque, mais non irrationnelle, de notre désir hyperbolique de productivité. Car nous savons qu'ici-bas il existe comme une « libido de l'emprise », une « pulsion culturelle de domination », pulsion actualisée et réactivée tous les jours par la technique occidentale et « l'esprit du capitalisme » – « esprit » que je ne saurais définir d'une façon anthropologique (Marx, Amin), mais régional (Weber, Baechler, Gauchet).

Par contraste, l'obsolescence renverrait donc à sa source principale : à l'éthique bourgeoise de l'efficacité (maximale), celle-ci demandant toujours plus rationnellement plus d'accumulation, de production, d'investissement productif, de circulation et de consommation. Il y a toutefois une spécificité géographique et historique de cette « éthique de la machine » (Genèse + Descartes + monde des usines + performance = éthique de la machine) : ce que l'éthique de la machine est est son aboutissement.

Finalement, la machine moderne parfaite ce serait l'homme tranquille de l'univers lockéen. metropolisMieux, l'homme parfait, l'homme idéal bourgeois, paradoxalement sans obsolescence ni achèvement, ce serait la machine pensante, le robot ou le paradigme de l'androïde ; ce que la science-fiction discute et critique depuis au moins la pièce R.U.R (Capek, 1921), le film Metropolis (Lang, 1930) et la littérature d'Isaac Asimov (1941). Après celui-ci, avec les mouvements (romantiques) pessimistes de la fin des années 60 et cyberpunk des années 70, voici le temps des descriptions apocalyptiques renvoyant toujours à des représentations et à des manières qu'à la société réelle de se penser (Durkheim, Gurvitch), le temps du Terminator (Cameron, 1984) et de l'enfant bionique d'Intelligence Artificielle (Spielberg, 2002), le temps de la Matrice des frères Wachowski (1999, 2003), et des représentations de l'obsolescence de l'homme, de sa finitude, de sa magnifique inutilité naturelle ; c'est-à-dire, paradoxalement, de son incommensurabilité. (Si, dans l'ordre de la pensée bourgeoise, il semble que le robot soit le nec plus ultra de la faculté de penser, sa vérité tranquille, heureusement, le diable de l'aléatoire est dans l'escalier et, heureusement, le « matérialisme aléatoire » (Althusser, 1982) habite à tous les étages : c'est la catastrophe, la krisis, l'accident... L'idéalisme bourgeois ne peut contenir la matière (la réalité) sur laquelle il vient se fracasser.)

4. Le nom du monde est forêt

foretSi l'Univers renfermait un quelconque « projet » ce serait aussi celui de son « obsolescence ». En effet, qu'on soit scientifique, philosophe, praticien des sciences sociales, dame cultivée ou gentilhomme, déterministe ou indéterministe, continuiste ou discontinuiste, à partir du mouvement de la conscience, qui se découvre elle-même, tous ces « gens d'entendement », comme dit Montaigne, arpentent le même chemin de l'inexorabilité, tous éprouvent les forces de l'inéluctabilité de la transformation des chairs, celle du Monde et la nôtre propre. Êtres sans Dieu, nous comprenons tous que l'éreintement guette la totalité des « projets » et adventurae de la Nature et de la Culture.

ursulaleguinAlors, si, du haut de mon savoir partiel (« s'avoir », « ça voir »...), je me risquais à parler du « point de vue de la Nature », j'avancerais que la Nature est buissonnement incessant qui « sonde » ses limites, que la Nature est recommencement peut être hyperbolique mais non infini, puisque l'infini est une aberration matérielle et logique . (Ursula Le Guin nous explique que Le nom du monde est forêt, 1972.) J'ajouterais que, bien qu'elle ne « veuille » rien, la Nature provoque comme sa propre perte, c'est-à-dire qu'elle produit et consomme des empires et des empires de possibles jusqu'à la disparition des protons ; une disparition qui surviendra des milliards d'années après celle de l'esprit (Islam, 1984).

maxweberMaintenant, si j'osais parler du « point de vue de la Culture », je me ferais aussitôt le rapporteur d'un remarquable passage de Max Weber. En 1917, celui-ci écrit : « la vie de l'individu civilisé, emporté par le « progrès », dans l'infini, ne devrait pas avoir de terme du point de vue de sa signification immanente propre. Car il y a toujours encore un progrès ultérieur à venir pour celui qui participe à ce progrès. Aucune personne, quand elle meurt, n'a atteint le sommet, lequel se trouve à l'infini. »

Quelques pages auparavant, il remarque : « l'individu ne peut s'assurer de réaliser quelque chose de véritablement et pleinement achevé dans le domaine scientifique que dans le cas de la plus rigoureuse spécialisation. (...) notre propre travail doit inévitablement rester inachevé. C'est uniquement grâce à une spécialisation rigoureuse que le travailleur scientifique peut effectivement atteindre la pleine certitude, une fois dans sa vie, et peut-être plus jamais, d'avoir accompli quelque chose qui durera ».

scientifiquehommeLe destin même du travail scientifique est, sans cesse, de devenir caduc. Et l'on sait depuis longtemps que la philosophie se prescrit de devenir scientifique... L'accomplissement scientifique, quels que soient les travaux, demande donc à être dépassé et à vieillir, à devenir obsolète. (Par conséquent, il y a comme la nécessité d'une « biomasse » de travaux moins utiles et moins précieux, plus ordinaires, pour que les conditions de possibilité d'une « grande théorie » voient le jour.) Tel est son fait et telle est sa loi. Il y a dans cette « révélation wébérienne », une humilité qu'on peut avoir du mal à supporter tous les jours. « Le progrès scientifique est un fragment, et le fragment le plus important, (du) procès (historique) d'intellectualisation » écrit encore Weber.

Ce procès d'intellectualisation (rationalisation) manifeste alors, à chacun de ses moments et à chacune de ses phases, l'obsolescence de tous les outillages de la Civilisation, machines-outils, théories-outils et, aussi, hommes fabricants d'outils.

 

Cette obsolescence d'un futur incertain

Dans le cadre de l'examen du projet de loi sur la transition énergétique, l'Assemblée nationale vient de voter ce vendredi 10 octobre au soir pour que "l'obsolescence programmée" soit désormais considérée comme une tromperie "sur la durée de vie du produit intentionnellement raccourcie lors de sa conception". Qui pourrait être sanctionnée par une peine de prison et une lourde amende pour les fabricants.

Il y a quelques mois UP' Magazine avait ouvert ses colonnes à Jocelyn de Noblet, Professeur Chercheur en culture matérielle, Fondateur du Centre de Recherche sur la Culture Technique (CRCT).
Ses propos sur l'obsolescence programmée éclairent l'actualité d'aujourd'hui.

Ce docteur ès lettres est l'un des théoriciens français les plus brillants de sa discipline : prosélyte agité, Jocelyn de Noblet bouscule les idées reçues. Depuis plus de 40 ans, à travers ses livres, des cours à l'Ecole nationale supérieure des arts décoratifs et les publications de son Centre de recherche sur la culture technique (CRCT), il tente de dénouer les querelles sémantiques qui entravent la percée du design en France.

Cette interview est une alerte lancée sur une planète à bout de souffle, et pour laquelle il propose plusieurs solutions, dans des domaines de recherche qui sont prioritaires.

« Le seul phénomène durable c'est le changement »

Jocelyn de Noblet pense que le réchauffement climatique est un phénomène grave et qu'il faut s'en occuper maintenant.

« Il ne suffit pas de dire comme Jacques Chirac à la conférence de Johannesburg en 2002 « La planète est en danger, notre maison brûle,... ». C'est comme si après vous être confessé auprès d'un curé, et être rasséréné, vous recommenciez à zéro... comme avant.
La culture matérielle, telle qu'elle existe aujourd'hui, n'est pas compatible avec les pollutions, d'une part et l'usage des matières premières qu'elle utilise, d'autre part. Que cela nous plaise ou non, nous sommes obligés de changer de culture matérielle. La culture matérielle étant l'ensemble des objets, depuis la machine-outil jusqu'à la bouteille de Coca Cola, ou de champagne, la vis, l'outil ou la montre ».

- Fabienne Marion:  Il est donc grand temps de revoir la conception de tous ces objets, face à une planète en danger ?

industrialisation1- Jocelyn de Noblet : Oui, mais pas seulement. Le système technique, à partir duquel s'est constituée cette culture matérielle depuis la révolution industrielle, a épuisé son potentiel de développement ; c'est-à-dire quand la révolution industrielle devient efficace, soit à partir du moment où les infrastructures techniques permettent de produire des objets industriellement et non plus artisanalement, soit vers 1828/1830. A partir de ce moment-là, on a les machines-outils, les machines à vapeur, on a de quoi fabriquer autrement. L'artisanat a été un système technique extrêmement pertinent qui a fonctionné depuis la préhistoire jusqu'au début du XVIIIème siècle. Mais à partir du moment où il a fallu une précision horlogère, militaire, etc,.. , l'être humain ne pouvait plus avec ses yeux et ses mains, fabriquer des objets d'une précision de plus du 10ème de millimètre. Il fallait des machines-outils, il fallait autre chose.

L'artisan, c'est l'outil prolongement de la main. La révolution industrielle, c'est passer de la main-outil à la machine-outil. Dans le domaine de l'artisan, il y a deux choses : les matières molles, comme fabriquer une pâte à modeler ou une tarte. Seule la main fonctionne. Puis les matériaux durs où il faut un outil pour prolonger la main, comme une serpe, une scie, un couteau,...

Nous sommes donc rentrés dans la révolution industrielle avec un système technique qui est électromécanique et chimique. Ce système en 1830 avait un fantastique potentiel de développement qui se manifestait par une accélération extraordinaire des moyens.

Prenons l'exemple des transports. Au XVIIIème siècle, il fallait une bonne voiture à cheval avec une route bien taillée pour atteindre les 12 ou 15 km à l'heure. A la fin du XIXème siècle, avec le chemin de fer, on a atteint les 60 à 100 km à l'heure. Puis avec l'invention de l'aviation, on a atteint les 1000 km à l'heure. Il y a eu donc une fantastique accélération. Les Saint-Simoniens, vers 1830, étaient persuadés de l'importance du chemin de fer ; c'était l'invention la plus fantastique de la société. De nombreux textes ont été écrits à ce sujet, montrant comment l'utopie technologique allait transformer le monde : l'accélération, la vitesse, le changement des distances allaient bouleverser le monde. C'est ce que nous avons vécu jusqu'en 1975, 1980.

rocketAujourd'hui, on s'aperçoit que finalement ce système technique a épuisé son potentiel de développement et qu'il n'y a plus d'accélération. Prenons par exemple le TGV : on sait parfaitement qu'il roule à 300/320 km à l'heure et on ne peut pas faire beaucoup mieux. Car si l'on souhaite faire encore mieux, on découvre des problèmes de systèmes d'ondes qui se dérèglent entre le caténaire et le pantographe. Quand la SNCF a fait ses essais à 550 km à l'heure, ils ont dû dépenser des fortunes sur une ligne de 3 kms en construisant des voies bétonnées, avec des fils tendus,... On a donc atteint les limites depuis la petite locomotive «Rocket » de 1830 qui allait à 50 km à l'heure, au TGV qui roule à 350 km à l'heure !

La voiture, depuis 1906 jusqu'en 1970, est dans le même cas. Malgré les gadgets électroniques, les embouteillages en ville et les accidents font que finalement la vitesse est limitée. Dans le domaine de l'aviation, les innovations ont été fulgurantes jusqu'à l'invention des Boeing 747 où on a atteint les 900 km à l'heure. Quant à l'Airbus 380, il a une technologie informatique impressionnante mais il s'agit en fait, d'un Boeing 707 revu et corrigé transportant un peu plus de voyageurs, mais qui ne dépasse pas les 900 km/heure.

Il y a eu bien sûr le Concorde : il est aujourd'hui au musée ! On va donc à la même vitesse en avion qu'il y a 50 ans... Quant aux navettes spatiales, elles sont toutes également au musée. Si l'on prend donc ces trois domaines-là, le potentiel de développement est aujourd'hui épuisé. Et cela a des conséquences sur la société.

- FM :  Votre constat semble objectif : les usages se seraient arrêtés avec la limite de la vitesse ?

- JN : Oui, les technologies dont on dispose ne permettent pas d'aller plus vite.

designitalienPrenons le domaine de l'électrodomestique : on a commencé dès 1900 à avoir des résistances électriques dans les fers à repasser, à avoir des ventilateurs électriques et moteurs miniaturisés, c'est le fameux moteur de Tesla. Vers 1955, les matières plastiques sont apparues et ont été à l'origine du design italien ; elles ont contribué à la création des sèche-cheveux, des grille-pains, etc... Il y a eu un phénomène d'évolution incroyable de la société occidentale. Aujourd'hui, c'est terminé.

- FM : Mais où sont aujourd'hui les innovations ?

- JN : On vit aujourd'hui à l'interface de deux systèmes. On a d'une part, le système électromécanique et chimique (« système technique fort ») sur lequel on vit toujours quand on prend une locomotive, un avion ou une voiture et puis, ce que j'appelle le système « technique faible » qui s'est développé depuis l'invention du transistor et qui est devenu efficace à partir de 1980 avec internet ; ce sont les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC), les nanotechnologies, le génie génétique, les biotechnologies, les organismes génétiquement modifiés, etc...

- FM :  Ce sont là d'importantes accélérations ?

gordonmoore- JN : Oui, dans le domaine du virtuel : on communique à la vitesse de la lumière, mais le corps ne bouge pas. Dans le domaine des NTIC, il y a un formidable potentiel de développements. Cela obéit à la loi de Gordon Earle Moore, co-fondateur et vice-président d'Intel, qui disait en 1966 : « la puissance d'un microprocesseur va doubler entre tous les 18 mois et tous les deux ans ». On pense que cette loi sera valable jusqu'en 2020 pour passer ensuite aux ordinateurs quantiques et d'autres évolutions.

Ce système technique faible a d'incroyables possibilités de développements mais il ne peut pas remplacer le système technique fort.

- FM : Mais peut-il l'améliorer ?

- JN : Oui, en effet. Si vous prenez le pont de Normandie, sur les voussoirs il y a des capteurs électroniques qui permettent de ne pas les surdimensionner : au lieu d'avoir un voussoir qui pèse 20 tonnes, il ne pèse plus que 15 tonnes, mais il ne pèsera jamais 3kgs.

Quelques soient les avantages de ce système technique faible électronique, il ne remplace pas un système technique fort.

- FM :  Ou alors, il faut accepter des changements, non ?

ntic- JN : Oui mais des changements qui soient révolutionnaires. On peut changer les choses mais il faut changer brutalement nos connaissances, notre façon de fonctionner. Que cela nous plaise ou non, les NTIC sont suffisamment au point pour permettre de supprimer 95 % des voyages d'affaires en avion et de les remplacer par les TV conférences.

- FM : Ne sommes-nous pas là de nouveau dans une nouvelle forme de vitesse, d'accélération ?

- JN : Gagner du temps, c'est une nouvelle forme de vitesse virtuelle. Ce n'est peut-être pas une forme idéale culturellement parlant d'évolution, mais compte-tenu que nous sommes maintenant 9 milliards d'individus sur Terre, on n'a pas le choix.

Prenons l'exemple du consommateur de petits pois qui veut en consommer tout au long de l'année : il achète des petits pois venant du Kenya et consomme donc quatre kilos de CO² en plus. La position radicale est de lui conseiller d'attendre le mois de juin pour en avoir dans son jardin !

Pour se sortir de la situation dans laquelle nous nous trouvons face au réchauffement climatique, et aux pénuries d'énergie, il va falloir accepter de changer que cela nous plaise ou non.

- FM :  Quels sont les changements que nous pourrions mettre en place ? Quelles nouvelles méthodes de conception ?

- JN : Il y a beaucoup de domaines où il y a des possibilités d'interventions :

1) Concevoir des objets uniquement en vue de leur usage fonctionnel et symbolique par l'acheteur potentiel sans se préoccuper de leur devenir – comme c'est encore le cas aujourd'hui et depuis le début de la révolution industrielle – n'est plus acceptable.

cradleIl y a beaucoup de modifications de toutes sortes à faire, dans le domaine de la culture matérielle des objets, dont la première peut être prise dans le livre américain « Cradle to cradle » («Créer du berceau au berceau ») de William Mc Donough (2002) : des chercheurs américains partent du principe qu'un industriel conçoit un objet aujourd'hui, vous l'achetez par l'intermédiaire d'un revendeur et une fois que vous l'avez, vous le jetez. Il est donc essentiellement conçu pour plaire aux consommateurs et pour gagner de l'argent avec. Autrement dit, l'objet va du berceau au tombeau. L'idée serait de concevoir un objet, non plus en fonction de l'usager qui va l'acheter, mais en fonction de son recyclage et de sa récupération : on n'achèterait plus une machine à laver, mais on vous prêterait une machine pour 10 000 heures de machine à laver et quand elle est épuisée, on vous la rachète. Dans le processus de conception, on la conçoit avec des matériaux qu'il est possible de déconstruire.

Il devient donc obligatoire d'introduire dans le processus de conception la possibilité de déconstruire les objets en fin de vie, sur une chaîne de démontage, en abîmant le moins possible les différents composants afin de pouvoir les réutiliser en produisant le moins possible de nuisances.

Il s'agit en fait, dans un futur à moyen terme, d'avoir pour objectif de ne vendre que les services et de récupérer les objets pour en faire autre chose.

2) Concevoir des objets durables et interdire l'obsolescence programmée.

La société dans laquelle nous sommes, la société d'hyperconsommation, est née vers 1927 aux USA. Quand nous sommes passés du système artisanal au système industriel, les objets produits entre 1830 et 1930 étaient conçus pour durer, dans la philosophie artisanale : la machine à coudre Singer, la Ford T, produite entre 1908 et 1927 à 15 millions d'exemplaires (au prix de 250 dollars) et dont Henri Ford pensait qu'on devait s'en servir toute sa vie, l'appareil photo Kodak également, la machine à écrire Remington,...Tous les objets produits industriellement en grande série (le Colt fût le premier à être produit en 1830).

fordtkodakremington

En 1927, apparaît un personnage étonnant diplômé d'Harvard, Alfred Sloan, PDG de la General Motors, avec le raisonnement suivant : «ces produits ont été conçus dans une grande réussite technologique ; on peut désormais donner la technique gratuitement aux gens. Donc, si on veut faire du commerce et gagner beaucoup d'argent, il faut concevoir une obsolescence des produits ». Née alors l'obsolescence esthétique : il faut dégoûter les gens de leurs propres choix tous les 18 mois ! C'est le début du marketing, forme de totalitarisme déguisé car Alfred Sloan déclare « si on arrive à faire un marketing bien conçu et à concevoir des produits suivant notre méthode, il n'y aura plus d'acheteurs, mais des gens formatés pour acheter ce qui sera le plus rentable pour nous de vendre ».

La quasi-totalité des objets utilitaires doit devenir symbolique. On doit savoir dessiner des formes suffisamment attrayantes pour que les gens aient envie d'acheter.

Par contre, des entreprises comme Philips ou La Général Electric ont introduit l'obsolescence technologique. Aux alentours de 1915 /1920, ils ont mis au point techniquement l'obsolescence programmée d'une ampoule : dans une caserne de pompiers à New-York fonctionnent toujours aujourd'hui des ampoules de 1910 ! Une ampoule électrique aujourd'hui ne doit pas fonctionner au-delà de 5000 heures.

iphone4Cela nous a fait passer d'une société d'usage à une société d'hyperconsommation et nous sommes toujours dans ce schéma-là. Prenons l'exemple d'Apple : l'iPhone et l'iPad ont été conçus d'une façon parfaite il y a quelques années. Mais ces produits « parfaits »n'ont pas été mis sur le marché immédiatement, car un certain nombre d'imperfections ont été introduites et au fur-et-à-mesure des années. On a fait croire à des innovations technologiques graduelles pour vendre plus, alors que le produit fini idéal existait déjà.

Un économiste américain, Alfred London, au sortir de la crise de 1929, voulait même inscrire dans la constitution l'obsolescence programmée des produits !

reacteurnucleaire3) Les énergies du futur. Si nous voulons diminuer nos dépenses énergétiques, parce qu'il y a un épuisement des ressources et si nous ne voulons pas polluer, il faut prendre des solutions radicales. Sur le plan énergétique, le nucléaire est un mal nécessaire, malgré ce qu'en disent les écologistes : il faut favoriser le nucléaire de 4ème génération, favoriser les réacteurs nucléaires au thorium qui permettent une meilleure scission entre le militaire et le civil. C'est un matériel quatre fois plus abondant que l'uranium ; nous pouvons donc l'utiliser en attendant que les énergies renouvelables aient fait leur preuve.

Un des plus grands climatologues du monde, James Hansen, qui a fondé et dirige l'Institut Godard d'études spatiales de la NASA, le plus grand laboratoire d'études climatiques américain, est particulièrement pessimiste en matière d'évolution climatologique sur tous les dégâts causés par l'effet de serre : « On ne peut pas aujourd'hui supprimer la totalité des carburants fossiles et se contenter d'énergies renouvelables. Il faut bien sûr faire des recherches sur ces énergies renouvelables et du nucléaire en attendant mieux ».

bureauvoisinage4) La ville : il est possible de concevoir la ville sans moteur à explosion (Loi de Yacob Zahavi). C'est techniquement possible à condition de développer les phénomènes des « bureaux de voisinage ». C'est à l'origine une idée de Fulgence Bienvenüe, à l'origine du métro en France. Il disait que « dans une ville moderne, on doit avoir une station de métro à moins de 10mn à pied de tout habitant d'une ville ». L'évolution des NTIC doivent permettre de créer des « bureaux de voisinage » à moins de 10 mn à pied de tout individu. En Europe, plus de 100 millions de personnes travaillent dans le secteur tertiaire et ces bureaux de voisinage pourraient être une solution innovante : ce seraient des immeubles composés de 200 bureaux individuels équipés, avec 2 ou 3 salles de TV conférence, 2 ou 3 « gentils organisateurs », assistants informatiques à disposition des employés, une cafétéria,... On supprime ainsi le transport pour aller travailler. Par ailleurs, Il faut rendre les bâtiments auto-suffisants : quand nous sommes absents, que pouvons-nous recevoir chez nous, outre le courrier dans la boîte à lettre, le message sur répondeur téléphonique ou le mail sur l'ordinateur ? Pourquoi ne pas imaginer des containers individuels privés où pourraient être livrés des courses commandées par internet, à toutes heures du jour et de la nuit ?

Il faudrait favoriser les transports publics électrifiés, trains, tramways, bus, escalators, tapis roulants,...Mais cela demande un changement de mentalités, de comportements, d'habitudes,...

5) L'aménagement de foyers domestiques pour le quatrième âge et les personnes dépendantes dans la création de lieux publics pour les accueillir.

foyerseniorY-aura-t-il une place pour des robots domestiques spécialisés ? Il s'agit de prendre en compte les besoins de plus de 70 millions de personnes en Europe qui sont prêtes à accepter des sacrifices, afin de pouvoir finir leur vie chez eux, plutôt que de « crever » à l'hôpital ou dans une maison de retraite. Pour mener à bien ce type de projet, il est nécessaire de consulter un ergothérapeute et un médecin gériatre.

 

D'autres domaines de recherches sont à l'étude, que nous pourrons découvrir prochainement dans le livre de Jocelyn de Noblet, comme le thème de l'éducation des enfants avant la puberté (quelle fonction de l'ordinateur et d'internet dans l'éducation ?), ou le transport des marchandises à travers le monde,...

Il reprendra sa plume pour nous convaincre que des solutions existent. Et quelle plume : un Parker 51, créé en 1939, le même que celui avec lequel Churchill signa la paix !

Pour en savoir plus sur Jocelyn de Noblet :

- http://urbanisme.u-pec.fr/documentation/paroles/jocelyn-de-noblet-64884.kjsp?RH=URBA_1Paroles

- http://www.dicocitations.com/auteur/3256/Jocelyn_de_Noblet.php

Publications :

amazonDesign Miroir du siècle / Editions Flammarion. APCI. 1993.

- Culture technique : http://documents.irevues.inist.fr/handle/2042/28357

amazon- Design : le geste et le compas / Editions France Loisirs 1988

Monétisation des données : jusqu’où valoriser les big data ?

Posséder les données et être en mesure de les monétiser : tel est certainement le facteur clé de réussite des champions de demain, celui qui leur permettra d’innover et de créer de nouveaux business modèles. Quels sont les initiatives et secteurs les plus prometteurs ? Quels sont les enjeux et les freins à leur mise en œuvre ? Retour sur la dernière édition du Club Business Analytics Info du 24 septembre dernier.

Cette table ronde a réuni Ludovic LEVY, vice-président monétisation des données d’Orange ; Matthieu SOULE, Strategic Analyst, L’Atelier BNP Paribas ; Olivier LALLEMENT, Senior Manager, Deloitte et Mouloud DEY, Directeur Solutions et Marchés Émergents de SAS France, et était animée par Thomas Boullonnois de Rumeur Publique.

Compte rendu de la table ronde

D’Amazon à Orange, en passant par la SNCF et une multitude de jeunes pousses, de plus en plus d’entreprises ont compris qu’une meilleure exploitation des données leur ouvrait de nouvelles perspectives : soit par la création de produits ou services, soit par la commercialisation de leurs informations métiers, intégrant ainsi une nouvelle logique économique et industrielle de co-création.

Au-delà de quelques exemples médiatisés (Google, Facebook,…), où en est-on en matière de valorisation des données ?
Quelles sont les initiatives marquantes, les domaines d’applications les plus prometteurs et les entreprises les mieux positionnées pour en tirer profit ?
Jusqu’où peut-on aller dans la monétisation des données ?
Quels sont les risques éthiques et les limites d’acceptabilité pour les clients en matière d’utilisation de leurs données personnelles ?

Après un rapide tour de table de présentation des intervenants, les experts du Club Business Analytics Info se sont prêtés à l’exercice de la définition : qu’entend-on par « monétiser les données » ? De quelles données parle-t-on ? Celles dont on parle le plus : les données personnelles ? ou bien les données d’entreprises, les données publiques,… ?

Ludovic Levy, en charge de la monétisation des données opérateurs d’Orange auprès des collectivités et des entreprises, explique que les données monétisées par l’opérateur historique français relèvent de deux catégories : d’une part, des statistiques anonymes (sans possibilité de réversibilité) consolidées à partir des traces laissées par les clients mobiles, à l’exclusion des données personnelles ; et d’autre part, les données individuelles pseudonymes (c’est à dire anonymisées de manière réversible) issues de services co-créés avec les partenaires d’Orange.

Pour Matthieu Soule de l’Atelier BNP-Paribas, les entreprises traditionnellement se sont attachées à valoriser des données uniquement pour l’interne, généralement dans un objectif d’amélioration des services rendus. L’irruption du web dans tous les aspects de la vie quotidienne et professionnelle a tout changé, les entreprises prenant conscience des bénéfices offerts par le croisement de leurs propres données avec des informations externes. Les questions à se poser sont alors : comment valoriser ces données vers l’extérieur de l’entreprise ? Quelle est la valeur fournie par l’entreprise ? Quels sont les nouveaux types de données que l’on peut capter ?

Olivier Lallement de Deloitte a insisté sur l’évolution des usages et sur l’ensemble des problématiques liées à l’utilisation des données, notamment aux transformations sociétales et aux évolutions qu’elles peuvent susciter dans les entreprises. En ce sens, il préfère parler de valorisation des données, plutôt que de monétisation, puisque c’est la manipulation et le croisement de ces données – c’est-à-dire le sens qu’on leur donne – qui permettent de créer de la valeur. En d’autres mots, la valeur ne se crée pas sur les données en tant que telles, mais sur leur exploitation, leur consolidation, leur croisement et leur analyse. D’autant que ces analyses permettent de créer et de proposer de nouveaux services ou d’améliorer les services existants.

C’est donc l’ensemble des informations relatives à l’usage de l’utilisateur qui va intéresser l’entreprise : son écosystème, son environnement, la façon dont il interagit avec les services proposés, sa position géographique, etc., en résumé tous les éléments qui vont qualifier son comportement. La consolidation de millions d’informations sur le comportement des utilisateurs va aider à définir un ensemble de profils permettant d’améliorer le ciblage des offres de l’entreprise. La valeur ajoutée se situe donc dans la capacité à agréger ces informations qui qualifient des comportements, des besoins, des peurs… et à les croiser avec des données externes, afin de proposer de nouveaux services ou optimiser des services existants. C’est donc bien la notion de service qui apporte la valeur et qui amène à la transformation des business models.

Mouloud Dey explique comment SAS accompagne ses clients dans la création de valeur à l’aide de ses solutions logicielles, principalement dans l’objectif d’optimiser des processus métiers – fraude, réduction de coûts, etc. La valorisation des données collectées a pour objectif de créer des modèles économiques différents ou de nouvelles lignes métiers, tout en valorisant les énormes investissements réalisés pour collecter les données. Les entreprises se demandent comment, au-delà de la problématique du coût, créer de la valeur et justifier de nouveaux modèles économiques ? La donnée en tant que telle n’est jamais comptabilisée. Donc dès lors qu’on parle de valeur, la valorisation des investissements, considérés par de nombreuses entreprises comme un coût, est un élément essentiel.

Pour aborder concrètement les enjeux et perspectives liés à la valorisation des données, quels sont les exemples et les secteurs les plus prometteurs ?

Ludovic Levy présente Flux Vision lancé par Orange il y a lancé depuis un an, permettant de mesurer et de qualifier tout ce qui se passe dans une zone de chalandise (données de présence ou de mobilité) : combien de personnes passent dans cette zone à un moment donné, la durée de présence, la fréquence des passages, le tout segmenté par type de profils (âge, sexe, CSP, voire plus tard, comportements d’achat, via des croisements et des enrichissements). Le secteur du Retail est naturellement ciblé par ce type d’offres, tout comme la fabrication de produits et services, la banque, les collectivités (tourisme et transport).

Matthieu Soule considère que tous les secteurs seront impactés par les big data à plus ou moins long terme. L’Atelier BNP Paribas a réalisé l’année dernière une étude pour le Forum d’Avignon, Think Tank français dédié à la culture, sur la prescription de produits culturels et notamment la vente de livres sur Amazon, et cite de nombreux exemples : Netflix, spécialiste des vidéos à la demande (50 millions d’utilisateurs dans le monde), tire parti d’un moteur de recommandation qui génère 75% du trafic sur le site. TripAdvisor (300 millions de visiteurs du site), dans le secteur du tourisme, va même plus loin : on peut choisir son hôtel directement en fonction des recommandations, ce qui contribue à la création d’une nouvelle chaîne de valeur. Les parcs d’attraction Disney offrent de nouveaux services tirant parti de données collectées via des bornes wifi et des capteurs. Par exemple, Disney propose dans son parc de Floride (120 millions de visiteurs par an) MyMagic+, un bracelet connecté qui remplace la clé de la chambre d’hôtel, remplace le ticket d’entrée, permet de payer boissons et nourriture, donne accès aux attractions, etc. Ceci permet d’une part aux visiteurs de gagner en confort (plus besoin de se promener avec la clé de la chambre et son portefeuille), tout en collectant énormément de données afin d’optimiser les flux de visite et mieux connaître le comportement de chacun des visiteurs, en temps réel.

Olivier Lallement participe au programme Tech Trends de Deloitte qui scrute les nouvelles tendances IT qui transforment les entreprises. La dernière édition a mis en relief trois tendances intéressantes : l’analyse cognitive et les machines apprenantes (anticiper, prévoir et améliorer la prise de décision) ; le « wearable » et l’Internet des objets (éléments qui captent ou transmettent de l’information à l’utilisateur) et le Digital permettant de personnaliser l’expérience client et d’apporter plus de confort d’utilisation. Ces trois tendances s’inscrivent pleinement dans le modèle des big data et de la valorisation des données. On passe du « big data » aux « smart data » en étant capable de collecter de l’information, par exemple à travers des objets connectés, et d’agréger et de consolider des données dans une sorte de hub numérique, pour capter l’ensemble des informations des utilisateurs et les analyser via des fonctions d’analyse prédictive et des modèles statistiques. En bout de chaîne, l’entreprise doit restituer les connaissances obtenues à l’utilisateur, pour lui apporter un certain confort, voire même à travers de nouveaux services pour l’inciter à interagir de nouveau avec l’entreprise afin de recréer de nouvelles informations qui vont nourrir l’ensemble du processus.
De nouveaux acteurs ou des acteurs traditionnels sont ainsi capables d’inventer de nouveaux services ou business models, et participer à cette chaîne de valorisation de l’information. Par exemple, les fabricants de smartphone ont fait évoluer leur modèle économique pour devenir à la fois des agrégateurs de données (santé, domotique) et proposer à l’utilisateur l’interface digitale qui servira à la fois à restituer et à saisir des informations.

Parmi les secteurs les plus concernés aujourd’hui figurent la santé (avec des connexions avec l’univers de l’assurance), le transport, l’énergie, la domotique, qui tirent notamment parti des réseaux intelligents (smart grids).

Ludovic Levy rebondit sur le thème de l’Internet des objets, en expliquant qu’Orange, dans le cadre du programme La nouvelle France industrielle mené par Anne Lauvergeon, pilote un projet visant à la création d’une plate-forme technologique et d’un écosystème d’objets connectés. Le but est de collecter, puis d’agréger des données issues d’une part d’objets connectés et d’autre part de différentes sources de données d’entreprises. Le programme vise à mieux appréhender les parcours clients, à optimiser des processus et à créer de nouveaux services.

La tendance aujourd’hui est de connecter tous les objets du quotidien, cafetière, station météo, réfrigérateur, etc. Progressivement, les industriels intègrent par défaut des capteurs dans tous ces objets, afin de mieux connaître les usages des utilisateurs et les parcours clients. Dans ce projet, les particuliers bénéficient également du système, en disposant des moyens pour gérer eux-mêmes leurs données personnelles : les sécuriser et les contrôler (qui peut les utiliser ? et droit à l’oubli).

Mouloud Dey poursuit en expliquant que Gartner estime qu’à l’horizon 2016, 30% des entreprises mondiales seront amenées à commercialiser leurs données. En pratique, on constate surtout aujourd’hui que certains secteurs sont en pointe, là où le consommateur est concerné : grande distribution, télécom, finances. Les industriels sont également à l’avant-poste, comme par exemple Airbus qui mène une expérimentation pour équiper ses avions de milliers de capteurs afin de collecter des données pendant chaque vol et proposer des services innovants aux compagnies aériennes reposant sur ces données.

Les principales réalisations concernent la grande distribution : Catalina consolide les tickets de caisse d’un grand nombre de distributeurs pour revendre des informations à valeur ajoutée desquelles ils tirent d’importants enseignements ; les télécommunications : en Angleterre, les trois opérateurs majeurs se sont associés dans la création de Weve, une joint-venture de m-commerce (m pour mobile) qui valorise leurs données afin de créer de nouveaux services à destination notamment de la banque et de la grande distribution, dans une logique d’opt-in. En Belgique, sur la base du modèle freemium et de bornes wifi gratuites, la société Zapfi étudie et caractérise les comportements des acheteurs pour aider les marques à développer des offres personnalisées.

Matthieu Soule complète en parlant de l’effet volume. On parle souvent des GAFA américaines (Google, Apple, Facebook et Amazon), mais moins des acteurs chinois, comme Alibaba ou Tencent, qui ont pourtant atteint la taille critique pour conquérir de nouveaux secteurs (des centaines de millions d’utilisateurs actifs) sur la base de l’analyse de données. C’est ce que l’on appelle la théorie des marchés contestables. Ces acteurs sortent de leur métier d’origine pour offrir une nouvelle valeur à leur base utilisateurs dans une sorte de cercle vertueux : plus ils collectent de données, plus ils sont en mesure de créer de nouveaux services qui séduiront plus de clients et plus ils seront capables de cibler de nouveaux marchés. Par exemple, General Electric, dont le métier d’origine était la fabrication de moteurs d’avion, s’est allié avec Amazon Web Services et Accenture, pour proposer un système de financement de la fabrication de moteurs, reposant sur l’analyse de données.
Au-delà du buzz autour des montres connectées, on voit bien qu’il existe des enjeux industriels énormes autour de l’Internet des Objets qui nécessitent une taille critique pour les exploiter.

En France et en Europe, les entreprises sont-elles prêtes à affronter ces enjeux ?

Ludovic Levy considère qu’Orange, qui a initié des programmes de transformation en interne autour de la donnée il y a un an et demi, est en ordre de marche. Le premier enjeu relève de l’informatique : il convient de casser les silos de données pour faciliter les croisements et les analyses, et obtenir des connaissances utiles au développement de l’entreprise. Le second relève du domaine organisationnel : la création de la fonction de Chief Data & Customer Strategy Officer traduit bien le fait que la donnée est au cœur de la stratégie client d’Orange. Son rôle est de faire le lien entre l’informatique et les métiers, en s’appuyant sur une équipe composée d’informaticiens, de spécialistes métiers et marketing, et de statisticiens. Par ailleurs, Orange a mis en place une gouvernance de données, c’est-à-dire des « règles d’or » encadrant à la fois l’accès et le traitement des données, qui donnent de l’autonomie et de la confiance aux collaborateurs.

Concernant la culture de la donnée et de l’analytique dans les entreprises, Mouloud Dey a expliqué que si l’un des points importants est effectivement de casser les silos dans l’entreprise et de partager les données avec des partenaires, voire avec des concurrents (exemple de Weve) pour valoriser ces données, il est également essentiel de connaître les trois types de données potentiellement exploitables : les données « observées », c’est-à-dire stockées dans le système d’information, les données contributives (fournies par les utilisateurs) et les données « déduites » de l’ensemble des informations, via l’exploitation d’algorithmes sophistiqués. Leur exploitation implique l’utilisation de solutions logicielles mettant en œuvre des algorithmes analytiques permettant de donner du sens à des ensembles de données, difficilement appréhendables en un coup d’œil. Ceci implique également le développement d’une culture analytique dans l’entreprise, ce qui passe par des efforts organisationnels touchant l’ensemble des départements de l’entreprise, par le recrutement de compétences spécialisées, ainsi que par une organisation spécifique, pilotée par un Chief Data Officer. Tout ceci constitue un modèle d’entreprise que l’on voit émerger, centré sur la donnée et sur l’utilisation de solutions analytiques.

Olivier Lallement confirme qu’un nouveau type d’entreprise centré sur la donnée est en train d’apparaître, fruit des réflexions de fond menées sur la manière de s’organiser ou de se réorganiser pour pouvoir appréhender ces problématiques. Ces réflexions ne portent jamais sur des aspects informatiques ou technologiques : les solutions existent et sont éprouvées, et les DSI savent non seulement les intégrer au SI mais également les mettre à disposition des salariés. La problématique principale se situe dans la disponibilité de compétences spécialisées dans l’analytique, le fameux Data Scientist qui doit être capable de faire le lien entre les besoins des métiers et les données disponibles, et d’imaginer les algorithmes et les modèles prédictifs permettant de transformer les big data en smart data. En termes d’organisation, l’entreprise doit être capable de penser de façon transverse, de définir des règles d’échange et d’exploitation des données (la fameuse gouvernance ou « les Do et les Don’t ») et de mettre la donnée au centre de l’organisation. Enfin, elle doit apporter un soin particulier à la qualité des données qu’elle exploite, en lien avec les utilisateurs métiers qui présentent chacun des besoins et des usages différents.

Matthieu Soule a souligné qu’il existe également une problématique d’ambition et de stratégie business. Les big data ont été utilisées au départ pour améliorer la qualité des services de grands opérateurs comme Google et Yahoo! Si Yahoo! a été créé pour référencer les meilleurs sites sur la base de recherches réalisées manuellement, Google a changé le paradigme en automatisant les recherches au moyen d’ordinateurs et d’algorithmes. Les recherches ciblent dans un premier temps les sites, puis s’attachent ensuite aux pages, et enfin aux mots de chaque page.

Pour traiter ce changement d’échelle, l’informatique a eu un rôle décisif, mais l’objectif était avant tout d’améliorer la satisfaction des utilisateurs. De la même manière, Amazon a initialement créé des protocoles formels d’échange d’information entre ses propres services, sous la forme d’API, qu’il a étendu à l’échange de données avec ses partenaires externes. Ceci a abouti à la création de la marketplace que nous connaissons aujourd’hui. En résumé, l’informatique est au service de la stratégie et des ambitions de l’entreprise, mais avant tout pour résoudre des problématiques métiers liés à la fourniture de services. La nomination d’Henri Verdier au poste de Chief Data Officer de l’Etat Français traduit bien cette transformation qui touche même les gouvernements (e-administration), ceux-ci devant se réinventer en tant que fournisseur de services aux citoyens et aux entreprises, et donc repenser leur organisation autour de ces nouvelles ambitions.

L’acceptabilité sociale, les données personnelles, les contraintes réglementaires…

Matthieu Soule a participé aux travaux de la Fondation Télécom sur le futur de la vie privée. Les problématiques de protection de l’intimité relèvent en réalité selon lui de questions culturelles et politiques. Si en France nous ne sommes pas très enclins à recevoir des SMS promotionnels lorsque nous passons à proximité d’un magasin, en Turquie les consommateurs sont au contraire très demandeurs. L’acceptabilité diffère selon les pays et les cultures. En France, avec la forte présence de la CNIL, le respect de la vie privée relève pratiquement des droits de l’homme, alors qu’il relève plutôt du droit du consommateur aux Etats-Unis.
En corollaire, il existe de gros enjeux en matière de pédagogie et de sensibilisation des utilisateurs. Il est important de leur faire comprendre qu’il s’agit d’un contrat de confiance conclu avec les acteurs du digital : un service rendu en échange de données personnelles permettant d’améliorer encore ce service. Toute rupture de cette confiance serait rédhibitoire, les consommateurs ayant le pouvoir de cesser de confier leurs données, ce qui aurait pour effet d’assécher les sources de données si précieuses pour améliorer ou créer de nouveaux services.

Pour Ludovic Levy, il est essentiel de ne pas confondre sécurité et vie privée. La sécurité est une condition nécessaire mais pas suffisante pour créer la confiance. Le « zéro faille » n’existe pas et n’existera jamais, on l’a encore vu dernièrement malheureusement. La confiance se construit également sur la valeur du service rendu. Malgré toutes les attaques dont elles ont été l’objet sur ces problématiques de protection de la vie privée, Google ou Facebook voient encore le nombre de leurs utilisateurs croître dans le temps, c’est donc bien que les services sont à la hauteur des attentes. D’autre part, la confiance dépend également de l’image de marque de l’entreprise. Enfin, la sensibilité des consommateurs vis à vis du thème du respect de la vie privée augmentant, on peut en conclure qu’ils agissent en connaissance de cause et sont conscients de la valeur de leurs données personnelles.

Olivier Lallement considère que différents sujets posent problème, comme la diversité des normes et des législations dans le monde. Les acteurs n’évoluent donc pas avec les mêmes contraintes. En France, beaucoup de blocages subsistent sur le croisement des fichiers du fait de règles très strictes. Selon lui, la dynamique de confiance à instaurer entre le consommateur et l’entreprise est liée à une bonne information et une transparence sur l’exploitation des données : comment les données sont-elles collectées et pour quoi faire ? Beaucoup de flou subsiste encore, ce qui freine le développement des usages. Le modèle Freemium pourrait en conséquence se voir remis en cause. Il convient donc de trouver un équilibre entre le gratuit et le payant et d’imaginer d’autres logiques.

Mouloud Dey pense que la confiance est aussi liée à la valeur de l’information. Les premières interrogations des clients de SAS concernent le retour sur investissement, ce qui est légitime. Pourtant, la notion de ROD – retour sur les données – peut se révéler plus pertinente : la donnée étant un vecteur de croissance et de profit. On peut l’évaluer par un ratio nombre d’utilisateurs/capitalisation, par les revenus engendrés ou par les coûts (comme par exemple le coût d’une perte de donnée). On peut également évaluer cette valeur par le prix que l’on est prêt à payer pour protéger nos propres données. La mesure du ROI, a fortiori dans une logique d’expérimentation ou de partenariat, est en pratique trop limitée.

En conclusion…

Plutôt que de considérer les problématiques de respect de la vie privée comme un frein, Ludovic Levy y voit une opportunité pour les entreprises européennes – à condition bien sûr que les autorités européennes actualisent rapidement les législations. Depuis quelques années, ces problématiques sont abordées par les entreprises européennes dès les phases de conception d’un produit ou d’un service, avec une culture plus forte que celle des entreprises américaines, plutôt laxistes en matière de « privacy ». On constate dernièrement une prise de conscience forte des Etats-Unis et l’Europe a déjà une expérience dans ce domaine qu’elle doit valoriser. Ludovic Levy pense que les Etats-Unis vont pour une fois se rapprocher de la position européenne, et non le contraire !

Matthieu Soule pense au contraire que l’Europe risque de perdre la compétition industrielle du fait d’une réglementation trop lourde. Historiquement, en Europe on regarde avant de légiférer, mais à l’ère du numérique cette démarche n’est plus possible. De plus, la bataille se situe au niveau mondial, avec des acteurs non seulement américains, mais également asiatiques. De nouveau, se pose la question de la taille critique et pour l’heure, tous les efforts européens pour constituer des acteurs de poids se sont soldés par un échec, notamment du fait des réglementations anti-concentration et concurrentielles. Si effectivement, l’Europe impose son point de vue en matière de législation, ces lois ne concerneront au final que des entreprises étrangères et notre industrie n’en profitera pas.

Olivier Lallement ajoute qu’en termes d’opportunité, il existe un enjeu majeur : le contrôle de tout un écosystème. En matière de valorisation de données, les acteurs traditionnels risquent d’être dépassés par des pure players qui lancent de nouveaux usages via l’innovation, comme on l’a vu dernièrement dans la lutte Taxis/VTC et comme on va le voir dans l’automobile avec la Google Car, ou dans le domaine bancaire avec Apple Pay. C’est la capacité du nouvel entrant de fédérer l’ensemble d’un écosystème qui va faire la différence pour créer un standard de facto.

Mouloud Dey admet que les marchés sont de plus en plus dans des logiques de contestation qui dépassent le cadre habituel de la concurrence traditionnelle : de nouveaux entrants, généralement déjà bien établis sur d’autres marchés, comme Google, contestent la légitimité des acteurs traditionnels. Ces derniers doivent se réinventer pour créer de nouveaux services innovants. Pour y parvenir, conserver leurs parts de marché et créer de nouveaux usages, ils doivent entrer dans de nouvelles logiques de partenariats ou d’innovation disruptive. La donnée est un élément clé pour y parvenir.

(Source : Le Club par Business Analytics info - 2 octobre 2014)

Au coeur du désastre, quelles sorties ?

Ou l’état politique de nos sociétés... Mais qu’en est-il du fond du fond des désastres en court, tant pour le genre humain, que plus large, l’ensemble du vivant, et plus globalement, de toute notre planète ? Quels énergies et processus essentiels, qui(s), quoi, pourquoi et comment ?

La planète et l’humanité ont connu des vagues et des vagues de monstruosités, d’erreurs magistrales catastrophiques. Les avancées continues en sciences qui permettent sans cesse de réécrire l’histoire mettent à jour et témoignent que nous n’avons pas encore identifié de débuts apparents à cette réalité dans les temps des temps. Aujourd’hui, il y a toujours une ou plusieurs guerres quelque part, toujours des génocides (ainsi début 2014 en Birmanie cette fois perpétré par les populations bouddhistes (!) ou encore au Soudan des animistes par des soi- disant intégristes musulmans (qui ont mal lu le Coran), toujours des épidémies sans que l’ONU n’y puisse rien mais fasse suffisamment (pourquoi est une question de fond).
Les dettes et bulles financières sont devenues si importantes qu’elles sont réputées ne plus pouvoir éclater, sauf effondrement mondial général.

Les sécurités sur le nucléaire continuent de se révéler relatives ; ces derniers jours des réserves entières de virus mortels disparaissent ! Pire, nous venons de mettre en évidence que la population mondiale, par ses consommations, en est arrivée en 2013 à ponctionner dés mi-avril sur l’ensemble des ressources la totalité de ce que la planète est capable de reproduire, ce qui veut dire que le reste de la consommation est pris sans renouvellement suffisant de ressources, et que la nature en est détériorée de façon inéluctable, donc que nous nous rapprochons toujours plus de nos limites de ressources collectives.

Les plus récents rapports mondiaux sur l’environnement sont « sans appel », à l’évidence systématiquement instruits selon tous les paramètres à considérer, irréfutables.
Quoiqu’il en soi des facteurs naturels autres que humains, la responsabilité écrasante du facteur humain est enfin reconnue incontournable, … même par une partie des instituts
« bidons et marrons » investis pour le déni et l’aveuglement.
Jamais dans notre histoire collective nous en avons été à ce point de dangerosité, même lors des grandes pestes d’antan, des crises des années 20, ni au pire de la seconde guerre mondiale du XXème siècle !

La communauté scientifique internationale le sait, et une partie de plus en plus importante, pluridisciplinaire, s’évertue à exprimer l’alerte depuis des années. Des lanceurs d’alerte se multiplient pour informer les opinions publiques, au risque de leur vie. Tous les gouvernements et leurs appareils ne peuvent que le savoir, dont les principales centrales de renseignement (qui ne font pas que dans le militaire). Les autorités religieuses de même, bien entendu.

Et rien ne bouge : les gouvernements des principales nations (US, Chine, Russie) continuent pratiquement de refuser de s’engager sur les questions de l’environnement (au-delà de n’avoir signé aucun traité international), pourtant nettement identifiées et médiatisées. Les grandes nations émergentes (Indes, Brésil, Nigéria, Afrique du Sud …) continuent à marche forcée selon leurs logiques de croissance qui visent d’abord le niveau de développement des déjà-ex « grandes puissances ».

Quels que soient les États, le néolibéralisme dominant (bien plus proche de la réalité d’aujourd’hui que le concept devenu flou de capitalisme) génère un fossé croissant comme jamais entre très riches et tous les autres (largement à l’aise, moyens, pauvres et misérables). Les entrelacements entre politique et économie de la mondialisation sont tels qu’aucun État n’a plus les capacités de rester maître de son économie réelle et de son système de société. La seule et unique valeur reste l’argent, selon les canons de la rentabilité financière à court terme.

Les multiples initiatives et investissements d’autres formes de vie en société, qui existent assez pour témoigner de leur maturité, ne sont pas assez connectées entre eux, pas assez pour être valorisées par les « grands » médias, et ne font pas globalement le poids face aux puissances des grandes sociétés multinationales, privées. Tout juste sont-elles tolérées car pas encore assez dangereuses pour le néolibéral dominant, et font pendant encore un temps office de faire valoir ; mais le grignotage engagé dés la fin de la seconde guerre mondiale, et accéléré dés la chute du camp soviétique, éradique petit à petit sans pitié, sans faire de bruit.

Les instances de gouvernance publiques internationales montrent explicitement leurs impuissances aux populations bernées par des médias majoritairement contrôlés par les puissances financières.

En Occident, les structures qui font et défont les personnes aux pouvoirs publics et privés, les organisations telles Bilderberg et ses dérivées Trilatérales ou Davos et autres …, sont imprégnées d’un paradigme néolibéral considéré comme vérité pensée unique, laquelle actuellement génère les restrictions des populations au profit de l’exploitation-spoliation de toutes les richesse par une infime minorité. Toutes les « élites de haut niveau » publiques comme privées ont été formées, en fait, formatées, au seul même modèle, progressivement mais systématiquement, les autres systèmes de référentiels ayant été progressivement étouffés pour ne rester connus et reconnus que par une minorité d’intellectuels, souvent qualifiés
« d’archaïques et de politiquement immatures ». On imagine mal qu’il n’existe pas des structures comparables ou à finalité proches au niveau du bloc chinois ainsi qu’autour du bloc reconstitué autour de Moscou.

Le seul frein tout relatif, exprimé dans le discours d’introduction du dernier forum de Davos, tient dans l’appréhension de révoltes sociales nombreuses et dures, « suffisamment » pour être susceptibles de mettre en danger la continuité du pillage actuel.

Derrière ces structures formelles se tiennent, masqués et cachés, voire occultes, les véritables maîtres de nos civilisations, lesquels ne s’embarrassent même plus d’aucune « argumentation explicative bien pensante », si tant est qu’ils s’en soient jamais embarrassés.
Face à eux, il n’existe plus de démocratie réelle dans les décisions et les actes, mais uniquement d’apparence. Les derniers bastions nordiques ou austraux viennent de basculer.
L’emprise, côté occidental, est en train de refermer ses tenailles avec les projets en cours de « négociations » intenses de traités de libre-échange portant sur l’intégralité des conditions de
vie publiques et privées, tant côté atlantique que côté pacifique.
Toutes ces stratégies dans le déni et le dédain total de l’état de la planète et des populations.

Qu’y a-t-il au cœur de cette réalité, pourquoi et comment ?

L’avidité des détenteurs de capitaux, qui en sont arrivés à l’image de l’oncle Picsou nageant sur ses monceaux d’or, puisque la « guerre solidaire » entre eux en est à rechercher où placer ces fortunes incommensurables dont les peuples sont spoliés, acheter toutes les terres achetables, prêter avec intérêts négatifs à certains États dont on sait que les citoyens seront ponctionnés un jour ou l’autre, … cette avidité insatiable n’explique pas tout.

Le manque de conscience apparent de ces grands détenteurs est celui d’une caste regroupant bien moins que 1 % de la population mondiale. Une « caste », ce concept traduisant mieux la réalité d’aujourd’hui que celui de « classe » des XIXème et première moitié du XXème siècle.
Cette caste est internationale, et ses capitalisations cumulées donnent à la plupart de ses membres le contrôle de suffisamment d’instituts pour valider les principes qui les soutiennent, de suffisamment de moyens de transports privés et de services de sécurité privés pour les isoler du reste du monde, de toujours plus de moyens financiers pour « jouer ». Jouer avec les monnaies des États, les ressources utiles au plus grand nombre ou rares, tous les « marchés », en vivant dans un luxe difficilement imaginable avec une seule petite partie des intérêts de leurs capitaux, quand ce n’est pas l’argent des rançons de systèmes mafieux.

Cette caste, de part ses moyens financiers, des images de pouvoirs fictifs qu’elle entretient soigneusement, de la veulerie d’une partie des « masses » par conformismes et peurs, de l’impuissance perçue de l’autre partie aussi faute d’éducation et d’un minimum de marge de manœuvre, … cette caste est entourée d’un nombre « suffisant » de serviteurs pluridisciplinaires, très bien payés et qui se croient privilégiés.
Si une étude UE-US toute récente met en évidence que 60 à 70 personnes détiennent autant de « richesses » que 50 % de la population (3,5 milliards), posons l’hypothèse que le total de
cette caste et des différentes catégories de « serviteurs » atteint peut-être 5 % de la population ? Ce qui représenterait alors quand même 350 millions de personnes, disséminées et liées en réseaux complexes, la plupart n’étant même pas conscients du tissu dont ils participent. Plus tous les petits propriétaires tyranniques qui achèvent le « job ».

Que cette caste fonctionne selon un système mafieux du genre italo-américain, ou russe, ou asiatique, ou japonais, ou selon un système socio-économique « ordinaire », de toute façon le reste de l’humanité a à faire là à une « mafia plurielle ». En effet d’une part toutes les valeurs humanistes, avec ou sans spiritualité liée, y ont disparu de fait, … malgré les discours tenus. D’autre part, une fois coopté et inséré dans ces filets, il est très dangereux d’en sortir, car alors le principe de l’individu isolé règne et il ne faut compter sur aucune coopération pour survivre.

L’habitude du luxe et d’une vie apparente de privilèges est renforcée par le sentiment de supériorité partagé au sein de cette caste. « Entre nous » on en est ou on n’est pas de l’élite, les seuls qui puissent tirer les ficelles de ceux qui sont « aux affaires ». Mais que l’on ne s’y trompe pas, l’individualisation y est absolue pour tout ce qui compte ; l’individualisation systématique est un des piliers du système de référence du néolibéralisme dominant, et celui qui veut jouer coopération voire collectif et humanités sort du clan. Des signes apparents, hors de prix pour le vulgus pecus, signent l’appartenance ; un degré élevé d’éducation et de culture ne suffit plus, la « fortune » est seule devenue incontournable.
La rupture avec le reste du monde est alors devenue totale, au sein d’un monde à la fois virtuel et bien concrètement réel. Il est donc devenu impossible aux membres de cette caste de « voir » le désastre dans lequel la planète est entrée, et dont les membres de cette même caste vont aussi pâtir, … un peu plus tard que les autres (pas toujours).

Tous les visionnaires prédisent que cette situation ne va pas durer en l’état, après avoir constaté que nous sommes déjà « dans le mur ». Aussi quelles, non pas solution car il ne peut plus y avoir de solution de demi-mesure vu l’état de la planète et de nos sociétés, mais sorties sont-elles possibles ?

Sorties envisageables

J’en imagine trois, évoquées de la plus belle à la plus dure, car nous avons trop attendu, malgré les signaux désespérés de quelques - un(e)s, et leur probabilité d’occurrence sera croissante de la première à la dernière citée. Face à une telle agression, il n’est plus temps de tenter de jouer les « gentils bisounours », les demi-mesures, ni même les médiateurs.

La plus harmonieuse sortie : les initiatives éclairées se relient assez pour savoir dépasser leurs différences et mettre en lumière LE ou UN nouveau paradigme de civilisation, basé sur un changement radical de palier de conscience d’un grand nombre ; grand nombre car si les initiatives éclairées (elles sont déjà des millions sur les divers continents) concernent aussi, comme évoqué plus haut, 5 % de la population, il s’agit alors aussi de 350 millions de personnes, avec l’avantage d’êtres au milieu des populations, « comme un poisson dans l’eau ». Alors la « société du spectacle » est séduite, car la mariée est subitement aveuglement assez belle pour « y aller », développe massivement (et aux bonnes heures) les grands traits et exemples choisis de civilisation de l’aube d’une nouvelle Ère, et prends de vitesse les capacités de puissances dominantes à réagir. Il y a bien quelques centaines de maladies subites, accidents d’avion ou de voiture bizarres, attentats violents, mais alors un raz de marée gonfle où mouvement du bas et mouvement du haut se déchainent ensemble et balaient les gouvernances en place. Au mouvement du bas les initiatives quadrillent le terrain car liées dans le « dépassement », une partie des armées retournent leurs crosses, de nouveaux grands chefs émergent de la « masse », etc …Il n’y a même plus à discuter les nouvelles valeurs et pratiques, les anciennes sont tout simplement caduques à l’évidence. Il n’y a rien à négocier. Tout le monde, tous, se met au travail avec ardeur. Cela aura été une rupture douce.

Un nouveau mouvement « non aligné » : la montée en puissance de la mise en évidence des enjeux planétaires amène plusieurs gouvernements émergents à constituer une nouvelle troisième voix, qui décide collectivement de sortir des logiques de spéculation, donc dénoncent le dollar tout autant que le yuan. Du coup, plusieurs pays stoppent net les projets de libre-échange atlantiques et pacifiques, partant ces projets et les autres accords bilatéraux s’effondrent, ainsi que ceux du type ALENA. Les US et la Chine engagent alors des manœuvres militaires ciblées de grande ampleur, puisque leurs monnaies ne permettent plus la couverture de contrôle (les russes ne font pas le poids d’abord au plan démographique). Mais leur dépendance économique à tous les autres pays, fruit de la mondialisation qui se retourne contre eux, les freine considérablement ; et surtout la mise en évidence de leurs responsabilités est telle que dans une majorité de pays les populations se soulèvent, … et leurs armées ne sont pas assez puissantes pour s’imposer partout simultanément.

Le club des pays non alignés prend la main, appuyé par un engagement massif des experts et acteurs expérimentés des mouvements altermondialistes, mais aussi de millions d’acteurs compétents jusque là brimés et humiliés par ceux aux commandes, et qui « en ont marre ». L’Europe seulement alors se libérera de l’emprise US, suivra, et pour le coup se fédéralisera enfin. Les gouvernants des pays non alignés ont compris qu’ils ne peuvent réussir qu’avec l’engagement fondé de leurs populations et de l’opposition interne des « déjà – ex » grandes puissances, d’où une diffusion massive d’information des enjeux planétaires et des responsabilités sur tous les supports médiatiques, appuyé par le lancement d’une campagne massive d’éducation populaire, dans tous les milieux. Les populations jeunes s’investissent naturellement avec enthousiasme, à l’exception d’une minorité de « filles et fils à papa tristes figures ».
L’ONU est dissoute et remplacée par un gouvernement mondial fondé sur la régénération de l’écosystème et des droits universels (déjà écrits depuis 1948 et 2009 améliorés et actualisés).

Il y a largement de quoi donner du travail à tous, … y compris à tous les membres survivants de l’ancienne caste et de leurs serviteurs, tous astreints à vingt-cinq ans (un quart de siècle) de tâches de récupération des désordres générés (sans limitation de peine possible car il importe d’être durablement crédible aux yeux de tous les autres).

Le chaos : il se trouve que plusieurs explosions sociales se répandent dans plusieurs pays, qu’un nouvel accident nucléaire majeur, une épidémie sévère, un événement climatique d’impact planétaire (par exemple un ou deux super-volcans) occurrent quasi simultanément. N’oublions pas que d’une part plusieurs volcans géants attendent pour s’exprimer « d’un moment à l’autre », que d’autre part à bien plus petite échelle en France en 1789 si les révoltés demandaient « du pain » cela résultait en bonne part de la disette provoquée par une éruption en Islande.
Plusieurs pays en profitent pour engager une guerre d’occupation, … car n’oublions pas que les humiliations encaissées depuis deux siècles ne sont toujours pas résorbées malgré les générations. Dans la confusion générale, un ou plusieurs des pays qui détiennent effectivement l’arme nucléaire (au moins huit connus à ce jour) l’utilisent, et alors une guerre internationale plus puissante que les deux précédentes se répands. Des zones entières sont détruites et rendues désertiques. Une fois les cataclysmes passés, la population résiduelle se restructure sur les zones encore habitables, parfois sous terre. Ces nouveaux clans sont contraints de tout réinventer. Des scénarios du type Mad Max ou Postman ne manqueront pas de s’installer. Ne subsisteront parmi les survivants que celles et ceux capables de produire eux-mêmes et de troquer quelque chose d’utile aux autres, redécouvrant les métiers et la coopération. Plusieurs générations seront nécessaires pour retrouver des conditions de vie agréables dans une nouvelle forme de civilisation, si notre planète le permet encore. Car il est encore trop tôt pour même rêver partir ailleurs.

Ces trois scénarios sont radicaux, il ne peut plus en être autrement.

Le premier est évidemment le plus souhaitable mais malheureusement le moins vraisemblable en l’état des systèmes de référence dominants. Le second a ses chances, … et pourrait à terme ouvrir au premier. Si le troisième est le plus vraisemblable, cela tient tout simplement, d’une part à ce que les puissances financières dominantes sont coupées du reste du monde et s’illusionnent dans leur pensée unique sur leur supériorité et leur sécurité, d’autre part à ce que la grande masse de ceux qui croient posséder un petit quelque chose et se distinguer des voisins ne sont pas prêts à y renoncer ou le troquer avec simplicité et jouent aux trois singes (ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire).

En réalité ce qui va très probablement se passer, ce sont plusieurs scénarios en parallèle partiellement entremêlés. Ce qui deviendra alors le plus souhaitable sera d’ouvrir les conditions de la réduction des états de chaos au profit des états « non alignés », puis de ces derniers aux profits des états du futur paradigme le plus heureux de civilisation. Ce « travail » nécessitera la construction, à partir du réel, des rapports de force de dépassement et/ou de contrainte pertinents.

Michel Vallée, Sociologue - 2014

Photo : Illustration du livre de Jamie McGuire "Désastre" - Edition Suma

Non, l’innovation n’est pas que technologique !

L’innovation est un thème à la mode. Alors que la France s’envisage comme une « Start-up nation », ce thème n’est malheureusement pas toujours employé à bon escient.

Les origines de l’amalgame

Trop souvent, l’innovation est cantonnée à sa dimension technologique. Celle-ci a en effet longtemps été associée aux résultats de la recherche industrielle (qu’elle soit fondamentale ou appliquée). Cette vision partielle est notamment due à l’efficacité de la recherche française et à la croyance que tout résultat de la recherche correspond à un besoin et donc à un marché. Cette incompréhension des problématiques d’innovation est aussi due à la coupure qui a longtemps existée entre les ingénieurs et les commerciaux.

Il est important de rappeler qu’une innovation est la rencontre entre une invention et un marché. À cet égard, on peut noter qu’avant le premier euro de chiffre d’affaires, de nombreuses start-ups ne sont en fait que des regroupements de personnes autour d’un projet porté par un ou plusieurs inventeurs.

La variété d’innovations

L’innovation non technologique est caractérisée par de multiples dimensions. L’innovation de procédé implique une nouvelle méthode de production ou de distribution. L’innovation de commercialisation s’attache par exemple à la conception ou au conditionnement. L’innovation par les usages peut être définie comme l’observation de l’utilisation d’un produit ou d’un service afin de proposer de nouvelles manières d’utiliser ceux-ci. Mais l’innovation peut aussi être managériale quand il s’agit d’adopter de nouvelles pratiques de gestion des ressources humaines. Le regain d’intérêt pour les problématiques liées au design, surfant notamment sur les succès d’Apple et de Dyson, est un exemple typique de la diversité des innovations possibles.

La révolution du quaternaire

En ne considérant l’innovation que de son point de vue technologique, la France risque de manquer un virage important : celui de l’individualisation du service. Dans son livre L’espoir économique : la révolution du quaternaire, Michèle Debonneuil, qui a mis en en place le Plan de développement des services à la personne en 2005, détaille sa vision de l’avenir. Le fil directeur de son livre est l’émergence d’un nouveau modèle dans lequel les consommateurs se détourneront des biens et services traditionnels au profit de services incorporants des biens. L’exemple le plus typique est sûrement les services de type Autolib’, mais les objets connectés sont aussi pleinement partie intégrante de cette dynamique.

L’avantage de ces services réside dans leur caractère non délocalisable. Il est inévitable que la production de biens manufacturés à faible valeur ajoutée se fasse dans les pays où la main d’œuvre non qualifiée est la moins coûtante. L’idée sous-jacente de ce concept consiste en la prise de conscience des personnes que la qualité des prestations est préférable à la quantité.

Une prise de conscience amorcée

Fin janvier, la Banque Publique d’Investissement a lancé pour la première fois des mesures en faveur de l’innovation non technologique pour rattraper, comme elle le dit, son retard. Ainsi dès cette année, une « Bourse des nouveaux entrepreneurs » (subvention de 30k€) va être créée et visera à favoriser le développement de ce type de projets.

Ailleurs, il existe tout de même quelques initiatives allant dans ce sens. Par exemple, Sparknews permet de faire connaitre des solutions ingénieuses à des problèmes récurrents dans les pays en voie de développement, ou encore le Prix de l’Innovation Territoriale de l’Université d’été « emploi, compétences et territoires » ayant pour objectif de valoriser les actions innovantes menées par les collectivités territoriales.

Cette prise de conscience de la valeur de l’innovation non technologique apparaît comme porteuse d’emplois et de bien-être pour les citoyens. En envisageant l’innovation sous un autre prisme, les entrepreneurs peuvent à la fois s’ouvrir de nouveaux marchés et combler un besoin latent dans la population.

Thibaut Lottier - MTI Master Review

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