UP' Magazine L'innovation pour défi

La démocratie suppose la diversité des options à discuter

Les sujets techniques et l’innovation sont de plus en plus difficiles à « mettre en démocratie ».  Plusieurs rencontres récentes témoignent d’une effervescence en France pour sortir des écueils qui paralysent les débats, notamment sur les nanotechnologies, les déchets nucléaires et engendrer des contestations vives (Notre Dame des Landes, Barrage de Sivens…). Si l’Alliance Sciences société (AlliISS) porte le sésame d’un tel défi, par le pluralisme indispensable qu’elle incarne, des personnalités tracent la voie de nouvelles pratiques dont les enjeux ne sont plus guère solubles dans la notion de débat. Diversification et coexistence des options sociotechniques, expérimentations… exigent de nouvelles institutions.

« Il ne peut y avoir de débat, s'il n’y a pas diversité des options à discuter, lance Michel Callon, professeur à Mines ParisTech et ancien directeur du Centre de sociologie de l’innovation de l’Ecole des Mines de Paris.
Nous sommes le 15 décembre 2014 au Palais du Luxembourg au sein du 4ecolloque des Sciences de la vie en société. Face aux experts en ingénierie de débats, aux praticiens et analystes des interactions entre sciences et société, l’auteur de Agir dans un monde incertain [1] prend acte, dans son propos, d’une inadéquation du dialogue sur les projets techniques.

Réversibilité, coexistence, modélisation

Les dispositifs de concertation rencontrent trois problèmes, explique-t-il. Le premier c’est la réversibilité des choix, qui est pourtant essentielle : on ne peut pas débattre, si on s'engage dans des filières qui excluent toutes les autres alternatives. « Il y a quantité de forces qui concourent à un verrouillage technique : quand on investit, il est clair que l’option choisie devient la meilleure et élimine les autres, souligne Michel Callon. Le dossier nucléaire affronte justement cette question puisqu’il est désormais admis que l’on veut permettre aux générations futures de revenir en arrière, de disposer de toute la palette de choix que nous avons ».

Le second défi à relever concerne la coexistence. Il s’agit de laisser à l’usager la liberté de choisir son type d’agriculture, d’alimentation, son mode de vie ou les développements industriels qui lui conviennent. « La démocratie suppose qu’on maintient les options ouvertes », insiste le chercheur. Or on assiste à une raréfaction de la diversité des propositions techniques. Car le plus souvent, une filière élimine les autres. « Pour éviter cela, il faut trouver une ingénierie politique des agencements marchands, estime Michel Callon. Depuis vingt ans, nous tâtonnons pour intégrer les évaluations techniques, environnementales, sociales, éthiques et économiques. Le Haut conseil aux biotechnologies (HCB), en séparant les expertises ne fonctionne pas bien ». Néanmoins le HCB a produit un rapport sur les conditions de la coexistence (des cultures conventionnelles et biologiques) qui souligne combien la propriété intellectuelle joue un rôle dans la prise en compte de toutes les valeurs (sociales, territoriales, culturelles…). Fait troublant, le député Jean-Yves Le Déaut a reconnu récemment que le sujet central du conflit sur les OGM était bien cette coexistence, que les responsables de la Confédération paysanne appelaient de leurs vœux dans leur lettre à Lionel Jospin en 2001 (suite à un des premiers fauchages d’essai OGM).

Le troisième problème est la complexité des situations à investiguer. Nous n’avons plus des connaissances précises, des faits solides, nous ne pouvons appréhender complètement les conséquences d’un choix : il faut donc agir par séquences.  La modélisation s’impose ainsi et devient omniprésente. Il faut procéder par évaluation multicritères et considérer toute décision comme intermédiaire. Dans le domaine de la santé par exemple, les essais cliniques sont comme des compromis et les traitements comme des expériences qui ne finissent pas. Dans l’exemple du climat, on est aussi au chevet de la Terre et on procède par essais-erreurs. Ce qui est essentiel, c’est de miser sur les groupes concernés par un projet et qui ont déjà investi une situation…

Images et responsabilités

Face à cette approche subtile, Alexei Grinbaum, philosophe au laboratoire Larsim du CEA de Saclay, confirme l’absence de résultats des divers espaces de dialogues créés depuis dix ans notamment sur les nanotechnologies. "Il faut un autre instrument, choisir une autre manière de faire, considère-t-il, en pointant deux sujets majeurs : la question des images et celle des responsabilités."

Le processus de création de sens passe par les images, comme le soulignait Gilbert Simondon qui s’attachait à repérer les associations. « Le sens d’un message procède par le halo de significations qui lui est attaché, indique Alexei Grinbaum. Second point-clé, mis en exergue par le philosophe : la responsabilité dont nous héritons par notre appartenance. Il nous faut « répondre d’une communauté », dès lors que l’on fait partie de celle-ci (locale, spirituelle, écologique…). On pense à la réflexion de Roland Schaer dans son livre Répondre du vivant. « Le scientifique est responsable de ses créations comme s’il mettait au monde un enfant, estime le chercheur du CEA. Les grands historiens du droit considèrent qu’il faut observer les rituels d’interaction entre droit, éthique et société, pour comprendre le droit de demain.

Un livre blanc pour réformer les institutions ?

Dans la foulée de cette rencontre où l’essentiel des échanges est resté centré sur le sujet éculé des OGM – sans évocation de la biologie de synthèse autrement plus complexe – s’est tenu les 7-8- 9 janvier 2015, le Colloque Réinventer l’alliance sciences sociétés porté par un Consortium de près de cinquante organisations de la société civile et instituts de recherche.

Six séminaires préparatoires, 8 000 inscrits, 4 axes exploratoires, création du portail Sciences-sociétés sur wikipédia (edidathon), implication du « monde du libre » mais aussi du Groupement d’intérêt scientifique Participation et démocratie, venu présenter son dictionnaire de la participation, ce marché de l’interaction centré sur l’innovation, la recherche, les transitions, les médiations a produit une mine de matériaux et d’innombrables rapprochements. Il a aussi vocation à produire un livre blanc à double objectif : élargir la base des acteurs impliqués et formuler des propositions concrètes de changements institutionnels souhaitables.

Le chantier est immense, si l’on veut bien se plonger dans l’ouvrage Nos institutions publiques à bout de souffle, publié par le polytechnicien Olivier Frérot, vice-recteur de l’Université catholique de Lyon. Mais ici, le constat est sans appel : « Nos institutions se fissurent sous l’effet des contradictions dynamiques de nos sociétés et elles ne sont pas réformables », estime l’auteur. Ce dernier évoque l’égarement d’une vision exclusivement scientifique et objectivante de la réalité, de la disparition du sens public des institutions. Il parie sur les forces agiles, discrètes, généreuses des mouvements citoyens.

Cela semble en effet plus sage que d’attendre des impulsions européennes. Nombreux sont ceux (responsables académiques et associatifs) qui sont revenus déçus de Rome, fin novembre, où le service Sciences dans la Societé  de la Commission européenne faisait un bilan convenu de ses actions en matière de recherche et innovation responsables. Claudia Neubauer de la Fondation pour le progrès de l’homme (FPH) a pu constater que les programmes menés sont du « business as usual ». Pourtant, nous avons besoin de rendre lisibles les projets d’innovation, de politiser leurs enjeux et de responsabiliser l’ensemble des acteurs vis-à-vis des intérêts communs. Comme le souligne le président du Conseil économique, social et environnemental, Jean Paul Delevoye.

Dans ce contexte, les propos de la physicienne indienne Vandana Shiva qui s’est exprimée en introduction du Colloque de l’AlliSS, sonne comme une mis en garde : « Sur une planète morte, on ne fait plus d’affaires ».

Dorothée Browaeys, Rédactrice en chef adjointe UP' Magazine

Liberté et Unité : « D’ABORD NE PAS FAIRE MAL ». Nous sommes tous responsables de la mort de Charlie

Alors que pleuvent les soutiens pour Charlie, que certains parlent d’unité « retrouvée », je ne peux que m’interroger sur le sens profond de ce qui arrive …

Faut-il 12 morts pour faire l’unité des peuples ! Non, pour moi, c’est trop cher payé. Car cette unité (qui n’est en fait que la somme des peurs de chacun) me paraît bien éphémère … non par pessimisme mais par rigueur intellectuelle. Nous sommes dominés par une culture « fugace » des émotions vives pour ne pas dire de shoot (émoi, émoi, émoi...), qu’elles soient positives (plus de plaisirs intenses, toujours plus) ou négatives (on ne réagit qu’aux séismes, aux catastrophes).

Wundt disait c’est de la peur que naquirent les Dieux. Depuis des années et en 2015 c’est de la peur que naissent les rassemblements, des simulacres de l’unité !

N’en déplaisent à certains, de quoi parlons-nous ? De quelle liberté, de quelle unité ?

La liberté c’est un prix cher à payer ; elle demande beaucoup de courage, d’intégrité, de sacrifices. Il faut avoir le courage de ses idées, de ses paroles … il faut surtout mettre tout cela en syntonie avec ses actes. Mais il faut aussi accepter de passer souvent pour un fou, se faire rejeter car différent. C’est ça la liberté ! C’est dur ! Ce n’est pas de la guimauve. Je pense que l’équipe de Charlie et Charb le savaient mieux que personne. Car leur magazine « crevait » et tout le monde s’en foutait...

Quid de l’unité ? Elle n’a encore jamais existé dans notre histoire, les religions, la morale, et l’économie libéralisme ont tous échoué dans ce domaine. Reste pour moi la poétique mais « personne n’en veut » ! Ce n’est donc pas une semaine ni une marche « émotionnelle » qui changeront les choses. Un volcan d’émotions (peurs) et puis pfft... ce sera fini … Il est grand temps de s’interroger sur ce qui peut tous nous réunir ! Il est temps de quitter le continent des émotions pour prendre le courant de la conscience et de tous ses affluents : générosité, courage, solidarité. Il est temps d’accepter le droit à la différence, le droit à l’opacité pour créer une unité « immunisée ». Il est temps de sortir de la barbarie. Il est de temps de voir la vérité en face – la précarisation, la pauvreté relative,...

Après des nuits de troubles intenses …dans une grande pensée du tremblement. Je lance un appel à un réveil des consciences (bien loin des sens en émoi … )

Je vous invite à une longue marche intérieure pour aller chercher aux plus profond le vrai sens des valeurs humaines. Cela va prendre des jours, des années et plus.

Mais là, votre marche élévatrice sera un véritable hymne à Charlie, une ode à la liberté des peuples. Car nous sommes tous responsables ! Nous sommes tous coupables de cette situation.

Je vous invite ainsi à réfléchir à un principe universel tellement simple mais juste : "D’ABORD NE PAS FAIRE MAL".

C’est un état d’esprit «co-immunitaire », une attitude première réflexive : un système immunitaire qui doit être une extension globale de la conscience (à l’échelle du cosmos et de l’espèce humaine,) pour contrôler notre évolution et nous-mêmes (donner du sens à nos idées et valeurs) . Nous devons nous réapproprier les ressorts de notre monde et etre responsables de notre avenir ...

Il faut pour cela s’immuniser contre toutes formes d’intégrisme, de fanatisme, d’élitisme, d’exclusions qui sont des freins à l’humanité … On est loin d’être sorti de la barbarie …

Si vous parlez de liberté, d’abord vous ne devez pas faire mal. Je vous parle donc ici d’une écologie généralisée, celle de l’esprit : c’est une sagesse monde citoyenne (écosophie, Ubuntu) où les valeurs sans orgueil d’altruisme, d’empathie, d’humanologues (vs humanisme) et les idéaux de coopération trouvent leur place ici.
C’est être Ubuntu (Je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes tous ) eco-ethologue : mon être dépend du monde / des êtres dans lequel je suis …

Cela passe par une philosophie de la réconciliation, de la réciprocité culturelle …il faut ainsi privilégier l’identité-rhizome dont l’extension va du Je à l’autre, d’autrui à Moi :
"Naître au monde, c’est concevoir (vivre) enfin le monde comme relation : comme nécessité composée, réaction consentie." Edouard Glissant.

C’est à cette condition qu’un jour la vraie force et la beauté de la multitude « des milliards et une conscience » irradiera le monde entier dans une diaphanie extraordinaire …

Oh Charlie je me sens tellement coupable ! Mes condoléances « vraies » aux familles, à l’humanité …

Maryline Passini

charlie hebdo

Charlie Hebdo : « le choc des civilisations » ?

Assassiner pour des idées et qui plus est, au nom de Dieu est inqualifiable ; c’est l’annihilation du sens même de l’altérité prônée précisément par toutes les spiritualités et les religions. Mais lorsque les extrémismes politiques ou religieux s’expriment, il n’est plus question de spiritualité, mais de déchaînements de passions archaïques, de l’ombre individuelle et collective qui vient nous dire avec brutalité, cynisme et violence où en est notre société.

Illustration : ©MalaImagen, illustrateur chilien

Si nous nous associons à la peine que ces morts font vivre aux proches des disparus et à toute la rédaction de Charlie Hebdo, au-delà de l’insupportable atteinte au droit et à la liberté d’expression, sans doute faut-il voir à cet acte ignoble des fondements sociétaux paradigmatiques.

Car qu’est-ce que cet événement vient à nouveau révéler ? La violence individuelle et collective, l’irréductible rejet de l’altérité, l’impossible rencontre de l’autre. Certes, le phénomène n’est pas nouveau et les radicalismes ont parcouru l’Histoire et les religions, toutefois notre société est aussi co-responsable de ces radicalismes et face à l’insoutenable du quotidien nous ne voulons pas changer. Alors les événements s’intensifient, par leur virulence et leur fréquence, pour nous forcer à prendre position et à agir.

De quoi parle-t-on ?

D’un système économique qui a pris le pas sur la politique, sur la gouvernance de la Cité qui pourrait décider éthiquement d’un projet de société. A la place, la direction du monde et de l’humanité a été bradée, vendue au marché, qui, lui, suit sa logique de profits immédiats pour quelques-uns et qui broient tout sur son passage : emplois, personnes, ressources naturelles et prend des décisions en nano secondes pour optimiser les profits et créer toujours plus d’entropie.

Dévaster notre Terre, assécher ou inonder des régions entières du monde conduisant aux migrations climatiques, robotiser les industries et les services laissant toujours plus de personnes sans emploi, détruire l’emploi pour créer des valeurs virtuelles et accroitre les dettes qui asservissent davantage les personnes et les Etats, cela n’est-il pas une violence extrême ?
Face à ce rouleau compresseur où tout est pensé (Big Data) pour augmenter la consommation et alimenter une croissance perpétuelle décorrélée de tout lien à la réalité, augmentant les clivages entre les plus riches et les plus pauvres et créant sans cesse davantage de pauvreté, cela n’est-il pas une violence extrême ?

Vendre délibérément notre pays (patrimoine, châteaux, aéroport de Toulouse..) à des puissances économiques (Chine, Qatar, Arabie Saoudite..) qui ont d’autres valeurs et d’autres intérêts que nos valeurs républicaines et démocratiques, ceci sans que les citoyens puissent se prononcer, cela n’est-il pas une violence extrême ?
Laisser s’exacerber les clivages entre les communautés, continuer chaque jour à alimenter à 20h00 le défilé des horreurs du monde pour placer les téléspectateurs dans la peur qui ensuite trouvent des réponses de consommation dans les publicités alimentant la majorité des lobbies qui font tourner l’économie et le marché, cela n’est-il pas une violence extrême ?
Vendre le rêve de l’avoir pour pallier l’incapacité à co-construire de l’être et du sens, cela n’est-il pas une violence extrême ?

Quelle liberté ?

Ce choc des libertés vient aussi nous rendre attentifs à la perte continue de nos libertés que le numérique et les Big Data orchestrent en utilisant les données que nous partageons volontairement et qui, via des algorithmes toujours plus puissants et efficaces, orientent nos choix de lecture, d’intérêt, de curiosité et bien entendu de consommation. Cette surveillance accrue est le contraire de la liberté.
Assassiner les journalistes et dessinateurs d’un journal satirique est odieux et fait aussi se poser la question de notre liberté, et ceci dans ses différentes acceptions et manifestations. Liberté qui décroit chaque année par les effets convergents des intérêts du marché combinés avec les fonctionnalités numériques.

Si les soutiens de l’innovation technologique déplorent cette diabolisation de la technologie et s’insurgent contre le spectre de 1984, la réalité pose question malgré tout. Le contrôle des données sur Internet est bel et bien une réalité, l’utilisation mercantile de nos informations, une expérience quotidienne, et la censure des expressions fait l’objet aujourd’hui d’une démonstration sanglante.

Liberté qui nous conduit à repenser sa définition et ses contours.

Mutation, changement ou statu quo ?

Que nous le voulions ou non, le monde est en réelle mutation car ce modèle entropique délaissant chaque jour des nouvelles personnes voit proliférer les réactions violentes comme symptôme de ses craquèlements intérieurs.
Les dettes s’accroissent et les banques et les Etats ont désormais pris les mesures pour se prémunir des effets de la prochaine crise économico-bancaire qui ne saurait tarder, en ayant voté une loi permettant aux banques de venir puiser dans nos comptes pour se renflouer. Si la décision a été prise, les comportements délictueux des banques n’ayant pas changé, les actifs nocifs s’échangeant plus encore qu’avant la crise, la prochaine ne doit pas être loin et sera par conséquent encore plus virulente.

Alors, le système, au lieu de se modifier, continue toujours sur la même lancée : plus de dettes, plus de croissance, plus de « progrès » sans qu’il y ait de mesures correctives décidées face aux conséquences sur l’environnement, le climat ou la biodiversité, sans décision éthique pour choisir nos orientations de société, d’humanité et d’interaction avec la nature.
Comme l’avait démontré Paul Watzlawick, de l’Ecole de Palo Alto, il existe deux formes de changement, celui de niveau 1 qui consiste à faire plus de la même chose et donc obtenir in fine des effets augmentés ou envisager un changement de niveau 2, c’est-à-dire modifier réellement et radicalement un système qui n’est plus adapté.
Et c’est ce dont il s’agit aujourd’hui.

Se réinventer ou mourir ?

Notre système économique ne permet plus d’apporter des réponses pérennes au plus grand nombre, il faut inventer autre chose et pour cela ne plus continuer avec les mêmes décisions, les mêmes valeurs et les mêmes représentations de la réalité qui conduisent aux violences que nous vivons aujourd’hui.
Ainsi, nous laissons délibérément les écoles, les médias, les jeux vidéo, les jouets pour enfants,... véhiculer des valeurs de violence. Tuer l’autre est devenu un jeu et c’est normal et banal ; c’est ludique et ça se vend bien, préparant les esprits des plus jeunes à la normalité de la guerre, de l’armement, des conflits et entretenant la peur d’autrui, la menace de tout ce qui est étranger.
Cette éducation entretient volontairement nos archaïsmes individuels et collectifs, valorise la violence et promeut un système de compétition, de concurrence, alimenté sur des lectures partiales des enseignements de Darwin, valorisant la partie du discours « la loi du plus fort » (loi de la jungle) qui convenait aux intérêts des économistes de l’époque pour asseoir le système libéral que nous connaissons.
Pourtant, aujourd’hui nombreux sont les biologistes, de Jean-Marie Pelt à Gauthier Chapelle (biomiméticien), qui démontrent que notre Terre et tout ce qui est vivant a trouvé les lois de la durabilibité (3,8 milliards d’années de démonstration) qui reposent sur la coopération intra et inter-espèces. Ainsi, ce qui nous constitue, des bactéries à ce qui nous entoure, écosystèmes végétaux et animaux, privilégie la coopération. La compétition étant utilisée de manière occasionnelle et marginale car cela coûte trop d’énergie et n’est pas viable dans la durée.
Et voilà que nous autres, êtres humains, pour se sortir des vicissitudes que la nature nous a fait vivre pendant des milliers d’années, nous avons voulu être au-dessus de ses lois en cherchant à la dominer, à la soumettre. Cependant, nous sommes une espèce animale parmi d’autres et si nous oublions notre inscription dans cet écosystème global nous prenons le risque de transformer la Terre en Ile de Pâques.

Complexité et radicalité

L’urgence et l’imminence d’une mort annoncée - celle de notre civilisation - voire de notre société, accompagnée pour beaucoup de l’incapacité à voir des issues, crée une énorme angoisse qui, sans être parlée et gérée, se traduit pour la majorité par le déni et l’indifférence et pour une minorité par des radicalisations qui explosent en violences multiformes.

L’entropie du système broie tout sur son passage et ne laisse pas de place, n’offre pas d’avenir alors face à la violence de l’exclusion, certains se laissant dériver vers la radicalité. Lorsque des pulsions non apprivoisées couplées au désespoir du manque de futur rencontrent la manipulation orchestrée par des acteurs influents, économiques et politiques peu scrupuleux, cela conduit à des radicalisions, des conservatismes de tout poil et des comportements violents et extrêmes.
Alors que vivons-nous le Choc des civilisations annoncé par Huntington ou avons-nous le ressort et la conscience d’aller au-delà et de manifester d’autres facettes de notre humanité ?
Allons-nous sombrer dans le piège de la haine, de la violence et de la vendetta, même institutionnalisée, ou allons-nous être capables de rebondir et de choisir volontairement des voies originales et créatives pour sortir de nos déterminismes archaïques ?

A qui profite le crime ?

Toujours dans les moments troublés, garder la tête froide et se poser la question de savoir à qui profite de tels actes ? Quelles sont les attitudes immédiatement attendues des citoyens et des gouvernants ? Qu’est-ce que cela risque d’alimenter ? Comment vérifier que nous ne tombons pas à notre tour dans un piège de violence et de radicalité ? Commet nous prémunir de renouveler une fois encore la tragédie du bouc-émissaire ? Autant de questions à mûrir avant d’agir et ceci afin de trouver les actions justes.

Quel lien avec Charlie Hebdo ?

Conscients ou non, cet éloignement constant des lois de la nature, le fait de privilégier la violence comme valeur fondatrice de nos comportements quotidiens alimente un système politique, économique et social dont nous mesurons aujourd’hui dramatiquement les effets.
Il existe un monde à co-créer, ce que font d’ailleurs la majorité des plus jeunes et heureusement des milliers d’autres membres des générations précédentes, en testant dans les FabLab et LivingLab les solutions de demain. L’avenir nous le co-construisons à partir de la base. Car ce sont les citoyens qui font face au quotidien, aux problèmes posés par notre société de consommation et de dettes, résultats de décisions prises par des élites, soit-disant représentatives, mais qui ne connaissent plus le terrain et ont surtout démontré leur oligarchie.
Alors, ce sont les mêmes citoyens qui trouvent des solutions viables afin que chacun ait une place et les moyens de subvenir à ses besoins.

Face à l’exclusion sous toutes ses formes, les uns - une poignée - tuent et font exploser des bombes et s’ils défraient la chronique de par leur virulence, horreur, la sidération que cela apporte, d’autres, bien plus nombreux, co-construisent un monde où chacun peut subsister en dominant les effets des actions toxiques.
Toutefois, une majorité docile et enfouie dans le confort laisse faire en votant pour des candidats extrémistes. C’est à eux que nous pensons dans ces terribles moments afin que la conscience du bien commun les touche et fasse évoluer leurs représentations du monde, leurs engagements et leurs actions.

Face à la violence, sachons rester debouts, dignes, ne sombrons pas à notre tour dans la vindicte et la haine, apportons des réponses de justice aux crimes et des réponses de justesse aux égarements individuels et collectifs. Sachons faire le choix de la vie en osant manifester des valeurs de paix des comportements délibérément non-violents et des actions créatives et coopératives, porteuses d’avenir et de conciliation des différences et respectueux de l’altérité.

Celles et ceux qui ont une capacité d’influence sur autrui se doivent, par éthique, de porter des discours d’apaisement et d’éthique pour penser le monde en privilégiant la vie et en cherchant des options qui permettent à tous les règnes de coexister durablement.

Osons manifester nos valeurs républicaines

Nos gouvernements successifs en mal de poser clairement notre identité nationale, s’emparent à chaque événement tragique de l’étendard de la France pour mobiliser les citoyens autour des valeurs de la République.
Saluons l’initiative mais elle ne suffit pas.

Peut-être que la récurrence des violences perpétuées tantôt sur les civils tantôt comme ici avec les meurtres au sein de Charlie Hebdo sur les journalistes, va-t-elle nous conduire à prendre conscience des valeurs républicaines posées en 1789 ? Elles ont donné lieu, dans le sang, rappelons-le, à rédiger la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen, et plus de deux cents ans après, les manifestons-nous ?
Pourtant, à elles trois elles nourrissent une véritable identité nationale.

Car que nous apporte la Liberté, aujourd’hui si douloureusement ébranlée ?
Avec la Liberté nous pouvons rendre les êtres libres, permettre à chacun d’être un homme ou une femme Debout. Ce qui signifie apprendre ce qu’est la liberté, ses contours, ses limites, le respect d’autrui. Et aussi retrouver sa souveraineté à acquérir l’autonomie dans tous les domaines.
Puis l’Egalité nous conduit à apprendre l’équivalence d’humanité, accepter la diversité, composer avec les différences, savoir gérer les conflits et choisir la paix.
Et enfin, la Fraternité nous invite à sortir des comportements de compétition et choisir la coopération. Elle nous permet de développer synergies, entraides, solidarités et fraternités.

Trois valeurs qui, si elles étaient volontairement incarnées et manifestées, décriraient un projet politique complet d’où émaneraient des ministères et des déclinaisons de programmes modifiant radicalement notre société. Oserons-nous ?

Christine Marsan

Eloge de la lenteur

Nous sommes entrés dans une société de l’éphémère, de l’instant, de la volatilité, de la vitesse. Le zapping et le surfing deviennent des morales essentielles du rapport au monde, une manière de se jouer de la surface pour éviter de choisir et multiplier les expériences sans s’engager. Le sociologue David Le Breton dissèque sans pareil l'ère de la modernité, et appelle certaines considérations quant à la corporéité à une réflexion sur la sociologie du corps, en tant que construction sociale et culturelle. Nos conduites, nos manières d'être ne prennent sens "qu'avec le regard culturel de l'homme" et on doit à présent faire preuve d'une attention à soi tout en maîtrisant "ses choix et ses valeurs" afin d'adopter de nouvelles perspectives, ou du moins, des perspectives optimistes. D'où ce texte sur l'éloge de la lenteur qu'UP' vous offre comme première bonne résolution de cette nouvelle année.

"La vitesse limite l'espace, la lenteur le multiplie." Pol Bury, Le temps dilaté. 

Un individu contemporain, qui ne se soutient que de lui-même, est confronté en permanence à une multitude de décisions. Il est soumis à l’écrasement du temps sur l’immédiat puisque le monde n’est plus donné dans la durée mais dans la saisie de l’instant. La hantise est celle de la désynchronisation, celle de ne plus être en phase avec l’actualité de sa propre vie prise dans le filet des bouleversements sociaux et professionnels, une urgence qui n’en finit jamais empêche de jouir de son existence, et amène à un temps séquencé allant d’une tâche à une autre, ou plutôt de la résolution d’une tension à une autre. Injonction de vitesse, de rendement, d’efficacité, de disponibilité qui exige de s’arracher à soi-même, d’aller plus vite que son ombre pour réagir.

Mais les capacités de résistance ne sont pas extensibles à l’infini, elles épuisent l’individu et aboutissent à la fatigue d’exister. Les technologies contemporaines, loin de faire gagner du temps comme on le croit souvent, ne cessent de multiplier les engagements personnels, et des mobilisations qui n’en finissent plus. Le téléphone cellulaire est l’instrument clé de la mobilité, de la réactivité, de l’adaptabilité et de la multiplicité et de l’ubiquité des engagements, il rend illimité le temps de travail et de disponibilité. La modernisation n’a cessé d’accélérer les rythmes de vie. Plus nous gagnons du temps, plus le temps nous échappe, et plus nous en sommes affamés. Ce temps épargné n’est pas celui du repos. Toute l’existence bascule dans l’urgence et dans la nécessité de ne jamais perdre de temps, de maintenir une attention constante aux autres et aux événements. Il faut aller de plus en plus vite pour rester sur place. Même dans la vie personnelle, nos sociétés font loi de la terrible parole de Taylor déclarant «la guerre à la flânerie» dans les usines Ford des années 20 car il ne supportait pas de voir les ouvriers cesser un seul instant de travailler.

Si la réflexivité a toujours accompagné l’individu dans sa relation au monde, la disparition des régulations traditionnelles, l’effacement des modèles et des normes confère une marge accrue de manœuvre. Toujours sur le qui-vive, dans l’expérimentation, le calcul relatif de ce qu’il convient de faire selon les circonstances, il n’a guère de repos.
Rester en mouvement, surfer sur le renouvellement des produits, des attentes sociales, ou des offres de travail pour rester à flots, devient une occupation à part entière et un principe d’identité. Le mot d’ordre est de tenir le coup, de s’ajuster au changement, de ne pas prendre de retard. D’où le succès de la notion de résilience, le fait de ne pas être démoli par l’adversité, de faire face au changement pour rebondir aussitôt ; l’importance croissante dans les librairies des rayons d’ouvrages consacrés aux recettes pour se venir en aide soi-même ou même «devenir soi-même». Dans le monde de l’obsolescence généralisée, il faut se faire soi-même obsolescent, fluide, recyclable.

La frénésie de la vitesse, du rendement, appelle en réaction la volonté de ralentir, de calmer le jeu. Une forte résistance politique et citoyenne se mobilise à ce propos. La lenteur est le rythme de l’amour, de la tendresse, de la conversation, de l’attention à l’autre, de l’érotisme, de la jouissance du fait d’exister. Elle n’a que faire de l’exultation de l’éjaculation précoce qui est au cœur du contemporain. Elle revendique la slow food, les slow cities à l’encontre de la fièvre ambiante.

D’où aussi l’engouement récent de nos sociétés pour la marche que des centaines de millions d’hommes et de femmes découvrent avec jubilation. Ils s’immergent dans une durée qui s’étire, flâne, se détache de l’horloge. Cheminement dans un temps intérieur propice à un retour sur soi, la marche sollicite une suspension heureuse du temps, une disponibilité à se livrer à des improvisations selon les événements du parcours. Elle ne consiste pas à gagner du temps mais à le perdre avec élégance, le sourire aux lèvres. Occupation pleine du temps, mais dans la lenteur, elle est une résistance à ces impératifs de vitesse, d’urgence, de disponibilité qui élaguent le goût de vivre. Aujourd’hui, les chemins sont emplis de flâneurs qui cheminent à leur guise, à leur pas, en leur temps, en conversant paisiblement ou en méditant le nez au vent. Seule la lenteur permet d’être à la hauteur des choses et dans le rythme du monde. Elle est l’évidence du cheminement, elle appelle une progression attentive, voire contemplative, la possibilité de la halte pour profiter d’un lieu ou se reposer. Elle est un mouvement de respiration.

En ce qu’il se tisse dans la lenteur, le temps devient la mesure du corps, il n’y a rien d’autre que chaque moment qui passe. La marche est retour à l’élémentaire : l’aube, le coucher du soleil, la nuit, la terre, l’herbe, les pierres, les collines, les montagnes, l’eau, la pluie, le vent, elle nous rappelle notre humanité essentielle immergée dans un monde qui nous dépasse et nous émerveille ou nous inquiète. Echappée belle hors du temps ou dans un temps ralenti, la marche n’est pas une recherche de performance ou une quête de l’extrême sponsorisée par des marques commerciales, elle est un effort à la mesure des ressources propres du marcheur.

David LE BRETON, Sociologue

David Le Breton est l'auteur notamment de : «Marcher : éloge des chemins et de la lenteur», (Métailié 2012) et de «l’Adieu au corps» (Métailié 2013).

Photo : © Pol Bury, artiste de la lenteur.

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« Elargir » la notion d’innovation

« Réinventer l’alliance sciences sociétés – un impératif démocratique », voilà l’intitulé d’un événement original qui se tiendra à Paris, à l’Espace Pierre Cardin puis au Sénat les 7, 8 et 9 janvier 2015. Cet événement – un colloque-forum – doit s’entendre comme la « première étape d’un processus qui sera long ». Co-construit par des acteurs du monde de la recherche et de la « société civile », il a l’ambition de mettre à jour et de légitimer l’intensification et la multiplication des formes d’interactions entre les sciences, les recherches, les innovations et les sociétés qui se sont développées depuis 40 ans environ, qui touchent ou presque tous les secteurs d’activité et les catégories d’acteurs… et qui demeurent pourtant largement invisibles aux institutions, aux politiques publiques, mais aussi souvent, aux acteurs eux-mêmes ! Curieux paradoxe qu’il s’agit préalablement de comprendre pour être en mesure de proposer les gestes publics et privés appropriés à leur prise en considération…. dans un futur « Livre blanc recherche-sciences-sociétés » qui, en outre, tiendrait compte ab initio des dimensions européenne et internationale de la question ainsi posée.

Dans ce qui suit, on focalisera l’attention exclusivement sur l’innovation –  au cœur de l’intérêt d’Up’ Magazine – à propos de laquelle il est posé comme hypothèse, au principe même de cet événement, que la signification de cette notion apparaît aujourd’hui limitée, et qu’il s’agit de « l’élargir ».

Voilà donc un autre paradoxe : l’innovation serait aujourd’hui l’objet d’une signification limitée… alors que l’espace public des dialogues et des démarches n’a jamais tant regorgé d’aussi nombreuses rencontres sur l’innovation ! De fait, on le sent depuis un bon moment, mais à s’en tenir à ces deux derniers mois en France, la thématique de l’innovation est devenue… incontournable. A chaque fois à peine habillée d’un qualificatif distinctif. Ainsi, à l’évidence, les rencontres sur l’innovation ouverte et ses nombreux visages, sur l’innovation responsable, sur l’innovation frugale, … fonctionnent comme des petites musiques désormais connues du grand public. Mais on a pu recevoir d’autres cartons d’invitation. Pour la « Semaine de l’innovation... publique », en novembre, à l’initiative du Gouvernement. Pour des « événements » consacrés à l’innovation… financière : Actionaria, rendez-vous annuel régulier et Alternativa, « bourse européenne des PME de croissance ». Pour l’innovation… technologique au cœur du colloque Transvision, organisé par le courant français du transhumanisme. Quant à l’innovation… sociale, elle n’a pas été en reste, dans des cénacles fort différents : aux journées de l’économie organisées par le journal Le Monde à Lyon et, simultanément, au cabinet international de consultants Accenture allié pour la circonstance au Groupe SOS, lesquels recevaient « la référence mondiale de l’innovation sociale, de passage à Paris » (sic)[1], rien de moins ! Or, ce n’est là, bien sûr, qu’un petit échantillon de ces manifestations…

Par ailleurs, pour « ranger » ou inscrire l’innovation et assurer son succès dans ces « milieux » fort divers, il est devenu souvent clairvoyant de constituer des « écosystèmes d’innovation » ad hoc… par une « (re)territorialisation » de celle-ci !

Le premier effet d’une telle profusion, c’est forcément la confusion, en tout cas la difficulté grandissante de compréhension entre les locuteurs et leurs publics, mais entre publics, aussi ! On s’aperçoit, en effet, que le milieu d’où l’on parle détermine en partie l’acception que l’on a de la notion d’innovation : souvent, mais ce n’est qu’un exemple, les acteurs du numérique pensent et agissent comme si l’innovation dans et par le numérique épuisait en totalité le champ de l’innovation ; ailleurs, certains auteurs offrent des modèles de représentation clés en main : ainsi de l’innovation sociale et de l’innovation technologique qu’ils prédéfinissent par leur opposition réciproque !

Première tentative de prise de recul. Un épigone de Baudrillard pourrait s’interroger dans un sourire ironique : « A présent, si tout le monde l’évoque, et même l’invoque, n’est-ce pas que la notion d’innovation, elle-même, occupant ainsi tout l’espace sémantique, est en crise… et vouée à disparaître ? ». D’autres, plus logiciens, penseront qu’il n’y a là rien de bien spécial : « L’innovation étant bien ce qui, au cœur de la crise, fait passer du vieux au neuf ne saurait renvoyer qu’à une seule démarche : entreprendre de dessiner le neuf que l’on imagine et que l’on espère ! ».

Deuxième prise de recul. Moins anecdotique. A partir d’un retour sur l’histoire institutionnelle de cette notion d’innovation. Il y a 50 ans environ, c’est une petite tribu formée surtout d’économistes dits « experts nationaux », souvent ignorée des autres tribus d’économistes, qui a construit l’épistémologie pratique des domaines de la recherche et de l’innovation au niveau international. D’abord à travers l’écriture patiente d’un Manuel, le Manuel de Frascati, publié par l’OCDE : « référence méthodologique internationale pour les études statistiques des activités de recherche et de développement (R-D), il standardise la façon dont les gouvernements recueillent l’information sur les investissements en recherche-développement … (il) traite exclusivement de la mesure des ressources humaines et financières consacrées à la recherche et au développement expérimental (R-D) souvent qualifiées « d’intrants » de la R-D »[2]… et définit « les contours de la R-D, qu’il s’agisse de recherche fondamentale, de recherche appliquée ou de développement expérimental ».
Ce Manuel, outil commun des pays membres de l’OCDE bien adapté au projet sous-jacent des « Trente Glorieuses », n’a cessé d’être actualisé et accompagné de « recommandations et de principes directeurs applicables à la collecte et à l’analyse des données R-D attestées ». Entre temps, un second Manuel a vu le jour en 1992 à Oslo, qui prenait acte de la difficulté grandissante à prendre en compte… l’innovation ! Une innovation est « la mise en œuvre d’un produit (bien ou service) ou d’un procédé (de production) nouveau ou sensiblement amélioré, d’une nouvelle méthode de commercialisation ou d’une nouvelle méthode organisationnelle dans les pratiques d’une entreprise, l’organisation du travail ou les relations extérieures ». Depuis 2005, nous en sommes à la troisième édition du Manuel d’Oslo. Celle-ci concerne toujours « les activités d’innovation dans l’industrie » et tient compte, y est-il dit, des « progrès réalisés dans la compréhension du processus de l’innovation, de l’expérience acquise lors de la précédente série de recherche sur l’innovation ». Elle « tient également compte de l’ouverture du champ d’investigation vers d’autres secteurs de l’industrie et des dernières révisions de classifications des normes internationales » [3]

Manuel de Frascati, Manuel d’Oslo…. Mes souvenirs personnels sont ce qu’ils sont, mais, de mon parcours de technocrate, puis en observant de loin en loin ces types de travaux relatifs à l’innovation, j’ai retenu deux choses :
-  n’existe que ce qui est enregistré, et seul ce qui est enregistré légitime ce qui continuera d’exister
-  la mesure conditionne l’enregistrement et, lorsqu’on vise une acception partagée au plan international, on mesure bien ce qui est modulable par des caractéristiques techniques et échangeables par l’équivalent général qu’est la monnaie.

Bref, si je dis vrai, la notion d’innovation telle qu’elle se présente à nous aujourd’hui, c’est-à-dire enregistrée dans des Codex, des appareils statistiques, des dispositifs critiques, que sais-je encore ?,… est bien avant tout le produit d’un « construit social » où « la technologie orientée marché » et « le marché orienté technologie » campent de concert au cœur d’un système d’enregistrement des actes émanant en priorité d’organisations que nous appelons « entreprises » ; système, en outre, conforté depuis 30 ans par de fortes dynamiques de financiarisation des économies des pays de l’OCDE et d’ouverture commerciale mutuelle via des Traités d’échanges bi ou multilatéraux.

Un tel construit social international a engendré une « réduction épistémique et stratégique » de l’innovation à une seule logique de développement, celle d’un immense « technomarché » en voie de globalisation ou peu s’en faut. Enfin, ce construit aura fini par inspirer nos représentations au point de conférer à l’acte d’innover « un mode d’être » de plus en plus restreint : d’abord, celui-ci n’est enregistré, donc reconnu, que doté d’une finalité économique ; puis, il doit répondre d’une finalité économique et performante ; au point que l’on finit aujourd’hui par le fonder, consciemment ou non, sur une finalité économique, performante et concurrentielle (sur des terrains de jeu de plus en plus larges et des durées de temps de plus en plus courtes).

Quelques dizaines d’années d’une telle orientation inscrite et consacrée dans les dispositifs intellectuels, techniques et pratiques des « grands pays développés » provoque insensiblement l’effet  - il m’arrive souvent de le dire ainsi -, d’une « perte de capacité de représentation de la diversité des possibles de l’innovation chez ses acteurs potentiels mêmes ».

Il serait donc temps « d’élargir » la notion d’innovation comme on « élargit » un détenu, qu’on le libère ! Autrement dit, il serait temps d’enrayer le puissant mouvement de réduction épistémologique et stratégique dont la notion d’innovation a été l’objet d’enregistrement depuis 50 ans environ et de légitimer ses formes les plus diverses dans la perspective de rendre à un monde que l’on souhaite pluriel tout autant ses couleurs que ses chances de pérennité.

Réfléchir et agir en ce sens justifie et explicite, au moins en partie, l’objectif que s’est fixé l’événement dont nous parlions au début de notre propos : « Réinventer l’alliance entre les sciences et les sociétés ». Et si les initiateurs de ce colloque-forum pensent, en outre, qu’il s’agit là d’un impératif démocratique, c’est en effet parce qu’il leur apparaît que nos sociétés ne sauraient être durables sans leur claire auto-compréhension :
qu’elles sont, elles-mêmes, le lieu d’innombrables interactions entre leurs acteurs, interactions envisagées comme sources de connaissances, de recherches, d’innovations, d’investissements et de financements
- qu’elles doivent débattre des valeurs qui portent ces interactions et, en conséquence, de la légitimité à donner à ces interactions une visibilité d’enregistrement (qu’elles n’ont jamais eue jusqu’à présent) quand elles dessinent des futurs souhaitables au service d’un monde pluriel re-légitimé.

Il y a, n’en doutons pas, plusieurs façons d’aborder le problème que nous posons ici (et dont nous limitons l’objet, on le rappelle à la question même de l’innovation). Voici néanmoins, pour l’exemple – pour l’exemple, j’insiste ! –, quelques interrogations qui prétendent esquisser un questionnement possible.

Faire le choix d’« élargir » la notion d’innovation revient à la fois à présupposer la recherche d’un monde pluriel et à contribuer à engendrer la ré-emergence de ce monde pluriel… par son « enregistrement ». Un monde apparaîtrait, en effet, appelant des trajectoires d’innovations, d’investissements et de financements inscrits dans des desseins multiples et divers. Ce faisant, que devrait-on donc « donner à voir » de ces trajectoires pour inscrire nos sociétés dans un tel schéma, et, in fine, quel type de regard devrait inspirer leur indexation ?

Devrait-on orienter le regard vers la recherche d’un « vivre-ensemble » et, dans ce cas, devrait-on donner à voir les interactions, aujourd’hui souvent invisibles et donc non enregistrées, qui concernent les relations qu’entretiennent tous les acteurs d’une société engagés dans des innovations, investissements et financements, interactions identifiables par les caractéristiques des liens et interfaces que ces relations expriment ?[4] (je signale que la tonalité générale de ce colloque-forum privilégiera, selon toute vraisemblance, un tel regard).

Devrait-on orienter le regard vers la recherche de « causes communes » que dessinent (ou ne dessinent pas), au sein et entre les sociétés, leurs innovations, investissements et financements ? Dans ce cas, les causes communes pourraient être repérées par rapport à chacune des quelques grandes finalités présumées de toute innovation, tout investissement, tout financement que nous identifions ainsi : finalité scientifique et de connaissance ; finalité économique et financière ; finalité sociale et sociétale ; finalité écologique et biologique ; finalité politique et militaire ; finalité culturelle et éducative. 

Devrait-on orienter le regard vers la caractérisation de la portée spatiale et/ou de la portée temporelle, réelle(s) ou supposée(s), des innovations, investissements et financements ? Autrement dit, faut-il imaginer d’indexer les innovations, investissements et financements à l’aune de grilles qui en qualifieraient la portée spatiale (portée locale ; nationale ; internationale y compris, pour nous, européenne) et/ou la portée temporelle (portée de court terme ; de moyen terme ; de long terme),…. ? Une telle profondeur subsidiaire, dans l’espace et/ou dans le temps, aurait-elle ainsi la vertu de rendre compte de nos gestes en nous délivrant, relativement au moins, d’un court-termisme ou d’un ego-occidentalisme préoccupants ?

Devrait-on orienter le regard vers la nature des « collectifs » concernés par les innovations, les investissements et les financements associés ? Dans ce cas, l’innovation serait alors distinguée, enregistrée et indexée selon qu’elle répond ex ante ou ex post à un intérêt individuel, à un intérêt commun, à un intérêt public, ou encore à un intérêt général et ce, à chacun des niveaux d’organisation des collectifs.

Devrait-on rapprocher entre eux certains de tous ces regards, et, le cas échéant, lesquels ? Pourquoi et comment ?

Devrait-on, enfin, envisager d’autres regards pour « élargir » la notion d’innovation que ceux que nous avons choisi d’exposer ici pour leur vertu à re-symboliser, à re-conventionner l’innovation et, de la sorte, à s’éloigner des excès, aujourd’hui demi-séculaires, des « regards Frascati ou Oslo », fort restrictifs ?

Plusieurs moments de ce colloque-forum aborderont quelques-unes de ces questions ambitieuses et, on l’espère, en approfondiront, en enrichiront les problématiques les plus pertinentes et les plus importantes. A l’Espace Cardin les 7 et 8 janvier 2015. Entrée libre sur inscription [5].

Jean-Paul Karsenty 


[1]   Le Britannique Geoff Mulgan, CEO de NESTA (National Endowment for Science, Technology and the Arts) et consultant.
[2]   Extraits de Wikipedia, « Manuel de Frascati », novembre 2014
[3]   Extraits de Wikipedia, « Manuel d’Oslo », novembre 2014
[4]   Les liens et interfaces qui peuvent caractériser les interactions entre tous les acteurs dans leur relation d’innovation, d’investissement et de financement sont nombreux et d’une très grande diversité. Pour fixer les idées, en voici quelques-uns: coopération, coopétition, controverse, charte, dynamique de reconversion, exercice de prospective, expertise, incitation, indicateur de situation, label, médiation, narration, norme technique, notation, mesure d’empreinte, méthode de participation à des choix,  programmation commune de choix, propriété, représentation, standardisation, tutorat,…. 
[5]   http://alliance-sciences-societe.fr/iriss/

Programme du colloque

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Internet va-t-il tuer le capitalisme ?

L'Institut G9+, association d'anciens élèves de grandes écoles, organisait sa rencontre annuelle le mardi 25 novembre et recevait Jérémy Rifkin et Jacques Attali pour débattre sur la question : "Internet va-t-il tuer le capitalisme ?", entourés de Clara GAYMARD, CEO General Electric France et de Jean-Marc DANIEL, économiste, Professeur associé à l'ESCP Europe et Directeur de rédaction de la revue Sociétal.

Sous un titre volontairement provocateur, l’Institut G9+ souhaite poursuivre son travail d’éclaireur des tendances qui transforment en profondeur notre société. La troisième révolution industrielle, celle d’un internet ubiquitaire qui met désormais en œuvre une intelligence collective mondiale mais aussi le monde réel via l’internet des objets, la robotique et l’intelligence artificielle, est-il un fait acquis, irréversible, rapide et de magnitude globale ? Ce qui l’est moins, ce sont les impacts sociaux qui vont irrémédiablement bouleverser nos vies, nos institutions, le management et l’organisation des entreprises tels que nous les connaissons, les organisation politiques, syndicales, associatives, communautaires.
En juin, lors d'un précédent événement « ils font parler les datas pour accélérer l’innovation », le G9+ avait analysé le mouvement de « mise en données de nos vies » enclenché par la connexion du monde réel et la capacité de traitement, à la demande, via le cloud, de gisements de données sans précédent, afin d’anticiper, de prédire de la micro seconde, à l’heure, à la journée, au mois prochain, et de tenter de réduire la complexité et le stress d’un monde où les frottements s’amenuisent (phénomène d’éphémérisation).

Cette réalité, cette intelligence augmentée, alliées à une capacité inédite des hommes à s’organiser en réseau, quasi instantanément, avec des moyens d’action potentiellement mondiaux, le tout à coût marginal très faible, vient challenger de fait les références de pouvoir existantes.
Internet des objets, Big data, créativité et génie humains : notre époque fait face à des challenges immenses, mais les solutions semblent à portée de clic. Si la France doit se transformer, si les entreprises doivent anticiper leur désintermédiation, si le moment est venu de faire des choix, pour nous, pour nos enfants, le G9+ a souhaité tracer les grandes lignes de force du monde nouveau qui éclôt et prend un essor prodigieux sous nos yeux, avec les penseurs, chefs d’entreprise, économistes, écrivains invités à cette rencontre.

Pour cette 18ème rencontre annuelle, l’Institut G9+ a donc réuni des personnalités d’exception : Jeremy Rifkin, essayiste américain, spécialiste de prospective (économique et scientifique) ; Jacques Attali, écrivain, Président du Groupe PlaNet Finance, Jean-Marc Daniel, économiste, Professeur associé à l'ESCP Europe et Directeur de rédaction de la revue Sociétal et Clara Gaymard, CEO General Electric France.
Les débats ont été animés par Frédéric Simottel, rédacteur en chef de 01 Informatique. La conférence a été introduite par Luc Bretones, Vice-Président de l’Institut G9+. 

Comment Internet change le monde

En introduction, Luc Bretones rappelle quelques tendances marquantes de la numérisation de notre société : en deux siècles, la vitesse de diffusion de l’information a été multipliée par cent milliards. D’ici 2018, 4 milliards d’humains auront dans leur poche l’équivalent en puissance de calcul d’un super calculateur Cray 2 des années 90. Agé de seulement 20 ans,l’Internet tel que nous le connaissons représente la plus grande infrastructure d’innovation de l’humanité.

Internet va-t-il tuer le capitalisme ?

Pour Jeremy Rifkin, la réponse est clairement oui ! Nous sommes en train de vivre une troisième révolution industrielle. Ce qui caractérise toute révolution industrielle, c’est la conjonction de ruptures dans trois domaines : énergies, communications et transports (pour la première révolution industrielle : vapeur, télégramme et train. Pour la seconde : électricité, téléphone et automobile). Mais cette révolution industrielle se distingue des précédentes :Internet dote l’humanité d’une infrastructure et met à disposition de tous des moyens technologiques sans précédent. Mais alors, où sont les ruptures dans les domaines des transports et de l’énergie ? Elles sont en train d’arriver, sous l’effet d’Internet justement : voiture sans chauffeur, production d’électricité solaire décentralisée… Cette révolution, encore incomplète, prendra bientôt la forme d’un « super Internet des Objets », connectant tous les humains d’ici 2030. Cette infrastructure rendra aussi possible la production de services innovants à « coût marginal zéro », offrant d’incroyables opportunités à une nouvelle génération d’entrepreneurs.

Pour l’illustrer, observons seulement les phénomènes qui sont aujourd'hui notre quotidien : des pans entiers de l’industrie ont déjà subi une transformation. Cela a commencé par les contenus dématérialisés : la musique (les indépendants qui contournent les majors), la TV (les « youtubers » qui contournent les chaînes), les media (les bloggeurs qui contournent la presse), l’éducation avec les MOOCs, etc. Certaines des plus grandes industries du 20e siècle ne sontplus que l’ombre d’elles-mêmes. Le dernier obstacle majeur, celui des biens matériels, sera franchi avec l’avènement de l’Internet des Objets et de l’impression 3D. En conséquence, nous allons passer d’une économie de la propriété, à une économie du partage. D’ailleurs, c’est une nécessité pour relever le plus grand défi du siècle prochain, qui n’est autre que le changement climatique et ses conséquences dramatiques pour l’humanité.

"L'avenir de Jeremy Rifkin est l'avenir d'avant-hier !" répond Jacques Attali, pour qui la réponse est clairement non : Internet ne va pas tuer le capitalisme ! Pour lui, cette vision «rationaliste » est inexacte et dangereuse. La circulation de biens et de personnes bien réels qui sous-tendent cette économie mondialisée devra toujours être assurée. La vision d’une société où l’économie pourrait être développée à « coût marginal zéro » est une utopie car "L'intérêt des objets n'est pas le futur monde idéal et il sera bientôt balayé par le web sémentique, les nanotechnologies, les neurosciences,...".

Clara Gaymard nuance ce point de vue : grâce au numérique, il y beaucoup d’optimisations qu’un indicateur économique comme le PIB ne peut refléter. Par exemple, en permettant à des patients d’être soignés à domiciles, les avancées dans la domotique permettront d'économiser de l'argent, se traduisant par une diminution du PIB alors que le niveau de vie est amélioré !



Quel avenir pour le capitalisme dans ce monde nouveau ?

Jacques Attali définit le capitalisme de la manière suivante : tout comme la démocratie, il s’agit d’un mécanisme de répartition de la rareté. Dans notre société de plus en plus numérique, l’information n’est pas rare. L’énergie non plus. En réalité, il n’y a de véritablement rare que le temps. La voiture sans chauffeur n’est pas un sujet de mobilité, comme le dit Rifkin, mais de récupération du temps de transport à d’autres choses qui ont du sens. Ce qui est vraiment en train de se jouer avec Internet et la numérisation, c’est un meilleur usage du temps, "La rareté étant un moteur de la création".

"Internet ne tue pas le capitalisme, il invente autrement". Pour lui, le modèle prôné par Rifkin n’est pas souhaitable, car l’Internet des Objets poussé à l’extrême peut représenter un danger pour la liberté s’il est capté par un oligopole.
En rendant possible le contrôle de l’individu à tous les niveaux de son quotidien, il pourrait devenir l’instrument de la dictature : "Si on donne la priorité à la technologie,on crée une situation d'extrême précarité et on risque un retour vers une forme de dictature". Internet n’est pas la gratuité, mais le monopole : les GAFA qui opèrent l’essentiel d’Internet (Google, Amazon, Facebook et Apple) sont des monopoles. Pour Jacques Attali, le capitalisme n'a jamais été aussi puissant qu'aujourd'hui quand on voir Google ou les asqsurances : "Est-ce les assurances qui vont avaler les gestionnaires de données ou le contraire ?"

Pour Jean-Marc Daniel, la théorie de la fin du capitalisme et de l’avènement d’une société du « coût marginal zéro » s’appuie sur l’hypothèse des « rendements décroissants » (selon le principe : plus une terre est exploitée moins elle est fertile…). Ainsi, arrivé à un certain degré d’optimisation, le capitalisme ne parviendrait plus à générer de profits et s’autodétruirait. Or, dans le modèle de Rifkin, le progrès technologique et la concurrence, stimulés par Internet,devraient au contraire aboutir à des rendements croissants, et donc au renforcement du capitalisme ! Ainsi, difficile de prédire ce qu’il adviendra véritablement du capitalisme dans ce monde nouveau.

Quels enjeux pour les générations futures ?

Pour Jean-Marc Daniel, le monde appartient de moins en moins aux gestionnaires et de plus en plus aux entrepreneurs. Grâce à Internet, de petites équipes sont en capacité de produire des innovations et de créer de la valeur. Comme Rifkin, il pense que la chaîne de valeur sera dominée par les PME et les entrepreneurs, mais plutôt dans un âge d’or du capitalisme. Il met en garde sur la volonté de répliquer notre modèle à l’identique dans les pays émergents, ce qui produirait une croissance économique artificielle « par inertie », sans véritable progrès. La vraie création de valeur se fera par l’innovation sur nos propres marchés.

Enfin, Clara Gaymard souligne l’importance de l’éducation des générations futures. Pour elle, nous ne formons pas assez nos enfants sur deux choses : vivre dans un monde durablement incertain, et travailler en mode collaboratif. D’ailleurs, ce dernier point manque cruellement à l’éducation nationale, dont tout le processus d’évaluation est centré sur l’individu, ce qui est dramatique.

En conclusion de cette table ronde, Clara Gaymard précise que, même s’il ne faut pas se passer d’une réflexion sur l’éthique, le premier risque face à la révolution Internet, c’est la peur, notamment la peur du déclin. Frédéric Simottel résume alors les défis qui attendent notre génération : « Nous sommes tous des digital migrants ».

Et "L'avenir est aux entrepreneurs et aux créateurs et de moins en moins aux gestionnaires".

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