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Post-vérité, l'ère de l'indifférence

M’interrogeant sur la « post-vérité », ou ce qu’on appelle ainsi, j’ouvrai la page Wikipédia fort documentée et anormalement longue (détaillée et passionnante) pour une notion aussi récente. Sans doute la longueur des articles du net sur le net est-elle à proportion de la contemporanéité, pour ne pas dire de l’actualité bien que les deux notions aient tendance à fusionner, du concept. Un concept encore assez mal défini, et qui fut forgé en réaction à une série d’événements politiques et géopolitiques dont le mensonge de Bush Junior à propos des armes de destruction massive en Irak est le préalable, mais dont la multiplication, de la propagande du Brexit au grand déballage de « Bullshit » de Trump sont la consécration.

Raison pour laquelle l’expression d’ère « post-vérité » a été élue « mot de l’année 2016 » par le dictionnaire d’Oxford, qui la définit ainsi :

« ce qui fait référence à des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles. »

Le mot de l’année 2016

Ère post-vérité, ère de l’indifférence

Et si j’utilise le terme de « bullshit », c’est que Wikipédia me rappelle justement le titre de l’article du philosophe américain Harry Frankfurt, publié en 1986 : « De l’art de dire des conneries », où il distingue le mensonge qui s’appuie sur une reconnaissance de la vérité et la connerie qui se fiche éperdument de la simple distinction entre vérité et mensonge.

Entretien avec Harry Frankfurt à Princeton.

Or cette indifférence à la vérité a été très précisément analysée par Hannah Arendt dans « vérité et politique » où elle revient en philosophe sur le monde qu’Orwell avait décrit en romancier. C’est même là son point central, et je ne résiste pas à la tentation de la citer,

« … le résultat d’une substitution cohérente et totale de mensonges à la vérité de fait n’est pas que les mensonges seront maintenant acceptés comme vérité, ni que la vérité sera diffamée comme mensonge, mais que le sens par lequel nous nous orientons dans le monde réel – et la catégorie de la vérité relativement à la fausseté compte parmi les moyens mentaux de cette fin – se trouve détruit. » (« Vérité et politique », dans La crise de la culture, folio poche p. 327-328).

Autrement dit, le danger de la post-vérité n’est pas le mensonge, qui en soit peut même constituer une forme de liberté par rapport au factuel, mais bien l’indifférence à la distinction entre mensonge et vérité. Nous parlons ici de « vérité de fait », et si la prétention à la vérité peut aussi être un danger pour le politique en ce que le réel est soumis à des interprétations diverses et contradictoires, elle doit demeurer une idée régulatrice à moins de sombrer dans un parfait cynisme.

Hannah Arendt

Les traces du totalitarisme

Si Hannah Arendt me semble être une source stimulante pour comprendre l’ère post-vérité, ce n’est pas seulement parce qu’elle a écrit ce texte en 1964, (et déjà, dans les Origines du totalitarismes publié en 1951 elle en faisait état) et qu’à ce titre, on peut admettre soit qu’elle était visionnaire, soit que le concept de post-vérité remonte malheureusement bien plus loin que les lubies d’un Donald Trump adossées à l’exponentielle prolifération de la rumeur et de l’opinion indépendamment de tout fact checking que représente la Toile ; la post-vérité est la vérité de tout totalitarisme, autrement dit de toute politique où l’idéologie tend à se substituer intégralement au réel.

Totalitarisme dont l’école de Francfort, et Hannah Arendt elle-même montrent que certaines de ses tendances perdurent en démocratie, du fait de la structure de masse : la masse est la condition de possibilité du régime totalitaire, elle l’est aussi du capitalisme libéral – la publicité par exemple substituant là aussi à la valeur réelle d’une chose, une simple image, et peu importe que cette image soit fausse.

Homme privé – homme public

Hannah Arendt (Oct. 14, 1906 – 1975). Ryohei Noda

Revenons alors à la deuxième raison pour laquelle j’en appelle à Hannah Arendt, et à sa conception de la vie privée dans son opposition à la vie publique qu’elle emprunte à la philosophie grecque – ce qu’elle expose dans la Condition de l’homme moderne, paru en 1958 ; opposition qui me semble particulièrement pertinente pour comprendre la victoire de l’ère post-vérité.

Les Grecs distinguaient la vie privée et la vie publique de façon très différente de la nôtre, qui a vu émerger le phénomène du social, dépassant, voire abolissant cette distinction : la vie privée est celle de l’homme économique, indépendamment de son inscription dans le monde humain, c’est-à-dire le monde où l’on produit du sens reconnu et manifeste, des objets, et des œuvres, et tout ce qui, étant public, transcende l’homme privé aliéné à la seule nature.

« Vivre une vie entièrement privée, c’est avant tout être privé de choses essentielles à une vie véritablement humaine : être privé de la réalité qui provient de ce que l’on est vu et entendu par autrui, être privé d’une relation “objective” avec les autres, qui provient de ce que l’on est relié aux objets communs, être privé de la possibilité d’accomplir quelque chose de plus permanent que la vie. La privation tient à l’absence des autres ; en ce qui les concerne l’homme privé n’apparaît point, c’est donc comme s’il n’existait pas. » écrit Hannah Arendt (éd. Pocket, p. 99).

Et voilà que l’homme privé est devenu tout puissant. Tout puissant, mais demeurant privé, privé de cette transcendance qui caractérise le monde humain. L’ascension de l’homme économique est allée de pair avec la destruction du monde commun et du politique tout à la fois. Or « la réalité » est étroitement liée à l’idée de monde commun comme seul lieu d’une véritable existence humaine. C’est dans cet espace-là que peut avoir encore du sens la notion de vérité de fait, dans sa relation à la réalité humaine (et non scientifique) :

« Notre sens du réel dépend entièrement de l’apparence, et donc de l’existence d’un domaine public où les choses peuvent apparaître en échappant aux ténèbres de la vie cachée ».

Et dans « apparence », il ne faut pas entendre l’apparaître dans son opposition à l’être, mais au contraire comme sa révélation.

« Pour nous l’apparence – ce qui est vu et entendu par autrui comme par nous mêmes – constitue la réalité. Comparées à la réalité que confèrent la vue et l’ouïe, les plus grandes forces de la vie intime – les passions, les pensées, les plaisirs des sens – mènent une vague existence d’ombres tant qu’elles ne sont pas transformées (arrachées au privé, désindividualisées pour ainsi dire) en objets dignes de paraître en public. (…). C’est la présence des autres voyant ce que nous voyons, entendant ce que nous entendons, qui nous assure de la réalité du monde et de nous-mêmes (…) ».

« Moi en miroirs » (« me reflected »). Brian Snelson

Mise en scène du « moi privé »

Mais si l’individu privé, non pas dans sa singularité mais dans son conformisme, se substitue, à travers sa duplication, et la guise de relation que constitue le réseau, au monde commun, si la structure de « masse », remplace la notion de « commun » corrélative de pluralité, alors la réalité en effet n’a plus lieu d’être, sinon à s’éparpiller en de multiples points de vue, dont la vue ne porte pas sur une réalité commune, comme le proposerait le modèle monadologique de Leibniz, mais sur le point de vue lui-même, dans un reflet à l’infini de l’œil : le point de vue qui ne reflète plus le monde, mais bien le moi privé.

Et de fait, c’est encore le moi privé que la télévision vient mettre en scène aujourd’hui, non seulement celui d’anonymes qui par ce biais deviennent ce qu’il est convenu d’appeler des « people » ou « demi-people », exposant leur intimité et déplaçant ce qui auparavant n’était pas digne d’appartenir à la sphère publique, vers ce nouvel espace, où les choses apparaissent, mais délestées de toute possibilité de transcendance.

Cet espace d’apparaître est devenu le champ du public, et de ce fait la mort du public. Le privé l’a emporté, cédant la place à l’intimité de l’homme politique au détriment de son discours – aux émotions et à la psychologie au détriment de la pensée.

À ce titre, je citerais volontiers la phrase de Guy Carcassonne, constitutionnaliste, et trouvée sur Wikipédia, tiré du papier d’Éric Aeschimann dans Libération le 14 juillet 2004 :

« À tort ou à raison, les hommes politiques ont l’impression que l’appréciation que les Français vont porter sur eux ne sera pas liée à la qualité de ce qu’ils disent, mais à la rapidité et à l’intensité de leur émotion. »

ou encore Claude Poissenot dans The Conversation du 22 novembre 2016 :

« Les individus sont désormais définis par un « moi émotionnel ». Devenir soi-même est devenu une norme. (…) Le populisme de « l’après-vérité » (est) un effet pervers de la modernité qui invite les individus à se construire eux-mêmes »

Faillite du commun, faillite du langage

L’homme privé était jadis l’esclave. Il l’est encore aujourd’hui. C’est l’esclavage qui est devenu public, et de ce fait vertu. L’aliénation à des « valeurs » qui n’ont rien de partageable en tant que valeurs communes, puisqu’elles consacrent l’individualisme – ce qui est « à moi » et non aux autres, de la richesse à l’enfance, de la femme ou des enfants à la coiffure. Bref, tout ce qui était exclu du champ du politique et du monde humain par les Grecs.

La réalité commune qui définissait le monde humain, champ de l’action et de la parole, a fait faillite : chacun a la sienne, les communautés ont les leurs, les algorithmes s’occupent de ne les faire jamais se rencontrer. Faillite de l’idée même de vrai, et de toute prétention à établir quelque chose de commun à partir du réel.

Car pour établir quelque chose de commun, encore faut-il parler le même langage : faillite donc du langage qui s’est déconnecté de sa vocation à dire, au profit d’un simple accompagnement d’émotions, et qui pourrait en réalité se réduire à des interjections ou des onomatopées, mais auxquelles on a rajouté des story tellings. Le plaisir du récit n’a pas totalement disparu.

Car si l’on est dans une ère post-vérité, c’est donc qu’on est dans une ère post-langage. Certes, déjà les sophistes usaient du langage comme d’un simple outil de pouvoir, au demeurant fort rémunérateur (cf. Les Zemmour qui en font profession et gagnent très bien leur vie, à proportion de leurs outrances – l’outrance est aujourd’hui économiquement rentable) – ce qui tendrait à relativiser le préfixe de « post ».

Il semble pourtant que le phénomène se soit accentué. Et s’il est vrai que la Raison est soumise à un perpétuel mouvement dialectique, disons que nous sommes confrontés à sa figure la plus triste, à sa fixité la plus morbide, avant qu’elle-même ne se réinvente pour se libérer de ce qu’elle est devenue : la technique autonome d’un côté, la crédulité dans la parole humaine et sa valeur de l’autre.

Platon s’était érigé contre les sophistes pour asseoir l’idée du vrai qui sauverait et le logos et la pensée ; Descartes s’était érigé contre les sceptiques pour sauver la philosophie et la science ; c’est lors de crises majeures de la vérité que la philosophie s’est refondée. On peut espérer voir surgir le nouveau héraut du « critère ».

La reconnaissance du vrai contre l’opinion

Petit guide de la « post-vérité ». Phil Venditti

Pourtant, la société de masse semble être un phénomène nouveau au regard des millénaires passés, et rendre le différend d’autant plus irréductible : car lorsque le commun n’est plus, lorsque le moi est érigé en norme et dupliqué à l’envi, lorsque les réseaux et la toile offrent aux pulsions la possibilité d’immédiatement s’exprimer, lorsqu’il n’est plus de sanction face au mensonge puisqu’il se présente comme une opinion et que l’opinion est devenue toute puissante (le moi émotionnel étant son fondement inattaquable), puisque l’émotion elle-même n’entre pas dans le champ de la vérité ni celle du mensonge, et se dégage ainsi de tout débat pour le remplacer, dans ces conditions, qu’importe en effet la vérité ?

Ou la tentative d’ajuster ses propos à une réalité qui serait communément reconnue ? Comment résister à l’autonomie pure du discours qui se détache de ses conditions de validation ou de vérification. L’acte même de vérification est rendu caduc par l’indifférence au vrai.

Cette indifférence n’est pas universellement partagée, bien sûr, et il demeure des soldats de la reconnaissance du Vrai (parfois même fanatiques), qui vérifient incessamment, prennent des risques, recoupent leurs sources, mais la conséquence de leur action n’aura d’intérêt que pour ceux qui tiennent la vérité pour une valeur commune.

Les négationnistes ne font pas autre chose : le principe de contradiction n’a pas de prise sur eux ; la démonstration scientifique, le témoignage humain, rien ne peut les faire changer d’avis puisque leur avis relève d’une croyance, dont la clé d’intelligibilité n’est pas à chercher du côté de la passion scientifique, mais d’une passion d’un autre ordre. Le réel n’a pas de prise sur eux. Comme il n’en a pas sur les électeurs de Trump ou de Marine Le Pen.

La démocratie contre le « mensonge complet »

La vraie question devient alors : qu’est-ce que l’avenir d’une démocratie si ce que Arendt appelle la « vérité de fait » n’a plus lieu d’être ? Car « la possibilité du mensonge complet et définitif, qui était méconnu aux époques antérieures, est le danger qui naît de la manipulation des faits ».

Qu’en sera-t-il en outre pour les historiens, si

« Les chances qu’a la vérité de fait de survivre à l’assaut du pouvoir sont effectivement très minces : elle est toujours en danger d’être mise hors du monde, par des manœuvres, non seulement pour un temps, mais, virtuellement, pour toujours. » (p. 294) ; et en effet, « qu’est-ce qui empêche ces histoires, images et non-faits nouveaux de devenir un substitut adéquat de la réalité et de la factualité ? »
(Arendt, « Vérité et politique » p. 323)

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

 

 

The Conversation

 

Facebook

Facebook : Les grandes manœuvres

C’est la numéro 2 de Facebook, Sheryl Sandberg, qui s’est déplacée en personne pour annoncer la bonne nouvelle : le géant des réseaux sociaux va investir dans des startups françaises spécialistes des données individuelles, reconnaissant ainsi le talent de notre pays dans le digital. Cocorico ! Une annonce à quelques millions de dollars investis dans Station F, le projet ambitieux initié par Xavier Niel pour incuber à grande échelle nos meilleures pousses technologiques. En même temps, quelques autres poignées de dollars pour soutenir la création à Science po Paris d’un centre d’innovation des politiques publiques. En arrière-plan, le débauchage par Mark Zuckerberg, le boss de Facebook, des meilleurs talents américains en marketing politique nouvelle génération. Et puis, ces confidences discrètes sur la nouvelle appétence de Zuck pour la grande politique. Alors, au moment où un Donald Trump improbable devient président des États-Unis, Facebook prépare-t-il les grandes manœuvres pour conquérir, au prochain coup, la Maison Blanche ? Mark Zuckerberg, prochain président américain ? Yes he can !
 
Grand tralala et faste municipal pour accueillir Sheryl Sandberg, la COO, n° 2 de Facebook, mardi à la Halle Freycinet à Paris. Sur ce lieu de 34000 m2 imaginé par Xavier Niel pour incuber les meilleures pépites des nouvelles technologies, inauguration de l’espace Station F. Avec un F pour France ou Facebook, peu importe.
 
Facebook n’a pas la réputation d’être particulièrement philanthrope. Si le réseau social mise sur ce creuset des startups parisiennes, c’est pour dénicher « des projets qui valorisent les données pour créer des services utiles à la vie quotidienne, à la santé, aux transports et à l'éducation » indique le communiqué publié à l’occasion de cet événement. Remarquons, au passage, que ces secteurs ne sont pas choisis au hasard : ce sont les piliers de tout bon programme politique. Depuis longtemps déjà, Facebook sait que la maîtrise des données est affaire de pouvoir. Le politique ne peut plus se passer de ceux qui savent utiliser les empreintes numériques des citoyens. Rien n’est donc trop cher pour mieux traiter celles-ci, les décortiquer, les analyser et en tirer la substantifique moelle. Or Facebook est convaincu que la réputation de la France dans la qualité de ses ingénieurs data n’est plus à faire. Déjà, l’année dernière, le réseau avait créé son laboratoire dédié à l’intelligence artificielle à Paris. A cette occasion, il avait recruté quelques-uns de nos meilleurs cerveaux en la matière, au premier rang desquels figure Yann Le Cunn, grand maître du deep learning. Le choix de Paris et de l’incubateur de Xavier Niel n’est donc pas anodin car c’est là que Facebook recrutera, pour ses propres intérêts, la crème de la crème.

LIRE DANS UP : La guerre des cerveaux

Que Facebook investisse dans l’analyse des données et l’intelligence artificielle est finalement tout ce qu’il y a de plus normal. Le géant des données vient chercher du sang neuf là où il se trouve.  Néanmoins, hasard du calendrier ou pas, en même temps, une autre annonce tombe, avec certes moins d’éclat médiatique, mais singulièrement lourde d’intérêt. Facebook a décidé d’investir aussi dans la nouvelle École d’Affaires publiques de Sciences Po Paris. Tout le monde connaît Sciences po mais qu’est donc cette École d’Affaires publiques ? Yann Algan en est le doyen ; il a expliqué le champ de sa mission dans un article publié le 14 janvier dernier par Challenges. Pour lui, il ne s’agit rien de moins, avec cette École, que de faire la révolution ! Une révolution qui fera « évoluer le rôle de l’État vers un État-plateforme, une action publique 3.0 co-construite entre les citoyens et les services publics sur des plateformes. Le levier fondamental de cette transformation repose sur la capacité des plateformes à collecter des données en nombre et à les exploiter pour offrir de nouveaux services aux utilisateurs dans des conditions radicalement différentes, impliquant une co-production avec les usagers et les entreprises, en tirant tout le parti de la créativité de la multitude pour améliorer la vie des citoyens ». On comprend mieux l’intérêt de Facebook pour cette École : les données sont au cœur de sa mission.
 
Pour Yann Algan, l’enjeu est stratégique : « Le moment est venu de dessiner les contours futurs de l’État et de nos institutions en scellant une alliance nouvelle entre tous les savoirs, notamment les sciences humaines et sociales, et les technologies, pour dessiner de nouvelles politiques au service de l’intérêt général. » S’inspirant des méthodes de la Silicon Valley, Sciences Po inaugure aujourd’hui « un incubateur de politiques publiques pour former les responsables de demain à trouver des solutions innovantes et concrètes aux politiques publiques. » Un incubateur financé, entre autres acteurs institutionnels plus classiques, par… Facebook.
 
Révolutionner les politiques publiques est une idée qui trotte dans la tête de Mark Zuckerberg depuis quelques temps. En 2015 déjà, Wikileaks avait révélé les rêves politiques du patron de Facebook. Un email adressé à John Podesta le directeur de campagne d’Hillary Clinton et ancien chef de cabinet de la Maison Blanche sollicitait un entretien. Ce courrier, signé par Sheryl Sandberg, celle-là même qui vient d’annoncer ses investissements parisiens, contenait un passage éloquent : « Il [Marck Zuckerberg] est    particulièrement volontaire pour rencontrer quiconque pourrait l’aider à comprendre comment faire bouger les curseurs sur les questions de politiques publiques dont il se soucie. Il souhaite rencontrer des personnes qui puissent nourrir sa compréhension des opérations politiques pour changer les politiques publiques afin de poursuivre ses objectifs sociaux (comme l’immigration, l’éducation, et la recherche). »
 
Plus récemment, le 10 janvier dernier, Zuckerberg annonce sur son réseau avoir recruté David Plouffe, l’ancien directeur de campagne de Barack Obama. Une semaine auparavant, à l’occasion de ses vœux et de l’exposé de ses « bonnes résolution pour 2017 », le patron de Facebook écrivait que son « challenge » pour 2017 sera « d’aller à la rencontre des gens dans chaque État des États-Unis ». Une résolution qui avait les allures d’une pré-campagne électorale. Il n’en fallait pas plus pour qu’USA Today titre : « Mark Zuckerberg envisage-t-il de se lancer dans la course à la Maison Blanche ? »
 
Cette idée est-elle si fantaisiste que cela ? Mark Zuckerberg, après Trump, pourrait-il être président des États-Unis ? Dans un monde où l’intelligence artificielle se répand partout, où la donnée est le nerf de la guerre, le patron de Facebook n’est pas plus illégitime qu’un "petit" – en comparaison de la fortune de Zuckerberg – milliardaire de l’immobilier. Déjà il gouverne un pays de plus d’un milliard et demi d’âmes : son réseau social. Déjà, il est reçu comme un chef d’État dans tous les coins de la planète. Déjà ses décisions sociétales, économiques ou éditoriales représentent un impact et un poids politique inouï. Alors Zuck Président ? C’est possible. Mais, comme s’en inquiète le magazine Wired « De grands barons des médias ont déjà occupé de hautes fonctions politiques. Mais un baron des médias sociaux s'il était élu président, constituerait une expérience sans aucun précédent en politique et dans la capacité de contrôler nos perceptions. ».
En 2020, année électorale aux États-Unis, Mark Zuckerberg fêtera ses 36 ans ; l’âge légal pour se présenter aux élections présidentielles. Les grandes manœuvres ont commencé.
 
 

 

innovation disruptive

Répondre à l'innovation disruptive - Actions critiques

Une vague d’innovations déferle, portée par le numérique et demain par d’autres technologies émergentes (les « NBIC » (1)) , qui crée de nouveaux marchés et bouleverse l’économie de nombreux secteurs. Face à ces innovations disruptives, l’État doit définir sa position : un parti pris attentiste aurait un coût économique et social considérable et pourrait conduire à une perte de souveraineté. S'adapter aux nouvelles technologies ou les subir ?
Dans le cadre de ses missions d’anticipation et de concertation, France Stratégie lance le projet 2017/2027, visant à éclairer les enjeux de la prochaine élection présidentielle et propose donc une note analytique présentant deux options de solutions pour les pouvoirs publics : ouvrir le champ à l’expérimentation, en fixant les bornes à l’intérieur desquelles les innovateurs peuvent tester leurs idées avec l’appui des pouvoirs publics, ou édicter des principes généraux (soft regulation) et laisser les entreprises se lancer. La seconde option permet sans doute plus d’innovation, mais elle comporte également plus de risque et de responsabilité pour les entreprises.
Dans tous les cas, le partage d’informations avec les pouvoirs publics sera nécessaire pour garantir le respect des règles fondamentales (libertés, sécurité, etc.) et, au terme de ce premier déploiement, pour adapter la réglementation. 

Diagnostic

Le début du XXIe siècle est marqué par la transition numérique, une vague d’innovations technologiques puissante, susceptible d’affecter en profondeur et dans un laps de temps très court nos sociétés. Être capable de saisir cette vague comme une opportunité pour se transformer, plutôt que de la subir, dépend de notre attitude devant ce qu’il est convenu d’appeler l’innovation disruptive. Face à des marchés d’innovation radicale, où les premiers arrivés peuvent acquérir des positions dominantes décisives, et faire disparaître au passage d’autres marchés et les acteurs économiques installés, rester en retrait et voir venir peut entraîner des coûts économiques et sociaux considérables. Répondre à l’innovation disruptive suppose de prendre des risques, donc d’accepter d’éventuels échecs, de faire face à leurs possibles conséquences négatives et d’être capable d’en tirer toutes les leçons. Ce positionnement concerne aussi bien les citoyens, les entreprises que la puissance publique. Si nous n’incorporons pas l’innovation de façon proactive, cette dernière finira tout de même par s’imposer, de façon encore plus disruptive.
 
De nombreux exemples, récents ou à venir, illustrent à la fois l’ampleur des enjeux et les difficultés rencontrées par les pouvoirs publics pour fixer une ligne de réponse qui permette à toutes les entreprises, celles qui portent l’innovation comme celles qui la subissent, d’anticiper les évolutions du marché et d’investir dans un cadre suffisamment prévisible. Aujourd’hui, les nouveaux acteurs voient d’une part leur essor freiné par un cadre réglementaire qui peine à intégrer des modèles d’organisation inédits et encore très minoritaires, notamment du fait de la résistance qu’imposent les entreprises en place. Et d’autre part, il est facilité par la présence de zones grises dans la réglementation qui leur donnent un avantage concurrentiel par rapport aux acteurs installés.
 
Dans le secteur des mobilités, les plateformes numériques telles que Uber ou Blablacar ont considérablement augmenté l’offre de service, en élargissant la brèche engagée dans le monopole des taxis par les véhicules de transport avec chauffeur (+ 12 000 VTC en trois ans en Île-de-France) ou en assurant des trajets délaissés par la SNCF. Face à ces transformations, les pouvoirs publics oscillent entre encouragement (ouverture aux VTC) et protection des acteurs existants (rapport Thévenoud) [2]. Au final, les expérimentations se font sous l’impulsion des plateformes, mais de façon chaotique (soubresauts dans le prix des licences de taxi, service UberPop finalement interdit, tensions sur le partage des revenus entre plateforme et chauffeurs) : les pouvoirs publics courent derrière.
 
La voiture sans chauffeur a également bénéficié d’une adaptation réglementaire [3]. Cependant, les vrais défis sont encore à venir et l’évolution réglementaire (responsabilité en cas d’accident, droit du travail, fiscalité…) sera encore fortement sollicitée lorsque les véhicules autonomes viendront bouleverser les secteurs du transport de marchandises ou de la mobilité (transport routier, taxi, bus, etc.). Si nous ne sommes pas capables de répondre suffisamment rapidement à ces besoins d’évolution réglementaire, des véhicules autonomes pourraient arriver plus rapidement à maturité à l’étranger et pénétrer le marché français, en mettant en péril les 200 000 emplois directs de l’industrie automobile.
 
Pour leur part, les drones ont pu commencer à se développer en France du fait que le cadre réglementaire était propice [4] , avant qu’un cadre européen plus restrictif ne soit proposé, tenant compte notamment des risques de collision. Aujourd’hui, des espaces de développement pour les usages professionnels du drone restent cependant largement ouverts.
 
Les secteurs de l’hôtellerie et du tourisme ont eux aussi connu plusieurs bouleversements, le dernier en date étant le développement d’offres concurrentielles émanant des particuliers (ex : Airbnb, Abritel), qui a élargi considérablement l’offre d’hébergement (en 2015, Airbnb offre 176 000 hébergements en France et Abritel en affiche 74 000, quand le nombre d’hôtels est d’environ 17 000, représentant plus de 600 000 chambres). Là encore, la régulation sectorielle s’adapte au coup par coup pour traiter les problématiques que soulèvent ces nouveaux acteurs (ex : collecte de la taxe de séjour, taux de commission, clarification du seuil d’activité professionnelle).
 
Les secteurs de la banque et de l’assurance n’en sont qu’au début de leur transformation : par la multiplication des moyens de paiement dans le secteur bancaire, par l’augmentation des sources d’information sur les assurés via les objets connectés dans le secteur de l’assurance. S’agissant de services susceptibles d’être intégralement fournis en ligne, le risque est grand de voir une part significative de l’activité disparaître du territoire français si des solutions innovantes sont fournies directement depuis l’étranger, notamment au Royaume Uni où le régulateur bancaire a pris certaines dispositions en faveur de l’innovation [5]. La banque représente 2,7 % de la valeur ajoutée et 2,3 % de l’emploi salarié en France.
 
Le secteur de la santé (près de 12 % du PIB) connaîtra lui aussi des transformations profondes, via l’instauration d’un suivi personnalisé et continu des patients. Déjà engagée dans le cas de certaines affections de longue durée, cette transformation va bouleverser le système médical, notamment le métier du médecin traitant, qui intervient principalement aujourd’hui de façon ponctuelle pour un traitement curatif mais qui pourra intervenir demain de façon plus suivie et jouer un rôle préventif plus affirmé.
 
De nombreux secteurs vont par ailleurs être affectés par le déploiement de l’intelligence artificielle qui se fait actuellement sans encadrement juridique particulier, si ce n’est celui de l’exploitation des données personnelles. Cependant, l’utilisation de l’intelligence artificielle n’est pas sans risque. Si les grandes entreprises se sont dotées d’un « comité d’éthique », cette initiative privée ne saurait remplacer à terme un encadrement légal.
 
Au final, les innovations se déploient, les expérimentations ont lieu, parfois même sur le territoire français aux marges de la légalité. Mais nombre des innovations mentionnées sont portées par des plateformes étrangères, qui acquièrent au passage une puissance de marché considérable. Cet état de fait n’est cependant pas figé. Uber pourra se faire ubériser, dès lors que des transactions décentralisées seront possibles de façon sécurisée, notamment grâce à la technologie blockchain. Favoriser l’innovation est aussi un moyen d’assurer le passage à l’innovation suivante.
Pour garantir l’égalité des chances face à la révolution numérique, la solution n’est pas de fermer notre économie et notre société aux innovations mais au contraire de les y confronter, en les dotant d’outils pour que ces innovations puissent se développer, être incorporées et diffusées. Qu’il s’agisse de réglementations sectorielles ou transversales, les pouvoirs publics doivent prendre la mesure des changements à venir et y apporter une réponse constructive fondée sur des principes explicites et un processus clair.
 
Différents modes de régulation sont possibles. En France, au tout début du XIXe siècle, les questions de « risques industriels » – assimilés à des troubles de l’ordre public – étaient du ressort des collectivités locales et de la police. Pour éviter tout problème avec la population, les autorités locales préféraient souvent interdire ces installations nouvelles, ce qui a eu pour effet de bloquer le développement de l’industrie française. En 1810, une loi est adoptée pour mettre en place une normalisation de la réglementation sur tout le territoire – vérifiée par un corps d’inspection –, contribuant à l’essor de l’industrie. Ce régime de contrôle systématique a été assoupli en 1866 avec la création d’un régime de simple déclaration, où la responsabilité était renvoyée sur l’industriel.
 
L’attitude à adopter face à l’innovation disruptive renvoie à la façon d’appliquer le principe de précaution, qui exige une vigilance systématique face aux risques potentiels associés à une décision. Pour ce faire, une procédure d’évaluation des risques doit être mise en place via des programmes de recherche et des expérimentations encadrées, ainsi que des mesures provisoires et proportionnées pour parer à un dommage éventuel.

Les deux options

Pour assurer une capacité d’innovation au niveau national et faciliter l’adoption de nouveaux usages, l’État doit se doter de mécanismes de réponse à la disruption. L’objectif est de donner de la visibilité aux entrepreneurs, aux acteurs en place et aux citoyens, en portant une politique pro-innovation à tous les niveaux de décision de l’action publique. Deux grandes options sont envisageables, et rien n’empêche d’adopter l’une plutôt que l’autre, secteur par secteur, selon que l’on juge que l’émergence de biens et services innovants revêt une plus ou moins grande complexité ou requiert une plus ou moins grande rapidité d’adaptation. Cependant, quelle que soit la solution adoptée lors du premier déploiement d’une innovation, sa diffusion de masse exigera in fine un nouveau cadre réglementaire stabilisé.
 
OPTION 1 : RECOURIR À L’EXPÉRIMENTATION : UNE TRANSFORMATION PAR ESSAI ET ERREUR
 
Parce que l’innovation prend des formes variées et dispose de grandes capacités d’ajustement et de personnalisation, l’expérimentation, dans un cadre contrôlé par les pouvoirs publics et limité dans le temps, permettrait de tester différentes solutions, d’identifier leurs effets positifs et négatifs, pour au final favoriser un déploiement à grande échelle dans les meilleures conditions. Ce mécanisme souple conduirait à lancer sur le marché de nouveaux biens et services mais, face aux disruptions qu’ils peuvent entraîner, il donnerait à l’État, grâce aux échanges d’informations, les moyens de réagir afin de prendre les mesures correctives nécessaires.
De tels dispositifs d’expérimentation existent déjà en France : mise en œuvre de politiques publiques locales dérogatoires par des collectivités territoriales [6] ; initiative France Experimentation [7] qui permet de déroger à certaines réglementations contraignantes dans le cadre d’un appel à projet ; acte législatif ad hoc pour un périmètre sectoriel donné (par exemple, les expérimentations de véhicules sans chauffeur sont autorisées par une ordonnance [8] ou celles sur l’utilisation de fréquences, attribuées par l’ARCEP, sont renforcées par la loi pour une République numérique).
L’idée est ici d’assurer une plus grande réactivité des pouvoirs publics et d’ouvrir de façon plus systématique le recours à l’expérimentation, en adoptant une loi, voire en modification la Constitution, pour fixer le cadre de son application. Dans ce schéma, un porteur de projet identifierait les lois, normes et réglementations auxquelles il souhaite pouvoir déroger pour tester son innovation, ainsi que l’extension géographique et la durée envisagée. Le projet présenté comprendrait également les modalités suivant lesquelles seraient transmises les informations nécessaires à l’évaluation technique et socioéconomique de l’expérimentation. La sélection des projets se ferait au fil de l’eau par un comité ad hoc chargé d’informer les organismes de contrôle et d’évaluation concernés.
 
Dans un cadre de ce type, le soutien à l’expérimentation d’innovations serait donc intégré aux missions des administrations [9], ce qui favoriserait leur apparition en France et leur diffusion. Certes, le régime dérogatoire, qui permettrait à certaines entreprises de s’abstraire des réglementations sectorielles et transversales, ferait naître un risque de distorsion de concurrence. Mais ce risque serait circonscrit, car la portée de l’expérimentation resterait limitée dans l’espace et dans le temps.
Par exemple, en ce qui concerne le véhicule autonome, les innovations seraient testées sur certaines routes dûment identifiées, après information des autorités concernées.
 
OPTION 2 : ÉNONCER LES GRANDS PRINCIPES : UNE RÉGULATION SOUPLE (SOFT REGULATION) QUI LAISSE L’INITIATIVE AUX INNOVATEURS
 
Dans cette seconde option, de façon à laisser le champ le plus large aux innovations et à inciter à la prise de risque, l’État n’effectuerait pas de contrôle détaillé a priori mais édicterait des principes inscrits dans un code de l’innovation, qui, dès lors qu’ils seraient respectés, permettraient aux entreprises de mettre en œuvre, sous leur responsabilité, leurs innovations sans limite dans le temps.
 
Les missions des administrations évolueraient, en intégrant la publication d’avis et de lignes directrices sur les secteurs relevant de leurs compétences. Ces avis pourraient être demandés directement par des entreprises, avec un délai de réponse rapide imposé aux administrations, selon un mécanisme s’apparentant au rescrit fiscal ou social[10]. Si une entreprise ne respectait pas ces principes, les mécanismes classiques de contrôle se mettraient en place (contrôle administratif, par le juge…). Si la régulation souple s’avèrait déficiente, le retour à l’arsenal législatif pourrait toujours intervenir.
En contrepartie de cette souplesse, les entreprises seraient soumises à un régime déclaratif, identifiant les champs législatifs ou règlementaires impactés, de manière à partager régulièrement les informations pertinentes avec les administrations concernées, comme dans le cadre de l’expérimentation. Ainsi les administrations seraient en mesure de suivre la mise en œuvre ou la commercialisation de l’innovation, de prendre en considération ses effets, et, le cas échéant, de faire évoluer la réglementation.
 
Cette solution délèguerait une partie de la définition des règles au niveau des entreprises ou du secteur d’activité. Mais elle supposerait que le fonctionnement des administrations évolue – de façon à être en mesure d’apporter de façon rapide leur expertise à des innovateurs –, et elle modifierait également le partage des responsabilités : n’étant plus couvertes par une réglementation détaillée, les entreprises s’exposeraient davantage à des recours en justice et au paiement des dommages correspondants en cas d’incidents liés à la mise en œuvre de leurs innovations.
 
Par exemple, en ce qui concerne le véhicule autonome, dès lors que seraient clarifiées les responsabilités et que seraient établis certains standards techniques permettant de s’assurer que la justice dispose des éléments nécessaires pour trancher en cas de litige (boîte noire), la circulation de véhicules sans chauffeur ne ferait pas l’objet de restrictions particulières et pourrait se déployer au gré des avancées technologiques.
 
ÉTAPE FINALE : L’ADAPTATION DE LA RÉGLEMENTATION
 
Ces options décrivent deux processus distincts pour répondre aux innovations disruptives et les accompagner. Le droit à l’expérimentation offre un cadre qui permet de limiter les risques pour la sociétée et les entreprises, et ce dans un temps limité, avant d’envisager le déploiement des innovations à grande échelle. Cette option paraît plus adaptée à des secteurs mettant en danger la vie humaine ou affectant des droits fondamentaux. La soft regulation permet, elle, de laisser libre cours aux innovateurs, avec pour seul cadre les principes fondamentaux, sans limite temporelle prédéfinie.
 
Les deux options se rejoignent sur le partage de données avec les administrations, indispensable à l’évolution des réglementations, entraînant nécessairement une adaptation du fonctionnement de ces dernières qui seront amenées à échanger et collaborer plus étroitement avec les entreprises.
En effet, quelle que soit l’option choisie afin d’accompagner les innovations disruptives, le processus aboutirait inéluctablement, à l’issue de cette phase de déploiement, à l’adaptation de la réglementation. Selon les cas, et en fonction des informations récoltées, celle-ci se ferait de manière à favoriser la diffusion la plus rapide possible de l’innovation, ou de manière à mieux la contrôler.
Par exemple, en ce qui concerne le véhicule autonome, de nouvelles normes de sécurité finiraient par être établies, qui pourraient avoir un effet décisif sur la diffusion du véhicule non seulement auprès des particuliers, mais aussi dans les secteurs économiques tels que le transport de personnes ou de marchandises.
 
Julia Charrié et Lionel Janin – France Stratégie
 
1. Nanotechnologies, Biotechnologies, Informatique, sciences Cognitives (intelligence artificielle).
2. Thomas Thévenoud a remis au Premier ministre, le 24 avril 2014, le rapport de la mission de concertation taxis-VTC intitulé Un taxi pour l’avenir, des emplois pour la France, qui formule trente propositions relatives à l’encadrement des activités de taxi et de VTC.
3. Ordonnance n° 2016-1057 du 3 août 2016 relative à l'expérimentation de véhicules à délégation de conduite sur les voies publiques https://www.legifrance.- gouv.fr/eli/ordonnance/2016/8/3/DEVR1615137R/jo/texte
4. Classification de ces engins comme relevant du loisir avec peu de restrictions sur les conditions de vol.
5. Le régulateur financier britannique (Financial Conduct Authority) a ouvert un « innovation hub » pour conseiller les start-up de la Fintech.
6. Depuis 2003, les collectivités territoriales disposent d’un droit à l’expérimentation leur permettant d’adapter les lois et règlements nationaux aux situations locales par l’introduction dans la Constitution d’une disposition (article 72 al. 4).
7. Lancée en juin 2016.
8.Ordonnance sur l’« Expérimentation de véhicules à délégation de conduite sur les voies publiques », présentée en Conseil des ministres le 3 août 2016.
9. Comme cela a déjà été fait sur certains sujets, par exemple par l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes via son livre blanc « pour préparer la révolution de l’internet des objets » pour favoriser l’expérimentation.
10. Le rescrit fiscal est une prise de position formelle de l'administration fiscale saisie par un contribuable. En cas d'interrogation sur la fiscalité applicable à une situation précise, la procédure du rescrit permet d'obtenir une réponse précise et définitive opposable à l'administration, y compris si la solution donnée est contraire à la loi. Le rescrit fiscal fait ainsi prévaloir la sécurité juridique du contribuable sur le principe de légalité et de hiérarchie des normes. Le rescrit social permet à un cotisant d’obtenir une décision explicite sur « toute demande posant une question nouvelle et non dépourvue de caractère sérieux ayant pour objet de connaître l’application à une situation précise de la législation relative aux cotisations et contributions de sécurité sociale contrôlées par les Urssaf ».
 
 

 

innovation disruptive

Pour en finir avec l'innovation "disruptive"

Pas un jour sans tomber sur un article, un blog, un communiqué de presse qui, d’une manière ou d’une autre, se gargarise de la notion "d’innovation disruptive". Non pas que l’innovation de rupture soit mauvaise en soi, mais plutôt sa quête effrénée, son adulation telle un nouveau Saint-Graal. Et non ! Ma voix ne se joindra pas à ce chœur bêlant. Et voilà pourquoi.

Innovation disruptive Quésaco ?

L’innovation de rupture (ou disruptive) est un terme inventé dans les années 1990 par le professeur de Harvard Clayton Christensen. L’innovation de rupture est un processus au sein duquel une innovation initiale occupe une niche qui paraît inattractive pour ensuite transformer un marché ou un secteur en introduisant de la facilité et accessibilité là où prévalaient les complications et coûts élevés et aboutir à la création d’un nouveau marché, radicalement différent des marchés existants.
Il peut s’agir d’innovation technologique (technologie de rupture), dans le domaine des produits ou des services, ou encore dans le positionnement stratégique d’une entreprise (comme peuvent l’être des stratégies Océan Bleu). Les ordinateurs personnels ou l’Iphone sont traditionnellement considérés comme des innovations de rupture. Toutefois, toute innovation n’est pas forcément disruptive, et Clayton Christensen a réagi en 2015 dans un article détaillé sur l’utilisation inflationniste du terme.

Des présupposés douteux

Beaucoup d’aveuglement, de présupposés et de non-dits autour de la quête effrénée de l’innovation de rupture : globalement, il est sous-entendu qu’elle n’apporterait que des avantages et devrait être activement recherchée, forme de nouvelle injonction envers les entrepreneurs.
Elle serait au service d’une « croissance verte », de la « transition énergétique ».
Or la « croissance verte » est un mythe, comme celui des « énergies 100% renouvelables », nouveaux termes de novlangue. Les démarches de la « star » Elon Musk comme de Bertrand Piccard ressemblent plutôt à du « Greenwashing », ce que le lecteur comprendra plus bas en poursuivant sa lecture.
 
Elle s’appuie massivement sur la digitalisation, l’hyperconnection, l’internet des choses. Or la digitalisation, autre concept novlangue que nous aimerions bien pourfendre à l’occasion, occulte largement - voire complètement - les ressources matérielles et énergétiques nécessaires à sa réalisation et son exploitation, la fragilité générée par les dépendances entre les systèmes, et la possible prochaine baisse de disponibilité et stabilité d’internet (le « capacity crunch »).
 
Elle devrait être un processus voulu, conçu, donc logique, déductif et rationnel (logique du « compliqué » selon le modèle Cynefin), avec un pronostic raisonnable de succès. Or, d’une part, la grande majorité des innovations (voulues) échouent, alors que les succès, y.c. disruptifs, se sont révélés comme tels a posteriori (logique du « complexe » selon le modèle Cynefin), souvent comme des anomalies ou des ratages (pensons à la pénicilline).
 
L’innovation (disruptive) est donc comme un jardin dont on peut prendre soin : si quelque chose de valable émerge, il aura fallu un peu de travail, pas mal de temps et beaucoup, beaucoup de chance, un facteur qu’on peut activement travailler d’ailleurs, selon le professeur Philippe Gabillet. Pousser plus fort la disruption ne la fera pas apparaître par enchantement, pas plus que tirer sur le gazon ne le fait grandir...

Que faire alors ? Décroissance subie ou volontaire ?

 
 
Les choses sont on ne peut plus claires : a) nous vivons dans un monde fini aux ressources, notamment minérales, limitées, dans leur quantité et/ou accessibilité b) l’utilisation des ressources (minérales et énergétiques) croit de manière exponentielle (parallèlement à la pollution et aux perturbations climatiques d’ailleurs...). Alors, comment se terminent les histoires des croissances infinies dans un monde fini ? Les lecteurs curieux – et courageux - s’intéresseront aux travaux de Joseph Tainter...
 
La décroissance arrivera inéluctablement (et probablement plutôt tôt que tard) ; à nous de choisir si nous voulons la subir (en poursuivant le « business as usual ») ou alors l’induire et la conduire volontairement. A ce titre, la véritable innovation de rupture pourrait être dans les basses technologies (« low tech »), des technologies peu gourmandes en matière et énergie, résilientes, durables, réparables, simples, telles que préconisées par l’ingénieur Philippe Bihouix. Ou encore dans ce que le philosophe Bernard Stiegler appelle la « disruption positive ». Mais pour cela, il faudra bien oser remettre en question le libéralisme et le principe d’autorégulation...

Que faire alors ? L'autruche ?

En résumé, «disreuptive innovéscheune», «digitalizéscheune», «globalizéscheune» (c’est mieux quand c’est dit en anglais...) sont des mots-bateaux, des concepts fourre-tout, des nouvelles croyances, des nouvelles idoles du temple de la croissance économique, cette « Déconnomie » comme l’appelle Jacques Généreux, qui restent aveugles au contexte (les stratèges savent-ils encore faire une analyse PESTEL et en tirer les conséquences ?) : les limites physiques, les questions de durabilité et résilience des systèmes, de disponibilité des ressources et énergies, des impacts environnementaux et sociétaux ne sont guère évoquées. On oublie allégrement le Brexit, l’élection de Trump, les records de températures au Pôle Nord et Fukushima (suivez cette excellente curation), rien à voir, circulez.
Photo : Faire l'autruche (Jean-Michel Combe)

Que faire alors ? Nous « déciviliser » ?

Comme préconisé par Edgar Morin, il va falloir changer de mode de penser. Ne serait-il pas temps que les dirigeants, politiques comme économiques, cessent de se voiler la face et osent – et cela nécessite un courage immense – regarder et se confronter à la réalité, les choses telles qu’elles sont ? Et pour cela, le « Dark Mountain Manifesto », lancé en 2009 par deux écrivains et activistes, Paul Kingsnorth et Dougald Hine, est une réelle source d’inspiration. Le principe de base en est que le monde de demain ne sera pas une amélioration du monde d’aujourd’hui.
 
Voici traduits les « huit principes de décivilisation » :
- Nous vivons dans une époque de démontage social, économique et écologique. Les signes autour de nous indiquent que toute notre manière de vivre est en train de devenir histoire. Nous allons faire face à cette réalité avec honnêteté et apprendre à vivre avec elle.
- Nous rejetons la fatalité qui soutient que les crises convergentes actuelles peuvent être réduites à un ensemble de « problèmes » nécessitant des « solutions » technologiques ou politiques.
- Nous croyons que les racines de ces crises se trouvent dans les histoires que nous nous sommes racontées à nous-mêmes. Nous avons l’intention de mettre au défi les histoires qui soutendent notre civilisation : le mythe du progrès, le mythe de l’anthropocentrisme et le mythe de la séparation de la « nature ». Ces mythes sont plus dangereux du fait que nous avons oublié qu’il s’agit de mythes.
- Nous allons réaffirmer le rôle de la narration au-delà d’un simple divertissement. C’est par les histoires que nous tissons la réalité.
- Les humains ne sont pas l’objet ni le but de la planète. Notre art commencera par la tentative de sortir de la bulle humaine. Avec une prudente attention, nous allons nous réengager avec le monde non-humain.
- Nous allons célébrer l’écriture et l’art qui s’inscrivent dans un sentiment de lieu et de temps. Notre littérature a trop longtemps été dominée par les habitants des citadelles cosmopolites.
- Nous ne nous perdrons pas dans l’élaboration de théories et idéologies. Nos mots seront élémentaires. Nous écrivons avec de la terre sous nos ongles.
- La fin du monde tel que nous le connaissons n’est pas la fin du monde tout court. Ensemble, nous trouverons l’espoir au-delà de l’espoir, les chemins qui mènent vers ce monde inconnu devant nous.
 
©Comitans – 04/01/2017
 
Pour en savoir plus :
 
- Clayton M. Christensen, Michael E. Raynor, Rory McDonald, What is Disruptive Innovation?, Harvard Business Review, December 2015
- Thèse de doctorat en Sciences économiques de Florian Fizaine, Analyses de la disponibilité économique des métaux rares dans le cadre de la transition énergétique, Ecole doctorale Langages, Idées, Sociétés, Institutions, Territoires (Dijon), 2014
- Philippe Bihouix, L'Âge des Low Tech, Éditions du Seuil, collection anthropocène, 2014
- http://www.scoop.it/t/black-swan
 

 

usine du futur

"L'usine du futur" selon le CIGREF

Le CIGREF a profilé « l’Usine du futur » et les processus d’innovation associés : cette étude du Cercle Innovation du CIGREF se penche sur les bonnes pratiques à mettre en œuvre, les défis technologiques à relever, la valorisation des données, l’évolution de l’organisation et les nouvelles compétences, l’innovation ouverte… Un choix pour approfondir la thématique de l’Usine du futur et les processus d’innovation associés.
 
Dans ce rapport « Innovation, l’Usine du futur », issu des réflexions de son Cercle Innovation, le CIGREF présente les processus d’innovation propres à l’entreprise du futur, pour anticiper sa transformation : « l’entreprise du futur doit adopter de nouvelles méthodes de travail, centrées sur l’innovation et la collaboration : Fab Labs, les Labs Internes, les relations avec des startups, les incubateurs… ».
 
La numérisation à grande échelle du monde qui nous entoure offre des opportunités d’innovation qui sont autant de leviers de croissance et de compétitivité pour les entreprises. Elles doivent apprendre à s’adapter, changer leurs processus métiers, faire évoluer leurs modèles d’affaires, et éviter de se faire désintermédier ou disrupter par de nouveaux entrants.
 
« L’industrie vit sa 4ème révolution, qui se caractérise par la mise en œuvre des technologies numériques et notamment celles mettant en valeur les données dans un monde interconnecté. L’Usine du futur, aussi appelée « Usine 4.0 », agrège tout un ensemble de technologies dont la donnée est la matière première […] L’Usine du futur devient ainsi une usine numérique qui doit évoluer aussi vite que le secteur du numérique l’exige pour rester compétitive […] C’est une usine qui comporte des robots mais aussi de plus en plus des « cobots » ou robots collaboratifs, une multitude d’objets connectés […] Néanmoins, ce n’est pas une usine désincarnée sans présence humaine […] l’Usine du futur se caractérise par l’implication du personnel… ».

Bonnes pratiques pour l'Usine du futur

L’Usine du futur sera intelligente, compétitive, performante, sûre et attractive. Elle sera une usine créatrice de valeur et d’emplois, connectée avec ses collaborateurs, ses machines de production, ses prestataires, son territoire. Conçue pour répondre aux défis économiques, technologiques, organisationnels, environnementaux et sociétaux, elle intègrera de réelles transformations amenant des solutions nouvelles pour les technologies et les modes d’organisation.
L’Usine du futur se fonde sur le concept d’usine intelligente : un centre de production composé d’unités flexibles, automatisées et interconnectées. La production est suivie en temps réel grâce à la mise en place de capteurs et de logiciels au sein de machines complexes.
L’Usine du futur utilise massivement les technologies en lien avec l’IoT1, le Machine Learning, le Big Data et la communication Machine to Machine (M2M). Elle génère des flux de données importants, qu’il faut savoir collecter et valoriser pour améliorer l’efficacité et accélérer la performance.
 
Une nouvelle ère industrielle est en marche. Le monde industriel est en train d’adopter une organisation plus réactive et modulaire en exploitant des systèmes très innovants qui valorisent les modes d’interactions entre les hommes et les machines. L’implication et l’adaptabilité des collaborateurs permettront le succès de cette transformation.
Pour relever les défis de l’Usine du futur, l’entreprise doit adapter son organisation et miser sur la créativité et la réactivité, inventer de nouveaux dispositifs de collaboration et s’appuyer sur la valeur ajoutée des collaborateurs et la fiabilisation des processus.
L’utilisation de technologies modernes au service de la sécurité des hommes et des procédés est une première étape très opérationnelle pour initier cette révolution de l’intelligence apprenante qui permettra par la suite d’envisager d’autres applications plus transformantes des procédés de fabrication. L’usine deviendra « intelligente ».
Grâce aux capacités de calcul (Big Data) et l'essor de l'Internet des objets, les grandes entreprises ont pris conscience des possibilités offertes par le numérique. L’usine peut ainsi connecter, de manière intelligente, l’ensemble des acteurs et des outils industriels.
Les fournisseurs et les utilisateurs commencent à intégrer ces technologies dans leurs produits et solutions afin de rester le plus compétitif et sans remise en cause de l’existant, à des coûts acceptables. Le pilote de l’usine par les données prend ainsi sens.
(Source : CIGREF- Janvier 2017)
 

 

armes nucléaires

Attention, les armes nucléaires sont en passe de devenir illégales !

Passée inaperçu, l’ONU a retenu le 23 décembre 2016 la décision d’élaborer en 2017 un Traité International d'interdiction des armes nucléaires. L’enjeu est considérable, surtout à un moment où le TNP (Traité de Non Prolifération) a largement montré ses insuffisances, puisque quatre Etats dotés d'armes nucléaires n’en font pas partie (Inde, Pakistan, Israël et Corée du Nord).
 
L’ONU fait décidemment parler d’elle en cette période mouvementée. On sait qu’un nouveau secrétaire général s’installe, le portugais Antonio Guterrez, et qu’une résolution du Conseil de sécurité a été votée contre les colonies israéliennes. Mais qui s’attarde sur le vote historique du 23 décembre qui ouvre la voie vers la négociation d’un Traité International d’interdiction des armes nucléaires en 2017 ?
Pourtant l’événement est de taille car il relance la perspective du désarmement nucléaire multilatéral, suspendu depuis vingt ans, au moment même où Donald Trump et Vladimir Poutine annoncent leur volonté de relancer la course aux armements nucléaires. Et l’on a entendu Pierre de Villiers, chef d’Etat Major des armées françaises appeler à un renouvellement des « composantes océanique et aérienne de l’arsenal nucléaire » national (voir sa tribune Le prix de la paix c’est l’effort de guerre ).
 
Cette décision obtenue à une majorité de 76% des votants (voir le détail ci-dessous) va se traduire par des réunions dans le cadre de l’ONU, à New York du 27 au 31 mars et du 15 juin au 7 juillet 2017, au cours desquelles doit être "négocié un instrument juridiquement contraignant visant à interdire les armes nucléaires, en vue de leur élimination complète".

D’où vient cette initiative ?

Cette dynamique a démarré au mois de mars 2013 par l’initiative de la Norvège d’organiser une Conférence à Oslo sur le thème des « Conséquences humanitaires d’une guerre nucléaire », qui a réuni 127 États et plusieurs ONG, et qui a été le début d’un processus qui depuis n’a fait que s’amplifier.
Successivement, le Mexique a pris la relève en février 2014 avec la Conférence de Nayarit réunissant 146 États, suivi par l’Autriche en décembre 2014 avec la Conférence de Vienne réunissant 158 États et également 600 militants dans le cadre de la grande Campagne ICAN-International Campaign to Abolish Nuclear Weapons.
 
Ici deux nouveautés essentielles ont émergé : d’une part, l’analyse du risque réel qu’une explosion ou une guerre nucléaire puisse éclater, même par accident ou par erreur (voir Eric Schlosser, Command and Control, Penguin Press, New York (2013) et, d’autre part, l’initiative du gouvernement autrichien de s’engager (« pledge ») en vue de remplir le vide juridique pour l’interdiction et l’élimination des armes nucléaires. Cet engagement a progressivement reçu l’adhésion de 139 États.
 
Dans le sillon de ce mouvement, l’Assemblée générale des Nations unies, le 7 décembre 2015, a voté la mise en place d’un « Open Ended Working Group », c’est à dire un groupe de travail ouvert non seulement aux délégations des 195 États de l’ONU, mais également aux Organisations non gouvernementales (ONG), c’est à dire à la « société civile » (associations militantes et organismes tels que la Croix Rouge Internationale et le Croissant Rouge), avec comme mandat d’élaborer « des mesures légales concrètes et efficaces, des dispositions légales et des normes pour réaliser et maintenir un monde sans armes nucléaires ». Avec une demande importante pour le processus : pas d’obligation d’unanimité (donc pas de possibilité de veto !)
 
Trois sessions de travail en 2016, à Genève, ont abouti à un rapport final approuvé par une majorité de 75% des votes exprimés (68 votes pour et 22 contre). Suite à ce travail, le “First Committee” de l’Assemblée générale de l’ONU à New York a voté, le 27 Octobre 2016, avec une majorité de 76 % (123 votes "pour" et 38 "contre") la Résolution L41qui implique l’ouverture de négociations pour un Traité d’Interdiction des armes nucléaires en 2017. Ce vote du First Committee a ensuite été confirmé par le vote définitif du 23 décembre 2016, avec une même majorité de 76%. Le programme est sur les rails : deux  conférences de négociation se dérouleront du 27 au 31 mars et du 15 juin au 7 juillet 2017 à New York. Elles seront ouvertes à tous les Etats, ainsi qu’à la Société civile et aux Organisations Internationales.
 
 
Le 27 octobre 2016 vers 18 h (heure de New York), au moment du vote « historique », au First Committee de l’Assemblée Générale des Nations Unies, qui a décidé l’ouverture en 2017 de négociations pour un Traité International d’interdiction des armes nucléaires. 
De gauche à droite : Beatrice Fihn, directrice de la Campagne ICAN, Tim Wright directeur de ICAN pour la région Asie-Pacifique, Ray Acheson directrice de la mission « Reaching Critical Will » du mouvement WILPF (Women’s International League for Peace and Freedom).

Les Etats non-dotés se révoltent et des brèches s’ouvrent parmi les Etats dotés et au sein de l’OTAN

Nous assistons en fait à une véritable “révolte” des Etats non dotés d’armes nucléaires - Etats d’Amérique Latine et d’Afrique, mais aussi l’Autriche et l’Irlande - face à l’inertie pluri-décennale dans le processus de désarmement et de la modernisation continue de l’armement des Etats nucléaires !
En effet, lors du vote définitif du 23 décembre 2016 : 
- 113 pays ont voté "pour", dont notammentl'Autriche, la Suède, le Mexique, le Brésil, l'Afrique du Sud, la Nouvelle Zélande, le Sénégal (en dépit des pressions subies de la part de la France) et la Corée du Nord !
- 35 pays ont voté "contre", dont notamment la France, les Etats-Unis, la Russie, la Grande Bretagne, Israël, la Corée du Sud, le Japon, l’Australie et les membres de l’OTAN, mais avec 4 exceptions notables : les Pays-Bas, qui se sont abstenus, et l’Italie, l’Albanie et l’Estonie qui ont voté « pour » ! (A noter que l’Italie et les Pays-Bas « accueillent » sur leur sol plusieurs dizaines de bombes nucléaires des USA !)
- 13 pays se sont abstenus, dont notamment la Chine, l'Inde,le Pakistan, la Finlande, les Pays-Bas et la Suisse.
(D’autre part, 21 Etats, qui s’étaient exprimés « pour » précédemment, n’étaient pas présents au moment de ce vote, sans doute à cause de sa date tardive !).
Donc les 9 Etas dotés d’armes nucléaires se "fragmentent" puisque : parmi eux, 5 Etats ont voté « contre » (USA, Russie, UK, France et Israël  qui représentent 8% de la population mondiale) ; 3 Etats se sont abstenus (Chine, Inde et Pakistan, qui représentent 36% de la population mondiale) et 1 Etat a voté « pour » : la Corée du Nord !  
En outre, comme on l’a vu, des fissures importantes apparaissent au sein de l’OTAN !
 
Maintenant le programme est bien sur les rails : deux  sessions de négociation se dérouleront du 27 au 31 mars et du 15 juin au 7 juillet 2017 à New York. Elles seront ouvertes à tous les Etats, ainsi qu’à la Société civile et aux Organisations Internationales.

Le Parlement européen sur la même longueur d’onde

De manière concomitante, le Parlement Européen a voté le 27 octobre dernier une résolution en faveur d'une ouverture des négociations en 2017 pour un Traité International d’interdiction des armes nucléaires, et cela à une majorité de 77% (415 votes favorables, 124 contraires et 74 abstentions).
Cela témoigne d’une « fracture » entre le Parlement Européen d’une part et une grande partie des Gouvernements Européen d’autre part. En particulier, l’euro-parlementaire italien du Parti Démocrate, Brando Benifei, à Strasbourg a voté en faveur d’un tel Traité, en demandant à la Haute représentante de l’Union Européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini, de “travailler activement à la préparation de la conférence en 2017, convoquée en vue de négocier un instrument légal pour l’abolition des armes nucléaires".

Quelles conséquences d’un tel traité ?

Les Etats hostiles à un Traité international d’interdiction des armes nucléaires, considèrent qu ‘un tel Traité serait « inutile », « prématuré », « fauteur de divisions », « contreproductif », « risqué »… Mais il faut bien comprendre que la finalité du Traité n’est pas, dans un premier temps, celle d’obtenir nécessairement l’adhésion des Etats dotés d’armes nucléaires (ou de leurs alliés), mais celle d’établir un nouveau cadre juridique dans lequel se situera obligatoirement toute négociation ultérieure en vue de l’élimination effective de ces armes. En effet, il ne s’agira plus de négocier sur des armes “simplement” beaucoup plus puissantes que les autres, mais de négocier sur des armes devenues illégales.
 
En outre un tel Traité, qui stigmatise même la seule possession des armes nucléaires, ne manquerait pas de changer, et même radicalement, la façon avec laquelle les armes nucléaires sont encore souvent perçues par l’opinion publique, par des responsables politiques, par des chercheurs, par des opérateurs industriels, économiques et financiers et … par des militaires !
 
Le 23 janvier 2017, Initiatives pour le Désarmement Nucléaire (IDN) organise à Paris une conférence internationale sur le thème de la course aux armements, en présence de nombreuses personnalités françaises et étrangères. La question du Traité d’interdiction des armes nucléaires sera abordée notamment par Béatrice Fihn, directrice de « la campagne internationale pour abolir les armes nucléaires » (ICAN).
 
 
Y interviendra naturellement Paul Quilès, Président de l'IDN, ancien ministre et polytechnicien spécialiste des questions nucléaires et de défense (auteur de "Nucléaire, un mensonge français : réflexions sur le désarmement nucléaire", Paris, Éditions Charles Léopold Mayer, 2012) qui œuvre pour que la France rejoigne ce mouvement (notamment par la pétition récente adressée à François Hollande : « Monsieur le Président, la France doit voter à l’ONU l’interdiction des armes nucléaires ! », qui a recueilli en un mois plus de 25000 signatures et des nombreux commentaires très pertinents).
Voici son message actuel :« On imagine mal que la France ne participe pas à ces travaux et pratique la politique de la chaise vide, estime Paul Quilès. En participant, la France montrerait sa bonne foi quant à sa volonté de respecter le Traité de Non-Prolifération (TNP) dont elle est signataire et notamment son article VI, qui précise que "chacune des Parties au Traité s'engage à poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire, et sur un traité de désarmement général et complet sous un contrôle international strict et efficace ».
Et les Français semblent tout à fait favorables à cette voie vers un désarmement total comme le montre le sondage d’Opinion Way.
 
En collaboration avec Luigi Mosca, Physicien
 

A lire : "Exigez ! Un désarmement nucléaire total" (Stock, 2012), un appel lancé par Stéphane Hessel et Albert Jacquar

 
A signaler
 
John Mecklin
 
John Mecklin is the editor-in-chief of the Bulletin of the Atomic Scientists. Previously, Mecklin was editor-in-chief of Miller-McCune (since renamed Pacific Standard),...
 
The year now concluding was full of interesting and unpredictable news regarding nuclear weapons and their accoutrements; the year was, therefore, also continuously and enormously threatening to humanity.  Below are 10 of the Bulletin's best articles from a frightening year, during which, in countries around the world—from North Korea to Pakistan to India to Russia and on to the United States—people who ought to know better suggested that more nuclear weapons should be built, and some might be used.
 
On tickling the dragon’s tail by Victor Gilinsky
The moral restraints that prevent Armageddon are flimsier than one might think, because humans have a self-destructive defect. They like to tickle the dragon's tail.
 
The director of the Center for the United States and Europe at The Brookings Institution explains what the world is missing when it deals with the Russian president. [Subscription content.]
 
Closing small and hypothetical gaps in the US nuclear arsenal isn’t worth the expense and won’t eliminate risk. 
 
Top experts on nuclear weapons, climate change, and other existential threats to humanity comment on how they think the expert community can best respond to Donald Trump's election.
 
Donald Trump’s presidential election victory raises many international security questions, including critically the future of a US ballistic missile shield in Europe, an effort long opposed by someone with whom Trump wishes to build a new relationship—Russian President Vladimir Putin.
 
Why have major US media outlets ignored a UN vote to negotiate a treaty that would ban nuclear weapons? The president of the Ploughshares Fund provides some answers.
 
The presidential candidates must do more than accept the possibility of a terrorist attack with an improvised nuclear device. They need to plan an effective response that reduces the mass morbidity and mortality such an attack inevitably will cause.
 
The former ambassador discusses US–Russian relations and how they might be improved, given Russian President Vladimir Putin’s suspicious views of US intentions. [Subscription content.]
 
There are reasonable arguments on both sides of the no-first-use debate. Unfortunately, there may be negative consequences for raising the issue publicly and then rejecting it. 
 
Even in this digital age there are many reasons to be careful about what we wish for when it comes to modernizing the nuclear command and control system. More technological capability will not necessarily create a more secure world.
 

 

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